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Mes vacances avec l’association JRS : fraternité et partage

[Par Rahima NOORI]

L’association JRS (le Service Jésuite des Réfugiés) a démarré ses cours d’été le 28 juin 2016. Elle a organisé des cours de français qui durèrent un mois, et qui nous furent fort utiles et intéressants. Nous avons appris à progresser en français grâce à des méthodes de conversation, mais aussi grâce à de la musique, en jouant sur des instruments et en chantant, en faisant du sport et en profitant de la forêt pour y faire des promenades ou y organiser des jeux.
Quand l’école d’été pris fin l’association JRS organisa deux séjours de vacances, l’un à la Vialle dans le Gard et l’autre à Penboc’h en Bretagne.

 

©Rahima Noori

©Rahima Noori

Penboc’h est un endroit magnifique, les mots me manquent tant cet endroit est beau. Les vacances furent menées de main de maître par Marcela et Cathy. Elles firent en sorte de bien nous intégrer, de nous y laisser aussi la liberté d’exprimer nos sentiments, ; nous y avons appris de nouvelles choses et avons pris part à de multiples jeux.
Etant donné que les réfugiés viennent de différents pays où la situation est très conflictuelle, et rencontrent de nouveaux problèmes en France où ils tentent de survivre pour recevoir des allocations tout en tentant d’obtenir l’accord du gouvernement français pour obtenir un droit de résidence, la plupart d’entre eux sont désespérés. De telles vacances les aident beaucoup. Quand je posai pied en France, je fus très déçue car je ne connaissais personne. Quand une personne arrive dans un nouvel endroit elle a besoin d’une autre personne pour la guider. Le premier mois j’ai beaucoup pleuré tant je me sentais perdue.

© Rahima Noori

© Rahima Noori

Pendant ces vacances j’ai rencontré des personnes incroyables qui m’apportèrent de l’espoir et m’aidèrent à résoudre certains de mes problèmes.  Par exemple Cathy, qui est l’une des organisatrices de JRS : elle m’encourageait toujours à parler pendant les discussions de groupe et m’envoyait beaucoup d’ondes positives. Il y a eu aussi Marcella qui m’a toujours montré qu’elle pouvait partager ma peine, étant mère elle-même, parce que je suis loin de mon fils.
J’ai rencontré aussi Clémence, qui a envoyé mon dossier à une université. Elle a résolu mes problèmes d’études. C’est une très gentille femme. Christine, une femme charmante qui est devenue mon amie. Je reviens sur Cathy encore, c’est  une belle femme avec beaucoup d’amour. Et enfin Pascaline, une femme énergique, quand nous jouions de la musique elle chantait et dansait, et je recevais son énergie.
Nous quittons Penboc’h remplis d’amour.

Les veilleuses de chagrin, fortes ou mélancoliques ?

[Par Marie-Angélique INGABIRE]

Cinq « veilleuses de chagrin », venant de Loctudy, du Conquet, de Saint-Malo et de Cancale acceptent de témoigner de leur quotidien pour la première fois. Inspirée par le poème de Paul Eluard, L’Amour la poésie, Frédérique Odye décide de faire un film dans lequel elles parlent non seulement de la disparition de leurs êtres chers dans la mer, mais aussi de l’indépendance qu’elles ont tiré de ce drame.

L'affiche du documentaire "Les Veilleuses de Chagrin" ©Marie-Angélique Ingabire

L’affiche du documentaire « Les Veilleuses de Chagrin » ©Marie-Angélique Ingabire

« Au fond, ces femmes ressentent l’amour qu’elles portaient pour leurs maris, mais elles disent aussi aimer leur solitude, elles n’aimeraient plus vivre au quotidien avec lui. Elles tiennent à leur indépendance. Quand il revenait, elles étaient très heureuses de le retrouver mais elles souhaitaient qu’il reparte aussitôt », explique la réalisatrice.

Elle-même fille de marin de Normandie, Frédérique Odye a vu sa mère mener une vie de veilleuse : par la vitre, elle attendait souvent le retour de son mari.  Ceci l’a aidée à gagner la confiance des cinq veilleuses du film, bien que ce dernier ait été tourné en Bretagne, où elle vit depuis 12 ans.

« Avoir vécu dans un milieu pudique a joué un rôle important. Au départ,  ce n’était pas facile d’avoir des femmes qui acceptent de témoigner, pire encore de s’exprimer devant la caméra. Mais quand je leur ai partagé ma propre expérience, elles ont dit oui. »

L’attente et l’espoir, piliers des femmes veilleuses

« Il partait pour une semaine, je crois [..], mais on avait des nouvelles par le Conquet radio qu’il y avait une vacation tous les matins vers dix heures, il fallait donc écouter la radio tous les jours pour savoir où ils étaient. Ils disaient RAS, rien à signaler, pour dire que tout allait bien, voilà ! », raconte une veilleuse.

Ces épouses témoignent du caractère fort des femmes de marins. Elles gèrent tout : la maison, les enfants, le budget, etc, sans se plaindre de cette vie. « J’étais contente de rester à la maison, moi… A l’époque il n’y avait pas beaucoup de femmes de marins qui travaillaient, le marin devait gagner pour deux, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui ».

© Marie-Angélique Ingabire

© Marie-Angélique Ingabire

Et que faire quand il s’agit d’annoncer aux enfants que leur papa s’en va pour plusieurs jours, voire même des mois ? Ils savent quand le moment est venu, tout le monde est sous tension. Et cette séparation ne dit pas l’oubli : des photos, des lettres d’amour que ces veilleuses gardent les aident à sentir la présence de leur mari. La vie du marin était à bord, celle de la femme à terre, mais le couple finissait par se revoir et ils en profitaient.

S’inquiéter pour leurs maris, normal. Mais gérer le pire pour trois veilleuses,  dont les maris ne rentreront jamais, quelle horreur !

« A 10h20 exactement, je vois toujours la pendule, le pire est arrivé […] Je faisais un rêve. Je le voyais […] m’appelant, pensant qu’ils allaient le trouver là-bas, vivant ».

Ce film mixe images du paysage naturel étalant la beauté de la Bretagne et celles de la vie quotidienne des épouses et mères attendant le retour de leurs maris ou de leurs fils partis en mer.

La réalisatrice trouve encourageant le fait que son film ait été sélectionné par ce festival et soit ainsi projeté dans sa région de tournage. Rendez-vous à l’Auditorium ce mercredi à 21h.