« L’Etat Marocain a considéré mon travail comme une atteinte à la sécurité de l’Etat »

« L’Etat Marocain a considéré mon travail comme une atteinte à la sécurité de l’Etat alors qu’on ne faisait que former des jeunes blogueurs et journalistes sur les techniques d’enquête, de montage, de mixage… »

Le journaliste Samad est né à Ouarzazate (Maroc) en 1984.  Il est diplômé en sociologie des médias et journalisme d’investigation. Membre de l’association Marocaine pour le Journalisme d’Investigation (AMJI), il a également été rédacteur en chef du site Ouarzazate Online. Il n’a pas encore 40 ans et a déjà consacré une bonne partie de sa vie à la défense des droits de l’homme et de la liberté d’expression au Maroc. A la maison des journalistes, sa chambre côtoie celle de son ami Hicham Mansouri, également visé par la justice marocaine. Aujourd’hui poursuivi par les autorités du royaume, Samad risque jusqu’à 5 ans d’emprisonnement.

Déterminé, vif et résilient, Samad semble avoir 25 ans tout au plus, pourtant il est né en 1984. Après avoir travaillé sur la situation politique et économique du Maroc, Samad a collaboré avec des ONG pour y promouvoir le journalisme citoyen et le journalisme d’investigation. Cela lui a valu une défiance de l’Etat Marocain : « L’Etat Marocain a considéré ce travail comme une atteinte à la sécurité de l’Etat. »

De la prison marocaine à la France en passant par la Tunisie

Le journaliste a donc été interdit de quitter le territoire durant 4 mois (période durant laquelle une enquête est menée par la Police Judiciaire).  Après que son affaire ait été portée au tribunal, il s’est retrouvé en liberté provisoire.  « J’en ai profité pour partir en Tunisie à la fin de l’année 2015. Je n’avais aucun bagage, seulement mon ordinateur.  De là-bas, j’ai organisé des activités pour les droits de l’homme avec Reporters sans frontières. »

Cependant, les autorités marocaines et tunisiennes collaborent étroitement, ce qui pousse Samad à s’envoler pour la France. Arrivé à Montpellier en mai 2016, où il vit durant 6 mois, le jeune journaliste apprend l’existence de la Maison des journalistes, qu’il rejoindra plus tard.

Actuellement, Samad poursuit ses études en sociologie à Paris 8 et est également traducteur arabe/français en freeelance. Mais il poursuit aussi d’autres ambitions :

« Désormais, mon projet est de créer une plateforme d’investigations sur les questions culturelles, économiques et sociales au Maroc avec des journalistes locaux (travaillant au Maroc) et des journalistes exilés. Je souhaiterais lancer ce projet avec son ami Hicham Mansouri, lui aussi résident de la MDJ. »

« Un des moments marquant c’est quand je me baladais dans le jardin de mon village Ouarzazate. Quand je vivais encore au Maroc, je n’en profitais pas assez. Pourtant, me promener dans ces jardins qui sont naturels et sauvages, ça me manque. Quand tu es seul dans ce beau paysage, tu as un sentiment de liberté, de calme et d’espoir. Ça représente beaucoup de choses. Et puis je rattache ce souvenir à des moments passés avec ma famille et mes amis. C’est difficile de faire une échelle entre ses souvenirs mais celui-ci me manque vraiment beaucoup. »

Rédigé par Romain Vignaux-Demarquay et Valentine Zeler