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RDC : Controverse autour de 425 cadavres découverts à Kinshasa

[Par Jean MATI]

425 corps ont été retrouvés naguère à Maluku dans la banlieue de Kinshasa. Au moment où les indiscrétions pointent un doigt accusateur en direction des industries de la mort installées par le régime en place, cette découverte macabre a suscité la réaction de l’opinion nationale mais aussi de la communauté internationale. Elle relance, par ailleurs, le débat sur la question sécuritaire en République démocratique du Congo, un pays dont les droits de l’homme sont bafoués. Les opposants emprisonnés, les contestataires muselés, les journalistes assassinés et voire pousser à l’exil…Telle est la présentation d’un tableau sombre qu’expose le Congo-Kinshasa.

kinshasa
Ce jour-là, une odeur nauséabonde bouchait les narines des citadins de Maluku, une commune située dans le faubourg de Kinshasa, la capitale de la RDC. « Presque tout le monde voulait savoir d’où venait une telle odeur, car ça donnait l’envie de vomir. Est-ce une odeur d’excréments ? Se demandaient les uns. Non, affirmaient les autres. C’était plus que ça ! », Confie un témoin.
A quelques pas de là, dans l’enceinte du cimetière local « fula-fula », les badauds découvrirent une fosse commune. Des corps humains mal enterrés ont refait surface. Ils traînaient à la hauteur de la terre. On pouvait observer les bras, les cheveux, les têtes et autres partie du corps. Une scène effrayante à la manière d’un film d’horreur. De quel monde sortent-ils ces corps ? Ce sont des fantômes ? A priori, à ces questions manquaient les réponses. Trop vite les mots ont pu remplacer le silence. « C’est le Gouvernement qui a fait ça » affirment les observateurs avisés. « Ce sont des Congolais qu’on tue chaque jour. Dans ce pays, l’Etat ne se soucie pas de la protection de la population. Les Congolais sont assassinés par des mains criminelles. Personne ne fait rien. Et rien ne fera rien. Ainsi va la vie au Congo-Kinshasa» soutiennent-ils.
Pour mieux accabler le Gouvernement congolais de son cynisme quant à la façon d’enterrer ses compatriotes, de multiples voix vont s’élever et dire que ces corps seraient ceux des manifestants tués lors des émeutes de janvier dernier à Kinshasa. « L’Etat aurait voulu les inhumer discrètement comme dans ses habitudes. Mais cette fois-ci, les morts ont refusé de mourir », fait savoir un habitant de Maluku.

Réaction du gouvernement
Dans la précipitation, le gouvernement de Kinshasa, craignant une mauvaise publicité à l’extérieur du pays, réagit. Mais c’est une riposte tardive. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. A l’ère du développement des réseaux sociaux, les informations se propagent vite. Les photos et les vidéos macabres circulent déjà sur Facebook, Whatsaap, Viber, Youtube…La presse internationale est déjà au courant ? Oui, ça c’est sûr !

Evariste Boshab (source : http://24hcongo.com/)

Evariste Boshab (source : http://24hcongo.com/)

Par l’entremise de son Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Evariste Boshab, le pouvoir de Kinshasa va présenter les faits à sa manière. Les 425 corps découverts dans la fosse commune de Maluku seraient des cadavres qui pourrissaient dans les chambres froides de la morgue de l’Hôpital général de Kinshasa. « Ce sont des fœtus de morts – nés et des corps d’ inconnus décédés des morts naturelles. C’est une pratique courante en RDC où les familles ne possédant pas de moyens abandonnent leurs proches à la morgue», soutenait Evariste Boshab. Pour étayer sa version de thèse privilégiée, le pouvoir de Kinshasa offrira un spectacle désolant en mode « Syndrome Timisoara ». Le lendemain, les médias d’Etat sont à l’Hôpital général et filment les cadavres des indigènes qui se trouvaient à la morgue. Le gouvernement de Kinshasa brandit cela comme des pièces à conviction et promet de les enterrer dignement. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait avec les 425 cadavres de Maluku ? Pourquoi en RDC les autorités ont perdu tout le caractère du sens moral ?

Le pouvoir de Kinshasa ou l’ « ante-peuple » congolais
Cette représentation cynique du pouvoir de Kinshasa ne va pas apaiser la colère. Mais elle va plutôt jeter de l’huile sur le feu. L’opposition qualifiera cette découverte macabre de « charnier ». L’opposant historique Etienne Tshisekedi parlera même de l’ « escadron de la mort ». Le régime en place est démasqué. Il y a trop de contradictions dans les discours des représentants de la Majorité présidentielle. Lambert Mende, ministre de la Communication et des Médias change de registre et refuse de parler de la « fosse commune ». Il invente une expression : le « tombeau commun ». Les membres de sa famille politique rectifient et préfèrent dire la « tombe commune ». Quelle négation !

(source : http://www.un.org/)

(source : http://www.un.org/)

Dans ce cas de figure, il faut faire appel à l’extérieur. Les Occidentaux doivent mener l’expertise. Ici, il faut pas compter sur nos autorités et surtout pas sur la justice, estime une partie de l’opinion nationale. Comme il fallait s’y attendre, l’ONU intervient finalement et exige l’exhumation des corps afin de mener une enquête approfondie en vue d’établir les circonstances de leur mort. Le pouvoir de Kinshasa fait obstruction.
En attendant de connaître les résultats des experts, force est de déplorer la culture de banalisation qui a atteint son paroxysme en République démocratique du Congo. Les morts ne sont plus respectés. Ces Congolais à qui on a « chosifié » à Kinshasa, ne méritaient-ils pas d’être enterrés dignement ?

 

 

RDC : Quand les esprits de « Ouagadougou » hantent Kinshasa

[Par Jean MATI] 

Ce fut l’actu de la semaine dans les réseaux sociaux. Les événements survenus au Burkina Faso n’ont laissé personne indifférent, même au Congo-Kinshasa. D’ailleurs là-bas, ce cours d’Histoire avait une signification d’autant plus grande que l’élément déclencheur de la révolution Burkinabè ressemble à la situation congolaise : un projet de loi modifiant la Constitution pouvant permettre un nombre illimité de mandats présidentiels.


Le soulèvement qui a poussé le président Blaise Compaoré (27 ans au pouvoir) à rendre le tablier a été vécue avec joie par de nombreux Africains optant pour l’alternance. Cependant en RDC, deux faits majeurs se sont joints à ladite circonstance. D’abord, le photomontage mis sur internet montrant un homme qui tient une pancarte en mains sur laquelle on pouvait lire : «Blaise Compaoré dégage si tu veux un 3ème mandat va au Congo-Kinshasa. Là où les peuples sont des idiots manipulés par les pasteurs et la musique. Pas ici. Nous sommes un peuple fort ».
Analysons bien ce message. Y-a-t-il du vrai dedans ? Un peu de vrai. Globalement, à travers cette démarche, l’auteur de ce trucage voudrait dénoncer la passivité de l’Homme congolais quant à son implication dans les prises de décision de son pays. Disons, une auto-prise en charge et une conscience collective pouvant amener au changement radical. Depuis plusieurs années, on reproche au Congolais son désintérêt pour la chose politique au profit d’autres activités : musique, sport et religions, par exemple.
Ce trucage marque bien la similarité avec la situation politique en RDC où une guerre silencieuse règne depuis peu entre les chantres du pouvoir (favorables à la modification de la Constitution) et une partie de l’opposition, fragilisée par la corruption, qui malgré tout défend l’article 220 interdisant toute modification de la Constitution. Dans cette bataille, comme on peut bien le remarquer, la majorité des Congolais reste silencieuse, et parfois se fout même de ces débats politiques. N’est-elle pas concernée ? Dieu seul le sait…
Toutefois, ce photomontage a produit l’effet d’une bombe. Et bien qu’il soit difficile de l’accepter, il détient malgré tout une part de vérité, même si l’auteur du trucage a commis une grosse bourde en écrivant par exemple : « Blaise Compaoré dégage si tu veux un 3ème mandat » – Non, ça c’est une faute. Le tout-puissant Blaise en voulait un cinquième. Peut-être ce message était-il destiné à quelqu’un d’autre, par exemple au président de la RDC Joseph Kabila, qui rêve de briguer un troisième mandat.
Ensuite, nous voulons croire que ce n’est pas à cause de ce trucage que la RTNC (Radio-Télévision nationale congolaise), le 30 octobre 2014, n’a pas évoqué, dans son édition du journal télévisé, ce qui s’est passé au Burkina Faso. Etait-ce un événement de si faible envergure, pour que nos confrères n’y accordent pas d’importance ou de signification ? Pourquoi une telle censure ? Le gouvernement de Kinshasa, qui a la main-mise sur la RTNC depuis quelques années, n’a-t-il pas donné l’ordre d’interdire toute diffusion montrant les manifestations de Ouagadougou ? Cette longue série de questionnements restera sans réponses précises. Par ailleurs, on soutiendrait que « mieux valait prévenir que guérir ». Il fallait éviter une réaction en chaîne.