Entrées par Jean-Jules Lema Landu

RD Congo : un nouveau gouvernement sans issue

Le nouveau gouvernement a été investi le 26 avril par l’Assemblée nationale. Mais, il aura fallu patienter dans l’angoisse 4 mois durant. L’attente du précédent gouvernement avait duré 9 mois, le temps qu’un bébé prenne forme et naisse. Pourtant, l’enfant est né malingre.

Le nouveau gouvernement a été investi le 26 avril par l’Assemblée nationale. Mais, il aura fallu patienter dans l’angoisse 4 mois durant. L’attente du précédent gouvernement avait duré 9 mois, le temps qu’un bébé prenne forme et naisse. Pourtant, l’enfant est né malingre.

Enfin, le voilà, le gouvernement Sama Lukonde (le nom du nouveau Premier ministre). Seulement voilà : il porte les mêmes tares que celui qui l’a précédé, concocté à l’aune des désidératas de l’ancien président Kabila.

Quant à la forme et de par son programme, ce gouvernement est proprement ce qu’il convient d’appeler un « inventaire à la Prévert », c’est-à-dire un méli-mélo comprenant près de 350 devoirs à accomplir, en un laps de temps record. (Un inventaire à la Prévert est une énumération hétéroclite).

Sur le fond, on retrouve les mêmes failles d’ossature : le gigantisme ronflant (57 ministres budgétivores) ; absence d’équilibre régional (facteur important en RD Congo) ; inconséquence politique (projets formés sur la base d’un budget chimérique), qui est, en fait, un mensonge vis-à-vis du peuple ; retour au gouvernement de mêmes têtes, blanchies sous les harnais des combines, de la triche et des massacres du peuple congolais…

Une sarabande mortifère

A bien regarder, ces défauts ne sont pas que conjoncturels. Ils tissent leur origine bien loin dans le temps, depuis que le pays connaît la faillite politique, à l’aube de son indépendance, en 1960. Depuis, il y a comme une sorte de lien organique qui prospère et oriente les hommes politiques à n’épouser que le négativisme (pathologie à plusieurs spécificités).

Pour ceux qui croient aux forces obscures de sortilèges – et ils ne sont pas moins nombreux -, ils évoquent volontiers la malédiction proférée par le général belge Emile Janssens (surnommé Petit Maniaque). Pris d’une folle colère, à l’idée que le Congo aller acquérir son indépendance, il jeta l’anathème : « Le Congo avant l’indépendance est égal au Congo après l’indépendance ». C’était fin 1959.

Les Romains qui aimaient bien la guerre de conquête disaient aux vaincus : « Statu quo ante bellum », signifie littéralement « comme les choses étaient avant la guerre ».

Qu’on ajoute foi à ces deux hypothèses ou non, la réalité est sous nos yeux, toute crue. Depuis 1960, le Congo tourne en rond, dans une sarabande mortifère. Le Congolais vit depuis des décennies avec un demi-dollar (cinquante cents) par jour. Les statistiques qui lui accordent plus de ce montant méritent d’être corrigées.

De fait, en dehors du gouvernement Lumumba – du 24 juin au 5 septembre 1960 -, soit 74 jours seulement de vie démocratique, le reste est une véritable parodie de démocratie. Depuis, trente-deux « gouvernements d’apparat » se sont succédé, s’étirant sur une période de 61 ans de mensonge éhonté et de dictature.

Il y eut donc trente-deux « Premiers ministres bidon », au service de la volonté des maîtres des horloges Mobutu et Kabila Joseph, pour ne pas le citer. Qu’y a-t-il changé entre les deux régimes précédents et celui que dirige Tshisekedi ? Du parlement monocolore de Mobutu, à parti unique, à l’indéfinissable « Union sacrée » de l’actuel chef de l’Etat, en passant par les années de plomb sous Kabila Joseph, le « système » demeure vivace. C’est du même au pareil.

De la poudre aux yeux

Le maître mot qui englobe ces trois régimes s’appelle « illégitimité ». Et, celle-ci a plus d’épaisseur, d’autant que Tshisekedi a été nommé par un deal plutôt qu’élu, deal conclu avec son prédécesseur Kabila.

Sama Lukonde devient donc le 33ème « Premier ministre bidon », au service d’un prince à qui il doit obéir au doigt et à l’œil. Mais qui, contrairement aux princes jadis disposant des ressources, est presque désargenté. Le Trésor public ayant été siphonné par le prince lui-même et ses conseillers voraces. Le pays est financièrement exsangue.

Pourtant, le nouveau Premier ministre s’entête. Son plan d’action sur trois ans, jusqu’à fin mandat de Thisekedi, en 2023, s’appuie sur 36 milliards de dollars, dont presque 15 milliards destinés au budget ordinaire, pour la même période. Sama Lukonde, avec son inventaire à la Prévert, se prévaut de ces chiffres sans pour autant préciser les moyens par lesquels il disposera de cette somme. C’est de la poudre aux yeux du peuple.

Fatigué de mensonges, ce peuple, sceptique, attend de voir. La communauté internationale, par élégance, se mure dans le silence. Nombre d’analystes, friands d’actualités du Congo, se replient dans leur tour d’ivoire, n’ayant plus grand-chose à dire. Sama Lukonde, à l’instar de ses trente-deux prédécesseurs, va aller fatalement droit dans le mur.

Tant que la chaîne de l’illégitimité ne sera pas rompue, pour libérer la démocratie, aucun gouvernement ne sortira du labyrinthe.

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France


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Tchad. La France de Macron à l’épreuve des réalités ?

La disparition du président tchadien Idriss Deby va-t-elle influencer la politique de la France envers ce pays? Le décryptage de Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France.

Françafrique ! Ce néologisme est très connu en Afrique. Il renvoie aux réseaux d’influence « opaques », militaro-mercantiles, entretenus par la France dans sa relation avec le continent africain. Le président Macron, qui voulait être le « dernier de cordée » dans cette mauvaise entreprise, avait promis d’y mettre un point final. Quelle sera l’attitude de la France vis-à-vis de la situation au Tchad, après la disparition du président Idriss Deby ? On sait qu’au-delà de l’inconnue politique qui se présente devant ce pays, ce chef d’Etat constituait un appui non négligeable aux forces françaises Barkane déployées au Sahel.

Pas que. Depuis des décennies, la France militaire campe au Tchad, pour diverses autres raisons, dont celle, capitale, de défendre et contrôler son pré carré.

Novembre 2017, à l’université de Ouagadougou (Burkina Faso), le président français casse les codes : « Il n’y a plus de politique africaine de la France », martèle-t-il. C’est direct. C’est précis. Tonnerre d’applaudissements parmi les 800 étudiants burkinabè qui s’y trouvaient. La déclaration a eu une grande résonance en Afrique. En effet, depuis la chute du Mur de Berlin, en 1989, tous ses prédécesseurs ont certifié la mort de la Françafrique, mais personne n’y est parvenu.

Les présidents François Mitterrand et François Hollande, les socialistes, se sont limités à des vœux pieux. Est-ce parce que la Françafrique avait la vie dure en soi ou, au contraire, c’est parce que ses tenants ne voulaient pas, tout simplement, lâcher leur pactole ?  Quant au président Sarkozy, son désir pour mettre fin à cette forme subtile de néocolonialisme n’avait rien de sincère. A preuve, dans un discours, à Dakar, 2007, il a traité les peuples africains d’arriérés, puisque « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire », selon lui. Autrement dit, la notion de tuteur qui régente tout pour eux devait leur être appli

Ces propos méprisants ont suscité une véritable levée de boucliers en Afrique noire francophone. Plusieurs écrivains et penseurs ont réagi à la provocation dans un ouvrage intitulé « L’Afrique répond à Sarkozy » (Editions Philippe Rey, 2008). Son résumé est simple : « Sapere aude ! » de Horace ou « ose savoir ». Les Africains voulaient dire qu’ils « savaient se servir de leur entendement ».

C’est dans cette atmosphère de méfiance, exprimée de part et d’autre, que le président Macron entre en scène, en 2017. Figure de pédagogue – le bon – et le verbe haut, il promet la mort de la Françafrique dans une sorte de serment : « J’appartiens à une génération qui ne vient pas dire aux Africains ce qu’ils doivent faire », professe-t-il. Exit donc, la génération des Jacques Foccart et autres Albert Bourgi, ceux, qui, après le général de Gaulle, constituaient l’âme damnée des présidents français, à l’égard de l’Afrique.

Aujourd’hui, l’Afrique regarde la France de Macron sur le Tchad, en tourments. Elle est placée au pied du mur. Que va-t-elle faire pour ce pays considéré comme une sorte de fer de lance dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest, ensanglantée par des groupes terroristes ? En 2019, le président Macron avait déjà rompu le serment, en bombardant une colonne venue encore une fois de Libye, pour sauver l’ami Idriss.

La situation actuelle au Tchad nous apportera la preuve que la France de Macron a donné un coup de grâce à la Françafrique. Un vrai piège !

 

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France


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Congo. « Marius chez vous », fin d’une émission populaire

Dimanche, 28 mars, Marius Muhunga, annonçait avec une réelle émotion, la fin des émissions TV « Marius chez vous » sur les réseaux sociaux. Il en était, à la fois, le boss et l’animateur vedette. Pour justifier cette cessation, le journaliste évoquait son embauche à « La voix de l’Amérique ».

Ce média congolais émettait depuis Washington DC, capitale des Etats-Unis. Il croulait sous son audience au zénith. En raison, bien sûr, de son excellence.

Je suivais en direct de cette émission spéciale. Elle était conclue par des avis et considérations des fans, celles et ceux qui aimaient suivre cette télévision :  c’était une pluie de félicitations… et un feu de coups d’émotion. Sans doute sincères ! Je ne m’en cache point, j’ai tissé, moi aussi, en l’honneur de mon éminent confrère, un joli bouquet de « fleurs platoniques ».

Tweet de Marius Muhunga annonçant la fin de « Marius chez vous »

De fait, une telle opportunité, pour un journaliste africain, ne relève pas d’une sinécure. Il doit y avoir, pour ce faire, des arguments qui parlent excellence et mérite. C’est, pour Marius, le couronnement d’une carrière flamboyante. Ne le reçoivent que celles et ceux qui ont fait de leur plume et de leur micro un « distributeur » de vérités ; des journalistes qui savent brasser « rigueur du fond et clarté de la forme », pour l’éclat des valeurs républicaines.

Quant à mon bouquet de fleurs, j’avoue que ce sont des roses avec leurs épines. D’un côté, satisfaction et joie, de l’autre, inquiétude, tout de même. Suivie d’une interrogation angoissante : Marius s’est-il donné le temps de triturer la question autour de son « élection » à cette prestigieuse institution américaine ?

Je ne sais. S’il l’a fait, c’est tant mieux. Mais, s’il ne l’a pas fait qu’il essaie de « passer de l’autre côté du miroir », comme on dit, pour en savoir plus. Car, à cause de son rayonnement au sein des populations congolaises, par ces temps de la politique nationale faite de bassesse, « TV Marius chez vous » pouvait être la cible de ceux qui voulaient la voir disparaître. Ces ennemis implacables de la vérité. Ces menteurs au sommet de l’Etat.

Dans ce dernier cas, voilà peut-être un joli « coup de réussite » pour Marius, seul, mais certainement un terrible « coup de massue » pour la masse des Congolais progressistes, épris de justice et d’ardent désir de voir le Congo se relever. Autant au pays que dans la diaspora.

C’est mon humble point de vue.

 

 

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France


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Afrique de l’Ouest : ces élections qui tuent l’espoir

Dans les pays développés, démocratiques, et dans la plupart de ceux qui aspirent à l’être, les urnes constituent une sorte de blanchisserie de la démocratie. Elles « nettoient » et accouchent, en principe, du propre pour donner des nouveaux habits à la République, un nouvel élan. C’est tout le contraire pour l’Afrique qu’elles habillent d’un accoutrement cachant contestations et violences meurtrières. En témoignent, singulièrement, les résultats de récentes élections au Niger, en Guinée Conakry et en Côte-d’Ivoire.

Pendant quasiment une semaine, Niamey, capitale du Niger, et plusieurs autres villes du pays flambaient de colère. On chahutait, on bousculait, on incendiait maisons de particuliers et bâtiments publics. Avec des morts à la clé. Et pour cause. Tout était parti, mardi 23 février, par la publication des résultats du deuxième tour de la présidentielle, remporté sans contexte par Mohamed Bazoum. Selon ces résultats, celui-ci avait récolté 55,75 % des voix, face à son rival de l’opposition, Mahamud Ousman, avec 44,25 % des suffrages.

Pourtant, le président sortant, Mahamadou Issoufou, avait écarté du chemin la pierre d’achoppement consistant à modifier la Constitution pour un « troisième mandat ». Astuce permettant aux présidents en place de se maintenir au pouvoir, mais ayant pour conséquences de générer des mouvements de protestations violents. Tout était donc fondé pour assister, cette fois, à des élections paisibles. On avait vite oublié que les désordres post-électoraux, en Afrique, étaient la règle et leur contraire l’exception.

Or, en novembre et en octobre derniers, il y a eu élection présidentielle, respectivement en Côte-d’Ivoire et en Guinée Conakry. Les présidents des deux pays ont procédé à une modification de Constitution pour un « troisième mandat » et se sont, de ce fait, maintenus à leur fauteuil. Mais, sur fond des crises pré et post-électorales, émaillées de brutalités : destructions de biens publics et bains de sang. L’opinion tant locale qu’internationale l’avait décrié à tue-tête, et on avait cru que cela était suffisant pour servir d’exemple au Niger. Bernique !

Manifestation contre la modification de la Constitution en Guinée, le 24 octobre à Conakry – Crédit : Aboubacarkhoraa

Les deux exemples laissent perplexe. En Côte-d’Ivoire, après avoir publiquement promis de quitter le pouvoir, le président Ouattara est spectaculairement revenu sur sa décision. Or, il est à classer parmi ce que l’Afrique a de meilleur, en termes d’élites intellectuelles. Il a renié la parole donnée, qui a valeur de serment. Sans scrupule. Il en est de même du président guinéen Alpha Condé, professeur des universités, y compris à la Sorbonne. Il s’accroche au pouvoir, à plus de quatre-vingts ans d’âge, après avoir lutté, lui-même, des décennies durant, contre l’aspérité des dictatures guinéennes.

Comment penser, dans ce contexte de proximité de temps (en l’espace de cinq mois) et de position géographique (le Niger est même voisin de la Côte-d’Ivoire) que ces attitudes de responsables politiques ivoiriens et guinéens, et des événements qui y sont liés, n’aient pas eu un impact sur le plan mental des Nigériens votants ? N’avaient-ils pas vu, instinctivement, une « main frauduleuse » dans les résultats d’élections organisées par un alter ego de l’Ivoirien Ouattara et du Guinéen Condé ?

Il y a, à cet égard, un problème fondamental de confiance, qui va continuer de se poser pendant longtemps encore entre les dirigeants africains et leurs peuples, dont la maturité politique ne cesse de croître.

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France


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Covid-19 : l’Afrique en passe de lâcher prise?

Nombre d’observateurs prévoyaient les ravages du Covid-19 en Afrique. Ces prophéties ne s’étant pas réalisées totalement, les Africains ont cru disposer, à leur avantage, de jours moins lugubres que d’autres continents. Ils pensaient qu’il en serait ainsi, jusqu’à la disparition totale du virus. C’était sans compter avec la capacité de celui-ci à revenir par vagues successives et à muter. Et, même, pourquoi pas, à resurgir un jour ici et là, comme c’est le cas d’Ebola.

Nombre d’observateurs prévoyaient les ravages du Covid-19 en Afrique. Ces prophéties ne s’étant pas réalisées totalement, les Africains ont cru disposer, à leur avantage, de jours moins lugubres que d’autres continents. Ils pensaient qu’il en serait ainsi, jusqu’à la disparition totale du virus. C’était sans compter avec la capacité de celui-ci à revenir par vagues successives et à muter. Et, même, pourquoi pas, à resurgir un jour ici et là, comme c’est le cas d’Ebola.

Effectivement, pendant qu’on déplorait, dans les pays du Nord, des dizaines de milliers de personnes infectées et de milliers d’autres mortes, en Afrique subsaharienne, en revanche, le Covid-19 était comme inhibé. Et l’occasion faisant le larron, les charlatans, pour leur gloriole, qualifiait le virus d’une vue de l’esprit. Alors que le président tanzanien, John Magufuli, y ajoutant de son grain de sel, invitait son peuple à éviter tout produit pharmaceutique et à le remplacer par une prière fervente. Le sophisme marquait des points!

Pendant ce temps, le virus, lui, continuait son œuvre destructive. En Occident, la crise sanitaire devenait incontrôlable. Au point que quelques sociologues et philosophes, à cause des statistiques effrayantes de personnes atteintes ou mortes de la maladie, commençaient à voir le spectre de la peste noire asiatique, en 1330. Ou celle plus proche de nous, la peste espagnole, en 1918. Des crises ayant emporté des millions de personnes. La peur gagnait en intensité.

Les carottes étaient cuites

Aujourd’hui, la preuve de ce sentiment est là. À titre d’exemple, la France a enregistré jusqu’au 02 février 2021, 76 512 décès, tandis que la Grande-Bretagne en comptait 106 564.

Frémissements en Afrique ? Sans doute. La brutalité de la réalité était telle que toute superstition se rétrécissait comme peau de chagrin. Le nombre des morts ici et là commençait à inquiéter, malgré le fait que beaucoup ne croyaient pas à la fiabilité des statistiques, pourtant données par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon cette organisation, en août 2020, soit cinq mois après la manifestation de la pandémie, l’Afrique comptait 21 000 décès pour un million des cas confirmés.

Les carottes étaient donc cuites pour le continent noir, en dépit des mesures prises par les gouvernements dans le cadre de la réponse sanitaire. En ce début du mois de février 2021, l’OMS recense 3 569 145 cas confirmés pour 90 955 décès. L’impact économique, selon le cabinet britannique Brand Finance, s’élève à 50 milliards.

Quelle sera la situation de ce continent, à l’économie précaire, devant la violence de la deuxième vague du Coronavirus déjà présente ? Qui plus est, il semble que les « conditions naturelles » le protégeaient jusque-là sont en train de lâcher prise. Et, une faiblesse en plus pourrait lui être fatale. A moins que les vaccins en cours d’utilisation soient une bonne solution pour lui. 

 

Jean-Jules LEMA LANDU

Journaliste congolais, réfugié en France.


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Afrique – Kenya et Malawi annulent le résultat des présidentielles

Pour cause de fraude électorale, la Cour suprême du Kenya a pris la décision osée, le 1er septembre 2017, d’invalider le résultat de la présidentielle, organisée un mois auparavant. Une première en Afrique! A son tour, le Malawi vient de sauter le pas. Intrépide, la Cour constitutionnelle de ce petit pays d’Afrique australe s’est autorisée d’annuler, ce 3 février 2020, le résultat de la présidentielle effectuée en mai 2019. Pour le même motif que celui qui avait dicté le renvoi du vote au Kenya.

Comme à l’accoutumée, c’est le président sortant, Peter Mutharika, qui l’a emporté avec 38% des suffrages devant son principal opposant Lazaru Chakwera. 

L’annulation de l’élection présidentielle au Kenya

Victoire biaisée, a aussitôt crié l’opposition, qui a protesté et manifesté sans relâche dans les rues de la capitale, Lilongwe. Et à travers elle, les provinces du pays.

Obligée de revoir sa copie, et placée devant certaines évidences sur la fraude, la Cour constitutionnelle a simplement annulé le scrutin. Elle en a requis un nouveau dans 150 jours. Poser des tels actes judiciaires, en Afrique, où la dictature se cache derrière les démocraties tordues, n’est pas du tout anodin.

A titre d’exemple, c’est dans une auto blindée que les juges se sont rendus au siège de l’institution, à Lilongwe. Aidés en cela par une partie de l’armée malawite, dite «progressiste».

Est-ce là des signes donnés pour briser la glace ? Devra-t-on s’attendre à une réaction en chaîne ? Questions pertienentes, la réponse sera au cas par cas.  

Kenya: rivalité ethnique et enrichissement personnel

La réponse à celles-ci est d’autant plus difficile que la dictature, en Afrique, est multiforme. Au Kenya, elle est principalement assise sur la rivalité ethnique entre les Luo et les Kikuyu, dont leurs deux leaders respectifs (Odinga pour les Luo et Kenyatta pour les Kikuyu) se servent de la politique pour assurer leur puissance économique. De fait, ils sont les deux Kényans les plus riches, pour leur gloire personnelle, mais également pour le bien-être de leur communauté. On a donc assisté à un «arrangement à l’amiable», en sourdine, entre les deux leaders, pour leurs intérêts bien compris, lesquels auraient été mis à mal à travers une confortation ethnique menée de front.

Par conséquent, Odinga a «boycotté» la deuxième manche d’élections, organisées plus tard.

Malawi: un équilibre pour la paix sociale

Tel n’est pas le cas au Malawi, où c’est une partie de l’armée qui mène la barque pro-démocratique. L’armée, selon toute vraisemblance, serait divisée et l’arrêt de la Cour constitutionnelle, après le scrutin prévu dans 150 jours, ne donne aucune assurance qu’il sera accepté de bonne grâce par tous. Surtout par la partie recalée de Mutharika. Quel serait le rôle que pourrait éventuellement jouer l’autre fraction de l’armée restée silencieuse ? Est-elle pour la démocratie ou pour la survie de l’ancien régime ? Difficile à prévoir !

https://twitter.com/mgettoh_254/status/1224317178939351040

Qu’on se souvienne de la Gambie de l’ex-dictateur Yahya Jammeh, en 2017. Il aura fallu l’intervention des militaires de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest pour le résoudre à quitter le pouvoir.

Quoi qu’il en soit, la justice dans ces deux pays est sortie du bois. Elle a donné la mesure des problèmes qui vont surgir et la nature des solutions qui y seraient apportées. Elles sont largement différentes, selon chaque pays. C’est au cas par cas. Ce qui fait dire que l’instauration de la démocratie, d’une manière ou d’autre, avancera à pas de tortue, voire d’escargot.

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France


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RD Congo: « Un homme très intelligent, mais sans conscience. »

Mais, de quelle nationalité est-il, ce fameux Vital Kamerhe ? Un Rwandais ? Que nenni. Un Burundais ? Oui, à travers sa lignée maternelle. Un Congolais ? Encore oui, par brassage. Sa grand-mère étant de la tribu fuleru de Kanvivira et sa mère de la tribu «shi» de Walungu. Toutes deux appartenant aux tribus authentiquement congolaises. Dans la province du Sud-Kivu. Et alors ?

Alors, attention ! Appartenir à une nation relève surtout des sentiments profonds qu’on a pour celle-ci. Jusqu’aux tripes. Lesquelles tremblent d’émotions et peinent atrocement quand la Nation est bafouée ou quand elle est en butte à un danger imminent.

Nation, sang et conséquences

La question de sang autant que celle de la possession avec soit des documents administratifs, justifiant nationalité et autres réalités, n’étant qu’un simple brevet. Or, Kamerhe continue de démontrer, avec pugnacité, que son cœur n’est pas lié à la nation congolaise.

Le cas du maréchal français Pétain -qu’on cite à tort ou à raison-, pour expliquer certaines thèses soutenues au Congo, est un exemple édifiant. Pétain a trahi la France, et quand son nom doit être absolument cité, c’est en termes d’amertume et de rejet. Pour les Français, Pétain ne mérite autre chose que d’être dans la poubelle de l’Histoire.

Pourquoi, aujourd’hui, le cas de Kamerhe défraie-t-il tant la chronique ? Ne savait-on pas que cet homme fut un grand barbouze, pour le compte de la Jeunesse du MPR du dictateur Mobutu, alors qu’il était encore étudiant, au campus de Kinshasa ? Ne savait-on pas que c’est un homme sans caractère, un versatile de la pire espèce, qui varie avec le vent ?

Son itinéraire de gigolo (vivant aux dépens des femmes) et d’hédoniste invétéré n’avait-il pas été établi et raconté jusqu’à plus soif, après ses brillantes études supérieures ? Certes, un homme très intelligent, mais sans conscience.

Hybris grec ou les vertiges de «la démesure»

A partir de là, ne pouvait-on pas conclure très rapidement que c’était un homme dangereux, un traître de carrière, qui a trahi le MPR, l’UDPS et Kabila, son mentor?

Qu’à cela ne tienne, Tshisekedi l’a pris comme son directeur de cabinet présidentiel, en vertu de l’accord qu’ils avaient signé à Nairobi au Kenya. Alors que l’homme, au fond, avait déjà effectué un bon tour de girouette, en retrouvant ses anciennes amours auprès de Kabila, son homme de destin. Tshisekedi l’ignorai-t-il ?

Mais bourde après bourde, qui déshonorent son chef, il va en commettre une autre, à Kigali. De plus grande envergure. Invité dernièrement, au Rwanda, à une fête immense de mariage donnée par un dignitaire rwandais, qui mariait son fils, Kamerhe se perd dans l’hybris grec: «la démesure».

Il offre trente vaches aux mariés et dans un speech, pour traduire le sens de ce geste, il parle des «bonnes relations entre le Rwanda (pays) et le Kivu (deux provinces de la RD Congo)».

Il ajoute, comme ivre: «C’est dans le cadre de nos coutumes.» Juste au moment où on évoque, avec acuité, la balkanisation du pays voulue par le régime de Kigali: annexer le Kivu au Rwanda. Et, pour le reste, couper le pays en plusieurs morceaux.

Rappelons que le père du marié rwandais n’est autre personne que le général Kabarebe, bourreau du peuple congolais. D’où le tollé qui émeut la majorité des Congolais et met en ébullition les réseaux sociaux, où on entend à la fois une chose et son contraire.

Trahison ? Sans doute. Comment peut-on expliquer autrement ce geste d’amitié étalé ostensiblement par Kamerhe avec l’ennemi ? C’est connu de tous que le Rwanda n’est pas un pays ami. Plusieurs rapports de l’Onu, qui parlaient, hier, de massacres commis par les troupes rwandaises en RD Congo, évoquent aujourd’hui, bien qu’en filigrane, l’idée de «génocide».

Levons un coin du voile, ci-dessous, pour apercevoir un bout de vérité sur les origines de celui qui exalte les «bonnes relations entre le Rwanda et le Congo».

Du grand-père «Louis» à Vital

Voici, en résumé, ce bout de vérité. C’est à Kanvivira que les origines de sieur Kamerhe se sont nouées. Un petit coin du territoire congolais où, jadis, coulaient le lait et le miel.

Nous, nous en savons quelque chose, pour y avoir mené plusieurs enquêtes journalistiques, dans le cadre de la Ligue des droits de la personne dans la région des Grands Lacs (LDGL). Enquêtes financées par les Pays-Bas. Les archives existent à Kigali, siège à ce jour de cette institution.

Ce petit coin s’appelle «Plaine de la Ruzizi». La rivière Ruzizi, qui y coule depuis des millénaires, sépare géographiquement le Rwanda, le Burundi et la RD Congo. Un véritable «Croissant fertile», dirait l’historien !

Tout y est en effet luxuriant: une terre extraordinairement fertile ; une chaleur torride engendrant des myriades de moustiques, mais dotée des vertus nourrissant la terre; de très belles femmes, plantureuses, issues du brassage de sang burundais, rwandais et congolais… On parle même, qu’on trouve dans ce mélange une dose «homéopathique» de sang ougandais et tanzanien.

Les Chinois, en coopération avec l’Etat colonial belge, en 1954 (déjà ?), furent tombés en extase devant ces terres bénies. Ils y plantèrent de la canne à sucre et y installèrent, par ricochet, une usine de sucre, à travers la société dénommée SUCRAF. Les vestiges de cette grande entreprise existent à ce jour.

Cette plaine est située au Sud Kivu, entre Bukavu, capitale de cette province et Uvira, un district. C’est dans cette plaine mythique que s’activait la bourgade de Kanvivira. C’est là qu’arriva, par un jour de soleil au zénith, en 1920, un homme dénommé Kamere Nyamutse (Kamere sans «h»), un hutu d’origine burundaise. C’est un agriculteur, jeune et vigoureux. Il était âgé d’environ vingt ans. Kanvivira fait partie des terres de la tribu des Bafuleru. Une tribu accueillante, comme c’est le cas d’ailleurs de toutes les tribus congolaises.

Mais, Kanvivra est une espèce de creuset où se brassent quasiment toutes les tribus de cette partie du pays : Bembe, Shi, Lega, Nyindu… et beaucoup de migrants, venus des pays voisins. On y cultive tout. Et tout y pousse comme par magie. Etait-ce la raison principale pour laquelle cette bourgade devait attirer en son sein beaucoup de monde ? De fait, à ce jour, la plaine de la Ruzizi constitue un véritable temple de métissage de sang. L’homme va où il y a à manger.

Crime de lèse-majesté

Le chef des Bafuleru accueillit avec enthousiasme le sieur Kamere, à qui on attribua un champ. Il aurait été baptisé et aurait porté le prénom de «Louis». Il se maria à une jolie mufuleru, répondant au nom de Maua, fleur en kiswahili. Et tout le hameau, en ce jour, fut en effervescence.

«Un frère lointain se marie à la nôtre, c’est une grande joie», se tapait-t-on la poitrine. En fait, dans les coutumes bantoues, un mariage mixte était vu (et est encore vu) comme une alliance qui ajoute à la puissance «des tribus en couple». De cette union naîtront plusieurs enfants, dont un garçon, le père de Vital.

Il sera tout de suite baptisé dans une église catholique de la place, en 1930, et portera les nom et prénom de Constantin Kamere Nyamutse. Il aurait fréquenté l’Ecole Moyenne de Nyangezi (structure éducative coloniale pour la formation des auxiliaires de bureau), dans les environs de la ville de Bukavu. Lorsqu’il est engagé dans la même ville à la Pharmakina (société cultivant le quinquina, pour sa transformation en Allemagne en quinine contre la malaria), il a légèrement plus de vingt ans. Il se marie à Bukavu à la dénommée Alphonsine Nemberwa Mwankingi (en vie), et Vital verra le jour en 1959.

Après la Pharmakina, Constantin Kamere Nyamutse est attiré par le prestige dont jouissaient, à l’époque, les agents de l’Etat. Il s’engage à l’Administration publique et fait le tour des mutations, avec sa famille, dans plusieurs provinces. D’où la maîtrise par Vital Kamehre des quatre langues vernaculaires du pays.

Congolais, Kamerhe l’est donc, en dépit de tout et de son nom qui est burundais. Ce nom n’est pas du tout du Sud-Kivu, singulièrement de la région de Walungu, chez les Bashi. D’où il est originaire, selon sa lignée maternelle. Chez ces derniers, on trouve des noms communs plutôt comme Buhendwa, Mugaruka, Bisimwa, Hamuli, Muhigiri, etc. Jamais les Kamerhe.

Dommage que l’histoire de Vital Kamerhe soit une suite ininterrompue de scandales politique et financière. A l’interne. Mais trahir le pays est un crime de lèse-majesté. Qui mérite procès et expiation de la faute en prison. Si Tshisekedi refuse de s’en séparer, il en payera le prix. Tôt ou tard. Mais finalement, que disons-nous ? Tshisekedi et Vital Kamerh ne se trouvent-ils pas sur la même trajectoire de trahison, les deux, depuis longtemps ?

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France


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