ALGÉRIE. Djamel Bensmaïl ou le Alain de Monéys algérien

Au XIXe, un village de France a connu un événement similaire à celui que vient de secouer la localité kabyle de Larbâa Nath Irathen en Algérie. A 150 ans d’intervalle, Alain De Monéys et Djamel Bensmail ont en commun d’avoir été lynchés à mort par des foules. Et d’être innocents. Mise en perspective.

En cette journée du 16 août 1870, beaucoup de monde est venu assister à la foire annuelle aux bestiaux du paisible village de Hautefaye en Dordogne. L’atmosphère chaude et lourde pèse sur les esprits. Un mois plus tôt la France avait déclaré la guerre à la Prusse, ce qui lui avait valu des pertes humaines non négligeables.  Alors que la foule grouillait dans la foire comme une fourmilière, soudain un cri se fit entendre : « Attrapez-le, c’est un Prussien ! » Le doigt accusateur pointe le jeune Alain de Monéys, noble et grand propriétaire terrien, venu comme tout le monde faire son marché. Le jeune homme proteste et affronte les insultes. Mais, très rapidement, les premiers coups pleuvent. Les chroniqueurs rapportent en détail comment le persécuté tombe à terre avant de se relever et de chanceler puis de tenter de fuir. Le désir ardent de la foule de participer à ce châtiment collectif et la crainte de voir sa proie lui échapper, exacerbent sa férocité et son hostilité jusqu’au paroxysme. Reconnu comme Prussien,  Alain de Monéys représente aux yeux des gens présents l’homme porteur de menaces pour la sécurité de la France. Il doit périr de la manière la plus abjecte comme le clame ouvertement un de ces quidams qui prend une part active  à cette kermesse punitive qui, plus est, suivie par le reste de la population. 

Alain de Monéys qui sait qu’il va mourir demande aux gens qui l’assaillent de le fusiller. Mais il essuie un refus catégorique. Accéder à cette doléance équivaudrait à abréger les souffrances du supplicié et à empêcher ceux qui se prennent pour des justiciers d’assouvir leur vengeance contre la Prusse qui a tué beaucoup de Français. Ce serait également priver les gens du plaisir qu’ils éprouvent (l’espace d’un instant) à exercer le pouvoir absolu des maîtres ayant droit de vie ou de mort sur leurs sujets. Aussi, use-t-on fièrement de coups de poings, d’aiguillons et de pieux pour l’élimination du « Prussien ». Ces personnes qui ne savent pas encore qu’elles sont des assassins, ressentent une joie jubilatoire à l’idée de défendre la France et son Empereur. Piétiné, Monéys qui traîne une « tête comme un globe de sang » succombe sous les coups de ses assassins.  Alors qu’il gît inerte, la foule continue de le battre. Le « Prussien » est certes mort, mais il faut maintenant détruire son corps pour que l’anéantissement soit total et pour qu’il ne puisse jamais reposer en paix. Un ennemi  ne mérite pas de vivre, encore moins d’avoir une sépulture. Le cadavre est tantôt traîné sur le dos, tantôt  face contre le sol, la tête ricochant sur le chemin.  La mort physique est ainsi redoublée d’une mort symbolique dont la cristallisation induit la destruction intégrale ou partielle du corps. Aucun souvenir de l’être exécré ne devrait subsister parmi les vivants. La dévastation des traits de la victime, les offenses et les supplices qu’on lui fait subir, valent déchéance de son humanité. Ainsi, on jette le cadavre sur les pierres comme s’il s’agissait d’une bête inanimée n’inspirant plus aucune compassion. Aussi, une dizaine de personnes déclenchent-elles le massacre ultime. Après avoir amassé du papier et de la paille, elles en font un bûcher sur lequel elles placent la dépouille de Monéys. On se presse alors pour attiser le feu. Nombreux sont les gens qui prennent plaisir à remuer les restes carbonisés de la victime. Certains même s’amusent à en extraire des tisons pour allumer leur cigarette. On se gausse du reste « d’avoir fait griller un fameux cochon ». Ce crime commis par ceux qui pensent agir en justiciers, est conçu comme un juste châtiment. Les meurtriers agissant en toute conscience, pensant bien faire. Exultant de joie, ils sont persuadés de leur bonne action en faveur de la France et de l’Empereur en danger. Cette mise à mort publique, bien assumée, est mue en réalité, principalement par des ressorts politiques et non pas psychologiques ou pathologiques, comme on aurait tendance à le croire.  A peine quelques heures après ce forfait, les gendarmes arrivent pour mener l’enquête.  Quand il fut établi qu’Alain de Monéys était un Français et qu’il n’avait aucun lien avec la Prusse, on arrêta les meurtriers qui furent, après leur emprisonnement, condamnés à la peine capitale et guillotinés. 

Le lecteur averti saura que l’histoire dont je viens de rappeler les péripéties vient d’être revécue en Kabylie, presque dans les mêmes termes. Le crime de Hautefaye entre en résonance avec celui de Larbaâ Nath Irathen survenu le 11 août 2021. Cela soit dit en passant, le hasard a voulu que les deux forfaits, séparés par un siècle et demi d’intervalle, se fussent déroulés au mois d’août. Au-delà de la différence de culture et d’époque qui eût pu constituer une barrière, ces crimes survenus respectivement en Dordogne et en Kabylie, présentent des traits communs.  Les spécialistes de la foule ont, du reste déterminé des lois régissant les comportements collectifs. Gustave Le Bon,  cerne bien la question lorsqu’il affirme que la foule criminelle se forme généralement sur la base d’une suggestion puissante. Les personnes qui se mettent à tuer sont convaincues, explique-t-il, qu’elles ont obéi à un devoir, c’est tout le contraire du criminel ordinaire qui agit de son propre gré.   

En Kabylie, en proie à de gigantesques incendies, tous les éléments concouraient pour accréditer l’idée que les feux ont été causés par des actes volontaires. La communication du gouvernement, fort anxiogène, avait du reste distillé l’information selon laquelle les incendies sont d’origine criminelle. De ce fait, conditionnée, la population n’attendait que de lyncher les pyromanes au cas où elle parviendrait à mettre la main dessus.  La puissante suggestion dont parle Le Bon est donc actée. Elle est même accentuée par le comportement de la police qui embarque à bord de l’un de ses fourgons un jeune homme originaire de Meliana, ville située hors de la Kabylie. Si la police l’a arrêté, c’est qu’il a été pris en flagrant délit. En tous les cas, la nouvelle se propage comme une traînée de poudre, « on a attrapé un pyromane !»  La personne qui va incarner le rôle de Monéys est désormais Djamel Bensmaïl, un hirakiste, de surcroît artiste, qui s’était porté volontaire pour aider à éteindre les feux.  Certes, comparaison n’est pas raison, mais il est intéressant de retrouver dans l’événement récent ce que le passé lui a déjà réservé. Mon propos n’est pas d’affirmer que l’histoire est répétitive, mais d’en souligner les écarts. Ce qui différencie le crime de Larbâa Nath Irathen de celui de Hautefaye, réside dans son caractère préfabriqué : Djamel Bensmaïl fut livré à la foule par la police. Ce dernier se serait, d’après des sources policières, mis sous la protection d’une patrouille de police après qu’il a été accusé par certains villageois de pyromanie. Embarqué, Djamel est emmené au commissariat de police dont le siège jouxte la place où s’est amassée une foule nombreuse, qui plus est, chauffée à blanc par  la chaleur des incendies et les informations que font circuler les autorités à ce sujet.  Au lieu d’éviter tout ce qui peut nuire à la sécurité de leur protégé, les policiers garent leur véhicule au milieu de l’attroupement. Ils ne s’avisent pas d’user au préalable de leurs talkies-walkies pour s’enquérir de l’unité de police la plus susceptible d’accueillir Djamel dans les meilleures conditions possibles. Ainsi, sitôt le véhicule immobilisé parmi la multitude, il est pris d’assaut par des gens déchaînés. C’est à ce niveau qu’interviennent les smartphones inconnus du temps de Monéys. Car les vidéos postées sur les réseaux sociaux fournissent les détails de la molestation.  Après que les agents de police ont cédé, Djamel est frappé et battu jusque même à l’intérieur du véhicule de police. La victime est ensuite poussée vers la sortie où elle est rouée de coups répétés et nourris. Ballotté entre de nombreuses mains, son corps meurtri est traîné sur la place avant d’être brûlé. 

L’assassinat de Djamel Bensmaïl marque ainsi le passage de la foule intelligente à la foule meurtrière. Tout se passe comme si le crime de Larbâa Nath Irathen survenait pour gommer d’un trait les foules intelligentes et pacifiques du Hirak qui n’avaient eu de cesse, depuis maintenant presque trois ans ,d’ébranler les assises du régime. En outre, sur un registre plus sécuritaire, les services algériens chargés de l’ordre public semblent ignorer les enjeux criminologiques dès lors qu’ils se permettent de faire l’économie d’une anticipation des conséquences qui découleraient du fait de livrer en pâture à la foule une personne qu’ils sont censés protéger.  Pourtant, l’histoire de Monéys, et il en existe probablement d’autres, fait partie d’un corpus de criminologie devenu classique. N’empêche, si l’on veut voir par une sorte de grossissement comment prend fin l’histoire de Djamel en comparaison à celle de Monéys, le moins que l’on puisse dire est qu’elle s’achève en queue de poisson. Les assassins de Djamel dit la version officielle ne seraient pas les véritables assassins. La main qui les a armés, serait celle du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), lequel aurait été appuyé par le Maroc et Israël ! Ainsi, même la guerre avec l’ennemi trahit-elle un aspect fictif puisque le Maroc et Israël réunis ne font pas la Prusse. Il est évident qu’au moment des faits, l’Algérie ne faisait pas la guerre au Maroc, pas plus que le MAK ne prenait les armes contre lui-même.     

Larbi Graïne https://www.oeil-maisondesjournalistes.fr/wp-content/uploads/2021/02/logo-rond-twitter-36x36.png

Journaliste algérien établi en France

D’autres articles 

IRAQ. Abduction and disappearance: Powerful weapons to intimidate protests activists

On February 22, 2020, at around 8 p.m., the young protester “Muhammad Ali” (a pseudonym) was waiting alone near Kahramana square in central Baghdad, for a taxi to take him to New Baghdad in the south-east of the capital, where he will continue his way home on Palestine Street, but the vehicle he took moved him to another world that changed his life forever.

 

  •  Ahmed Hasan, Iraqi journalist resident at the MDJ (Maison des journalistes). Translated by Walaa Rayya

The cold and the darkness surrounded the place near the Chevrolet Car Company office, which is about several kilometers from Tahrir Square, the center of the popular protests when a white Kia car with four passengers in it stopped, they were unsuspicious. Muhammad slipped in it quickly as he exchanged greetings with them before silence prevailed.

A few minutes later, the car changed its way and was headed towards Abu Nawas Street on the Tigris River, when one of the passengers pointed his gun with a silencer placed under his jacket at Muhammad and said “Shut up if you want to live.” With these words, his kidnapping journey had begun and ended with a troubled life, isolation, paranoia, and great fear.

Muhammad (23 years) has been unemployed and was seeking work since graduating from the University of Baghdad’s Faculty of Political Science in the summer of 2019. Amid the wave of protests demanding reform in October 2019, he quickly became involved in supporting the protest movement and contributed to the establishment of the student sit-in tents on Saadoun Street leading to Tahrir Square. For months, he has worked passionately in fundraising to provide essential supplies of food, bedding, medicines, and face masks against deadly gas bombs.

“Hopes of ending corruption and reforming the political system were filling his soul before it all ended the moment he rode that white car that carried darkness into his world and turned his dreams into nightmares,” mentions one of his friends.

In early February 2020, after only four months of protests, the National Centre for Human Rights in Iraq reported the abduction of 72 people (22 of them was released.) , as well as 49 assassination attempts of 22 activists, journalists and bloggers. But the numbers escalated in the subsequent months.

Fadel al-Graoui, an OHCHR member, revealed, in early June 2021, what he termed the “numbers of missing persons,” and he said that all but 18 of the 76 disappeared persons have been identified.

Death alleys

With successive crackdowns of repression along with arrests and kidnappings, activists preferred not to ride in a car in areas near Al Tahrir Square that were known as “death alleys” and were turned into sites for masked gunmen who made it a field of abduction and murder away from the eyes of security agents and protesters.

Abbas, a twenty years old brown man and Tuk-tuk car owner, who for months has been transporting protesters from the protest center “Al Tahrir “ to the Kahramana square, says: “It was a necessary step for protection against targeting in Al Tahrir square, but armed groups linked to the power parties, for which the demonstrations were considered a danger, began to kidnap activists from Kahramana after tracking them carefully.”

During November and December 2019, at least 103 attempted killings and abductions took place in the streets of Al-Saadoun, Al-Nidal, and Abu Nawas, according to the testimony of 10 groups’ leaders, as well as the testimony of security agents of the Establishment Protection Service, which is responsible for inspecting those entering Tahrir Square.

For almost a year, the protesters, who were thousands in Tahrir Square or gathering around it, used to watch the death and fall of their comrades with live bullets, gas canisters, and sniping weapons. According to government numbers, more than 560 people were killed and over 20,000 were injured.

Identical abduction tales

On the night that Muhammad was kidnapped, Abbas had taken him on his bike with two of his companions (Wael and Maysara). In Kahramana, the three friends broke up, and Muhammad was alone for minutes, using his cell phone and waiting for a car to pick him up. Armed groups would have preferred “to hunt activists alone to facilitate their kidnapping with no witnesses,” Abbas says.

A year after his kidnapping, in a small room in the family home, Muhammad agreed to receive us with his father and sister and several preconditions: “No cameras, no phones, no recording devices.”

The young man kept looking at us for minutes as he tried to figure out our intentions while his father was talking about the difficult days they lived through then he said: ” That night they took me to an abandoned orchard in the Dawra area south of Baghdad, just near the oil refinery. They acted quietly, pulled my phone, and they did not blindfold me to pass through security checkpoints normally. At one checkpoint, they said they were affiliated with the National Security Service.”

“On the way, they told me that they were from the demonstrations room and they wanted to verify the sources of the funds that I collected to support the demonstrations, but after passing the presidential brigade checkpoint, at the exit of the “AL Tabikayen” bridge overlooking the presidential district, and before passing a crossroads leading to “Al-Zaafaraniya” and “ the new Baghdad”, they entered a dirt road that included a checkpoint in which two agents in military clothes stood next to a Toyota pickup, on which the flag of the Popular Mobilization was raised. The barrier was rapidly removed and the car was allowed to pass. After a few minutes, that seemed to me very long I was immersed in thinking about the fate that expected me. We ended up in an orchard.”

Muhammad says: “When we got there, the kidnappers beat me, and one of them grabbed my shirt and pulled me out of the car hard and I fell to the ground. There were four people with beards waiting for me while they were carrying batons. I woke up late at night and found myself locked in a small, windowless room with a filthy bathroom. The room was completely isolated, and I didn’t know when it was morning or night. The hours passed by slowly, interspersed with brief sessions of repeated questions, insults, and physical torture committed by men in their late thirties, all dressed in yellow shirts and green pants.”

Death threat, ransom, and conditional release

After eight days and no news about him, the security services that Muhammad’s family contacted had the same answer “Your son is not detained by us.” Muhammad’s father, who works as a government employee, received a message from the kidnappers via the Telegram application asking him to sign a white paper to prevent his son from participating in student sit-ins and collecting donations in exchange for his release and to not disclose to anyone any information about what he was exposed to.

Several days later, Muhammad came out, after a complicated release mechanism, which included the intervention of a Shiite cleric who lives in the Zaafaraniyah area, and act as a mediator between the families of the victims and the kidnappers and he received thousands of dollars in each operation.

We looked at the messages exchanged between Muhammad’s father and the mediator, in addition to voice calls and photos of the kidnapper with signs of torture on all parts of his body up to his face. The mediator received five thousand dollars in two payments. “Thank God my son survived and returned, but he became introverted. For weeks after his return, he refused to meet his friends and even his brothers.” Muhammad’s father says.

The protests stopped, but the kidnappings didn’t

At the peak of the demonstrations between October 2019 and January 2020, hundreds of activists were subjected to arrest, kidnapping and torture, and these attempts continued after the protests declined and stopped in some areas with the formation of the new government. Jaafar al-Khasib (a pseudonym), is one of the Basra activists, who preferred to change his name to avoid tracking him. In October 2020, he fled to Sulaymaniyah in Kurdistan Province and went to Turkey after a kidnapping attempt in central Basra, where he nearly lost his life.

The activist tells us the details of the kidnapping attempt: “It was in mid-September 2020, on Algeria Street, minutes after I left the house and while I was passing near a parked white Toyota pickup, I was surprised by a loud sound from its engine, I turned and saw someone pointing his gun at me. I was standing in front of one of the shops. Scared and without thinking, I entered the place screaming and jostling with the employees in it, while the sound of gunfire went up.”

“I was lucky because the shop had a back door overlooking a public street that I came out of and I went to a garage next door. I begged people to help me, one of them directed me into the bathrooms, I stayed there for about a quarter of an hour, I was almost paralyzed, and I didn’t know what to do, the death was stalking me. They told me then that the gunmen had fled after one of the workers had been shot in the left leg.” The activist says.

The group that chased Al-Khasib was composed of three persons. They were planning to kidnap him, not kill him.

Hours after the incident, the local police inspected the place and the home of al-Khasib family and conducted a formal investigation after the owner of the shop reported the incident. The activist submitted his statement to the investigating officer who blamed him for his participation in organizing the demonstrations and held him responsible for what happened.

“He also said that my family was suffering because of me, and he told me clearly that the police could not protect me and it will best for me to leave Basra quickly. Then he whispered in my ear a name of a well-known figure in Basra who has been pursuing activists and protesters.” He explains.

Homicide for treason

Throughout the months of documenting the kidnappings, activists informed us that between September and October 2020, many of them received information about the “intentions” of a specific group to execute activists in the demonstrations and that they had “fatwas” legalizing the murder of “traitors” working for America, Britain and the Gulf countries.

In the same period, journalists received information from security parties close to the Prime Minister’s office, that there is a list of about 70 names of journalists and activists threatened with death by armed groups close to the parties in power. The charges are “communicating with countries hostile to the resistance factions”.

Security services, which were unable to protect protesters from armed factions, “believe that the protests are a conspiracy to threaten their existence.” It seems that they preferred not to be a partner in the crime, so they leaked the names of activists and journalists who are threatened with kidnapping or murder.”

This information was leaked days after four of Basra’s most prominent activists were subjected to assassination attempts, Reham Yaqoub (she was murdered on August 19) and “Tahseen al-Shahmani” (he was murdered on August 14), while both Ludia Raymond and Abbas Subhi managed to escape.

291 assassination attempts

The kidnappings and assassinations that took place after the “October Movement” 2019 were not limited to Baghdad and Basra, but also included nine provinces, according to a document that mentioned the names and dates of the assassinations and showed that most of the operations took place between four o’clock and eleven in the evening and were carried out with a variety of machine guns, including silencer weapons.

n officer in the National Security Service who was contacted several times before agreeing to meet with us in a cafe in central Baghdad, said, on the condition that he not be identified, that the assassinations took place based on “an organized action carried out by an armed group that was operating under the watchful eye of the Ministry of Interior and with the support of Shiite political parties.”

The document counted 291 attempted murders directly or after the abduction, as a result, 80 activists and demonstrators were dead, 122 others were injured, and 89 survived without injury, in Baghdad, Babylon, Karbala, Najaf, Diwaniya, Muthanna, Nasiriyah, Missan, and Basra.

The special room

The officer reveals a “Protest Suppression Chamber” was formed under the chairmanship of Interior Minister Yassin Elyasri: “When the demonstrations intensified, they formed the Chamber to confront it, for them the demonstrations were an organized and funded operation to target the authority and the influential parties that have armed groups.”

He states further: “Its meetings included representatives of the Ministry of Defense, the Intelligence Service, officers in the National Security, the Popular Mobilization Forces, and influential actors of the partie.”

The officer in the National Security identified the party concerned with suppressing the demonstrators and prosecuting the activists: “We knew that there was a special operations room called the “Dealing with the Demonstrations” room. It seems that elements of it were planted within the riot police, and they were the ones who were throwing live bullets and tear gas bombs to kill and intimidate the demonstrators.”

This information intersects with statements by Yahya Rasoul, spokesman for the Commander-in-Chief of the Armed Forces, about the involvement of elements of the Ministry of the Interior (the Forces of Order and Riot Control), in using live bullets and tear gas to kill demonstrators. He accused the government of Adel Abdul Mahdi of these crimes.

Nasiriyah: From a protest center to a kidnapping square

For more than a year, Nasiriyah remained the center of the largest protests in southern Iraq. Kidnapping and assassination attempts were taking place in it to force the participants to withdraw from it.

Activist Ali Mehdi Ajil, who was subjected to two assassination attempts, the first one was on 28 November 2020, says “I was driving to the town police station in Nasiriyah to release the protesters who were arrested following clashes as a result of the burning of sit-in tents in Al – Habubi Square. On Prophet Ibrahim Street, I saw a large motorcycle following me with three hooded men on board. I quickly headed to the hall intersection. I knew the bike was chasing me.

A few days earlier, masked men on a motorbike fired three bullets, also on Nabi Ibrahim Street, one of which hit the windshield of his car.

Ajil, who survived the two attempts, ruled out the involvement of the Sadrist movement’s “Saraya Al-Salam” in the attempts. He believed that an armed political party affected by the demonstrations “sought to take advantage of the dispute between the demonstrators and Saraya Al-Salam and carried out a campaign of assassinations to sow discord and push the demonstrators to accuse the Sadrists who attacked the sit-in square and burned the tents after Al-Sadr called for an end to the sit-ins.”

The story of disappeared Sajjad

About months after the spread of the Coronavirus, which affected the momentum of the demonstrations, but did not end the sit-ins in Baghdad and Nazareth in particular, and the formation of the new government, the demonstrations ended.

On September 19, 2020, the young activist Sajjad Al-Iraqi was kidnapped in Nasiriyah, and his fate is still unknown.

Hajji Basem Falih, who was with the Iraqi during the kidnapping attempt and became a witness to the operation, said: “We were five persons in the car, heading to visit a friend who was injured in the protests. We discovered that two cars were chasing us, so we stopped. Four armed men wearing masks got out and asked us to remain silent and not move And they asked Sajjad to come down and go with them.”

In a quick quarrel that happened during the kidnapping attempt, the witness recognized one of the kidnappers by his voice, Idris Al-Ibrahimi.

According to Hajji Basem, Idris Al-Ibrahimi is an important figure who belongs to the Badr Organization led by Hadi Al-Amiri. He is a Dhi Qar Governorate resident and works as an employee of the Prisoners and Martyrs Foundation. He was formerly a prominent fighter in the Popular Mobilization Forces.

The witness called Idris Al-Ibrahimi for help, by his nickname: “Haji Abu Zahraa, please leave Sajjad.”

That did not work, and Ibrahimi became irritated and told the witness to remain silent, he broke the side window of the car with his pistol, while another gunman, who was carrying a pistol with a silencer, forcibly dragged Sajjad from the back seat and put him in the kidnappers’ car before returning and shooting Hajji Bassem because he identified Ibrahimi, but he miraculously survived after being transferred to Nasiriyah Hospital for treatment for a severe injury.

The incident sparked a wave of outrage among activists and forced the government to force the Counter-terrorism Service to search for Sajjad, to release him, and arrest the kidnappers after unsuccessful attempts to communicate with parties to which the kidnappers belong, but it completely failed and Sajjad remained disappeared, while the security services kept secret the identities of the kidnappers and the details of the operation.

Sajjad’s mother says that she knows the actors involved in the kidnapping of her son, and they are affiliated with an influential party: “There is no investigation. The case has been neglected and put on hold, so there is nothing new and the security services did not inform us of anything. Rather, we are the ones who provide them with information. The kidnappers names are recognized. Four witnesses have conclusive evidence that a person was involved in snitching on Sajjad and he has disappeared after the incident.”

Nine months after the incident and dozens of promises made to Sajjad’s mother by senior officials, the mother does not hide her despair of knowing the fate of her son, “I don’t know if he is dead or alive, nothing is more difficult than that.”

Endless wait

For nearly a year, activists have been waiting for the results of a fact-finding committee to uncover those involved in the killing and kidnapping of protesters, and the investigation committees that were formed after each operation did not identify the persons or parties involved. It’s an endless waiting to forget the causes, as activists see.

With the silence of the government, voices emerged among protesters pointing fingers directly at power parties and armed factions associated with the Popular Mobilization Forces. They note that factional media – specifically Kataeb Hezbollah and Asaeb Ahl Hak – shared statements, comments, and writings that attacked the protests and questioned activists’ motives, accusing them of employment, treason and receiving money from abroad.

Stalking Activists’ Families

Many activist homes have been attacked with firearms and sound packets, like the house of activist Hussein Al – Ghrabi in Dhi Qar, while other have received threatening messages through their phones or contact with their relatives.

Activist Ali Mahdi Ajeel confirms that the armed groups do not hesitate to do anything to stop the protests. “They hung a hanging and bloodied baby doll on the door of my house. It was a clear message that they know me, they know my house and the children, and they can kill anyone if I don’t withdraw.”

Malik al-Tayeb, whose brother, a prominent activist in Diwaniyah, Thaer al-Tayeb, was assassinated in mid-December 2019, says: “A while ago, while I was my car returning from work, near Al-Hussein Hospital, a motorcycle driven by a masked person followed me and he asked me to stop. He asked me to drop the lawsuit about revealing my brother’s killers because that’s a enormous risk to my life. He said his words and sped off. I tried tracking him down, but he went into the narrow alleyways and disappeared. ”

Will the killers be held accountable?

Even after the arrest of several members of the “death gang” in Basra accused of carrying out a series of killings, including the assassination of journalist Ahmed Abd Al-Samad and his colleague, the photographer Safa Ghali in January 2020, prominent activists question the accountability of those involved and believe that impunity will continue to prevail.

But a member of the Parliamentary Security and Defense Committee and representative of Basra, Bader Al-Ziyadi, shows some hope, and sees that the arrests of some members of the “death gang” as “a message of reassurance to the people of Basra that the security services can arrest the criminals, even after a while.”

He didn’t hide the fact that some security commanders requested to move the accused from Basra to Baghdad “so that there will be no pressure on the security services and no change of testimony under any internal influence or outside interference”.

Al-Ziyadi, who expressed his hope that the investigations will show “more and greater results about the motives behind these assassinations, and the nature of their members’ affiliations,” says that “the Parliamentary Security Committee will open the file and obtain accurate information from the security services to solve the murders”.

Yahya Rasoul asked to give chance to the intelligence effort to complete the investigations.

The head of the Supreme Judicial Council and Al-Kazemi’s office also rejected the claim of Adel Abdul-Mahdi’s government that there was a “third party” involved: “This is fake information and has nothing to do with the truth. There are two parties, the security forces, and the demonstrators.”

In November 2019, the former Defense Minister, Najah Al-Shammari, announced the presence of a third party accused of killing protesters.

“We are fighting a losing battle”

Under a powerless government that has been infiltrated by political groups with armed wings, Tishreen movement activists are almost unanimous in the impossibility of holding those involved in the kidnappings and assassinations accountable, and they doubt that the results will lead to effective detentions and trials and they mentioned the failure of the agencies to arrest suspects living in Iraq, and others will get out and this will be justified by the absence of evidence.

A renowned journalist in Basra, who refused to answer our questions many times, before accepting on condition that nothing indicating his identity be revealed: “We do not speak because we fear death, we do not trust the security services, they are infiltrated and helpless, and the militias have the final say. They arrested a few people here who are just tools while all the Basra agencies were unable to arrest the head of the group who was present in Basra. . And who says that these persons will be tried, there is pressure, and we may wake up one day and hear about their release due to insufficient evidence or their escape! We are in a losing battle.”

The despair over the possibility of achieving change through the elections and holding the perpetrators accountable pushed the “National House”, one of the forces emanating from the Tishreen movement, to announce its withdrawal, along with other Tishreen forces, from participating in the elections. Hussein Al-Ghurabi, one of the founders of “National House”, says: “It is useless under the government’s inability in front of the power of the militias and their weapons… How can I compete with them while they have all the cards in their hands?”

Abdul Qahar al-Samarrai, a member of Parliament, agrees with activists’ opinions on the government’s failure to identify the culprits: “Replacing Abdul-Mahdi’s government with this government was useless.”

He adds: “what the demonstrators were hoping for was not done by this government, so they are more resentful today than yesterday… and the forces that operate outside the state are increasing the street tension.”

He further states that “restoring confidence to the angry people comes from revealing the identities of the criminals, and this is a priority for the government, otherwise it will be described as its predecessors.”

The disappeared son and the murdered father

On March 10, 2021, Jaseb Hattab Al-Heliji,  father of the kidnapped lawyer Ali Jasp, was assassinated in the city of Amar, Missan province, hours after his participation in the commemoration ceremony of the murder of t Abdul Quddus Qassem, a prominent activist in Missan.

Jaseb is an old man known for his participation in the March protests and his activity on social media, after the kidnapping of his son, who was a lawyer and a civic activist, on October 8, 2019, in front of the Al Rawi Mosque in central Amara. Since then, he has been disappeared.

According to a relative of Jaseb, he was killed in Al-Amara, Al-Fiqa’i Al-Khaid, after he paid his respect to the Abd Al-Kuddus family.

Hours later, the police announced that they had arrested the culprit, “Hussein Abbas,” and that the motive was a clan dispute. Meanwhile, the Supreme Judicial Council reported that “the accused stated in his confessions that the victim (who is his uncle’s husband) was accusing him of kidnapping his son, which led to disputes and he filed a complaint against him. The pressures he was subjected to prompt him to kill the victim.”

However, the Jaseb family seemed unconvinced and demanded to reveal the identity of the entity who pushed the perpetrator to commit the murder and the one behind the abduction of their son Ali.

For about a year and a half, Jaseb has been trying to raise the disappearance issue, he participated in protests, raised a picture of his kidnapped son and his orphaned grandchildren, and demanded to reveal the fate of his son.

“Despite evidence in telephone calls and text messages, persons accused of kidnapping have been called as witnesses, not as defendants,” said Jaseb in a video.

Jaseb’s wait to know the fate of his gone son ended with his death, but his two grandchildren will grow up in a circle of waiting and revenge without a father or grandfather, while Sajjad’s mother will burn her remaining days between the pain of losing him and the hope of seeing him. She says: “I want to know his fate, whether he is alive or dead. His burial place. We do not deserve all this torment.”

Ahmed Hassan. © Karzan Hameed. 2021.

Ahmed Hassan © Karzan Hameed. 2021.

Ahmed Hassan, journaliste irakien résident de la MDJ

Contact : ahm_198950@yahoo.com

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La France en passe de lâcher le gouvernement de Brazzaville ?

Anatole Collinet Makosso

Une forte délégation gouvernementale du Congo-Brazzaville, conduite par son premier ministre, Anatole Collinet Makosso, arrive à Paris le 23 août pour faire la manche. Mais selon des observateurs avertis de la vie politique franco-congolaise, des nuages épais qui planeraient sur les deux pays, et d’autre part la crise socio-économique et sanitaire que traverse l’Occident, ne militent pas en faveur de cette délégation qui risque de percevoir au cours de son aumône moins de dividende que ce qu’elle espérait récolter.

Nonobstant leur hold-up électoral perpétré le 22 mars 2021 et les relations diplomatiques entretenues entre le Congo avec la Russie, la Chine, la Turquie, mais aussi les dons et legs reçus çà et là, M. Sassou et ses lieutenants n’arrivent toujours pas à sortir le Congo du gouffre. Ce pays traverse une période de récession sans pareil. Tous les indicateurs financiers sont au rouge. L’arrivée de la mission gouvernementale congolaise à Paris en France va-t-elle permettre de débloquer certains accords financiers remis aux calendes grecques depuis belle lurette ?

Pour « déblayer » le terrain, quelques lobbies et autorités politico-administratives congolais et des ministres Antoine Nicéphore Fylla Saint-Eudes et Thierry Lezin Moungalla, sont déjà à Paris. La tâche est difficile car, selon certaines indiscrétions, ces deux mousquetaires et autres sont en France non pas seulement pour prendre des contacts préliminaires avec les autorités françaises concernées par la mission du premier ministre congolais, mais aussi pour des soins médicaux. Si cette dernière thèse est vérifiée, il est normal que ces deux hommes politiques congolais s’y rendent, car, le Congo-Brazzaville est dépourvu des plateaux techniques médicaux complets.

Ces hommes politiques qui ont développé, depuis leur entrée au gouvernement, un penchant à se considérer comme le centre du monde, brillent par l’indifférence notoire vis-à-vis des difficultés et des souffrances auxquelles les populations sont confrontées avec beaucoup d’acuité. Ce n’est un secret pour personne. Ces nouveaux riches n’hésitent pas à faire main basse sur les fonds publics pour satisfaire leurs intérêts égoïstes. Pour se requinquer, ils sont admis dans les hôpitaux de renom d’Europe. Et souvent, leurs séjours médicaux répétés sont rendus possibles par l’argent du contribuable congolais.

Par ailleurs, les lobbies maçonniques, mais aussi d’affaires, qui devaient influencer certaines sphères de décisions grâce au congolo-zaïrois, Nick Fylla, sont en déroute depuis le départ du pouvoir de Nicolas Sarkozy, du Vénérable Très Grand Recessime Maitre Jean François Stifani y compris les rivalités fraternelles auxquelles des adeptes des loges sont exposés qui les caractérisent actuellement.

Il en est de même pour Thierry Lézin Moungalla et sa patronne, Claudia Lemboumba Sassou Nguesso, chargée de la communication et des relations publiques à la présidence de la République du Congo. Claudia Sassou-Nguesso et Lézin Moungalla n’ont pas pignon sur rue. Ils peinent à vendre l’image de leur pays, malgré les millions d’euros qu’ils sortent du trésor public congolais, et les manœuvres intempestives et maladroites de propagande qu’ils mettent en place pour redorer le blason terni de Sassou et du Congo à cause de certains problèmes qui fâchent. Ensuite, les deux communicateurs en chef de M.Sassou doivent solder le contentieux qu’ils ont créé, en refusant aux observateurs occidentaux et à certains journalistes, dont Florence Morice de RFI, d’avoir un œil sur déroulement de la présidentielle de mars 2021.

Ce scrutin a été purement et simplement, pour une énième fois, un hold-up électoral. Il a emporté, le même jour, Guy Brice Parfait Kolelas, challenger de Sassou Nguesso. La dépouille mortelle est toujours en dépôt à l’Institut médico-légal de Paris, depuis le 22 mars 2021 pour des recherches approfondies sur les causes de son décès. 

Du coup, les minimes chances de succès de cette délégation gouvernementale reposent désormais sur les épaules des ministres, Denis Christel Sassou NGuesso, soutenu par quelques membres du MEDEF, Roger Rigobert Andely, qui n’est pas trop pointé du doigt dans des scandales. Mais, les business français ont-ils vraiment oublié le scandale de 2010 concernant les détournements de fonds de la Banque des États de l’Afrique centrale et des obligations de la BSCA (Banque sino-congolaise pour l’Afrique), où il a été respectivement, vice-gouverneur et président du Conseil d’administration ?

Une nouvelle chance pour le Congo ?

Oui, la mission est difficile et délicate, mais, rien n’est impossible à celui qui croit. Certains hommes politiques congolais se disent confiants à l’issue heureuse des rencontres qui auront lieu. Un haut responsable du Quai d’Orsay qui s’est confié à nous, a exprimé également son optimisme quant à la réussite de la mission congolaise. Il avoue que la France, stratégiquement, n’a aucun intérêt à perdre le Congo, après les tensions qui ont été récemment observées en Centrafrique, au Mali, etc. En Afrique centrale, le Congo-Brazzaville est, économiquement, le 3ème client de la France avec un solde commercial excédentaire en 2020, estimé à 215 M euros. En sus, le patronat français qui est plus ou moins indépendant devrait donner une nouvelle chance au Congo, par le gouvernement Makosso, s’il s’engage à assainir le climat des affaires et à œuvrer pour la réduction des dépenses de prestige. D’ailleurs, le chef du gouvernement actuel qui est bien connu dans des milieux français, pour ses publications littéraires et scientifiques, mais aussi par ses différentes initiatives en faveur du rétablissement de la paix dans plusieurs pays, bénéficie donc d’une forte admiration.

Les institutions internationales, comme la Banque Mondiale, l’Unicef, l’Unesco, par exemple, qui l’ont accompagné pendant qu’il était ministre de l’Enseignement connaissent bien l’homme. « Pourvu que la lutte contre la corruption et la dilapidation des fonds publics soit une grande priorité pour son gouvernement, y compris l’éradication de la pandémie Covid-19 », a renchéri ce cadre du Quai d’Orsay.

Certes, Anatole Collinet Makosso est un homme de dialogue. Il voyage, constamment, dans des vols commerciaux, entre Pointe-Noire et Brazzaville, une manière pour lui de respecter, tant soit peu, la règle d’orthodoxie financière. Mais, tout homme sorti du moule de Sassou Nguesso est un potentiel danger. La preuve, voyons comment Collinet Makosso opérera sa transmutation. Restera-t-il comme le bois qui ne se transforme pas, même après un long séjour dans l’eau ? Laissons le temps au temps. Ses prédateurs sont en ordre de bataille, parce qu’ils souhaitent son échec. C’est un secret de polichinelle. Selon nos indiscrétions, ils se donnent déjà des tacles et militent pour faire échec à cette mission au MEDEF, auprès de l’État français et à l’union européenne.

Ghys Fortune BEMBA-DOMBE, journaliste congolais, ancien résident de la Maison des journalistes (MDJ). Auteur du livre « De l’Enfer à la Liberté » (2019)

 

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MAGHREB. Élan putschiste tunisien et islamisme

Le président tunisien, Kaïs Saïed, semble avoir usé de procédés algériens, quand il dut annoncer, au soir du 25 juillet passé, le gel des activités de l’Assemblée des représentants du peuple durant 30 jours, la levée de l’immunité de tous les députés et le limogeage du chef du Gouvernement, Hichem Mechichi.

« Les mesures du 25 juillet » est l’euphémisme qu’ont préféré utiliser certains titres de la presse tunisienne pour qualifier ce putsch contre la constitution du pays. Tout dans cette mise en scène qui a entouré l’intervention présidentielle, rappelle la déloyauté et les tonalités autoritaires dont le régime algérien s’est fait une spécialité. Grandiloquence dans le propos, habits de scène faits de casques et de bottes avec à la clé l’engagement à respecter la constitution…

Pourtant, Kaïs n’est pas Bouteflika. Il en est même l’antithèse. Le premier a été élu et le second a été coopté par l’armée. N’empêche, les différences entre les deux personnages sont encore plus importantes que les similitudes. 

Quant à la comparaison des régimes des deux pays respectifs, il est à se demander, au-delà de l’apparente césure entre un système formaté par une révolution populaire et un système militariste rigide, s’ils n’ont pas en commun de subir, malgré tout, le diktat de l’État profond. Qu’on se souvienne des circonstances dans lesquelles l’actuel locataire du palais de Carthage fut élu. Toujours est-il, quand on voit comment la démocratie est malmenée sur les terres mêmes qui l’ont vue naître et grandir, il est permis de se dire que la démocratie nord-africaine, à peu près la seule dans la région qui ait pu atteindre un tel niveau, est, peut-être, en train d’imiter les défauts de ses devancières occidentales, étant donné qu’il est plus facile de mimer les travers que les qualités. En cette époque d’incertitude perpétuelle, jamais la criminalisation de la protestation politique et son corollaire, la surveillance intégrale des citoyens, n’ont trouvé meilleur alibi que le terrorisme. Avec l’affaire Pegasus, on se surprend à penser que finalement, si petit que puisse être un pays, si misérable que puisse être son économie, il est susceptible de développer un gigantisme ombrageux et monstrueux pour peu qu’il ait assez d’argent pour acquérir les nouvelles technologies de dernier cri .

Mais que sait-on réellement de l’activisme souterrain des grandes puissances ? La digression étant faite, revenons à la Tunisie. Mais il y a plus à dire sur la régression de l’islamisme que ce qui peut se dire de la violation par Kaïs Saïed de la constitution. L’argument massue en faveur de la politique du coup de pied dans la fourmilière, est celui qui consiste à mettre en avant le devoir moral de combattre la corruption. Eh quoi ? L’éradication de la gabegie, des malversations, du népotisme et l’instauration de la justice sociale, n’étaient-elles pas la raison d’être du parti islamiste Ennahdha? Les islamistes des places de Tunis, Alger et Rabat qui se prenaient pour le centre du monde, sont désormais rappelés à leur condition de mortels. Leur parcours n’est pas sans rappeler celui des communistes. Comme quoi, les utopistes, qu’ils soient laïques ou religieux, deviennent des gens des plus ordinaires dès lors qu’ils se diluent dans la nomenklatura. Il ne subsiste de leur ancienne vie que des signes qui font ambiance, le voile pour les uns, le foulard rouge pour les autres. Même s’il survit socialement, l’islamisme a cessé pourtant d’être un projet d’État. Il se réinvente en dehors de ses circuits traditionnels en investissant de plus en plus des individualités qui expriment des opinions divergentes, se conformant ainsi à une certaine vision « démocratique », disons plurielle de la société. Les réseaux sociaux, du reste, relaient ces voix multiples. Cette évolution confirme, si besoin est, que l’islamisme, pris dans son acception pragmatique (loin de ses penchants consuméristes), est une stratégie d’appropriation de la modernité. C’est pourquoi, l’élan putschiste tunisien me paraît d’autant plus injustifié qu’il vise un mouvement rongé par la déliquescence et condamné à la chute. 

Larbi Graïne https://www.oeil-maisondesjournalistes.fr/wp-content/uploads/2021/02/logo-rond-twitter-36x36.png

Journaliste algérien établi en France

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Les morts peuvent-ils migrer et demander l’asile ?

« Le demandeur d’asile a toujours deux histoires, une qu’il présente aux services de l’immigration et une autre qu’il ne peut révéler et qu’il garde pour lui. »

Les services d’asile occidentaux interrogent les arrivants sur les menaces qui les poussent à quitter leurs pays d’origine en quête d’une nouvelle vie. Le demandeur d’asile a toujours deux histoires, une qu’il présente aux services de l’immigration et une autre qu’il ne peut révéler et qu’il garde pour lui. C’est une question complexe et épineuse que l’écrivain et cinéaste irakien Hassan Blasim résume bien dans son recueil de nouvelles Cadavre Expo (Seuil, 2017).

Pour comprendre la réalité de cette menace, il faut se demander si les militants et les journalistes sont en danger en Irak ? Les empêche-t-on de faire leur métier ? Risquent-ils leur vie s’ils ne font pas assez attention et s’ils ne se préparent pas à fuir leur pays ?

D’où vient cette menace et dans quel contexte ces nombreux militants et civils sont-ils morts ? Après chaque assassinat, le gouvernement : « des parties inconnues avec une déclaration accompagnée, entre autres, par l’ouverture d’une enquête pour trouver et poursuivre les tueurs devant la justice ». Ce qui est étrange, c’est qu’il s’agit toujours des mêmes déclarations, même si le gouvernement a changé, comme s’il s’agissait systématiquement d’une réponse toute faite.

Nous sommes donc face à une nouvelle théorie : quiconque va manifester et revendiquer ses droits risque de mourir et quiconque essaie de critiquer le régime, qu’il soit journaliste ou militant, fera face à la menace directe de la mort.

Cette nouvelle série d’assassinats a commencé le 1er octobre 2019 lors de la Révolution d’Octobre. Suite à des interventions de la police anti-émeute (ou d’autres forces encore inconnues), ces manifestations ont coûté la vie à plus de 600 jeunes Irakiens.

Countryman, un court métrage de Hassnaien Khazaal.

Parmi eux, des journalistes et des militants assassinés dans des opérations planifiées. À Bassora, dans le sud de l’Irak, Hussein Adel et sa femme ont été tués chez eux après un assaut organisé par des hommes armés. Amjad Al-Dahamat, lui, a été assassiné au sortir du domicile du chef de la police du gouvernorat de Maysan. Dans le gouvernorat de Karbala, devant un hôtel, un motard a tiré sur Fahim al-Ta’i puis s’est enfui, etc.

Des femmes ont également été visées comme Reham Shaker Yaqoub, médecin, assassinée dans sa voiture par trois balles.

Cette série d’assassinats se poursuit, bien après la Révolution d’Octobre. Il y a quelques jours, Ihab al-Wazani, un autre militant de Karbala, a été tué devant sa maison avec un pistolet silencieux. Pour avoir exprimé leurs opinions ou revendiqué leurs droits et les droits du peuple, les militants sont visés. 

Qu’en est-il des forces de sécurité, du gouvernement et des services du renseignement ? L’Irak est considéré comme un système démocratique, mais de quelle démocratie parle-t-on lorsque le pays reste sous l’influence des États-Unis et de l’Iran ?

Quel est l’intérêt de ce système démocratique et des élections si chaque candidat au poste de Premier ministre n’est pas nommé sans l’accord préalable des États-Unis et de l’Iran ?

L’organisation que les États-Unis ont mis en place après 2003 n’est pas une démocratie mais plutôt un système de quotas sectaires.

Qu’en est-il des Nations Unies ? Leur rôle s’apparente à celui des grandes institutions islamiques. L’ONU condamne le gouvernement seulement lorsqu’il y a des soulèvements et des révolutions lors desquels de nombreuses personnes perdent la vie mais en dehors de cela, on ne l’entend pas.

Qui sont les premières victimes de ce système ? L’ensemble du peuple irakien. Car, si on met de côté la guerre, les arrestations et les assassinats, nous sommes aujourd’hui confrontés à un processus de politisation du peuple. C’est-à-dire que les Irakiens sont incités à parler politique, mais pas à débattre tranquillement… Ils sont encouragés à s’écharper sur les réseaux sociaux. Objectif : créer des tensions entre les enfants d’un même peuple. Et gare à ceux qui s’opposent à ce système, comme les journalistes ou les militants, car dès lors le gouvernement n’hésitera pas à les éliminer.

Puisque ces personnes ciblées ne sont plus de ce monde et prouvent ainsi que leur vie était en danger, une question reste sans réponse : peuvent-elles maintenant émigrer et demander l’asile ?!

Hassanein Khazaal, journaliste et réalisateur irakien. Ancien résident de la Maison des journalistes. Il est l’auteur de Jidar Baghdad (« Le mur de Bagdad »).

En sept semaines de révolte en Irak, il y a eu plus de 330 morts, avec environ 15.000 blessés.

Les jeunes Irakiens revendiquent l’accès à l’emploi, l’égalité sociale et la fin du régime politique totalement corrompu selon eux.

La plupart des personnes tuées ont été abattues à balles réelles, d’autres ont subi des blessures mortelles causées par des grenades lacrymogènes tirées à bout portant sur les manifestants.

En outre, des canons à eau ont été utilisés, pulvérisant de l’eau bouillante selon les informations fournies par les manifestants.

Il n’y a pas que la jeunesse de Bagdad qui se soulève en Irak, la ville pétrolière de Bassorah a réduit sa production de 50% suite au mouvement de protestation dans la ville. 

Pour mieux comprendre la situation actuelle en Irak, voici une série de reportages traitant de la révolte irakienne.

HAÏTI. Les dessus de l’assassinat du Président, un chaos politique

Depuis plus de 3 ans, Haïti est en proie à crise d’insécurité démesurée. Cette situation dévaste la sécurité de tous les citoyens résidant sur le territoire haïtien, au point d’en entraîner l’assassinat de Jovenel Moise.

Les gangs armés sont omniprésents dans toutes les villes, de la capitale Port-au-Prince à la province, Le G9, -coalition de 9 gangs lourdement armés, émanation du pouvoir-, est devenu incontrôlable. L’évasion de centaines de prisonniers de la prison de croix-des-Bouquets, le 25 février 2021, a renforcé ce phénomène de banditisme.

Le jeudi 17 juin 2021, le rapport périodique (émis tous les 120 jours) du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), sur la situation en Haïti, a été présenté au Conseil de Sécurité des Nations-Unies à New York. Ce rapport signale l’aggravation de la criminalité en Haïti, et révèle l’incompétence de l’Etat dans la gestion de cette crise d’insécurité affligeant la population.

Acheminements en quantités importantes de cargaisons d’armes dans les ports.

Depuis 2016 les ports du territoire haïtien reçoivent fréquemment des cargaisons d’armes illégales, certaines ont été saisies par la police, mais d’autres en circulation,  sont aux mains des gangs. Malheureusement aucune mesure n’a été prise pour enrayer cette situation.

L’affaire des sept mercenaires en 2019

Le 17 février 2019 la police nationale d’Haïti (PNH) arrête 8 personnes lourdement armées à bord de deux véhicules. Selon l’ex premier ministre Jean-Henry Céant, ces mercenaires (1 haïtien, 5 américains, un russe et un serbe) avaient pour mission de l’assassiner. Néanmoins, Moise Jean Charles, leader très influent de l’opposition a déclaré que ces mercenaires préparaient un coup d’Etat contre le président Jovenel Moise. Le 20 février 2019 ces mercenaires sont libérés sans aucune justification des autorités judiciaires à la population haïtienne. Le président de son côté, via son conseiller, Jude Charles Augustin informe la presse qu’il ignorait leur départ vers les Etats Unis. Cela démontre un grave problème d’organisation et de gestion au plus haut niveau de l’Etat.

L’assassinat de Jovenel Moise

Lors d’une intervention à radio télé caraïbe (RTVC), le 7 juillet 2021, le premier ministre par intérim, docteur Claude Joseph a confirmé l’assassinat de Jovenel Moise en sa résidence à Pèlerin 5, zone de la capitale dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021. Le premier ministre affirme que l’épouse de Jovenel Moise a été touchée par balle lors de cette attaque, et qu’elle reçoit les soins nécessaires. Par ailleurs, Claude Joseph lance à la population, un appel au calme, déclarant, que la situation est sous contrôle et qu’il assure la continuité de la l’Etat.

La police haïtienne a procédé à l’arrestation de 19 des mercenaires, selon la déclaration du directeur général de la police nationale d’Haïti (PNH), Léon Charle dans une conférence de presse le 8 juillet. Parmi eux, 15 colombiens et 2 américains d’origine haïtienne. Selon la PNH, l’assassinat du président a été perpétré par un groupe de 28 personnes, dont 26 colombiens. Deux des assaillants ont été tués lors d’une opération menée par la PNH.

Selon le juge de paix Carl Henry Destin  « Le président fut touché plusieurs fois à la tête, mais aussi dans les oreilles et les yeux, nous avons constaté douze orifices sur corps du président ».

Aujourd’hui beaucoup de questions se posent sur la situation actuelle d’Haïti. Mais ce qui est clair, est que la situation d’insécurité sur le territoire haïtien n’est que l’aboutissement d’une mauvaise gestion politique.

Anderson D. Michel

Anderson D. Michel est un journaliste haïtien, résident de la Maison des journalistes (MDJ). twitter-logo-1-1 - Culligan recrute

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Législatives en Algérie : Abdelkader et le degré zéro de la politique

Les lendemains de la débâcle électorale du 12 juin passé sont cruels pour les généraux algériens. Le désaveu populaire envers le régime militaire est on ne peut plus éloquent.

Même le rafistolage des chiffres n’a pu cacher le fait que les « vainqueurs » des législatives (le Front de libération national – FLN, islamistes-maison et le Rassemblement national démocratique RND réunis) sont d’un poids politique infiniment infinitésimal, et pour tout dire : nul. C’est cette nullité paroxystique que le chef de l’État entend assumer. Ainsi, d’une manière officielle, Monsieur Abdelmadjid Tebboune a fait savoir, le jour même de la tenue du scrutin que le taux de participation ne l’intéressait pas. Autrement dit, les élections seront validées dussent-elles provoquer des fous rires. Un simple calcul basé sur les résultats définitifs publiés dans le Journal officiel, donne les pourcentages suivants : Le FLN qui soi-disant a remporté les élections, n’a pu décrocher que 1.18% des voix, les islamistes du Mouvement de la société pour la paix (HMS), 0.85% et le Rassemblement national démocratique (RND), 0.81 %.

Bienvenu dans le monde à l’envers ! On a un pouvoir schizophrène qui, lui-même, met à nu la démocratie de façade. C’est la folie du pouvoir, une maladie dont seul Tebboune serait, dit-on, atteint. Dans un pamphlet publié sur sa page Facebook, Noureddine Boukrouh, ex ministre de Bouteflika a suggéré que le chef de l’État devrait être interné dans un asile psychiatrique. Sous le titre « Ce fou de Tebboune », le post a terriblement fait sensation sur les réseaux sociaux.

Connu pour être proche des services de renseignements-aile de l’ex DRS [Département du renseignement et de la sécurité], cet ex ministre n’a pas été inquiété alors que des activistes du Hirak ont été jetés en prison pour moins que rien. Mon propos n’est pas de souhaiter la prison aux politiques ou d’exiger des sanctions à leur encontre, ce serait une atteinte à la liberté d’expression. Toujours est-il que ce n’est pas Boukrouh qui va être emprisonné mais Nordine Aït Hamouda. Tout porte à croire que l’opération a été montée dans le cadre d’une guerre des services. Aït Hamouda aurait été attiré sur le plateau de Hayat TV dans un guet-apens. Ex député, Aït Hamouda est le fils du colonel Amirouche, maquisard kabyle tué par l’armée française, célèbre dans toute l’Algérie. Les hirakistes, des quatre coins du pays se réclament d’ailleurs de lui. L’un de leur slogan est « Nous sommes les enfants d’Amirouche, nous ne ferons pas marche arrière ». Acquis aux idées d’un courant berbériste non consensuel, on aurait fait dire, haut et fort, à Aït Hamouda, ce qu’on pressentait qu’il serait capable de dire dans un débat à forte portée idéologique : l’Histoire en l’occurrence. C’est, du reste, avec fougue qu’il dénonça comme « traîtres » Houari Boumediene, ancien chef de l’État, Messali Hadj, le père du nationalisme algérien et l’émir Abdelkader, icône de la résistance algérienne à l’occupation française lors de ses débuts. Toutes ces personnalités vitupérées par Aït Hamouda appartiennent au courant arabo-islamiste. Arrêté et mis sous mandat de dépôt, le fils du colonel Amirouche est accusé d’ « atteinte aux symboles de l’État et de la révolution », « atteinte à un ancien président de la République », « atteinte à l’unité nationale », « incitation à la haine et discrimination raciale ». Toutes les voix sensées ont appelé à la libération de l’ex député arguant que l’affaire devrait être recadrée par les historiens. Oubliés donc les projectiles tirés sur Tebboune. Ainsi, ce dernier est gommé par un ancien chef d’État. A défaut de débattre des problèmes du présent, les Algériens sont ainsi conviés à s’occuper du passé.Il est utile de souligner que ce n’est pas la première fois qu’une personnalité historique est la cible de calomnies. Sous Bouteflika, Messali Hadj a été également dénoncé comme « traître » par un ex chef d’un parti berbériste. Plus près de nous, en 2020, c’est Abane Ramdane, un des principaux dirigeants du FLN historique, qui a fait l’objet d’une accusation de traîtrise de la part d’un fonctionnaire arabophone exerçant au niveau de l’administration de la wilaya (département) de M’sila. En outre, de son vivant, Ben Bella avait estimé que le congrès de la Soummam, qui devait organiser la révolution algérienne et dont Abane fut l’architecte, avait été une « trahison ». Dirigeant d’origine kabyle, partisan de l’éviction des militaires de la scène politique, Abane a été également célébré par les hirakistes qui se sont reconnus dans son combat.

Le débat sur l’histoire : un débat culturel

Force est de constater que ce débat sur l’Histoire renvoie à un conflit culturel dont les protagonistes ne sont autres que les élites politiques arabistes et berbéristes. Chacun de ces deux camps voit dans l’histoire de l’Algérie une histoire habitée par une succession de traîtres quoique différents selon que l’on se situe d’un côté ou de l’autre. Aussi, depuis la présence romaine, la figure de la traîtrise est toujours liée à un ancien colonisateur. c’est pourquoi d’aucuns diront que l’aguellid (roi) Massinissa fut le « chien » de Rome. L’historien et anthropologue Alain Mahé a bien cerné le problème lorsqu’il écrit que « la singularité de ces affrontements culturels [entre militants arabistes et militants berbéristes] réside dans le fait que les militants d’une cause ne parviennent à flétrir la cause adverse qu’en faisant intervenir un élément tiers, en l’occurrence un conquérant ou un colonisateur. [1]». Le discours historique des berbéristes « conduit implicitement à l’équation : arabe = colonisé, mais il en va de même dans les représentations qu’entretiennent les populations arabophones sur l’identité berbère.[2] » Mais ces derniers propos sont à relativiser vu que le Hirak qui est lui même un phénomène culturel, a fait évoluer les choses.

Un déluge de répression

Tout ce tintamarre fait autour de l’émir Abdelkader survient sur fond d’un déluge de répression visant les marches, les partis, les associations, les militants du Hirak, du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) et les autonomistes. L’Algérie n’est pas loin d’atteindre 400 prisonniers politiques. Même Fethi Gheras, chef de file du MDS, héritier du communisme algérien, s’est vu arrêté à son domicile. Cette opération spectaculaire vise à semer la terreur dans la population. Ce n’est pas que le multipartisme soit menacé, c’est qu’il n’existe pas. Mêmes divisés en pro et anti-Tebboune, les généraux algériens, semblent penser qu’ils sont en mesure de réduire le Hirak et neutraliser le MAK en Kabylie, et ce, peut-être en favorisant les autonomistes avant de se retourner contre eux. L’accusation de terrorisme qui vise le mouvement indépendantiste ne peut s’expliquer pour le moment que de cette façon.

[1] Alain Mahé, Histoire de la Grande Kabylie, XIXe-XXe siècles. Anthropologie historique du lien social dans les communautés villageoises, Bouchene, Paris, 2001, pp. 478-479.

[2] Ibid.

Larbi Graïne https://www.oeil-maisondesjournalistes.fr/wp-content/uploads/2021/02/logo-rond-twitter-36x36.png

Journaliste algérien établi en France

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