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Deux hommes du pouvoir congolais au coeur d’un système de répression

Il faut enquêter sur deux anciens responsables des services de renseignement ! En effet, deux anciens hauts responsables de l’Agence nationale de renseignements – ANR – ont été récemment limogés et devraient être traduits en justice.

Les autorités de la République démocratique du Congo devraient ouvrir des enquêtes sur deux anciens responsables des services de renseignement récemment limogés et accusés d’avoir commis de graves violations des droits humains, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Vers la fin des abus systématiques commis par les services de renseignement congolais ?

En mars 2019, le président Félix Tshisekedi a relevé Kalev Mutond de ses fonctions de directeur de l’Agence nationale de renseignements -ANR- et Roger Kibelisa de son poste de chef du Département de la sécurité intérieure de cette agence.

Sous la direction de Mutond et de Kibelisa, l’ANR a été un instrument de répression politique contre les dirigeants de l’opposition ainsi que les activistes pro-démocratie et des droits humains, tout au long de la longue crise politique qu’a connu le pays.

Le président Tshisekedi a nommé Kibelisa au poste d’assistant du conseiller spécial du Chef de l’État en matière de sécurité. On ignore encore si Mutond se verra offrir un nouveau poste. « Le limogeage de Mutond et Kibelisa par le président Tshisekedi pourrait s’avérer être une étape importante vers la fin des abus systématiques commis par les services de renseignement congolais« , a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch.

« Mais au lieu de donner à ces hommes de nouveaux postes, la nouvelle administration devrait enquêter sur leur comportement passé et les poursuivre en justice de manière appropriée.« 

Le système Kalev Mutond : intimidations et menaces, arrestations arbitraires, détentions au secret durant des années, corruptions de juge, tortures… 

Il fut le principal architecte de l’entreprise de répression orchestrée par le gouvernement lors de la contestation politique qui avait secoué le payx alors que le président de l’époque, Joseph Kabila, se maintenait au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats autorisée par la constitution, en décembre 2016.

Human Rights Watch s’est entretenu avec plus d’une douzaine de responsables gouvernementaux, de membres de la coalition de Kabila et d’agents de forces de sécurité, qui ont tous affirmé que Mutond avait joué un rôle central dans la répression exercée par le gouvernement à l’encontre des activistes des mouvements de jeunesse pro-démocratie, les journalistes et des dirigeants d’opposition et leurs partisans, ainsi que dans l’orchestration de violences à travers tout le pays, notamment dans la turbulente région centre du Kasaï.

L’Agence nationale de renseignements a détenu beaucoup des personnes arrêtées au secret pendant des semaines, voir des mois, des années, sans aucun chef d’inculpation, sans accès à leurs familles ou à des avocats.

Certaines personnes ont été jugées sur la base d’accusations montées de toutes pièces, tandis que prétendument, Mutond jouait aussi un rôle dans ces procès en intimidant les juges et en dictant des verdicts.

L’ANR a brutalement maltraité ou torturé certaines personnes détenues dans le cadre de cette répression, y compris en recourant aux électrochocs et à une forme de simulacre de noyade.

Des agents des services de renseignement placés sous l’autorité de Mutond, Kakiat (actuelle directeur de l’ANR), et Kibelisa, ont également à maintes reprises intimidé, menacé et harcelé des activistes, des journalistes et des dirigeants ou des partisans de l’opposition, apparemment dans le cadre d’une vaste campagne visant à semer la peur et à limiter leurs activités avant les élections nationales de décembre 2018.

Inzun Kakiat, devenu l’actuel responsable de l’ANR, aurait également été impliqué dans le recrutement de membres de la branche jeunesse du parti au pouvoir pour infiltrer les manifestations de l’opposition et répandre violence et désordre pour décridibiliser les opposants.

Les États-Unis ont sanctionné Mutond le 12 décembre 2016 pour avoir « entravé des processus démocratiques » et l’Union Européenne l’a sanctionné à son tour le 29 mai 2017 pour avoir « planifié, dirigé ou commis » de graves violations des droits humains.

L’UE a prolongé ses sanctions à l’encontre de Mutond en décembre 2018.

Kibelisa : l’autre artisan de la répression, toujours en poste et plus près du pouvoir

Kibelisa a également joué un rôle essentiel dans la répression exercée contre les activistes, les journalistes et l’opposition lors de l’administration Kabila.

Le bureau de Kibelisa était situé dans un immeuble de l’ANR à Kinshasa connu comme le centre de détention « 3Z » où, de 2015 à 2018, de très nombreux prisonniers politiques, journalistes, et activistes ont été détenus dans des conditions inhumaines et, dans de nombreux cas, maltraités ou torturés.

Les familles des détenus, leurs avocats et les défenseurs des droits humains se sont vu régulièrement dénier l’accès au centre 3Z lorsque Kibelisa était à son poste. En 2016, l’Union Européenne a sanctionné Kibelisa pour son rôle dans la perversion du processus démocratique, et pour avoir orchestré des violations des droits humains et incité à la violence.

Ces sanctions ont été prolongée en décembre, avant les présidentielle et législatives.

Il était le cerveau et l’organisateur de la répression anti-démocratique, c’est à lui que l’on doit les arrestations arbitraires de journalistes qui exerçaient leur travail librement. Nombreux sont les journalistes dont on ignore où ils sont, ou tout simplement s’ils sont encore en vie. 

Donc, la décision de Tshisekedi de nommer Kibelisa au poste d’assistant du conseiller spécial pour les affaires de sécurité est une indication qu’il ne fera pas l’objet d’une enquête pour ses abus présumés passés.

Bien que Mutond ne se soit pas encore vu offrir un poste dans le nouveau gouvernement, le choix de Justin Inzun Kakiat, qui fut son adjoint pendant de nombreuses années, pour lui succéder comme directeur de l’ANR est un signe de plus d’une absence de volonté de la part de la nouvelle administration de s’occuper de la question d’impunité au sein des agences de renseignement.

En tant que journaliste soucieux des droits de l’homme, j’ajoute qu’un examen approfondi du rôle joué dans le passé par Kakiat dans des abus devrait être effectué avant qu’il ne prenne son nouveau poste.

En echo, Lewis Mudge directeur pour l’Afrique centrale chez Human Rights Watch : « La manière dont le président Tshisekedi traitera les auteurs de violations des droits humains commises dans le passé sous l’administration Kabila sera très révélatrice de la future direction de son administration« .

Avec peu d’espoir sur la réponse, nous sommes tout de même en droit de nous interroger : y aura-t- il vraiment un véritable processus de responsabilisation et de réforme ou une continuation de la répression, des abus et de l’impunité qui prévalaient sous Kabila ?

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Dans la tête du peuple congolais

«Dans la tête de Kabila», tel a été un des titres de couverture de l’hebdomadaire Jeune Afrique, consacrés à la RD Congo. Au fond, c’était une interrogation qui, aujourd’hui, a trouvé sa  réponse tragique : le tripatouillage du résultat des élections générales du 30 décembre dernier. Le but ultime étant de modifier la Constitution, le moment venu, en vue de l’instauration d’un scrutin indirect à un tour (présidentielle au niveau du parlement). Qu’en pense le peuple ?

Cette question de fond a été rarement exploitée, du fait que depuis cette épopée à rebours réalisée par Kabila, l’actualité en RD Congo reste confuse. C’est là la première preuve irréfutable que rien n’a changé, après les élections. D’où l’explication d’une situation qui appelle contradictions, chahuts et divisions. Avec tous les risques que cela puisse aboutir à l’éclatement de grands conflits armés. Des conflits qui sont déjà présents au Nord-Kivu et en Ituri, où coulent des rivières de sang, depuis plusieurs années. La métastase a atteint le Kasaï et le Kwilu.

Pendant ce temps, le peuple se tait. Pourtant, il sait tout. Il observe  la suite, depuis le 30 décembre 2018, date des élections. Il ne constate que contradictions sans issue : un ancien chef de l’Etat, Kabila, qui, aux yeux de tous, continue de se comporter en président de la République. Et, le nouveau président, Tshisekedi, qui, aux yeux de tous, agit en sous-traitant. La libération des prisonniers ? Le changement intervenu à la tête de l’ANR (service des renseignements) ? De l’enfumage destiné à donner le change, à faire croire à l’opinion qu’il y a eu alternance.

Les accords secrets

Faut-il plus pour affirmer, sans conteste, que tout ce que nous voyons se faire relève des accords secrets, dont tous les points ont été réglés comme du papier à musique ? Et le tout, sans doute, à l’avantage du dictateur, en contrepartie d’un titre honorifique pour Tsisekedi ? Si Kabila père est parvenu au pouvoir, au détour des accords signés à Lemera (Sud-Kivu), en 1997, avec le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, il n’en sera pas de même avec ceux conclus entre Kabila fils et Tshisekedi fils.

Les raisons en sont simples. D’abord, les contextes sont tout à fait différents. Kabila père a bénéficié des circonstances favorables exceptionnelles : la détestation de Mobutu essentiellement par les Américains, et le désir ardent du peuple de connaître un nouveau régime politique. Enfin, la diminution physique de Mobutu, rongé par un cancer. Si, aujourd’hui, les Occidentaux ne manifestent pas ce qu’ils pensent réellement de Kabila fils, ils en sont moins ses soutiens, compte tenu de la montée du populisme en Europe, qui accuse le « système » d’exploiter l’Afrique. Ainsi donc, par substitution, Kabila fils se retrouve exactement à la case où était placé Mobutu avant sa chute.

Cette vérité n’appelle pas d’être grand clerc pour la mettre en lumière. Le peuple en sait quelque chose. Au fait, les succès incontestables que le leader de la coalition Lamuka, Martin Fayulu, vient de récolter, à travers ses tournées, aussi bien au pays qu’à l’étranger, ne traduisent-ils pas une autre version de la « vérité des unes » ?  La circonstance a créé, en tout cas, ce que l’on appelle la « rencontre d’un homme et d’un peuple ». Comme ce fut le cas de Lumumba et, dernièrement, celui de feu Etienne Tshisekedi.

Quoi qu’il en soit, un quarteron de Congolais, par fanatisme et solidarités négatives, continue de penser que le résultat des urnes, sanctionné par la Cour Constitutionnelle, et dont le corollaire a été l’investiture de Félix Tshisekedi comme président de la République, est irréversible. Certains observateurs non avertis, appuyant cette assertion, vont jusqu’à qualifier le peuple congolais d’amorphe, sur lequel il ne faut rien attendre pour renverser la vapeur. Ils poussent cet argument jusqu’à l’absurde, en démontrant l’ampleur de l’esprit servile du congolais, sous le règne du dictateur Mobutu pendant trente-quatre ans.

Ni amorphe ni servile

Or, en 1895, les colonisateurs belges sont surpris par la « Révolte des Batetela ». Quatre cents hommes de troupe se rebellent, en rupture avec leur hiérarchie militaire, pour venger l’exécution de leur chef, le célèbre Ngongo Lutete. Il en va de même de Simon Kimbangu (1887-1952).  Il crée, en 1921, un mouvement religieux qui fait peur aux Belges. Ils y voyent le ferment d’une révolte insidieuse. Arrêté, il est curieusement jugé par une cour martiale, qui le condamne à perpétuité. Mais ses adeptes, intrépides, défient toutes les mesures de répression. Ce mouvement est devenu, aujourd’hui, une grande église en RD Congo et dans certains pays voisins.  Lumumba, en clef de voûte, réclame l’« indépendance immédiate », face à la force brute du colon. Celui-ci lâche prise, le 30 juin 1960. Sans un seul coup de feu.

Qu’on ne s’y trompe pas, le peuple congolais n’est ni amorphe ni servile. Il est tout simplement patient. A travers l’histoire récente, il a démontré qu’il était autant réactif que résilient. Ceux qui connaissent l’âme de ce peuple le comparent volontiers aux habitants de Numance, une petite ville de l’Espagne antique qui résista durant vingt ans, au IIe siècle avant notre ère, face à la puissante armée de conquête romaine. Un phénomène inexplicable !

Les Congolais sont à intégrer dans ce lignage. Ils savent encaisser en attendant de réagir, le moment venu. En témoigne le « vote-révulsion » accordé au dauphin de Kabila, qui n’a récolté que 12 % des suffrages, en dépit de gros moyens mis à sa disposition. Le peuple sait donc qui il a voté entre Fayulu et Tshisekedi. Puisqu’il y a doute et suspicions sur la « vérité des urnes », il faut conclure que le processus d’élections n’est pas encore clos. La prochaine étape sur ce chemin de la démocratisation sera celle de la « révolte » spontanée et généralisée, à l’instar de celle qui se déroule actuellement en Algérie, sinon brutale comme celle, incendiaire, sur la prise de la Bastille, en 1789, en France.

Cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable, à se fier aux messages de dégoût, sur les réseaux sociaux, livrés par le peuple à l’égard de Kabila et ses affidés. Mais pire, c’est  la demande des armes exprimée par des foules à Martin Fayulu, partout où il est passé, en vue de préparer la guerre contre les usurpateurs. A première vue, l’idée peut paraître saugrenue, mais, à l’analyse, elle traduit le fond de la pensée qui habite une large majorité des Congolais sur la situation postélectorale. C’est la première fois qu’on assiste à un tel ras-le-bol du peuple.

Le point culminant

« Dans la tête du  peuple berné », il se passe ce qui se passait dans la tête d’esclaves révoltés en Haïti, en 1791 : « en finir avec le maître ou mourir ». Après la résilience éprouvée comme celle des habitants de Numance (le calvaire à travers les régimes de Mobutu et des Kabila), ne suivra pour le peuple que l’exemple de la marche vers la « Bastille congolaise » : le régime honni de Kabila

En voici une bonne pétition de principe (affirmer ce qui reste à démontrer), diront les sceptiques ! Mais, c’est oublier quand un empire a atteint son point culminant, il doit chuter. C’est le cas de Kabila, dont le hold-up électoral de décembre 2018 constitue sa dernière astuce pour rester au pouvoir. C’est le point culminant. Il le sait fort bien. Son entourage aussi. Mais, « c’est un homme qui adore le pouvoir, qui ne sait qu’être dans le pouvoir, qui n’accepte pas en sortir, il va aller jusqu’au bout ». Réflexion faite par Kamel Daoud, écrivain algérien, pas à propos de Kabila, mais au sujet de Bouteflika (Ouest-France, 5 mars 2019).

Sur ce point, la comparaison entre les deux hommes est parfaite. Bouteflika, double malade physique (dont la sénilité) ; Kabila, malade mental, souffrant d’hybris (démesure ou orgueil). Dans la Grèce antique, l’hybris était considérée comme un crime, du fait qu’elle pouvait être à la base de « destructions massives ». Et donc condamnable.

  • Liberté de la presse au Cameroun, entre « fake news » et antiterrorisme11/07/2019 - 1:13

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    Samedi 15 juin, deux journalistes ont été violemment interpellés à Bangui en Centrafrique. C’est lors d’une manifestation de l’opposition interdite par les autorités, qu’ils se sont vu confisquer et détruire leur matériel. Charles Bouessel et Florent Vergnes, correspondants de l’AFP en Centrafrique accrédités, couvraient la manifestation de l’opposition à Bangui samedi 15 juin lorsqu’ils ont […]

  • Les journalistes environnementaux : un climat hostile19/06/2019 - 9:07

    Forbidden Stories, plateforme destinée à sécuriser le travail des journalistes, a dévoilé son projet environnemental. Une enquête aux côtés de 30 médias sur le secteur minier, particulièrement répressif à l’égard des reporters. L’occasion de faire le point sur l’une des formes de journalisme les plus menacées ; le journalisme environnemental. « Les rapports d’enquête sur l’environnement […]

  • La « dépouille mortuaire-épouvantail » d’Étienne Tshisekedi13/06/2019 - 1:48

    Si Etienne Tshisekedi, cet homme de conviction, faisait peur à ses adversaires politiques, de son vivant, il l’a fait autant, sinon plus, à travers sa dépouille mortelle, deux ans après sa mort. Non seulement à la « kabilie » (cf Kabila), mais aussi au camp de son propre fils, Félix, l’actuel chef de l’Etat de la RD […]

RD Congo : corruption et violation des Droits de l’Homme sanctionnées par les Etats-Unis

[INTERNATIONAL] Les autorités américaines évoquent leur implication « dans une corruption importante, des violations des droits de l’homme, des abus ou une atteinte à la démocratie ». Ces personnes et les membres de leur famille ne peuvent entrer aux USA car ces personnes se sont enrichies par la corruption ou ont dirigé et supervisé des actes de violence à l’encontre de personnes qui exercent leur droit de réunion pacifique et leur liberté d’expression.

Vers l’assouplissement de la double nationalité des congolais : à qui cela profite?

[JURIDIQUE] Jusqu’à ce jour, la constitution de la République Démocratique du Congo fait de la nationalité congolaise, une nationalité unique et exclusive. Mais un moratoire (non levé) existe à l’Assemblée nationale depuis la législature de 2006 sous Vital Kamerhe, actuellement directeur de cabinet du nouveau chef de l’État de la République Félix Tshisekedi.

“Il a suffi d’un article pour que je me rende compte que je vivais dans une prison à ciel ouvert.”

Deux hommes du pouvoir congolais au coeur d’un système de répression

Il faut enquêter sur deux anciens responsables des services de renseignement ! En effet, deux anciens hauts responsables de l’Agence nationale de renseignements – ANR – ont été récemment limogés et devraient être traduits en justice.

Les autorités de la République démocratique du Congo devraient ouvrir des enquêtes sur deux anciens responsables des services de renseignement récemment limogés et accusés d’avoir commis de graves violations des droits humains, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Vers la fin des abus systématiques commis par les services de renseignement congolais ?

En mars 2019, le président Félix Tshisekedi a relevé Kalev Mutond de ses fonctions de directeur de l’Agence nationale de renseignements -ANR- et Roger Kibelisa de son poste de chef du Département de la sécurité intérieure de cette agence.

Sous la direction de Mutond et de Kibelisa, l’ANR a été un instrument de répression politique contre les dirigeants de l’opposition ainsi que les activistes pro-démocratie et des droits humains, tout au long de la longue crise politique qu’a connu le pays.

Le président Tshisekedi a nommé Kibelisa au poste d’assistant du conseiller spécial du Chef de l’État en matière de sécurité. On ignore encore si Mutond se verra offrir un nouveau poste. « Le limogeage de Mutond et Kibelisa par le président Tshisekedi pourrait s’avérer être une étape importante vers la fin des abus systématiques commis par les services de renseignement congolais« , a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch.

« Mais au lieu de donner à ces hommes de nouveaux postes, la nouvelle administration devrait enquêter sur leur comportement passé et les poursuivre en justice de manière appropriée.« 

Le système Kalev Mutond : intimidations et menaces, arrestations arbitraires, détentions au secret durant des années, corruptions de juge, tortures… 

Il fut le principal architecte de l’entreprise de répression orchestrée par le gouvernement lors de la contestation politique qui avait secoué le payx alors que le président de l’époque, Joseph Kabila, se maintenait au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats autorisée par la constitution, en décembre 2016.

Human Rights Watch s’est entretenu avec plus d’une douzaine de responsables gouvernementaux, de membres de la coalition de Kabila et d’agents de forces de sécurité, qui ont tous affirmé que Mutond avait joué un rôle central dans la répression exercée par le gouvernement à l’encontre des activistes des mouvements de jeunesse pro-démocratie, les journalistes et des dirigeants d’opposition et leurs partisans, ainsi que dans l’orchestration de violences à travers tout le pays, notamment dans la turbulente région centre du Kasaï.

L’Agence nationale de renseignements a détenu beaucoup des personnes arrêtées au secret pendant des semaines, voir des mois, des années, sans aucun chef d’inculpation, sans accès à leurs familles ou à des avocats.

Certaines personnes ont été jugées sur la base d’accusations montées de toutes pièces, tandis que prétendument, Mutond jouait aussi un rôle dans ces procès en intimidant les juges et en dictant des verdicts.

L’ANR a brutalement maltraité ou torturé certaines personnes détenues dans le cadre de cette répression, y compris en recourant aux électrochocs et à une forme de simulacre de noyade.

Des agents des services de renseignement placés sous l’autorité de Mutond, Kakiat (actuelle directeur de l’ANR), et Kibelisa, ont également à maintes reprises intimidé, menacé et harcelé des activistes, des journalistes et des dirigeants ou des partisans de l’opposition, apparemment dans le cadre d’une vaste campagne visant à semer la peur et à limiter leurs activités avant les élections nationales de décembre 2018.

Inzun Kakiat, devenu l’actuel responsable de l’ANR, aurait également été impliqué dans le recrutement de membres de la branche jeunesse du parti au pouvoir pour infiltrer les manifestations de l’opposition et répandre violence et désordre pour décridibiliser les opposants.

Les États-Unis ont sanctionné Mutond le 12 décembre 2016 pour avoir « entravé des processus démocratiques » et l’Union Européenne l’a sanctionné à son tour le 29 mai 2017 pour avoir « planifié, dirigé ou commis » de graves violations des droits humains.

L’UE a prolongé ses sanctions à l’encontre de Mutond en décembre 2018.

Kibelisa : l’autre artisan de la répression, toujours en poste et plus près du pouvoir

Kibelisa a également joué un rôle essentiel dans la répression exercée contre les activistes, les journalistes et l’opposition lors de l’administration Kabila.

Le bureau de Kibelisa était situé dans un immeuble de l’ANR à Kinshasa connu comme le centre de détention « 3Z » où, de 2015 à 2018, de très nombreux prisonniers politiques, journalistes, et activistes ont été détenus dans des conditions inhumaines et, dans de nombreux cas, maltraités ou torturés.

Les familles des détenus, leurs avocats et les défenseurs des droits humains se sont vu régulièrement dénier l’accès au centre 3Z lorsque Kibelisa était à son poste. En 2016, l’Union Européenne a sanctionné Kibelisa pour son rôle dans la perversion du processus démocratique, et pour avoir orchestré des violations des droits humains et incité à la violence.

Ces sanctions ont été prolongée en décembre, avant les présidentielle et législatives.

Il était le cerveau et l’organisateur de la répression anti-démocratique, c’est à lui que l’on doit les arrestations arbitraires de journalistes qui exerçaient leur travail librement. Nombreux sont les journalistes dont on ignore où ils sont, ou tout simplement s’ils sont encore en vie. 

Donc, la décision de Tshisekedi de nommer Kibelisa au poste d’assistant du conseiller spécial pour les affaires de sécurité est une indication qu’il ne fera pas l’objet d’une enquête pour ses abus présumés passés.

Bien que Mutond ne se soit pas encore vu offrir un poste dans le nouveau gouvernement, le choix de Justin Inzun Kakiat, qui fut son adjoint pendant de nombreuses années, pour lui succéder comme directeur de l’ANR est un signe de plus d’une absence de volonté de la part de la nouvelle administration de s’occuper de la question d’impunité au sein des agences de renseignement.

En tant que journaliste soucieux des droits de l’homme, j’ajoute qu’un examen approfondi du rôle joué dans le passé par Kakiat dans des abus devrait être effectué avant qu’il ne prenne son nouveau poste.

En echo, Lewis Mudge directeur pour l’Afrique centrale chez Human Rights Watch : « La manière dont le président Tshisekedi traitera les auteurs de violations des droits humains commises dans le passé sous l’administration Kabila sera très révélatrice de la future direction de son administration« .

Avec peu d’espoir sur la réponse, nous sommes tout de même en droit de nous interroger : y aura-t- il vraiment un véritable processus de responsabilisation et de réforme ou une continuation de la répression, des abus et de l’impunité qui prévalaient sous Kabila ?

  • Liberté de la presse au Cameroun, entre « fake news » et antiterrorisme11/07/2019 - 1:13

    Classé 131 place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse, la liberté de l’information au Cameroun ne va pas en s’améliorant. L’incarcération politique demeure courante et l’autocensure des travailleurs de l’information omniprésente. La liberté de l’information au Cameroun ne se distingue pas beaucoup de ses voisins, le Nigeria et le Tchad, […]

  • Afrique : le Bénin, la démocratie et le millionnaire26/06/2019 - 9:05

    La plupart des chefs d’Etat africains accèdent à cette fonction flamboyante sans un sou vaillant. D’autres, souvent diplômés, sont  issus des classes sociales les plus démunies. Compréhensible qu’à  leur arrivée au pouvoir, ils cherchent à s’enrichir avec un rare cynisme. Tout en se rêvant « califes ». Et, ils y parviennent d’autant plus facilement qu’ils érigent la […]

  • Centrafrique : 2 journalistes violemment interpellés dans le cadre de leur activité professionnelle20/06/2019 - 8:31

    Samedi 15 juin, deux journalistes ont été violemment interpellés à Bangui en Centrafrique. C’est lors d’une manifestation de l’opposition interdite par les autorités, qu’ils se sont vu confisquer et détruire leur matériel. Charles Bouessel et Florent Vergnes, correspondants de l’AFP en Centrafrique accrédités, couvraient la manifestation de l’opposition à Bangui samedi 15 juin lorsqu’ils ont […]

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    Forbidden Stories, plateforme destinée à sécuriser le travail des journalistes, a dévoilé son projet environnemental. Une enquête aux côtés de 30 médias sur le secteur minier, particulièrement répressif à l’égard des reporters. L’occasion de faire le point sur l’une des formes de journalisme les plus menacées ; le journalisme environnemental. « Les rapports d’enquête sur l’environnement […]

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Dans la tête du peuple congolais

«Dans la tête de Kabila», tel a été un des titres de couverture de l’hebdomadaire Jeune Afrique, consacrés à la RD Congo. Au fond, c’était une interrogation qui, aujourd’hui, a trouvé sa  réponse tragique : le tripatouillage du résultat des élections générales du 30 décembre dernier. Le but ultime étant de modifier la Constitution, le moment venu, en vue de l’instauration d’un scrutin indirect à un tour (présidentielle au niveau du parlement). Qu’en pense le peuple ?

Cette question de fond a été rarement exploitée, du fait que depuis cette épopée à rebours réalisée par Kabila, l’actualité en RD Congo reste confuse. C’est là la première preuve irréfutable que rien n’a changé, après les élections. D’où l’explication d’une situation qui appelle contradictions, chahuts et divisions. Avec tous les risques que cela puisse aboutir à l’éclatement de grands conflits armés. Des conflits qui sont déjà présents au Nord-Kivu et en Ituri, où coulent des rivières de sang, depuis plusieurs années. La métastase a atteint le Kasaï et le Kwilu.

Pendant ce temps, le peuple se tait. Pourtant, il sait tout. Il observe  la suite, depuis le 30 décembre 2018, date des élections. Il ne constate que contradictions sans issue : un ancien chef de l’Etat, Kabila, qui, aux yeux de tous, continue de se comporter en président de la République. Et, le nouveau président, Tshisekedi, qui, aux yeux de tous, agit en sous-traitant. La libération des prisonniers ? Le changement intervenu à la tête de l’ANR (service des renseignements) ? De l’enfumage destiné à donner le change, à faire croire à l’opinion qu’il y a eu alternance.

Les accords secrets

Faut-il plus pour affirmer, sans conteste, que tout ce que nous voyons se faire relève des accords secrets, dont tous les points ont été réglés comme du papier à musique ? Et le tout, sans doute, à l’avantage du dictateur, en contrepartie d’un titre honorifique pour Tsisekedi ? Si Kabila père est parvenu au pouvoir, au détour des accords signés à Lemera (Sud-Kivu), en 1997, avec le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, il n’en sera pas de même avec ceux conclus entre Kabila fils et Tshisekedi fils.

Les raisons en sont simples. D’abord, les contextes sont tout à fait différents. Kabila père a bénéficié des circonstances favorables exceptionnelles : la détestation de Mobutu essentiellement par les Américains, et le désir ardent du peuple de connaître un nouveau régime politique. Enfin, la diminution physique de Mobutu, rongé par un cancer. Si, aujourd’hui, les Occidentaux ne manifestent pas ce qu’ils pensent réellement de Kabila fils, ils en sont moins ses soutiens, compte tenu de la montée du populisme en Europe, qui accuse le « système » d’exploiter l’Afrique. Ainsi donc, par substitution, Kabila fils se retrouve exactement à la case où était placé Mobutu avant sa chute.

Cette vérité n’appelle pas d’être grand clerc pour la mettre en lumière. Le peuple en sait quelque chose. Au fait, les succès incontestables que le leader de la coalition Lamuka, Martin Fayulu, vient de récolter, à travers ses tournées, aussi bien au pays qu’à l’étranger, ne traduisent-ils pas une autre version de la « vérité des unes » ?  La circonstance a créé, en tout cas, ce que l’on appelle la « rencontre d’un homme et d’un peuple ». Comme ce fut le cas de Lumumba et, dernièrement, celui de feu Etienne Tshisekedi.

Quoi qu’il en soit, un quarteron de Congolais, par fanatisme et solidarités négatives, continue de penser que le résultat des urnes, sanctionné par la Cour Constitutionnelle, et dont le corollaire a été l’investiture de Félix Tshisekedi comme président de la République, est irréversible. Certains observateurs non avertis, appuyant cette assertion, vont jusqu’à qualifier le peuple congolais d’amorphe, sur lequel il ne faut rien attendre pour renverser la vapeur. Ils poussent cet argument jusqu’à l’absurde, en démontrant l’ampleur de l’esprit servile du congolais, sous le règne du dictateur Mobutu pendant trente-quatre ans.

Ni amorphe ni servile

Or, en 1895, les colonisateurs belges sont surpris par la « Révolte des Batetela ». Quatre cents hommes de troupe se rebellent, en rupture avec leur hiérarchie militaire, pour venger l’exécution de leur chef, le célèbre Ngongo Lutete. Il en va de même de Simon Kimbangu (1887-1952).  Il crée, en 1921, un mouvement religieux qui fait peur aux Belges. Ils y voyent le ferment d’une révolte insidieuse. Arrêté, il est curieusement jugé par une cour martiale, qui le condamne à perpétuité. Mais ses adeptes, intrépides, défient toutes les mesures de répression. Ce mouvement est devenu, aujourd’hui, une grande église en RD Congo et dans certains pays voisins.  Lumumba, en clef de voûte, réclame l’« indépendance immédiate », face à la force brute du colon. Celui-ci lâche prise, le 30 juin 1960. Sans un seul coup de feu.

Qu’on ne s’y trompe pas, le peuple congolais n’est ni amorphe ni servile. Il est tout simplement patient. A travers l’histoire récente, il a démontré qu’il était autant réactif que résilient. Ceux qui connaissent l’âme de ce peuple le comparent volontiers aux habitants de Numance, une petite ville de l’Espagne antique qui résista durant vingt ans, au IIe siècle avant notre ère, face à la puissante armée de conquête romaine. Un phénomène inexplicable !

Les Congolais sont à intégrer dans ce lignage. Ils savent encaisser en attendant de réagir, le moment venu. En témoigne le « vote-révulsion » accordé au dauphin de Kabila, qui n’a récolté que 12 % des suffrages, en dépit de gros moyens mis à sa disposition. Le peuple sait donc qui il a voté entre Fayulu et Tshisekedi. Puisqu’il y a doute et suspicions sur la « vérité des urnes », il faut conclure que le processus d’élections n’est pas encore clos. La prochaine étape sur ce chemin de la démocratisation sera celle de la « révolte » spontanée et généralisée, à l’instar de celle qui se déroule actuellement en Algérie, sinon brutale comme celle, incendiaire, sur la prise de la Bastille, en 1789, en France.

Cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable, à se fier aux messages de dégoût, sur les réseaux sociaux, livrés par le peuple à l’égard de Kabila et ses affidés. Mais pire, c’est  la demande des armes exprimée par des foules à Martin Fayulu, partout où il est passé, en vue de préparer la guerre contre les usurpateurs. A première vue, l’idée peut paraître saugrenue, mais, à l’analyse, elle traduit le fond de la pensée qui habite une large majorité des Congolais sur la situation postélectorale. C’est la première fois qu’on assiste à un tel ras-le-bol du peuple.

Le point culminant

« Dans la tête du  peuple berné », il se passe ce qui se passait dans la tête d’esclaves révoltés en Haïti, en 1791 : « en finir avec le maître ou mourir ». Après la résilience éprouvée comme celle des habitants de Numance (le calvaire à travers les régimes de Mobutu et des Kabila), ne suivra pour le peuple que l’exemple de la marche vers la « Bastille congolaise » : le régime honni de Kabila

En voici une bonne pétition de principe (affirmer ce qui reste à démontrer), diront les sceptiques ! Mais, c’est oublier quand un empire a atteint son point culminant, il doit chuter. C’est le cas de Kabila, dont le hold-up électoral de décembre 2018 constitue sa dernière astuce pour rester au pouvoir. C’est le point culminant. Il le sait fort bien. Son entourage aussi. Mais, « c’est un homme qui adore le pouvoir, qui ne sait qu’être dans le pouvoir, qui n’accepte pas en sortir, il va aller jusqu’au bout ». Réflexion faite par Kamel Daoud, écrivain algérien, pas à propos de Kabila, mais au sujet de Bouteflika (Ouest-France, 5 mars 2019).

Sur ce point, la comparaison entre les deux hommes est parfaite. Bouteflika, double malade physique (dont la sénilité) ; Kabila, malade mental, souffrant d’hybris (démesure ou orgueil). Dans la Grèce antique, l’hybris était considérée comme un crime, du fait qu’elle pouvait être à la base de « destructions massives ». Et donc condamnable.

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RD Congo : corruption et violation des Droits de l’Homme sanctionnées par les Etats-Unis

[INTERNATIONAL] Les autorités américaines évoquent leur implication « dans une corruption importante, des violations des droits de l’homme, des abus ou une atteinte à la démocratie ». Ces personnes et les membres de leur famille ne peuvent entrer aux USA car ces personnes se sont enrichies par la corruption ou ont dirigé et supervisé des actes de violence à l’encontre de personnes qui exercent leur droit de réunion pacifique et leur liberté d’expression.

Vers l’assouplissement de la double nationalité des congolais : à qui cela profite?

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“Il a suffi d’un article pour que je me rende compte que je vivais dans une prison à ciel ouvert.”

RD Congo: l’Assemblée nationale a validé la réforme politique du pays

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RD Congo : les carottes sont cuites

[POST-ÉLECTORAL] Les carottes sont cuites. Félix Tshisekedi est désormais le cinquième président de la RD Congo. Il en sera ainsi pendant son mandant de cinq ans, jusqu’en 2023. Pour autant, cela n’efface pas comme par enchantement le contentieux post-électoral, puisqu’il y en a un. Qui jure avec les « mensonges des urnes ». Celui-ci aura constitué, en droit, un cas de « jurisprudence », en matière d’élection en Afrique. Et ouvert, pour les Congolais, une plaie à vif du tribalisme.