Francophonie : Tharcisse Loseke en course pour le secrétariat général de l’OIF

Neurologue et enseignant, le bruxellois d’origine congolaise Tharcisse Loseke fait partie des six candidats en compétition pour le poste de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Les présidents de l’organisation décideront en fin de ce mois à Dakar.

Tharcisse Loseke (source : congoone.net)

Tharcisse Loseke (source : congoone.net)

Une personnalité de la société civile à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie ? Le docteur Tharcisse Loseke y croit. Ce neurologue du Chirec de Bruxelles, qui enseigne aussi à l’Université libre de la même ville (ULB) compte défendre jusqu’au bout, sa candidature déposée en été au poste de Secrétaire général de l’organisation. C’est ce qu’il a laissé entendre jeudi à Paris, lors d’une rencontre avec la presse. Il souhaite ainsi pouvoir prendre le relai de l’ancien président sénégalais Abdou Diouf, qui après douze année à ce poste, ne rempilera pas pour un quatrième mandat.
M. Loseke sait que la compétition sera rude. Il devra en effet affronter cinq autres candidats, africains pour la plupart. Il y a ainsi Dioncouna Traoré, ancien président de transition du Mali (Afrique de l’Ouest). Mais aussi Pierre Buyoya, ancien président du Burundi, Henry Lopes, ancien premier ministre du Congo-Brazzaville, Jean Claude de l’Estrac, ex-ministre des affaires étrangères de Maurice. Et enfin, Michaëlle Jean, originaire d’Haïti et ancienne Gouverneure général du Canada, qui sera la seule candidate du Nord.
Mais il estime que plusieurs facteurs plaident en sa faveur. Il met ainsi en avant son engagement social. Alors que la plupart des autres candidats sont issus du monde politique, lui vient de la société civile. Il a toujours été un militant des droits de l’homme. Il fut en effet le co-créateur de la toute première association dédiée à cette question, dans l’ex-Zaïre. Et même s’il est quelque peu frotté à la politique, cela remonte à loin. Au début des années 90, il avait en effet accepté un poste de ministre dans l’éphémère gouvernement de transition au Zaïre de Mobutu, dirigé par l’opposant Étienne Tshisekedi. Il connait aussi bien les pays du Sud que ceux du Nord, pour avoir longuement exercé dans l’ex-Zaïre et en Belgique.
Par ailleurs, la situation au sein de l’OIF milite quelque peu en sa faveur. On imagine mal en effet qu’un Malien remplaçe un Sénégalais au Secrétariat général de la Francophonie. Dans le même ordre, la candidature de Michaëlle Jean se trouve handicapée par le fait que l’administrateur de l’OIF est québécois et a vu son mandat prolongé jusqu’en 2018. Si Mme Jean était élue, le Canada occuperait les deux postes clés de l’organisation. En troisième lieu, la République démocratique du Congo (RDC), son pays d’origine deviendra bientôt le principal Etat de l’espace francophone, et peut légitimement prétendre à un poste digne de son poids au sein de l’OIF. Enfin, Paris a indiqué que son candidat sera celui de l’Afrique.

La 86e session du Conseil permanent de la Francophonie (CPF) - Kinshasa, 13-14 octobre 2012. (Crédits : Joseph Moura / OIF)

La 86e session du Conseil permanent de la Francophonie (CPF) – Kinshasa, 13-14 octobre 2012. (Crédits : Joseph Moura / OIF)

Reste la question des soutiens. On sait que pour désigner le Secrétaire général de la Francophonie, les chefs d’Etats votent à huis clos. D’où l’importance d’avoir des soutiens parmi eux. Or, jusqu’ici, aucun président ne s’est publiquement déclaré en faveur du docteur Tharcisse Loseke. Pas même Joseph Kabila de la RDC, actuel président de l’OIF. Le candidat a toutefois rencontré le ministre congolais des Affaires étrangères. « Etant président de l’OIF, M. Kabila souhaite sans doute conserver sa neutralité. Ce qui ne signifie pas qu’il soit hostile à ma candidature », explique-t-il. Le docteur bruxellois espère aussi obtenir le soutien de la Belgique, son pays d’adoption. A Paris, il a indiqué qu’il rencontrerait dans les prochains jours le ministre fédéral belge des Affaires étrangères, Didier Reynders.
S’il est élu, Tharcisse Loseke compte appliquer à la lettre la feuille de route des chefs d’Etats. Il affirme aussi qu’il s’investira dans la continuité d’Abdou Diouf, en menant à leur terme les projets que l’ancien Secrétaire général aurait laissé inachevés. Mais surtout, il compte œuvrer dans le domaine économique. « Il faut que l’OIF soit beaucoup plus économique. Le Nord comme le Sud ont tout à gagner dans le renforcement de la coopération », déclare-t-il.
Les chefs d’Etats feront leur choix, lors du prochain sommet de la Francophonie. Ce sera à la fin de ce mois à Dakar, la capitale sénégalaise.

Centrafrique : Amnesty plaide pour la protection des civils et la lutte contre l’impunité

[Par Makaila NGUEBLA]

La situation des droits de l’Homme, la protection des civils et la lutte contre l’impunité en République centrafricaine préoccupent Amnesty International (voir le récent rapport intitulé Les ravages de la haine ). Christian Mukosa, responsable de recherches au programme Afrique d’Amnesty International, de retour d’une mission de dix-neuf jours dans plusieurs localités, a fait face à la presse, ce jeudi 06 novembre 2014 au siège de l’organisation, au 76, Boulevard de la Villette à Paris.

(Source :amnesty.fr)

(Source :amnesty.fr)

Une équipe de chercheurs d’Amnesty International a sillonné Bangui, Bambari, Boda et d’autres régions de la République centrafricaine pour évaluer la situation des droits de l’Homme dans le pays.

Constat alarmant.

(Source : fr.africatime.com)

(Source : fr.africatime.com)

Selon Christian Mukosa, Amnesty International partage deux préoccupations au sujet de la situation en Centrafrique. Pour le chercheur, la protection des civils et la question de la sécurité sont des problèmes extrêmement inquiétants, malgré la présence des forces internationales déployées depuis le 15 septembre 2014: « des gens sont pillés, tués. », dit-il.
Au mois d’octobre dernier, les Anti-balaka ont attaqué à Bangui les hommes de la Séléka et des groupes musulmans armés, causant dix morts.
« Ces actes de violences se sont déroulés dans Bangui au nez et à la barbe de la communauté internationale. », a déclaré Christian Mukosa, avant de s’interroger : « Qu’en sera-t-il pour les gens des villages situés loin des regards extérieurs ? ».
Il y a également le cas des civils chrétiens tués par des Peuls armés.
La Séléka, important groupé armé, est désormais partagé entre Joseph Zindeko et Ali Darassa, qui se regardent en chiens de faïence dans Bambari. « Tout peut arriver. », redoute Christian Mukosa.
Devant cette situation, la question de l’impunité demeure préoccupante pour le chercheur, qui a rencontré les deux principaux chefs religieux et échangés avec les citoyens ordinaires. Il a estimé que l’arrestation des responsables des Anti-Balaka et de la Séléka ne provoquera pas la fin du monde.

La communauté internationale interpellée.
Le chercheur a insisté sur le rôle de la communauté internationale, qui doit mettre un terme à l’impunité des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par des acteurs clés de cette crise.
La communauté internationale doit venir appuyer les efforts locaux, non seulement pour limiter les dégâts, mais aussi afin d’aider à assainir l’espace politique, préparer les élections et protéger les civils à travers des stratégies cohérentes.
M. Christian Mukosa soutient que son organisation plaide en faveur de la sécurité des citoyens et d’un Etat de droit en RCA : « nous invitons la communauté internationale à assurer la sécurité des citoyens pour un Etat de droit. » a-t-il insisté.
Et le chercheur de conclure : « Amnesty International a encouragé la présence des forces internationales en Centrafrique. ». Toutefois, il ne nie pas les efforts de celles-ci en faveur du retour de la paix en Centrafrique.

Rwanda : le mystère persiste sur l’affaire Kizito Mihigo

[Par Sintius MALAIKAT]

Kizito Mihigo, artiste-musicien rwandais et rescapé du génocide, est incarcéré depuis le 14 avril 2014. Après une semaine de disparition la police nationale, malgré une série de déclarations, finira par reconnaître sa détention.

Kizito Mihigo (source: inyenyerinews.org)

Kizito Mihigo avec ses avocats (source: inyenyerinews.org)

Mihigo est poursuivi pour collaboration avec des groupes terroristes opérant à l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et le RNC (Rwanda National Congres), parti politique de l’opposition fondé en Afrique du Sud par des anciens pro-Kagame. Ses accusations vont jusqu’à montrer qu’il planifiait l’assassinat du président rwandais, Paul Kagame et de certaines autres autorités du pays. Mais il avait évoqué, dans sa dernière chanson, «Igisobanuro Cy’Urupfu » « La signification de la mort », les crimes dont est accusé le Front patriotique rwandais (FPR), aujourd’hui au pouvoir. Cette chanson a été prise pour négationnisme du génocide car d’après ses mots, l’artiste veut que toute personne morte au Rwanda soit commémorée, quelle que soit la cause et l’ethnie.

« Je suis orphelin à cause du génocide, mais cela ne doit pas me faire oublier qu’il y a d’autres personnes qui ont été massacrées suite à la vengeance. Je leur rends hommage car elles aussi sont des êtres humains… »
Chrétien catholique, il est accusé de s’être attaqué contre le programme « Ndi Umunyarwanda » (Je suis Rwandais), programme dans lequel toute personne Hutu est obligée de demander pardon aux Tutsis pour les crimes commis en leur nom lors du génocide.
« Je suis Rwandais devrait être précédé par Je suis chrétien… »
Pourtant, ce programme a semé la polémique car beaucoup de gens ne sont pas pour cette politique de généralisation ; certains l’avaient trouvé comme une manière de criminaliser tous les Hutus et d’autres, dont Ibuka, association des rescapés du génocide, comme un programme pouvant contribuer à dissimuler la vérité sur ce qui s’est réellement passé. [Cette association avait désapprouvé ce programme à son lancement mais elle n’a pas tardé à se contredire].

Kizito Mihigo (source : inyarwanda.com)

Kizito Mihigo (source : inyarwanda.com)

Son procès a été ouvert à la Haute cour de Kigali le 12 septembre, en compagnie de ses 3 co-accusés dont un journaliste. Kizito plaide coupable de toute accusation et demande que son procès soit jugé séparément. Reporté, le procès réapparait ce 06 novembre et plaide coupable de tout chef d’accusation ; mais ses avocats ne sont pas d’accord surtout en ce qui concerne l’appellation des ses crimes et sur l’authenticité des preuves dont dispose le parquet, : preuves basées sur des messages via des réseaux sociaux, Skype et Whatsapp. Pourtant, l’artiste insiste et déclare que peu importe l’appellation, il plaide coupable et demande pardon au chef d’Etat qu’il a trahi alors que ce dernier l’avait beaucoup aidé dans sa carrière.
« Je ne l’ai jamais détesté [le Président Kagame]. Trahir une personne ne signifie pas qu’on la déteste. Seulement c’est comme si je m’étais révolté car j’avais des problèmes avec d’autres autorités,… Mais je regrette ce que j’ai fait contre le Président alors qu’il m’a aidé ».

Après Kizito Mihigo, ce fut le tour d’un de ses co-accusés, Cassien Ntamuhanga, ancien journaliste et directeur de radio privée religieuse, Amazing Grace. Ce dernier a immédiatement rejeté la première des quatre accusations qu’il partage avec Mihigo, mais le procès a été reporté au 14 novembre car l’un des juges est tombé brusquement malade.

Source : Umuseke.com, RFI

 

 

RDC : Quand les esprits de « Ouagadougou » hantent Kinshasa

[Par Jean MATI] 

Ce fut l’actu de la semaine dans les réseaux sociaux. Les événements survenus au Burkina Faso n’ont laissé personne indifférent, même au Congo-Kinshasa. D’ailleurs là-bas, ce cours d’Histoire avait une signification d’autant plus grande que l’élément déclencheur de la révolution Burkinabè ressemble à la situation congolaise : un projet de loi modifiant la Constitution pouvant permettre un nombre illimité de mandats présidentiels.


Le soulèvement qui a poussé le président Blaise Compaoré (27 ans au pouvoir) à rendre le tablier a été vécue avec joie par de nombreux Africains optant pour l’alternance. Cependant en RDC, deux faits majeurs se sont joints à ladite circonstance. D’abord, le photomontage mis sur internet montrant un homme qui tient une pancarte en mains sur laquelle on pouvait lire : «Blaise Compaoré dégage si tu veux un 3ème mandat va au Congo-Kinshasa. Là où les peuples sont des idiots manipulés par les pasteurs et la musique. Pas ici. Nous sommes un peuple fort ».
Analysons bien ce message. Y-a-t-il du vrai dedans ? Un peu de vrai. Globalement, à travers cette démarche, l’auteur de ce trucage voudrait dénoncer la passivité de l’Homme congolais quant à son implication dans les prises de décision de son pays. Disons, une auto-prise en charge et une conscience collective pouvant amener au changement radical. Depuis plusieurs années, on reproche au Congolais son désintérêt pour la chose politique au profit d’autres activités : musique, sport et religions, par exemple.
Ce trucage marque bien la similarité avec la situation politique en RDC où une guerre silencieuse règne depuis peu entre les chantres du pouvoir (favorables à la modification de la Constitution) et une partie de l’opposition, fragilisée par la corruption, qui malgré tout défend l’article 220 interdisant toute modification de la Constitution. Dans cette bataille, comme on peut bien le remarquer, la majorité des Congolais reste silencieuse, et parfois se fout même de ces débats politiques. N’est-elle pas concernée ? Dieu seul le sait…
Toutefois, ce photomontage a produit l’effet d’une bombe. Et bien qu’il soit difficile de l’accepter, il détient malgré tout une part de vérité, même si l’auteur du trucage a commis une grosse bourde en écrivant par exemple : « Blaise Compaoré dégage si tu veux un 3ème mandat » – Non, ça c’est une faute. Le tout-puissant Blaise en voulait un cinquième. Peut-être ce message était-il destiné à quelqu’un d’autre, par exemple au président de la RDC Joseph Kabila, qui rêve de briguer un troisième mandat.
Ensuite, nous voulons croire que ce n’est pas à cause de ce trucage que la RTNC (Radio-Télévision nationale congolaise), le 30 octobre 2014, n’a pas évoqué, dans son édition du journal télévisé, ce qui s’est passé au Burkina Faso. Etait-ce un événement de si faible envergure, pour que nos confrères n’y accordent pas d’importance ou de signification ? Pourquoi une telle censure ? Le gouvernement de Kinshasa, qui a la main-mise sur la RTNC depuis quelques années, n’a-t-il pas donné l’ordre d’interdire toute diffusion montrant les manifestations de Ouagadougou ? Cette longue série de questionnements restera sans réponses précises. Par ailleurs, on soutiendrait que « mieux valait prévenir que guérir ». Il fallait éviter une réaction en chaîne.

Blaise Compaoré : Game over

[Par Armand IRE’]

Il a fallu attendre 27 ans pour que l’auteur de l’un des putschs des plus sanglants que l’Afrique ait subi passe à la trappe de l’histoire. La rue burkinabé a eu raison du plus grand déstabilisateur de la région ouest africaine. Vendredi 31 octobre 2014, jour historique pour l’Afrique de l’ouest. Sommes-nous cependant sortis de l’auberge ?

Alassane Ouattara et Blaise Compaoré (source : http://news.abidjan.net/)

Alassane Ouattara et Blaise Compaoré (source : http://news.abidjan.net/)

C’est à Yamoussoukro district, capitale dans le centre ivoirien, région natale de son épouse Chantal que Blaise Compaoré après moult péripéties a posé ses valises après son départ du pouvoir. Officiellement, il a démissionné, mais nous savons qu’il a été contraint au départ par le peuple burkinabé qui est massivement sorti pour barrer la route à la modification de l’article 37 de la constitution de ce pays, modification qui devait permettre à l’ex-homme fort d’Ouaga de briguer un énième mandat présidentiel. Celui qui a soutenu le viol de la constitution ivoirienne pour permettre l’installation de son « protégé » au palais d’Abidjan n’a pas réussi à berner à nouveau ses compatriotes.

 

Pays en coupe réglée

Thomas Isidore Sankara (source : lefaso.net)

Thomas Isidore Sankara (source : lefaso.net)

Le « Beau Blaise » comme on l’appelle dans le milieu politique et diplomatique n’est pas monté sur le tapis rouge de manière décente. En octobre 1987, il est l’auteur d’un coup d’état qui emporte son meilleur ami et président de la république du Faso, l’inégalable et inoubliable capitaine Thomas Isidore Sankara. Compaoré poursuivra sa purge en envoyant au poteau pour fusillade ses compagnons Jean-Baptiste Lingani et Henri Zongo. Seul désormais aux commandes il accapare son pays qui constitue la base arrière de toutes les rebellions ouest-africaines. L’homme des basses besognes de la communauté internationale dans la région c’est lui, le pyromane-pompier qui déstabilise et devient ensuite médiateur. L’armée burkinabée est à ses pieds et les contestataires se retrouvent au cimetière avec l’aide de son cadet François Compaoré dont on aurait retrouvé des restes humains dans sa résidence lors de la chute du régime de son frère.

Norbert Zongo (source : rfi.fr)

Norbert Zongo (source : rfi.fr)

Les opposants et journalistes envoyés ad-patres, le Burkina en compte un bon nombre. Le plus célèbre est le journaliste Norbert Zongo qui a osé enquêter sur la famille Compaoré suite au meurtre inexpliqué de David Ouédraogo le chauffeur de François Compaoré. Le journaliste a été brûlé vif dans sa voiture en compagnie de trois de ses compagnons à quelques kilomètres de Ouagadougou. Les coupables n’ont jamais été inquiétés.

 

 

Parti… mais trop proche

Allassane Dramane Ouattara (source : abidjan.net)

Allassane Dramane Ouattara (source : abidjan.net)

Blaise Compaoré a quitté le Burkina-Faso, mais se trouve à un vol d’oiseau de la capitale burkinabée d’où il est parti avec 27 véhicules. Il a trouvé refuge chez quelqu’un qui lui doit beaucoup, Allassane Dramane Ouattara, l’actuel homme fort d’Abidjan. A Ouagadougou, la transition est chaotique, les proclamations, déclarations et autoproclamations se succèdent. Nul ne sait qui dirige véritablement le pays aujourd’hui. Des militaires fidèles à Compaoré ont pris les commandes de l’état sous la grogne de l’opposition. L’armée burkinabée est en train de voler la révolution du peuple au grand dam de l’union africaine qui somme les militaires de remettre sans conditions le pouvoir aux civils. Alors que plusieurs ivoiriens grognent et demandent le départ de Blaise Compaoré du pays et sa remise à la CPI pour son rôle supposé dans la crise ivoirienne, le nouveau locataire du « Giscardium » de la « villa des hôtes » de Yamoussoukro pense sans doute à tous ceux dont il a été le bras séculier pour de basses besognes et qui l’ont tous lâché aujourd’hui.
Rideau sur un éternel putschiste.

 

Paul Biya, la Suisse est-elle prête à l’accueillir ?

[Par René DASSIE’]

Blaise Compaore (source : afriquekibare.mondoblog.org)

Blaise Compaoré (source : afriquekibare.mondoblog.org)

Annoncé au Togo, Blaise Compaoré, ci-devant président du Burkina-Faso, a finalement trouvé en Côte d’Ivoire, une telle d’exil. Il s’agit d’un pays qu’il connait bien : il a été médiateur dans la crise qui a secoué ce pays frontalier du sien, dès la tentative de coup d’Etat contre Laurent Gbagbo, en septembre 2002. Lors de la crise postélectorale de 2010, il sera désigné dans le panel des médiateurs de l’Union africaine, aux côtés des présidents d’Afrique du Sud, Jacob Zuma, de la Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz, de la Tanzanie, Jakaya Kikwete et du Tchad, Idriss Deby Itno. Et ce, malgré l’opposition de l’Alliance des jeunes patriotes, mouvement populaire ultranationaliste pro-Gbagbo, dirigé par l’activiste Charles Blé Goudé, aujourd’hui en jugement à la Cour pénale internationale de La Haye, pour son rôle présumé dans les violences qui ont fait plus de 3000 morts dans le pays il y a quatre ans.
Exil donc en terre africaine, pour Blaise Compaoré, souvent présenté comme l’allié des occidentaux en Afrique de l’Ouest. A aucun moment depuis sa démission vendredi, il n’a été question pour lui de prendre le chemin de l’Europe.

Idi Amin Dada

Idi Amin Dada

C’est d’ailleurs, sauf erreur, une constante. Les dirigeants déchus d’Afrique ne vont pas couler leur retraite forcée en Europe. Après avoir fui la capitale Kampala en avril 1979, Idi Amin Dada, l’ancien maître de l’Ouganda dont le « règne » fit plusieurs dizaines de milliers de victimes passa par la Lybie de Kadhafi avant de trouver un point de chute à Djeddah, en Arabie Saoudite. Il y vécu jusqu’à sa mort, le 16 août 2003. Bien que peu pratiquant, il était musulman et avait favorisé ses coreligionnaires pendant son règne. D’où, sans doute, l’intérêt que lui portait la Libye et l’Arabie Saoudite. C’est également à Djeddah que s’est réfugié l’ancien président tunisien, Ben Ali, en 2011.
Déposé en Ethiopie le 28 mai 1991, le sanguinaire Mengistu Haile Mariam, surnommé le « Négus rouge » demanda et obtint l’asile chez son ami Robert Mugabé, président du Zimbabwe.
Au Congo ex-Zaïre, Mobutu, très affaibli par la maladie, fut tenté par l’Europe, lors de sa fuite en 1997. Il alla en France, puis en Suisse. C’est finalement au Maroc qu’il passa ses derniers jours, puisqu’il y mourut en septembre 1997.

Jean Bedel Bokassa et Charles De Gaulle (gettyimages.com)

Jean Bedel Bokassa et Charles De Gaulle (gettyimages.com)

Même Jean-Bedel Bokassa revint finalement en Afrique. Chassé du pouvoir le 20 septembre 1979, l’ancien empereur autoproclamé put bien s’installer dans la France de De Gaulle, qu’il appelait « papa ». Cependant, il ne supporta pas l’exil dans ce pays, puisqu’il revient de son propre chef à Bangui sept ans plus tard, pour y être jugé. Condamné, puis amnistié, il mourut en 1993, d’une crise cardiaque. François Bozizé autre homme fort centrafricain serait toujours au Cameroun. Ange-Félix Patassé qu’il avait chassé du pouvoir en mars 2003 est décédé à Douala au Cameroun, le 5 avril 2011. Le démissionnaire Michel Djotodia qui avait renversé Bozizé s’est installé au Bénin.

Qu’en sera-t-il de Paul Biya, dont le pouvoir visiblement chancèle ? On sait qu’en Afrique, le président camerounais n’a pas d’amis parmi les autres dirigeants du continent. Il lui sera donc extrêmement difficile d’y trouver asile. La Suisse où il aura passé une bonne partie de sa vie pourrait-elle l’accueillir si jamais il était forcé de partir ? Rien n’est sûr.

Simonetta Sommaruga au Cameroun (source : 237online.com)

Simonetta Sommaruga au Cameroun (source : 237online.com)

Fin septembre, la visite de travail de la conseillère fédérale suisse Simonetta Sommaruga au Cameroun avait suscité quelques interrogations. Plusieurs sites avaient en effet annoncé à cette occasion la signature entre les deux pays, d’un accord sur la suppression réciproque de l’obligation de visa pour les titulaires d’un passeport diplomatique ou de service. Certaines observateurs comme Patrice Nouma, activiste camerounais installé aux Etats-Unis avaient interprété cela comme une probable préparation de la fuite vers la Suisse, du clan Biya. Cependant, comme on le sait, les Etats n’ont que des intérêts. Et en général, les accords signés lorsqu’on est au pouvoir n’engagent plus les autres parties, une fois qu’on perd le pouvoir.

 

 

Crimes contre les journalistes : L’Afrique dans la tourmente

[Par Alareny BAH]

Le 2 novembre a été décrété « Journée internationale contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes » par l’Unesco. L’Onu a également instauré la « Journée mondiale de la presse » qui a lieu chaque 3 mai. Ces initiatives pointent ce qui se passe notamment en Afrique.

Source : ifex.org

Source : ifex.org

En écho aux efforts de sensibilisation engagés à l’échelon international, on a assisté en Afrique – notamment dans l’ouest – à une floraison de médias audiovisuels et écrits. Toute chose qui avait suscité beaucoup d’engouements au sein des populations, car cette libéralisation permettait, du coup, la pluralité de l’information. Au fil des années cet espoir s’estompe petit à petit du fait des obstacles érigés sur le chemin de ceux qui sont censés travailler dans ces médias.

Des hommes s’érigeant en rois, chefs d’Etat, groupes terroristes ou autres personnes influentes usent de tous les moyens qui sont à leur disposition pour empêcher tout travail des médias non favorables à leur cause. Souvent ce genre d’attaque s’exprime par des menaces verbales, écrites, des persécutions, des arrestations, de la prison, des assassinats ou la destruction d’équipements professionnels : autant d’actes forçant à l’exil.

Le problème africain

Sur le plan mondial, l’Afrique occupe une bonne place pour ne pas dire la 1ère dans la violation des droits à l’information. Certains dirigeants sont prêts à sacrifier des journalistes pour sauver leur position. Or, ces mêmes dirigeants ont oublié que c’est grâce à la couverture médiatique qu’ils ont accédé au pouvoir. Et ce n’est pas un hasard s’ils entretiennent constamment des relations avec des médias sélectionnés pour vendre leur image.

Mon pays, la Guinée, n’est pas en reste dans ce genre de manœuvre. Récemment des journalistes ont été refoulés d’une ville où ils voulaient se rendre pour constater le nombre de morts lié à la révolte des populations face à la mauvaise gestion de la fièvre Ebola.

Aujourd’hui nombreux sont les journalistes qui ont pris la route forcée de l’exil à cause des vérités qu’ils énoncent sur des sujets sensibles, laissant derrière eux une famille meurtrie et à l’agonie. En se référant au rapport et au classement 2014 de Reporters sans frontières (RSF), on voit que la Guinée régresse d’année en année. De 82ème en 2013 elle est passée au 102ème rang sur 180 nations classées. Ceci signifie qu’il va falloir encore attendre encore bien des années pour que la protection des journalistes soit effective dans ce pays.

Source : http://rsf.org/

Source : http://rsf.org/

Globalement, à l’échelle de la planète, l’on assiste chaque année à l’assassinat et au départ massif de journalistes pour une destination inconnue à cause des persécutions dont ils font l’objet quotidiennement. Malgré la rituelle célébration du 3 mai (la Journée mondiale de la presse), les hommes et femmes, de plume, de micro et de caméras ne sont toujours pas à l’abri des esprits malveillants. Il faut tout de même se réjouir d’innombrables progrès réalisés dans la promotion d’une presse libre et responsable au service de la démocratie et de l’état de droit par certaines nations.

La célébration de l’Unesco le 2 novembre prochain vient à point nommé et s’ajoute à tant d’autres événements. Cette célébration fait référence à l’assassinat de deux éminents journalistes de RFI, en l’occurrence : Ghislaine Dupont et Claude Verlon alors qu’ils étaient en reportage à Kidal au nord du Mali. Ces deux envoyés spéciaux n’avaient comme armes que leur micro, leur badge et leur dictaphone. Ils ont été enlevés puis assassinés par leurs ravisseurs le samedi 2 novembre 2013 tout simplement parce qu’ils étaient à la recherche d’informations fiables et crédibles.

Cette date restera désormais gravée dans la mémoire de tous les hommes épris de justice mais surtout dans les annales de l’histoire de la presse mondiale. Ce 2 novembre sera alors mis à profit pour parler du travail de ses 2 journalistes disparus mais aussi des dispositions à prendre en faveur de la liberté d’information. Sans une presse libre : pas de démocratie et sans démocratie pas d’état de droit.

Source : mali-web.org

Source : mali-web.org