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RD Congo-Rwanda, à l’heure de vérité biaisée

Une information remplace vite une autre. Si vite. Il n’en sera pas ainsi du désir commun des présidents rwandais Paul Kagame et congolais Félix Tshisekedi de « tourner la page » d’un passé lourd de sang versé, de cris des femmes violées, de vies à jamais détruites. Par dizaines de milliers.

Un passé qui dure près d’un quart de siècle. Au détriment des populations congolaises, humiliées. Un passé qui demeure une vraie plaie à vif dans leur mémoire collective. Un tel passé ne s’efface pas d’un revers de main.

Les deux présidents s’exprimaient ainsi à Gisenyi au Rwanda et à Goma au Congo, respectivement vendredi 25 et samedi 26 juin 2021.

On ne peut commenter avec justesse cette information, sans la ramener, en gros, autant dans son cadre contextuel historique que dans celui des agendas politiques, « cachés », de chacun des deux hommes.

Car, il n’existe pas de vérité politique, toute nue, sans un sens biaisé. Le sociologue Max Weber ne dit pas autre chose, dans son ouvrage « Le savant et le politique », quand il affirme que les « vertus politiques ne sont pas compatibles avec les vertus scientifiques ». C’est que, ici, on peut mentir, là-bas, on cherche la vérité.

Les relations exécrables entre Kigali et Kinshasa commencent, masquées, en 1996. Le président Pasteur Bizimungu, le prédécesseur de Kagame, appelle alors à la convocation d’une deuxième Conférence internationale de Berlin, afin de revoir les frontières de l’Afrique. Allusion faite à l’est de la RD Congo, qui appartiendrait au Rwanda. Il s’agit là d’un irrédentisme manifeste (réclamation d’annexion des territoires), proche de la provocation.

Politique de « petits pas »

En dépit de tout, les présidents rwandais Kagame, l’ougandais Museveni et le rebelle congolais Laurent Kabila se joignent, pour mettre à bas, militairement, le régime dictatorial de Mobutu, visiblement détesté par les Américains. 

En mai 1997, Kinshasa tombe, mais une année après, les violons ne s’accordent plus entre partenaires, dont chacun a un agenda caché. Le Rwandais dans son projet d’extension territoriale, ainsi que la subtilisation des minerais précieux, l’Ougandais plus pour cette deuxième préoccupation et le Congolais pour un règne libéré du joug, surtout, du partenaire rwandais. Pour ce faire, il les congédie tous sans ménagement, en juillet 1998.

La situation fait des vagues, surtout du côté rwandais. A Kigali, où on croyait être en mesure de longtemps manipuler Laurent Kabila, pour mener à bon port leur projet d’annexion par une politique de « petits pas », il leur fallait imaginer une autre stratégie. Ils en vinrent ainsi à l’idée d’allumer le feu dans les deux provinces du Kivu, partie qui les intéresse. Avec l’espoir de parvenir à long terme à l’annexion de ce territoire, par voie référendaire. Le cardinal Ambongo, archevêque catholique de Kinshasa, l’atteste, après y avoir effectué une visite pastorale.

Le président rwandais s’était-il déjà départi de ce projet, pour inaugurer aujourd’hui une ère nouvelle d’harmonie dans les relations entre les deux pays ? Pas si sûr. La posture du président congolais, elle, est des plus simples à analyser. Arrivé au pouvoir par fraude électorale, sous la supervision indirecte de Kagame, c’est l’homme-lige au pouvoir de Kigali. En béni-oui-oui.

« Tournons la page », ont-ils dit. Vérité biaisée ! Car, Tshisekedi possède aussi son agenda caché. Celui de berner son peuple, en attente du vote en 2023. 

Jean-Jules LEMA LANDU

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

D’autres articles 

Le Séparatisme en France et en Afrique

La loi contre le «Séparatisme» continue à soulever une kyrielle de polémiques en France et dans ses ex-colonies qui calquent leurs textes institutionnels sur la « mère patrie ». 

Après avoir rejeté 300 amendements et 144 adoptés sur 2700 déposés en commission, les locataires du palais Bourbon ont passé au crible 51 articles du projet de la loi contre le séparatisme. Au nombre de ces articles, trois continuent à susciter des polémiques : l’article 44 adopté mardi 16 février 2021 qui donne le feu vert aux préfets de fermer pour deux mois les lieux de culte où sont incités la haine ou la violence et l’article 6 qui se penche sur le contrôle renforcé des associations, sur une meilleure transparence des cultes et de leur financement. Et, enfin, l’article sur la lutte contre la polygamie ou les mariages forcés soutenu par la ministre Marlène Schiappa. Le premier est jugé partial par nombre des députés dont Stéphane Pen qui ne comprend pas pourquoi, « quand on a un curé pédophile on ne ferme pas l’Église ». L’exécutif, représenté par le ministre de la justice Eric Dupond Moretti, Jean Michel Blanquer de l’enseignement et Gérald Darmanin de l’Intérieur pensent que ce texte, voulu par Emmanuel Macron, « conforte le respect des principes de la République ». Cette disposition étend le champ d’une loi de 2017 qui prévoit de telles mesures dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Pour le second, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin a expliqué vouloir encourager les cultes à ne pas dépendre de « financements étrangers » comme le prévoit « l’esprit de la loi 1905 ». L’Exécutif suggère la possibilité d’exploiter des « immeubles de rapport » acquis à titre gratuit pour en tirer des revenus. Cette loi scrutée au Sénat depuis le 30 mars 2021 a des similitudes avec les instruments juridiques mis sur pied dans plusieurs pays africains pour lutter contre le terrorisme (sauf  l’article sur la polygamie que les populations de ce continent rejettent pour la plupart). Claude Muhamad qui fréquente la mosquée de Paris pense que si le mariage homosexuel a été autorisé, alors, interdire la polygamie qui est scripturaire fait de la France laïque et libertaire, injuste et dictatrice. Elle veut donc d’une chose et de son contraire, poursuit-il. Certains partisans de droite par contre parlent d’une loi insuffisante puisqu’elle ne s’attaque pas suffisamment à l’islam radical bien qu’elle soit minoritaire.

Un policier de Tracfin – qui a requis l’anonymat et qui enquête sur le fonctionnement des communautés religieuses, révèle que l’article sur les finances ne peut mettre en difficulté des associations de petite ou grande taille. Il cite en exemple, la jeune église évangélique, Impact Centre Chrétien à dominance afro antillaise, grâce aux cotisations des membres, elle participe à la formation des jeunes aux nouveaux métiers et aux œuvres caritatives dans la francophonie. Par une gestion rigoureuse, lesdits membres ont pu mobiliser la bagatelle de près de 29 millions d’euros pour construire le plus grand complexe évangélique d’île de France qui sera inauguré en 2021. En dehors d’I.C.C qui construit des mega-temples à travers le monde et assiste plus d’une personne par la règle de cotisations et dons des membres, ce flic cite également, les Mormons qui ont bâti près du château de Versailles un sanctuaire à hauteur de 60 millions d’euros par la règle des dimes. Bien que victimes quelques fois des signalements, mais ces communautés sont toujours blanchies au finish. Pourquoi alors crier si l’on ne se reproche de rien ? Conclu ce flic.

En définitive, il convient de voir que, partout ailleurs au monde, la révision des lois contre le terrorisme, la lutte contre les atteintes à la citoyenneté ou au repli identitaire, a toujours suscité des polémiques des tiers qui dénoncent des atteintes aux libertés (d’expression, de culte et d’association).

Ghys Fortune BEMBA-DOMBE, journaliste congolais, ancien résident de la Maison des journalistes (MDJ). Auteur du livre « De l’Enfer à la Liberté » (2019)

 

D’autres articles sur l’Afrique

Les non-dits sur la messe françafrique du 17-18 et l’énigme Sassou

La France, craignant de perdre son pré-carré face à la Chine qui dicte de plus en plus la loi à travers ses investissements en Afrique et la Russie qui occupe le terrain militaire, ainsi que l’incontournable “dictateur-pyromane-pompier”, Sassou Denis, a lancé un appât les 17-18 mai 2021 sous le couvert du sommet sur la relance des économies africaines. 

Le 15 avril 2021, 18 dirigeants africains et européens ont publié une tribune pour affronter les conséquences de la crise sanitaire et économique consécutives à la Covid-19 en Afrique. Bondissant sur l’occasion, le président français Emmanuel Macron, qui meuble son bilan, appelait le 27 avril 2021 à “un New Deal”  pour “aider” les économies africaines dont les mécanismes de financement devraient être discutés au cours d’un sommet regroupant divers acteurs du 17 au 18 mai 2021.

Quelques jours après, la France passait à l’acte en invitant des pays et organisations internationales à participer à ce conclave. Ont été invités en présentiel : le Fonds monétaire international (FMI), la République démocratique du Congo (RDD), l’Angola, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, l’Egypte, l’Ethiopie, le Ghana, le Mali, la Mauritanie, le Mozambique, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal, le Soudan, le Togo, le Tchad, la Tunisie, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Chine et en visioconférence : les Pays-Bas, l’Allemagne, le Japon, le Kenya, la Tanzanie, l’Afrique du Sud, l’Organisation des Nations unies (ONU), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Banque mondiale ainsi que plusieurs banques publiques internationales.

A la dernière minute, la France qui n’avait pas inscrit les mauvais élèves de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) à ce sommet, révise sa copie en conviant cette fois-ci, l’incontournable et l’indéboulonnable dictateur-pyromane-pompier Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville qui martyrise son peuple et tire des ficelles çà et là selon des sources concordantes. Dans la foulée, le président Sassou prend langue avec ses pairs Macky Sall, Félix Tshisekedi-Tshilombo et Faure Eyadema descendu en express à Brazzaville le 15 mai pour mettre en place une stratégie commune. Ce même jour, le colonel-Ambassadeur-directeur national du protocole congolais se plie en quatre pour le déplacement d’une petite délégation en France. Ali Bongo Ondimba, chef d’Etat gabonais par contre, se rend  au Royaume Uni. Le Camerounais Paul Biya hésite à se rendre en Europe depuis qu’il a été exposé à la vindicte populaire par les Occidentaux lors de son dernier séjour et il est toujours hanté par la mort d’Idriss Deby Itno alors qu’il rentrait d’une invitation à Brazzaville. Le centrafricain est en froid avec la France.   

Les grands axes du Sommet

Mardi 17 mai dès 9h00 GMT, des délégations, en format réduit dû au respect de mesures barrières, amorcent leur arrivée au Grand Palais Ephémère à Paris. Et à 11h00 GMT débute le sommet sur le financement des économies africaines clôturé le 18 mai 2021 par une conférence de presse animée conjointement par les présidents Emmanuel Macron,  Macky Sall, Félix Tshisekedi-Tshilombo de l’Union africaine et la Directrice générale du FMI Kristina Georgieva.

 

Ce sommet qui a regroupé une trentaine de chefs d’Etat et de gouvernement, ainsi que des dirigeants d’organisations internationales et quelques rares individualités, a tracé au cours de deux sessions de discussions, les grands axes de financement et de traitement de la dette publique et privée africaine jusqu’en 2023. 

Ladite dette avait pourtant baissé suite à l’initiative du FMI avec la Banque mondiale, avant de remonter en flèche entre 2006 et 2019, passant de 100 à 309  milliards de dollars par le fait de la gestion peu orthodoxe des pays d’Afrique, couplée à la crise sanitaire liée au Covid-19. Ainsi, les participants se sont convenus de la réaffectation des réserves du FMI « droits de tirages spéciaux » des pays riches vers les pays en développement qui sont exposés à un déficit de financement de 290 milliards de dollars d’ici 2023 nonobstant les prévisions de croissance de 4% du continent en 2022. S’il est vrai que le président Macron s’est  référé au « New Deal » mis en place par le président américain Franklin Roosevelt pour lutter contre la grande dépression des années 1930, cependant les initiés se demandent si l’Afrique va en tirer profit. Tenez ! Le FMI devrait décaisser 650 milliards de dollars pour les Africains mais 34 milliards de dollars seulement de ressources ont été actés, à la dernière réunion des ministres des finances et des gouverneurs du G20 et au sommet du 18 mai, qui leur seront attribués en juin 2021 via les DTS (droits de tirage spéciaux). Pire, ces 34 milliards devraient encore revenir aux Occidentaux par l’achat des produits de base et de matériel médical. Cela ressemble à “un usurier qui vous donne petit par la main gauche pour vous retirer gros par la main droite” ou encore, un “féticheur qui vous guérit d’une maladie mais vous colle un autre démon qui vous torture sur divers plans malgré la facture que vous payez”.

Les à-côtés du sommet

En marge de ce sommet, des audiences et des concertations ont eu lieu entre le 16 et le 20 mai. Les négociations du Soudan avec la France par exemple ont abouti à l’annulation de sa dette et d’un accompagnement. les cinq chefs d’Etat et de gouvernement du G5 Sahel ont tenu un mini-sommet le 16 mai 2021 à l’hôtel Péninsule où ils ont dégagé une position commune sur les moyens de lutter efficacement contre le terrorisme. M. Sassou a reçu à l’hôtel le Bristol le 18 mai entre 10 et 14h30, Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco, Patrick Pouyanné, Pdg de Total, Cyril Bolloré, gérant statutaire du groupe Bolloré et Rachida Dati, maire du VII arrondissement de Paris. L’affront tant redouté par plus d’une personne à l’arrivée de M. Sassou, de la délégation tchadienne et autre n’a pas eu lieu. Toutes ses rencontres se sont déroulées en toute sérénité même quand d’infimes activistes se sont agités. Cela confirme que les intérêts diplomatiques et économiques ont primé sur le maintien des putschistes au Tchad et sur l’affaire Guy Brice Parfait Kolelas dont l’examen approfondi des conclusions confirme, le décès survenu le 21 et non le 22 mars 2021, ce qui reste un boulet sur le pied du pouvoir du Congo.

L’expert Lefort que nous avons interrogé au sortir de ce sommet nous avoue que, certes, la France offre des opportunités au Sud, cependant, le salut de l’Afrique ne viendra pas de la France mais, des Africains eux-mêmes. Par conséquent, ces derniers doivent transformer ou fabriquer des produits sur place, comme le propose Félix Tshisekedi pour les vaccins contre la covid-19. Mais pour obtenir les résultats escomptés, les africains doivent miser sur la formation tout en bannissant le tribalisme, qui est un frein au développement, au profit de l’amour, le patriotisme, la solidarité et par-dessus, chercher à rapatrier les fonds planqués dans divers paradis fiscaux pour le mieux vivre ensemble. 

Ghys Fortune BEMBA-DOMBE, journaliste congolais, ancien résident de la Maison des journalistes (MDJ). Auteur du livre « De l’Enfer à la Liberté » (2019)

 

D’autres articles sur l’Afrique

Annuler la dette de l’Afrique. Et après ?

Les rencontres ayant traité du financement des économies et de la dette de l’Afrique sont légion. Et, ce ne sera pas forcer le trait que de dire celle convoquée, à Paris en l’unique journée du 18 mai, par Emmanuel Macron, président français, en est une de trop. Juste, pour souligner que l’argent chaque fois sorti – et c’est beaucoup d’argent -, a moins profité au développement du continent noir, qu’à enrichir ses dirigeants.

Qu’à cela ne tienne. Le Covid-19, cette déferlante sanitaire qui terrasse les Terriens, oblige l’humanité à la solidarité sans faille. L’idée émerge, l’an dernier, parmi les pays riches du monde. Ils prévoient la débâcle économique des pays africains subsahariens, à juste titre, et parlent de financer la relance post Covid-19, sans alourdir le fardeau de leur dette. C’est dans ce sens, en première itération, qu’il faut comprendre la volonté du président Macron de créer une occasion de son New Deal avec l’Afrique. Autrement dit, une autre manière – positive -, de pratiquer la coopération.

A Paris, l’Afrique était représentée par 19 pays, dont le président congolais Félix Tshisekedi, président en exercice de l’Unité africaine (UA), le Sénégalais Macky Sall, l’Angolais Joao Lourenço et autres le Rwandais Kagame, tandis que du côté des créanciers, ils étaient presque tous au rendez-vous. Tant au niveau des pays que des institutions internationales (Etats-Unis, Chine, Union européenne, Fonds Monétaire International, Banque Mondiale…).

“Journée économique africaine”, donc ou, comme à l’accoutumée, plutôt, nouvelle séance de perfusion pour cette Afrique moribonde ! Au premier abord, le regard devait être porté sur le continent impacté par la pandémie, ce maelström (sans doute passager) et, accessoirement, sur la dette. Pathologie de longue durée.

 

Crotté jusqu’aux genoux

Contre la première, l’Afrique n’y pouvait rien. Solution : recours aux DTS (Droits de tirage spéciaux). En termes simples, ce sont des chèques convertibles, garantis par la réserve internationale de 183 pays membres au sein du Fonds Monétaire International (FMI). La part de l’Afrique, dans les 650 milliards de dollars à allouer, est mince : 34 milliards, au lieu de 250 milliards minimum. D’où la proposition de Macron, faite aux pays nantis de « réallouer » leurs DTS à l’Afrique. Encore une dette !

Quant à la dette, proprement dite : allégement ou suppression ? Un sursis est accordé jusqu’à la prochaine rencontre du G 20 (groupe de pays riches associés à certains pays du Sud).

De cette dette dans laquelle le continent est crotté jusqu’aux genoux, avec 365 milliards de dollars. Qu’a-t-on fait avec ce montant abyssal ? Surtout, en Afrique noire, où la majorité des populations vivent avec moins d’un dollar par jour. Pourtant, Jean-Ferdinand Céline (1894-1961), un écrivain français, affirme que « l’on ne meurt pas de dette, on meurt de ne plus pouvoir en faire ».  C’est à quoi Dambisa Moyo, économiste de renom zambienne, dans un ouvrage intitulé “L’aide fatale”, rétorque que « l’Afrique marche sur du sable mouvant ».

 

Comment en sortir ? Le défi est lancé à Jean-Christophe Gallien, politologue et communicant, dont l’optimisme au zénith va jusqu’à dire : « Au-delà des messes diplomatiques, Paris, 55e capitale du continent, doit devenir celle d’une nouvelle finance africaine ».

Au fait, annuler la dette, c’est recommencer la dette. Cercle vicieux.

Jean-Jules LEMA LANDU

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

D’autres articles sur l’Iran

De Gouville : Le jour où j’ai rencontré Sankara

Figure révolutionnaire africaine, Thomas Sankara (1947-1987) est considéré comme le « père de la révolution » au Burkina Faso (ancienne république de Haute-Volta). Président du Conseil national révolutionnaire et chef de l’État de facto pendant quatre ans (1983 – 1987),  il est assassiné le 15 octobre 1987. A ce jour, plusieurs zones d’ombres persistent concernant sa mort ainsi que son personnage. 

Albéric De Gouville, rédacteur en chef de France 24 et vice-président de la Maison des journalistes, est l’un des derniers journalistes à avoir interviewé le « Che Guevara africain ». Retour sur cette rencontre dans une interview réalisée par Mamadou Bhoye Bah pour L’œil de la MDJ.

 

D’autres articles sur l’Iran

Covid-19 : l’Afrique en passe de lâcher prise?

Nombre d’observateurs prévoyaient les ravages du Covid-19 en Afrique. Ces prophéties ne s’étant pas réalisées totalement, les Africains ont cru disposer, à leur avantage, de jours moins lugubres que d’autres continents. Ils pensaient qu’il en serait ainsi, jusqu’à la disparition totale du virus. C’était sans compter avec la capacité de celui-ci à revenir par vagues successives et à muter. Et, même, pourquoi pas, à resurgir un jour ici et là, comme c’est le cas d’Ebola.

Nombre d’observateurs prévoyaient les ravages du Covid-19 en Afrique. Ces prophéties ne s’étant pas réalisées totalement, les Africains ont cru disposer, à leur avantage, de jours moins lugubres que d’autres continents. Ils pensaient qu’il en serait ainsi, jusqu’à la disparition totale du virus. C’était sans compter avec la capacité de celui-ci à revenir par vagues successives et à muter. Et, même, pourquoi pas, à resurgir un jour ici et là, comme c’est le cas d’Ebola.

Effectivement, pendant qu’on déplorait, dans les pays du Nord, des dizaines de milliers de personnes infectées et de milliers d’autres mortes, en Afrique subsaharienne, en revanche, le Covid-19 était comme inhibé. Et l’occasion faisant le larron, les charlatans, pour leur gloriole, qualifiait le virus d’une vue de l’esprit. Alors que le président tanzanien, John Magufuli, y ajoutant de son grain de sel, invitait son peuple à éviter tout produit pharmaceutique et à le remplacer par une prière fervente. Le sophisme marquait des points!

Pendant ce temps, le virus, lui, continuait son œuvre destructive. En Occident, la crise sanitaire devenait incontrôlable. Au point que quelques sociologues et philosophes, à cause des statistiques effrayantes de personnes atteintes ou mortes de la maladie, commençaient à voir le spectre de la peste noire asiatique, en 1330. Ou celle plus proche de nous, la peste espagnole, en 1918. Des crises ayant emporté des millions de personnes. La peur gagnait en intensité.

Les carottes étaient cuites

Aujourd’hui, la preuve de ce sentiment est là. À titre d’exemple, la France a enregistré jusqu’au 02 février 2021, 76 512 décès, tandis que la Grande-Bretagne en comptait 106 564.

Frémissements en Afrique ? Sans doute. La brutalité de la réalité était telle que toute superstition se rétrécissait comme peau de chagrin. Le nombre des morts ici et là commençait à inquiéter, malgré le fait que beaucoup ne croyaient pas à la fiabilité des statistiques, pourtant données par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon cette organisation, en août 2020, soit cinq mois après la manifestation de la pandémie, l’Afrique comptait 21 000 décès pour un million des cas confirmés.

Les carottes étaient donc cuites pour le continent noir, en dépit des mesures prises par les gouvernements dans le cadre de la réponse sanitaire. En ce début du mois de février 2021, l’OMS recense 3 569 145 cas confirmés pour 90 955 décès. L’impact économique, selon le cabinet britannique Brand Finance, s’élève à 50 milliards.

Quelle sera la situation de ce continent, à l’économie précaire, devant la violence de la deuxième vague du Coronavirus déjà présente ? Qui plus est, il semble que les « conditions naturelles » le protégeaient jusque-là sont en train de lâcher prise. Et, une faiblesse en plus pourrait lui être fatale. A moins que les vaccins en cours d’utilisation soient une bonne solution pour lui. 

 

Jean-Jules LEMA LANDU

Journaliste congolais, réfugié en France.



D’autres articles

Guinée – Comme à chaque campagne électorale, les journalistes sont menacés

La double campagne du référendum et élection législative a été lancé par le président Alpha Condé. Au programme des journalistes guinéens: menace de mort, arrestation arbitraire, assassinat, kidnapping, disparition, emprisonnement, attaque et saccage des médias ou au domicile des journalistes. Quelques-unes de ces affaires ont été retracées par notre journaliste.

C’est en plein automne, en octobre 2017, que le seul cas d’exaction dénoncé vis-à-vis d’un journaliste guinéen par RSF a eu lieu. Il s’agit d’Abdoubacar Camara, directeur de radio et télévision. Le week-end précédent, sa radio avait diffusé une musique funèbre suite au décès d’un de ses journalistes, crime imputé au président de la République Alpha Condé.

Depuis cet épisode, les arrestations arbitraires et les menaces de l’Etat se multiplient à l‘encontre des journalistes. En d’autres termes, la loi L002/22/ 06/2010, qui encadre la presse guinéenne et l’exercice du métier de journaliste en Guinée, est souillée sans scrupule.

Un premier journaliste sous la menace de l’Etat

Remontons au samedi 15 juin 2019. Ce jour-là, Elhadj Madifing Diané, ancien ministre de la sécurité et actuel gouverneur de la région administrative de Labé, a menacé de faire arrêter et emprisonner le correspondant de Guineematin.com et de l’Agence guinéenne de presse (AGP) à Labé. Il s’agit du journaliste Idrissa Sampiring Diallo.

Suite au meurtre de l’étudiant Amadou Boukariou Baldé, bastonné à mort par des agents de la sécurité, eux-mêmes envoyés à l’université de Labé sur ordre du gouverneur, le 31 mai 2019. L’étudiant est mort à l’hôpital régional de Labé.

Se contredisent alors la version des journalistes et celle du pouvoir. Les autorités locales ont fait croire que le jeune Amadou Boukariou Baldé a cessé de respirer au cours de son évacuation vers Conakry… à cause des manifestations qui auraient empêchées l’ambulance de circuler. Sans manifestant, il ne serait donc pas mort. Or, les médias locaux ont prouvé que le jeune est bien mort à l’hôpital et non dans l’ambulance.

Conséquence, malgré une loi adoptée en 2010 qui dépénalise les délits de presse, le journaliste a été entendu par le juge de Dixinn. En attente de son jugement, il pointe tous les mercredis et vendredis à 10 heures au TPI de Dixinn.

Fin 2019, répression contre des journalistes pour des motifs très futiles

Jeudi 31 octobre, une foule se rassemble pour accueillir le président Alpha Condé à Conakry. Mais le président ne s’arrête pas pour les saluer. Ce simple fait, évoqué par la presse, a provoqué une onde de choc répressive.

Le directeur général de la radio Lynx FM, Aboubakr Diallo a été inculpé et placé sous contrôle judiciaire pour « diffusion de données de nature à troubler la sécurité publique par le biais d’un système informatique ». Il avait juste diffusé cette information sur sa radio.

3 jours plus tard, c’est le chef des reporters de l’influent Guinée Matin, Ibrahima Sory Diallo, qui est agressé au siège du parti au pouvoir, le RPG, situé au quartier Aviation de Conakry. Parti couvrir l’assemblée générale ordinaire du parti comme plusieurs autres journalistes, il a été violemment pris à partie par des militants, avant d’être bousculé et traîné dehors manu militari par les agents de sécurité.

Mohamed Mara, agressé par la police puis menacé de mort depuis plusieurs mois

Depuis mi-décembre 2019, notre confrère Mohamed Mara, animateur de l’émission Les Grandes Gueules fait l’objet de menace de mort. Mohamed Mara avait été violemment agressé le 16 novembre 2019 par des policiers de la CMIS, Compagnie Mobile d’Intervention et de Sécurité à Conakry dans le quartier Cosa, dans la commune de Ratoma. Malgré une bataille qu’il a menée pour que justice soit rendue, les policiers identifiés comme auteurs de l’agression ont toujours bénéficié d’une impunité totale. Ils sont protégés par leur hiérarchie, plus exactement par le commandant Ansoumane Bafoé.

En 2020, des gens anonymes l’appellent pour le mettre en garde. «Il y a une sorte de contrat sur ta tête» avait lancé un inconnu. «Il y a une petite liste noire dans laquelle tu figures» martèle un autre.

Des appels et des messages téléphoniques se multiplient, des individus tapis dans l’ombre jurent de mettre fin à la vie de Mara, jugé trop critique sur les sujets concernant la violation des droits humain.

On pouvait lire dans le message que le journaliste a reçu le 30 Janvier 2020 notamment celui-ci: «Tu dois savoir que tu n’es pas le seul journaliste du pays, ou tu la fermes, ou on te la ferme pour toujours!».

Même les journalistes des médias français ne sont pas épargnés

Mercredi 12 février 2020, au marché de Coyah, Thomas Dietrich, journaliste presse pour «Le Media» s’est vu retirer son accréditation par un officier militaire, alors qu’il filmait des manifestations de rue.

Joint par mosaiqueguinee.com, à propos de la confiscation de son accréditation, le journaliste français Thomas Dietrich est revenu sur les faits.

« J’ai une accréditation en bonne et due forme, je travaille pour l’entreprise de presse française «Le Média ». Je filmais les manifestations à Coyah ce matin, et finalement un officier militaire est venu me dire que c’est interdit de filmer. Il m’a dit que c’est un lieu stratégique. Je lui ai répondu que je suis en train de travailler dans un quartier, ce n’est donc pas un camp militaire. L’officier militaire a voulu retirer les images que j’ai prises, j’ai refusé. Ensuite il a pris mon accréditation, en exigeant que je lui donne mes images. Il a donc confisqué mon accréditation, pour avoir filmé les manifestations. Je ne peux donc plus exercer mon travail»

2020, à l’approche des élections, la répression contre les journalistes s’intensifient

Mercredi 22 janvier 2020, à Kankan, le journaliste correspondant de la radio lynx FM, Abdoulaye N’Koya Sylla, a été mis aux arrêts par la police, détenu puis libéré au terme d’une audition. Joint par mosaiqueguinee.com quelques heures après sa libération, celui-ci est revenu sur les circonstances de son arrestation.

«Le matin, j’étais avec un confrère, on est venu pour couvrir une manifestation des élèves-maîtres de l’ENI, qui avaient érigé des barricades devant l’inspection régionale de l’enseignement technique et professionnel. C’était à 9 heures. Les agents de la CMIS ont investi les lieux pour disperser les manifestants. Les agents m’ont arrêté, puis ils m’ont embarqué avec certains élèves. J’avais mon badge et mes équipements. On m’a détenu au CMIS pendant 3 heures. J’ai été auditionné pour trouble à l’ordre public. Grâce à l’intervention de mes confrères, j’ai été libéré» a-t-il relaté à mosaiqueguinee.com. «Je suis déçu de la CMIS de Kankan, leur premier responsable m’a insulté père et mère».

Le 2 février 2020, le journaliste de la radio nostalgie FM Aunée, Thierno Madjou Bah,  l’animateur d’Africa 2015, l’émission politique phare de la radio Nostalgie, est menacé d’arrestation. Selon le journaliste, on lui reprocherait d’avoir tenu des propos malveillants et incitatifs à la violence dans son émission. En décembre 2018, la Haute Autorité de la Communication avait déjà suspendu Thierno Madjou et deux ses collègues pour une période d’un mois.

Cette menace d’arrestation a été lancée suite à une plainte du ministre de la communication Amara Somparé.

Même les enquêtes déconnectées des élections sont sujet à répression

Vendredi 21 février 2020, c’est au tour de Mamadou Aliou BM Diallo, journaliste reporter d’images arrêté par les services de la police routière d’Enco5. Selon nos informations, le journaliste était en train de filmer un scénario de corruption entre un policier et un conducteur de taxi.

«Nous avons vu un policier retirer de l’argent des mains d’un chauffeur de taxi et le journaliste s’est mis à filmer la scène. C’est ainsi qu’un autre policier est venu lui demander ce qu’il est en train de faire. Il a demandé à visionner le film et la discussion a commencé. Ils l’ont ensuite emmené au commissariat. Tout cela parce que les policiers rackettent les conducteurs de véhicules ou de motos. Et ils n’aiment pas que ces actes soient mis au grand jour» explique un témoin de la scène sous couvert d’anonymat.

Le matériel de travail du journaliste y compris son téléphone a été retiré. Le journaliste a été détenu au sein du commissariat d’Enco5 pendant 2 jours avant d’être libéré.

Le lendemain, samedi 22 février 2020, Alpha Ousmane Bah, journaliste reporter du site d’information Africaguinée.com et à la radio Espace Foutah et son collègue Mamadou Kossa Sow, ont été arrêté à Koundara. Foutah est une ville située à la frontière entre la Guinée et le Sénégal.

« Nos confrères étaient partis en reportage dans cette préfecture, sur la fermeture de la frontière aux camions transportant des marchandises dans des pays voisins. » déclare un journaliste de cette rédaction.

Ces quelques exemples ont été vérifiées par plusieurs sources mais ne reflètent que partiellement la dure répression que vit la liberté de la presse en Guinée. Notre journaliste, contraint à l’exil et dont voici l’histoire cf portrait, aurait pu étayer cet article par d’autres exemples. Mettre en lumière tous les journalistes guinéens menacés de mort pour avoir exercés leur métier de journaliste semble un travail titanesque. Bien qu’une aprtie de la répression soit liée à la campagne électorale et référendum qui aura lieu le 1er mars 2020, la liberté d’informer en Guinée est régulièrement et gravement remis en cause, y compris hors période électorale.

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