Entrées par Rasoul ASGHARI

IRAN – Téhéran aspire à la révolte, les mollahs songent à déplacer la capitale

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La base «Khatam», le centre de commandement supérieur des opérations militaires en Iran, a écrit une lettre officielle au président Rohani, lui demandant de transférer de la capitale iranienne. Un membre de la commission de la sécurité nationale du Parlement iranien a déclaré que la demande avait été faite en raison de la crainte de nouvelles protestations populaires et de désobéissances civiles. Il a gardé secret le nom du lieu qui remplacera la capitale.

Cette base «Khatam», chargée de planifier et de coordonner les opérations des forces armées iraniennes (l’armée officielle et les gardiens de la révolution islamique), est le plus haut niveau des opérations militaires en Iran.

Au cours des deux dernières années, l’Iran a été confronté à deux soulèvements populaires majeurs. Les responsables du régime admettent que la raison de cette demande hâtive (à un moment où les caisses de l’Etat sont vides) est la peur de nouvelles émeutes, exacerbées par la mauvaise situation économique du pays.

Abolfazl Torobi, membre de la Commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement, a déclaré la semaine dernière aux agences de presse officielles iraniennes que le lieu de transfert de la capitale avait été choisi et que la base de ‘Khatam al-Anbia’ (Subdivision économique des Gardiens de la révolution) était prête à concevoir et à construire cette nouvelle capitale administrative et politique, de A à Z.

Selon Torabi, retirer des casernes, des universités, des grandes usines automobiles comme ‘Iran Khodro’ et ‘Saipa’ de Téhéran est l’une des mesures à prendre. Il a explicitement déclaré que la concentration excessive de personnes, de richesses, de connaissances et d’industries à Téhéran est une menace réelle et un risque potentiel d’attaques militaires et de désobéissance civile.

L’antécédent de ce plan

Depuis au moins 30 ans, certains experts ont suggéré de déplacer la capitale pour réduire la migration des petites villes et villages vers Téhéran, la pollution de l’air, le trafic et décentraliser l’administration.

L’emplacement de Téhéran dans une zone sujette aux tremblements de terre était une autre préoccupation des experts qui voulaient déplacer la capitale. Mais c’est la première fois que les institutions militaires se concentrent ouvertement sur cette question de la sécurité du régime.

Selon le dernier recensement du Centre national de statistique en 2016, la population de la capitale était de 13 267 000 personnes et devrait atteindre 20 millions d’ici 2026.

Copyright - Agence de presse ISNA

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Les expériences d’émeutes urbaines à Téhéran

La République islamique n’a pas été confrontée à un soulèvement urbain grave pendant très longtemps après les répressions sanglantes et des années 1980.

Dans les premières années de la fin de la guerre Iran-Irak et au début des années 90, des soulèvements ont eu lieu dans les banlieues de Mashhad (nord-est de l’Iran), Qazvin (80 km à l’ouest de Téhéran) et Islamshahr (une zone ouvrière au sud de Téhéran). Elles ont été rapidement réprimées et n‘ont pas pu se développer.

Le seul soulèvement qui a secoué la capitale iranienne pendant plusieurs jours a eu lieu en juillet 1999, lorsque la police a attaqué un dortoir d’étudiants dans le centre de Téhéran. L’attaque a marqué le début d’un mouvement étudiant à grande échelle qui a provoqué des troubles généralisés à Téhéran et s’est étendu aux universités de villes telles que Tabriz.

Mais l’expérience de ce soulèvement urbain de plusieurs jours et les faiblesses de l’appareil répressif ont incité le gouvernement à décider pour la première fois de retirer les casernes militaires de Téhéran dans un parlement dominé à l’époque par des réformistes pro-Khatami. Les partisans de ce plan se sont souvenus de l’expérience de la révolution en 1979 lorsque le peuple s’est emparé des casernes militaires et a réussi à récupérer les armes qui s’y trouvaient. Ceci a conduit à la chute de la dictature monarchiste.

Aujourd’hui, avec l’expansion incontrôlée et massive de Téhéran, davantage de casernes et de sites militaires sont situés dans la capitale. Selon ce plan, si la capitale devenait hors de contrôle en raison du soulèvement du peuple, la possibilité d’armer la population serait très faible et les forces militaires présentes dans les casernes à l’extérieur de la capitale pourraient reprendre Téhéran plus facilement.

La demande de retrait des casernes de la capitale montre que ce plan n’a pas suffisamment avancé. La deuxième grande agitation qui a longtemps transformé Téhéran en une scène de manifestations généralisées a été la protestation contre les résultats de l’élection présidentielle de 2009.

Ce mouvement, d’abord massif, a souffert de l’incompétence de ses dirigeants pro-Khatami et n’a pas réussi à gagner le soutien des masses, en particulier de la classe ouvrière et des quartiers pauvres de la capitale.

Le soulèvement de décembre 2017-janvier 2018, qui a concerné 140 villes d’Iran et a ébranlé les fondations du gouvernement des mollahs pendant plusieurs jours, a ramené la question de la sécurité de la capitale, en particulier la protection des bâtiments gouvernementaux, des sites militaires et des agences de renseignement.

Plus récemment, lors du soulèvement national de novembre 2019, les mollahs ont été confronté à la plus grande menace depuis trois décennies pour la sécurité du régime. Leur cauchemar de renversement du régime a été réel. Environ 200 villes iraniennes se sont révoltées et selon Reuters, plus de 1500 personnes ont été tuées par les forces de sécurité.

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Dispersion des zones sujettes aux émeutes

Il existe plusieurs «résolutions» approuvées par le gouvernement, le Conseil suprême de sécurité nationale et le ministère des Sciences concernant le transfert des universités et des résidences étudiantes situées à Téhéran.

En effet, l’expérience a montré que les étudiants peuvent être le moteur de ces mouvements. La population étudiante de la capitale est estimée à environ 400 000 personnes. Le départ de grandes usines comme ‘Iran Khodro’ et ‘Saipa’ est également prévu dans le plan de transfert en question, qui semble être à l’ordre du jour en raison de l’intensification des manifestations et des grèves. A eux deux, ces deux grands complexes automobiles rassemblent 110 000 personnes.

Quoiqu’il en soit, avec ces propos des hauts responsables de la République islamique, on voit bien que les mollahs s’endorment avec la peur d’un soulèvement populaire incontrôlable et que Téhéran se réveille avec le rêve d’une révolte décisive. Pour ceux qui ne croient pas aux miracles, le temps va trancher entre les peurs et les rêves.


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IRAN – La machine d’exécution ne s’arrête pas

Au matin du 5 août 2020, Mostafa Salehi, un homme de 30 ans qui avait été arrêté lors des manifestations de « décembre 2017 / janvier 2018 » en Iran, a été pendu dans la prison d’Ispahan. L’agence de presse Fars (affiliée aux services de renseignements iraniens) a confirmé l’exécution du jeune homme et a écrit qu’il était l’un des principaux auteurs des manifestations qui s’étaient déroulées de Kahrizsang à Nadjafabad. Il a été condamné à mort pour avoir tué un membre des pasdaran (Gardiens de la Révolution). Une accusation qu’il a toujours rejetée.

Selon le ministre de l’intérieur de la République islamique, au moins 100 petites et grandes villes à travers l’Iran étaient alors devenues le théâtre des manifestations et de soulèvements contre la dictature des mollahs.

Mostafa faisait partie des Iraniens protestataires qui sont descendus dans la rue dans Kahrizsang, petite ville d’une population d’environ 10.000 habitants.


C’est pourquoi Mustafa a été pendu sans aucun préavis et de manière lâche, sans même que sa famille ou son avocat en soient informés, et les organisations de défense des droits de l’homme ont pris connaissance de l’imminence de son exécution quelques heures seulement avant et n’ont pas eu le temps suffisant pour réagir.


Des dizaines de manifestants non armés ont été abattus par les gardiens de la révolution et les Bassiji (milice lié aux Pasdaran) lors des manifestations tandis que de nombreux autres manifestants ont été arrêtés puis tués dans les prisons du régime, le plus souvent agonisant sous la torture. Ces meurtres ont été déguisés en suicide.

Mustafa était l’une des 5.000 personnes arrêtées, torturées et maltraitées. Comme beaucoup de ses compatriotes détenus, il a été privé du droit à un procès juste et équitable.

Le système judiciaire répressif et sous le contrôle de l’Etat a porté de graves accusations contre lui, notamment le meurtre d’un des pasdaran. L’accusation, qu’il a toujours rejetée même sous la torture la plus atroce.

Les Mollahs ont-ils peur de l’opinion publique ?

Le mois dernier, la justice du régime des mollahs a confirmé les condamnations à mort de trois manifestants du soulèvement de novembre 2019. Aussitôt, une campagne en ligne a été lancée dans le cyberespace, et l’Hashtag “Ne les exécutez pas » sur Twitter est devenu la tendance mondiale principale [Trending Topic] pendant plusieurs heures, retweeté par des millions de personnes. Un événement que de nombreux observateurs et militants actifs sur les médias sociaux ont décrit comme «une alliance unique et exceptionnelle» ou «la plus grande marche virtuelle d’Iraniens».

Une vague d’opposition à l’exécution de ces jeunes condamnés s’est répandue dans tout le pays avant de s’étendre dans le monde entier.

Des artistes, des athlètes et des célébrités à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Iran l’ont rejoint.

Diverses organisations de défense des droits de l’homme dans le monde, des personnalités politiques et même les ministères des Affaires étrangères de certains pays ont exprimé leur inquiétude. Finalement, le régime a été contraint de céder et de suspendre ces exécutions.

La pendaison de Mostafa Salehi executée en toute hâte

Mais ce retrait pourrait envoyer un message dangereux pour le régime à savoir que celui-ci est dans une grave crise de légitimité et dans une position de faiblesse. Et si une pression suffisante est exercée, il est susceptible de donner des concessions.

Ce message de faiblesse, d’une part, a conduit à une baisse du moral des partisans de la dictature et, d’autre part, a renforcé le courage des personnes qui ont survécu aux conditions explosives de la société iranienne. Une population qui a connu deux soulèvements majeurs au cours des deux dernières années.


L’exécution de Mustafa montre une fois de plus que le fascisme religieux en Iran sait qu’il n’est pas possible de vivre sans répandre l’atmosphère d’oppression créée par l’emprisonnement, la torture, l’exécution et autres punitions médiévale.


En novembre dernier, en seulement trois jours, 1.500 manifestants sont morts, selon Reuters, lors de manifestations pacifiques.

C’est pourquoi Mustafa a été pendu sans aucun préavis et de manière lâche, sans même que sa famille ou son avocat en soient informés, et les organisations de défense des droits de l’homme n’ont pris connaissance de l’imminence de son exécution que quelques heures seulement avant et n’ont pas eu le temps suffisant pour réagir.

De plus, la justice de la province d’Ispahan a également annoncé les condamnations à mort de cinq autres manifestants du soulèvement de « décembre 2017 / janvier 2018 » dans cette province. Les défenseurs des droits de l’homme sont désormais de plus en plus préoccupés par la possibilité de l’exécution secrète de ces cinq condamnés à Ispahan.

L’exécution de Mustafa montre une fois de plus que le fascisme religieux en Iran sait qu’il n’est pas possible de vivre sans répandre l’atmosphère d’oppression créée par l’emprisonnement, la torture, l’exécution et autres punitions médiévales.

En conséquence, toute sorte de concession qui permettrait au peuple d’exprimer son opposition, même de la manière la plus pacifique possible, et tout facteur qui réduirait le coût de l’opposition à la dictature, même la libre expression d’opinion, conduirait à son effondrement.

Il semble donc que le régime des mollahs poursuivra sa politique de répression maximale jusqu’au dernier souffle, qui ne pourra pas durer longtemps.


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Les particularités encourageantes du mouvement populaire en Iran

Les révoltes actuelles n’ont eu rien de spontanées. Elles n’étaient pas non plus liées à une lutte à l’intérieur du sérail. Bien avant le soulèvement, diverses couches de la société occupaient déjà le pavé malgré une répression sans merci de la dictature. Il s’agissait des travailleurs qui n’avaient pas touché de salaire depuis des mois, des retraités et des enseignants qui criaient l’insuffisance de leurs pensions et revenus, de plus d’un million de familles qui ont été spoliées par des établissements bancaires affiliés aux gardiens de la révolution ou aux cartels dirigés par les religieux, etc.

Iran : l’exigence de liberté

[Liberté d’expression] Fin décembre – début janvier, une vague de contestation déferle sur l’Iran. Dans tout le pays, des iraniens sortent dans la rue pour crier à l’injustice. Ils seraient plus de 42 000 à avoir affronté l’interdit. Des scènes de violences entre les forces de l’ordre et les manifestants n’échappent pas à la presse internationale, tout comme ces femmes, ‘’des sacrifiées’’ désigne le chercheur, qui s’élèvent sans leur voile au milieu de la foule.