La Kabylie est-elle encore algérienne ?

[Par Larbi GRAÏNE]

Photo par Nolasco promenade.en.kabylie.over-blog.com

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Dans leur analyse de l’évolution de la situation politique en Algérie, la plupart des observateurs et autres spécialistes qui tentent de décrypter la réalité de ce pays ignorent ou feignent d’ignorer pour des raisons idéologiques, sans doute, l’importance de la poussée du mouvement nationalitaire en Kabylie sous l’impulsion du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), un parti qui s’est doté, avant même qu’il en vienne à prêcher le séparatisme, d’une instance exécutive : le gouvernement provisoire kabyle (GPK) que dirige en exil Ferhat Mehenni. Seules la reconduction d’un président invalide dont on se plait à donner en spectacle la maladie et l’attitude des différentes factions de l’armée vis-à-vis de cette reconduction semblent ainsi retenir l’attention de la plupart des analystes. Et pourtant un événement majeur vient de se produire en ce 27 avril 2014, à la veille même où Bouteflika devait prêter serment sur un fauteuil roulant et déclamer un passage renouvelant son engagement à défendre l’unité nationale. Des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Tizi-Ouzou la capitale de la Kabylie pour réclamer l’autodétermination pour le pays kabyle. Ainsi les manifestants ont brandi des pancartes en faveur du GPK et du MAK et ont crié à tue-tête leur refus que Bouteflika soit leur président. Cette manifestation qui a drainé une foule des grands jours, a été organisée également pour protester contre la répression de la marche traditionnelle célébrant le Printemps berbère du 20 avril 1980 à laquelle a appelé une semaine auparavant ce même MAK ainsi que quelques anciennes figures du moribond Mouvement culturel berbère (MCB)

Qui est derrière le MAK ?
Pour certains bons esprits, la réponse est toute trouvée, cette organisation séparatiste ne peut être que l’œuvre de la CIA, des services secrets israéliens ou français car il n’est pas aisé de nommer l’innommable dans un pays nourri à un nationalisme hanté par une guerre traumatique qui a mis fin à 130 ans d’occupation française. On a affaire à un pays non seulement nourri au nationalisme mais aussi aux fantasmes du néocolonialisme qui rejettent la responsabilité à l’ancien colonisateur, le hizb fransa, (parti de la France), souvent assimilé aux Berbères.
S’il y a bien une entité en Algérie qui soit très dépendante de l’étranger c’est bien la bourgeoisie parasitaire, appelée aussi compradore. Organiquement liée aux multinationales, cette bourgeoisie s’occupe uniquement de l’importation de produits finis, n’ayant à proposer aucune production, ni postes d’emploi (1). Dans les entreprises pétrolières du Sud, l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) totalement inféodée aux pontes du système, s’interdit toute incursion à l’effet de syndiquer les travailleurs. Cette bourgeoisie des containers fait fructifier ses affaires en faisant des placements à l’étranger généralement concentrés dans l’immobilier. (Quelques noms nous sont connus : Cherif Rahmani, Abdelmoumène Khalifa, Chakib Khelil et Amar Saadani). Généralement ce sont les représentants civils de la bourgeoisie compradore, qui sont ainsi donnés en pâture aux médias. Le noyau dur formé par pantouflage, terme qui désigne en France « la situation trouvée dans le secteur privé par un militaire ou un fonctionnaire issu de l’Ecole polytechnique » est quasi invisible. Le scandale de la corruption qui a éclaboussé la compagnie des hydrocarbures, Sonatrach, donne un aperçu sur les ramifications internationales du dépeçage de l’économie algérienne. Italie, France, Hong Kong, Luxembourg, Syrie, Canada, Singapour, Emirat Arabes Unis, Liban, Suisse, et nous en oublions. Enfin summum de la décrépitude de l’Etat, l’affaire de Tinguentourine dont la conséquence immédiate est la rupture du pacte avec les puissances étrangères qui jusqu’ici concédaient aux autorités militaires algériennes une certaine compétence quant à lutter contre le terrorisme international. Après cet épisode sanglant dans lequel des ressortissants étrangers laissèrent leur peau, il fut procédé à la restructuration du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) dirigé par Mohamed Mediene alias Toufik.

Octobre 88, la fausse ouverture.
Depuis les émeutes d’Octobre de 1988, auxquelles on fait remonter l’ouverture démocratique qui en fait n’en a jamais été une, l’économie algérienne subit une libéralisation sauvage qui a eu pour effet de démanteler le tissu industriel de l’Algérie. Survivant en partie grâce à l’émigration interne, la Kabylie, région montagneuse mais densément peuplée, s’il en est, accuse plus que les autres régions du pays, les contrecoups du néolibéralisme mondial. Si pendant la guerre civile la région fut en gros épargnée par le terrorisme, il n’en demeure pas moins que les autorités ont soigneusement évité un conflit ouvert avec les berbéristes du moment que ces dernières s’occupaient de livrer une guerre sans merci aux islamistes radicaux. Se déployer sur deux fronts en même temps, eût été improductif pour le pouvoir qui a donc tout fait pour que la Kabylie reste dans le calme. A cette époque le RCD avait fait le choix de s’allier avec l’armée, pensant ainsi sauver l’identité berbère et contrer l’islamisme. Le Front des forces socialistes ( FFS ) quant à lui, avait cherché à réduire l’islamisme, en s’attaquant au clan de l’armée qui a ordonné l’arrêt des élections de 1992. Mais après dix années de guerre civile, la bourgeoisie parasitaire épaulée par sa police politique a poursuivi le pillage des richesses du pays sous le label de la réconciliation nationale avec les terroristes dont elle confia la mise en œuvre à celui qu’elle vient de porter au pouvoir : Abdelaziz Bouteflika (avril 1999). Pour autant la recomposition du pouvoir en place n’apporte guère la stabilité souhaitée au pays. Deux ans après l’élection de Bouteflika, les signes d’essoufflement apparaissent. La convoitise du pétrole que ravive l’envolée des cours, alimente la tension entre les factions de la bourgeoisie compradore pour le contrôle des leviers du pouvoir. C’est la Kabylie qui devait en payer le prix. En avril 2001, à la veille de la traditionnelle commémoration du Printemps berbère, la gendarmerie tire à balle réelle sur des jeunes, déclenchant ainsi l’insurrection qui devait aboutir à l’expulsion du pays kabyle des brigades de gendarmerie et à la promotion du tamazight (le berbère) en langue nationale. Le conflit qui dura jusqu’en 2003 causa, en plus de dégâts matériels importants, plus de 100 morts et des milliers de blessés parmi la population locale, des adolescents pour la plupart. La Kabylie sembla alors rentrer dans une dissidence larvée avec le pouvoir central. Le mouvement fut inédit de par sa durée, son fonctionnement et son action qui culmina en une marche à Alger la plus importante qu’ait jamais connue, la capitale.

Les âarouch ou le discrédit des partis kabyles.
C’est dans ce contexte qu’avait surgi le MAK d’abord sous la dénomination de Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie, même si sa naissance fut couverte par le vacarme d’une rébellion massivement encadrée par les âarouch, une organisation se réclamant de la tradition tribale berbère. Ceux-ci tirent leur originalité de ce qu’ils prônent une militance moderne tout en prétendant s’inspirer de la coutume des ancêtres. D’aucuns y ont vu à tort un mouvement régressif.
L’affront fait par la gendarmerie à la population locale suscita chez elle un désir de se retrouver unie sous un pouvoir régional. C’est ainsi que les âarouch avaient pu résoudre, du moins pour un temps la contradiction entre le FFS et le RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), deux partis à base principalement kabyle qui ont pris depuis 1989 coutume de se disputer la représentativité de la Kabylie, lors même qu’ils ont vocation à être des partis nationaux. La compétition entre les deux formations kabyles a eu pour effet de neutraliser la marche vers l’avant de la Kabylie. Ayant compris cela, les âarouch ont, dès leur irruption sur la scène politique algérienne, jeté l’exclusive sur le système partisan local. Il va sans dire que les deux formations ne se remettront jamais de cette confrontation avec ce mouvement. Du reste il s’ensuivra une querelle tripolaire (âarouch-RCD-FFS) qui devait subrepticement conduire à la consumation des énergies locales, chacun affaiblissant l’autre jusqu’à l’effondrement. Souvenons-nous des locales de 2002 rejetées par les âarouch, boycottées par le RCD et jouées par le FFS. Du reste les animateurs au sein des âarouch, ont réussi en 2005 à obtenir la révocation des « indu-élus » après qu’ils eurent mené des tractations avec le gouvernement d’Ahmed Ouyahia. Aussi des élections partielles furent-elles organisées pour renouveler la composante des collectivités locales. C’est ainsi que le FFS a vu ses élus remettre leur mandat avant de les mener à leur terme. Trainés dans la boue, les partis kabyles ont connu à l’issue de cet épisode trouble un réel discrédit.

Printemps berbère contre Printemps arabe.
Les changements sociaux internationaux et nationaux ont toujours pesé sur l’organisation de la protestation en Kabylie. Pour faire pression sur le pouvoir, un parti comme le FFS, a maintes fois, recouru aux tribunes internationales ayant émergé après la chute du mur de Berlin. Le rôle de l’Union européenne et celui de plus en plus accru des Etats-Unis en tant que superpuissance, furent tenus en compte par la direction du doyen des partis de l’opposition. Le parti d’Aït Ahmed avait fait sensation en adressant, en mai 2001, en pleine ascension des âarouch en Kabylie, un mémorandum « pour une transition démocratique » au Président de la république et « aux généraux décideurs ».  Mais la Kabylie, voire l’Algérie a souvent pâti de l’imprévisibilité des événements internationaux. Alors que le régime algérien semblait pendant l’insurrection des âarouch faire l’objet d’une étroite surveillance internationale, rien ne laissait présager à ce moment-là qu’un événement considérable allait ébranler le monde occidental. Le 11 septembre 2001, Al-Qaïda attaquait les deux tours de New York, d’où du reste, il va en résulter brutalement ce fait qu’au nom de la lutte contre le terrorisme international, les Etats-Unis doivent reconsidérer leurs relations avec les dictatures du monde entier. Ce qui va dorénavant importer le plus pour l’ogre américain, c’est moins la promotion de la démocratie et le développement dans le monde, relégués désormais aux calendes grecques, que leur propre sécurité. C’est ainsi qu’Alger a été intégré dans le système de défense américain du Sahel. (2)
L’idée de revendiquer le droit à l’autodétermination pour la Kabylie a germé en plein de ce qu’on appelle le Printemps arabe. La chute de Hosni Moubarak, la décomposition de la Libye dont l’effondrement du régime a été accéléré par les frappes de l’OTAN, et l’explosion de la revendication amazighe (berbère) qui s’en est suivie au Djebel Nefoussa, l’officialisation de tamazight au Maroc après les grandes manifestations du mouvement du 20 février, la crise touarègue au Mali, ont achevé de signifier le caractère artificiel du monde arabe. C’est au cours de son 2e congrès qui s’est déroulé en décembre 2011 à Bouzeguene, que le MAK a adopté une résolution faisant explicitement référence au « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Le 4 octobre 2013, à l’issue d’une session de son conseil national à Aït Hamdoun (Bouira), le mouvement autonomiste annonce officiellement sa transformation en parti indépendantiste, réclamant l’autodétermination. Au demeurant, pour Ferhat Mehenni, le Printemps arabe, cristallise l’implosion de ce bric-à-brac appelé monde arabe, qui représente à ses yeux une mosaïque d’Etats postcoloniaux dont les frontières tracées par le colonialisme, sont à refaire.

Islamisme et stratégie du MAK.
Après avoir réduit politiquement le Front islamique du salut (FIS), la bourgeoisie compradore souffrant d’assises populaires, s’est alliée avec le courant soit disant modéré de l’islam politique. En même temps que s’ouvrait pour ce dernier les circuits de la prébende étatique, ce courant entreprit avec l’assistance du DRS de diffuser l’idéologie islamiste dans le pays. La réislamisation s’est traduite concrètement par la fermeture des bars et l’interdiction faite aux restaurants classés d’ouvrir pendant le ramadan, chose qui fut admise jusqu’à la fin des années 80. Les étrangers non musulmans, doivent se débrouiller pour manger. Ils n’ont d’autres choix s’ils sont riches que de se rabattre sur les hôtels de haut standing mais qui pratiquent à leur grand dam des prix prohibitifs.

Ferhat Mehenni, président du Gouvernement provisoire kabyle (missionfalestine.wordpress.com)

Ferhat Mehenni, président du Gouvernement provisoire kabyle (missionfalestine.wordpress.com)

Si pendant la guerre civile des maisons closes ont baissé rideau pour des raisons de sécurité, il n’y a pas eu depuis aucune qui n’ait été rouverte. C’est une réislamisation de bazar à en juger la forme qu’elle a prise : les boissons alcoolisées sont consommées dans des débits clandestins et la prostitution se pratique dans des maisons closes clandestines. En 2008, on dénombrait, selon l’avocate Benbrahem, citée par la presse, dans la seule ville d’Alger 8000 de ces maisons de rendez vous. Mais la courbe de consommation des boissons alcoolisées en Algérie ne faiblit pas, au contraire, elle est en constante évolution. Parallèlement les espaces culturels ont diminué comme une peau de chagrin. Les salles de cinéma ont été détournées de leur vocation tandis que des librairies ont baissé rideau lorsqu’elles n’ont pas cédé leurs rayonnages au livre religieux. Aussi l’ensemble des chaines de radio et les quatre chaines de la télévision d’Etat, s’astreignent-elles à interrompre leur programme à l’heure de la prière pour diffuser l’appel du muezzin. La promotion de la tenue vestimentaire féminine avec le hidjab, se fait officieusement. Dans les administrations publiques, sur les plateaux de télévision, le voile islamique se taille subrepticement la place de l’habit normatif et conventionnel. Les prises de paroles publiques se truffent de formules coraniques de type « Macha’ Allah, Hamdou- li- El-Allah » tandis que les mémoires et les thèses universitaires, souvent quasi nuls sur le plan du contenu scientifique, sont épigraphiées et clôturées par de longues citations tirées du Coran ou des dits du Prophète Mohamed. La police, parfois la gendarmerie, n’ont eu de cesse de leur côté tout au long de ces dix dernières années de jouer aux brigades des mœurs en se spécialisant dans la répression des personnes qui oseraient durant le ramadan rompre le jeûne avant l’heure prescrite.
Dans une nouvelle retentissante au long titre incisif et ironique « L’incroyable et inimaginable histoire de l’homme qui voulait prendre une bière à Alger » l’écrivain Mohamed Kacimi, peint avec une poignante réalité une société cataclysmique où « il suffit que le jour décline pour que la Blanche se transforme en gouffre ». Après une longue absence, un Algérois retourne chez lui et se met en quête des petits bistrots d’antan qui côtoyaient de petits havres culturels tels les cinémas et les librairies, où il pouvait trouver le meilleur de la littérature. Mais à sa surprise tous les lieux où il avait passé son adolescence ont disparu sous l’effet d’une désertification de l’esprit dont on peut deviner la cause au style allusif du narrateur « Vers dix sept heures, écrit-il, et avant que les milliers de minarets ne hurlent la prière du crépuscule, les rues se vident d’un coup des filles et des femmes, déjà toutes voilées et il ne reste, collés aux murs, qu’un magma d’hommes, barbus, moustachus, ou coiffés à l’iroquoise et dégoulinant de gel, fumant clope sur clope ».
Cette réislamisation rampante réactive la rengaine anti-berbère et polarise l’angoisse sur les fantasmes liés à la conquête arabe de la Berbérie. Souvent certains titres de presse que relaye la vox populi en pays arabophone, désigne la Kabylie comme un lieu de libéralité d’où la religion est absente. Les manœuvres de la bourgeoisie compradore qui a ses représentants jusqu’en Kabylie, confortent cette imagerie en alimentant les réseaux de drogue, de prostitution et de débits de boissons alcoolisés, accordés à titre de largesses à des magnats locaux, et ce, dans le but d’annihiler toute résistance au projet de dépersonnalisation de la région. Ainsi s’éclaire la double focalisation sur le mouvement évangéliste et les procès mettant en cause les non jeûneurs kabyles durant le mois de ramadan. A vrai dire le courant islamisant ne fait que reconduire le procédé dont historiquement ont usé les conquérants levantins pour arabiser les Amazighs. Ailleurs en Algérie où l’arabisation linguistique est accomplie, on ne cherche pas à savoir si l’on jeûne où si l’on se prostitue. « Le Christ s’est arrêté à Tizi-Ouzou » pour reprendre le titre de l’ouvrage de Salah Guemriche. Cet auteur qui a mené une enquête sur l’évangélisation, montre que celle-ci concerne l’ensemble du Maghreb et du Moyen-Orient. (3)
La riposte du MAK face à ces campagnes de culpabilisation des Kabyles marque une rupture avec la tradition politique des organisations kabyles. C’est à partir des valeurs laïques que ce parti entend défendre la pratique religieuse se refusant ainsi de se laisser entrainer dans le piège de vouloir concurrencer les islamistes sur leur propre terrain. Certes d’autres formations se sont réclamées de la laïcité mais elles n’ont pas osé aller au-delà du discours, ou de la posture qui consiste à laisser leurs militants exprimer individuellement leur solidarité envers les nouveaux convertis lors des rassemblements organisés en leur faveur. On évoque même le terme de « sécularisation » au lieu de la laïcité. Ce qui permet d’articuler celle-ci à une donnée sociohistorique kabyle, à savoir que les sociétés villageoises se sont depuis la nuit du temps prises en charge par elles-mêmes en dissociant les affaires de la cité de la religion. La sécularisation en Kabylie puise sa philosophie de la locution sententielle populaire « j’maa liman » (au nom de toutes les croyances). La laïcité décrirait plutôt la réalité européenne, qui renvoie à la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Au lieu du « nous avons le plus grand nombre de mosquées » ou du « nous nous abreuvons à l’islam de nos ancêtres », le MAK déclare respecter au nom de la laïcité, tous les citoyens kabyles qu’ils soient chrétiens, musulmans ou non croyants.

Hocine Aït Ahmed, président du Front des forces socialistes (Yawatani.com)

Hocine Aït Ahmed, président du Front des forces socialistes (Yawatani.com)

S’agissant du FFS et du RCD, en raison de l’accusation portée contre eux d’être des formations régionalistes cantonnées à la Kabylie, ils se sont bien gardés de franchir certaines lignes rouges quant à la défense des convertis. Il n’y a que le courant nationalitaire qui a pris explicitement fait et cause pour ces derniers. Au lendemain d’un raid mené en décembre 2009 contre des chrétiens kabyles par des adolescents à la Nouvelle-Ville de Tizi-Ouzou, le MAK, alors autonomiste, s’est fendu d’un communiqué pour déclarer que « c’est la rencontre de la Kabylie avec le christianisme qui poserait problème aux plus hautes autorités du pays, car renforçant l’occidentalophilie de celle-ci et son combat pour son autonomie régionale ». Les attaques contre les chrétiens sont jugées comme une incitation à susciter de la part des Kabyles des appels à davantage d’islamisation. La stratégie du MAK va consister alors à associer le combat pour l’affirmation de l’identité kabyle, – la kabylité-, avec la défense de la laïcité. A l’appel du mouvement autonomiste, des milliers de marcheurs ont défilé le 12 janvier 2010, à Tizi-Ouzou et Bejaïa pour fêter le nouvel an berbère et réclamer « l’autonomie régionale kabyle » et « dénoncer l’agression honteuse (contre les chrétiens, NDLR) et exprimer notre attachement à la liberté de culte ». Les autonomistes sont sortis renforcés des procès de convertis que ce soit à Aïn El Hammam ou à Larbâa Nath Irathen.
Face à la police des mœurs, encline à sévir contre des jeunes pour les contraindre à respecter l’observance du carême durant le mois de ramadan, le mouvement nationalitaire kabyle prône un déjeuner public de non jeûneurs à Tizi-Ouzou. On est au ramadan 2013, l’appel à défendre la liberté de conscience est entendu. Des centaines de personnes sont venues boire et casser la croûte sous les flash-photos. Une première dans le monde musulman. Tacticien à souhait, le MAK parvient toujours à sortir du lot même si l’action est initiée par des personnalités (dont son président) plutôt que par l’organisation elle-même. Sa visibilité est rendue possible grâce à son action durable sur le terrain, palpable du reste depuis plus d’une dizaine d’années au moins, laissant au RCD et au FFS le soin de ronger comme des os pourris, les élections législatives et municipales. La suite des événements montre que les tentatives répétées pour réislamiser la société kabyle n’ont pas eu l’effet escompté. Bien entendu les islamistes avec barbes et kamis sont présents en Kabylie, leur poids demeure cependant insignifiant. Mais il y a bel et bien un face-à-face entre berbérisme et islamisme, lequel a remplacé le clivage berbérisme-arabisme, qui dans le fond se rejoignent. Ce face-à-face se déroule à ciel ouvert. Ainsi après l’affront du carême rompu, l’ancien dirigeant du Front islamique du salut (FIS), Ali Belhadj, accompagné d’une assemblée de clercs, est venu sur les lieux mêmes où l’on avait quelques jours auparavant dénoncé l’inquisition de l’Etat, pour condamner les agissements des « impies ». Mais ce monsieur qui se présente en Kabylie en tant qu’islamiste ou missionnaire, est vu par les Kabyles comme un « Arabe ».

Le panberbérisme makiste.
On l’attendait moins sur le terrain du panberbérisme, et pourtant c’est la prouesse réalisée par le mouvement indépendantiste, lequel a réussi à convaincre Kameleddine Fekhar, défenseur de l’identité et de la culture mozabites, de la nécessité de revendiquer pour le Mzab, le droit à l’autonomie. Le 20 avril 2014, les deux hommes ont présidé un rassemblement sur le Parvis des droits de l’Homme à Paris, en présence de Yella Houha, fondateur du Mouvement autonomiste chaoui (MAC), une organisation moins bien connue. On le voit bien, s’étant libéré des contraintes dont sont hantés les partis « kabyles » à vocation nationale, le MAK est allé jusqu’à se déployer en dehors des limites territoriales qu’il s’était fixées. Au nom de la laïcité et de la solidarité berbère, il prend la défense de la minorité mozabite, adepte de l’islam ibadite et sur laquelle pèse un ethnocide d’autant plus dangereux qu’il est soutenu par la bourgeoisie parasitaire. Le MAK a adopté la même attitude par rapport au conflit qui oppose les touaregs (autre groupe berbère) à l’Etat malien et ce, en soutenant les rebelles du MNLA. Il devient clair que le courant indépendantiste en Kabylie caresse l’espoir de redessiner la carte géopolitique de l’Afrique du Nord.

Le MCB ou l’héritage maudit.
Il n’a pas échappé à certains le fait que le sigle MCB dont on n’entend plus parler depuis la fin des années 90, est réapparu cette année à l’occasion de la célébration du 20 avril. Un groupe d’anciens militants de ce mouvement a signé en effet un appel à une marche pour revendiquer l’officialisation de tamazight. Tout porte à croire que l’initiative avait pour motivation réelle de faire écran à la marche à laquelle avait appelée le MAK pour le même jour.

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Saïd Sadi, fondateur et ancien président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (elwatan.com)

Le MCB est à l’origine un regroupement informel d’intellectuels militants dont l’action a trouvé un écho retentissant auprès de la masse de la population kabyle. L’université de Tizi-Ouzou, fut le fer de lance de ce mouvement qui devait soulever la question berbère en Algérie. Il fut le premier mouvement social d’importance après l’accession du pays à l’indépendance. Il révéla l’ampleur de l’adhésion populaire à la revendication de la culture amazighe. Le MCB est crédité d’être aussi l’une des premières nébuleuses politiques à être approchées par le pouvoir au lendemain des émeutes sanglantes d’octobre 1988. A en croire des sources proches de ce mouvement citées du reste par l’historien Alain Mahé, le général Larbi Belkhir, chef de cabinet de la présidence avait pris contact avec quelques personnalités du MCB dont Saïd Sadi, futur dirigeant du RCD, lequel avait fait entre 1978 et 1982 un passage dans le parti d’Aït Ahmed du temps de la clandestinité et Hachemi Naït Djoudi, qui deviendra, après sa légalisation secrétaire général du FFS entre 1989 et 1991. Toujours est-il que le MCB constitua un enjeu de taille au cœur de luttes, que ce soit pour la constitution du RCD ou la relance du FFS que la clandestinité avait réduit à une structure presque vide. Aussi ceux qui avaient convoqué les assises du MCB, – Saïd Sadi et ses amis – furent-ils en réalité ses fossoyeurs, car les fameuses assises qui se tinrent en février 1989 à Tizi-Ouzou, durent accoucher du RCD. Entre le nouveau parti et le FFS, ce sera désormais une course contre la montre en vue du contrôle du MCB, qui représente le seul cadre à même de procurer la légitimité politique en Kabylie. En janvier 1994, le RCD mis en place le « MCB-coordination nationale », ce qui poussa le MCB alors proche du FFS d’adopter l’appellation « MCB-commissions nationales ». Quand le mot d’ordre du boycott scolaire sera lancé à la rentrée scolaire 94-95, il se passera à peu près neuf mois avant que les autorités décident d’installer le Haut-commissariat à l’amazighité (HCA). Entre temps, Ferhat Mehenni, alors dirigeant du MCB-coordination nationale est poussé à la porte de sortie du fait d’un désaccord avec Saïd Sadi quant à la gestion du boycott. Au final si le HCA s’attèlera très vite à introduire la langue berbère dans le système éducatif algérien, il n’en absorbera pas moins une partie des militants du MCB. Nombre d’entre eux fourniront les effectifs enseignants, tandis que d’autres s’investiront dans des projets éditoriaux de livres berbères, ou dans le cinéma et la télévision d’expression amazighe. Le MCB soutient l’hypothèse que le peuple algérien est formé d’Arabophones et de Berbérophones mais qui dans la majorité sont d’origine berbère. Il plaide pour un statut national et officiel pour tamazight. L’Etat algérien a beau jeu de reprendre à son compte la formulation du MCB, à savoir que le peuple algérien est majoritairement berbère, (ce qui est vrai d’un point de vue scientifique), mais il ne l’en assortit pas moins de l’énoncé implicite qu’il faut s’en tenir aux apports de l’arabe et de l’islam. Tous les chefs d’Etat depuis Chadli Bendjedid ont concédé : « Nous sommes des Berbères que l’islam a arabisés ». Il s’ensuit que pour le pouvoir algérien les Algériens sont des Arabes et des musulmans. Si l’Etat insiste sur le fait que la composante berbère de l’identité algérienne est un patrimoine qui appartient à tous les Algériens, c’est pour empêcher une région ou une partie du peuple de se prévaloir du monopole de la berbérité. Justement le MAK met en pièces ce système conceptuel sur la berbérité en considérant le peuple algérien comme un peuple composé d’Arabes et de Berbères. Dans le peuple algérien, il ne s’y voit déjà plus. Le peuple kabyle est opposé au peuple arabe, les Mozabites, aux Châamba arabes, les Chaouis aux Arabes de l’Est, etc. C’est une vision qui découle d’une essentialisation de la race ou d’une ethnicisation à même de trouver un écho dans le régionalisme qui traverse la société algérienne. Mais cette conception a des conséquences dissolvantes pour l’Etat-nation. Le pouvoir central algérien aura maille à partir avec une revendication circonscrite à l’ancien territoire des Zouaouas (tribu Kabyle du Djurdjura) et à la partie occidentale de celui des Kotamas (tribu Kabyle des Babors), formant un ensemble très individualisé dont l’origine remonte au moins aux temps médiévaux.
Tout compte fait, la résurrection du MCB parait donc plus relever du mythe que d’une donnée concrète. Depuis le Printemps noir de 2001, la Kabylie entretient des rapports de véritable rupture avec l’Etat central. Le courant autonomiste n’aurait pu s’y ancrer s’il n’avait pas trouvé un terrain fertile. On peut dater les premières velléités autonomistes aux affrontements violents ayant suivi l’assassinat en 1998 du chanteur Matoub Lounès. Trois ans après, c’est au tour des âarouch d’entretenir une situation de violence permanente avec sa plate-forme d’El Kseur « scellée et non négociable ». Si ces derniers n’ont pas explicitement réclamé l’autonomie régionale, il n’en reste pas moins que dans les faits ils se sont conformés à son esprit. Ils ont exigé le départ de la gendarmerie, perçue comme une force d’occupation, comme ils ont « rejeté » toute élection qui se déroulerait sur le territoire de la Kabylie. Les évolutions en cours attestent de l’accentuation de la singularité kabyle. En plus de sa fête « nationale » qui est le 20 avril, la Kabylie sous l’impulsion du MAK célèbre depuis au moins quatre années le jour de l’an berbère qui correspond au 12 janvier. Des marches sont organisées pour marquer cet événement, ce qui encore détache la Kabylie du reste du pays. L’emblème algérien tend de plus en plus à s’effacer au profit du drapeau berbère, qu’on brandit dans les manifestations publiques et sur les gradins des stades quand joue la JSK (Jeunesse sportive de Kabylie), l’équipe fétiche de la région (4). Le mouvement séparatiste à vrai dire multiplie les occasions pour cristalliser la conscience identitaire collective, dès lors que la conscience ethnique renforce la conscience politique. De ce fait le pouvoir d’Alger est de plus en plus soumis à rude épreuve. Célébrée, la kabylité est adossée, outre à la laïcité, à l’occidentalisme qui prend ainsi le contre-pied de l’arabo-islamisme. Passons sur le fait que l’amitié avec Israël est exaltée. Point n’est donc besoin d’expliquer que l’adoption par les Kabyles des caractères latins pour transcrire le tamazight, contrairement à ce qui a été dit à ce sujet, n’est pas d’ordre purement technique mais bel et bien d’ordre idéologique.

De la question berbère à la question kabyle.
Mais les difficultés sont à venir. Le 20 avril de cette année a été entaché par la tuerie en Kabylie de soldats de l’armée nationale populaire. Ce qui augure de dérapages vers un conflit sécuritaire, ce qui est de nature à pousser le courant indépendantiste à entrer en concurrence avec le détenteur de la violence légitime. Le terrorisme en Kabylie opère depuis le Printemps noir, c’est-à-dire au moment où il s’était tu dans le reste de l’Algérie. C’est un fait connu que la bourgeoisie compradore est prompte à instrumentaliser le terrorisme pour criminaliser tout mouvement de contestation qui la met en danger.
Bientôt le pouvoir algérien sera appelé à répondre plus constamment à des actes qui passeront à ses yeux comme des actes de défiance à son égard. Le parti de Bouaziz Ait Chebib (n°1 du MAK) est sur le point de faire élire le drapeau kabyle. Les électeurs kabyles à travers une opération inédite sont conviés à choisir le drapeau de leur nation parmi plus de 80 spécimens. La proclamation du drapeau national kabyle est prévue le 14 juin prochain, à l’occasion baptisée « journée de la nation kabyle » en référence à la marche des âarouch de 2001 qui avait drainé plus de deux millions de manifestants à Alger.
En définitive la promotion de tamazight en langue nationale n’a pas réglé la question berbère en Algérie. Elle s’est même mutée en question kabyle. Avec le recul, on se rend compte que la constitutionnalisation en 2002 de cette langue fut une concession visant à désamorcer l’insurrection des âarouch et à maintenir en l’état le système politique en vigueur. L’Etat a fait le contraire de ce qu’il a laissé entendre. Il a régionalisé la langue berbère, en veillant à ce que son enseignement (toujours facultatif) ne déborde pas le pays kabyle et ne s’implante pas à Alger où pourtant il y a une forte demande sociale. L’Etat a, lui-même, fait le lit du MAK. Quand Mouloud Hamrouche dit que nous avons affaire à un pouvoir anti-national en faisant allusion aux trois compartiments qui le composent (DRS-présidence-les généraux) il insinue par là que la dislocation de l’Algérie n’est pas seulement un mythe.

Notes :

1. Nous distinguons la bourgeoisie compradore de la bourgeoisie industrieuse, productrice de richesses. Issad Rebrab, fait partie en Algérie de cette dernière même si au départ il a bénéficié d’un coup de pousse qui lui a permis de bénéficier d’un prêt bancaire. Lors des émeutes dites de « l’huile et du sucre » de janvier 2011, un bras de fer s’était engagé entre les deux bourgeoisies, il s’est soldé par la victoire de la compradore qui a fait revenir le gouvernement sur sa décision d’imposer un impôt aux importateurs ainsi qu’un contrôle draconien sur leur activité.

2. La presse algérienne a fait état d’un deal qui aurait été secrètement conclu en 2011 entre le pouvoir et le FFS au moment où les manifestations de rue se multipliaient à Alger dans la foulée du « printemps arabe ».Ce fut l’époque où l’on chassait les chefs d’Etat arabes tombés en disgrâce, et où déjà Zine El Abidine Ben Ali, Mouammar Khadafi et le raïs égyptien, Hosni Moubarak, avaient été déchus. Des ministres et des officiels algériens se sont alors empressés de déclarer à certains journaux que Bouteflika (bien avant qu’il ne soit terrassé par son AVC), n’envisageait nullement de briguer un quatrième mandat. Le pouvoir montrait des signes de faiblesse disait-on. L’ex premier secrétaire du FFS, Karim Tabbou qui avait été démis de ses fonctions à la veille des législatives de mai 2012, a relayé du reste, ces soupçons de contacts avec la présidence de la république notamment. Mais en octobre 2012, le Conseil de sécurité de l’ONU adoptait une résolution enjoignant aux pays ouest-africains de préciser leurs plans en vue d’une intervention militaire au Mali. Finalement le deal supposé entre le FFS et le pouvoir en place n’a pas vu de concrétisation sur le terrain, le parti d’Aït Ahmed n’ayant soutenu aucun candidat lors de la présidentielle de 2014, ni apporté une quelconque caution à la réélection de Bouteflika. Le FFS n’aurait-il pas une seconde fois été desservi par une conjoncture internationale défavorable, presque imputable à la même cause qui avait été à l’origine de l’échec de son mémorandum de 2001, à savoir l’impératif de lutter contre al-Qaïda ?

3. Le Christ s’est arrêté à Tizi-Ouzou, Enquête sur les conversions en terre d’islam, Denoël, Paris, 2011.

4. A noter que le drapeau berbère actuellement usité en Kabylie est un drapeau panberbère. Formé de 3 bandes horizontales bleu, vert, jaune, avec au milieu, transcrite en rouge,  la lettre Z en tifinagh; il fut conçu vers les années 70 par l’Académie berbère fondée à Paris par le Kabyle Mohand Arab Bessaoud. En 1998 le Congrès mondial amazigh (CMA) l’a proclamé comme drapeau commun à tous les Berbères. Ce qui explique sa diffusion non seulement en Kabylie (et d’autres régions d’Algérie), mais aussi aux îles Canaries, au Maroc, en Tunisie, en Libye et chez les Touaregs du Mali.

« Retour sans cimetière » : La parole a Djibril Diaw

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Djibril Diaw, auteur et réalisateur mauritanien, nous présente son film documentaire « Retour sans cimetière », tourné dans le village de Donaye en Mauritanie, à côté la frontière sénégalaise, où les négro-mauritaniens de l’ethnie Peul sont obligés d’enterrer leurs morts hors de leurs terres. Le sujet du film a causé l’exil forcé de Diaw, aujourd’hui accueilli par La Maison des journalistes.

La première sortie officielle du film a été mardi 13 mai, à 20h, à la « Peniche Anako » de Paris, dans le cadre du Festival « Docs Afriques ». « J’espère – explique Djibril Diaw – que ce film répondra à l’attente du public, qui découvrira aussi le vrai visage de ce village qui se bat. Le film traite des questions le plus courantes en Mauritanie, notamment le problème de la spoliation des terres, le problème de l’identité nationale qui se pose et en général le problème des négro-mauritaniens dans ce pays qui se cherche depuis l’indépendance ».

 

 

 

Côte d’Ivoire : Le régime Ouattara humilie les journalistes

[Par Carole Attioumou-Sérikpa]

Depuis le 11 avril 2011, la presse ivoirienne est en quête de repères tant ses journalistes sont persécutés, réduits à se justifier, s’humilier, voire à y laisser leur peau, simplement parce qu’ils n’aspirent qu’à exercer leur métier. Pour preuve, le cas Awa Ehoura et de certains autres confrères et tout récemment le cas de cinq journaux suspendus.

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Il a fallu une collecte de fonds pour venir au chevet de l’ex-présentatrice vedette du 20h sur la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) pour l’aider à supporter la précarité financière dans laquelle l’a plongé les nouveaux dirigeants ivoiriens après leur accession au pouvoir le 11 avril 2011. Awa Ehoura a subi des menaces d’assassinat, le gel de ses comptes bancaires et un licenciement abusif de la RTI. Son péché, en plus de présenter le 20h, elle présentait également une émission intitulée Raison d’Etat sur la première chaîne nationale. Et elle recevait sur le plateau de l’émission des juristes, des hommes politiques et de la société civile pour se prononcer sur le respect des institutions républicaines et de l’Etat, suite à la crise qui prévalait à l’issue du scrutin présidentiel de 2010. Pour mémoire, l’un de ces invités, le français Philippe Remond, a d’ailleurs été assassiné pendant la prise de Yamoussoukro par les forces militaires pro-Ouattara en 2011.

En dépit de son état de santé (diabétique), Awa Ehoura n’a pas pu éviter la furia des nouveaux maîtres de la Côte d’Ivoire, qui n’ont ménagé aucun effort pour la réduire à néant. Aujourd’hui encore, elle continue de payer au prix fort le choix de n’avoir rien fait d’autre que son métier, le journalisme.
Certains hommes de médias dont Pierre Brou Amessan, Débi Dally, Claude Franck About, Yo Claude Armand Virgile, Ben Zahui Degbou, Franck Anderson Kouassi, Franck Dally, Pol Dokoui, Ousmane Sy savané, Herman Aboua, Mambo Abbé, Mireille Abié, pour ne citer que ceux-là se sont retrouvés soit emprisonnés, soit contraints à l’exil.

Dans l’ensemble, ces journalistes ont vu leur domiciles pillés par les miliciens du nouveau régime d’Abidjan. Ils sont licenciés, déchus de leur poste de responsabilité sans droits, leur compte sont gelés et vivent dans le spectre d’être à tout moment assassinés, parce qu’ils ont fait leur métier. Ils sont traqués pour avoir exercé sous Laurent Gbagbo. Ceux qui ont eu moins de chance (Sylvain Gagneteau, Désiré Oué…) ont purement et simplement été assassinés pour avoir fait leur travail.

Pol Dokoui, ex-responsable de Radio Côte d'Ivoire, malade et contraint à l'exil

Pol Dokoui, ex-responsable de Radio Côte d’Ivoire, malade et contraint à l’exil

Un tableau qui traduit fort bien la volonté manifeste de l’homme fort d’Abidjan de réduire au silence et avoir à sa merci la presse ivoirienne en vue de disposer d’elle à sa guise. La situation qu’a connu les journaux Le Temps, Aujourd’hui, Le Quotidien d’Abidjan (opposition) et Soir Info (indépendant), dans la crise qui l’opposait au CNP en est une illustration parfaite.

A l’exception de Bôlkotch, les responsables des autres journaux ont fait patte blanche en présentant leur excuse à Raphaël Lapké pour préserver les emplois et éviter la précarité à leurs journalistes. Du coup ils ont bénéficié de la clémence du CNP qui a levé la sanction qui leur avait été infligée. Tandis que l’hebdomadaire satirique créé par Laurent Gbagbo, continue de digérer sa flagellation pour son insoumission à sa majesté.

Ainsi va la presse ivoirienne après 3 ans de dictature que dis-je, 3 ans de pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara.

Côte d’Ivoire : La liberté de la presse en danger

[Par Benson SERIKPA]

La liberté de la presse court un réel danger en Côte d’Ivoire. C’est le cas de le dire, au moment où le monde entier veut commémorer la liberté de la presse ce 3 mai 2014.
En effet, cette année encore à l’instar des deux années précédentes, depuis l’accession au pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara (ADO), le Conseil national de la Presse (CNP) présidé par Raphaël Lakpé, mène la presse à la baguette. Les organes de presse sont suspendus tous azimuts pour dit-on «offense au chef de l’Etat».

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Le tout dernier coup de massue porté à la liberté de la presse date de quelques semaines. Cinq journaux dont quatre de l’opposition et un se réclamant indépendant ont subi le courroux du patron du CNP. Il leur est reproché d’avoir traité le chef de l’Etat ivoirien de DICTATEUR. Ce sont Bôlkotch, Le Temps, Aujourd’hui, Le Quotidien d’Abidjan (journaux de l’opposition) et Soir Info (journal indépendant).

Les premiers cités sont abonnés aux sanctions du CNP. Contrairement à Soir Info qui écope de la première flagellation sous le maître Raphaël Lakpé. Un coup dur qui a fait son effet. D’autant plus que, pour survivre ces organes de presse à l’exception de Bôlkotch (Groupe La Refondation créé par Laurent Gbagbo) ont demandé la clémence de Raphaël Lakpé afin de lever la suspension qui leur a été infligée. Ce qui a été fait comme par enchantement dès que les responsables de ces médias sus-cités ont présenté leurs excuses pour le délit commis.

En refusant de se «déculotter», pour utiliser le même terme que le premier responsable du groupe La Refondation, le journal Bôlkotch continue encore à ce jour de digérer sa peine.

Et pourtant en désignant Alassane Dramane Ouattara comme un DICTATEUR, les organes de presse indexés hormis Soir Info, n’ont fait que dire ce qu’est en réalité celui qui occupe la tête de l’Etat ivoirien depuis 3 ans.

En effet, depuis le coup d’état militaire du 11 avril 2011, qui a renversé Laurent Gbagbo, le président élu et investi par le Conseil constitutionnel, la Côte d’Ivoire traverse une dictature sans précédent. Plus de 800 prisonniers politiques dont Simone Gbagbo épouse du président déchu, croupissent dans les prisons ivoiriennes érigées en camp de torture. Les domiciles de l’ensemble des collaborateurs et proches de Laurent Gbagbo sont occupés par les chefs des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) et dozo, milices armées d’Alassane Dramane Ouattara. Ces forces parallèles, telle la Gestapo de l’époque hitlérienne commettent des exactions, des exécutions sommaires, des enlèvements, violent et pillent en toute impunité. Les comptes bancaires des responsables des principaux partis de l’opposition sont gelés. Ce qui a occasionné l’exil de plus d’un million d’ivoiriens à travers le monde. Toutes les institutions nationales sont aux mains des affidés d’Alassane Dramane Ouattara qui, mènent une véritable chasse aux sorcières aux pro-Gbagbo dans les services publics, au mépris des lois républicaines. Les partis politiques alliés au Rassemblement des républicains (RDR), le parti d’ADO, n’existent que de nom. Les partis de l’opposition avec à leur tête le Front populaire ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo, sont enchaînés. Les responsables de ces partis politiques sont soit emprisonnés, quand ils dénoncent les agissements inhumains et macabres du régime Ouattara, soit interdits de séjour à l’extérieur. La justice est aux ordres puisqu’elle ne sanctionne que ceux qui ne partagent pas les opinions du régime en place à Abidjan.

Par la force des armes la Côte d’Ivoire file tout droit vers la pensée unique. Ce qui remet gravement en cause les acquis de 1990, notamment le multipartisme, la démocratie, la liberté d’expression et la liberté de la presse.

Dans un tel contexte, dire d’Alassane Dramane Ouattara qu’il est un DICTATEUR n’est rien d’autre que dire ce qu’il est en réalité. Refusant ainsi de cautionner l’arbitraire, l’injustice, l’impunité, les actes anti démocratiques. En informant donc les lecteurs, l’opinion nationale et internationale sur les graves manquements sur les Droits de l’Homme et la liberté d’expression que vivent les populations ivoiriennes au quotidien depuis bientôt trois ans, les journalistes ivoiriens ne font que leur métier, à l’instar de leurs confrères du monde entier. C’est-à-dire, INFORMER ET DIRE LES FAITS RIEN QUE LES FAITS. Les réduire au silence à coups de sanctions, c’est faire peser de graves menaces sur la liberté de la presse, qui, peine déjà à subsister dans cette situation de post crise difficile au plan économique.

Conséquence de cette tentative de musellement et d’assujettissement de la presse de l’opposition qui n’est pas à son coup d’essai, une trentaine de journalistes se retrouvent en exil forcé. Plus d’un millier des professionnels de média d’Etat, présumés proches de Laurent Gbagbo ont été sans fioritures jetés à la rue. Des tentatives d’assassinats et assassinats de certains journalistes dont Sylvain Gagneteau, Desiré Oué, pour ne citer que ceux-là. Au point où, selon le dernier rapport de Reporters sans frontières (RSF) en matière de liberté de la presse, la Côte d’Ivoire est classée 101ème sur 180 pays.

La célébration de la journée internationale de la liberté de la presse est donc une occasion pour lancer un appel à la Communauté internationale sur la détresse de la presse ivoirienne. Au risque de la voir disparaître, ou contrainte à se plier à la volonté du DICTATEUR Alassane Dramane Ouattara.

Algérie : Le métier de figurant dans les élections présidentielles

[Par Larbi GRAÏNE]

La figuration dans les processus électoraux pour plébisciter le Président de la République en Algérie est devenue une constante depuis l’avènement du multipartisme. En effet depuis que le système politique algérien s’est trouvé dans l’obligation d’organiser des élections présidentielles avec plusieurs candidats afin de les revêtir de la légitimité démocratique et de la dimension pluraliste qui leur sied, on assiste à des candidatures à la figuration, qui proposent de jouer la scène de la rivalité avec le candidat de l’armée. Au temps du parti unique où seul le Front de libération national (FLN) régentait le pays, les choses étaient plus simples, puisqu’il suffisait de faire élire le candidat du parti préalablement coopté par le haut commandement militaire. Seconds couteaux ou lièvres, ces figurants qui ont pour mission d’habiller de l’apparence de la pluralité les scrutins de l’unicité, se recrutent pour certains parmi les leaders issus de la première vague de partis politiques de l’opposition (qu’ils soient islamistes, berbéristes ou laïcs) agrées durant la période précédant l’arrêt des élections gagnées par le FIS, Front islamique du Salut (entre 1989 et 1992), et pour d’autres parmi les vagues plus tardives des années 2000. Au demeurant Ali Benflis est la seule personnalité du sérail à s’être prêté au jeu de la figuration électorale.

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1999 : une élection sans figurants
Toutes les élections présidentielles sous le régime multipartite ont été animées par des figurants, à l’exception cependant de la présidentielle de 1999 qui a vu le retrait à la veille des élections des six candidats opposés à Abdelaziz Bouteflika (Hocine Aït Ahmed, Youcef Khatib, Mokdad Sifi, Mouloud Hamrouche, Abdellah Djaballah, Ahmed Taleb Ibrahimi). En fait ces élections-là sont dans l’absolu des élections sans figurants. Malgré la bonne volonté affichée par le général Zeroual quant à garantir un scrutin transparent, ces hommes n’ont pas voulu se laisser piéger par un processus électoral grandement miné. Ils ont donc laissé Bouteflika remporter l’élection mais sans lui offrir les avantages d’une élection multipartite.

1995 : acte fondateur de la figuration
La fabrique des figurants avant de prendre le caractère qu’on lui connait aujourd’hui, visait au départ des personnalités plus aptes à jouer la comédie, plus rompues au jeu du déguisement. Dans le cas algérien, l’acte fondateur de la figuration électorale a été signé lors de la présidentielle de 1995 qui devait mettre fin aux institutions transitoires nées de la guerre civile. Copté par ses pairs de l’armée, le général Liamine Zeroual, alors chef d’une présidence collégiale, dénommée Haut comité d’Etat (HCE), quêtait la légitimité nécessaire à même de lui permettre de présider aux destinées d’un pays traversant une des phases les plus chaotiques de son histoire. Il fut donc décidé de l’adouber en tant que président de la République par le recours au suffrage des électeurs. Liamine Zeroual a eu en face de lui trois figurants en les personnes de Mahfoud Nahnah, (le figurant malgré lui), alors chef du parti islamiste, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) qui avait désavoué l’insurrection armée du FIS, Saïd Sadi, dirigeant du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), parti berbériste, principalement implanté en Kabylie, et Noureddine Boukrouh (futur ministre du Commerce), mais leader d’une formation sans ancrage : le Parti du renouveau algérien (PRA). Le véritable rival du général fut à vrai dire Mahfoud Nahnah. Le cas Nahnah rappelle celui de Benflis car l’organisation de la présidentielle avec des figurants implique la présence parmi eux de la tête d’affiche créditée d’être en mesure de concurrencer le candidat du régime. Dans ce type d’élection la tête d’affiche est évidemment abusée et appâtée par la singularité du contexte dans lequel se déroule le scrutin. Pour Nahnah, c’est la guerre civile où l’on peut espérer l’effondrement du système et pour Benflis, c’est l’exacerbation des luttes claniques sur fond d’infirmité d’un chef d’Etat, qui se présente comme candidat à sa propre succession. On peut supposer que les têtes d’affiche sont approchées par des personnalités du sérail qui leur souffleraient à l’oreille que c’est le moment ou jamais de descendre dans l’arène. Maquiller un scrutin fermé en scrutin ouvert a revêtu du reste une importance cruciale pour le pouvoir en place. L’ancien wali (préfet) d’Oran, Bachir Frik, a révélé récemment qu’il fut instruit quand il était en fonction, de collecter les signatures et des parrainages au profit de Saïd Sadi et de Noureddine Boukrouh afin qu’ils puissent se présenter à l’élection présidentielle face à Zeroual. Ouvrons cette parenthèse pour dire que c’est Saïd Sadi à qui revient la palme de la figuration en ceci que son jeu a été le plus difficile à percer du moins à ses débuts. Bénéficiant de la militance berbère en Kabylie, où il avait pris coutume de sortir ses crocs face au pouvoir oppresseur d’une culture minorée, l’ancien dirigeant du RCD peut aisément en sous main pactiser avec ceux qu’il n’arrête pas publiquement de dénoncer.

Fléchissement
On note cependant un certain infléchissement dans le camouflage électoral depuis la gifle de 1999. Le pouvoir en place ne se donne plus la même peine pour y impliquer des personnalités représentatives des courants de pensée qui traversent la société. Le pouvoir militaire attend des partis politiques auxquels il vient d’accorder l’agrément qu’ils produisent désormais des leaders – figurants afin d’accompagner l’homme qu’il s’est choisi. A travers ces procédures d’agrément, on assure entre autres le renouvellement du personnel d’ornementation et l’entretien d’une clientèle malléable et corvéable à merci.

 

Les figurants dans l’élection de 2014

La présidentielle algérienne du 17 avril 2014 qui vient de reconduire pour la quatrième fois consécutive Abdelaziz Bouteflika à son poste de chef d’Etat, procède de la même architecture. A l’exception d’Ali Benflis, les autres candidats censés croiser le fer avec le président sortant, ont tous enfourché volontairement le cheval de la figuration, qu’il s’agisse d’Abdelaziz Belaïd, de Louisa Hanoune, d’Ali Fawzi Rebaïne ou de Moussa Touati. Pour service rendu, le figurant voit par la suite son parti rétribué en sièges au parlement, ou au niveau des collectivités locales et en divers autres avantages.

 

Abdelaziz Belaïd
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Médecin de formation, ce transfuge de 51 ans du FLN, dont il était le plus jeune membre du comité central fut député pendant dix ans et occupa le poste de secrétaire général de l’Union nationale de la jeunesse algérienne (UNJA), une organisation satellite du même FLN. En février 2012, il fonde le Front Moustakbal (FM) (Front de l’Avenir). Agrée au cours de la même année, il obtient quelques mois plus tard et ce, à l’issue des législatives de mai 2012 deux sièges à l’assemblée algérienne, venant ainsi renforcer la pléthore des formations ornementales existantes. Il est l’un des rares sinon le seul parti à disposer et ce, dès sa fondation d’un siège national flambant neuf acquis dans le « privé ». Le FM suscite l’intérêt des petits patrons qui ambitionnent d’avoir leur entrée au cœur du système prébendier algérien.

 

Ali Benflis
2
C’est le figurant malgré lui. Ancien ministre de la Justice avant de devenir chef de gouvernement d’août 2000 jusqu’à mai 2003. Il était donné favori lors de la présidentielle de 2004. Et pour cause il eut le soutien du général de corps d’armées Mohamed Lamari, alors chef d’Etat-major. Une partie de la presse et de la classe politique ont cru vraiment à sa victoire. Du reste Benflis paraissait pavoiser. En 2001 il est intronisé secrétaire général d’un FLN décidé de rompre avec les défaites électorales. Quand en janvier 2003, Benflis, alors chef de gouvernement s’était rendu en visite officielle à Paris, Saïd Sadi, dirigeant du RCD relevait qu’il a eu droit à un accueil digne d’un chef d’Etat. Un tel commentaire suffisait à faire de lui un présidentiable, et soit disant en passant, Saïd Sadi ne s’était pas privé une nouvelle fois de jouer aux côtés de Benflis le rôle de figurant lors de la présidentielle de 2004, savourant à l’avance le score qu’il lui serait attribué après la débâcle de Bouteflika. Mais c’est ce dernier qui l’emporta avec 84,99 % des voix. Ali Benflis, 58 ans à l’époque, en était sorti avec le score humiliant de 6,42 %. Le général Lamari a quitté son poste quatre mois plus tard « pour des raisons médicales » signant ainsi l’acte de sa défaite face au Département du renseignement et de la sécurité (DRS) qui avait laissé Bouteflika gagner son second mandat. Benflis s’est retiré sur la pointe des pieds. Il ne se représentera pas à la présidentielle de 2009 qu’il sait être taillée sur mesure pour Bouteflika qui a déjà procédé à la révision de la constitution en retranchant l’article limitant le nombre de mandat présidentiel à deux. Ceux qui mettront le pied à l’étrier électoral à l’image de Louisa Hanoune, Moussa Touati, Djahid Younsi, Ali Fawzi Rebaine et Mohamed Saïd, futur ministre de la Communication, savent que les jeux sont déjà faits et que leur mission consiste à faire de la figuration. Pour autant, du point de vue du pouvoir Benflis concentre en lui toutes les qualités d’un présidentiable. Il est issu des Aurès dans l’Est du pays, dans la région qui a enfanté la majeure partie des officiers supérieurs de l’armée. Il aurait pu assurer l’alternance du pouvoir entre l’Ouest et l’Est, dès lors que Bouteflika est originaire de l’ouest. Pur produit du sérail, au moment où il aspire à monter sur le trône, Ali Benflis n’a aucun passif avec un clan particulier du pouvoir. Si on aime à pointer son opposition à Bouteflika, l’homme n’en a pas été moins son directeur de campagne pour l’élection présidentielle de 1999 avant d’assumer tour à tour les fonctions de secrétaire général de la Présidence de la République et de Chef de cabinet de la Présidence sous le même Bouteflika, lequel le désignera comme on l’a vu chef du gouvernement.

 

Louisa Hanoune
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Seule femme ayant gagné sa place de figurante parmi un casting exclusivement masculin, Louisa Hanoune, 60 ans, est à la tête du Parti des travailleurs (PT) depuis sa fondation en 1989. Il y a loin de la coupe aux lèvres entre son statut actuel et son passé militant à l’époque de la clandestinité où engagée dans l’Organisation socialiste des travailleurs (OST), elle fait preuve d’une combativité et d’une audace inouïes en assumant des positions qui lui valurent un séjour en prison au milieu des années 80. Native de Jijel, dans l’est algérien, Hanoune s’était illustrée pendant la guerre civile, en prônant la réconciliation avec les islamistes du FIS et en se posant comme la championne de la lutte contre l’intervention étrangère, se démarquant des appels à l’envoi de commissions internationales d’enquête sur les massacres de civils. Peu à peu, son discours politique perdit ses référents à l’extrême-gauche. Ses fans l’adoptèrent moins pour sa thématique trotskyste que pour sa faconde et son franc-parler que l’équivocité de sa situation de femme, a rendu encore plus percutants. Louisa Hanoune a compris d’après ce que lui renvoie l’imagerie populaire sur sa propre personne que la virilité n’a pas de sexe. Dans un message subliminal adressé aux Algériens, elle se pose comme le seul « homme » parmi les candidats à la magistrature suprême, promettant d’être le « Chavez de l’Algérie ». Tout au long des années 2000, le PT a pris part à toutes les élections législatives et Louisa Hanoune à toutes les présidentielles qui devaient consacrer le triomphe d’Abdelaziz Bouteflika. Elle s’est donc représentée trois fois, comme s’il eût été de son devoir de coller comme une ombre à l’omnipotence de Bouteflika.
Embourgeoisés, ses députés roulent aujourd’hui carrosse. Dans ses conférences de presse fustigeant le « pouvoir » où elle met assez d’allusions pour faire comprendre qu’elle ne vise pas Bouteflika, mais certains de ses ministres, Louisa Hanoune s’empresse de les corriger en croyant sérieusement à sa mission de maitresse d’élèves pris en faute et à l’égard desquels elle se sent en devoir de distribuer les bons et les mauvais points. Emportée par ses élans doctrinaux, elle attribue tous les mérites à tous ceux qui n’en ont pas. A commencer par l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), le syndicat étatique, dont le chef ventripotent est devenu son affidé en tout. La cheffe inamovible du PT ne défend les travailleurs qu’en théorie. Objectivement, elle y est contre. Quand les syndicats autonomes arrachent de nouveaux droits, c’est l’UGTA, qui passe le plus clair de son temps à tenter de mettre en échec l’action des syndicats autonomes, qu’elle félicite. Quant aux familles de disparus, dont longtemps elle avait semblé défendre la cause, elle n’a pris leur parti que pour contrôler la situation par crainte du reste que le dossier ne s’internationalise. Mais lorsqu’elle a compris que pour faire valoir leurs droits, les familles étaient prêtes s’il le fallait à aller jusqu’au bout du monde, elle les a mises à la porte du siège national du PT. Pour autant la question des disparus n’en reste pas moins un thème de campagne, sans plus, qui est remis à l’honneur à la veille de chaque rendez vous électoral.

 

Ali Fawzi Rebaïne
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Natif d’Alger, Ali Fawzi Rebaïne, 59 ans, peut se targuer d’avoir eu un passé militant des temps héroïques. Qu’on en juge : fils de parents maquisards qui ont fait la guerre d’indépendance, il eut à subir des tortures dans la cellule même où quelques années plus tôt son père périt sous la torture coloniale. Et pour cause, il prit part en 1983 à un mouvement armé conduit par un certain Benchenouf (dont à vrai dire, on connait peu de choses). Aussi cet opticien de profession a-t-il participé à la création de la première ligue algérienne des droits de l’Homme en juin 1985. Accusé d’atteinte à la sureté de l’Etat pour avoir contribué à la constitution d’association illégale, il est déféré devant la Cour de sureté de l’Etat qui le condamne à 13 ans de prison. En 1987, il fut libéré, lui et ses camarades suite à une grâce présidentielle. Co-fondateur de l’association des fils et filles de martyrs dans le département d’Alger en février 1985, il en devint le premier responsable jusqu’en 1990. De ce noyau associatif qui voulait disputer la rente révolutionnaire au pouvoir en place, naquit le parti Ahd 54 (Le serment de 1954) dont Ali Rebaïne fut élu secrétaire général en 1991, puis reconduit en 1998 avant d’en être élu président successivement en avril 2002 (à l’occasion de la tenue de son congrès constitutif) puis en mars 2007. La dénonciation des harkis, (Algériens supplétifs de l’armée française) qui auraient pris après le départ des Français les leviers de commande en Algérie, est le principal thème dont s’est emparé à ses débuts Ahd 54. Ce parti qui n’a jamais osé désigner directement du doigt le pouvoir militaire, s’est contenté de concentrer ses attaques sur la personne du Président de la République qui serait entouré de harkis. Ali Fawzi Rebaïne en est à sa troisième représentation à la présidentielle après avoir pris part à celles de 2004 et 2009.
Toujours est-il que l’audience de ce parti reste insignifiante, et sa ligne politique se résume à des protestations épisodiques qui se concluent toujours par une adhésion à l’opération électorale en cours. Un des militants de ce parti, Mohamed Seddiki en l’occurrence, a été élu à deux reprises par ses pairs pour présider la Commission de surveillance des élections lors des législatives du 12 mai 2012 et des locales du 29 novembre de la même année. Cependant son action fut sujette à caution. Alors que la nouvelle loi électorale enregistrait un progrès en supprimant le principe de rémunérer les membres de la Commission de surveillance, Mohamed Seddiki montait au créneau pour réclamer de l’argent à l’Etat afin de rembourser les frais occasionnés par les différentes activités de la Commission. Pour comprendre ce qui se passe il faut avoir à l’esprit que la commission ayant élu Seddiki était composée de 52 partis aux locales et de 44 aux législatives sans compter les indépendants. Du reste 21 nouvelles formations politiques y ont fait leur entrée depuis la promulgation en 2012 des textes ayant découlé des « réformes politiques » de Bouteflika. Au fait au sein de cet aréopage de partis majoritairement éprouvettes, aucune formation de véritable opposition n’a de chance d’émerger.

 

Moussa Touati
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Chef d’un petit parti à scandale, le Front national algérien (FNA), qui se voulait à ses débuts comme un FLN épuré de ses dérives népotiques et corruptives, Moussa Touati, 60 ans a finalement produit une forme originale de militance. Celle-ci consiste en le monnayage des candidatures pour devenir députés ou maires sur les listes de son parti. Moussa Touati est le prototype même de l’opposant-client sous l’ère bouteflikienne. Il est le pur produit du système algérien dans ce qu’il a de plus éloigné de la politique, de plus dévitalisé en termes partisans. Fils d’un martyr de la révolution algérienne, ce natif des Beni Slimane dans la wilaya de Médéa, fut tour à tour adjudant dans l’armée, agent des douanes avant d’opter en 1980 pour la police. Il ne s’y plaira que le temps de dénicher une autre chapelle que du reste il bâtira de ses propres mains à la faveur d’un assouplissement de la loi sur les associations en créant en 1986 l’Onec, une organisation pour enfants de martyrs de la guerre d’indépendance. C’est en 1988 qu’il démissionne de la police afin d’être en conformité avec ses nouvelles fonctions. Aidé par le FLN, alors parti unique, lequel a le contrôle sur les mouvements liés aux anciens combattants, Moussa Touati structure son réseau mais sans toutefois réaliser son désir d’autonomie par rapport au parti dont il redoutait les velléités d’hégémonie. Tout compte fait le FLN finit par le détrôner. Après une galère qui va durer quelques mois, Touati trouve le moyen de rebondir lorsque l’armée interrompt les législatives de 1992 remportées par les islamistes. Il crée alors une nouvelle organisation d’enfant de martyrs, la Cnec (Coordination nationale des enfants de chouhada) à qu’il s’empresse de forger une identité reposant sur une allégeance au pouvoir des militaires qui « ont écarté la menace islamiste». Après un mandat à la tête de la Cnec, il fonde en 1999, le FNA, un parti politique qui se définit comme nationaliste dont il devient du reste le président en 2000. Sa première participation aux législatives de 2002 lui vaut huit sièges à l’assemblée populaire nationale (APN). Mais une législature plus tard, soit en 2007, il améliore son score en se tirant avec 13 sièges. Une belle affaire car l’année suivante, Bouteflika triple le salaire des députés en le ramenant à pas moins de 300 000 dinars algériens (2700 euros environ), soit 25 fois le Smig. Ceci n’est pas étranger à cela, des crises récurrentes ont secoué le FNA durant l’année 2012. Moussa Touati était acculé par ses opposants à partir et il s’est vu refuser l’accès au congrès extraordinaire qu’il avait lui-même convoqué. Il se tira d’affaire en avalisant un second congrès dans un autre endroit sans que l’administration ne bronche. Se posant comme un label de la députation, le FNA négocie des places d’élus à l’APN avec le premier venu qui désire se porter candidat en tant que tête de liste pour peu qu’il renfloue la caisse du parti de quelques millions de dinars . Adepte d’un populisme mâtiné d’indigence politique, le FNA est allé jusqu’à vouloir démocratiser la médiocrité. Aux journalistes qu’il reçoit au lendemain des opérations électorales entachées de fraude, il leur déclare sans ciller regretter qu’on n’ait pas gonflé les résultats pour tout le monde s’offusquant ainsi de voir uniquement certains partis avantagés par rapport à d’autres.

 

 

Algérie, la présidentielle sous le scalpel à Paris

L’obsession du consensus ferait réélire Bouteflika selon des spécialistes

[Par Larbi GRAÏNE]  

 

Le président algérien  Abdelaziz Bouteflika. AFP PHOTO/FAROUK BATICHE

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika. AFP PHOTO/FAROUK BATICHE


 
L’élection présidentielle algérienne du 17 avril a été analysée au scalpel ce mercredi 2 avril à Paris lors d’une conférence-débat organisée par l’iReMMO (Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient)». Les trois co-animateurs de cette conférence sous l’intitulé «  Les enjeux des élections présidentielles algériennes », même s’ils ont divergé sur certains points, se sont toutefois accordés sur le fait que les « résultats du prochain scrutin sont connus d’avance ».
 
Akram Belkaid, journaliste et essayiste, spécialiste du monde arabe, a donné le ton sous sa double casquette de modérateur et de conférencier en avançant l’idée qu’« à priori les jeux sont faits même s’il y a beaucoup de théories qui circulent à Alger » avant de céder la parole à Farida Souiah, chercheuse à Sciences po Paris et chargée de cours à l’Université de Cergy Pontoise.  « Depuis l’annonce faite le 22 février 2014 par le Premier ministre Sellal concernant la candidature de Abdelaziz Bouteflika, l’état de santé de celui-ci a occupé et marqué les débats en Algérie, frappant ainsi de discrédit un système politique qui fonctionne avec un président invalide et inapte à assumer ses fonctions» fait observer d’emblée Farida Souiah. Elle s’est dit frappée en outre par le fait qu’on s’acharne « à faire des élections dont on connait les issues sans se soucier qu’elles soient démocratiques ». D’où son hypothèse fonctionnaliste selon laquelle les élections en Algérie n’ont pas pour vocation  de laisser le peuple disposer de son sort par la voie des urnes.
 
Election consensuelle
 
L’élection du 17 avril prochain explique-t-elle, est consensuelle, elle s’inscrit dans un rapport de continuité avec celles qui les ont précédées ». Souiah a remonté jusqu’à l’époque d’Ahmed Ben Bella, en passant par Houari Boumediene, Chadli Bendjedid et Liamine Zeroual pour rappeler que toutes les élections qui avaient permis à ces hommes d’arriver au pouvoir, ont été consensuelles, et avaient été assorties de scores très élevés. « En Algérie, le consensus n’est pas une anomalie sociologique » analyse-t-elle.  Et d’ajouter que les scrutins qu’on y organise ne sont pas concurrentiels car les électeurs ne sont pas en mesure d’écarter les dirigeants qui leur sont proposés. « En un mot ce sont des élections dont les résultats sont connus d’avance » tranche-t-elle.  « On est dans un système de parti unique car le multipartisme adopté est un multipartisme « exclusionnaire », qui exclut les partis critiques et qui récupère les partis d’ornementation dans le but de crédibiliser le scrutin ».  Souiah fait remarquer du reste que sous le multipartisme les autres candidats en lice se sont vus attribuer des scores négligeables et que la crainte principale pour le régime reste l’abstention, ce qui le pousse à fournir des chiffres truqués. « Même si Wikileaks nous apprend rien, il a révélé que le taux de participation réel lors de l’élection de 2009 avait oscillé entre 25 et 30 % ». Et de noter  l’adoption de l’abstention comme comportement politique.  Alors quelle est la fonction des élections en Algérie ? Pour  Farida Souiah  « les élections peuvent servir de vanne de sécurité où on laisse s’exprimer l’opposition ainsi que les gens critiques,  mais non dans le but de changer l’ordre des choses ». Et d’ajouter elles peuvent aussi servir pour obtenir la légitimité internationale et la légitimité nationale en adoptant des processus populaires. « Ces élections note-elle nous révèlent le mécanisme de sélection des candidats ». Elle lance catégorique « si Bouteflika ne peut pas faire de discours, c’est que ce n’est pas lui qui gouverne ».
 
Evoquant les mouvements de protestation actuels, elle a laissé entendre qu’ils n’ont pas une grande portée. Pour elle, le mouvement Barakat est apparu dans certaines villes et s’est vu « reprocher de ne pas utiliser l’arabe et l’amazigh dans ses discours ». Le troisième intervenant, Nadji Safir, sociologue et consultant international spécialiste du Maghreb, a voulu se démarquer des analyses qui privilégient la prépondérance des mouvements sociaux sur les individus bien que ce qu’il a développé devait l’amener à une forme de contradiction.  « Ces élections ont un caractère tout à fait exceptionnel, si Bouteflika était en bonne santé, le scrutin aurait été banal, on est en présence d’un scrutin réellement exceptionnel qui fonctionne sur un mode virtuel où le Président candidat n’est pas en mesure de mener sa campagne électorale » a-t-il développé. Selon lui l’histoire n’est pas réductible aux mouvements sociaux, il faut prendre en compte la personnalité de Bouteflika.
 
Logiques rentières
 
Et d’énoncer « mon hypothèse, la voici : on ne peut comprendre ce qui se passe en Algérie si on ne parle pas des deux logiques qui travaillent la société, à savoir la rente historique (ou symbolique) et la rente économique ». « L’Algérie est devenue une économie caricaturale en ce sens que 98 % de ses exportations  proviennent des hydrocarbures. Le combat se déroule autour de la répartition des richesses. On est dans un système de « rentisation », Bouteflika lui-même est un rentier  à la fois historique et économique » décrypte-t-il. Pour lui la candidature de ce dernier « est le reflet d’un consensus rentier ».  «  Le comportement des hommes politiques a-t-il ajouté trahit leur inclination à la rente. Il a cité l’exemple de  Benflis, présenté comme principal rival du chef de l’Etat sortant, et qui, pendant la campagne électorale, aurait incité son public à ne pas croire les gens qui lui ont attribué l’intention, s’il venait à être élu président de la République, de faire rembourser  aux jeunes les prêts que leur a consenti l’Etat dans le cadre de l’ANSEJ.  Et Safir de relever qu’il y a en Algérie près de 10 000 émeutes par an, soit une émeute par heure non sans  mentionner que ces émeutes dans la majorité des cas n’appellent pas les dirigeants à rendre le tablier mais à respecter « le pacte rentier ». C’est-à-dire à fournir des logements, des routes, de l’électricité, etc.  Se référant à une étude internationale, qui établissait le baromètre des sociétés civiles, l’Algérie a-t-il dit s’était classée la dernière. Pour lui « les jeunes arrivent à vivre grâce à la solidarité familiale et à l’économie informelle. Selon son « estimation personnelle » il y aurait en Algérie, 5 millions de jeunes précarisés par rapport à l’emploi.  Toutefois il note « d’énormes transferts sociaux qui représentent 30 % du PIB ».
 
Faiblesse des mouvements sociaux
 
Revenant sur les protestations contre le 4e mandat de Bouteflika, Safir estime que les mouvements sociaux qui les portent n’ont pas d’ancrage « réel ». Pour lui « Barakat n’a pas réuni beaucoup de monde ». Néanmoins  il a estimé que les deux rentes (historique et économique) sont en train de s’épuiser. Dans le débat une voix s’est élevée « Qu’est ce que vous entendez par élection dont les résultats sont connus d’avance ? Est-ce que vous faites allusion à la victoire de Bouteflika ou de Benflis ? ». Akram Belkaid répond tout de go « le clan d’Ali Benflis est convaincu que l’élection est ouverte » Et d’enchainer « je crois que « Bouteflika n’accepterait jamais  de participer à une présidentielle dont il estime qu’il sortira le perdant ». Belkaid cite au passage, de l’air de dire qu’il n’y croyait pas trop, la thèse avancée par le sociologue Lahouari Addi, selon laquelle Bouteflika jouerait le rôle de lièvre lors de la prochaine joute.  Au monsieur qui demandait « qui gouverne l’Algérie ? », Nadji Safir a rétorqué mystérieusement en citant les paroles qu’aurait dites le Général de Gaule, à une personne « dont je préfère taire la question » : « vaste programme mon ami ! ».  Parlant de l’armée, Safir trouve qu’elle se caractérise par « une logique de corps ». Les retraités a-t-il dit gardent des liens très forts avec leurs camarades encore en fonction. Parfois ce sont les retraités qui s’expriment. Le Général Benhadid a pris la parole dans les médias au nom de ses camarades a-t-il rappelé.
 
L’autre question posée est celle se rapportant au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), parti qui vient d’opter pour le séparatisme après avoir revendiqué l’autonomie. Safir estime que « le MAK ne changera pas fondamentalement la donne ». Pour sa part, Akram Belkaid, trouve la revendication du MAK « choquante » tout en concédant qu’il peut « être entendu dans un contexte démocratique ». Il n’a pas caché sa crainte de voir  le pouvoir utiliser cette affaire  comme une carte de pression sur la société afin de se maintenir en place.  A la fin Safir, complétant sa thèse des deux logiques rentières, reconnait que le traumatisme laissé par la guerre civile des années 90 est un autre facteur démobilisant, qui empêche les mouvements sociaux à prendre pied.

 

 

 

Pereira : Les Guinéens face à la reconstruction de leurs Pays

[Par Pierre Toh]

 

En tournée européenne, Domingos Simoes PEREIRA, Président du Parti Africain pour la Renaissance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), parle à la diaspora de la Bissau-guinéenne : « Les Guinéens ont été capables de détruire leur pays, ils doivent donc être capables de le reconstruire ».

 

Domingo Simoes Pereir

Domingo Simoes Pereira

 

La Guinée Bissau a plongé dans une crise constitutionnelle suite au coup d’état d’avril 2012 après l’élection de Carlos Gomes Junior, candidat du Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert. Elle sort progressivement la tète de l’eau. En avril prochain, après un premier report, des élections présidentielles pourraient se tenir dans le pays. Le Parti Africain pour la Renaissance de la Guinée et du Cap-Vert, qui est à la tête de ce pays depuis l’indépendance en 1974 pourrait, sauf problème majeur, rempiler pour une autre victoire. C’est en préparation de ces joutes que M. Domingos Simoes PEREIRA Président du PAIGC vient de séjourner à Paris du 15 au 17 mars dernier. Au menu de son agenda, des rencontres avec les autorités politiques Françaises mais surtout avec la diaspora Bissau-guinéenne. Au cours des échanges, la vie des ressortissants dans l’hexagone a été évoquée dans un franc-parler dont il est maître. Le Président du PAIGC et futur Premier Ministre leur a prodigué différentes recommandations pour vivre en parfaite harmonie dans le pays dans leur pays d’accueillis ; surtout, il leur a conseillé d’œuvrer à fructifier leur séjour pour être, demain, des acteurs incontournables dans l’économie de leur pays d’origine. Bien évidemment, la situation sociopolitique de la Guinée-Bissau a occupé une large place dans les échanges qui ont été fructueux. Pour finir, tous ont pris rendez-vous pour le 13 avril prochain, date choisie pour les élections présidentielles en Guinée-Bissau. Principale recommandation du Président Domingos à ses concitoyens, dite dans une phrase symbolique, « les Guinéens ont été capables de détruire leur pays, ils doivent donc être capable de le reconstruire ».