Le goût du bambou est-il le même partout ?

Moi jeune panda réfugié en France, fils de réfugiés et mangeur de bambou, la question que l’on me pose souvent est de savoir ce que je fais ici au lieu de retourner dans mon pays…. C’est fatigant mais je veux bien encore m’expliquer.

Parmi celles et ceux qui me rendent visite en mon abri du zoo de Beauval, il y en a qui estiment que je suis là parce que le contenu de ma gamelle serait plus attractif que dans mon pays d’origine (la Chine).

Est-ce l’effet d’une digestion difficile, de maux de tête intempestifs ou d’un agacement passager ? A quoi donc ce genre de propos est-il dû ?  Allez savoir… Toujours est-il qu’à la foule qui m’observe je réplique ce qui suit…avec cette répartie, ce talent et cette modestie naturelle qui m’ont rendu célèbre (… Ben quoi ? l’autodérision n’est-elle le propre du panda?).

C’est meilleur chez moi, mais…

A la foule, donc, je lui dis ceci : « le bambou est bien meilleur dans mon pays qu’ici… » néanmoins le panda, libre, n’y a pas accès autant qu’il faudrait pour assurer sa survie. D’autres se le gardent et ne partagent pas. C’est une façon de nous maintenir à l’écart du grand festin pékinois et des pouvoirs qui y sont associés.

De l’air !

En France, le bambou n’a pas le même goût que chez moi mais je le consomme en toute quiétude, sans pression, sans menace et avec l’espoir, un jour, de pouvoir être admis autrement que comme une bête de foire. Ici on respire. Il y a de l’air. Un air moins pollué que là-bas. Et respirer, en sens propre comme au figuré, c’est d’abord ce qui m’importe, nom d’un bambou !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)