Walid Al Zal

« Mes proches sont en sécurité car je ne suis plus avec eux. »

Syrien de 34 ans, Walid Al Zal possède un profil imposant et un regard sévère qui semble habiter par la violence qu’il a côtoyée. Journaliste sur le site « Syrian News » avant le début de la révolution, il collabore avec le conseil municipal de la ville d’Izraa. Dans ce cadre, Walid part ensuite en Jordanie et travaille avec l’organisation des médias syriens. Il affiche son soutien à l’armée de libération syrienne. Cette prise de parole met sa vie en danger.

Ennemi de Daesh et de Bachar el-Assad

Daesh déclenche des attaques dans la région contre ceux qui prennent une telle position. « Les bureaux dans lesquels l’équipe travaillait sont menacés. Le journal de Daesh, « Nba », nous a mentionné et nous a désigné comme cible. » Ils sont obligés de déplacer leurs bureaux à de nombreuses reprises par mesure de sécurité. Mais le danger principal reste le régime. En effet, Walid critique la répression exercée par Bachar el Assad. Il est donc menacé de toutes parts, à la fois par Daesh et par les forces de sécurité syriennes d’el Assad.

Accompagné d’un autre résident syrien, il décide donc de s’exiler. « Je me suis rendu à l’ambassade de France à Aman (Jordanie) et j’ai obtenu un visa pour la France. » Grâce à Reporters sans frontières, il entend parler de la Maison Des Journalistes. A son arrivée en France, « j’ai bénéficié de l’aide d’un journaliste français qui m’a accueilli chez lui le temps qu’une place se libère à la MDJ. »

Un passé très présent

Sa famille est toujours à Deraa, dans la région contrôlée par le régime. Emu, il déclare « mes proches sont en sécurité car je ne suis plus avec eux. Ils utilisent un faux nom pour rester en sécurité. » Sa famille a été contactée par les autorités qui l’a convoqué dans leurs bureaux. Ils cherchent à savoir où se cache Walid. Pour les revoir, le journaliste compte sur son frère qui vit en Arabie Saoudite. Il tente d’obtenir un visa pour le reste de sa famille afin qu’ils le rejoignent là-bas.

Walid a obtenu des diplômes à l’université de Damas en médias et en géographie. Il est particulièrement apprécié par les autres résidents pour tout autre chos. Car cet homme a un incroyable talent… de cuisinier. Il en fait profiter l’ensemble des journalistes de la MDJ lorsque l’un d’entre eux fête un événement, comme l’obtention du statut de réfugié fourni par l’OFPRA. D’ailleurs, c’est ce qu’attend Walid : obtenir le statut de réfugié pour pouvoir trouver un logement stable et un emploi.

Copyright Valentine Zeler

Souvenir d’exilé

« Ce qui me manque le plus, c’est ma patrie, ma maman, mes relations familiales et sociales. Ici je vois qu’il y a une certaine absence du concept de l’amitié, en tout cas au sens durable. Et d’autres choses me manquent, l’enfance par exemple, mes souvenirs d’école, la maison de mes parents, l’université…

Pour résumer, ma vie en France, c’est comme vivre à 50% de mes capacités sur tous les plans. Social, politique, travail. Ici c’est difficile de m’intégrer comme journaliste. Et puis le grand problème, ce sont les différences culturelles linguistiques, en d’autres termes, vos coutumes. Je parle de manière générale parce que je pense que ce que je vis, tous les syriens le vivent et tous les réfugiés aussi. On a été obligé de fuir le pays à cause de la guerre et à cause d’un dictateur qui veut se maintenir en Syrie.

La France est un beau pays mais la Syrie est encore plus beau. On est sûr d’y retourner un jour car c’est notre patrie. C’est notre pays. On y retournera malgré Bachar El –Assad, malgré sa volonté, malgré l’Etat islamique, malgré l’Iran, la Russie et tous les autres pouvoirs ou pays qui s’opposent à notre retour. C’est notre pays.« 

Rédigé par Romain Vignaux-Demarquay et Valentine Zeler