A TABLE sous la Coupole !

« La cuisine des idées c’est de la gastronomie »

Moi, le jeune panda né et exilé en France, Yuan Meng, mangeur de bambou, je ne me fais pas d’illusions : on ne change pas le cours des événements avec une simple pincée de « paroles magiques »… Mais il est acquis que penser le monde – à défaut de le pincer – est une étape qu’il convient d’abord de franchir avec le talent d’un coureur cycliste ou même d’un maître-cuisinier. A vélo et table !

La vie en société, nom d’un bambou, c’est comme le Tour de France : un enchaînement d’étapes avec des routes plus ou moins longues, plus ou moins raides, des cols et des descentes aux enfers pas ordinaires, des accélérations, des chutes et des lignes d’arrivées, enfin. Oui, certes, j’aime bien cette métaphore : elle est simpliste mais elle cause à tout un chacun… tout un chacun qui sait que « la roue tourne ». Tel est le destin du Destin.

Sous la Coupole de l’Institut de France

Tout cela pour en arriver à ceci, après cette dégression sportive aléatoire : l’autre jour j’ai envoyé mon ci-devant traducteur sous la fameuse Coupole de l’Institut de France. Cette noble institution réunit toutes les académies dont celle qui est dédiée aux Sciences. Celle-ci, l’autre jour, accueillait un bel événement : les «Rencontres Capitales»… un colloque où l’on aura vu défiler une impressionnante ribambelle de cerveaux.

Loin de penser que mon traducteur soit un Académicien en puissance (il en est loin, le pauvre garçon), je lui ai tout de même demandé d’aller ouïr ce qui se disait là, car je suis d’une nature animale curieuse… Et là, au milieu des intellectuels aussi brillants, exigeants et patentés que fort médiatisés, a surgi un chef de cuisine justement célébré : Michel Troisgros. L’excellent homme à la parole fluide et à l’expression limpide a su trouver les mots pour me redonner de l’espoir. Les papilles de mon bestial intellect ont découvert, tout à coup, de nouvelles saveurs.

Petits moyens, grande efficacité

« Plus les moyens sont modestes, plus l’expression est forte » a-t-il déclaré en expliquant sa vision de la cuisine. Et il a ajouté ensuite, en évoquant les produits qu’il manipule au-dessus des fourneaux : « ce qui est rompu est meilleur que ce qui est tranché, blessé ».

BON… Je transpose, camarade lecteur puisqu’il faut tout t’expliquer : si tu entreprends de penser l’avenir en allant à l’essentiel, au produit brut de ta vie, alors tu pars gagnant. Et si tu romps avec les poncifs, les idées reçues, les utopies à 2 euros par un effort cérébral bienvenu, plutôt que de trancher les têtes de tes contradicteurs comme un abruti d’extrémiste : tu deviens l’humaniste dont j’ai toujours espéré voir apparaître avec le Maillot Jaune sur la ligne d’arrivée. Celles et celui qui pensent sainement (sans sucre et sans gras ajoutés) nourrissent les autres. J’ai dit !

Alors, fais-moi rêver, nourris-moi, l’ami… et retourne, de ce pas, dans ta cuisine. J’ai faim de tes idées, nom d’un bambou !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

“Ça ne peut pas arriver” est arrivé.

Je me rappelle quand je vivais en Turquie, on disait comme ça : “Mais non en Turquie quand même, ça ne peut pas nous arriver. Nous sommes une République. Ce n’est pas un pays du Moyen-Orient”.

Ça ne peut pas arriver” est arrivé.

Depuis 2016, à peu près 200 médias ont été fermés par le pouvoir. Des centaines de journalistes ont été envoyées en prison. La Turquie est ainsi devenue « la plus grande prison au monde pour les journalistes ». 150.000 personnes sont limogées de leur poste. La constitution est changée, le système politique aussi. La séparation du pouvoir est détruite par R.T. Erdogan.

Mercredi 18 avril 2018, Erdogan a changé la date d’élection après une réunion avec Devlet Bahçeli, le leader du parti de l’extrême droite du parti MHP. Lui aussi sera candidat pour cette élection présidentielle, mais cette annonce d’élection anticipée a pris de court toute l’opposition. Comment s’organiser en 2 mois ?

La Turquie va donc aller aux urnes pour choisir le Président en juin 2018 sous l’état d’urgence. Normalement, l’élection présidentielle était prévue pour le… 3 décembre 2019.

Pourquoi manifester ? Pourquoi faut-il manifester ?

Pour dire qu’après avoir choisi un président : “Nous sommes toujours ici”. Parce que bien entendu, la démocratie ne veut pas dire juste « les élections ». Il ne faut pas dire : “nos institutions sont fortes, ça ne peut pas nous arriver, à nous, jamais”. Il ne faut jamais lâcher. Au lieu de “liker” ou “partager” sur Twitter ou Facebook, parfois il faut être dans la rue.

Il faut marcher tranquillement avec la paix et sans violence. Juste pour donner le message : “N’oublies pas que nous sommes toujours là et présent”. Car tout est possible, tout peut arriver… même en France.

Un Arabe dans le Métro : « Attention aux pickpockets! »

Attention aux pickpockets! Dès que je monte dans le métro de Paris, j’entends cette alerte. J’ignore pourquoi je me sens à chaque fois concerné. Par l’accusation et non l’alerte (si vous ne l’aviez pas deviné). Ce sentiment est d’autant plus fort que la voix féminine répète le message en plusieurs langues sauf l’arabe. Je ne suis pas le seul à le penser. Prenons par exemple ce couple de touristes britanniques qui est tout près de moi.

Avec un geste de la main, le monsieur vient d’alerter sa compagne de faire attention au potentiel pickpocket derrière elle. Elle se retourne, me regarde de haut en bas, puis fait un pas vers son conjoint en collant son sac à main sous son épaule. J’ouvre mon sac à dos et en tire un journal afin d’oublier l’humiliation, mais surtout dans l’espoir de rassurer mes voisins. Je tombe sur une photo d’un concert qui me rappelle une blague:

  • Y a-t-il des européens dans la salle?
  • Oui!!
  • Levez vos mains! (les concernés lèvent tous les mains en l’air). Des arabes dans la salle?
  • Oui!! (quelques personnes)
  • Fouillez dans les poches!!!

Je plie mon journal et observe les lumières clignotantes sur la carte des stations de la ligne. Inversement aux tramways de mon pays, je me dis que les noms des arrêts du métro parisien rendent beaucoup d’hommage aux personnalités ayant marqué l’histoire de la République, d’Europe et du monde entier. Victor Hugo, Emile Zola, Michel-Ange,  etc.

D’un métro à un autre

A Rabat c’est plutôt: Hay Karima (quartier de Karima), Mohammed V, Pont Hassan II, Nations-Unies, ou encore Hôpital Moulay Youssef ». Quel malheur. Je n’ai aucune nostalgie. J’aime mon exil et le Maroc ne me manque pas. En tout cas pas trop. Quand ça arrive, je me rends vite à Barbès. Les foules, les vendeurs de cigarettes qui abordent les gens et, pour utiliser le terme de l’humoriste algérien Fellag, les “Hitistes” – c’est-à-dire ces personnes adossées au mur toute la journée pour observer les passants. La station de Métro de Barbès ne ressemble pas aux autres. Les murs sont tristes et les panneaux n’existent pas ou fonctionnent rarement. Le temps s’arrête à Barbès. Au Maroc.

Un mouvement brusque me réveille de mon “voyage” au Maroc. Le métro vient de prendre un virage et une vieille dame a failli tomber. J’étais sur le point de lui céder mon siège avant de me rendre compte que j’étais aussi debout. J’ai aussi oublié que j’avais décidé de ne plus céder ma place aux… vieillards sans canne ou qui ne le demandent pas. Oui, depuis le jour ou une “vieille” dame, bien maquillée, m’avait regardé méchamment. Elle avait pris ma proposition comme une insulte à sa beauté et à sa jeunesse.

Tristes anecdotes sur la ligne 13 du métro parisien

La ligne 13, que je prends presque chaque jour, est une ligne bizarre. On dit que c’est un chiffre porteur de malheur. Moi, j’aime ce chiffre. C’est mon anniversaire et c’est l’ordre de la première lettre de mon nom dans l’alphabet. Sur cette ligne, il n’y a jamais de place libre. On y voit toutes les couleurs et tous les âges. Durant chaque trajet, je scrute les visages des gens en essayant de deviner leurs parcours, leurs “origines” et leurs rêves. Hier, inconsciemment, j’ai passé plus d’une minute à suivre la conversation d’un jeune berbère. J’ai même essayé de deviner ce qui se disait à l’autre bout du fil, moi qui partage avec lui la même langue natale.

  • Non, ne lui donne pas les 2500 dirhams, fais attention!

Je devinais que rien n’avait changé dans mon pays. Il faut toujours faire attention. Se méfier de tout. Du commerçant, des chauffeurs de taxis, des policiers, des voisins, de sa famille et, parfois, de soi-même.

Un garçon de cinq ans, accompagné de sa maman, monte dans le métro.

  • Maman, il y a trop de monde! (lance le petit apparemment effrayé par la foule afro-asiatique).
  • Oui.
  • Maman, pourquoi il n’y a pas de places?
  • Car les gens sont assis.
  • Maman, pourquoi il fait noir? (tunnel).
  • Allez, on descend au prochain!

Moi aussi je devais descendre… il y a trois stations !

La Vérité m’est enfin apparue… mais tout est relatif !

Comme un moine bouddhiste idéalement perché sur son Himalaya, le panda que je suis a tout le temps de méditer, installé au zoo de Beauval. Et ça devait arriver : entre deux songes, la Vérité m’est brusquement apparue !

L’autre jour, alors que je dégustais tranquillement mon bambou quotidien en l’espace qui m’a été dédié, un frisson s’est mis à me parcourir. NON, ce n’était pas le regard des visiteurs, ces ombres curieuses qui se pressent habituellement ici en nombre à l’heure de mon repas… NON, ce n’était pas la pluie ou bien le vent : il faisait beau ce jour-là et puis j’appartiens à une race qui s’accommode des intempéries, vous le savez bien…NON, ce n’était pas une indisposition passagère, impossible : j’ai tous mes vaccins et puis les soigneurs de Beauval veillent sur moi plus que sur tous les exilés du pays réunis…

Le panda sent car le panda sait

Je sentais pourtant bien que quelque chose allait advenir grâce à ce sixième sens qui fait tout mon charme : « le panda sent car le panda sait » comme disait Qiu, plus connu sous le nom Confucius (mais si…)

Et, enfin, elle s’est présentée à moi, de face, debout et nue dans une lumière insoutenable. J’ai cligné des yeux, baissé la tête. A cet instant précis, elle m’a dit, de sa voix caverneuse : « JE suis LA Vérité ». J’ai hésité un moment et j’ai toutefois risqué ce qui suit : « ah oui ???? Et laquelle ??? Celles des hommes ou celle des pandas ? Celles d’hier ou celle d’aujourd’hui ? Celle de l’Empire du Soleil Levant ou bien celle de celui du Milieu ? »

Disparue, comme une bulle de savon

Visiblement déstabilisée elle s’est crispée, tendue, tordue, s’est doucement estompée puis s’est éclipsée totalement. Son halo de lumière a éclaté comme une bulle de savon. Tout est redevenu normal…

…C’était… le 1er avril, ce jour unique et étonnant, ce jour des farces autorisées où les gens préfèrent s’amuser plutôt que de s’épuiser à compter et à recompter toutes les vérités qui s’affrontent sur la planète. La bonne blague… J’ai donc pris cette apparition comme telle…. Sûrement un coup de mes soigneurs ou d’un humoriste du dimanche de passage au zoo…

Ma vérité n’est pas la vôtre

En attendant le prochain 1er avril, et son lot de poissons plus ou moins frais, je vous le dis comme je le pense : ma vérité n’est pas la vôtre ET c’est bien là (faut le croire) VOTRE problème. Ma vérité est pourtant aussi crédible que bien d’autres. Elle vaut au moins autant. Et c’est pour cette simple raison qu’il conviendrait que vous preniez le temps de la jauger et de l’apprécier à sa juste valeur. Tout est relatif, ici comme ailleurs. En conclusion, rêvons un peu et faisons cohabiter nos vérités respectives et forcément respectables… Nom d’un bambou !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

 

L’image de cet article est issue de « Tintin au Tibet » repris du site http://fr.tintin.com

Les nouvelles technologies : une révolution inégale aux enjeux immenses

43% de la population mondiale possède une connexion et 3,2 milliards de personnes utilisent Internet. Parmi eux, plus de 2 milliards vivent dans des pays en voie de développement. Cependant, c’est près de 60% de la population mondiale qui reste privés d’un accès à Internet et donc à ses avantages. L’enjeu est énorme car la future révolution industrielle sera basée sur les nouvelles technologies.

Quelques chiffres sur l’inégalité des accès et des usages à internet

Selon l’UIT (Union Internationale des Télécommunications), 6 milliards de personnes ne disposent pas d’une connexion Internet à haut débit. Plus proche de chez moi, en Afrique, les 60% les plus riches ont trois fois plus accès à Internet que les 40% les plus pauvres.

En Afrique, les deux tiers de la population n’a toujours pas accès à l’électricité, ce qui constitue un obstacle à l’accès à Internet. Une étude internationale affirme que 70% des emplois d’aujourd’hui deviendront redondants dans la prochaine décennie en raison de la hausse du développement de l’économie numérique.

Ce qui est plus inquiétant, c’est le fait que les femmes, qui constituent près de la moitié de la population mondiale, auraient un usage d’Internet 12% plus bas que celui des hommes.

Compétences pour un monde connecté

Ces quelques faits et chiffres ne sont que quelques-unes des informations dévoilées lors de la Semaine de l’apprentissage mobile, qui vient de se conclure, organisée par l’UNESCO en collaboration avec l’UIT. La conférence s’est tenue au siège de l’UNESCO à Paris du 26 au 30 mars 2018.

Autour du thème « Compétences pour un monde connecté », la conférence a attiré des représentants du monde entier avec pour objectif d’examiner les compétences nécessaires pour une économie numérique et une société centrée sur les compétences numériques. Un atelier a également passé en revue les stratégies et les manières dont ces compétences peuvent être utilisées dans le contexte de l’Objectif de Développement Durable (ODD) défini par l’UNESCO.

Le poid des nouvelles technologies est immense : j’ai été surprise par le fait que 77% des emplois du futur nécessiteront des compétences numériques. Et pourtant, les femmes sont encore à la traîne dans l’acquisition de ces compétences. Les chiffres alarmants sont en flagrante contradiction avec les objectifs 4 et 5 des ODD, qui parlent respectivement d’éducation et d’égalité des genres.

Selon Mike Nxele, responsable de la Construction des Qualités Humaines à l’UIT, environ 4 milliards des personnes qui n’utilisent pas Internet, représentent jusqu’à 50% des personnes les moins susceptibles d’être finalement connectées, à cause du manque de sensibilisation et des problématiques culturelles.

« L’accès est encore un grand défi. En plus des enjeux d’accès, nous sommes toujours confrontés aux défis de financiers qui constituent de véritables barrières à l’inclusion. L’analphabétisme et la méconnaissance de la valeur et des avantages des technologies de l’information et de la communication (TIC) demeurent un sujet de préoccupation. Sans la capacité de construction, il n’y a rien à mettre à profit. Dans la société de l’information, le véritable fossé numérique sera la fracture de la connaissance », a-t-il déclaré.

Ce n’est pas une surprise puisque 13% de la population mondiale vit en-dessous du seuil de pauvreté selon la Banque mondiale et les femmes sont parmi les personnes les plus pauvres.

Un accès à internet qui dépend du genre de l’individu

Un responsable de ce programme de l’UNESCO a déclaré que le découpage qui existe entre les hommes et les femmes dans le secteur des TIC est un phénomène mondial. Une enquête a aussi été menée qui a révélé que les femmes étaient en effet sous-représentées.

« Il y a eu des cas où des filles en compétition contre des garçons ont été plus performantes. L’écart entre les moments où les filles étaient plus performantes que les garçons et l’écart entre les deux sont énormes. Cela signifie bien qu’il n’y a pas d’obstacles intellectuels. Il existe des attitudes conceptuelles qui affectent les attitudes des filles et des garçons », a-t-elle expliqué.

Prenez, par exemple, l’entreprise Airbnb. Elle ne possède aucun hôtel mais gère une affaire florissante dans l’hébergement. Uber en est un autre exemple : elle ne possède pas un seul taxi mais c’est une entreprise de transport de personnes. C’est tout simplement parce que ces entreprises ont su exploiter les opportunités offertes par l’économie numérique. Elles ont simplement une application qui sert à créer un lien entre les clients qui bénéficient de ce service et ainsi rapporte de l’argent.

Les femmes ont donc l’opportunité ici de faire de même avec leurs entreprises, et en particulier celles des services. La célèbre auteure zimbabwéenne, Tsitsi Dangarembwa, dont le travail met au défis la dynamique de genre, a donné une conférence TedTalk où elle a mis au défi les gens de se concentrer sur l’économie créative. Cette discussion m’a vraiment inspirée et m’a fait penser que c’est une affaire dont la seule ressource doit être sa créativité, ce qui sonne très vrai en termes d’économie numérique où le principal capital est la créativité. Voici quelques-unes des idées que je retiens de cette semaine sur l’éducation mobile (MLW).

Quelques pistes d’améliorations

D’un point de vue personnel et professionnel, la conférence m’a ouvert les yeux sur de nouvelles possibilités d’évolution dans ma carrière. Avant cette conférence, j’étais l’une de ces personnes qui craignaient l’influence du monde numérique sur ma profession, le journalisme.

J’étais l’une de ceux qui croyaient vraiment que l’ère numérique était l’ennemi et que les machines venaient détruire tous nos emplois. Qui peut me blâmer étant donné que les médias sociaux sont devenus la principale source d’information ?

On nous a enseigné à l’école de journalisme que les nouvelles sont des informations qui n’ont pas encore été rendues publiques. Mais au cours de la MLW, j’ai découvert que ces soi-disant ennemis étaient des amis déguisés ou des amis-ennemis (« frenemies » en anglais dans le texte) comme certains aimeraient les appeler. Ils peuvent en fait être utiles et complémentaires à nos efforts.

En tant que démocrate, je ne serais pas du genre à dire quoi faire aux autres, mais je pense que tout le monde devrait se débrouiller pour acquérir ces compétences numériques. Non seulement parce que 50% des emplois nécessitent un certain degré de technologie aujourd’hui : la finance, le divertissement, la mode, les services comme la restauration, le nettoyage, mais aussi parce que les entreprises qui ont un encrage numérique font plus de profits. Les politiciens de la vieille école comme le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa ont pris le train en marche, comme tout le monde devrait le faire.

Par exemple, les industries de la restauration et de la mode ont juste besoin de commercialiser leurs produits sur Internet et de les regarder prospérer. Cette croissance dans le e-commerce menace certaines entreprises bien établies avec des chaînes de magasins renommées comme Toys’R’Us qui ferment plusieurs de ses magasins aux États-Unis et Royaume-Uni à cause de la croissance des achats en ligne.

Des noms comme Ruby Lynn, Prisca Maguranyanga, Joyline Munikwa, Jane et Cosmas me viennent à l’esprit. J’ai regardé ces femmes zimbabwéennes développer leurs marques, commercialiser leurs affaires en ligne et en faire un succès alors qu’elles parviennent à attirer des clients du monde entier en quelques secondes.

Certaines des compétences et aptitudes qui seront essentielles à l’avenir seront : la maîtrise de l’intelligence artificielle, la recherche critique, la compréhension émotionnelle, l’attention, la pleine conscience, la réflexion, la gentillesse, la collaboration, le dialogue, la compassion et la perspective.

Le Zimbabwe, quasi absent du débat

J’ai également été surprise par le fait qu’il n’y avait pas de représentants du Zimbabwe à l’exception de Mike Nxele, qui assistait à l’événement au nom de son organisation, l’ITU. Mon cœur aspirait à voir une sorte de représentation, en particulier du Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC) dirigé par Nelson Chamisa. La campagne électorale est basée sur les promesses d’un Zimbabwe inscrit dans le progrès numérique. Mais je suppose que c’était un peu trop espérer.

J’avais aussi le cœur brisé que le Zimbabwe ne puisse pas être représenté à une telle réunion où des idées de personnes ayant des antécédents communs ont été dévoilées. La présentation d’une zone rurale au Paraguay m’a marquée. Cette zone reculée ne dispose ni de l’électricité, ni d’une connexion Internet fiable. Ils ont quand même trouvé les moyens d’appliquer des outils d’apprentissage mobiles avec des étudiants d’une université agricole.

La présentation a mis en lumière le fait que les étudiants étaient plus engagés et comprenaient mieux grâce aux méthodes d’enseignement où au moins 80% des étudiants étaient motivés et où 81% des étudiants enregistraient une amélioration des compétences techniques.

Presque tous les intervenants partagent l’idée que ces plateformes mobiles ne remplaceront en aucun cas le travail que font les enseignants. Au contraire, ils aideront au processus d’enseignement, à capter l’attention et à la participation des étudiants.

On pourrait se demander comment l’apprentissage mobile est possible dans une région comme le Zimbabwe. Même l’approvisionnement en électricité est irrégulier et où l’accès à Internet est quelque peu limité. La réponse est simple : les leçons peuvent être téléchargées sur un lecteur flash et peuvent être utilisées en classe à l’aide d’un ordinateur portable. Les étudiants peuvent également utiliser leurs téléphones portables.

Ce n’est pas un secret que si un choix s’impose, la plupart des étudiants préféreraient sauter un repas pour acheter du crédit pour leurs téléphones portables. À propos des ordinateurs portables, ils peuvent être rechargés en utilisant l’énergie solaire, des générateurs ou même des batteries de voiture.

Il est devenu évident pour moi que nous devons combler ce vide entre nous, les femmes, et la technologie car elle est notre meilleur ami. Il m’est apparu au cours de cette conférence très informative que nous devons nous préparer à des professions qui n’existent pas encore actuellement.

Découvrez toutes les informations et d’autres articles sur le site de notre journaliste Thelma Chikwanha 

Le festival Cinéma de Turquie à Paris : un refuge pour la liberté d’expression

C’est la 15ème édition Cinémas de Turquie” à Paris du 30 Mars au 8 Avril. Le Festival organisé avec la Mairie de 10ème arrondissement et l’association ACORT. L’intérêt de ce festival est la libre expression : certains films diffusés sont censurés en Turquie. Découvrez le programme ici

Une semaine de cinéma dédiée à la Turquie, le tout à Paris ! Attention, ce ne sont pas “des films turques” ce sont les films qui parlent de la Turquie, qui traverse la Turquie, qui viennent de Turquie, avec toute la diversité culturelle de ce pays.

A l’époque de la mondialisation, les relations, les subventions internationales et les équipes travaillant à la production d’un film sont internationales. Que signifie film turque, français, américain ou kurde dans ce contexte ?

Assurément pas grand chose. Il est donc important de souligner la volonté des organisateurs : c’est un festival de « cinéma de Turquie » et non pas de « cinéma turque ».

Cette balade des films de Turquie à Paris fête son 15ème anniversaire lors de cette édition. Pendant le Festival, il est possible de voir les dernières œuvres du « cinéma de Turquie » d’aujourd’hui qui ont gagné des prix dans les festivals internationaux. Dans certaines projections, il y a des rencontres avec l’équipe des films en compétition. C’est une chance de pouvoir poser des questions directement aux réalisateurs ou aux comédiens.

Liberté d’expression aux salles de cinéma parisiennes

Mais pour moi, en tant que journaliste et réalisateur de cinéma en exil, le plus important côté de ce festival est « la liberté d’expression ». Comme madame la Maire du 10ème arrondissement, Alexandra Cordebard, a souligné pendant son discours d’ouverture de ce festival, « la Turquie passe des temps difficiles ».

L’autoritarisme et la censure surplombent tous les domaines en Turquie. Malheureusement, cela comprend aussi le cinéma. Il y a beaucoup de films comme « Zer » de Kazım Öz ou « Tereddüt » de Yeşim Ustaoglu qui sont censurés par l’Etat ou bien autocensurés par leurs auteurs de peur de représailles. Et cette situation tragique crée aussi des situations absurdes.

Absurdité & Censure

Si vous voulez mieux comprendre l’absurdité de la censure qui se passe en Turquie, je veux partager avec vous ce qu’a expliqué Monsieur Öz, le réalisateur de « Zer » après la projection de son film pendant l’ouverture du festival.

Öz a dit que son film « Zer » est peut-être le premier film de toute l’histoire du cinéma où l’Etat a accepté de financer le long métrage pour après le censurer : rendez-vous compte, cette subvention du Ministre de la Culture Turque a financé un film car c’était proposé pendant l’époque de paix. Malheureusement, la diffusion du film a été au moment où la guerre a commencé. Conséquence, la conjoncture politique de la Turquie a joué un rôle de censure dans ce film. L’Etat n’a donc pas voulu sa diffusion sans censure alors qu’il l’avait subventionné.

Vous avez donc la chance d’être à Paris et  de voir ces films sans censure grâce au Festival de « Cinéma de Turquie ». C’est pour cette raison cette vision ouvert et position politique a coté de la liberté d’expression de ce festival fait Paris aussi un refuge pour le « cinéma de Turquie ».

Ce Festival peut faire plus !

J’espère que cette rencontre dédiée au cinéma de la Turquie peut enrichir les échanges entre la Turquie et la France du cinéma: dans le futur, on pourrait imaginer  des compétitions avec des rencontres entre professionnels de cinéma français et turque. Y compris, au niveau de la production pour développer des partenariats et peut-être avec la création d’un budget de subvention afin d’aider les cinéastes indépendants.

La programmation turque du festival à découvrir ici

Tous les moyens sont bons, même le chocolat !

Moi, Yuan Meng, le jeune exilé du zoo de Beauval, voici ce que j’apprends : la branche dominante du règne animal – l’Homme – s’amuse de ma condition et me transforme en friandise. Dois-je m’en offusquer ?

Si mon clan est constitué d’amateurs de bambou, comme vous le savez, celui du genre humain, pour sûr, a plutôt porté son choix sur le chocolat. Ainsi, à l’occasion des fêtes de Pâques, on a vu (m’assure-t-on) circuler des pandas… en chocolat, ici et là dans des boutiques spécialisées. Après les gâteaux sablés déjà à mon image, cette idée quelque peu saugrenue serait née dans l’esprit tortueux d’un artisan installé dans les parages de mon domicile provisoire.

Alors ? Eh bien alors, la gourmandise au service du business, passe encore … MAIS enfin, était-il bien nécessaire que l’on me mette ainsi en scène, malgré moi ?

J’ai pris du recul

« On aurait, une fois de plus, voulu me faire dresser les poils sous l’effet de la colère qu’on ne s’y serait pas pris autrement » me suis d’abord dit (car, curieusement, il m’arrive de me parler à moi-même). Et puis, à la réflexion, en tentant de prendre du recul dans l’espace pourtant réduit de mon habitat, j’ai fini par envisager l’affaire tout autrement. Que le plus connu des exilés (pour mémoire, je suis Chinois) soit transformé en friandise est, je vous l’accorde, une sorte d’hommage rendu à ma lignée mais aussi à l’ensemble des âmes errantes que l’Europe accepte d’abriter, mes sœurs et mes frères d’exil.

Et qui sait ? Les papilles du gourmand étant en principe reliées aux neurones de son cerveau, peut-être prendra -t-il (en conséquence) conscience de ce que représente réellement le panda et, de ce fait, qu’il mérite donc probablement mieux qu’un destin confectionné à base de cacao !

I have a dream

« I have a dream » (me too, as Martin Luther King) : sache que celui qui me mange – même à l’état de figurine sucrée –  adopte automatiquement ma cause. Une chimie gastrique au service d’une alchimie philosophique et humaniste, pas moins. C’est ainsi. J’en ai décidé, nom d’un bambou ! 

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)