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DÉO NAMUJIMBO LAURÉAT DE L’ÉDITION 2024 DU PRIX VICTOIRE INGABIRE UMUHOZA : INTERVIEW

Déo Namujimbo, journaliste aux facettes multiples originaire de République Démocratique du Congo, exilé en France, fait partie des lauréats du Prix Victoire Ingabire. Décerné par le Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix en hommage à Victoire Ingabire Umuhoza, éminente militante rwandaise pour la démocratie et la paix, ce prix met en lumière le courage et les initiatives exemplaires de Deo Namujimbo ainsi que de ses compagnons lauréats.

À cette occasion, l’écrivain nous accorde une interview exclusive pour revenir sur son engagement et l’obtention de son prix. Il partage avec nous ses réflexions.

Félicitations pour ce Prix Victoire Ingabire, pouvez-vous nous dire ce que cela représente pour vous ?

J’ai remporté plusieurs prix nationaux et internationaux tout au long de ma vie, mais je n’ai aucune difficulté à dire que le prix Victoire Ingabire Umuhoza est pour moi plus important que tous les autres réunis, en ce sens qu’il symbolise ce que j’appelle « mon combat », qui est aussi celui de cette noble dame que personnellement je surnomme la Aung San Suu Kyi de l’Afrique des Grands lacs. Le combat pour la paix, la justice, et le respect de la vie humaine et de la démocratie en Afrique centrale, principalement au Rwanda et en République pseudo démocratique du Congo.

En recevant le Prix Victoire Ingabire, votre engagement pour la liberté de la presse et la défense des droits de l’homme est consacré. Comment envisagez-vous de le poursuivre dans ce domaine ?

Jusqu’à mon dernier jour je poursuivrai mon combat en respectant à la lettre ma devise qui me convainc à continuer ma lutte au péril de ma vie : « Je me bats sans bombes ni fusils. Mes seules armes sont la loi et la justice, la plume et le papier ». Tant que j’aurai de l’encre dans mon stylo je continuerai à écrire, je participerai à tous les débats concernant les malheurs des peuples de mon pays d’origine la RDC et le silence – j’allais dire l’omerta institutionnalisée – qui frappe quiconque, journaliste, écrivain, activiste, qui ose dénoncer la férule subie par ces millions d’êtres humains de la part d’un régime dictatorial et sanguinaire installé et encouragé par les « dirigeants » de ce monde. Mais les Congolais et les réfugiés rwandais sont-ils encore considérés comme des êtres humains, combien pèsent-ils devant les intérêts des États et des multinationales ?

Y a-t-il des projets ou des initiatives futures auxquels vous participez ou que vous envisagez de mettre en œuvre pour soutenir la liberté de la presse et les droits de l’homme ?

Pour le moment je me limite, faute de moyens, à dénoncer à travers mes livres et les conférences-débats auxquelles je suis invité de temps en temps. Je dois ici crier mon découragement et mon désarroi en constatant que la France – et aussi la Belgique – n’est pas le pays de la liberté de presse que je m’étais toujours imaginé. Je ne vous en cite que quelques exemples : lors de la parution de mon livre intitulé La Grande manipulation de Paul Kagame aux éditions Arcane 17 en mai 2023, mon éditrice et moi-même avons pris grand soin d’en envoyer un exemplaire à pratiquement toutes les grandes rédactions régionales et nationales de la presse écrite et de la télévision. Aujourd’hui, près d’une année après, force est de constater que pas une seule ligne n’en a jamais été écrite ou publiée, pas un mot n’en a été dit à la télévision. De même que bien d’autres livres écrits et publiés par des journalistes et écrivains de talent comme les Américains Stephen Smith, et Reed Brody, la Canadienne Judi Rever ou encore la Britannique Michela Wrong et les prêtres belges Serge Desouter et Guy Theunis. Encore moins le professeur Filip Reyntjens… Même pas dans l’Humanité, journal communiste par excellence pour lequel ma co-autrice Françoise Germain Robin a été journaliste et grand reporter pendant 35 ans. Où est donc la liberté de presse quand on a vu il y a deux ans Mme Natacha Polony, directrice de rédaction du magazine Marianne, trainée devant la justice française pour avoir simplement dit dans une émission de radio, je la cite : « Pendant le génocide rwandais, il y avait des salauds dans les deux camps ». En résumé, je me battrai aussi longtemps qu’il le faudra pour rétablir la vérité sur ce sujet et tant qu’on voudra faire croire aux Français et au reste du monde que l’homme qui martyrise des millions de personnes en Afrique centrale est un saint et une victime, alors qu’en vérité c’est le pire meurtrier que le monde ait connu depuis un certain Adolf Hitler.

GERMAIN-ROBIN, Françoise, NAMUJIMBO, Déo. La grande manipulation de Paul Kagame, ed. Arcane 17, 2024.

En quoi ce prix raisonne-t-il particulièrement avec la situation actuelle en RDC selon vous ?

Pour moi, ce prix est la reconnaissance qu’il y a encore des personnes qui luttent et risquent leurs vies au quotidien non seulement pour les habitants de la RDC et du Rwanda, mais en général pour l’Afrique et le monde en général. Je résumerai simplement en citant l’exemple du correspondant en RDC de Radio France International, Stanys Bujakera Tshiamala, qui vient d’être libéré de prison après six mois passés à l’ombre pratiquement sans jugement et sans motif sérieux, simplement pour avoir fait son travail d’informer sur l’assassinat du porte-parole d’un opposant au chef de l’Etat…

Pouvez-vous nous faire un bref point de la situation du journalisme en RDC ? Quels sont les principaux moyens de censure des journalistes en RDC ?

Au risque de vous décevoir, je ne crois plus au journalisme en RDC. N’importe qui s’improvise journaliste pour peu qu’il sache écrire et publier quelques lignes pou raconter des blablas sur les réseaux sociaux. Lorsque tous les journaux, les radios et les maisons de télévision appartiennent à des hommes d’affaires, des partis politiques ou des églises vous comprendrez aisément que le journaliste ne peut que répercuter la voix de son maître. Depuis une trentaine d’années tous les bons journalistes sont morts, ont changé de métier ou sont partis vivre en exil.

Les journalistes s’autocensurent-ils ou pourrait-on parler d’un système de journalistes de “garde” qui défendent le gouvernement plutôt que de fournir une information véritable ?

Tout le monde sait exactement ce qui se passe mais n’ose pas en parler, surtout pas les journalistes qui ont intérêt à la fermer de peur de perdre leur boulot, de se retrouver en prison ou au cimetière. Ceux qui tiennent à leur honneur ou à faire du bon travail objectif et professionnel prennent le chemin de l’exil.

Vous soulignez que l’un des plus grands défis pour la République démocratique du Congo est la concentration considérable de richesses, notamment des minerais, sur son territoire. Dans ce contexte, pensez-vous que le pays est toujours en proie à un système de désordre organisé orchestré par des puissances extérieures, ou est-ce que l’arrivée de nouvelles puissances telles que la Russie ou la Chine a modifié cette dynamique ?

En toute honnêteté je ne suis plus au quotidien les réalités économiques de mon pays d’origine. Je ne connais donc pas avec précision l’ampleur de la mainmise de la Chine ou de la Russie par exemple dans l’économie de la RDC. Mais ce que je peux dire sans hésiter et sans peur d’être contredit, c’est que l’Occident a une grande part de responsabilités dans la situation dramatique que traverse cette partie du monde depuis plus d’un quart de siècle. Sinon comment pouvez-vous expliquer que la France, comme elle ne peut plus envoyer des mercenaires en Afrique comme du temps de Bob Denard, utilise aujourd’hui l’armée du Rwanda pour protéger les mines de gaz de Total Energies au Mozambique ? Qui pourrait me dire à quel jeu joue l’Union européenne en offrant régulièrement des dizaines de millions d’euros à l’armée rwandaise tout en condamnant cette même armée de soutenir la rébellion du M23 qui endeuille des millions de familles à l’est du Congo et cause des déplacements de millions d’autres personnes déplacées de leurs maisons et de leurs villages ?

Un seul exemple : il y a 18 mois environ l’on a découvert d’importants gisements de lithium dans les environs du village de Kishishe d’où les rebelles du M23 se sont empressés de faire fuir les habitants. Quelques mois plus tard l’Union européenne signe un contrat avec le Rwanda pour l’exploitation du lithium, en sachant pertinemment que ce pays ne décèle pas un seul gramme de ce minerai dans son sous-sol. Si vous y comprenez quelque chose, je vous envie.

Hormis ce que l’on vient d’évoquer, y a-t-il d’autres obstacles à la démocratie et au respect des droits de l’homme en RDC, et quelles solutions pourraient être envisagées pour les surmonter ?

Il existe en RDC toute une litanie d’obstacles à la démocratie et au respect des droits de l’homme mais ces obstacles sont dus à l’incompétence et à l’avidité des tenants du pouvoir à Kinshasa et dans les provinces. Les autorités politiques, militaires et administratives ne s’occupent que de piller le pays pour leurs propres intérêts, ne s’occupant pas un seul instant des millions d’enfants qui dorment dans la rue, des centaines de milliers d’autres qui n’ont pas les moyens d’aller à l’école.

Au point qu’un adage courant dit que tous les fonctionnaires congolais souffrent du SIDA : le Salaire Impayé Depuis des Années, pendant que le président de la République, les ministres, les officiers supérieurs, les députés et en général tous les « représentants » du peuple sont millionnaires, certains milliardaires, et se prélassent dans les plus luxueux palaces du monde. Comme on ne peut pas construire assez de prisons, la seule solution serait de construire un grand mur autour de la présidence de la République, du Sénat, de l’Assemblée nationale et de l’Etat-Major général de l’armée. Mais qui pour les remplacer ? C’est là la grande question. Je vous remercie.

Par Valentin Koprowski

« Portrait(s) d’une Résistance » La MDJ reçoit la photographe Justyna Mielnikiewicz.    INTERVIEW

Traduction Rim Benomar

Invitée à La Maison des journalistes à l’occasion de son exposition photo « Portrait(s) d’une Résistance », Justyna Mielnikiewicz, photographe polonaise installée à Tbilissi (Géorgie) a été interviewée par Manar Rachwani, Journaliste syrien actuellement résident de La MDJ.

M.R : Généralement, les gens admirent les photos, mais s’intéressent peu à la personne derrière l’objectif. Selon vous, quelle est la différence entre un photojournaliste et un journaliste, et comment pourriez-vous décrire votre expérience en tant que photographe de guerre ? 

J.M : La photographie est un outil de communication dont disposent les journalistes, à travers lequel ils peuvent transmettre au monde des fragments de nos réalités. J’ai capturé ces cinq dernières années l’évolution de l’invasion russe et ses conséquences sur la vie quotidienne du peuple ukrainien. C’était important pour moi de dévoiler la réalité d’une vie en guerre et de raconter l’histoire d’une résistance qui dure depuis 2014. J’ai vécu sous l’ombre de l’invasion russe en Géorgie et notamment en Ukraine. Ma motivation pour documenter la guerre est surtout personnelle avant d’être professionnelle. Je raconte tout simplement les difficultés des deux pays qui m’ont accueillie. Je considère que la technologie permet de faciliter la communication dans le monde, ma mission est de donner une voix à l’Ukraine et la Géorgie. Ces deux pays manquent de moyens nécessaires pour transmettre leurs propres messages. Depuis le début de l’invasion russe, de nombreuses fausses informations sur l’Ukraine ont été diffusées sur internet. La Russie a le pouvoir d’orchestrer de diverses campagnes de désinformation sur la guerre en Ukraine. En tant que photographe, je désire partager la vérité.

M.R : On parle souvent de l’objectivité et surtout de l’obligation de neutralité en journalisme. Selon vous, est-ce que chaque journaliste doit disposer d’un message particulier à transmettre ?

J.M : En tant que journalistes, l’objectivité est un outil que nous devons appliquer et respecter dans nos recherches. Il faut partager l’information sans faire intervenir des préférences personnelles. C’est à nous de restaurer la crédibilité des médias, et dévoiler les vérités. Toutefois, il est difficile d’atteindre l’objectivité dans certaines situations, surtout face à des événements monstrueux. 

M.R : Que représente pour vous cette exposition de vos portraits à la Maison des journalistes ?

J.M : Voir mes portraits tirés en grand format et exposés sur la façade de la MDJ me fait très plaisir, cela les rend beaucoup plus accessibles, en effet, les passants s’arrêtent et peuvent découvrir les photographies directement, contrairement aux galeries. De plus, j’admire beaucoup le travail de cette structure qui défend les journalistes menacés. La France se mobilise beaucoup plus que la Géorgie et l’Ukraine pour les journalistes.  

Quelques pages du livre “Ukraine Runs Through it (2019)” de Justyna Mielnikiewicz

M.R : Les photos affichées sur la façade de la MDJ ne sont qu’une petite partie des portraits que vous avez pris lors de votre déplacement en Ukraine. Quelle est la particularité de ces photos et est-ce qu’elles montrent les différents aspects de la guerre ? 

J.M : La guerre n’est qu’une partie de la vie parmi tant d’autres, et elle n’empêche pas les habitants du pays de pratiquer leurs activités et d’assurer les responsabilités quotidiennes : faire les courses, emmener les enfants à l’école, etc.. Ces aspects de la vie, certes, impactés par la guerre, continuent d’exister.

Le but de ces photographies est de montrer que la vie de ces femmes et ces hommes continue malgré la pression du conflit, afin que chacun puisse s’identifier dans leur quotidien et de se retrouver dans leur histoire.

Dans mon travail, j’essaye de mettre en avant la résistance de tous ces gens ordinaires face à cette guerre qu’ils sont en train de subir, et essentiellement les femmes, afin de déconstruire les idées reçues et démontrer que la guerre n’est pas qu’une affaire d’hommes.

M.R : En tant que photographe qui documente la vie en Ukraine depuis 2014, est-ce que vous étiez surprise par la résistance Ukrainienne, ou vous vous y attendiez ? 

J.M : En 2014, un grand nombre d’Ukrainiens s’est porté volontaire dans l’armée et l’État ne pouvait pas fournir l’équipement à tout le monde. Donc les Ukrainiens ont organisé plusieurs campagnes de collecte de fonds afin de se procurer des armes, des gilets de sauvetage et des médicaments. C’est en restant unis qu’ils ont réussi à résister face à l’invasion russe. Actuellement, l’armée de l’Ukraine est mieux équipée et mieux gérée, mais  les Ukrainiens continuent à faire des dons et d’aider de toutes les manières possibles. Par exemple, une de mes amies a perdu son compagnon durant le conflit de 2014. Suite à ce drame, elle a décidé de travailler dans le bureau des personnes disparues à Dnipro en tant que bénévole en parallèle de son travail à l’Université. Quand la guerre a éclaté en 2022, elle a commencé à récolter les dons pour les réfugiés et à préparer les médicaments pour les soldats. Les gens qui sont bien informés sur la situation de l’Ukraine, savent très bien que les Ukrainiens ont toujours résisté face à l’occupant russe. 

M.R : Est-ce que vous avez peur que le monde commence à oublier la guerre en Ukraine et à négliger la souffrance du peuple ukrainien ? 

J.M : Je pense que c’est un souci qui vient avec chaque guerre. Les guerres en Syrie et Afghanistan ont été oubliées au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine. J’espère que le monde n’oubliera pas l’Ukraine et que le peuple ukrainien continuera à écrire son histoire. 

Justyna Mielnikiewicz avec Darline Cothière, directrice de la MDJ, et Alberic De Gouville, président de la MDJ

 « Portrait(s) d’une Résistance – Ukraine 2004-2022 » est une exposition de photographies de la photographe-documentaire Justyna Mielnikiewitcz, mise en place par la Maison des journalistes en partenariat avec L’Institut polonais de Paris, le Centre Culturel Ukrainine et la communauté des bellaruss à paris 

Justyna Mielnikiewicz, photographe polonaise, vit à Tbilissi, en Géorgie, depuis 2003. Ses travaux ont été publiés dans le monde entier entre autres par le New York Times, Newsweek, Le Monde, Stern et National Geographic. Elle a été lauréate du World Press Photo, de la Bourse Canon de la Femme Photojournaliste , du prix du jeune photographe du Caucase de la Fondation Magnum, de l’Aftermath Project Grant et du Eugene Smith Fund. La plus grande partie de son travail est consacrée à des projets personnels de long terme, publiés sous forme de livres: Woman with a MonkeyCaucasus in Short Notes and Photographs (2014), Ukraine Runs Through it (2019). Ce dernier a été présélectionné parmi les 20 meilleurs livres par Paris Photo et Aperture. Justyna Mielnikiewicz est représentée par l’agence MAPS

© Elyaas Ehsas


Revue de presse

« Photographie : la résistance ukrainienne dans l’objectif de Justyna Mielnikiewicz », La Croix

« Exposition « Portrait(S) D’une Résistance – Ukraine 2004-2022 » À Paris XV », Carnets de Week-end

« L’Ukraine dans le viseur de Justyna Mielnikiewicz : « Portrait(s) d’une résistance ». Maison des Journalistes, Paris », Blog de Philippe Rochot

« UKRAINE : UNE EXPO PHOTO À LA MAISON DES JOURNALISTES », Sgen-CFDT 

« Portrait(s) d’une ukrainienne sur les grilles de l’Hôtel de Ville », Mairie de Paris

« Portrait(s) d’une résistance ukrainienne sur les grilles de l’Hôtel de Ville », Sortir à Paris

« Journée internationale de la liberté de la presse : mise à l’honneur de la résistance ukrainienne par la Maison des journalistes », L’Oeil de la Maison des journalistes 

« Une exposition pour rendre hommage aux reporters de guerre en Ukraine », France 24, reportage 

« Portrait(s) d’une résistance en Ukraine », TV5 monde

L’homme politique haïtien Jerry Tardieu visite la Maison des journalistes

Pendant sa tournée pour sensibiliser les médias et différentes institutions européennes sur la crise actuelle d’Haïti, l’ancien député et leader du mouvement politique En Avant, Jerry Tardieu, a accepté d’accorder un entretien au journal en ligne de la Maison des journalistes.

Par Anderson D. Michel

Jerry Tardieu, âgé de 54 ans, est un homme politique, un ancien député de la 50ème législature en Haïti (2016-2020). Il a lancé en octobre 2021 son mouvement politique En Avant. Selon lui, En Avant part d’une volonté d’hommes et de femmes de se mettre ensemble pour fournir à Haïti une offre politique différente de ce qui est à l’œuvre dans le pays. Un mouvement politique qui est constitué surtout de jeunes leaders en vue du renouvellement de la classe politique actuelle.

Axée sur trois piliers, la jeunesse, la femme et la diaspora, ce mouvement politique à travers son leader entend porter un souffle de changement à Haïti.

Jerry Tardieu : « Haïti est un pays en danger »

Le point sur la situation actuelle d’Haïti

Depuis plusieurs années, Haïti traverse une période très chaotique, tant au niveau des catastrophes naturelles que politiques. Le phénomène d’insécurité n’arrête pas de s’accroître sur l’île. Et les derniers rapports de l’ONU et d’autres institutions habilitées, font état d’une augmentation de 200% des cas d’insécurité dans le pays. Le leader de En Avant nous explique que le pays fait face à une crise multidimensionnelle, une crise institutionnelle, politique, économique et sécuritaire. Selon lui, les autorités expriment clairement leur impuissance par rapport au phénomène de gangs armés sur territoire haïtien qui, depuis plusieurs années, tuent, pillent, violent en toute impunité.

Jerry Tardieu affirme que le premier objectif de En Avant est de restaurer l’autorité de l’Etat et la sécurité en Haïti : « Il faut que les Haïtiens puissent vaquer librement à leur activité, quelle que soit leur condition sociale et les villes dans lesquelles ils vivent. Pour cela, la création au sein de la Police nationale d’une nouvelle structure anti-terroriste avec un équipement adéquat permettra de lutter contre les milices armées qui gangrènent le pays ».

L’ancien député revient sur son expérience au parlement haïtien.

 « Mon expérience à la chambre des députés a été une expérience enrichissante. Le parlement vous aide à mieux comprendre les rouages de l’administration publique, du système politique. Cela permet aussi de comprendre le mécanisme de cette grande corruption qui existe dans le pays », explique Jerry Tardieu. Se qualifiant d’ancien député de la minorité, il regrette de ne pas avoir eu la possibilité de tout faire à cause de la dictature du nombre qui règne au parlement haïtien. L’homme politique revient sur les différentes propositions de lois qu’il a présentées durant son mandat, notamment celles sur la Police nationale, la double nationalité, l’introduction du crédit bailleur comme outil financier. Il rappelle que certaines de ces propositions de lois ont été adoptées par décret et ont eu un impact considérable sur la société haïtienne.

Les priorités de En Avant

Donner à la police nationale d’Haïti la capacité de protéger et servir est la première préoccupation du mouvement politique En Avant, insiste Jerry Tardieu. Il parle aussi de l’emploi en faisant remarquer qu’il y a dans le pays beaucoup de jeunes diplômés et talentueux qui, malheureusement, ne peuvent pas trouver de travail. « Notre responsabilité est d’assurer les conditions aptes à garantir l’investissement privé, local ou étranger qui peuvent faciliter la création de millions d’emplois dont le pays a besoin », souligne l’ancien député. Il parle de d’éducation en soulignant, qu’en Haïti, il y a 4 000 000 d’enfants pour budget de 200 000 000 de dollars affectés à l’éducation. Ce qui représente un investissement de 50 dollars par année pour chaque enfant. Une situation que le député juge anormale en la comparant à celle de la République Dominicaine, le pays voisin d’Haïti, qui consacre 1000 dollars par année pour l’éducation de chaque enfant.

Des élections en 2022 ?

Pour Jerry Tardieu, les conditions ne sont pas réunies
Pour organiser les élections en Haïti, en raison de l’instabilité politique et la situation d’insécurité. « Quand est-ce que les conditions seront réunies ? On ne le sait pas. Mais elles devraient l’être tôt ou tard, parce que la démocratie passe par les élections », conclut-il.

Jerry Tardieu avec Darline Cothière, directrice de la Maison des journalistes

Jerry Tardieu interviewé par le journaliste haïtien Anderson D. Michel, résident de la Maison des journalistes.

Crédit photo : Ahmad Muaddamani, Karzan Hameed
Vidéo et montage : Ahmad Muaddamani

Témoignage de trois journalistes syriens : la guerre passe aussi par l’information

Le métier de journaliste est défié par la question syrienne, qui ouvre des nouvelles problématiques sur cette profession dont le but principal est d’informer. La Maison des journalistes a interviewé trois journalistes syriens qui ont vécu ce conflit interminable. Fatten, Omar et Rafat répondent aux questions non résolues sur la guerre en Syrie.

La Maison des journalistes à la Radio Libertaire

[ENTRETIENS] A l’occasion d’une émission de 2 heures  en direct sur Radio Libertaire 89.4, la Maison des journalistes a pu mieux se faire connaître des auditeurs de cette fréquence francilienne historique. Deux journalistes ex-résidents de la Maison des journalistes, étaient donc récemment présents à l’antenne pour témoigner de leurs parcours d’exil et de leurs trajectoires professionnelles depuis leur arrivée en France. Il s’agit de Béatrice Cyuzuzu et Mortaza Behboudi, journalistes exilés du Rwanda et d’Afghanistan.