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Burundi : le Général Ndayishimiye, « terminator » des FNL

[Par Elyse NGABIRE]

Quatre ans à la tête du parti de l’Aigle, Pascal Nyabenda est remplacé avant le terme de son mandat par un ancien homme fort du maquis : le général Evariste Ndayishimiye. Du coup, le plan « Safisha » est réactivé, déclare Aimé Magera, porte-parole d’Agathon Rwasa, leader historique des Forces Nationales de Libération (FNL).  

Agathon Rwasa (en polo rayé) pendant une visite à l'intérieur du pays Source : iwacu-burundi.org

Agathon Rwasa (en polo rayé) pendant une visite à l’intérieur du pays
Source : iwacu-burundi.org

« Durant les trois semaines que le parti CNDD-FDD est sous le contrôle total des anciens maquisards qui ont échoué complètement à se transformer en hommes politiques, nous avons documenté plus de 65 cas de violations graves des droits de l’homme », constate Aimé Magera, porte-parole de M. Rwasa, premier vice-président de l’Assemblée nationale.

Inacceptable, dit M. Magera, qui s’inquiète de l’enlèvement, de la disparition, de la torture et des assassinats perpétrés contre leurs militants. Des chefs de collines (à plus de 60% sont FNL), poursuit-il, sont abusivement arrêtés. Motif : non collaboration avec la milice de la jeunesse Imbonerakure du parti au pouvoir.

Plus grave, remarque Aimé Magera, c’est lorsque des éducateurs et enseignants des collèges et lycées, membres du parti FNL, sont arrêtés en pleine rue par leurs propres élèves qui sont dans les rangs de cette milice sans convocation. Aimé Magera raconte qu’ils sont tabassés, ligotés, humiliés comme des brigands devant parents et autres élèves, puis jetés en prison ou disparaissent tout simplement. Leur seul péché, fait-il savoir, est d’avoir adhéré au parti d’Agathon Rwasa : « Le but du pouvoir est de les humilier, les réprimer et les déshumaniser. »

Le général Evariste Ndayishimiye Source : yaga-burundi.com

Le général Evariste Ndayishimiye
Source : yaga-burundi.com

La situation s’est considérablement dégradée, raconte le porte-parole d’Agathon Rwasa, depuis que le général Evariste Ndayishimiye assure le secrétariat du parti au pouvoir : « Nous inscrivons cette recrudescence de la violence dans la logique, somme toute, dictatoriale d’un pouvoir à l’agonie, qui n’épargne personne. »

D’après Aimé Magera, c’est l’exécution du plan Safisha des années 2010 qui se poursuit où des centaines de fidèles de M. Rwasa ont été arrêtés, torturés, puis jetés dans des rivières. Aujourd’hui comme hier, leurs bourreaux, insiste-t-il, sont des miliciens du parti CNDD-FDD au pouvoir, le service des renseignements et les forces de l’ordre : « Ils s’en prennent indistinctement à tous ceux qui s’opposent au maudit troisième mandat de Nkurunziza. »

Depuis longtemps, Aimé Magera indique que son camp a condamné ces tueries qu’ont subis beaucoup de Burundais non acquis à la cause du pouvoir CNDD-FDD, spécialement leurs militants qui sont les premiers à subir les foudres de la dictature du système Nkurunziza, en vain : « Malheureusement, ils continuent d’endurer les affres de cette milice Imbonerakure, dont le seul dessein est de ramener de force tout le monde à adhérer à leur parti. »

Aimé Magera, porte-parole d'Agathon Rwasa Source :

Aimé Magera, porte-parole d’Agathon Rwasa
Crédits photo : Elyse Ngabire

Ainsi, son parti saisit cette occasion pour dénoncer encore une fois ces exactions. Il présente toute sa sympathie envers les familles endeuillées depuis plus d’une décennie et spécialement durant cette période de contestation contre ce 3e mandat de trop, maudit, illégal et inconstitutionnel de Pierre Nkurunziza.

Nous déplorons et dénonçons toujours les arrestations arbitraires, les tortures, les exécutions extra-judiciaires et autres sévices dont souffrent la grande majorité de la population non acquise à la cause du CNDD-FDD, notamment celle de vouloir se positionner en parti-Etat. Cela se passe au moment où les Burundais aspiraient à jouir des dividendes d’une démocratie épanouie, dont ils ont payé le plus lourd tribut durant les longues crises qui ont secoué leur pays : le Burundi.

Contacté pour s’exprimer sur ces bavures commises par la milice Imbonerakure, le président de la Ligue des jeunes du parti CNDD-FDD riposte toujours que la responsabilité pénale est individuelle : « Il faut mettre les noms sur les visages pour éviter toute généralisation, toute globalisation. »

La rédaction a essayé de joindre le nouveau patron du parti présidentiel burundais sans succès.

Au moment où nous mettons sous presse, on apprend que 15 autres militants ont été victimes d’arrestations dans le nord, le centre et le sud du pays. Selon toujours Aimé Magera, ils sont accusés de tenir des réunions illégales du parti. Pour M. Magera, c’est presque une prise en otage de leurs militants qui n’ont même pas le droit de rendre visite à leurs familles. Plus grave, conclut-il, Agathon Rwasa, leader historique des FNL et premier vice-président de l’Assemblée nationale est empêché par les autorités provinciales (Ngozi, sa colline natale, ndlr) de visiter sa famille alors qu’il y a 30 ans qu’il ne l’a pas revue : « Nous sommes dans une République bananière ! ».

La liste (non exhaustive, selon M. Magera) des militants FNL séquestrés depuis que général Ndayishimiye est secrétaire du CNDD-FDD

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Burundi. Violation des libertés politiques : Agathon Rwasa, victime de sa « popularité » ?

[Par Elyse NGBABIRE]

Le président du parti FNL et premier vice-président de l’Assemblée Nationale s’est vu refuser la rencontre avec la population dans les provinces de Gitega, Cibitoke et Karusi. Pour Aimé Magera, porte-parole de M. Rwasa, il s’agit ni plus ni moins que de l’intolérance politique envers ce « grand » opposant.

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Burundi et Droits de l’homme : va-t-on enfin mettre des noms sur les visages?

[Par Elyse NGABIRE]

Les Nations Unies et l’Union Africaine se disent déterminées à sévir ceux, qui d’une manière ou d’une autre, ont contribué à la violation des droits humains depuis avril dernier. Toutefois, l’Eglise catholique et le parti Fnl craignent que des enquêtes neutres ne traînent, entraînant le pourrissement de la situation.

Mgr Gervais Banshimiyubusa : « Il n’y a pas de fumée sans feu. »

Mgr Gervais Banshimiyubusa : « Il n’y a pas de fumée sans feu. »

« L’avenir du Burundi dépendra de la façon dont ce dernier se comportera face au respect des droits de l’homme», ont laissé entendre Maya Sahli -Fadel, Pablo de Greiff et Christophe Heyns, experts onusiens pour les droits de l’homme, au terme de leur mission au Burundi, ce 8 mars.

Diplomatie oblige. A défaut de dire que la situation est catastrophique, ils ont déclaré tout simplement à la presse que leur travail n’est pas terminé. Il y a un hic.

Contrairement à la délégation de cinq présidents et chefs de gouvernement conduite par Jacob Zuma, président Sud- africain qui a semblé légitimer Pierre Nkurunziza, selon une opinion, ces trois experts sont directs et annoncent le déploiement imminent d’une équipe d’observateurs des droits de l’homme. Le mois de Septembre est la deadline qu’ils se sont fixés pour rendre leur rapport au Conseil des Nations unies en charge des questions des droits de l’homme à Genève.

L’Eglise catholique, qui depuis un certain moment était sous réserve, sort enfin de son silence. Dans son communiqué du 7 mars, Mgr Gervais Banshimiyubusa, président de la Conférence des évêques du Burundi est direct : « Il n’y a pas de fumée sans feu. Même si le pouvoir fait tout pour convaincre l’opinion tant nationale qu’internationale que tout va bien,  le climat politique n’augure rien de bon. On sent une tension au sein de la classe politique. »

L’Eglise va plus loin en évoquant les relations entre les autorités burundaises et ses partenaires classiques financiers qui ne sont pas également au beau fixe : « Cette situation n’a que pour conséquence l’accroissement de la misère et de la pauvreté d’un peuple déjà meurtri. » Et de se demander si cette option prise par le pouvoir de museler ses citoyens est digne d’un dirigeant politique qui se dit mandaté par la volonté divine. Recourant à la parole biblique, Mgr Banshimiyubusa met en garde : « Ils sont plus redevables, ceux à qui Dieu a donné plus que d’autres. » L’Eglise appelle au dialogue inclusif d’autant plus que le gouvernement s’estime prêt : « Les actes doivent suivre les paroles. »

Le Fnl exhorte des enquêtes neutres

Aimé Magera « Nous faire croire que le Rwanda ou la Belgique ou les Etats Unis ou un autre pays est venu creuser des trous d’une profondeur de dix mètres et y enterrer des dizaines de citoyens à l’insu des forces de l’ordre et de sécurité et Imbonerakure, est inacceptable. »

Aimé Magera « Nous faire croire que le Rwanda ou la Belgique ou les Etats Unis ou un autre pays est venu creuser des trous d’une profondeur de dix mètres et y enterrer des dizaines de citoyens à l’insu des forces de l’ordre et de sécurité et Imbonerakure, est inacceptable. »

« Lorsque le gouvernement bombarde l’opinion de ses communiqués intempestifs, le parti Fnl se demande si leurs signataires savent que les Burundais n’avalent plus n’importe quelles couleuvres », déclare Aimé Magera, porte-parole d’Agathon Rwasa.

L’existence des fosses communes au Burundi, persiste et signe M. Magera, est une réalité : « Parmi les corps sans vie ensevelis dans ces charniers, figurent des centaines de milliers de militants du Fnl, tués depuis que le parti Cndd-Fdd est aux affaires. » Ceux qui s’évertuent, poursuit-il, notamment le tandem tapageur Nyabenda- Ndabirabe, respectivement président et porte-parole du parti présidentiel,  à nier ou à dénaturer cette triste évidence sont à traiter comme de vrais ennemis du peuple : « Nul ne peut oublier les scènes horribles de 2006 où des militants Fnl ont été sauvagement torturés et exposés en plein stade de Bujumbura, sous un soleil de plomb. »

Aimé Magera se souvient de ces vieilles mamans arrêtées, amassées dans les quartiers du nord de Bujumbura et exposées sur place publique pour les humilier davantage avant d’être  jetées en prison ou de finir leur vie ici- bas dans les rivières du pays.

Selon lui, depuis  trente six ans, son parti a été toujours l’avant-garde des combattants de la démocratie et aujourd’hui plus que jamais, il reste fidèle à sa ligne de conduite : celle de défendre les acquis du peuple dont celui d’Arusha qui consacre les mandats présidentiels à deux seulement.

Pour le porte-parole d’Agathon Rwasa, la dernière rencontre avec le Secrétaire Général des Nations Unies est un message clair envers les autorités de Bujumbura et les partis satellites qui se sont vus refuser l’accès aux entretiens avec cette haute personnalité.

Face aux options ouvertement bellicistes de Bujumbura, Aimé Magera leur demande de bien guider au lieu de dérouter les enquêteurs internationaux dans le contexte d’un discours officiel s’inscrivant dans la logique d’accuser l’opposition et de brouiller les pistes en enterrant précipitamment les restes des corps déterrés : « Pour établir les responsabilités individuelles dans ces crimes de sang, impardonnables, non amnistiables, la vérité s’impose . »

Manifestement, s’indigne M. Magera, les ténors du CNDD-FDD en connaissent assez sur ces fosses communes : « Nous faire croire que le Rwanda, ou la Belgique ou les Etats Unis ou un autre pays est venu creuser des trous d’une profondeur de dix mètres et y enterrer des dizaines de citoyens à l’insu des forces de l’ordre, de sécurité et de la milice constituée des jeunes du parti présidentiel ‘ Imbonerakure’ relève de l’inacceptable».

Face à ces accusations, le pouvoir de Bujumbura persiste et signe que le torchon ne brûle pas au Burundi. Pour lui, les « chiens » aboient et la caravane passe.

 

 

Burundi : Recrudescence de l’insécurité, les militants FNL dans l’œil du cyclone

[Par Elyse NGABIRE]

Pas de répit pour les militants FNL fidèles à Agathon Rwasa. Depuis peu, une vague d’arrestations s’opère. Puis, ils sont retrouvés morts. Aimé Magera, porte-parole de M. Rwasa hausse le ton et accuse les jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure.

Bujumbura, 3 février 2016. Au Burundi, le cycle de violences et de répression enclenché il y a neuf mois n'en finit pas. ©

Bujumbura, 3 février 2016. Au Burundi, le cycle de violences et de répression enclenché il y a neuf mois n’en finit pas.
©RFI Afrique

Nshakiye, militant du parti FNL, habitant la colline Bihara, zone Kanyosha dans la commune de Muha (en mairie de Bujumbura) n’est plus. Il a été assassiné dans la nuit de ce mercredi, 17 février. Prosper Ndumbuye, également du même parti, lui, a échappé de justesse à l’attaque opérée contre sa personne le même jour. Grièvement blessé, indique Aimé Magera, porte-parole d’Agathon Rwasa, l’un des grands opposants de Bujumbura, M. Ndumbuye se fait soigné dans un lieu tenu secret : « Nous évitons que ses bourreaux ne viennent l’achever sur son lit d’hôpital comme cela se passe souvent lorsqu’une victime échappe dans ce cas. »

Guillaume Bunyoni, ministre de la sécurité publique

Alain Guillaume Bunyoni, ministre de la sécurité publique

Pour le porte-parole, la mort de M. Nshakiye rappelle ceux des milliers de militants Fnl assassinés depuis la prise du pouvoir par le parti Cndd-Fdd en 2005 : « Décembre 2015, quatre fidèles à
M. Rwasa ont été descendus par des Imbonerakure qui tenaient une barrière accompagnés par la police d’un bus chez Iwabo n’Abantu (café appartenant au défunt général Nshimirimana sur la route Bujumbura Bugarama) et leurs cadavres ont été retrouvés quelques jours en état de décomposition. Or, les hautes autorités de la police ont été bien tenues au courant mais n’ont rien fait pour secourir ces militants.»

Magera pointe du doigt les jeunes du parti au pouvoir. Pour lui, ils se font passer pour des forces de l’ordre et de sécurité et procèdent aux arrestations des militants du Front National de Libération (Fnl), considérés comme leurs véritables challengers. Après, déplore Aimé Magera, ils sont retrouvés morts. Il s’interroge: « Pourquoi ce sont les Imbonerakure qui arrêtent les gens dans les collines et sur les barrières sous la supervision de la police ? Pourquoi certains véhicules de la police ne portent pas de plaques d’immatriculation ?  Où est la quadrilogie (Population-administration-force de l’ordre-justice) tant chantée par Alain Guillaume Bunyoni, ministre de la sécurité publique ? Les Imbonerakure, représentent-ils tout ce monde qui constitue la quadrilogie ? »

Aimé Magera : « La vie est sacrée, nul n’a le droit de l’ôter à autrui. »

Aimé Magera : « La vie est sacrée, nul n’a le droit de l’ôter à autrui. »

Pour rappel, la plupart des jeunes arrêtés, puis tués à Bujumbura, sont ceux que le pouvoir accuse d’avoir participé au mouvement « insurrectionnel » d’avril 2015 contre la troisième candidature de Pierre Nkurunziza, président actuel du Burundi.

Non au, deux poids, deux mesures

« C’est déplorable qu’un pouvoir se prétendant issu du peuple se comporte comme les anciens régimes dictatoriaux. Quand des gens revendiquent leur droit en manifestant pacifiquement, ils ne sont ni terroristes ni insurgés », précise-t-il.

Aimé Magera rappelle au système du Cndd-Fdd qu’à l’époque de la 3ème République du Major Pierre Buyoya, le mouvement Fnl, encore au maquis, l’a contraint à négocier sans succès : « C’est après la mort des milliers de Burundais qu’il a ouvert ses yeux. » Il se demande combien de morts faudra-t-il attendre pour que le Cndd-Fdd comprenne qu’il est grand temps si ce n’est pas tard de négocier ?

Pour Aimé Magera, pourquoi le pouvoir Cndd-Fdd continue à réprimer dans le sang un peuple qui a manifesté pour défendre ses droits, en laissant ses militants se la couler douce dans les rues du pays, en s’insurgeant contre le royaume de la Belgique, les Etats Unis d’Amérique et surtout du pouvoir de le pouvoir de Kigali accusé de s’ingérer dans les affaires du Burundi ?

Après onze ans de gestions chaotiques et d’assassinats ciblés, le pouvoir CNDD-FDD veut montrer son patriotisme et nationalisme ! Nul, poursuit le porte-parole, n’ignore que le Cndd-Fdd, financé depuis le maquis par le FPR (Front Patriotique Rwandais), parti du Général Paul Kagame, était son allié incontestable, désormais devenu ennemi juré depuis avril dernier : « Nous disons non à ce traitement deux poids, deux mesures. » S’il y a des différends entre le Burundi et le Rwanda, constate-t-il, ce n’est pas par la rue et insultes qu’il faut régler l’affaire : « Le recours diplomatique est le mieux indiqué au lieu de la provocation et diversion. Le problème reste burundais et la question du troisième mandat illégal est le nœud de la crise burundaise.»

Au cours des questions orales à l’Assemblée nationale ce jeudi, 18 février, le ministre de la sécurité publique était invité et Agathon Rwasa n’a pas caché son inquiétude face aux crimes de sang qui continuent à s’observer et surtout l’assassinat de ses fidèles. D’après le ministre de la sécurité publique, ce sont des malfaiteurs portant l’uniforme policier qui commettent ces forfaits.

 

Burundi : La double illusion politique

[Par Elyse NGABIRE]

A l’entrée du camp Agathon Rwasa, ancien chef rebelle et grand opposant du pouvoir de Pierre Nkurunziza, à l’assemblée et au gouvernement issus des élections contestées de 2015, le pouvoir a chanté la victoire tandis que l’opposition criait à la trahison. Mais en fin de compte, sa position n’a pas changé depuis.

Agathon Rwasa

Agathon Rwasa

La déclaration d’Agathon Rwasa, deuxième vice-président de l’Assemblée nationale, ce 24 janvier, dans la province de Cankuzo a étonné une certaine opinion : « Le dialogue inter-burundais initié par le gouvernement est une perte de temps. Il est nul et de nul effet. »
Pour M. Rwasa, la crise que connaît le pays sera résolue à travers un dialogue inclusif, y compris des Burundais qui ont fui le pays.
En effet, l’ancien chef rebelle exhorte le concours de la communauté internationale pour accélérer les négociations : « Elles ne doivent pas traîner comme cela a été le cas lors des pourparlers politiques à Arusha. » Pour rappel, les négociations d’Arusha ont duré plus de deux ans (fin 1997 à 2000).
Pour les non avisés, ce discours de M. Rwasa est en contradiction avec son choix de siéger à l’assemblée nationale et dans les institutions étatiques à l’instar du gouvernement. Toutefois, Aimé Magera, son porte-parole le fustige : « Agathon Rwasa, leader historique et charismatique des Forces Nationales de Libération n’a jamais cautionné la troisième candidature de Pierre Nkurunziza. Son choix a été dicté par des militants. »
Pour tromper l’œil des Burundais et de la Communauté internationale, raconte M. Magera, le pouvoir de Bujumbura, a fait croire que la formation du gouvernement est le fruit d’un dialogue interne en pointant du doigt de façon implicite leur camp : « Or, ce même gouvernement ne nous reconnaît pas comme formation politique. »
Cette première démarche, poursuit-il, a échoué. Par la suite, le gouvernement de Bujumbura a organisé des missions de travail dans la Communauté Est Africaine en vue d’obtenir le soutien de celle-ci, explique M. Magera, en vain. La dernière stratégie du pouvoir Nkurunziza, fait savoir Aimé Magera, sera la mise en place de la Commission Nationale du Dialogue Inter-Burundais (CNDI). D’après lui, ce fut un autre échec cuisant car son patron n’y croit pas du tout en témoigne sa dernière sortie médiatique à Muramvya.
Pour M. Magera, le pouvoir ne va pas échapper pour toujours : « La légitimité sera toujours mise en cause aussi longtemps qu’il n’aura pas respecté la volonté du peuple d’élire ses dirigeants, la Constitution et l’Accord d’Arusha. »

 

Burundi : Assassinat de William Nimubona, l’indignation d’Agathon Rwasa

[Par Elyse NGABIRE]

William Nimubona

William Nimubona

Après son entrée dans les institutions élues pendant l’été de 2015, le camp Rwasa indique qu’il visait la protection de ses militants. Pourtant, Aimé Magera, porte-parole, constate que Bujumbura n’a pas arrêté son plan dit ‘Safisha’. Il exhorte l’intervention rapide de la Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu).

William Nimubona était le représentant de la ligue des jeunes du parti FNL pro Agathon Rwasa dans la zone urbaine de Kamenge. Son corps a été retrouvé le matin de lundi 4 janvier à Carama, au nord de la capitale Bujumbura. Ses compagnons de lutte indiquent que son assassinat a des mobiles politiques. Et Aimé Magera, porte-parole d’Agathon Rwasa, n’est pas loin non plus de cette triste réalité : « Ce meurtre atroce est un coup dur au parti et aux militants qui depuis 1980, sont victimes de leur idéologie. »
Quand on chasse le naturel, constate-t-il, il revient au galop. Pour lui, le pouvoir de Bujumbura revient sur son plan ‘Safisha’ déclenché depuis son accession au pouvoir contre des opposants issus du FNL.
L’assassinat atroce de M. Nimubona, regrette M. Magera, traduit l’intolérance qui a toujours caractérisé le pouvoir face aux militants fidèles à M. Rwasa.
Le porte-parole d’Agathon Rwasa constate que la violence s’amplifie de plus bel envers leurs militants.
En guise d’exemple, il fait savoir qu’Agathon Rwasa lui-même a déjà échappé de justesse à deux attentats. Un député du même camp, s’indigne M. Magera, est aujourd’hui menacé pour avoir accordé une interview à la RFI.
A Muyira (commune Kanyosha), poursuit-il, un militant a été retrouvé mort la semaine passée, un chef collinaire Kibenga (commune Isale) échappera aussi de justesse à la mort, il y a quatre jours.

Aimé Magera

Aimé Magera

Une accalmie qui vient de durer le temps de la rosée ?
L’entrée d’Agathon Rwasa dans les institutions élues pendant l’été de 2015 avait été pour cet opposant, une voie pour épargner ses militants de la violence. Pourtant, elle reprend de plus bel. Une accalmie qui vient de durer juste le temps de la rosée ? M. Magera avoue que non : « Il n’y a jamais eu de répit envers nos militants, seulement quand nous avons décidé d’entrer dans les institutions, l’intensité des assassinats de nos fidèles avait diminué. » L’assassinat atroce de M.Nimubona, regrette Aimé Magera, vient allonger la liste des victimes.
Face à la « mauvaise » volonté du pouvoir de Bujumbura de dialoguer afin que le pays recouvre la paix, M. Magera indique que la seule chose qui peut sauver le pays, c’est l’envoi de la force d’interposition comme le parti FNL n’a cessé de la réclamer depuis de début de la répression face aux manifestations pacifiques.
Et pour y arriver, conclut-il, l’implication directe de la région, de la Communauté internationale, etc. s’impose pour stopper le chao et forcer le pouvoir Nkurunziza à négocier: « Elle ne doit pas céder aux caprices du système Nkurunziza. »

Burundi : bruits de vote et de bottes ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

En mai et juin, les Burundais seront appelés aux urnes. Pour autant, la présidentielle reste encore sujet à controverse.

Le président en exercice, Pierre Nkurunziza, voudrait rempiler pour un troisième mandat, en violation de la Constitution. Les partis politiques et la société civile s’y opposent. Quelle en sera l’issue ? Le spectre d’une nouvelle guerre civile hante les esprits.

Une image des élections en Burundi en 2010 (source :  insightonconflict.org)

Une image des élections en Burundi en 2010 (source :
insightonconflict.org)

Pierre Nkurunziza (source : bakolokongo.com)

Pierre Nkurunziza (source : bakolokongo.com)

La genèse de l’histoire récente du Burundi est douloureuse. Coups d’Etat à répétition, assassinats de masse, rébellions endémiques et, au bout du compte, une guerre civile, longue de treize ans (1993-2000). Un moment, accablée par des preuves de crimes de sang, la communauté internationale était tentée de qualifier la situation de ce pays de « génocidaire. » On parle de quelque 300 000 morts.

 

Burundi (source : unesco.org)

(source : unesco.org)

Minuscule pays d’Afrique centrale (23 fois plus petit que la France), le Burundi accède à son indépendance, en 1961, mais il ne tarde pas à basculer dans la violence ethnique et la lutte pour le pouvoir. En 2000, c’est la fin de la guerre civile, après un dialogue politique ardu, à Arusha en Tanzanie, sous la houlette de l’Onu et de l’Afrique du Sud. Basé sur une simple logique des quotas pour le partage de pouvoir entre les Hutu, ethnie majoritaire (80 %) et les Tutsi, ethnie minoritaire (20 %), le compromis semble avoir été équitable.

C’est dans ce cadre-là que le président en exercice, Pierre Nkurunziza (Hutu), a été élu en 2004, et réélu en 2010. « Un mandat de cinq ans, renouvelable une fois », selon la Constitution, en son article 96. Depuis, la concorde et le retour à la paix sont, bon an mal an, en passe de s’inscrire dans la durée.

Les élections, au Burundi, ont toujours été marquées par un climat politique pour le moins délétère : arrestations arbitraires et assassinats ciblés, notamment. Sans, toutefois, réveiller les démons des bisbilles ethniques, ce ferment essentiel des guerres en Afrique. Aujourd’hui, en sera-t-il encore le cas, alors que le président de la République, contre vents et marées, s’apprête à violer la Constitution, dans le but de rempiler pour un troisième mandat ?

La réponse n’est pas aisée. On observe que les leçons de la guerre civile ont appelé les Burundais à transcender, de plus en plus, les clivages ethniques. En témoigne le fait que les partis politiques, qui revêtaient auparavant un caractère ethnique, ratissent large, aujourd’hui, sur la base d’un programme estimé crédible par les adhérents. Déjà, c’est un grand pas sur le chemin de la réconciliation des cœurs.

Agathon Rwasa (source : damienroulette.wordpress.com)

Agathon Rwasa (source : damienroulette.wordpress.com)

Cependant, dans un pays où les ambitions politiques sont féroces, cette considération, à elle seule, ne peut prétendre à la vertu d’une panacée. Tout comme, globalement, les accords d’Arusha n’ont pas valeur de parole d’Evangile pour tous les Burundais. C’est le cas d’Agathon Rwasa, ancien grand seigneur de guerre, qui n’avait pas signé lesdits accords. En embuscade depuis plusieurs années, il pourrait profiter de cette « aubaine » pour entraîner le Burundi, encore une fois, dans le chaos. En charge pour le président de la République de la jouer « démocrate ».