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Lettre ouverte à un jeune lycéen français

Dessin du www.clemi.org

Dessin tiré de www.clemi.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A l’occasion de la 25e Semaine de la presse et des médias dans l’école® (24 – 29 mars 2014), une lettre ouverte aux jeunes lycéens français a été rédigée par des plumes de La Maison des journalistes :

 

Chers élèves, séparez la bonne graine de l’ivraie. Lettre de Larbi Graine

 

Le journalisme étant un sacerdoce Lettre de Carole Attioumou­ Sérikpa

 

Mobilisez vous en faveur des journalistes dans le monde ! Lettre de Makaila Nguebla

 

Le journaliste est un éveilleur de conscience. Lettre de Benson Sérikpa

 

Le dessin de la Semaine 2014, par Samy

 

 

Le journaliste est un éveilleur de conscience

Dessin de Mesli

Dessin de Ahmed Mesli (Algérie)

Chers(ères) amis(es) lycéens(nes),
 
Je me nomme Benson Sérikpa. Je suis journaliste ivoirien (République de Côte d’Ivoire, en Afrique
de l’ouest), en exil en France. Dans le cadre de la Semaine de la presse et des médias, que vous célébrez depuis le lundi dernier et qui se poursuit jusqu’au 29 mars prochain, je voudrais vous entretenir sur «La liberté de la presse». C’est le thème retenu pour cette édition, par la Maison des Journalistes MDJ, institution éditrice du journal en ligne, «l’oeil de l’Exilé», dont je suis membre de la rédaction.
 
«Liberté de la presse» signifie pour moi, pouvoir s’exprimer sans contrainte, dans le strict respect de l’éthique et la déontologie qui régissent son métier. En clair, le journaliste ne doit pas être censuré, ni dans sa rédaction, ni par une autorité quelconque, encore moins poursuivi, séquestré, persécuté ou tué dans l’exercice de ses fonctions.
 
En Côte d’Ivoire, la loi sur la dépénalisation a été adoptée en décembre 2004, sous le président Laurent Gbagbo (2000­2011). En son temps, aucun journaliste n’a été emprisonné pour ses opinions dans l’exercice de ses fonctions. Ce qui n’est pas le cas depuis qu’il a été renversé le lundi 11 avril 2011.
 
En ce qui me concerne, j’ai dû fuir mon pays le 20 avril 2011, à l’instar de nombreux journalistes,
pour ne pas cautionner la prise de pouvoir par les armes. En effet, après les élections présidentielles de 2010 en Côte d’Ivoire, le Conseil constitutionnel a déclaré vainqueur Laurent Gbagbo. Son adversaire, Alassane Dramane Ouattara, contestant les résultats des urnes, a fait un coup d’Etat militaire, avec le soutien de certains pays occidentaux, dont la France, sous Nicolas Sarkozy.
 
Après quoi, j’ai reçu la visite des hommes armés , me menaçant de mort. J’ai même échappé à un assassinat, ce qui m’a valu l’exil, d’abord au Ghana, ensuite au Togo puis depuis le 17 octobre 2013 en France.
 
Si aujourd’hui, la Côte d’Ivoire occupe la 101ème place, selon le dernier classement de Reporters Sans Frontières (RSF), c’est bien parce que la liberté de la presse n’est qu’un leurre dans mon pays.
 
Plus d’une trentaine de journalistes ont connu l’exil et ou l’emprisonnement depuis la prise de pouvoir par Alassane Dramane Ouattara. Une situation, qui, malheureusement continue de perdurer. Les moins infortunés ont été assassinés, Sylvain Gagneteau (2011), Désiré Oué (2013), parce qu’ils dénonçaient le terrorisme, le totalitarisme, la dictature d’Alassane Dramane Ouattara.

En ce moment, près de 800 proches du président Laurent Gbagbo, déporté à La Haye (en novembre 2011), sont quotidiennement torturés dans les prisons et autres sites transformés en camps de tortures (le siège du FPI, parti de Laurent Gbagbo, les résidences de certains de ses collaborateurs…) en Côte d’Ivoire. Plus d’un million d’ivoiriens sont en exil de peur d’être assassinés. Les populations ivoiriennes vivent tous les jours de graves violations des Droits de l’Homme, sous le regard coupable des médias nationaux, pris en otage par les hommes d’Alassane Dramane Ouattara.
 
La télévision nationale ( RTI1 et RTI2), Fraternité matin, AIP, Radio CI(médias gouvernementaux) sont quasiment sous contrôle des nouveaux maîtres d’Abidjan depuis trois ans. Les autres presses et médias privés, du moins ceux qui sont dans l’opposition, vivent dans la terreur d’être fermés à tout moment selon, l’humeur du Conseil National de la Presse (CNP), dirigé par Raphaël Lakpé, un affidé d’Alassane Dramane Ouattara.
 
Dans l’exercice de son métier, le journaliste est un éveilleur de conscience, un témoin vivant de son époque et un acteur de développement de la société. Il ne doit être nullement inquiété dans l’exercice de ses fonctions. C’est en cela qu’on pourrait véritablement parler de liberté de la presse.
 
Je vous souhaite une excellente Semaine de la presse et des médias. Puisse t­elle vous inspirer dans le choix de votre futur métier.
 
Benson Sérikpa

 

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Le journalisme étant un sacerdoce…

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Keith Mallet


Chers amis lycéens,

 

Je suis journaliste­ présentatrice ivoirienne (Côte d’Ivoire), membre de la rédaction de « l’œil de l’Exilé », journal en ligne de la Maison des Journalistes de Paris. Permettez moi de commencer cette lettre ouverte par une petite histoire.

 

A l’aube d’un 20 avril 2011, une femme, sa fille âgée en son temps d’à peine 20 mois et son époux quittèrent leur terre natale, sous les bruits assourdissants d’armes lourdes. Avec comme seuls biens, juste des casse­croûtes et un peu de sous pour la route .Elle portait un bébé. Toute sa famille arriva au Ghana, pays voisin de la Côte d’Ivoire. Après deux jours passés dans ce pays où la barrière linguistique était un problème face à une situation d’assistance sanitaire urgente, elle et sa famille ont décidé de mettre le cap sur le Togo, pays francophone, donc plus accessible sur le plan linguistique. Cette famille se fit enregistrée au HCR Togo, et a vécu de dons et de petits commerces dans des conditions extrêmement difficiles. Elle perdit son bébé après 4 mois de grossesse. La femme se forma en Cycle III de Diplomatie à l’ENA du Togo. Les extraditions, menaces de mort, et enlèvements, étaient de plus en plus récurrents. Elle arriva avec sa fille le 1er août 2013 en France. Cette femme c’est moi, et cette petite digression est en rapport avec le thème de la Semaine de la presse et des médias que vous célébrez en ce moment.

 

C’est­-à­-dire, « Liberté de la presse ». Parce que mon seul péché pour avoir vécu ces trois dernières années dans la précarité, loin des miens, privée de mes acquis professionnels et financiers, c’était d’avoir dénoncé l’imposture, la prise du pouvoir par les armes et le refus de respecter les lois, dans l’exercice de mon métier. Le journalisme étant un sacerdoce, j’ai refusé de cautionner le coup d’État militaire manqué du 19 septembre 2002, qui s’est mué en rébellion armée, qui a fait des milliers de morts et de graves violations de droits de l’Homme, et qui a été parachevé le 11 avril 2011, avec l’approbation de la Communauté internationale. En Côte d’ivoire, la presse a bénéficié de la dépénalisation, depuis décembre 2004. C’est à l’actif du président Laurent Gbagbo qui, s’est toujours opposé à ce qu’un journaliste soit persécuté ou emprisonné pour ses idées. Mais, cette loi n’est plus qu’un vulgaire texte. La presse est muselée et vit dans la terreur à cause des intimidations, voire des assassinats. On peut citer par exemple, Sylvain Gagneteau, Légré Marcel, et plus récemment, en octobre 2013, Désiré Oué assassiné devant sa famille parce que soutenant les institutions de la République incarnées par Laurent Gbagbo.

 

En France, comme presque partout dans le monde, la liberté de la presse n’est qu’un leurre! J’en veux pour preuve que la presse française ne peut expliquer à son peuple toutes les dérives de la politique étrangère de celle­ci. L’installation de la démocratie par les bombes avec ses dégâts collatéraux qui touchent sensiblement les populations hors de la France. Le soutien de présidents illégitimes, des rébellions armées, parfois même au mépris de lois de ces pays souverains, n’est nullement dénoncés par les médias occidentaux. Aujourd’hui le classement de la Côte d’Ivoire à la 101ème place selon Reporters Sans Frontières (RSF) est plus que justifié. Car, ni la presse occidentale, ni la presse nationale ivoirienne et les autres presses n’arrivent à dénoncer les graves violations de droits de l’Homme en Côte d’Ivoire. Par exemple, le génocide des Wè (ethnie de l’ouest de la Côte d’Ivoire), la torture de plus de 800 prisonniers politiques, le règne des seigneurs de guerre décorés par le régime d’Abidjan, la dépossession des terres des autochtones ivoiriens, la naturalisation en masse de nombreux étrangers, les assassinats, les arrestations et tortures systématiques de tous les proches et sympathisants de Laurent Gbagbo. Pour différentes raisons, la presse quelle que soit où elle se trouve est muselée et sous pression des politiciens et autres maîtres du monde. Doit-­elle pour autant reculer face à sa responsabilité, à savoir informer, éveiller la conscience des populations, mener la lutte pour les libertés et la souveraineté des Etats?

 

Moi je dis non, parce que le journalisme en plus d’être un métier noble est un devoir et quelque soit les sacrifices à consentir, il faut tenir cet engagement. Tel est l’engagement de la femme, de la mère et de la journaliste que je suis!
Puisse mon témoignage vous édifier et vous apporter un plus dans le choix important de votre
future place dans la société. Pourquoi pas en tant que journaliste. Excellente semaine de la presse et des média.

 
Carole Attioumou­ Sérikpa

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Chers élèves, séparez la bonne graine de l’ivraie

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Chers élèves,

 

Vous allez aborder comme chaque année « la Semaine de la presse et des médias dans l’école ». Mais vous êtes conviés cette fois-ci à l’examiner sous l’angle de l’« info, et des supports ». Car une même information peut être différemment traitée selon le type de média qui la prend en charge. Vous l’avez sans doute remarqué par vous-mêmes et ce, avant même qu’on vous l’enseigne, une nouvelle apprise à la radio, est reprise presque instantanément par la télévision et les publications en ligne, la presse écrite prenant généralement le relais le lendemain, voire dans la semaine ou le mois selon la périodicité.

 

Excusez-moi, de faire cette comparaison brutale avec le commerce, sachant que le métier de journaliste prête à idéalisation quand bien même il demeure un métier noble. Vous l’avez compris : toute information, quelque soit le support qui la véhicule est un produit. Un produit informatif certes, mais, qui plus est, est doublé d’une valeur commerciale.

 

L’info comme le chocolat
Vous l’avez sans doute relevé avant que vos parents vous l’apprennent, le chocolat est vendu sous diverses formes. Il existe en poudres, en pilules, en boissons, en purées, en bouchées, en grandes ou petites tablettes, en bonbons, en coffrets, en jouets de miniature et j’en oublie… Il peut être associé à d’autres ingrédients comme le lait et le sucre. De même l’information comme tout produit se décline sous des formules extrêmement diverses. Pour ainsi dire, l’info se coule dans le moule qui lui donne sa forme. Si nous sommes tous des consommateurs de l’info, il y a, au demeurant, autant d’infos et de journaux que de publics ou ce qu’on appelle les lectorats. Les petites bourses par exemple ont un accès limité aux magazines onéreux ou de luxe, qu’ils peuvent néanmoins consulter en médiathèque. Mais pas seulement. Les plus instruits des gens, autodidactes ou ayant fait des études à l’université, ont la capacité d’assimiler les écrits de haut niveau, ce qui n’est pas le cas des moins cultivés. Aussi certaines personnes seront-elles plus aptes à lire tel ou tel journal suivant qu’elles sont accros de foot, d’informatique ou de cinéma, d’où d’ailleurs le besoin des médias spécialisés comme les revues pour enfants, les revues médicales, de voyages, de l’auto, de la pêche, du bricolage, du jardinage, d’animaux etc. C’est dire que finalement ce sont les consommateurs que nous sommes, qui déterminent la fabrication du support par lequel nous vient l’info.

 

Si j’ai comparé l’info au chocolat, c’est qu’elle peut être livrée dans un bel emballage tellement aguichant, que vous risquez d’en consommer de mauvaises. Il faut avoir goûté à plusieurs genres de produits journalistiques, pour que vous puissiez apprécier les infos à leur juste valeur. On dit que la radio donne l’info, la télé la « montre » et les journaux l’analysent. La pluralité de titres et de supports, renforce certes la liberté d’expression, mais celle-ci n’est pas pour autant définitivement acquise. Il lui faut la sanction des différents publics. C’est pourquoi, chers élèves, vous êtes appelés en tant que consommateurs de l’info à séparer la bonne graine de l’ivraie sinon vous ne lirez que ce qu’on voudra vous faire lire.

 

Larbi GRAÏNE

 

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Semaine de la presse : les élèves s’invitent aux infos

[par Benson SERIKPA]
 
La 25ème édition de la Semaine de la presse et des médias dans l’école® se tient du 24 au 29 mars autour du thème : « Une information, des supports », s’achèvera le 29 mars prochain. C’est une initiative du Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (CLEMI), un rendez-vous annuel d’éducation aux médias et à l’information, axe fort de la loi de refondation de l’école de la République en France. L’objectif étant durant toute cette semaine, d’emmener les élèves à apprendre à analyser, à hiérarchiser, à vérifier les informations, à développer une attitude critique et réfléchie vis-à-vis de l’information.
 
Il s’agit donc de 14 125 établissements scolaires, de 186 675 enseignants et de 3 137 940 élèves qui se retrouveront pour échanger lors de cette édition. Près de 1900 médias participant à cette semaine de la presse et des médias dont 657 de la presse écrite, offrent à cette occasion 1 113 120 exemplaires de journaux et magazines (dont 10 000 journaux scolaires) pour permettre aux participants de mieux s’imprégner des médias. Chaque école recevra en moyenne 57 titres, acheminés gracieusement par La Poste et 46 000 colis, distribués par les facteurs.
 
Par ailleurs, des médias numériques tels que, AFP, Médiapart, Arrêt sur image, La Documentation française, Europresse, Relay.com, Vocable, Philosophie Magazine, etc feront des offres spécifiques aux différents participants. A savoir, un mois d’accès gratuit à leur site internet. Les enseignants quant à eux, pourront télécharger la première application tablette d’éducation aux médias, réalisée par le CLEMI avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication et de l’Agence pour l’Enseignement français à l’Étranger (AEFE).
 
Une Semaine de partage en perspective et riche en enseignement de part et d’autre, à laquelle est associée La Maison des Journalistes (MDJ). Les journalistes de la Rédaction de l’Oeil de l’Exilé, journal en ligne de cette institution, dirigée par Darline Cothière, se proposent d’adresser une lettre ouverte aux lycéens français, en vue de leur parler de la liberté de la presse, lors de cette 25ème édition.
 

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