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Congo. Ombres et lumières sur le gouvernement Collinet

Anatole Collinet Makosso, nouveau Premier ministre

Dévastés par la gestion peu orthodoxe du Congo ces dix dernières années, les Congolais continuent à se méfier et douter de leur élite. La liesse et l’espoir suscités par la nomination d’Anatole Collinet Makosso (A.C.M) à la primature s’effrite depuis la publication du gouvernement pléthorique de “l’empereur” Sassou, le 15 mai 2021 suivi de sa liste additive le 16 du même mois. Gouvernement composé essentiellement des mêmes dignitaires qui ont plongé la population dans la précarité, nonobstant l’annulation de la dette, les aides tous azimuts et les excédents budgétaires que ce pays a engrangés. Décryptage.

Makosso a commencé sa primature à la manière de « la présidence normale » et de « dialogue », de François Hollande, d’Emmanuel Macron, de Thomas Sankara et de Marien Ngouabi, sans oublier bien sûr la touche de son mentor Sassou décrié du nord au sud. D’emblée, il a voyagé en classe économique entre Pointe Noire et Brazzaville. Il a rendu visite au président du Sénat, au Premier ministre sortant, etc. Il est descendu prier à l’église protestante du Centre-ville comme de coutume avec deux voitures. Il a échangé sans détours avec toute la presse nationale et même les citoyens lambda. C’est dans ce cadre que l’activiste de la diaspora Faye Monama, ancien aide de camp de l’opposant congolais Marc Mapingou qui a bénéficié de son hérité de son répertoire croyant piégé Makosso et le ridiculiser, a au contraire fait sa promotion par des réponses crédibles sur des sujets d’actualité qui ont convaincu plus d’une personne. D’autres parlent tantôt de coup de « com » montée par Makosso lui-même, tantôt des pièges de ses adversaires politiques lui auraient tendus. Des personnes ont décrié cette sortie après avoir suivi Aristide Mobebissi qui parle de la non représentativité du mouvement de cet activiste qui a mobilisé moins de 10 personnes de 12 à 18 h devant France Médias pour une activité.    

S’il est vrai que Makosso a adopté la pédagogie de Thomas Sankara, de Marien Ngouabi et des dirigeants occidentaux basée sur le contact direct avec les gouvernés, toutes classes sociales confondues, cependant, il lui est reproché de festoyer pour une nomination pourtant méritée. Comme un effet d’entraînement, de nombreux ministres ont fêté au milieu des étudiants, des retraités et autres citoyens se trouvant  dans une précarité totale. Ces actes nous rappellent l’empire des Hommes sans foi, ni loi, ni conscience. Parmi ces Hommes, nous pouvons citer entre autres, des ministres que la quasi-totalité de Congolais ne voulait plus voir aux affaires.                           

Les ministres qui effraient

Le 15 mai 2021, nombreux Congolais ont commencé le deuil dès qu’ils ont appris l’entrée au gouvernement des gens pointés du doigt dans divers crimes comme : Pierre Oba, Claude Alphonse N’silou, Charles Richard Mondjo, Raymond Zephyrin Mboulou, Christel Denis Sassou Nguesso, Léon Juste Ibombo, Antoine Nicéphore Fyla de Saint-Eudes, Jacqueline Lydia Mikolo, Gilbert Mokoki, Jean Marc Thystère Tchicaya, Jean Jacques Bouya, Firmin Ayessa. Certes, il faut s’inquiéter du retour en force des supposés criminels au sommet de l’Etat et du désordre que nous offre déjà ce gouvernement avec la publication d’une liste additive gouvernementale faisant entrer le retraité Rosaire Ibara. Mais il n’est pas exclu que les Congolais vivent des lendemains meilleurs, à condition que l’élite joue son rôle. L’élite, ce n’est pas seulement les membres du gouvernement, ni les gens qui conçoivent et véhiculent de fake-news, moins encore des personnes, des partis et associations politiques qui n’existent que sur les réseaux sociaux. C’est plutôt tous les Congolais qui réfléchissent au développement intégral, à la sécurité, au bien-être, à l’avenir harmonieux des Congolais. Oui, tout est possible ! L’exemple d’Anatole Collinet Makosso qui a galéré dans sa vie mais est parvenu au sommet de l’Etat par l’effort, est très éloquent.

Croire et s’élever par l’effort

Le Premier ministre congolais actuel « a roulé sa bosse » partout. Né le 11 mars 1965, il a grandi dans une baraque en planche dépourvue d’électricité. Par manque de moyens financiers, il partait pieds nus à l’école. Passé au collège après le certificat d’études primaire élémentaire(C.E.P.E) , il devrait faire de l’aumône çà et là pour payer le titre de transport de Loandjili village au collège distant de 17 kilomètres. Après avoir  échoué deux fois au brevet d’études moyen général en classe de 3ème, il est exclu du collège. Il se voit obliger de vendre un moment au marché de pointe noire, des poissons ‘‘Makoualas’’ et des pigeons. Par la suite, il fut docker et tenta de passer le concours d’agent de chemin de fer pour devenir aiguilleur mais sans succès.

Avec le concours de son oncle, il repartit au collège et obtint difficilement son brevet d’études moyen général (B.E.M.G) qui lui ouvrit les portes du lycée Karl Marx. C’est là où il fut interné et découvre pour la première fois, le matelas à éponge et les repas équilibrés qu’il ne pouvait s’offrir au domicile familial. Il sort de là instituteur et est intégré dans la fonction publique. Déterminé à embrasser son rêve de droit, il renoue avec les études et devient magistrat. Au sortir de la guerre de 1997, il est présenté à Antoinette Sassou Nguesso par madame Louemba. Il devient directeur de cabinet de madame Sassou et conseiller technique de son mari. Parallèlement, il s’inscrit à l’Université Paris II où il obtient son doctorat d’Etat en droit avant de devenir plus tard, Maître-assistant-enseignant-chercheur. Pendant qu’il démissionne de la présidence pour rejoindre un poste d’enseignant en Afrique australe, M. Sassou le retient et le bombarde ministre de la jeunesse puis, ministre de l’éducation. Progressivement, il prend goût de la politique et se prépare aux hautes fonctions : il se distingue, au point de le confondre au porte-parole du gouvernement ou encore au ministre de la justice, ministre des affaires étrangères qui «  a négocié plus d’une fois les observateurs occidentaux pour valider les scrutins organisées au Congo ». Entre temps, il pond des réflexions de haute facture à travers plusieurs livres et revues spécialisées  qui font la fierté de l’élite congolaise. En toute humilité et dextérité, il joue au médiateur, pacificateur  et aux équilibres auprès de tous les clans du pouvoir et de l’opposition. Décembre 2019, pendant le Congrès du Parti congolais du travail (P.C.T.), il conçoit un mémoire-bilan de ce parti-médiocre, lequel mémoire force l’admiration de la plupart des centaines de délégués. Pendant la présidentielle « piratée » du 21 mars 2021, bien qu’il assiste comme de coutume Guy Brice Parfait Kolelas, son voisin immédiat  et candidat décédé dans des circonstances troubles, il est porte-parole du dictateur. Avec le sale boulot qui convainc ce dernier et notamment pour avoir ramené des populations de la ville de Pointe-Noire et du Kouilou chez Sassou, il est pressenti Premier ministre.

Selon des sources, les services spéciaux et divers milieux occidentaux qui tiennent à la stabilité de la sous-région et particulièrement aux intérêts économiques concentrés à Pointe Noire et au Kouilou, le choix de succéder le premier ministre Clément Mouamba était porté sur deux jeunes cadres du sud Congo. Le franco-congolais, tête brulée et technocrate, Yves Castanou qui maîtrise les sociétés secrètes et les grandes religions, qui « lave les cerveaux » des milliers des gens et Anatole Collinet Makosso.    

Cette longue parenthèse sur Makosso nous rappelle qu’il ne faut jamais désespérer. D’ailleurs, l’histoire de la Corée et de la Malaisie, faisant partie des 20 pays les plus pauvres dans les années 60 et de la Chine pays sous-développé, il y a quelques décennies, aujourd’hui après la détermination de leurs peuples, sont classés parmi les premiers Etats industrialisés du monde.

Les membres de la diaspora congolaise doivent fédérer, intégrer des réseaux, se former sur divers domaines. Ils doivent bâtir des stratégies pour préparer l’après Sassou Nguesso qui semble se dessiner en monarchie témoins : l’entrée au gouvernement de Denis Christel Sassou au poste de ministre de la coopération internationale et de la promotion du partenariat public privé renforçant ainsi son immunité tout en le mettant en contact avec le monde entier.

Bref, ce n’est pas à Makosso qui a toujours dit le droit que nous l’apprendrons qu’avec tous les challenges que le Congo doit faire face, former encore un gouvernement budgétivore de 36 membres pour un État de 5 millions d’habitants, ressemble à l’hôpital qui se moque de la charité. De quoi encourager les Congolais du nord au sud à s’unir pour bannir le tribalisme, cultiver l’amour, le patriotisme, travailler afin de sortir leur pays du gouffre.

Ghys Fortune BEMBA-DOMBE, journaliste congolais, ancien résident de la Maison des journalistes (MDJ). Auteur du livre « De l’Enfer à la Liberté » (2019)

 

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