Afrique : est-ce la fin de la torpeur ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

J.-J. Lema Landu

Depuis le début du troisième millénaire, livres et articles de journaux sur l’Afrique ont déserté le camp de l’« afro-pessimisme ». A l’appui des statistiques, ils parlent plutôt du « réveil du continent ». Non sans en souligner l’incidence au niveau de la coopération internationale, l’Afrique étant un énorme gisement des ressources naturelles. Les perspectives qui s’en dégagent sont des plus alléchantes.

Du coup, le continent, ce malade grabataire, est à l’honneur. Dans une formule simple, les grandes nations s’empressent de l’inviter pour « parler amitié et coopération ». Selon un nouveau mode d’emploi, basé sur la négociation entre partenaires et la réciprocité des intérêts. Exit donc l’imposition du plus fort comme ce fut jadis le cas. Ainsi des sommets « Afrique-France », « Afrique-Chine », « Afrique-Amérique », « Afrique-Japon ».

Pourtant, auparavant, l’Afrique n’avait jamais eu la cote. Des siècles de plomb, marqués par l’esclavage, aux indépendances en trompe-l’œil, dans les années 1960, en passant par une colonisation impitoyable, le continent fut constamment l’objet de mépris. En 1950, Mgr de Hemptinne, évêque du Katanga (RD Congo), oubliant les consignes de l’évangile qui prônent le respect de l’autre, déclarait sans détour : « La race noire n’avait rien derrière elle. Peuple sans écriture, peuple sans Histoire, sans consistance aucune… » (1). Et Sarkozy de le relaye, à Dakar, en 2007.

Qu’en est-il, aujourd’hui ? Pourquoi cette « nouvelle ruée vers l’Afrique ? ». Les experts répondent par la vertu des chiffres. Ils nous disent que le taux de croissance (la production totale comparée d’une année à l’autre) de l’Afrique va augmentant chaque année, au point d’avoir atteint 5,6%, en 2013. Signe que le continent s’est mis en marche et à se débarrasser de sa torpeur. Ce géant qui s’élève est aussi une puissance démographique : 1,04 milliard d’habitants, en 2012. Ce chiffre, selon les prévisions, sera doublé dans vingt ans. C’est, à l’horizon, un grand marché de consommation qui est en train de se tisser. D’où la préoccupation de grandes puissances de baliser, d’ores et déjà, le chemin de la coopération.

Mais, en Afrique, il n’y a pas que cela qui est positif. Si a corruption persiste, si la dictature, cachée, reste de mise dans les arcanes des pouvoirs (à l’exception de l’Afrique du Sud et de quelques rares autres Etats), si les détournements de deniers publics, ainsi que tous les autres fléaux traditionnels tiennent encore le haut du pavé, les peuples, tout au moins, ont maintenant conscience de leur responsabilité dans la marche politique de leurs pays. Le Printemps arabe, tel qu’il s’était manifesté, n’était autre chose que cette volonté affichée des peuples de s’approprier leur destin.

Place Tahrir [Photo tirée de parismatch.com]

Place Tahrir [Photo tirée de parismatch.com]

Cet événement de fond, après avoir produit un effet papillon, a changé la figure et l’air ambiant de l’Afrique. Au point de créer un climat de confiance pour les investisseurs qui pensent maintenant « afro-optimisme ». Au fait, qui ne rêve, en Afrique, d’ériger une « Place Tahrir » pour en finir avec des régimes prédateurs ?

(1) Jeune Afrique n° 2711-2712, dans « Qui a tué Lumumba ? ».

Côte d’Ivoire-Paris : l’affaire des « nounous esclaves » au tribunal de Nanterre

[Par Armand IRE’]

Elle s’appelle Sy Kadidia. Elle est de nationalité burkinabé et est la compagne attitrée de l’ex-chef de la rébellion ivoirienne, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Kigbafori Soro. Elle était à la barre du tribunal correctionnel de Nanterre en région parisienne le lundi 8 septembre 2014, pour trafic d’êtres humains, travail dissimulé et absence de bulletins de paie. Cette affaire qui a cours depuis 2008, l’oppose à deux de ses compatriotes qu’elle a engagées à son service et qui l’accusent de les avoir soumis à des traitements dégradants. Nous étions à Nanterre.

Tribunal correctionnel de Nanterre [Photo tirée de affiches-parisiennes.com]

Tribunal correctionnel de Nanterre [Photo tirée de affiches-parisiennes.com]

Allure guindée, démarche assurée, visage affublé d’une paire de lunettes de correction, Sy Kadidia a le visage serein lorsque, accompagnée d’une amie, elle quitte pour un temps court la salle d’audience, quelques minutes avant le début de son procès. Lorsqu’à sa sortie de l’ascenseur, nous tentons de lui arracher quelques mots, celle qui lui sert, on va dire, de garde du corps s’interpose. La compagne de Guillaume Soro file vers la salle d’audience. Quelques minutes après 15h, elle est appelée à la barre. Veste noire et pantalon assorti soutenu par une sorte de body blanc, Sy Kadidia vue de près est d’allure juvénile. Elle tente tant bien que mal de faire face à l’armada de questions parfois intimes que lui pose le juge. Pour elle, ses ex-employées sont bien ingrates. Elle les a nourries, logées, blanchies et voilà comment elle est récompensée. « Elles voyageaient en business class aux frais de mon mari », dira-t-elle en substance. Aux frais de son « mari » ou aux frais du contribuable ivoirien ?

Alain Lobognon et de fausses attestations

Alain Lobognon veut les CAN 2019 et 2021 pour la Côte d'Ivoire. [Photo tirée de rti.ci]

Alain Lobognon  actuel ministre des sports de la Côte d’Ivoire.
[Photo tirée de rti.ci]

Tout commence en 2008. Guillaume Soro est alors Premier ministre suite aux accords de Ouagadougou. Son fils, aujourd’hui âgé de 7 ans, est victime d’une très grave maladie du sang : l’hémophilie. Sy Kadidia, la mère de l’enfant, l’envoie rapidement en France pour des soins. L’état du petit Soro demande une surveillance constante. Kadidia décide de prendre une nounou pour s’occuper de son fils. Les services de Guillaume Soro entrent alors en scène. Selon le juge dans sa présentation des faits, Alain Lobognon, actuel ministre des sports ivoirien, à cette époque conseiller spécial en charge de la communication à la Primature, aurait fait de fausses attestations où il présente Rosalie Nabi, la première nounou, et plus tard la seconde, comme des personnes travaillant pour le compte de l’État de Côte d’Ivoire, et étant affectées à ce titre comme dames de compagnie de Kadidia. A la question du juge, à savoir pourquoi avoir produit ces attestations non conformes à la qualité des plaignantes, Sy Kadidia avouera que c’était dans le but de leur obtenir des visas. Traitées comme des esclaves de Ouagadougou, elle et sa patronne débarquent dans le 16e arrondissement, quartier chic de Paris, dans un trois pièces. Après plusieurs va et vient entre Ouaga , Abidjan et Paris, Sy Kadidia décide de s’installer en France : sa fille de 17 ans, issue d’une première union et qui vit avec elle à Ouaga, est française. Ce qui lui permet de bénéficier d’une carte de séjour. A Paris, le caractère acariâtre de Sy Kadidia atteint son paroxysme, selon les explications de Rosalie Nabi mais aussi de la seconde nounou, Marie Drabo qui, à un an d’intervalles a vécu le même calvaire que sa compatriote. Être au service de la compagne de Guillaume Soro n’est pas une partie de plaisir, disent-elles. Le salaire est dérisoire au vu du droit du travail en France et même au Burkina Faso. 45 euros (29.475 FCFA environ) de salaire mensuel selon les filles, 80 euros (52 400 FCFA environ) selon la version de Kadidia. On est bien loin du compte. Les deux travailleuses ne sont pas déclarées, elles n’ont aucun bulletin de salaire, travaillent dès le lever du jour et finissent tard dans la nuit. Malgré qu’elles n’aient pas vécu à la même période chez leur ex-patronne, leurs récits se rejoignent très souvent. Elles affirment manger les restes de leur patronne, veiller à l’hôpital Necker où était souvent hospitalisé le petit Soro. Elles n’ont pas droit à des congés, reçoivent des insultes lorsque dame Kadidia jugeait que leur cuisine n’était pas bonne. De véritables esclaves en somme selon leur avocat. Fatiguées de vivre ce calvaire, l’une a récupéré son passeport alors que sa patronne était sortie et l’autre a profité du fait qu’elle devait retirer un colis avec son passeport qui lui avait donc été remis par sa patronne… pour prendre le large.

Me David Desgranges avocat des nounous de la compagne de Guillaume Soro, président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire. [Photo tirée de ivoirebusiness.net]

Me David Desgranges avocat des nounous de la compagne de Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. [Photo tirée de ivoirebusiness.net]

Aujourd’hui, épaulées par le Comité contre l’esclavage moderne, elles ont porté plainte. Après la remarquable plaidoirie de leur avocat, Maitre David Desgranges, et le réquisitoire très dilué du procureur qui a requis trois mois de prison avec sursis et une amende de 5000 euros (3.275.000FCFA environ) à l’encontre de la prévenue, le tribunal a renvoyé son verdict au 6 octobre prochain. Le principal axe de la ligne de défense de Sy Kadidia est qu’elle ignorait tout du droit du travail en France. Selon elle, son compagnon a les moyens de lui permettre de payer ses employées en conformité avec le barème français. C’est la tête enveloppée d’un foulard blanc que l’épouse de Guillaume Soro a quitté le tribunal de Nanterre pour s’engouffrer à l’arrière d’une grosse cylindrée en compagnie de sa famille.

Ebola : La Zambie directement concernée

[Par John CHITAMBO LOBE]

Un laboratoire d'analyse du virus Ebola [Photo tirée de daily-mail.co.zm]

Un laboratoire d’analyse du virus Ebola [Photo tirée de daily-mail.co.zm]

Chaque pays africain tente de protéger ses frontières contre la maladie Ebola. Ainsi, des officiels botswais de l’immigration, à la frontière entre la Zambie et le Botswana – à Kazungula border post – ont refusé l’entrée des toutes les personnes en provenance de Zambie ayant un visa d’entrée ou de sortie sur la frontière avec le Katanga en République Démocratique du Congo. Par la suite, la Zambie va réagir contre les officiers Congolais et leurs concitoyens qui ont interdit l’accès de leur pays pour se préserver du virus Ebola : une mesure assez surprenante de la part du peuple Congolais qui dépend en grande partie économiquement de la Zambie. Dans le même temps, au Katanga, on a démenti toute présence de la maladie.

Des cas suspects multiples

Le ministre de la Santé en Zambie [Photo tirée de Joseph Kasonde en.africatime.com]

Le ministre de la Santé en Zambie, Joseph Kasonde  [Photo tirée de en.africatime.com]

Plus précisément, on sait que l’épidémie d’Ebola sévit dans la région de l’Equateur. Quatre cas sont confirmés. La souche de la maladie serait celle du Zaïre. Pour le ministre congolais de la Santé, monsieur Félix Kabange Numbi, cette épidémie n’a aucun lien avec celle d’Afrique de l’Ouest. Pour sa part, la Zambie a signalé quelques cas suspects dans une petite ville du sud appelée Mumbwa. Ici, quelques personnes ont été en contact avec des chauffeurs de camions des marchandises en provenance du Katanga. L’un des chauffeurs est mort de la maladie. Dans ce contexte, le pays a engagé la construction d’un centre de traitement et d’un laboratoire mobile. Des mesures préventives sont aussi prises dans cette petite ville reculée où se concentre l’épidémie d’Ebola. Le ministre de la Santé, le Docteur Joseph Kasonde, a confirmé très récemment avoir demandé tout de même plus de moyens pour lutter contre la maladie :« Nous lançons un appel à tous les partenaires nationaux, internationaux, pour nous venir en aide. L’alerte est déjà lancée dans la province pour pouvoir orienter les mouvements de populations, mais il y a des besoins énormes en termes de finance et en termes de logistique médicale. »

MSF sur le terrain

A Teldou, en Guinée, les habitants regardent Médecins sans frontières pour prendre des mesures pour lutter contre la propagation du virus Ebola. [Photo par Samuel Aranda, The NY Times/Redux]

Teldou (Guinée) : les habitants regardent Médecins sans frontières pour prendre des mesures pour lutter contre la propagation du virus Ebola. [Photo par Samuel Aranda, The NY Times/Redux]

Médecins Sans Frontières, pour sa part, a déjà lancé une opération d’urgence dans beaucoup de pays africains où la maladie est signalée. Des spécialistes et du matériel sont attendus sur place. Pour le coordinateur MSF en RDC, Jeroen Beijnberger, l’expérience acquise par les autorités lors des six épidémies précédentes est atout indéniable pour contenir la flambée : « La situation en Afrique de l’Est est tout à fait exceptionnelle. Il est vrai que cela mobilise beaucoup de moyens de MSF pour faire face. Le point positif, c’est qu’il y a déjà un certain savoir-faire au regard de l’expérience acquise. Ceci étant dit, la zone est assez reculée. Cela pourrait peut-être faciliter la maîtrise de la situation. Cela n’empêche pas qu’il faut organiser un suivi rigoureux en certains points précis aux environs immédiats cette région.»
Selon Félix Kabange Numbi, le ministre de la Santé, il va falloir au moins trois mois pour venir à bout de cette épidémie.

Médiapart c’est l’Afrique à part

[Par Armand IRE]

Au 8, passage Brulon du 12e arrondissement de Paris trônent des bâtiments en métal à l’architecture contestable. C’est à partir de ces lieux déjà historiques que « sévit » le journal en ligne l’un des plus indépendants de France et même d’Europe. Sans doute un immense privilège pour nous, journalistes exilés, de partager un moment l’espace de travail de ces confrères qui chamboulent volontiers le paysage politico-économique français. Un constat cependant : Médiapart est bien loin de l’Afrique noire. Compte-rendu de la visite.

Visite à Mediapart [Crédit Photo  Muzaffar Salman]

Visite à Mediapart [Crédit Photo Muzaffar Salman]

Les scandales révélés par ce quotidien numérique financièrement bien installé (du fait de ses 96.400 abonnés) sont nombreux et ont un impact important en France. Un exemple : l’affaire « Karachi » et la vente d’armes et de sous-marins au Pakistan avec, à la clé, d’astronomiques rétrocommissions (alors qu’Edouard Balladur était encore Premier ministre et candidat à la présidentielle française). Autre exemple: l’affaire Cahuzac du nom de l’ancien ministre délégué au Budget de François Hollande (qui, après avoir nié durant des semaines, jusque devant les députés a fini par reconnaitre qu’il possédait des comptes non déclarés en Suisse et à Singapour). Tombé à la suite des révélations de Médiapart, il est aujourd’hui mis en examen pour blanchiment d’argent et fraude fiscale. Ce serait un sacrilège que d’oublier dans l’énumération des « trophées » de Médiapart, la fameuse affaire Bettencourt du nom de la femme la plus riche de France : un scandale politico-financier qui a éclaboussé la Droite française (au Pouvoir au moment des faits) et surtout le chef de l’état d’alors Nicolas Sarkozy à qui cet organe n’a jamais « donné le lait ». Cet article à lui seul ne permet pas d’énumérer toutes les affaires avec effets « tsunami » mis au grand jour par Médiapart.

Visite à Mediapart : Intervention de François Bonnet [Crédit Photo  Muzaffar Salman]

Visite à Mediapart : Intervention de François Bonnet [Crédit Photo Muzaffar Salman]

L’Afrique noire méconnue
Comment se déroule une conférence de rédaction dirigée magistralement par François Bonnet, un ancien du journal Le Monde, tout comme d’ailleurs bon nombre de journalistes de cet organe ? Réponse : 20 minutes maximum où les enquêtes en cours et des sujets divers sont évoqués puis des rôles distribués. Même la situation financière de l’entreprise est évoquée au cours de cette rencontre quotidienne. Ici on va à l’essentiel. On est bien loin de la conférence de rédaction de « L’œil de l’exilé », le journal en ligne de la maison des journalistes où la pluralité des langues et nos nombreux « hors-sujets » nous éloignent de l’efficacité.
Seule ombre au tableau de cette visite inoubliable : le net constat de l’ignorance de l’Afrique noire par Médiapart. Si les guerres françaises au Mali, en Centrafrique mais aussi en Libye ont été condamnées par la rédaction, il n’en demeure pas moins qu’il n’existe, sauf erreur, aucun « spécialiste » de l’Afrique noire au sein de la rédaction.
Ceci étant dit, parmi les aspects réellement positifs qui apparaissent ici, il y a cette volonté : Edwy Plénel, le fondateur de Médiapart et ses associés ont procédé à un savant dosage entre générations. Les plus âgés côtoient les plus jeunes. C’est là une équipe dont l’efficacité fait le bonheur des abonnés qui atteindront très bientôt la barre des 100 000. Pour 9 euros par mois ils reçoivent chaque matin, dans leur boîte mail, une info en prise directe avec les réalités. Une rédaction comme tout bon journaliste en rêve.

Visite à Mediapart [Crédit Photo  Muzaffar Salman]

Visite à Mediapart [Crédit Photo Muzaffar Salman]

La cohabitation entre les peuples est-elle possible ?

[Par John CHITAMBO LOBE]

Depuis des siècles et des siècles les différents peuples du monde en Asie, en Europe, en Afrique et en Amérique ont eu des problèmes de cohabitation pour différentes raisons en rapport avec des questions de civilisation, de coutumes, de races, de religions, d’ethnicités, etc… Tous les humains sont appelés à vivre ensemble malgré les différences, et ce sont toutes les religions qui nous l’enseignent. Tel est le principe même de l’humanisme.

Un moment de la projection de « 1989 » de Djibril Diaw (2009 - Mauritanie) au Ciné-Club de la MDJ (29 août 2014)

Un moment de la projection de « 1989 » de Djibril Diaw (2009 – Mauritanie) au Ciné-Club de la MDJ (29 août 2014)

Au Ciné Forum de la Maison des Journalistes à Paris, nous avons récemment eu la preuve des difficultés de cohabitation entre différents peuples en Mauritanie qui fait partie de l’Union africaine, de l’Union du Maghreb arabe, de la Ligue arabe et qui constitue un point de passage entre l’Afrique du Nord Arabe et l’Afrique noire sud Saharienne. Elle est peuplée d’Arabes originaires du Nord du continent, de Haratins, de Peuls, de Wolofs et de Soninkés. Conséquence désolante : une situation discriminante au détriment des noirs comme ce fut le cas en Afrique du Sud sous le régime de l’Apartheid. Celui-ci s’est progressivement arrogé le contrôle de tous les lieux de pouvoir politique, économique, social et culturel. Il disposait également d’un soutien majoritaire parmi la population blanche (afrikaner), avant Nelson Mandela en 1990. Dans ce film documentaire consacré à la situation en Mauritanie (documentaire réalisé par Djibrl Diaw, un journaliste Mauritanien exilé France) on voit le problème terrible de cohabitation raciale en Mauritanie depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui… Or donc, je crois qu’il faudrait un leader pacificateur tel que Nelson Mandela ou un Georges Washington partout où les peuples ont du mal à cohabiter.

Une histoire agitée partout dans le monde
Voyons, à partir de là, ce que l’histoire nous raconte : en aucun moment les peuples du monde n’ont vécu en cohabitation pensant qu il y a toujours à se plaindre des autres. De ce fait, toutes sortes des guerres civiles, tribales, frontalières, politiques, ethniques marquent le parcours de l’humanité depuis toujours.

La carte de la CEDEAO [Image tirée du site foram-forum-mali.org]

La carte de la CEDEAO [Image tirée du site foram-forum-mali.org]

Après la Deuxième Guerre mondiale en 1945, le monde a formé les Nations – Unies pour inciter toutes les pays à vivre ensemble en paix mais les nations ne se sont jamais unies malgré les efforts déployés par des hommes d’ Etats et politiques, des religieux, des organisations et des organisations comme l’Union Européenne, l’Union Africaine, le Comesa, C.E.D.E.A.O. : Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, l’Organisation économique créée par le traité de Lagos du 28 mai 1975.
La C.E.D.E.A.O. regroupe quinze États de l’Ouest africain : Bénin, Burkina, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo. Son objectif principal est de favoriser l’intégration économique en assurant la promotion de la cohabitation des peuples de cette région d’Afrique mais avec d’évidentes difficultés.

Des états disparus pour trois raisons

Détail d'une miniature représentant le roi du Portugal à la bataille de Juberotes (1385), attribuée au Maître de la Toison d'Or de Vienne et Copenhague (1480).

Détail d’une miniature représentant le roi du Portugal à la bataille de Juberotes (1385), attribuée au Maître de la Toison d’Or de Vienne et Copenhague (1480).

Les raisons provoquant la fin d’un pays indépendant sont multiples, que ce soit à la suite de sa conquête par un autre pays, par fusion, démembrement, changement de régime ou simplement de nom, etc. Néanmoins, on peut classer les disparitions d’états en trois types: absorption, fusion et scission. La disparition d’un état a toujours des conséquences. Les peuples de ces pays disparus ont, mécaniquement, des problèmes de cohabitation avec les autres du fait que les pays créés ensuite ne leur donnent pas la chance politique de gouverner et de se sentir chez eux, de vivre librement. Ils se sentent dominés, exploités et persécutés par le pouvoir alors il n’y a pas la volonté de vivre ensemble. Résultat : ils préfèrent la rébellion séparatiste ou la sécession dans le but de libérer leur territoire et de se libérer.

Bonnes barrières et frontières fortifiées
De l’Asie a l’Europe, les bonnes barrières frontalières font de bons voisins lorsqu’elles procèdent d’une volonté commune. Cela peut valoir d’un champ à l’autre, d’un jardin à l’autre, mais jamais d’un Etat à l’autre. Une frontière fortifiée ne fait évidemment pas de bons voisins. Ce n’est pas un camp qui s’impose à l’autre, mais une ligne d’armistice qui s’impose aux deux camps. Le mur des deux Corée est le type même de la frontière conflictuelle. Il a une parenté avec le mur de Berlin, cet enfant de la Guerre Froide. Depuis 1953, la Corée est coupée en deux par une frontière fortifiée de 238 kilomètres allant de la mer Jaune à la mer du Japon. Au nord, la République populaire démocratique de Corée du Nord avec 24,5 millions d’habitants, au sud, la République de Corée du Sud avec 48,7 millions d’habitants.

Séparatiste pro-russe à Donetsk. Un porte-parole de l'armée ukrainienne [Photo tirée du site fr.news.yahoo.com]

Séparatiste pro-russe à Donetsk. Un porte-parole de l’armée ukrainienne [Photo tirée du site fr.news.yahoo.com]

Le conflit russo-ukrainien (encours au moment où j’écris ces lignes), quant à lui, a d’abord débouché sur une sécession de la Crimée. Rappel : la République populaire d’Ukraine occidentale fut une partie de l’URSS. La Crimée fut la République autonome de Crimée au sein de l’Ukraine devenue indépendante. Sa capitale est la ville de Sébastopol pour ensuite être attachée à l’Ukraine tout en disposant d’un statut administratif spécial au sein de l’Ukraine. Jusqu’en mars 2014 lorsque, par les décisions du parlement à majorité russe, la Crimée a fait sécession en tant que République puis a proclamé son rattachement à la Russie. La majorité des pays du monde ne reconnait pas cette proclamation et considère toujours la Crimée comme un territoire appartenant de jure à l’Ukraine. Dans le Proche-Orient depuis des années, il y a eu toutes sortes des guerres, des tensions et des conflits qui continuent jusqu’à aujourd’hui : le conflit israélo-palestinien qui oppose, au Proche-Orient, les Palestiniens et l’État d’Israël. Débutant officiellement le 14 mai 1948, jour de la création de l’État d’Israël, il prolonge le conflit qui opposait depuis la Déclaration Balfour de 1917, les communautés arabes et juives. Ce conflit, non résolu à ce jour, est à caractère principalement nationaliste, mais il inclut également une dimension religieuse entre les Israéliens, principalement de religion juive, et les Palestiniens, à majorité musulmane. En Amérique, des peuples sont toujours en conflit racial (voir les tensions raciales aux Etats – Unis, entre blancs et noirs qui resurgissent ponctuellement faute de véritable résolution).

Des enfants de Goz Mino (Darfour-Ouest) courent depuis un hélicoptère de l'ONU (débarqué pour une visite officielle) vers l'école. Goz Mino a 550 familles, certaines d'entre elles sont rentrées dans les camps de réfugiés au Tchad. [Crédits photo :  Albert Gonzalez Farran / MINUAD]

Des enfants de Goz Mino (Darfour-Ouest) courent depuis un hélicoptère de l’ONU (débarqué pour une visite officielle) vers l’école. Goz Mino a 550 familles, certaines d’entre elles sont rentrées dans les camps de réfugiés au Tchad. [Crédits photo : Albert Gonzalez Farran / MINUAD]

L’Afrique offre aujourd’hui l’image d’un continent ravagé par des conflits que l’on a vite fait de qualifier d’ethniques. Qu’il s’agisse de la guerre du Darfour, depuis février 2003, cette zone est en proie à une guerre civile terriblement meurtrière du fait de tensions ethniques. Selon l’Organisation des Nations unies (O.N.U.), plus de trois cent mille morts et a provoqué le déplacement de plus de deux millions et demi de personnes. Depuis les années 1980, l’Anya Nya est le nom des combattants du Front de libération de l’Azanie (l’Azanie était l’ancien nom de cette région d’Afrique). Commencée en 1963 et close par les accords d’Addis-Abeba en 1972, la révolte Anya Nya et c’est un conflit inter-soudanais depuis le 21 mai 2011 entre le Soudan et des factions proches du Soudan du Sud pour le contrôle de l’Abyei, région riche en pétrole. Il fait suite au référendum sur l’indépendance du Soudan du Sud qui s’est déroulé du 9 au 15 janvier et qui prévoyait la scission du pays le 9 juillet 2011.

En icônes rouges, toutes les zones concernées par des prétentions séparatistes. [Carte tirée d site www.noorinfo.com]

En icônes rouges, toutes les zones concernées par des prétentions séparatistes. [Carte tirée d site www.noorinfo.com (2012)]

La sécession de l’Érythrée de l’Ethiopie forme l’État d’Érythrée, indépendant de l’Éthiopie depuis 1993. L’ONU décide en 1952 de fédérer l’Érythrée à l’Éthiopie qui l’annexe en 1962. C’est le début d’une guerre d’indépendance qui se termine en mai 1991 par la victoire du mouvement indépendantiste, le Front populaire de libération de l’Érythrée (FPLE mené par Issayas Afewerki), et la chute du gouvernement éthiopien. Au Kenya, en 2003, « Guerre inter-ethnique « , massacres à la machette , à Kisumu (province de Nyanza), aux Kikuyus, et dans le bidonville de Kibera les différents peuples s’entretuent de Luos et de Kikuyus et au Rwanda le conflit Tutsi et Hutu se massacrent parce qu’ils ne peuvent plus cohabiter (Génocide au Rwanda), le 6 avril 1994. La sécession de l’État du Katanga en 1961 : lors de l’indépendance de la République démocratique du Congo le 11 juillet 1960, la sécession katangaise se fit sous l’impulsion de Moïse Tshombe, qui fut son unique président, l’État du Katanga finit par être réuni de force au Congo Kinshasa, trois ans plus tard… avec la participation des troupes de l’ONU, mais la lutte continue encore jusqu’à aujourd’hui. L’année passée, en 2013, au mois de mars il y a eu la déclaration de la sécession du Katanga dans la ville de Lubumbashi devant le siège général de MONUSCO par le groupe sécessionniste Katangais (Mai Mai Bakata Katanga),puisque le peuple katangais ne veut plus cohabiter avec le peuple congolais. En Angola, il y a eu le conflit du Cabinda opposant le Front pour la Libération de l’enclave de Cabinda (FLEC) à l’Angola populaire depuis 1975. En Zambie depuis 2009 : la tension entre le gouvernement zambien et les partisans de la sécession de la province du Barotseland réunis sous la bannière du parti indépendantiste le « Barotse National Freedom Alliance » (BNFA). Depuis l’interruption à balles réelles d’une réunion des indépendantistes Barotse par la police zambienne en janvier 2012 jusqu’au procès, pour haute trahison, de 70 membres du BNFA en automne 2013, le clivage entre le gouvernement central et la province Barotse s’accentue et commence à mettre en question la stabilité du pays.

Le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon et Nkosazana Dlamini Zuma, résidente de la Commission de l'Union africaine. [Photo: ONU/Rick Bajornas]

Le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon et Nkosazana Dlamini Zuma, Présidente de la Commission de l’Union africaine. [Photo: ONU/Rick Bajornas]

Actuellement, surtout en Afrique, il y a des problèmes des cohabitation entre les hétérosexuels et les homosexuels (personnes LGBT). Pourquoi n’existe-t-il pas de tolérance? Plusieurs responsables occidentaux font la leçon aux pays africains pour qu’ils respectent les droits des homosexuels comme un peu partout le monde. Mais, au fait, où en est le continent en terme de discrimination raciale ou sexuelle? « Il faut en finir avec les discriminations liées à l’orientation sexuelle, ignorées et parfois approuvées par de nombreux États » a lancé Ban Ki-Moon le 29 janvier 2014, lors du dernier sommet de l’Union africaine, à Addis-Abeba.

8 septembre 2014 : Pourquoi les analphabètes existent-ils encore dans nos sociétés ?

[Par John CHITAMBO LOBE]

L’humanité a connu des avancées spectaculaires en matière d’éducation. Mais beaucoup reste à faire.

Photo tirée du site de l'Unesco

Photo tirée du site de l’Unesco

Il y a aujourd’hui exactement quarante-huit ans, l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) décidait de faire du 8 septembre la «Journée Internationale de l’alphabétisation». C’était en 1966. Chaque année, cette journée est célébrée partout dans le monde pour attirer l’attention des citoyens et des dirigeants sur le rôle essentiel de la lecture, de l’écriture et du calcul dans la société moderne.
Car en dépit des efforts et des succès réalisés en matière d’éducation de base, de nombreux citoyens de la planète ne savent pas toujours lire, écrire et calculer. Près d’une personne sur sept demeure illettrée, et on compte jusqu’à 860 millions d’adultes analphabètes.
Et comme dans d’autres domaines, les femmes qui en constituent les deux tiers, soit 500 millions, sont les plus touchées. Dans beaucoup de pays d’Afrique et d’Asie, les chemins de l’école restent interdits aux jeunes filles à cause des politiques de discrimination qui trouvent leurs sources aussi bien dans la religion que dans les coutumes ancestrales.
D’où l’intérêt de continuer à souligner l’importance de l’alphabétisation auprès des citoyens et des relais sociaux que sont les collectivités, les communautés et les associations.
Depuis sa création en 1965, l’Assemblée générale des Nations Unies n’a eu de cesse de promouvoir l’alphabétisation pour tous et de rappeler son importance fondamentale en tant que droit humain. Néanmoins, relever le défi de l’alphabétisation au niveau mondial reste difficile.
L’alphabétisation est le fondement de l’apprentissage tout au long de la vie de chaque être humain. Elle participe à l’amélioration de son bien-être. Elle est le moteur du développement durable, de la technologie et du savoir. Au fil des années, la leçon d’alphabétisation a évoluée, mais le concept d’origine limité à l’acquisition des compétences de base en lecture, en écriture et en calcul est encore largement répandu. De même que la notion d’alphabétisation fonctionnelle qui associe l’alphabétisation et développement socio-économique de chaque pays. C’est pour cela que l’Unesco finance la construction d’écoles, forment et paye des éducateurs, alloue des fonds aux Etats en difficulté et organise des événements à travers le monde, notamment les prix internationaux d’alphabétisation.

 

Pauvreté, droit de la femme et analphabétisme

Photo tirée du site de l'Unesco

Photo tirée du site de l’Unesco

Les données collectées par l’Unesco montrent qu’il existe un lien entre l’analphabétisme et la pauvreté. Ainsi, au bas du tableau de la liste des pays par taux d’alphabétisation, on trouve des pays où le taux de pauvreté est très élevé comme le Mali, le Soudan du Sud, l’Afghanistan, le Niger et le Burkina Faso. Alors qu’à l’opposée, les pays développés ont les taux d’alphabétisation les plus élevés qui frôlent les 100%. D’autre part, ces statistiques montrent également un lien entre le respect des droits des femmes et le niveau de scolarisation général. « Éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation », dit-on en Zambie.
Toutefois, il ne suffit pas d’instituer l’école obligatoire pour tous comme le font les pays développés, pour résoudre le problème d’analphabétisme. Au Canada comme en France, de nombreux jeunes arrêtent leurs études sans avoir acquis le minimum nécessaire pour lire et écrire correctement.
Dans mon pays la Zambie qui compte un peu plus de 13 million d’habitants, jusqu’à 800 000 adultes sont analphabètes, ce qui est inacceptable, cinquante ans quarante ans après l’indépendance. Dans les zones rurales où sévit la pauvreté, de nombreuses jeunes filles abandonnent précocement leurs études très souvent après une grossesse non désirée qui les confinent à leur rôle de mères seules privées de soutien familial. D’autres, à peine pubères, sont mariées de force par leurs parents en échange de l’insalamu » ou le « lobola », la dot versée par la famille de l’époux.
Même la loi qui punit de plus de 20 ans de prison et aux travaux forcés les coupables de mariages forcés ne dissuade pas les adeptes des coutumes fermement établies.
Même des jeunes garçons se voient parfois contraints d’abandonner leurs études pour aider leurs parents dans les travaux champêtres ou la pêche. Résultat, à l’âge adulte, plus de deux millions de personnes ne possèdent que de faibles compétences en lecture, écriture et calcul. En d’autres termes, ces personnes ne disposent pas des aptitudes minimales pour traiter les informations de la vie courante ou utiliser les technologies de l’information. Un vrai scandale.

 

Célébrer pour sensibiliser

Photo tirée du site de l'Unesco

Photo tirée du site de l’Unesco

La célébration de la Journée Internationale de l’alphabétisation a commencé en 2000, et propose thèmes spécifiques pour sensibiliser le monde entier au sujet des bienfaits de l’éducation scolaire. Car l’éducation rend pérenne les objectifs de développement, pendant que l’alphabétisation est le fondement de tout apprentissage. L’éducation fournit aux individus les compétences nécessaires pour mieux comprendre le monde. Elle permet également aux individus de participer au processus démocratique, leur donne une voix et renforce leur identité culturelle. En 2007 et 2008, l’Unesco avait choisi pour thème: «l’alphabétisation et la sante». L’objectif était de lutter contre les épidémies et les pandémies comme la tuberculose, le sida, la malaria et d’autres affections. Il s’agissait de souligner l’importance de l’alphabétisation pour les individus et les communautés dans la prévention et le traitement des maladies. En effet on estime que plus le niveau d’instruction de la mère est élevé plus son nourrisson aura de chance de passer l’âge de 5 ans. A l’heure où la propagation du virus Ebola inquiète l’humanité, ce thème est plus que jamais d’actualité.
En 2009 et 2010, le thème était «l’alphabétisation et le pouvoir» et insistait sur l’égalité entre l’homme et la femme souvent marginalisée.
2012, c’était «l‘alphabétisation et la paix». On sait par exemple qu’au Nigeria, la secte islamiste Boko Haram a déclaré la guerre contre le système éducatif occidental. Ses adeptes incendient les écoles, enlèvent les jeunes filles pour les vendre comme esclaves. En République démocratique du Congo, le viol est devenu une véritable arme de guerre. Autant d’obstacles qui empêchent l’Unesco d’atteindre son objectif d’éducation pour tous. D’où la nécessité de continuer la mobilisation.

 

 

« 1989 » de Djibril Diaw : Pour une Mauritanie qui se pardonne et s’accepte

[Par Makaila NGBUEBLA]

Exilé en France, Djibril Diaw, journaliste et réalisateur mauritanien, il a présenté, le 29 août 2014, à la Maison des journalistes, son film, « 1989 », devant ses collègues, des militants associatifs venus nombreux.

Un moment de la projection de « 1989 » [Crédit photo : Lisa Viola Rossi]

Un moment de la projection de « 1989 » [Crédit photo : Lisa Viola Rossi]

Intitulé « 1989 », le film de Djibril Diaw, rappelle les événements malheureux qu’a connus, son pays, la Mauritanie.

Djibril Diaw [Crédit photo : Lisa Viola Rossi]

Djibril Diaw [Crédit photo : Lisa Viola Rossi]

Parti du village de Diawara, situé sur une île du fleuve Sénégal, un conflit ayant opposé des bergers Mauritaniens à des paysans Sénégalais, est à l’origine d’un drame qui a causé la mort de deux personnes. Ce triste événement a finalement entraîné les deux peuples unis par des liens confessionnels historiques, dans un conflit qui a fait des milliers de morts, des centaines des déplacés et poussé en exil des milliers des négros-mauritaniens déportés vers le Sénégal et le Mali.

Des activistes Tunisiens, des journalistes et responsables des organisations politiques de la Mauritanie, ont répondu présents à l’invitation de la Maison des journalistes qui a prévu, dans le cadre des activités de son programme, de projeter le film, « 1989 », de Djibril Diaw, journaliste-réalisateur mauritanien accueilli en tant qu’exilé en France.

Ciré Kane de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Réconciliation (AJD/MR) [Crédit photo : Marta Fallani]

Ciré Kane de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Réconciliation (AJD/MR) et le réalisateur Djibril Diaw [Crédit photo : Marta Fallani]

Djibril Diaw se dit être inspiré par la tenue vestimentaire multicolore qui symbolise la diversité de la Mauritanie de M.Abderrahmane Ahmed Salem, directeur de la maison des cinéastes et motivé par Rachef Effantin, chargée de formation au sein de la dite structure.
Dans sa quête et pour son combat qui consiste à souhaiter que vivent ensemble les fils et filles de la Mauritanie, le réalisateur s’est intéressé particulièrement aux événements fâcheux de 1989 qui ont fractionné la société mauritanienne.

Des témoignages pathétiques

Le film « 1989 », dure 52 mn. Par des témoignages pathétiques, des victimes et bourreaux, le film rapporte d’une manière ou d’une autre, les faits qui ont endeuillé et séparé des familles, détérioré les relations humaines entre les différentes composantes de la société mauritanienne.
Pour son auteur, ces témoignages d’anciens corps d’armée, de veuves et des exécutants, visent à permettre aux Mauritaniens de faire table rase de ce passé douloureux et tragique afin d’envisager ensemble une réconciliation humaine et fraternelle.

Makaila Nguebla [Crédit photo : Lisa Viola Rossi]

Makaila Nguebla [Crédit photo : Lisa Viola Rossi]

Par ailleurs, des voix indépendantes se sont exprimées pour éclairer l’opinion du public sur la genèse du conflit. De l’avis, d’un sociologue mauritanien interrogé par le réalisateur, l’événement de 1989, a été déclenché du fait d’une conjugaison de facteurs. Parmi ceux-ci: le manifeste politique, de 1966, rendu public par des intellectuels négro-africains mauritaniens, l’arabisation du système éducatif, l’échec d’une tentative manquée de coup d’Etat, des arrestations arbitraires et des exécutions extra-judiciaires, dont ont été la cible des officiers noirs et la politique d’exclusion de l’ancien régime de Maaouya Ould Taha, qui chercherait à « dénégrifier », son pays de sa composante.

Film fédérateur et débats enrichissants

Ibrahima Diallo, porte-parole des Forces de libération africaine de la Mauritanie (FLAM)

Ibrahima Diallo, porte-parole des Forces de libération africaine de la Mauritanie (FLAM) [Crédit photo : Lisa Viola Rossi]

Le film « 1989 », a servi de point de rencontre entre les acteurs politiques mauritaniens mobilisés pour la circonstance. Il a aussi ouvert la porte à un débat passionnant.
Ibrahima Diallo, porte-parole des Forces de libération africaine de la Mauritanie (FLAM), et Ciré Kane de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Réconciliation (AJD/MR), ont respectivement pris la parole pour féliciter Djibril Diaw et apporter leur lecture des faits.
Pour Ibrahima Diallo : « les événements de 1989, ont été l’aboutissement d’un conflit que tout le monde voyait venir à cause des émissions diffusées sur les ondes de la radio nationale. »
Ciré Kane, a estimé que si, aujourd’hui, la question de cohabitation sociale entre les différentes composantes de la nation tend à s’améliorer, il relève toutefois le déficit d’unité et les dissensions internes des forces politiques négro-africaines entre elles.
Pour sa part, Maha Abdelhamid, militante pour la cause des noirs tunisiens, a jugé que, pour une véritable cohésion sociale en Mauritanie, il faut que justice soit faite et que les uns et les autres se pardonnent.
Le réalisateur a ensuite, pris la parole pour répondre à des questions posées par des journalistes. Il a expliqué que sa démarche ne vise pas à remuer le couteau dans la plaie d’une société mauritanienne traumatisée par cet épisode mais plutôt à faire accepter les uns et les autres dans leurs différences dans un pays qui se veut véritablement pluriel.
Remerciant les personnes ayant participé à la projection du film, Djibril Diaw en a annoncé un autre. Il sera consacré au sort des réfugiés mauritaniens qui ont été déportés en 1989 et qui ont opté pour le retour au bercail. Que sont-t-ils devenus ?
« A suivre  … » selon la formule empruntée au journaliste-réalisateur mauritanien.