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IRAN – Le lutteur Navid Afkari exécuté malgré la mobilisation internationale

Le régime iranien a exécuté le samedi 12 septembre 2020 Navid Afkari, champion de lutte âgé de 27 ans, au mépris des appels de la communauté internationale à mettre fin à cette exécution. Navid Afkari, un manifestant, a été arrêté en 2018, avec ses deux frères à Chiraz. Le 2 août 2018 comme plusieurs autres villes d’Iran, Chiraz avait été le théâtre de manifestations hostiles au pouvoir et dénonçant la situation économique et sociale du pays.

Après des mois de tortures horribles et des «aveux télévisés», Navid a été condamné à deux peines d’exécution dans des circonstances louches, pour le meurtre d’un fonctionnaire lors d’une manifestation antigouvernementale.


Ils me battaient avec des bâtons et des matraques, me frappant les bras, les jambes, l’abdomen et le dos.


Ses frères Vahid et Habib ont été condamnés respectivement à 54 et 27 années de prison dans la même affaire. La requête de Navid Afkari demandant un nouveau procès a été rejetée par la Cour suprême du régime.

Dans une lettre qu’il a transmise secrètement de la prison, Navid a écrit: « Pendant environ 50 jours, j’ai dû endurer les plus horribles tortures physiques et psychologiques. Ils me battaient avec des bâtons et des matraques, me frappant les bras, les jambes, l’abdomen et le dos. Ils mettaient un sac en plastique sur ma tête et me torturaient jusqu’à ce que je suffoque au bord de la mort. Ils ont également versé de l’alcool dans mon nez« .

«Trampled Humanity»

Amnesty International a publié un rapport choquant, «Trampled Humanity», le 2 septembre 2020, confirmant le recours par le régime à de graves tortures, en particulier contre les personnes détenues lors de deux manifestations nationales en Iran en 2018 et novembre 2019.

Selon ce rapport, le régime iranien a eu recours à «des tortures généralisées, notamment des passages à tabac, des flagellations, des décharges électriques, des positions de stress, des simulacres d’exécutions, des waterboarding, des violences sexuelles, l’administration forcée de substances chimiques et la privation de soins médicaux» pour faire pression sur des milliers de manifestants arrêtés lors du soulèvement de novembre 2019.

L’organisation de défense des droits humains Amnesty international s’était alarmée dès le vendredi 11 septembre de l’“exécution secrète imminente” de Navid Afkari, affirmant que lui et ses deux frères, condamnés à de lourdes peines de prison dans la même affaire, étaient les “dernières victimes du système judiciaire iranien déficient”.

Désemparée, sa mère a lancé un appel à l’aide.

La mère de trois jeunes manifestants iraniens a fait une déclaration publique pour sauver la vie de ses fils, après que la justice iranienne a prononcé des peines injustes à leur encontre pour avoir participé à des manifestations publiques en 2018 à Kazeroun et Chiraz.

Dans son enregistrement vidéo publié sur Internet le 30 août, Madame Afkari (Bahieh Namjou) a déclaré: « Des agents en civil sont entrés par effraction dans notre maison à 5 heures du matin en septembre 2018, sans montrer de mandat, et ont emmené deux de mes fils, Vahid et Navid. Au bout d’un certain temps, ils sont venus et ont emmené mon mari et mon beau-fils. Au bout de trois mois, ils sont venus et ont arrêté Habib« .

Dans une autre partie de sa vidéo, la mère précise: « Ils ont torturé Habib psychologiquement et physiquement à tel point que trois fois, il s’est suicidé en prison… Plus tard, nous avons appris qu’il avait été torturé pour faire des (faux) aveux contre Navid. »

Décrivant la procédure régulière du régime comme injuste et fausse, Madame Afkari a appelé « le peuple du monde, le peuple d’Iran et toute personne qui peut entendre sa voix » à aider de toutes les manières possibles à sauver la vie de ses trois fils.

L’UFC et même Trump ont demandé de l’épargner

Exécuté ce samedi par les autorités, Navid Afkari avait obtenu le soutien de nombreuses personnalité après la publication d’informations affirmant que ses aveux avaient été extorqués après usage de la torture.

« S’il vous plaît l’Iran, épargnez Navid Afkari » a lancé Dana White, le patron de l’UFC dans une vidéo partagé sur les réseaux sociaux.

Le président des Etats-Unis, Donald Trump y est aussi allé de son message de soutien pour appeler de ses voeux à la grâce du champion. 

« J’apprends que l’Iran s’apprête à exécuter une grande star de la lutte, Navid Afkari, 27 ans, qui n’a fait que participer à une manifestation antigouvernementale », a expliqué le dirigeant américain sur Twitter. « Ils protestaient contre l’aggravation de la situation économique du pays et l’inflation.« 

Ce samedi 12 septembre, le Comité international olympique (CIO) s’est dit “choqué” par l’exécution du lutteur, comme l’instance basée à Lausanne l’a expliqué dans un communiqué. “Il est profondément regrettable que les appels des athlètes du monde entier, et tout le travail en coulisses du CIO, avec le Comité national olympique iranien, la Fédération internationale de lutte et la Fédération iranienne de lutte, n’aient pas atteint leur objectif”, a regretté le CIO, dont les “pensées vont à la famille et aux amis” de Navid Afkari.

Les conséquences et l’issue pour le régime

Pour contrôler la société iranienne, en particulier après le soulèvement de novembre 2019 qui a ébranlé les fondations du régime, les mollahs ont multiplié les exécutions.

L’exécution de Navid Afkari, et avant lui Mostafa Salehi, qui a également été arrêté lors des manifestations nationales en Iran en 2018, vise donc à contrecarrer un autre soulèvement et à intimider le public. Ces exécutions sont la continuation de la répression brutale par le régime des deux soulèvements de 2018 et de novembre 2019, ce dernier à une échelle beaucoup plus grande avec plus de 1500 martyrs.

Ces exécutions et l’oppression des deux soulèvements sont conformes à la frénésie meurtrière du régime des années 80, qui a atteint son apogée à l’été 1988 lorsque plus de 30.000 prisonniers politiques ont été exécutés en quelques mois.

L’échec de la communauté internationale à tenir le régime responsable de ses violations des droits de l’homme, principalement le massacre de 1988, a conduit le régime à jouir d’une impunité de longue date, poursuivant ainsi sa brutalité et ses violations des droits de l’homme.

Pourtant, il y a une différence entre l’oppression du régime aujourd’hui et dans les années 80. Dans les années 80, le régime a exécuté et torturé des personnes à l’échelle de milliers, mais le monde est resté silencieux. Mais maintenant, l’exécution de Navid a été suivie d’une énorme réaction internationale. C’est principalement à cause des deux récents soulèvements glorieux du peuple iranien et des quatre décennies de résistance iranienne à dénoncer les violations des droits de l’homme du régime.

L’exécution de Navid Afkari, avec ses condamnations internationales et nationales croissantes, augmentera la haine du public en Iran envers le régime et l’isolement des mollahs sur la scène internationale.

Au sujet du résultat de cette exécution criminelle et du devoir de la communauté internationale, Madame Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a déclaré:

« La jeunesse courageuse d’Iran se lèvera en solidarité avec le peuple héroïque de la province du Fars et pour protester contre l’exécution indue de Navid Afkari. L’Iran pleure Navid et partage le chagrin de la famille Afkari alors que le monde est choqué par Khamenei et la barbarie du régime clérical. Le fascisme religieux au pouvoir en Iran ne peut pas survivre un jour sans exécution, torture et répression domestique. En versant le sang de jeunes comme Navid Afkari, les mollahs cherchent à maintenir leur emprise sur le pouvoir face aux manifestations iraniennes. L’exécution de Navid Afkari, cependant, ne fera qu’alimenter les flammes du soulèvement du peuple iranien et enverra le régime des mollahs à la poubelle de l’histoire.« 

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IRAN – La machine d’exécution ne s’arrête pas

Au matin du 5 août 2020, Mostafa Salehi, un homme de 30 ans qui avait été arrêté lors des manifestations de « décembre 2017 / janvier 2018 » en Iran, a été pendu dans la prison d’Ispahan. L’agence de presse Fars (affiliée aux services de renseignements iraniens) a confirmé l’exécution du jeune homme et a écrit qu’il était l’un des principaux auteurs des manifestations qui s’étaient déroulées de Kahrizsang à Nadjafabad. Il a été condamné à mort pour avoir tué un membre des pasdaran (Gardiens de la Révolution). Une accusation qu’il a toujours rejetée.

Selon le ministre de l’intérieur de la République islamique, au moins 100 petites et grandes villes à travers l’Iran étaient alors devenues le théâtre des manifestations et de soulèvements contre la dictature des mollahs.

Mostafa faisait partie des Iraniens protestataires qui sont descendus dans la rue dans Kahrizsang, petite ville d’une population d’environ 10.000 habitants.


C’est pourquoi Mustafa a été pendu sans aucun préavis et de manière lâche, sans même que sa famille ou son avocat en soient informés, et les organisations de défense des droits de l’homme ont pris connaissance de l’imminence de son exécution quelques heures seulement avant et n’ont pas eu le temps suffisant pour réagir.


Des dizaines de manifestants non armés ont été abattus par les gardiens de la révolution et les Bassiji (milice lié aux Pasdaran) lors des manifestations tandis que de nombreux autres manifestants ont été arrêtés puis tués dans les prisons du régime, le plus souvent agonisant sous la torture. Ces meurtres ont été déguisés en suicide.

Mustafa était l’une des 5.000 personnes arrêtées, torturées et maltraitées. Comme beaucoup de ses compatriotes détenus, il a été privé du droit à un procès juste et équitable.

Le système judiciaire répressif et sous le contrôle de l’Etat a porté de graves accusations contre lui, notamment le meurtre d’un des pasdaran. L’accusation, qu’il a toujours rejetée même sous la torture la plus atroce.

Les Mollahs ont-ils peur de l’opinion publique ?

Le mois dernier, la justice du régime des mollahs a confirmé les condamnations à mort de trois manifestants du soulèvement de novembre 2019. Aussitôt, une campagne en ligne a été lancée dans le cyberespace, et l’Hashtag “Ne les exécutez pas » sur Twitter est devenu la tendance mondiale principale [Trending Topic] pendant plusieurs heures, retweeté par des millions de personnes. Un événement que de nombreux observateurs et militants actifs sur les médias sociaux ont décrit comme «une alliance unique et exceptionnelle» ou «la plus grande marche virtuelle d’Iraniens».

Une vague d’opposition à l’exécution de ces jeunes condamnés s’est répandue dans tout le pays avant de s’étendre dans le monde entier.

Des artistes, des athlètes et des célébrités à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Iran l’ont rejoint.

Diverses organisations de défense des droits de l’homme dans le monde, des personnalités politiques et même les ministères des Affaires étrangères de certains pays ont exprimé leur inquiétude. Finalement, le régime a été contraint de céder et de suspendre ces exécutions.

La pendaison de Mostafa Salehi executée en toute hâte

Mais ce retrait pourrait envoyer un message dangereux pour le régime à savoir que celui-ci est dans une grave crise de légitimité et dans une position de faiblesse. Et si une pression suffisante est exercée, il est susceptible de donner des concessions.

Ce message de faiblesse, d’une part, a conduit à une baisse du moral des partisans de la dictature et, d’autre part, a renforcé le courage des personnes qui ont survécu aux conditions explosives de la société iranienne. Une population qui a connu deux soulèvements majeurs au cours des deux dernières années.


L’exécution de Mustafa montre une fois de plus que le fascisme religieux en Iran sait qu’il n’est pas possible de vivre sans répandre l’atmosphère d’oppression créée par l’emprisonnement, la torture, l’exécution et autres punitions médiévale.


En novembre dernier, en seulement trois jours, 1.500 manifestants sont morts, selon Reuters, lors de manifestations pacifiques.

C’est pourquoi Mustafa a été pendu sans aucun préavis et de manière lâche, sans même que sa famille ou son avocat en soient informés, et les organisations de défense des droits de l’homme n’ont pris connaissance de l’imminence de son exécution que quelques heures seulement avant et n’ont pas eu le temps suffisant pour réagir.

De plus, la justice de la province d’Ispahan a également annoncé les condamnations à mort de cinq autres manifestants du soulèvement de « décembre 2017 / janvier 2018 » dans cette province. Les défenseurs des droits de l’homme sont désormais de plus en plus préoccupés par la possibilité de l’exécution secrète de ces cinq condamnés à Ispahan.

L’exécution de Mustafa montre une fois de plus que le fascisme religieux en Iran sait qu’il n’est pas possible de vivre sans répandre l’atmosphère d’oppression créée par l’emprisonnement, la torture, l’exécution et autres punitions médiévales.

En conséquence, toute sorte de concession qui permettrait au peuple d’exprimer son opposition, même de la manière la plus pacifique possible, et tout facteur qui réduirait le coût de l’opposition à la dictature, même la libre expression d’opinion, conduirait à son effondrement.

Il semble donc que le régime des mollahs poursuivra sa politique de répression maximale jusqu’au dernier souffle, qui ne pourra pas durer longtemps.

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