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PORTRAIT. Meiirbek, journaliste kazakh exilé : «Continuer à écrire, c’est les protéger»

Meiirbek est né en 1984 en Chine mais a émigré, dès ses 22 ans, au Kazakhstan. Là-bas, il était ingénieur dans une entreprise pétrolière. Rien ne le destinait vraiment à s’engager dans une lutte pour la liberté d’expression et la liberté de la presse. Et pourtant, en 2018, plusieurs de ses proches disparaissent un à un : l’un de ses professeurs, quelques collègues… Très vite, il comprend que ces derniers ont été emmenés dans des camps de concentration chinois.

  •   Par Clémence Papion, étudiante en Master de Droit International Public et Ange Fabre, étudiant en Droit et Science politique, stagiaires à la Maison des journalistes. 

Lorsque Meiirbek comprend que ses proches disparus sont déportés en camp de concentration, il décide  de s’engager dans la lutte pour révéler les agissements des autorités chinoises . Il rejoint donc une association pour la défense des droits humains au Kazakhstan : Atajurt Kazakh Human Rights. En son sein, il a participé à faire connaître des victimes, mais aussi des familles de victimes sans nouvelles d’un de leurs proches.

En 2019, le responsable de l’association est arrêté. « Le gouvernement kazakhe a des relations très proches avec le gouvernement chinois ». Allant encore plus loin dans la répression, les forces de l’ordre kazakhes ferment les bureaux de l’association et prennent tous les ordinateurs. Pour continuer à se faire entendre, tout en essayant d’éviter de se faire emprisonné comme son responsable, Meiirbek décide de créer un compte sur plusieurs réseaux sociaux sous une fausse identité. « J’ai créé un compte qui s’appelait Erkin Azat, Erkin, en turc ça veut dire liberté, et Azat, en persança veut aussi dire liberté ». Même les collègues de Meiirbek ne sont pas dans la confidence : « Je n’aime pas le dire aux autres. Si je le fais, peut-être que le gouvernement kazakhe le saura, et après ils me chercheront. On ne sait jamais qui travaille pour qui. »

Ce compte lui a été plus qu’utile. « Au sein de l’association, après avoir interviewé des victimes, on a contacté des médias, notamment au Kazakhstan. Mais ils n’en voulaient pas, ils ne veulent pas se mêler de ce qui touche à la Chine. Le gouvernement contrôle les médias au Kazakhstan. Toutes les infos que nous recevons ont été triées. » Des médias ont commencé à s’intéresser aux histoires qu’il racontait, aux témoignages qu’il relayait. « C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à recevoir des menaces, aussi bien par le gouvernement Kazakhe que par le gouvernement chinois. J’ai reçu des messages sur Messenger qui disaient « Votre responsable a été arrêté, le prochain sur la liste, c’est vous. Attention » ».

Le responsable de Meiirbek est finalement libéré au bout de quelques mois, après la pression importante  d’Amnesty International par le biais d’une pétition. Se sentant encore en danger, ce dernier émigre aux États-Unis. De son côté, Meiirbek continue sa lutte au Kazakhstan.

Afin de mieux comprendre le contexte de persécution des minorités ethnique au Xinjiang, Meiirbek nous explique la situation. « Xi Jinping est élu en 2012. C’est un dictateur. Lors de sa deuxième année de mandat, il commence à arrêter ses opposants politiques. C’est là que des camps ont commencé à être créés, en 2016 donc. À partir de septembre 2018, il a commencé à arrêter non seulement les opposants politiques, mais également plusieurs minorités présentes en Chine telles que les Ouïghours ou les Kazakhs. Pourquoi ? Pour créer une unité chinoise, une population totalement homogène, sans différence. Dans ces camps il faut parler chinois, aucune autre langue n’est acceptée. Comme excuse à ces arrestations, Xi Jinping évoque le terrorisme. Mais tous ceux que je connais qui ont été enfermés dans ces camps n’étaient pas des terroristes, le problème c’est leur appartenance ethnique.»

Grâce aux interviews qu’il a menées, Meiirbek sait que les personnes enfermées dans ces camps sont soumises à du travail forcé entre 10 et 12h par jour. « Surtout de la couture, et il faut aller vite. Il y a un quota de vêtements à produire par jour, et s’il n’est pas atteint, le salaire est réduit. Cette histoire de salaire, c’est pour faire beau sur le papier, mais chaque excuse est bonne pour le réduire : un retard, une couture de travers, un rythme trop lent. Si bien qu’à la fin du mois, le salaire est réduit à néant et ils ne reçoivent rien. »

Outre ces informations sur le travail forcé, Meiirbek a découvert des pratiques impensables visant à limiter le plus possible l’accroissement des minorités. Au fil des interviews, ce qui s’apparentait à de simples vaccins pour éviter les maladies au sein des camps, s’est finalement révélé être une campagne de stérilisation de masse. « C’est vraiment un génocide, on cherche à mettre définitivement fin à une ethnie, une population. Le pire, c’est que si une femme arrive dans le camp alors qu’elle est enceinte, même de sept ou huit mois, ils lui font subir un avortement. »

C’est avec beaucoup de force que Meiirbek nous raconte ces histoires qui font désormais parties de lui. Révolté par ce qui se passait autour de lui, il mène une lutte sans relâche, mettant sa propre liberté en péril. Alors que les menaces deviennent de plus en plus importantes, Meiirbek établit un contact avec plusieurs associations et médias français, ainsi qu’avec l’Ambassade de France au Kazakhstan. Grâce à leur aide précieuse, il a pu se réfugier en France où Amnesty International, France 24 et l’AFP l’ont directement dirigé et mis en contact avec la Maison des Journalistes. Au mois de mai 2019, Meiirbek en devient résident. Le choix de la France est comme une évidence pour lui : « En Belgique, on parle français au sein des enceintes de l’Union Européenne. En Suisse, on parle français au sein des enceintes de l’Organisation des Nations Unies. Donc je pense que le français est important pour moi, pour continuer mon travail, c’est pourquoi j’ai choisi la France. »

Ici, Meiirbek compte bien continuer sa lutte pour les Droits de l’Homme. « Je participe à beaucoup de manifestations, d’ailleurs j’ai encore été menacé en juin 2020 par un individu qui devait être proche du gouvernement chinois, dans la rue, comme ça. Il m’a posé beaucoup de questions. Heureusement, lorsque j’ai reçu ma carte de citoyenneté, la préfecture m’avait donné un numéro où appeler si j’avais un jour besoin d’aide. Je les ai appelés et le préfet de police l’a fait arrêter, mais il a fui. » Cette lutte, il ne la consacre pas seulement aux répressions menées par le gouvernement chinois. Il s’intéresse à toutes sortes de débats. Il explique de manière posée et réfléchie « Au Kazakhstan au début, nous avions pas mal de libertés. On avait Skype, Facebook, mais maintenant c’est devenu plus dur. Petit à petit l’étau se resserre sans qu’on s’en rende compte. Une telle répression, ça ne se fait pas d’un coup. Alors quand j’ai entendu parler de la loi Sécurité Globale en France, je me suis dit qu’il fallait manifester, pour empêcher le développement d’un processus de limitation des libertés. Donc je soutiens les droits de l’Homme pour tout le monde, même français et européens ».

Meiirbek interviewé en marge d’une manifestation, à Paris

Devant tant de détermination et d’engagement se pose la question des menaces subies par la famille. Les parents de Meiirbek, ainsi que deux de ses frères vivent au Kazakhstan, « Pour eux tout va bien ». Mais un de ses frères et sa sœur, eux, vivent en Chine. « Lorsque le gouvernement chinois a découvert l’identité d’Erkin Azat, c’est-à-dire moi, ils sont allés les voir et les ont menacé. Ils savaient que j’étais hors de portée alors ils leur ont dit que si jamais je continuais de rédiger des articles, c’est eux qui seraient enfermés. Mais je ne céderai pas. Continuer à écrire, c’est les protéger, car ainsi tout le monde est au courant. Si je me taisais, c’est là que ça deviendrait dangereux pour eux, et pour toutes les minorités. C’est ce qu’ils cherchent, étouffer le sujet. »

Lorsqu’on lui demande s’il pense que la situation pourra un jour s’améliorer en Chine, il apparaît mitigé. « Vous savez, la répression est de plus en plus grande. Toute excuse est bonne pour emprisonner quelqu’un : avoir dit As-Salam Aleykoum, être rentré dans une mosquée, avoir posé des questions aux forces de l’ordre lorsqu’on ne comprend pas pourquoi on fait l’objet d’un contrôle… Désormais, même les Han chinois peuvent être emprisonnés. Ils sont pourtant la population majoritaire au Xinjiang, région où les camps se sont développés.». D’un autre côté, il est certain que le fait que le sujet de l’enfermement des Ouïghours se développe au sein de la communauté internationale est une bonne chose. « Moi j’ai encore des contacts en Chine, et ils m’indiquent que la situation s’améliore un peu. Si on continue d’en parler, la pression s’intensifiera pour la Chine et elle sera obligée de ralentir cette politique de répression ».

Après deux ans de vie à la Maison des Journalistes, Meiirbek a désormais son propre logement en région parisienne. Motivé, il tient à perfectionner son français afin de pouvoir demander la nationalité française, pays qu’il qualifie comme sa “troisième patrie”. A ce sujet, il souhaite nous lire un texte qu’il a rédigé : « Qu’est-ce que la France m’a donné ? », un poème en hommage au pays qui lui a offert l’asile. Une fois la nationalité acquise, il souhaite intégrer une formation de journalisme. « Je suis citoyen-journaliste moi, je n’ai pour l’instant aucun diplôme en la matière. Mais c’est dans cette voie que je veux poursuivre ».

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GUINEE CONAKRY – La liberté de la presse attaquée

Pour avoir diffusé les opérations de dépouillement de vote en direct (dans un contexte de fraude massive), la Haute Autorité de la Communication a suspendu le site d’information Guinéematin.com pour un mois. C’est une décision lue dimanche soir sur les ondes des médias d’État. Le fondateur du site, dans une interview accordée à l’émission les grandes gueules ce matin de mardi 20 octobre, indique que la décision ne lui a même pas été notifiée !

« C’est par les réseaux sociaux que j’ai appris la suspension de mon site alors que mes reporters étaient encore sur le terrain. J’ai demandé à Ahamed, un ami qui est commissaire de la HAC, quelle loi interdisait à mon média de diffuser sur notre page Facebook en direct le dépouillement des bulletins de vote ? Personne n’a su me donner la réponse ! Mon avocat m’indique que la loi n’interdit pas au site de diffuser en direct le dépouillement. » 

Plus grave, cette décision émane d’un ancien journaliste chevronné devenu président de la HAC, Boubacar Yacine Diallo. Il est le fondateur de la radio horizon FM et il fut le président de l’urtelgui, l’union des radios et télévisions guinéenne. Puis il a bénéficié d’un décret présidentiel le nommant président de la HAC.

Et c’est un effet de mode qui se diffuse en Guinée Conakry. Avant 2020, ce poste de la HAC était un poste électif, donc soumis à un eélection. Dorénavant c’est un poste attribué par le pouvoir. Le pouvoir exécutif s’empare de toutes les instances électives en transformant les modes de désignations par décrets. Ce qui permet à l’exécutif de décider à la place du peuple.

Alors que la Guinée Conakry a reculé de trois points sur le baromètre de la liberté de la presse l’année dernière, passant de la la place 107 à 110, les médias privés continuent d’être la cible du pouvoir exécutif de Conakry. Aujourd’hui, c’est au tour du fondateur du site guinéemat.com de faire l’objet d’un acharnement de la part de l’État. Qui sera le prochain victime de l’injustice médiatique ?

Nous profitons de cette tribune pour saluer et encourager nos confrères de Guinée Matin. Informer les citoyens en ces lendemains d’élection contribuent à la démocratie.

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GUINEE CONAKRY – Au lendemain des élections présidentielles, le chaos

Ils avaient 13, 14 et 18 ans. Tués par balle alors qu’il fêtait la supposée victoire de leur candidat à la présidentielle, l’armée n’a pas fait dans la demi-mesure. Ces règlements de comptes ne sont pas isolés. Tout porte à croire que des fraudes ont eu lieu un peu partout en Guinée lors de cette élection qualifiée d’illégale, puisque le Président sortant a modifié la Constitution unilatéralement pour se présenter à un 3ème mandat. 

Le 18 octobre 2020, l’élection présidentielle a tourné à la fraude électorale à ciel ouvert. Des preuves vidéos confirment ces soupçons. 

Se faire élire par des armes, plutôt que par des urnes 

Dans les fiefs du parti au pouvoir, notamment à Kankan, des militants épaulés par les forces de sécurité ont fraudé sans vergogne pour espérer faire gagner l’élection. Une première vidéo montre un agent de sécurité prendre plusieurs bulletins de vote pour les remettre à une seule personne qui part s’isoler pour voter. Tout porte à croire que cet électeur y va pour ajouter illégalement des votes au candidat Président Alpha Condé dans son fief à Kankan. 

Une deuxième vidéo montre un membre du bureau de vote confortablement assis. Il coche plusieurs bulletins de vote désignant Alpha Condé. On entend des personnes autour du fraudeur lui dire de faire vite car un délégué arrive. L’ensemble se passe en langue malinké. Découvrez cette vidéo en cliquant sur ce lien

Autres méthodes utilisées pour faire gagner le candidat, enregistré un nombre de votant supérieur au nombre d’inscrits dans un bureau de vote, malgré la présence de la Cedeao (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et de l’Union Africaine présentes pour surveiller le bon déroulement du scrutin. En lieu et place du terrain, les surveillants des élections préfèrent se prélasser dans le luxueux confort de leur hôtel. Ils dressent leurs oreilles afin d’écouter les déclarations fallacieuses des Présidents en place qui légitiment les dictatures en Afrique au détriment de l’intelligence des peuples africains qui restent dominés par l’illettrisme. Il s’agit de Cellou Dalein Diallo. 

Selon le site Tribune Ouest, bien introduit en Guinée, et qui a pu prendre connaissance des premières estimations à la sortie des urnes, Alpha Condé aurait perdu le vote des Malinkés en Haute-Guinée, son fief historique, ainsi que celui des Soussous en Basse-Guinée. 

Cedeao et Union africaine: des organisations qui ont pour but de conforter les dictateurs en place grâce aux fraudes lors des élections démocratiques 

Pour se maintenir au pouvoir, le Président en place et candidat Alpha Condé n’a d’autre choix que d’utiliser la fraude. Avec ses acolytes de la Cedeao, il sait que la CENI (Commission électorale nationale indépendante) va valider les résultats. En Afrique, les immenses défaites stratégiques peuvent être sans conséquence. Par exemple, c’est bien la Cedeao et l’Union Africaine qui se pavanait au Mali, faisant croire que le Président élu était légitime, qu’il n’y avait pas eu aucune fraude. Quelques jours après ces élections, l’ampleur de la fraude ne faisait aucun doute. Le peuple malien décidant sans aide de renverser l’usurpateur avec l’aide de l’armée. 

Ces deux instances sont là pour légitimer aux yeux du monde les élections organisées par des dictatures. Elles permettent la mise en place des basses besognes du pouvoir qui se servent de la démocratie comme d’un jouet. Le mois prochain, ce sera au tour de la Côte d’Ivoire d’aller voter pour leur président. 

C’est à nouveau la Cedeo qui encadrera ces élections. Prenant goût aux jeux de pouvoir, ils n’hésitent pas à intervenir dans le processus des élections pour soutenir le dictateur en place ! Non seulement, la Cedeao condamne sans réserve l’opposition ivoirienne à bout de nerf et proche de la désobéissance civile depuis qu’ils ont appelé, ce qui est leur droit, au boycott de l’élection présidentielle. Fait aggravant, l’Union Africaine et la Cedeo ne se sont pas gênées par la violation constitutionnelle qui comme en Guinée Conakry a été transformé pour permettre un troisième mandat au dictateur en place, en l’occurrence Alssane Ouattara. 

En Guinée Conakry, on compte les morts 

En Guinée Conakry, l’opposant charismatique Cellou Dalein partant de son expérience, s’est auto-déclaré vainqueur de l’élection. Il s’est basé sur les procès-verbaux à la sortie des urnes. La liesse populaire s’est alors emparée de Conakry, les rues se sont remplies et la ferveur était à la hauteur de l’attente d’une fin de règne souhaité par la population. Ces scènes ont également eu lieu en Guinée forestière, en Moyenne et en Basse Guinée. 

À Conakry, les forces de sécurité à la botte du pouvoir, ont tué dans la soirée du 19 octobre 2020 trois jeunes élèves selon un communiqué du parti UFDG de Cellou Dalein Diallo. Il s’agit de Thierno Nassirou Sylla, 13 ans, Mamadou Saîdou Diallo, 14 ans et Abdoulaye Diombo Diallo, 18 ans. 

Que s’est passera-t-il dans les prochains jours en guinée ? La CENI confirmera-t-elle les résultats des urnes ? Ou cautionnera-t-elle les fraudes en proclamant le candidat du RPG illégal ? Le chaos menace la Guinée Conakry.

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GUINEE CONAKRY – L’élection présidentielle réveille la haine ethnique

Après une campagne électorale marquée par un regain de violences dans les fiefs de l’opposition et du parti au pouvoir, dont un mort à Conakry, environ cinq millions d’électeurs sont appelés à voter ce dimanche 18 octobre 2020. Les guinéens éliront à nouveau un homme ou une femme qui prendra les destinées des 12 à 13 millions d’habitants durant les cinq prochaines années. Plus exactement, ce sera cinq ou six ans. Cinq si l’on respecte la constitution légitime. Il faut en revanche ajouter une année supplméentaire selon la nouvelle constitution controversée adopté dans des conditions ubuesques.

En lice, 12 candidats (dont deux femmes) pour un seul fauteuil. Les projecteurs seront tournés vers le président sortant, candidat à sa propre succession. Candidature illégale puisque la Constitution de 2010 empêche l’exercice du troisième mandat. 


C’est dans ces violences que Mamadou Saïdou Diallo, 14 ans, élève en classe de 8ème année, a été tué.


Un challenger est également à surveiller: Cellou Dalen Diallo, ancien premier ministre de Lansana Conté. Le rififi a lieu principalement entre ces deux candidats. Rififi le mot est tendre, car leur chamaillerie tue des guinéens, en traumatisent d’autres et font bruler la flamme de la haine. 

Le parti au pouvoir chahuté par la foule

Mardi 29 septembre 2020 vers 15h30, une prétendue attaque attribuée aux militants du principal opposant Cellou Dalen Diallo a peut-être eu lieu après le meeting tenu par Ibrahima Kassory Fofana, premier ministre et directeur de campagne d’Alpha Condé (le Président en exercice).

Cette scène s’est déroulée au stade Elhadj Saîfoulaye à Labé, situé dans le quartier Konkolah. Alors que le premier ministre quittait les lieux, sa délégation a subi une attaque violente par plusieurs individus incontrôlés. Conséquence, sept véhicules ont été caillassés et l’une des voitures s’est encastrée contre un mur en cherchant à éviter les casseurs.

Voici la version officielle du gouvernement de Guinée Conakry: «Mardi, 29 septembre 2020 – C’est avec une grande amertume que le Gouvernement apprend l’attaque dont a été l’objet le cortège de son Excellence Ibrahima Kassory Fofana, Premier Ministre de la République de Guinée et Directeur de campagne du candidat du RPG Arc en ciel».

Cette version a été fortement nuancée par le représentant de l’Etat dans la région, le préfet de Labé, Elhadj Safioulaye Bah. Dans l’émission les GG sur les ondes Espace FM de Guinée Conakry, le préfet s’est très clairement exprimé:

«Le premier ministre n’était nullement ciblé. Depuis le matin, dès 8 heures, la population s’est rassemblée au stade. Une forte animation et beaucoup de personnes y étaient. L’événement s’est très bien passé, jusqu’au départ. C’est là que les jets de pierres ont eu lieu, uniquement à la fin du cortège. Je ne dirai même pas le mot «cortège» car il n’y avait quelques véhicules. Le véhicule de notre premier ministre n’a pas été atteint. A priori, il n’était pas visé. Il faudrait que cela se sache !»

Le préfet ose continuer: «Il y a des personnes qui sont incontrôlées, peut-être qu’ils ont eu des promesses qui n’ont pas été tenues et qu’ils ont réagi en fonction de cela. En tous les cas, s’il s’agissait d’un sabotage, dès le matin, ils auraient saboté cela. Nous avons ouvert une enquête pour essayer de trouver ceux qui sont auteurs des jets de pierres et les raisons qui les ont amenés à faire cela

Le parti d’opposition ethniquement pris à partie

Ce dimanche 11 octobre, c’est le cortège de l’opposant, leader de L’UFDG, Cellou Dalein Diallo qui a été attaqué à Kankan, fief du pouvoir traditionnel d’Alpha Condé.

L’accès à la ville a été bloqué dimanche par un groupe de militants «RPG ARC en Ciel». Ces jeunes ont barricadé l’entrée principale de Kankan par des troncs d’arbres entrecoupés et entreposés ça-et-là sur la chaussée.

Le cortège de Cellou Dalein Diallo a décidé finalement de rebrousser chemin pour éviter des affrontements. Mais cette fuite n’a pas suffi et ce qui s’en suit est anormal, surtout si l’on précise que toutes les violences dont nous allons vous parler ont eu lieu alors que le « Ministre de la défense nationale » et le « Ministre de l’administration du territoire et des affaires politiques » sont tous les deux présents à Kankan.

Mais leur présence n’a en rien dissuadé ou gêné les loubards. En effet, les jeunes du RPG ne se sont pas limités à bloquer le cortège du Président de l’UFDG. Ces racailles s’en sont pris (encore !) aux militants massivement mobilisés pour accueillir leur leader.

Beaucoup d’entre eux ont été bastonnés et blessés. Leurs motos ont été volées ou calcinées. Mais pas que. Les boutiques et magasins des commerçants issus de la même communauté ont été pillés et saccagés.

Pourquoi tant de violence ?

Au-delà des luttes de pouvoir, c’est la triste mais logique conséquence des discours à relent ethnique qui fleurissent dans les discours d’hommes politiques guinéens. Qui plus est, des types dangereux car extrémistes bénéficient des largesses du pouvoir. Parmi ces extrémistes, nous devons citer au moins ceux du mouvement RPG (auteur de ces violences) notamment Talibi Dabo de la coordination régionale du RPG, ainsi qu’Oumar Diakité lui-même maire RPG de Kankan, sans oublier Moussa Dian Condé du syndicat des transports. A eux trois, leur haine et leur rage rempliraient tous les fleuves de Guinée Conakry !

Cette haine basée sur l’ethnie est grave. Il faut être sérieux. Tant d’exemples nous montrent à quel point des personnes partageant un même territoire et une même langue, sont capables de rentrer dans une logique de génocide. Nous n’en sommes pas là. Mais la situation ne se limite pas à ces exemples dans les fiefs de chacun, elle s’étend à l’ensemble du territoire de Guinée Conakry.

Par exemple, à Conakry, la capitale guinéenne a été la scène de violents affrontements ce jeudi 8 octobre 2020 faisant un mort. Idem deux jorus plus tard, cette fois à Yattaya Fossidet, dans la commune de Ratoma.

Des accrochages ont éclaté entre des partisans du RPG Arc-en-ciel et de l’UFDG, entraînant un mort et des dégâts matériels, selon nos confrères de Guineematin.com. Plusieurs partisans de l’UFDG quittaient la T6 pour se rendre à Sonfonia, via Yattaya. A l’arrivée de leur cortège à cet endroit, où des partisans du RPG Arc-en-ciel battaient campagne, les choses ont très mal tournées.

Suite aux échanges peu amicaux, les deux camps se sont affrontés à l’aide de jets de pierre. Les opposants du président en place ont pris le dessus sur leurs adversaires. Ils ont saccagé le stand du RPG Arc-en-ciel, installé au niveau de ce rond-point, incendiant le groupe électrogène et les matériaux de sonorisation qui étaient sur les lieux. Après leur passage, certains militants du parti au pouvoir ont mené des représailles, en s’attaquant à des commerces situés dans les alentours et appartenant aux partisans de l’UFDG.

C’est dans ces violences que Mamadou Saïdou Diallo, 14 ans, élève en classe de 8ème année, a été tué.

Élections mis à part, ces violences sont avant tout une tragédie pour toute la Guinée Conakry. Chacun peut penser comme il veut pour analyser le présent, mais quelles seront les suites ? Qu’est-ce qu’il y a après ? Les responsables politiques ne semblent pas se rendre compte ni admettre leur responsabilité dans ce déferlement de haine. Dimanche, l’élection présidentielle aura lieu. En espérant qu’aucun guinéen, qu’il est 14 ans ou plus, ne sera à son tour victime des démons politiques guinéens.

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GUINÉE CONAKRY – L’insécurité règne en maître absolu dans certains villages

Sinthiourou est une localité situé a environ 480 kilomètres de la capitale Conakry. Les habitants de cette localité située dans la région administrative de Mamou, préfecture de Dalaba, a comme autorité la sous-préfecture de Mombeya. Ce village est un endroit à l’écart, au loin, isolé, qui n’a jamais bénéficié de services publics. Comme ailleurs, la vie des habitants est menacée par des voleurs qui bénéficient de la complaisance des autorités locales.

Les hors-la-loi profitent des méthodes acadabrantesques des autorités locales comme les maires ou les sous-préfets pour passer au travers des mailles du filet. Pire, les victimes se retrouvent menacées par ces autorités pour qui les juges sont inutiles, car c’est eux qui rendent les jugements. Peu importe que le prix demandé soit en-deça du prix de la chose volée, qu’une vie de labeur soit ruinée par des voleurs, que le desespoir envahisse les coeurs. Prisonnier des autorités qui les menacent, c’est souvent les habitants eux-mêmes qui supplient de ne pas emprunter le chemin de la justice, uniquement par peur.  

En somme, cette population qui ne bénéficient ni d’accompagnement ni de sécurité de la part de l’état guinéen dans leur quotidien se voient dépouiller de leur bien. Cela fait plus d’un mois que ça dure ! Mais ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de ce qui se passe loin de la capitale et pour lequel les préfets eux-mêmes n’ont pas la main. 

Accepter d’être volé ou se préparer aux représailles des autorités locales

Madame Bah Mariama Tala joint au téléphone ce mardi 22 septembre 2020 vers 22 heures était en larmes. Dans sa voix, on ressent la peur. Elle me décrit comment les hors-la-loi terrorise son village.

Circulant en moto, armées jusqu’au dent, adeptes des tirs de sommation, ils ont pour mission d’attraper les beaufs et de les égorger. Ils prennent alors leur part de viande, celle qui les intéresse, et laisse le reste en brousse à la merci des charognards et des animaux sauvages.

Le dernier cas porté à ma conaissance date du jeudi 17 septembre 2020. Ils ont égorgé une vache qui avait accouché d’un veau il y a quelques mois. Ils lui ont pris le cœur et les cuisses arrières. Puis ils ont tiré plusieurs coups de fusils avant de rebrousser chemin.

Avant cela, c’était le taureau de Thierno Oumou Kanté que les assaillants ont égorgé. Pourtant, deux semaines ils sont revenus et ont égorgé la vache de Madame Bah Aminata. « Moi je n’ai pas même pas retrouvé ma vache alors que cela fait une semaine. Nous avons tous très peurs pour notre vie et pour nos bovins. La peur est tellement intense qu’on en parle même pas entre nous. Dorénavant, chaque nuit, on s’attend a tout. Depuis un mois, nous vivons dans cette inquiétude. Nous somme là sans sécurité, nous avons vraiment peur. Nous lançons un appel pressant à l’endroit des autorités a tous les niveaux au président Alpha Condé et de son gouvernement pour nous venir en aide. Nous avons besoins d’être sécurisé. Une vache coute tellement chère et nous est tellement utile, qu’allons-nous devenir ?« 

Punissez les voleurs, non la population !

Dès 2015, moi-même, Bah Mamadou Bhoye, natif de ce village nommé Sinthiourou, j’avais subi des menaces quand j’ai interpellé les autorités administratives guinéennes sur les vols et violations des droits les plus élémentaires que subissent ses habitants.

Les faits remonte à 2015 lorsqu’un voleur a dérobé des mouton dans ce village avant d’être interpellé dans la brousse par la population de mon village de Sinthiourou. Le voleur a été remis aux autorités sous-préfectorales de Mombéya.

Il a alors été jugé à la va vite, sans même la présence de juges ! Ces personnes non assermentées, dont le sous-préfet de Mombeya d’alors, le maire de la commune rurale, le président de district de Hafia lié administrativement au secteur de Sinthiourou.

Leur jugement condamnait le voleur reconnu coupable. Sa peine, un paiement de 150 mille francs guinéen a la propriétaire du mouton, soit 15 euros.

Le voleur a versée la somme convenu, surtout qu’elle  n’avait rien à voir avec le prix réel du mouton volé.

Quelques jours après le versement de la somme a la propriétaire du mouton, c’est en toute décontraction que monsieur le maire de Mombeya et le président de district de Hafia (toujours en poste) font irruption dans le village de Sinthiourou pour réclamer à la victime la somme qu’elle avait perçue des mains du voleur.

Ces trois acolythes, représentant l’Etat guinéen et la justice guinéenne, ont menacé la pauvre maman qui a fini par remettre l’argent au maire de Mombeya et au président du district d’Hafia.

A ce moment-là, je travaillais à la radio rurale de Pita et en même temps j’enseignais à l’école primaire de Sraya situé a 9 kilomètres du centre de Pita.

Quand j’ai pris connaissance de cette injustice, la violation en flagrant délit des droits les plus élémentaires que subit ma famille, je n’avais pas d’autre choix que de prendre la situation en main. En effet, je suis le seul citoyen de ce village qui a fait des études. En plus je suis journaliste, je me devais donc de dénoncer ses abus. Surtout que je ne suis pas dupe, d’autres villages doivent connaitre le même sort. 

Je me suis d’abord rendu dans mon village pour rencontrer ma famille et tiré au clair cette affaire. Il s’est avéré que les faits se sont déroulés comme dit précédemment. Je retournais à Pita et a cherché à joindre le préfet de Dalaba pour lui demander s’il avait la connaissance de cette situation du secteur de Sinthiourou qui relève de sa circonscription administrative.

Le préfet dit qu’il va s’en informer, qu’il va appeler le sous-préfet de Mombeya pour en savoir d’avantage. Le préfet m’avait promis de me faire un retour quand il en sera informé. Effectivement, il avait bien appelé le sous-préfet de Mombeya pour lui demander. L’affaire refaisant surface, les pressions sont montés d’un cran avant de fuser de partout.

C’est a cause de cette situation que mon père fut destitué de son poste de chef secteur du village (éthiquement, dois-je m’en vouloir ?) tandis qu’aujourd’hui les mêmes personnes continuent de menacer ma famille.

A cela s’ajoute, l’insécurité des habitants de ce village. La pression sociale qui s’y diffuse. Les villageois n’ont pas envi que leur réputation soit salie, ils n’ont pas envi que le sous-préfet vienne proférer ces menaces… Mais que faire lorsque ces voleurs de bétail prolifèrent ? Et que faire lorsque les autorités raquettent les victimes de leur compassentation ?

Vous pouvez constater que la situation ne change pas. Comme l’a écrit le prix Nobel de la littérature Wolé Soyinka: « L’homme meurt en tous ceux qui se taisent devant la tyrannie ».

Pour ma part, j’estime que nous nous battrons pour la liberté et que nous dénoncerons toujours les violations des droits humains, l’insécurité des personnes et de leurs biens pour donner un avenir à notre pays, la Guinée Conakry.

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GUINÉE CONAKRY – Les opposants en prison afin de préparer l’élection présidentielle

Sous couvert de lois scélérates et d’une démocratie tronquée, la purge des candidats à l’élection présidentielle continue et n’épargne aucun opposant politique. C’est ce qui s’est passé ce samedi 12 septembre 2020 : le régime dictatorial d’Alpha Condé a kidnappé Souleymane Condé. Cet homme est l’ancien coordinateur du FNDC (Front pour le respect de la Constitution) aux États-Unis d’Amérique. Le FNDC dénonce un règlement de compte contre Souleyene Condé. Son arrestation étant intervenue après le lancement de son mouvement politique: Diversité Républicaine de Guinée.

Souleymane Condé n’est pas un inconnu. Pour preuve, il était l’invité de l’émission «Les Grandes Gueules» de la radio Espace FM le vendredi 11 septembre.

Son arrestation pourrait avoir des liens avec des propos qu’il a tenu lors de cette émission. Selon le site Guinéenews, voici les raisons mis en avant par le patron de la Direction centrale de la police judiciaire, Fabou Camara.

« Souleyemane Condé a été arrêté pour ses publications sur son compte Facebook. On l’a interpellé pour ça. Tout ce qui viole la loi constitue une infraction. C’est donc par rapport à ça qu’on l’a interpellé« .

A la question de savoir si une convocation a été envoyée à Souleymane Condé, il affirme qu’il n’en avait pas besoin: « On ne convoque pas quelqu’un qui est en flagrant délit. Il n’y a pas de convocation. On le [localise], on le trouve, on l’interpelle. C’est ça la règle.« 

Du coup, nous nous sommes penchés sur la règle de droit concernant le flagrant délit en Guinée Conakry :

  • Article 50 :
    • – Est qualifié crime ou délit flagrant, le crime ou le délit qui se commet actuellement, ou qui vient de se commettre.
    • Il y a aussi crime ou délit flagrant lorsque, dans un temps très voisin de l’action, la personne soupçonnée est poursuivie par la clameur publique ou est trouvée en possession d’objets, ou présente des traces ou indices, laissant penser qu’elle a participé au crime ou délit.
    • Est assimilé au crime ou délit flagrant tout crime ou délit qui même non commis dans les circonstances prévues à l’alinéa précédent a été commis dans une maison dont le chef requiert le Procureur de la République ou un Officier de Police Judiciaire pour le constater.
    • Est également soumise à la procédure du flagrant délit, toute infraction correctionnelle, passible d’une peine d’emprisonnement qui, à la suite d’une enquête officieuse, ne paraît pas devoir faire l’objet d’une instruction préalable, en raison soit des aveux de l’inculpé, soit de l’existence de charges suffisantes.

Donc, quelle publication de Souleyemane Condé est qualifiable de flagrant délit ? Malgré une lecture acharnée, rien ne nous a semblé enfreindre la loi. 

En somme, il faut juste s’opposer au troisième mandat du président pour être arrêter, puis se voir attribuer des infractions non fondées. C’est la loi assujetie à la volonté et à l’humeur du pouvoir dictatorial d’Alpha Condé.

On se souvient qu’Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, coordinateur national adjoint de « Tournons la page – Guinée » et responsable de la mobilisation et des antennes du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) le 17 avril dernier, au lendemain de son intervention dans cette émission, avait lui aussi été immédiatement arrêté et conduit à la maison centrale de Conakry.

Il patienta plus de quatre mois en prison, avant d’obtenir sa liberté par la contribution des organisations nationales et internationales de droits de l’homme et les avocats du FNDC.

Alpha Condé, un dictateur de plus en plus violent

Pour rappel, en plus de sa candidature illégale pour obtenir un troisième mandat présidentiel contraire à la Constitution de 2010, Alpha Condé a endeuillé plusieurs familles guinéennes.

Cette campagne électorale et cette élection contestée tuera plus d’un guinéen. Dans l’opposition acculée et réprimée, les esprits s’échauffent. Les partisans de Cellou Dalein Diallo font craindre une violence post-électorale non maitrisée.

Mais comment imaginer qu’une dictature si répressive et à l’allure si démocratique, qui a déjà changé la Constitution comme si ce n’était rien, qui envoie ses opposants en prison pour des écrits sur les réseaux sociaux ou des commentaires en radio, comment ce régime pourrait perdre ces élections ? Y aura-t-il un contrôle anti-fraude et serait-ce efficace ?

Mais si nous restons sur les faits, une lecture de l’histoire prime sur les autres: Alpha Condé veut mourir au pouvoir comme ces prédécesseurs. Que ce soit Sekou Touré mort au pouvoir en 1984 ou le général Lansana Conté, lui aussi mort au pouvoir en 2008. Mais pour l’instant, les seuls qui risquent de mourir, c’est le peuple guinéen et les idéaux démocratiques.

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IRAN – Le lutteur Navid Afkari exécuté malgré la mobilisation internationale

Le régime iranien a exécuté le samedi 12 septembre 2020 Navid Afkari, champion de lutte âgé de 27 ans, au mépris des appels de la communauté internationale à mettre fin à cette exécution. Navid Afkari, un manifestant, a été arrêté en 2018, avec ses deux frères à Chiraz. Le 2 août 2018 comme plusieurs autres villes d’Iran, Chiraz avait été le théâtre de manifestations hostiles au pouvoir et dénonçant la situation économique et sociale du pays.

Après des mois de tortures horribles et des «aveux télévisés», Navid a été condamné à deux peines d’exécution dans des circonstances louches, pour le meurtre d’un fonctionnaire lors d’une manifestation antigouvernementale.


Ils me battaient avec des bâtons et des matraques, me frappant les bras, les jambes, l’abdomen et le dos.


Ses frères Vahid et Habib ont été condamnés respectivement à 54 et 27 années de prison dans la même affaire. La requête de Navid Afkari demandant un nouveau procès a été rejetée par la Cour suprême du régime.

Dans une lettre qu’il a transmise secrètement de la prison, Navid a écrit: « Pendant environ 50 jours, j’ai dû endurer les plus horribles tortures physiques et psychologiques. Ils me battaient avec des bâtons et des matraques, me frappant les bras, les jambes, l’abdomen et le dos. Ils mettaient un sac en plastique sur ma tête et me torturaient jusqu’à ce que je suffoque au bord de la mort. Ils ont également versé de l’alcool dans mon nez« .

«Trampled Humanity»

Amnesty International a publié un rapport choquant, «Trampled Humanity», le 2 septembre 2020, confirmant le recours par le régime à de graves tortures, en particulier contre les personnes détenues lors de deux manifestations nationales en Iran en 2018 et novembre 2019.

Selon ce rapport, le régime iranien a eu recours à «des tortures généralisées, notamment des passages à tabac, des flagellations, des décharges électriques, des positions de stress, des simulacres d’exécutions, des waterboarding, des violences sexuelles, l’administration forcée de substances chimiques et la privation de soins médicaux» pour faire pression sur des milliers de manifestants arrêtés lors du soulèvement de novembre 2019.

L’organisation de défense des droits humains Amnesty international s’était alarmée dès le vendredi 11 septembre de l’“exécution secrète imminente” de Navid Afkari, affirmant que lui et ses deux frères, condamnés à de lourdes peines de prison dans la même affaire, étaient les “dernières victimes du système judiciaire iranien déficient”.

Désemparée, sa mère a lancé un appel à l’aide.

La mère de trois jeunes manifestants iraniens a fait une déclaration publique pour sauver la vie de ses fils, après que la justice iranienne a prononcé des peines injustes à leur encontre pour avoir participé à des manifestations publiques en 2018 à Kazeroun et Chiraz.

Dans son enregistrement vidéo publié sur Internet le 30 août, Madame Afkari (Bahieh Namjou) a déclaré: « Des agents en civil sont entrés par effraction dans notre maison à 5 heures du matin en septembre 2018, sans montrer de mandat, et ont emmené deux de mes fils, Vahid et Navid. Au bout d’un certain temps, ils sont venus et ont emmené mon mari et mon beau-fils. Au bout de trois mois, ils sont venus et ont arrêté Habib« .

Dans une autre partie de sa vidéo, la mère précise: « Ils ont torturé Habib psychologiquement et physiquement à tel point que trois fois, il s’est suicidé en prison… Plus tard, nous avons appris qu’il avait été torturé pour faire des (faux) aveux contre Navid. »

Décrivant la procédure régulière du régime comme injuste et fausse, Madame Afkari a appelé « le peuple du monde, le peuple d’Iran et toute personne qui peut entendre sa voix » à aider de toutes les manières possibles à sauver la vie de ses trois fils.

L’UFC et même Trump ont demandé de l’épargner

Exécuté ce samedi par les autorités, Navid Afkari avait obtenu le soutien de nombreuses personnalité après la publication d’informations affirmant que ses aveux avaient été extorqués après usage de la torture.

« S’il vous plaît l’Iran, épargnez Navid Afkari » a lancé Dana White, le patron de l’UFC dans une vidéo partagé sur les réseaux sociaux.

Le président des Etats-Unis, Donald Trump y est aussi allé de son message de soutien pour appeler de ses voeux à la grâce du champion. 

« J’apprends que l’Iran s’apprête à exécuter une grande star de la lutte, Navid Afkari, 27 ans, qui n’a fait que participer à une manifestation antigouvernementale », a expliqué le dirigeant américain sur Twitter. « Ils protestaient contre l’aggravation de la situation économique du pays et l’inflation.« 

Ce samedi 12 septembre, le Comité international olympique (CIO) s’est dit “choqué” par l’exécution du lutteur, comme l’instance basée à Lausanne l’a expliqué dans un communiqué. “Il est profondément regrettable que les appels des athlètes du monde entier, et tout le travail en coulisses du CIO, avec le Comité national olympique iranien, la Fédération internationale de lutte et la Fédération iranienne de lutte, n’aient pas atteint leur objectif”, a regretté le CIO, dont les “pensées vont à la famille et aux amis” de Navid Afkari.

Les conséquences et l’issue pour le régime

Pour contrôler la société iranienne, en particulier après le soulèvement de novembre 2019 qui a ébranlé les fondations du régime, les mollahs ont multiplié les exécutions.

L’exécution de Navid Afkari, et avant lui Mostafa Salehi, qui a également été arrêté lors des manifestations nationales en Iran en 2018, vise donc à contrecarrer un autre soulèvement et à intimider le public. Ces exécutions sont la continuation de la répression brutale par le régime des deux soulèvements de 2018 et de novembre 2019, ce dernier à une échelle beaucoup plus grande avec plus de 1500 martyrs.

Ces exécutions et l’oppression des deux soulèvements sont conformes à la frénésie meurtrière du régime des années 80, qui a atteint son apogée à l’été 1988 lorsque plus de 30.000 prisonniers politiques ont été exécutés en quelques mois.

L’échec de la communauté internationale à tenir le régime responsable de ses violations des droits de l’homme, principalement le massacre de 1988, a conduit le régime à jouir d’une impunité de longue date, poursuivant ainsi sa brutalité et ses violations des droits de l’homme.

Pourtant, il y a une différence entre l’oppression du régime aujourd’hui et dans les années 80. Dans les années 80, le régime a exécuté et torturé des personnes à l’échelle de milliers, mais le monde est resté silencieux. Mais maintenant, l’exécution de Navid a été suivie d’une énorme réaction internationale. C’est principalement à cause des deux récents soulèvements glorieux du peuple iranien et des quatre décennies de résistance iranienne à dénoncer les violations des droits de l’homme du régime.

L’exécution de Navid Afkari, avec ses condamnations internationales et nationales croissantes, augmentera la haine du public en Iran envers le régime et l’isolement des mollahs sur la scène internationale.

Au sujet du résultat de cette exécution criminelle et du devoir de la communauté internationale, Madame Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a déclaré:

« La jeunesse courageuse d’Iran se lèvera en solidarité avec le peuple héroïque de la province du Fars et pour protester contre l’exécution indue de Navid Afkari. L’Iran pleure Navid et partage le chagrin de la famille Afkari alors que le monde est choqué par Khamenei et la barbarie du régime clérical. Le fascisme religieux au pouvoir en Iran ne peut pas survivre un jour sans exécution, torture et répression domestique. En versant le sang de jeunes comme Navid Afkari, les mollahs cherchent à maintenir leur emprise sur le pouvoir face aux manifestations iraniennes. L’exécution de Navid Afkari, cependant, ne fera qu’alimenter les flammes du soulèvement du peuple iranien et enverra le régime des mollahs à la poubelle de l’histoire.« 

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