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Forum des médias pour la paix à Paris: un plaidoyer pour un réseau et un Prix des journalistes de paix

Le journalisme n’est pas un métier au-dessus de tout soupçon, une ONG internationale sud-coréenne, HWPL (Heavenly Culture, World Peace, Restoration of Light), vient de nous le rappeler à travers un Forum des médias pour la paix qu’elle vient d’organiser à Paris le 6 juillet dernier.

On se surprend donc à penser que la presse ne fait pas ce qu’il faut pour lutter contre toutes les formes de violence. L’intitulé du Forum dont c’est la deuxième édition est une question « Qu’est-ce que le journalisme de paix? ».


« On a l’impression que certains titres [de presse] veulent davantage faire peur aux citoyens que de les informer et leur apprendre quelque chose » regrette un participant.


Une vingtaine de participants, principalement des journalistes et des citoyens ont tenté d’y répondre mais aussi de proposer une feuille de route afin de traduire dans les faits ce « journalisme de paix ».

Dans les débats qui ont précédé l’élaboration des réponses, la question de l’autonomie des médias vis-à-vis des pouvoirs politiques et des forces de l’argent a été soulevée avec insistance.

« On a l’impression que certains titres veulent davantage faire peur aux citoyens que de les informer  et leur apprendre quelque chose » regrette un participant. Et d’ajouter: « L’information délivrée semble souvent être choisie et non réelle. Un business de la peur s’installe, aidé en cela par des journalistes complaisants qui contribuent à l’installation de l’inquiétude et de la peur généralisée ».


Uniformisation et conformisme ont découlés pour le malheur des médias, ce sont-là entre autres les constats qui ressortent de l’échange.


Si les maux du journalisme ne datent pas d’Internet, ce dernier les a néanmoins aggravés. Une certaine tendance à la facilité s’est exacerbée et c’est à qui mieux faire le buzz et sensation dans une course effrénée de clics et d’audience. Uniformisation et conformisme ont en découlés pour le malheur des médias, ce sont-là entre autres les constats qui ressortent de l’échange.

Un autre participant a souhaité voir les journalistes faire preuve de plus de responsabilité et travailler à une information axée sur les initiatives positives au lieu de tomber dans le piège de la culture de la violence. Le retour au journalisme militant (individuel et collectif) a été également évoqué en vue d’aider au « changement d’état d’esprit ».     

Le journaliste et blogueur tchadien Makaila N’guebla de la Maison des journalistes (MDJ) a plaidé d’emblée la création « d’un réseau pour les journalistes de paix ».

Selon lui il est nécessaire que cette catégorie de professionnels soit insérée dans un réseau qui la protège et renforce ses capacités matérielles et morales. L’idée a été unanimement bien accueillie.


« La plupart du temps, les journalistes n’ont pas le droit de choisir le thème des articles qu’ils rédigent… »


Philippe Triay de France télévisions a estimé de son côté que « la construction d’un réseau de paix indépendant pour les journalistes avec HWPL, nous permettrait de pratiquer ce journalisme de paix avec un grand volume d’informations mais en dehors du cadre du pouvoir et des lobbys » et de relever que « la plupart du temps, les journalistes n’ont pas le droit de choisir le thème des articles qu’ils rédigent parce que les éditeurs sont ceux qui décident de ce genre de chose ».

Pour sa part, le journaliste syrien de la MDJ, Sakher Edris s’est dit favorable à un « traitement équilibré de l’information ».

« Je pense que la paix dans le monde est susceptible d’être réalisée si les médias publient des articles plus équilibrés et plus justes »a-t-il fait observer. Pour lui « les médias d’aujourd’hui ont tendance à se focaliser sur la violence, les conflits, la négativité et le sensationnel ».

Et d’ajouter : « La majorité des pays de ce monde clament être une république, cependant il semble qu’ils entravent le travail de paix en étant de « fausses républiques », dans le sens où beaucoup de leaders cherchent à contrôler la société civile pour leur propre profit. Je pense a-t-il ajouté qu’un monde meilleur est possible si l’on apprenait aux citoyens et ce, dès leurs plus jeune âge, les valeurs de paix et de coexistence pacifique ».


Informer, enquêter, expliquer et au besoin, démystifier, déconstruire les propagandes des gouvernements et des multinationales.


Sarah Manar, une jeune avocate, a estimé de son côté que « ce serait vraiment bien si les journalistes étaient mis dans des conditions où ils peuvent écrire des articles pour le bien commun ».

Quant à l’auteur de ces lignes, également participant au Forum en tant que représentant de la MDJ, il a insisté sur la nécessité d’œuvrer pour le rapprochement des médias des sociétés civiles tout en estimant que le devoir des journalistes, si on veut renforcer la paix, demeure toujours le même : informer, enquêter, expliquer et au besoin, démystifier, déconstruire les propagandes des gouvernements et des multinationales. Et de proposer l’attribution d’un Prix pour récompenser un journaliste de paix.

Le coordinateur du Département des relations publiques de HWPL,Wahib-Lucas Makhlouf s’est dit « impressionné de voir les journalistes étudier leur propre rôle pour accomplir non seulement le journalisme de paix mais aussi la paix elle-même« . Il a déjà fait connaitre sa position : « construire un réseau de paix pour les journalistes est une excellente idée ».

Et de lancer : « HWPL est prêt à coopérer pour faire de cette idée une réalité ».

HWPL

C’est une ONG internationale affiliée à l’ECOSOC de l’ONU avec un statut consultatif. Depuis novembre 2016, elle a réalisé dans 22 pays 40 forums ayant réuni 176 journalistes. Ces forums autour du journalisme de paix visent à renforcer les valeurs humaines et de paix dans chaque secteur de la société : la politique, le social, la religion…

La MDJ présente pour le 1er Festival International du Film Politique de Carcassonne

[FESTIVAL CINÉMA] La Maison des journalistes était présente au Festival International du Film Politique de Carcassonne, une occasion de faire le point sur les documentaires et fictions ayant pour sujet les médias et la liberté d’informer. A destination du grand-public et des scolaires, le Festival du film politique de Carcassonne a proposé une sélection de 23 fictions…

Procès contre Trump: la liberté d’expression en danger ?

[LIBERTÉ D’EXPRESSION] PEN America accuse M. Trump de: « diriger ses menaces et ses représailles sur des médias spécifiques dont il considère le contenu et les points de vues, hostiles. En conséquence, les journalistes qui couvrent le président ou son administration croient de manière raisonnable qu’ils font face à une menace crédible de représailles du gouvernement.

Informer dans le monde arabe, à quel prix ? – Débat à l’Institut du Monde Arabe

[DÉBAT] La liberté a un prix, il faut le payer. Si on ne se bat pas, on n’obtient rien. Moi j’ai choisi de combattre et j’en paie le prix. Même en Occident c’est comme ça. Il faut se battre et c’est le choix que j’ai fait. Au Maroc, il y a une censure différente qu’en France, car en France, quand les médias sont contrôlés par quelques personnes qui ont des intérêts économiques, il y a aussi une censure. Pas de démocratie sans la liberté d’information. Pas de liberté d’information sans démocratie.

Presse au Maroc : de la censure à l’autocensure

[Liberté d’informer] Contrairement à l’image que le gouvernement marocain tente de promouvoir à l’étranger, la conquête de la liberté de la presse reste dans ce pays une bataille loin d’être gagnée. Une étude récente publiée dans l’Année du Maghreb (CNRS éditions) montre qu’il existe un fort décalage entre l’optimisme des autorités, qui affirment que le paysage médiatique marocain est libre et pluraliste, et les réalités observées sur le terrain par des organisations internationales telles que RSF, FH, Human Rights Watch ou Amnesty International.

Etat de la presse en Algérie : le témoignage de l’écrivain Boualem Sansal

[MEDIA] « En tant qu’intellectuel, je me sens le devoir de ne pas abandonner mon pays. L’Algérie a besoin de voix dissidante et d’intellectuels qui n’ont pas peur de dénoncer le manque de liberté de la presse dans le pays ». Il ne fait pas bon être journaliste en Algérie. Surtout si on critique le gouvernement. Ces dernières années, des centaines de journalistes algériens ont été emprisonnés à cause de leurs articles dans lesquels, d’une manière ou d’une autre, ils dénoncent le gouvernement dictatorial de Bouteflika.

Conversation de bistrot : « Méfiez-vous des amalgames et ne tombez pas dans la marmelade ! »

 

Mangeur de bambou, moi Yuan Meng, le panda né en exil au zoo de Beauval, j’en entends des trucs depuis mon enclos. Les gens discutent, bavardent, s’étripent ou se congratulent. Au rayon de leurs conversations favorites, un sujet qui m’est familier : les médias. Et tout ça parfois à cause de moi. Voici pourquoi et comment.

Dialogue entendu récemment, dans le genre « conversation de bistrot », faut bien l’avouer :

– C’est un ours en noir et blanc ! A dit quelqu’un en me contemplant (car on ne me « regarde » pas : on me « contemple »).

– Voui, voui : il est de la race des ursidés, celle des ours. Lui a répondu un autre qui passait par là, en bon passant tout occupé à passer…

– Merci pour la nouvelle. J’avais jamais fait le rapprochement… faut dire que c’est pas dans les médias qu’on aurait appris ça.

– Vous lisez quoi ?

– Heu… rien.

– Moi non plus.

– De toute façon on sait pas à quoi ils servent tous ces torchons de papier…  auxquels j’ajoute aussi les radios, les sites web et les TV qui nous saoulent avec leurs débats et leurs nouvelles tordues. Gna, gna, gna, tous les mêmes …

– Ouais, ouais : tout ça c’est de la mélasse, au mieux : de la confiture, voyez. On nous dit que c’est de la fraise mais ça n’en est pas. On nous dit que c’est de la framboise ou de l’orange mais ça n’en est pas. On nous dit…

– … Que c’est de la rhubarbe…

– … Et ça n’en est pas, assurément. Tous menteurs, cher monsieur !!!!!!!!!

– Je vois, monsieur, que nous nous entendons. Il est agréable de croiser ainsi d’honorables citoyens tels que vous, au hasard d’une promenade, et avec qui – de plus – il est possible d’échanger de saines idées en toute quiétude, loin des gêneurs ! Voyez-vous : je pense qu’on devrait les faire taire tous ces bavards du clavier et du micro.

– C’est bien vrai ! Comme ça on serait mieux informé !

Des journalistes bientôt transformés en croquettes ?

Là, ce qui devait advenir et advenu :  je me suis roulé au sol. Ce n’était pas une chute, pas une glissade malencontreuse mais l’abrupte manifestation de mon irrépressible désir… d’hurler de rire. Tous les médias dans un même bocal, donc, avec une étagère de cuisine pour unique horizon. Ça c’est fait. Et les journalistes, pour leur part, on les transforme en croquettes ou en fruits confits ? Serait-ce bon pour votre régime (dans tous les sens du terme, hmmmm ?).

Obèse, désinformé et jouet des puissants sans état d’âme : ce serait alors ton destin, mon ami. Je te le dis. A partir de là, c’est toi qui vois.

Mon œil de panda est affûté

Qu’on se le répète « ubi et orbi » : le panda, lui, ne sera jamais pris la patte dans le pot de confiture car le panda, lui, a le temps de lire, de regarder et d’écouter. Le panda mène une existence édifiante, mais si, mais si… Le panda sait qu’il n’y a guère de rapport entre le Petit Bleu du Lot-et-Garonne et CNN, pas plus qu’entre un reporter de guerre, un journaliste d’investigation et un commentateur de la vie politique ou un chroniqueur sportif. Tous apportent leur pierre à l’édifice (en professionnels qu’ils sont encore). Avec de tels ingrédients, pas possible de les amalgamer et d’en faire de la confiture.

Plus fort avec une métaphore

Osons « la métaphore » (j’aime décidément beaucoup ce mot tellement à la mode, dis donc) : toutes ces filles et tous ces gars qui nous observent et qui nous parlent, les journalistes, sont les fondations au moins autant que la charpente et aussi bien que les murs de notre maison commune…

Les gens peuvent se moquer et me traiter de naïf… Néanmoins, je sais que les enfants, eux, me comprennent (c’est ce que m’assure mon traducteur qui les rencontre dans des débats autour des médias). Ils savent bien que l’information ce n’est pas de la marmelade (la branche anglaise de la famille des confitures), pas même une toute autre mixture indigeste, à la composition et à l’origine inconnues. Les médias n’ont pas pour destin de finir sauvagement amalgamés et en tartines (de confiture, bien sûr). Ils n’en voudraient pas.

L’enfance c’est l’avenir en chantant !

NON. Les enfants ne l’ignorent pas, eux. Pendant que TOUS les adultes (j’amalgame, j’amalgame avec jubilation et mauvaise foi, comprenez bien) pendant que tous les adultes se vautrent donc dans leur suffisance et dans la pièce d’à côté, à l’heure du goûter les enfants apprennent à lire en déchiffrant les étiquettes, mine de rien. Plus tard, ils liront peut-être « Confiture Magazine » sur leur smartphone … et, au bout du compte, ils sauront faire la différence, avec nuances, entre ceci ET cela, entre une marmelade et la diversité des médias.

J’ose l’espérer, moi le panda animé par le rêve d’un avenir qui chante : Ils sauront de quoi ils parlent, eux, nom d’un bambou !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)