Les journalistes de la MDJ aux assises de Tours et aux prix Bayeux

La Maison des journalistes (MDJ) a pris part à deux événements médiatiques majeurs : les assises du journalisme de Tours et le prix Bayeux. Au cours de ces deux rendez-vous annuels, les journalistes afghans résidents de la MDJ ont été particulièrement honorés.

Assises de Tours (4 et 8-10 octobre)

Darline Cothière, directrice de la MDJ, Najiba Noori, journaliste afghane résidente de la MDJ et Mariam Mana, journaliste afghane ancienne résidente de la MDJ ont participé à la table ronde “Solidarité Afghanistan : les Assises ont donné la parole aux journalistes afghans exilés” animée par Catherine MONET, rédactrice en chef à Reporters sans frontière.

Animé par Catherine MONET, rédactrice en chef à Reporters sans frontières avec Akbar Khan ARYOBWAL, fixeur et interprète des médias français ; Darline COTHIÈRE, directrice de la Maison des journalistes ; Ricardo GUTIERREZ, président de la Fédération européenne des journalistes (FEJ) ; Mariam MANA, journaliste afghane réfugiée ; Najiba NOORI, journaliste afghane réfugiée ; Rateb NOORI, directeur vidéo du bureau de l’AFP à Kaboul ; Solène CHALVON, grand reporter, correspondante en Afghanistan ; Lotfullah NAJAFIZADA, directeur de Tolo News.

Darline Cothière est revenue sur la mission de la Maison des journalistes en rappelant que cette structure, unique au monde, a accueilli plus de 400 journalistes de 70 origines, en danger et arrivant en catastrophe pour fuir la répression.

“La Maison des journalistes est une sorte de baromètre de la répression dans le monde. En 2011, par exemple, nous avons eu un afflux de journalistes syriens. Maintenant nous sommes très sollicités par les journalistes afghans”, a déclaré Darline Cothière. Depuis le 15 août, la Maison des journalistes travaille étroitement avec ses partenaires pour (i) aider les journalistes afghans sur place et (ii) accueillir et installer dans de bonnes conditions ceux qui ont pu fuir. En effet, la MDJ a placé en priorité les journalistes afghans, tout en élargissant son dispositif d’hébergement limité à 14 chambres. “Nous avons besoin de les accueillir. Ils sont utiles à la France et au monde car, sans repères [qu’offrent le journalisme], on ne peut pas comprendre le monde dans lequel on vit », explique Darline Cothière.

Crédit : Manuela Thonnel /EPJT

Arrivée en France en 2016, Mariam MANA fait partie de ces journalistes afghans ayant fui le pays bien avant la crise actuelle. Accueillie à la Maison des journalistes, elle est aujourd’hui heureuse de son intégration facilitée en grande partie par son passage à la MDJ. “C’est grâce à la MDJ que j’ai pu entrer en contact avec la communauté francophone. Cela m’a beaucoup aidé dans mon intégration en France. Car, il y a deux types d’exil : l’exil physique et l’exil linguistique. Ce dernier est encore plus dur”.

Arrivé en août dernier, Najiba Noori décrit la situation critique dans son pays bien avant la crise. « Avant le 15 août, les assassinats ciblés contre les journalistes ont augmenté, la violence s’est accrue, mais on continuait de travailler. Mais quand les talibans ont défilé devant chez moi, j’ai décidé de partir[1]. » Une décision difficile pour cette journaliste. “Quitter mon pays a été la décision la plus dure de toute ma vie. Tout ce que nous avons construit en tant que femme s’est effondré.” affirme émue Najiba Noori.

A retenir : “​​Il y a beaucoup d’axes d’aide aujourd’hui pour les journalistes afghans. Il faut penser à ceux qui sont arrivés, mais aussi à ceux qui restent. Il faut maintenir la pression sur les chancelleries occidentales et donner des fonds aux organismes qui peuvent aider comme la Maison des journalistes, la Fédération européenne des journalistes ou Reporters sans frontières. Ils ont aussi un besoin de transfert de compétences, d’enseignement ou de matériel.[2]

Lors de deux autres rencontres, cette fois devant des lycéens, les deux journalistes de la MDJ Samad Ait Aicha (Maroc) et Anderson D. Michel (Haïti) sont intervenus dans le cadre des missions de sensibilisation et d’éducation aux médias que mènent la MDJ. Accompagnés d’Albéric De Gouville, président de la MDJ, qui anime ces rencontres, les deux journalistes ont mis en lumière les violations de la liberté de la presse dans leurs pays respectifs en prenant comme exemple leur propre parcours et les raisons qui les ont obligés à fuir et à demander l’asile en France.

Rappelons que la Maison des journalistes effectue cette mission d’éducation aux médias dans des collèges, lycées et centres d’arrêts dans le cadre du programme “Renvoyé spécial”.

Prix Bayeux Calvados-Normandie (29 septembre – 1er octobre)

Accompagnés d’Albéric De Gouville, président de la Maison des journalistes, et de Hicham Mansouri, chargé d’édition de L’Oeil, cinq autres journalistes résidents de la Maison des journalistes ont participé au Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre : le syrien Ahmed Muaddamani, le guinéen  Mamadou Bah et trois journalistes afghans, Asghar Noor Mohammadi, Najiba Noori et Farshad Usyan.

De gauche à droite : les journalistes afghans Najiba Noori, Farshad Usyan et Asghar Noor Mohammadi.

Arrivée le 19 août en France, Najiba Noori a particulièrement attiré l’attention lors de la cérémonie de clôture en témoignant sur la liberté de la presse en Afghanistan et plus particulièrement celle des femmes.

Aux côtés de deux autres jeunes journalistes syriens, anciens résidents de la Maison des journalistes, Ahmed Muaddamani a pris la parole lors de la conférence “Syrie, la guerre est-elle finie ?”. Les témoignages émouvants, issus du vécu de la guerre, des trois journalistes ont recueilli des applaudissements chaleureux du public. “Les femmes, les femmes journalistes notamment, ne peuvent plus travailler ni même sortir dans la rue. Les talibans les privent des plus basiques de leurs droits” a affirmé Najiba Noori devant une audience déjà acquise à la cause.

Ahmed Muaddamani a participé à une seconde conférence, animée cette fois par Albéric de Gouville, avec Mamadou Bah et Hicham Mansouri. 

De gauche à droite : Hicham Mansouri, Ahmad Muaddamani, Mamadou Bah et Albéric De Gouville au prix Bayeux.

Devant des élèves et des enseignants de l’Académie de Normandie, les trois intervenants ont à tour de rôle analysé la situation de la liberté de la presse et d’expression dans leurs pays.

Quatre autres journalistes de la Maison des journalistes sont également intervenus auprès de collégiens et de lycéens : Makaila Nguebla (Tchad), Anderson D. Michel (Haiti), Samad Ait Aicha (Maroc) et Ghys Fortuné (Congo Brazaville).

[1]   https://assises-journalisme.epjt.fr/

[2]  https://assises-journalisme.epjt.fr/

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BÉLARUS. Trois photoreporters en exil témoignent (entretien)

 De gauche à droite : Kseniya Halubovitch, Violetta Savchits et Volga Shukaila devant la Maison des journalistes. Crédit : Hicham Mansouri

Elles s’appellent Violetta Savchits, Volha Shukaila et Kseniya Halubovitch. Trois photoreporters bélarusses en exil, venues à Paris pour le vernissage de l’exposition photo “Si près, si proche : Bélarus – un an de lutte » organisée à la Maison des journalistes (MDJ), et à laquelle elles participent. Entretien.

Vous êtes des photoreporters femmes en exil, et le thème de la femme est très représenté dans cette exposition. Les femmes au Bélarus sont-elles plus à risque ou bien sont-elles simplement plus courageuses ?

Violetta Savchits

Violetta Savchits : Les protestations féminines [de 2020, NDLR] ont eu un effet de surprise. Il y avait une sorte d’admiration de ces marches notamment dans les médias occidentaux leur donnant ainsi davantage de visibilité. Mais c’est aussi la conséquence d’un système patriarcal et sexiste ambiant. On a eu des scènes où des mecs sont battus par la police devant leurs copines qui, elles, ont été épargnées. Mais cela n’a pas duré longtemps. Dans les faits, la répression touche tout le monde, toutes les classes sociales, peu importe l’âge ou le sexe, même si la majorité des prisonniers politiques sont des hommes.

 

Qu’est ce qui dérange dans votre travail? L’aspect informationnel, émotionnel ou peut-être même militant?

Volha Shukaila

Volha Shukaila : Prenons l’exemple des deux filles sur cette photo. Elles ont réalisé des streams pour une chaîne de télévision bélarusse-polonaise, et ont été condamnées à des peines lourdes pour avoir “coordonné les manifestations”, en dirigeant les déplacements des manifestants. Je dirais donc que c’est surtout le côté information qui a dérangé, et ce pendant longtemps. Aujourd’hui, en révélant les violences policières que l’État tente de cacher, il y a un aspect émotionnel. Les photos parlent et constituent un facteur mobilisateur au travers des émotions véhiculées.

Kseniya Halubovitch

Kseniya Halubovitch : L’aspect émotionnel, en effet, est arrivé dans un second temps. Le côté émotionnel peut être interprété comme une forme de militantisme. Inquiétée un jour par le KGB, des officiers m’ont demandé si les sujets traités m’étaient imposés. J’ai répondu que non,  choisissant moi-même mes sujets et travaillant librement. Ils ont eu du mal à me croire. En tant que photojournaliste je ne fais que prendre des photos. J’ai déjà refusé de participer à une manifestation en 2020 pour conserver ma neutralité. Mais, à mon avis, c’est plus le combat pour l’information qui dérange, surtout que tout le monde peut aujourd’hui filmer ce qui se passe et envoyer aux médias ou en publiant soi-même. Un jour, la police m’a montré une vidéo amateur filmant une arrestation brutale, en me disant “des choses comme ça il ne faut pas filmer”.

Violetta Savchits

Violetta Savchits : La police combat le travail d’information sur les manifestations. La propagande minimise de cent fois le nombre des participants. Il est donc évident que les photoreporters soient

les premiers à être ciblés. Car ils montrent la réalité. La police a le feu vert pour arrêter toute personne qui filme, qu’elle soit journaliste ou pas.

Les peines contre les journalistes sont d’ordre sécuritaire et financier. Ces méthodes détournées de répression sont-elles plus efficaces?

Violetta Savchits

Violetta Savchits : les journalistes sont poursuivies et condamnées en vertu de l’article 23.34 du Code des infractions administratives (« violation relative à l’organisation ou au déroulement d’événements de grande ampleur »). Le code pénal est aussi instrumentalisé pour cibler les rédacteurs en chef notamment. Les peines sont d’ordre financier et sécuritaire. Concrètement, pour les médias extrémistes, cela commence par des amendes et va jusqu’à des peines de prison.

 

Que voulez-vous dire par “médias extrémistes » ?

Violetta Savchits

Violetta Savchits: Au Bélarus, tout média indépendant est considéré comme un média extrémiste (rires). Dans cette dictature ils te haïssent à tel point qu’ils te qualifient d’extrémiste avant de te coller un procès. Être journaliste extrémiste au Bélarus veut dire tout simplement que tu fais un bon travail. Chez nous, les mots “extrémiste” et “terroriste” commencent à perdre leur sens car la propagande les utilise sans cesse pour désigner les manifestants, les opposants et les journalistes critiques. Comme le dit l’Historien américain Timothy Snyder : « Les régimes autoritaires modernes, comme la Russie, utilisent des lois sur l’extrémisme pour punir ceux qui critiquent leurs politiques. De cette façon, la notion d’extrémisme en vient à signifier pratiquement tout sauf ce qui est, en fait, extrême : la tyrannie. »

« Modern authoritarian regimes, such as Russia, use laws on extremism to punish those who criticize their policies. In this way the notion of extremism comes to mean virtually everything except what is, in fact, extreme: tyranny.” Timothy Snyder

Vivre en exil ne vous pousse-il pas, malgré vous, à devenir des opposantes et les porte-voix des opprimés au Bélarus?

Volha Shukaila

Volha Shukaila : C’est une question que je me pose chaque jour (rires). Je continue à m’identifier en tant que journaliste. J’ai toujours veillé à conserver ma neutralité. Par exemple, je ne scandais jamais les slogans quand je participais à une manifestation. Après mon exil forcé, je découvre que c’est de plus en plus compliqué. Je suis aussi un être vivant et je comprends mieux où se situent le mal et le bien. J’essaye de ne pas laisser les jugements personnels transparaître dans mes paroles et dans mes écrits sur les réseaux sociaux.

Kseniya Halubovitch

Kseniya Halubovitch : Avant les élections 2020, nous avons eu un show télé invitant des intervenants opposants à Loukachenko à débattre. Ce n’est plus possible aujourd’hui. La télévision en question a été fermée et l’équipe a été contrainte de fuir. Si un rédacteur en chef essaye de faire pareil il ne sait pas ce qu’il peut lui arriver. Il risque d’être arrêté. Il est donc difficile d’aller vers l’autre camp à cause du système totalitaire qui est en train de s’installer au Bélarus. Devant cette situation, je ne pense pas qu’on puisse prétendre à une neutralité. C’est comme dans le régime fascistes, les camps de concentration et les morts. On ne peut pas parler de ces sujets d’une telle atrocité en étant neutres mais en étant des êtres humains. Au Bélarus nous savons aujourd’hui que la torture est pratiquée. On ne peut pas mettre en relief la deuxième parole, qui est de la propagande, alors qu’on sait qu’il y a de la torture. La vérité te transforme et tu ne peux pas rester neutre.

Violetta Savchits

Violetta Savchits : Je garde toujours ma neutralité. J’essaye toujours de donner la parole à l’autre camp, y compris aux officiels. Je reconnais que c’est très injuste de quitter mon pays, mais j’essaie de ne pas infecter mon éthique journalistique. Bien sûr il impossible d’être neutre face à certaines situations comme la torture, mais, en même temps, si tu travailles avec les émotions tu ne peux pas donner la bonne information. Il y a toutefois un obstacle qui nous empêche de respecter cette éthique. On ne peut pas obtenir d’information officielle sans masquer notre identité. Est-ce qu’on ne peut pas franchir cette ligne pour s’adresser à eux sans s’exposer et prendre le risque? Autrement dit, qu’est ce qui est le plus important l’information ou l’éthique? C’est une question.

Kseniya Halubovitch

Kseniya Halubovitch : Un jour, la police m’a montré une vidéo de manifestants légèrement armés. La police voulait voir ma réaction, me provoquer. Je leur ai dit que vous êtes en train de me montrer une partie des évènements et que je ne peux pas répondre puisqu’on ne voit pas les scènes d’avant. Il est important de donner une information large et globale. Sans le contexte, la réception de l’information sera incorrecte et chacun l’utilisera à sa guise et afin de servir ses propres fins.

 

(*) Un grand merci à Alice Syrakvash, co-présidente de la Communauté des bélarusses à Paris, qui a assuré l’interprétariat de cet entretien.

 

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BELARUS. Svetlana Tikhanovskaïa reçue à la Maison des journalistes (vidéo)

Depuis la Maison des journalistes (MDJ), elle appelé Emmanuel Macron à prendre des « mesures décisives pour résoudre la crise bélarusse”. Vidéo : Ahmad Muaddamani, journaliste syrien résident de la MDJ.

 

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BELARUS. Svetlana Tikhanovskaïa sollicite Emmanuel Macron depuis la Maison des journalistes

Reçue récemment par Angela Merkel, Joe Biden et Boris Johnson, Svetlana Tikhanovskaïa choisit d’interpeller Emmanuel Macron depuis la Maison des journalistes (MDJ) accueillant des journalistes réfugiés et demandeurs d’asile.

Devant une salle comble, la conférence de presse “Droit d’informer et droits fondamentaux au Bélarus” s’est tenue mercredi 15 septembre à la Maison des Journalistes (MDJ). L’événement s’inscrit dans le cadre de l’exposition « Si près, si proche : Bélarus, un an de lutte vue par les photojournalistes[1]» organisée par, la MDJ, la Communauté des Bélarusses à Paris, l’Institut Polonais de Paris et l’Ambassade de Lituanie en France.

Darline Cothière, directrice de la MDJ, ouvre cette rencontre en soulignant la symbolique de la date et du lieu. Coïncidant avec la journée internationale de la démocratie, cette rencontre est une opportunité pour “mettre en lumière la situation des droits humains au Bélarus et de rappeler l’importance de la démocratie pour l’équilibre de nos sociétés”. Darline Cothière relie ensuite les journalistes réfugiés accueillis à la MDJ aux exilés bélarusses. Accueillir ces femmes et hommes dans ce lieu emblématique, la Maison des journalistes, renvoie aux 210 250 personnes ayant abandonné le Bélarus en 2020 pour fuir la dictature.

Darline Cothière. © Ahmad Muaddamani

Faire entendre la voix des biélorusses en France et dans le monde

Les regards et les projecteurs se sont ensuite tournés vers l’opposante Svetlana Tikhanovskaïa, ancienne candidate à l’élection présidentielle d’août 2020 et épouse du célèbre youtubeur emprisonné Sergueï Tikhanovski. Cette professeure d’anglais est la bête noire du régime de Loukachenko, “le dernier dictateur d’Europe”.

Depuis son exil en Lituanie où est établi son QG, Svetlana Tikhanovskaïa tente d’organiser l’opposition en multipliant les déplacements et les “tournées diplomatiques”. Reçue récemment par Angela Merkel, Joe Biden et Boris Johnson, elle est arrivée mercredi dernier à Paris pour deux jours.

© Karzane Hameed

Depuis la Maison des journalistes, elle appelle la France et Emmanuel Macron à prendre des « mesures décisives pour résoudre la crise bélarusse”. Elle estime que “la voix forte” de la France au sein des instances internationales, -comme l’Organisation des Nations Unies, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) ou encore le Conseil de l’Europe et de l’Union Européenne-, est capable de faire de la question du Bélarus, “une des principales priorités de la politique mondiale”. Si Svetlana Tikhanovskaïa, alerte sur la répression exercée par le régime en place dans son pays, elle s’inquiète surtout de l’oubli de la cause des Bélarusses.

Arnaud Ngatcha, adjoint à la Mairie de Paris en charge des Relations internationales et de la Francophonie, et Jean-Luc Romero-Michel, adjoint à la Mairie de Paris en charge des droits humains, de l’intégration et de la lutte contre les discriminations, ont salué le travail de la Maison des journalistes tout en réaffirmant le soutien de la Mairie de Paris.

Arnaud Ngatcha et Jean-Luc Romero-Michel. © Ahmad Muaddamani

Romero-Michel considère que la question bélarusse est un sujet qui a été “malheureusement un peu oublié car une crise en fait partir une autre, aujourd’hui on a été très focalisé sur l’Afghanistan” tout en rappelant l’importance que les parisiens sachent ce qui se passe dans ce pays qui est “le seul sur notre continent qui légalise encore la peine de mort”. 

Michel Eltchaninoff. © Karzane Hameed.

Le journaliste et philosophe Michel Eltchaninoff va dans le même sens et qualifie la situation de “non-assistance d’un peuple en danger”. Il pense qu’il est important de s’interroger également sur “l’indifférence et l’impuissance” face à la situation terrible vécue par les Bélarusses. Mais “l’impuissance est souvent le produit de l’indifférence” conclut-il.

Christophe Deloire. © Ahmad Muaddamani

Secrétaire général de Reporters Sans Frontières, Christophe Deloire a salué le travail de Darline Cothière et d’Albéric De Gouville (président de la MDJ) via cette exposition. “La Maison des journalistes est aussi un lieu de mobilisation” affirme-t-il. Le Bélarus est le pays le plus dangereux en Europe pour les journalistes. Le pays occupe la 158ème position dans le classement mondial de Reporters Sans Frontières.

A tour de rôle, les intervenants ont dressé le bilan accablant du régime de Loukachenko vis-à-vis de sa population et des droits de la presse.

[1] Découvrez les œuvres de 7 photojournalistes bélarusses sur les murs de la Maison des Journalistes du 9 septembre au 21 octobre 2021 et à partir du 15 septembre sur les grilles du jardin Villemin Mairie du 10ème arrondissement de Paris.

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BIÉLORUSSIE. Une exposition photo pour soutenir la liberté

En présence de Darline Cothière, directrice de la Maison des journalistes, Nerijus Aleksiejunas, ambassadeur de Lituanie en France, Anna Bilos, directrice de l’Institut Polonais de Paris, et Alice Syrakvash, co-présidente de la Communauté des bélarusses à Paris, le vernissage de l’exposition photo « Si près, si proche : Bélarus – un an de lutte vue par les photojournalistes » a eu lieu jeudi dernier à la Maison des journalistes (MDJ). 

Cette exposition, ouverte au public jusqu’au 21 octobre 2021, met à l’honneur le regard de sept photojournalistes bélarusses sur la situation politique dans leur pays. Reportage vidéo réalisé par Ahmad Muaddamani, journaliste syrien résident de la Maison des journalistes.

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La France en passe de lâcher le gouvernement de Brazzaville ?

Anatole Collinet Makosso

Une forte délégation gouvernementale du Congo-Brazzaville, conduite par son premier ministre, Anatole Collinet Makosso, arrive à Paris le 23 août pour faire la manche. Mais selon des observateurs avertis de la vie politique franco-congolaise, des nuages épais qui planeraient sur les deux pays, et d’autre part la crise socio-économique et sanitaire que traverse l’Occident, ne militent pas en faveur de cette délégation qui risque de percevoir au cours de son aumône moins de dividende que ce qu’elle espérait récolter.

Nonobstant leur hold-up électoral perpétré le 22 mars 2021 et les relations diplomatiques entretenues entre le Congo avec la Russie, la Chine, la Turquie, mais aussi les dons et legs reçus çà et là, M. Sassou et ses lieutenants n’arrivent toujours pas à sortir le Congo du gouffre. Ce pays traverse une période de récession sans pareil. Tous les indicateurs financiers sont au rouge. L’arrivée de la mission gouvernementale congolaise à Paris en France va-t-elle permettre de débloquer certains accords financiers remis aux calendes grecques depuis belle lurette ?

Pour « déblayer » le terrain, quelques lobbies et autorités politico-administratives congolais et des ministres Antoine Nicéphore Fylla Saint-Eudes et Thierry Lezin Moungalla, sont déjà à Paris. La tâche est difficile car, selon certaines indiscrétions, ces deux mousquetaires et autres sont en France non pas seulement pour prendre des contacts préliminaires avec les autorités françaises concernées par la mission du premier ministre congolais, mais aussi pour des soins médicaux. Si cette dernière thèse est vérifiée, il est normal que ces deux hommes politiques congolais s’y rendent, car, le Congo-Brazzaville est dépourvu des plateaux techniques médicaux complets.

Ces hommes politiques qui ont développé, depuis leur entrée au gouvernement, un penchant à se considérer comme le centre du monde, brillent par l’indifférence notoire vis-à-vis des difficultés et des souffrances auxquelles les populations sont confrontées avec beaucoup d’acuité. Ce n’est un secret pour personne. Ces nouveaux riches n’hésitent pas à faire main basse sur les fonds publics pour satisfaire leurs intérêts égoïstes. Pour se requinquer, ils sont admis dans les hôpitaux de renom d’Europe. Et souvent, leurs séjours médicaux répétés sont rendus possibles par l’argent du contribuable congolais.

Par ailleurs, les lobbies maçonniques, mais aussi d’affaires, qui devaient influencer certaines sphères de décisions grâce au congolo-zaïrois, Nick Fylla, sont en déroute depuis le départ du pouvoir de Nicolas Sarkozy, du Vénérable Très Grand Recessime Maitre Jean François Stifani y compris les rivalités fraternelles auxquelles des adeptes des loges sont exposés qui les caractérisent actuellement.

Il en est de même pour Thierry Lézin Moungalla et sa patronne, Claudia Lemboumba Sassou Nguesso, chargée de la communication et des relations publiques à la présidence de la République du Congo. Claudia Sassou-Nguesso et Lézin Moungalla n’ont pas pignon sur rue. Ils peinent à vendre l’image de leur pays, malgré les millions d’euros qu’ils sortent du trésor public congolais, et les manœuvres intempestives et maladroites de propagande qu’ils mettent en place pour redorer le blason terni de Sassou et du Congo à cause de certains problèmes qui fâchent. Ensuite, les deux communicateurs en chef de M.Sassou doivent solder le contentieux qu’ils ont créé, en refusant aux observateurs occidentaux et à certains journalistes, dont Florence Morice de RFI, d’avoir un œil sur déroulement de la présidentielle de mars 2021.

Ce scrutin a été purement et simplement, pour une énième fois, un hold-up électoral. Il a emporté, le même jour, Guy Brice Parfait Kolelas, challenger de Sassou Nguesso. La dépouille mortelle est toujours en dépôt à l’Institut médico-légal de Paris, depuis le 22 mars 2021 pour des recherches approfondies sur les causes de son décès. 

Du coup, les minimes chances de succès de cette délégation gouvernementale reposent désormais sur les épaules des ministres, Denis Christel Sassou NGuesso, soutenu par quelques membres du MEDEF, Roger Rigobert Andely, qui n’est pas trop pointé du doigt dans des scandales. Mais, les business français ont-ils vraiment oublié le scandale de 2010 concernant les détournements de fonds de la Banque des États de l’Afrique centrale et des obligations de la BSCA (Banque sino-congolaise pour l’Afrique), où il a été respectivement, vice-gouverneur et président du Conseil d’administration ?

Une nouvelle chance pour le Congo ?

Oui, la mission est difficile et délicate, mais, rien n’est impossible à celui qui croit. Certains hommes politiques congolais se disent confiants à l’issue heureuse des rencontres qui auront lieu. Un haut responsable du Quai d’Orsay qui s’est confié à nous, a exprimé également son optimisme quant à la réussite de la mission congolaise. Il avoue que la France, stratégiquement, n’a aucun intérêt à perdre le Congo, après les tensions qui ont été récemment observées en Centrafrique, au Mali, etc. En Afrique centrale, le Congo-Brazzaville est, économiquement, le 3ème client de la France avec un solde commercial excédentaire en 2020, estimé à 215 M euros. En sus, le patronat français qui est plus ou moins indépendant devrait donner une nouvelle chance au Congo, par le gouvernement Makosso, s’il s’engage à assainir le climat des affaires et à œuvrer pour la réduction des dépenses de prestige. D’ailleurs, le chef du gouvernement actuel qui est bien connu dans des milieux français, pour ses publications littéraires et scientifiques, mais aussi par ses différentes initiatives en faveur du rétablissement de la paix dans plusieurs pays, bénéficie donc d’une forte admiration.

Les institutions internationales, comme la Banque Mondiale, l’Unicef, l’Unesco, par exemple, qui l’ont accompagné pendant qu’il était ministre de l’Enseignement connaissent bien l’homme. « Pourvu que la lutte contre la corruption et la dilapidation des fonds publics soit une grande priorité pour son gouvernement, y compris l’éradication de la pandémie Covid-19 », a renchéri ce cadre du Quai d’Orsay.

Certes, Anatole Collinet Makosso est un homme de dialogue. Il voyage, constamment, dans des vols commerciaux, entre Pointe-Noire et Brazzaville, une manière pour lui de respecter, tant soit peu, la règle d’orthodoxie financière. Mais, tout homme sorti du moule de Sassou Nguesso est un potentiel danger. La preuve, voyons comment Collinet Makosso opérera sa transmutation. Restera-t-il comme le bois qui ne se transforme pas, même après un long séjour dans l’eau ? Laissons le temps au temps. Ses prédateurs sont en ordre de bataille, parce qu’ils souhaitent son échec. C’est un secret de polichinelle. Selon nos indiscrétions, ils se donnent déjà des tacles et militent pour faire échec à cette mission au MEDEF, auprès de l’État français et à l’union européenne.

Ghys Fortune BEMBA-DOMBE, journaliste congolais, ancien résident de la Maison des journalistes (MDJ). Auteur du livre « De l’Enfer à la Liberté » (2019)

 

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FRANCE-MAROC. Hicham Mansouri de la Maison des journalistes parmi les cibles du logiciel espion Pegasus

“Le téléphone d’Hicham Mansouri a été infecté à une vingtaine de reprises via le logiciel espion Pegasus, entre février et avril 2021” selon l’analyse technique réalisée par Security Lab d’Amnesty International, en partenariat avec le consortium Forbidden Stories.

Chargé d’édition au sein de la Maison des journalistes, Hicham Mansouri est parmi les cibles des autorités marocaines via le logiciel espion israélien Pegasus. Réfugié en France depuis 2016 et ancien résident de la Maison des journalistes, Mansouri n’est pas totalement à l’abri d’un pouvoir de plus en plus répressif (lire son témoignage “Maroc. « Comment j’ai été tracé à Vienne par Pegasus » publié dans Orient XXI dont il est membre de rédaction). “Le téléphone d’Hicham Mansouri a été infecté à une vingtaine de reprises via le logiciel espion Pegasus, entre février et avril 2021” selon l’analyse technique réalisée par Security Lab d’Amnesty International, en partenariat avec le consortium Forbidden Stories. Voici le reportage de Forbidden Stories réalisé par Phineas Rueckert (traduit de l’anglais par Clément Le Merlus) sur son cas. 

Loin des yeux, mais pas hors d’atteinte

Les murs de son bureau à la Maison des Journalistes sont couverts d’affiches de Reporters Sans Frontières et d’autres organisations de défense de la liberté de la presse. Hicham Mansouri vivait auparavant dans le bâtiment, qui sert à la fois de lieu d’exposition et de résidence pour les journalistes réfugiés. Il a depuis déménagé mais partage toujours un petit bureau au rez-de-chaussé où il se rend trois fois par semaine.

Avant de discuter avec Forbidden Stories, le journaliste marocain éteint le portable qu’il a emprunté et le plonge au fond de son sac à dos. Une analyse scientifique de son téléphone précédent, réalisée par le Security Lab d’Amnesty International, a montré qu’il a été infecté par Pegasus plus de vingt fois sur une période de trois mois, de février à avril 2021.

Journaliste d’investigation indépendant et co-fondateur de l’Association Marocaines des Journalistes d’Investigation (AMJI), Hicham Mansouri rédige actuellement un livre sur le trafic de drogue illégal dans les prisons marocaines, lui qui a fui son pays en 2016 en raison des nombreuses menaces physiques et judiciaires à son encontre.

En 2014, il est roué de coups par deux agresseurs anonymes alors qu’il quitte un rendez-vous avec d’autres défenseurs des droits humains, dont Maati Monjib, qui a plus tard, lui aussi, été ciblé par Pegasus. Un an après, des agents du renseignement armés perquisitionnent sa maison dès 9h et le trouvent dans sa chambre en compagnie d’une amie. Ils l’ont alors entièrement déshabillé et arrêté pour « adultère », ce qui est un crime au Maroc. Hicham Mansouri passe dix mois dans la prison de Rabat. Sa cellule est celle réservée aux criminels les plus dangereux et les autres détenus le surnomment « La Poubelle ». Au lendemain de sa libération, il saute dans un avion pour la France où il demande et obtient l’asile. En juin 2016, Hicham Mansouri et six autres journalistes et activistes de ce projet sont accusés de « menacer la sécurité intérieure de l’Etat » en ayant organisé ce programme [condamné à une année de prison ferme par accoutumance]. 

Cinq ans plus tard, Hicham Mansouri découvre qu’il est toujours une cible du gouvernement marocain. « Tous les régimes autoritaires voient le danger partout », dénonce-t-il auprès de Forbidden Stories. « On ne se considère pas dangereux parce qu’on fait ce que l’on pense être légitime. On sait que l’on est dans notre droit. Mais pour eux nous sommes dangereux. Ils ont peur des étincelles parce qu’ils savent qu’elles peuvent mettre le feu. »

Au moins 35 journalistes basés dans 4 pays ont été sélectionnés comme cibles par le Maroc, selon l’enquête publiée aujourd’hui. Nombre des journalistes marocains sélectionnés comme cibles ont été à un moment donné arrêtés, diffamés ou ciblés d’une certaine manière par les services de renseignement. D’autres, en particulier les rédacteurs en chef Taoufik Bouachrine et Souleimane Raissouni, sont actuellement en prison pour des accusations que les organisations de défense des droits humains prétendent être instrumentalisées avec pour objectif d’écraser le journalisme indépendant au Maroc.

Dans une déclaration à l’attention de Forbidden Stories et ses partenaires, les autorités marocaines ont écrit qu’ils « ne comprennent pas le contexte de la saisine par le Consortium International de Journalistes » et que les autorités sont toujours « dans l’attente de preuves matérielles » pour « prouver une quelconque relation entre le Maroc et la compagnie israélienne précitée. »

Réponse des autorités marocaines 

Les autorités marocaines ont répondu à Forbidden Stories qu’il n’existait pas de preuve qu’elles étaient clientes de l’entreprise NSO. L’entreprise NSO n’a pas répondu aux questions de Forbidden Stories concernant des attaques spécifiques mais a déclaré qu’elle « continuerait à enquêter sur toutes les allégations crédibles d’utilisation abusive et prendrait les mesures appropriées en fonction des résultats de ces enquêtes ».



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