RD Congo : le génie est sorti de la bouteille

Le titre est affirmatif. Or, par prudence, l’emploi du conditionnel ou de la forme interrogative aurait été plus convenable. On n’en a cure. L’organisation des élections en cours constitue la fin d’un « cycle », dont la suite présente une inconnue redoutée par tous les observateurs.

Mais quelle est cette inconnue, sinon une guerre civile, avec pour conséquence la partition du pays ? Cette affirmation découle d’une déduction assez simple, au regard de la réalité politique, délétère, sur le terrain. Fini donc, la « guerre froide ! ». L’heure est à la « guerre de tranchées » entre le pouvoir, irréductible, et le peuple soupirant à une alternance démocratique.

Une élection avec risques de guerre civile

De fait, installé au pouvoir, depuis 21 ans, le clan des Kabila (père et fils) ne lâchera rien. Le groupe s’y étant préparé, depuis belle lurette. Ainsi donc, tout ce qu’il pose comme acte, aujourd’hui, n’est pas un fruit du hasard. Ce sont des gestes pensés, chronométrés dans le temps et millimétrés dans l’espace.

Modification de la Constitution, en 2011, en supprimant les deux tours de la présidentielle ; introduction de la « machine à voter », qualifiée par l’opposition de « machine à voler », non sans susciter le scepticisme de la communauté internationale ; fichier électoral « corrompu » et, aujourd’hui, incendie du matériel de vote, 10 jours avant le scrutin prévu le 23 décembre, reporté finalement pour 30 de ce mois… font partie d’un plan bien ficelé.

Il ne serait pas interdit d’y inclure les bisbilles tribales, à l’ouest, dans lesquelles on compte, déjà, plusieurs centaines de morts.

Malgré les provocations, l’opposition politique doit rester extrêmement pacifique

Pour l’illustration, l’incendie du matériel de vote, à Kinshasa, le 13 décembre en est une preuve. Il s’est produit, trois jours après un succès inentendu de l’opposant Martin Fayu, à Lubumbashi et Kalemie. Où, par ailleurs, les forces de sécurité ont tiré à balle réelle, faisant au moins 5 morts. Mercredi, 19 décembre, l’opposant, qui électrise les foules, a été bloqué à l’entrée de la ville de Kinshasa, où l’attendaient ses militants. Acte suivi, le même jour, de la suspension de la campagne, à travers la capitale.

Etablir un lien entre l’incendie et le tour de force réalisé par Fayulu n’appelle pas l’interférence d’algorithmes. C’était programmé, tout comme l’a été le report du scrutin. Sans oublier l’instauration de l’Etat d’urgence et l’usage de la force, au cas où… et autres stratégies antidémocratiques, en réserve.

En face de cette forteresse de manigances, se dresse un peuple blessé. Traumatisé par 34 ans de dictature de Mobutu et flagellé par le régime de Kabila, il est, aujourd’hui, à bout de souffle. Il promet de ne rien lâcher. Prêt à en découdre.

Nous en sommes à ce branle-bas de combat, en attendant la date fatidique du 30 décembre. Reniflant le piège tendu par le pouvoir, à travers ce report, comme il en était question, à propos de l’incendie du matériel de vote, les deux principaux partis d’opposition n’ont pas appelé leurs militants à réagir. De peur que ne leur soit attribué, « à raison », le fait du désordre, et ses conséquences. Lesquelles ne seraient autre chose qu’un « report définitif » du processus.

A tout prendre, ce n’est là qu’un sursis de quelques jours, alors que le génie est déjà sorti de la bouteille. Car, élections ou pas élections ; victoire de l’opposition ou celle du pouvoir, à travers le dauphin de Kabila, le chemin se termine inévitablement par un cul de sac sanglant.

Le médecin gynécologue congolais, corécipiendaire du prix Nobel de la paix  2018 et pasteur, l’a dit en parabole.

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EN SAVOIR PLUS SUR CE THÈME

MONTPELLIER. UN SOMMET FRANCE-AFRIQUE AVEC LES JEUNES. UNE PREMIÈRE.

L’information diffusée sur l’antenne de RFI mardi 14 septembre, au sujet de la tenue du sommet France-Afrique à Montpellier, le 9 octobre prochain, a laissé la plupart des Africains perplexes. Et pour cause. La rencontre ne mettra face au président français que les sociétés civiles, les jeunes. C’est une première. Exit donc les vieux présidents, frustrés !

L’idée a été discutée, en amont, entre l’Elysée et quelques élites intellectuelles africaines, dont le politologue et historien camerounais, Achille Mbembe. Celui-ci est également auteur de plusieurs ouvrages appelant au combat pour le développement du continent, tels « De la post-colonie » ou « Critique de la raison nègre », etc. Qui plus est, a accepté, dans le cadre du sommet de Montpellier, de piloter les dialogues France-Afrique : soixante-six ateliers dans 12 pays différents, quatre mois durant. Face aux jeunes.

Qu’à cela ne tienne, l’information paraissait avoir l’air de déjà-vu, à prendre en compte les opinions exprimées à travers les réseaux sociaux. De fait, les Africains pensent que tous les prédécesseurs du général de Gaulle ont eu chacun, en cette matière, leur propre antienne. Si celle-ci changeait de forme, son contenu ne variait pas d’un seul iota : « l’Afrique doit continuer de demeurer la chasse-gardée de la France », fredonnait-elle. Selon le vieux concept de « pré carré » médiéval.

Mais qu’en dit Benoît Verdeaux, fonctionnaire de l’Elysée et secrétaire général du Sommet de Montpellier, en contre-pied à cette conception quasi-générale des Africains ? Verdeaux est celui qui a accordé à Christophe Boisbouvier de RFI l’interview diffusée mardi, à l’origine de l’information qui fait question sur des réseaux sociaux. Surtout.

Volonté sans force

Visiblement fort en thème, Verdeaux s’est employé, en résumé, à démontrer que le temps était venu de mettre en valeur un autre type de relation entre la France et l’Afrique. « La vocation du sommet de Montpellier, c’est de réfléchir à réinventer et à redynamiser cette nouvelle relation », a-t-il souligné, tout en précisant que « les sommets de chefs d’Etat sont fondamentaux, très importants et utiles ».

C’est le grand plan dans lequel se côtoient les sujets habituels ayant trait au développement, à la démocratie, aux droits de l’Homme, etc. Mais, le sommet de Montpellier – une rencontre avec les jeunes -, ne manquera pas de jeter un coup d’œil sur les sujets additionnels d’actualité qui importent : les coups d’Etat successifs en Afrique de l’Ouest et l’avancée de la Russie en Afrique centrale et au Sahel.

Pour la France, la situation du Tchad est dérangeante. La position du chef d’Etat français est diversement appréciée, avec plus de condamnations. On pense généralement qu’il y a soutenu le coup d’Etat fomenté par le fils d’Idriss Déby, tué. Macron s’en expliquera, sans filtre, a prévenu le fonctionnaire de l’Elysée, Verdeaux.

Quid de ce sommet aux allures martiales ? N’assisterons-nous pas aux mêmes éléments de langage affectionnés par tous les successeurs du général de Gaulle ? Macron est-il « libre » d’engager cette « réforme » libératrice pour les pays africains ? Car, dans cette histoire de Françafrique – différente du concept classique France-Afrique -, se trouvent plusieurs centres d’intérêt, prêts à ne rien lâcher. Jean-Jacques Rousseau ne pensait-il pas, à juste titre, que « la volonté sans force est peine perdue » ?

Jean-Jules LEMA LANDU

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

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LA RD CONGO ET LES MARCHANDS DE RÊVES

Parole d’or ? On ne se gratte pas l’occiput, pour en connaître le sens. Celui-ci coule de source : c’est une parole de sagesse (cependant, différente de celle que donne la Bible, pour les chrétiens) ; elle est éclatante comme si elle était faite d’or. Or, l’or a de la valeur, laquelle, une fois prêtée à la parole, celle-ci se transforme vite en « vérité » ; en « vertu » ; en « bien » …

Le contraire, heureusement, ne fait pas dans l’explication longue, comme c’est le cas de son antonyme, épinglé ci-haut. Tissé en périphrase. Non, non. Le contraire, en peu de mots, veut dire : mensonge. Tout simplement.

Ce mot, qu’il soit dit, écrit ou pensé en français, en lingala, en kiswahili ou en chinois, il est hideux. Nous, Congolais, en connaissons le sens profond que n’importe quel autre peuple au monde. Pour en être victime, des décennies durant. Le mensonge, en RD Congo, n’est pas le fait du peuple, c’est plutôt celui de ses dirigeants ringards. Ils en raffolent, à la vie, à la mort.

Tenez, depuis Mobutu, ils nous ont roulés dans la farine, jusqu’à nous faire rêver d’îlots aux frontières du Paradis. En pure fabulation. Voyons voir maintenant un mensonge, un seul, par individu :

Joseph Mobutu, qu’a-t-il dit ? Il fut plus mégalomane qu’un distributeur de rêves. Il créa plutôt une légende bien ficelée – et bien gobée par une bonne partie de Congolais -, selon laquelle il avait tué (à 17 ans) un léopard, à mains nues. Était-ce pour cela que sa toque en peau de léopard faisait-elle peur aux Congolais ? Du vrai machiavélisme à la congolaise ;

Laurent Kabila, un menteur invétéré. Dès sa prise du pouvoir en mai 1997, il dit au peuple congolais, enthousiasmé devant ce deus ex machina, qui a fait fuir le dictateur Mobutu : « Je vais vous construire une ‘autoroute’ de l’ouest à l’extrême sud-est.», au sud-ouest. Soit près de 2000 km, à travers forêts, montagnes et escarpés. Ahurissant ! Même les Belges ne l’ont pas fait. Ils ne pouvaient même pas imaginer un projet aussi loufoque ;

Joseph Kabila, le taiseux. Ah, malgré tout, il a touché à un lourd mensonge ! Il a promis la réalisation de « Cinq Chantiers », comprenant le développement intégral du Congolais. Il semble que l’homme était (il l’est encore ?) un chrétien protestant zélé. Et qu’il voulait faire de la RD Congo un pays de prière. En lieu et place, c’est du macabre, comme leg : fosses communes, corps surgelés dans la résidence d’un général à sa dévotion … dans une chapelle ardente animée par des cantiques diaboliques d’une classe politique médiocre ;

Enfin, Félix Antoine Tshisekedi, dit Fatshi-Béton,  ou celui qui commence à construire l’avenir de la RD Congo en béton. Pourtant, avec lui, c’est le bouquet.

En voici un fait plus que parlant : c’était tout récemment en Allemagne, devant la chancelière Angela Merkel : « Madame, je vais faire de la RD Congo, l’Allemagne d’Afrique », avait-il déclamé.  Comment un chef d’Etat Africain, par-dessus tout, quémandeur professionnel, sébile à la main, peut-il se gonfler à ce point… plus que la grenouille de La Fontaine ? Or, nous connaissons le triste sort de cette grenouille-là …

Mensonge, qui, en Allemagne, a fait remuer dans leurs tombes Goethe, Kant et Martin Luther. En RD Congo, pour la première fois, Lumumba (sans tombe, mais bienheureux au Ciel) s’en est vraiment offusqué, couvert de honte. Devant la multitude d’autres saints.

Mentez, mentez, chers présidents-marchands de rêves, il en restera toujours quelque chose. Puisque les souvenirs de mauvais rêves, surtout, ont la peau dure. Le peuple vous en tiendra éternellement rigueur.

Jean-Jules LEMA LANDU

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

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RD CONGO. DE MOÏSE TSHOMBE À MOÏSE KATUMBI ?

Qu’on le veuille ou non, on est déjà en face du bégaiement de l’Histoire. Certes, à des nuances près. De Moïse Tshombe à Moïse Katumbi – 59 ans après -, il ne reste plus qu’un petit pas à sauter par ce dernier, pour se voir placé sur la ligne de départ de la présidentielle, en 2023. Et tenter ainsi d’accéder au pouvoir. Sera-ce, encore une fois, au mépris de la paix ?

La chose est dans le viseur de l’ex-gouverneur de la province du Katanga, Moise Katumbi. Y arrivera-t-il, compte tenu de l’obstacle majeur, publiquement dressé sur son chemin ? Il s’agit de la proposition de « loi Tshiani », qui préconise l’exercice des hautes fonctions du pays être uniquement le fait des sujets nés « de père et de mère » congolais. Or, Katumbi est de père grec.

Il faut avouer que cette attaque est foudroyante, en dépit de tout ce qu’elle peut avoir d’accent démocratique. Vient-elle, en sourdine, de la présidence de la République, le président Félix Tshisekedi s’étant déjà déclaré partant pour la course, et Katumbi étant son challenger potentiellement dangereux ?

Quoi qu’il soit, on a vite oublié que Katumbi a été le premier à s’opposer publiquement à la toute-puissance du précédent président Joseph Kabila. C’est un va-t’en guerre, un baroudeur et homme à ne pas se laisser marcher sur ses bisées, sans réactions, de sa part. S’il ne l’a pas toléré sous le régime de plomb de Kabila, le ferait-il sous celui de Tshisekedi, dont les bases de la dictature sont encore flottantes ?

La ligne rouge

Sa réponse, dans cet ordre d’idée, à la question lui posée dernièrement par l’hebdomadaire Jeune Afrique (n° 3104, septembre), révèle le degré de sa pugnacité :

— Jeune Afrique : Quitteriez-vous l’Union sacrée (la majorité parlementaire créée par Tshisekedi) si cette loi venait à être adoptée  

— Moïse Katumbi : Oui, il s’agit d’une ligne rouge. Si elle venait à être ne serait-ce que programmée pour être débattue au Parlement, nous quitterons la majorité.

Moïse Katumbi

Les dés sont-ils jetés ? C’est là une sorte de « Alea jacta est » de Jules César. Un défi direct qu’il lance au pouvoir en place (dont il fait partie). Mais au-delà de cette contradiction apparente, Katumbi n’a jamais été du même bord que Tshisekedi. Il ne pouvait en être autrement quand on sait qu’il nourrissait des ambitions présidentielles, depuis 2015, après avoir rompu brutalement avec Kabila.

Partant, il est peu de dire que les deux protagonistes évoluaient, depuis, dans une atmosphère de guerre larvée, faite d’hypocrisie, dont chacun prévoyait une fin du moins inamicale. Ils savaient tous deux que cette histoire de l’Union sacrée ne les servirait qu’un temps, pour masquer leur différence. Et, sans doute, les préparer avant de monter sur l’arène.

Et donc, c’est en termes de « guerre » qu’il faut analyser les propos de l’ancien gouverneur de province. « Quitter l’Union sacrée », pour Katumbi – et pour nous tous, par ailleurs -, ne signifie pas moins briser la majorité parlementaire actuelle et amener ainsi le chef de l’État à un autre mode de gouvernement pour se maintenir au pouvoir. Katumbi sait ce qu’il dit. Il sait qu’il suffit de provoquer une fissure sur cet assemblage – fait de bric et broc -, pour que l’édifice s’écroule de toute sa laideur politique. Tsisekedi le sais aussi pertinemment bien.

Voilà pour la riposte de l’ancien gouverneur du Katanga ! Ce n’est pas tout. Il garde encore une flèche supplémentaire dans son carquois : il est en capacité, à tout moment, de mener une rébellion sécessionniste du Katanga. On sait qu’ils s’y tassent des « cellules dormantes », disciples d’un « Katanga indépendant », qui n’attendent que la présence d’un leadership puissant et organisé. L’ex-gouverneur de province bouderait-il le plaisir, à travers une telle occasion, de faire pièce à son rival ?

Velléités de séparatisme 

En politique, point d’amitié. Sauf des intérêts, dit-on. Rien d’étonnant donc que les deux hommes, les « deux frères », en arrivent aujourd’hui à se regarder en chiens de faïence, aussi discrètement soit-il. Dans son célèbre ouvrage intitulé « Le savant et le politique », Max Weber affirme que « la politique est, par essence, conflit entre les nations, entre les partis, entre les individus ».

Que faut-il en penser, globalement ? À partir de ce point, le spectre des années soixante commence à reprendre chair : situation politique trouble ; acteurs sur scène ne sachant pas ce qu’ils y font ; tribalisme à outrance et velléité de séparatisme, à l’image de Moïse Tshombe, pour la province du Katanga ; Albert Kalonji, pour la province du Kasaï, et même, dans une faible mesure, de Kasavubu, pour la province du Bas-Congo.

De toutes les rébellions, la sécession du Katanga, emmenée par Moïse Tshombe et épaulée ouvertement par la Belgique, fut la plus dure. Elle fut, à partir de 1962, un projet des Congolais, sur la base des ambitions déçues, les Belges n’y ayant occupé que la place du troisième larron, pour piller. La preuve en fut administrée, lorsque sous l’égide de l’ONU, Tshombe accepta de bonne grâce le poste de Premier ministre (1964-1965), sous Mobutu.

Les éléments de similitude entre les deux époques sont du moins frappants, sinon inquiétants. On en prendra quelques-uns pour l’illustration : hier, ce furent les Belges, en position de troisième larron, pour piller, aujourd’hui, ce sont le Rwanda et l’Uganda, se livrant à la même besogne, pour soutenir un régime illégal ; la scène politique brouillée, avec des acteurs jouant le théâtre des ombres ; le retour avec force du tribalisme… et, enfin, les deux « Moïse », avec des ambitions présidentielles en obsession. L’un alla, pour ce faire, jusqu’à monter une sécession.

Histoire des chaumières

Dans la perspective des élections prochaines et de toutes les combinaisons qu’elles impliquent pour donner la victoire aux plus méritants (choisis par le peuple), quelle est la « pensée » du nouveau Moïse ? Va-t-on passer de Moïse Tshombe à Moïse Katumbi, avec élégance, sans recourir à la sécession comme arme ultime, quelles qu’en soient les raisons ? Il faut empêcher l’Histoire de bégayer !           

Mais qu’en pense également le président Tshisekedi ? Qu’importe le projet de « loi Tshiani », pour le moment ? Quelle est son urgence, par rapport aux problèmes cruciaux qui accablent le peuple ? Qu’importe le personnage de M. Kadima pour le siège de président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ? Une multitude de Congolais ne peuvent-ils pas assumer ces fonctions avec brio ? Somme toute, des questions solubles. Très solubles.

Devant toutes ces questions de la Cité, il appartient au président Tshisekedi d’apporter des solutions idoines. Et de faire ainsi, tous les jours, le choix entre la place de grands hommes dans l’Histoire et le prestige fugitif, propre à satisfaire les esprits obtus… à loger dans des chaumières.

Jean-Jules LEMA LANDU

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

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La France en passe de lâcher le gouvernement de Brazzaville ?

Anatole Collinet Makosso

Une forte délégation gouvernementale du Congo-Brazzaville, conduite par son premier ministre, Anatole Collinet Makosso, arrive à Paris le 23 août pour faire la manche. Mais selon des observateurs avertis de la vie politique franco-congolaise, des nuages épais qui planeraient sur les deux pays, et d’autre part la crise socio-économique et sanitaire que traverse l’Occident, ne militent pas en faveur de cette délégation qui risque de percevoir au cours de son aumône moins de dividende que ce qu’elle espérait récolter.

Nonobstant leur hold-up électoral perpétré le 22 mars 2021 et les relations diplomatiques entretenues entre le Congo avec la Russie, la Chine, la Turquie, mais aussi les dons et legs reçus çà et là, M. Sassou et ses lieutenants n’arrivent toujours pas à sortir le Congo du gouffre. Ce pays traverse une période de récession sans pareil. Tous les indicateurs financiers sont au rouge. L’arrivée de la mission gouvernementale congolaise à Paris en France va-t-elle permettre de débloquer certains accords financiers remis aux calendes grecques depuis belle lurette ?

Pour « déblayer » le terrain, quelques lobbies et autorités politico-administratives congolais et des ministres Antoine Nicéphore Fylla Saint-Eudes et Thierry Lezin Moungalla, sont déjà à Paris. La tâche est difficile car, selon certaines indiscrétions, ces deux mousquetaires et autres sont en France non pas seulement pour prendre des contacts préliminaires avec les autorités françaises concernées par la mission du premier ministre congolais, mais aussi pour des soins médicaux. Si cette dernière thèse est vérifiée, il est normal que ces deux hommes politiques congolais s’y rendent, car, le Congo-Brazzaville est dépourvu des plateaux techniques médicaux complets.

Ces hommes politiques qui ont développé, depuis leur entrée au gouvernement, un penchant à se considérer comme le centre du monde, brillent par l’indifférence notoire vis-à-vis des difficultés et des souffrances auxquelles les populations sont confrontées avec beaucoup d’acuité. Ce n’est un secret pour personne. Ces nouveaux riches n’hésitent pas à faire main basse sur les fonds publics pour satisfaire leurs intérêts égoïstes. Pour se requinquer, ils sont admis dans les hôpitaux de renom d’Europe. Et souvent, leurs séjours médicaux répétés sont rendus possibles par l’argent du contribuable congolais.

Par ailleurs, les lobbies maçonniques, mais aussi d’affaires, qui devaient influencer certaines sphères de décisions grâce au congolo-zaïrois, Nick Fylla, sont en déroute depuis le départ du pouvoir de Nicolas Sarkozy, du Vénérable Très Grand Recessime Maitre Jean François Stifani y compris les rivalités fraternelles auxquelles des adeptes des loges sont exposés qui les caractérisent actuellement.

Il en est de même pour Thierry Lézin Moungalla et sa patronne, Claudia Lemboumba Sassou Nguesso, chargée de la communication et des relations publiques à la présidence de la République du Congo. Claudia Sassou-Nguesso et Lézin Moungalla n’ont pas pignon sur rue. Ils peinent à vendre l’image de leur pays, malgré les millions d’euros qu’ils sortent du trésor public congolais, et les manœuvres intempestives et maladroites de propagande qu’ils mettent en place pour redorer le blason terni de Sassou et du Congo à cause de certains problèmes qui fâchent. Ensuite, les deux communicateurs en chef de M.Sassou doivent solder le contentieux qu’ils ont créé, en refusant aux observateurs occidentaux et à certains journalistes, dont Florence Morice de RFI, d’avoir un œil sur déroulement de la présidentielle de mars 2021.

Ce scrutin a été purement et simplement, pour une énième fois, un hold-up électoral. Il a emporté, le même jour, Guy Brice Parfait Kolelas, challenger de Sassou Nguesso. La dépouille mortelle est toujours en dépôt à l’Institut médico-légal de Paris, depuis le 22 mars 2021 pour des recherches approfondies sur les causes de son décès. 

Du coup, les minimes chances de succès de cette délégation gouvernementale reposent désormais sur les épaules des ministres, Denis Christel Sassou NGuesso, soutenu par quelques membres du MEDEF, Roger Rigobert Andely, qui n’est pas trop pointé du doigt dans des scandales. Mais, les business français ont-ils vraiment oublié le scandale de 2010 concernant les détournements de fonds de la Banque des États de l’Afrique centrale et des obligations de la BSCA (Banque sino-congolaise pour l’Afrique), où il a été respectivement, vice-gouverneur et président du Conseil d’administration ?

Une nouvelle chance pour le Congo ?

Oui, la mission est difficile et délicate, mais, rien n’est impossible à celui qui croit. Certains hommes politiques congolais se disent confiants à l’issue heureuse des rencontres qui auront lieu. Un haut responsable du Quai d’Orsay qui s’est confié à nous, a exprimé également son optimisme quant à la réussite de la mission congolaise. Il avoue que la France, stratégiquement, n’a aucun intérêt à perdre le Congo, après les tensions qui ont été récemment observées en Centrafrique, au Mali, etc. En Afrique centrale, le Congo-Brazzaville est, économiquement, le 3ème client de la France avec un solde commercial excédentaire en 2020, estimé à 215 M euros. En sus, le patronat français qui est plus ou moins indépendant devrait donner une nouvelle chance au Congo, par le gouvernement Makosso, s’il s’engage à assainir le climat des affaires et à œuvrer pour la réduction des dépenses de prestige. D’ailleurs, le chef du gouvernement actuel qui est bien connu dans des milieux français, pour ses publications littéraires et scientifiques, mais aussi par ses différentes initiatives en faveur du rétablissement de la paix dans plusieurs pays, bénéficie donc d’une forte admiration.

Les institutions internationales, comme la Banque Mondiale, l’Unicef, l’Unesco, par exemple, qui l’ont accompagné pendant qu’il était ministre de l’Enseignement connaissent bien l’homme. « Pourvu que la lutte contre la corruption et la dilapidation des fonds publics soit une grande priorité pour son gouvernement, y compris l’éradication de la pandémie Covid-19 », a renchéri ce cadre du Quai d’Orsay.

Certes, Anatole Collinet Makosso est un homme de dialogue. Il voyage, constamment, dans des vols commerciaux, entre Pointe-Noire et Brazzaville, une manière pour lui de respecter, tant soit peu, la règle d’orthodoxie financière. Mais, tout homme sorti du moule de Sassou Nguesso est un potentiel danger. La preuve, voyons comment Collinet Makosso opérera sa transmutation. Restera-t-il comme le bois qui ne se transforme pas, même après un long séjour dans l’eau ? Laissons le temps au temps. Ses prédateurs sont en ordre de bataille, parce qu’ils souhaitent son échec. C’est un secret de polichinelle. Selon nos indiscrétions, ils se donnent déjà des tacles et militent pour faire échec à cette mission au MEDEF, auprès de l’État français et à l’union européenne.

Ghys Fortune BEMBA-DOMBE, journaliste congolais, ancien résident de la Maison des journalistes (MDJ). Auteur du livre « De l’Enfer à la Liberté » (2019)

 

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RD CONGO. TSHISEKEDI EST-IL FICHU ?

L’Eglise Catholique est montée au créneau, début août, souhaitant voir une « alternance » en 2023. Ainsi un coin du voile a été soulevé à ce sujet, laissant entendre à haute voix ce qui se disait tout bas, depuis longtemps : « Tshisekedi ne vaut pas tripette comme chef d’Etat ».

L’Eglise a donc crevé l’abcès. En prélude aux prochaines élections, qui s’annoncent périlleuses. Une bombe à fragmentation, si on n’y prend garde.

Faisons l’impasse de l’historique électorale complexe, au Congo, pour n’évoquer, en gros, que la dernière présidentielle de 2018. Celle-ci est unique en son genre, quand bien même les médias se plaisaient (se plaisent encore) à y voir un calque quelconque du modèle russe, dans la fameuse formule « Poutine-Medvedev-Poutine ».

Kabila, contrairement à Poutine, a « joué franc-jeu », en plein jour, en ordonnant de proclamer Tshisekedi victorieux, à la place de quelqu’un d’autre. Le président russe, lui, a joué au plus fin, en agissant dans l’ombre.

Avec cette fraude diurne, Tshisekedi traîne depuis l’image de « sparadrap du capitaine Haddock ». La fraude lui colle à la peau, empoisonnant davantage sa carrière politique, erratique. Désormais, il en est à son mi-mandat. Assis sur la tricherie et l’échec.

En témoigne l’atmosphère générale de défiance qui enveloppe la capitale Kinshasa, et les autres grands centres urbains. Elle confine au tribalisme et, dans la foulée, à la révolte populaire en gestation. Tribalisme ? Une thématique dangereuse que le régime Mobutu a jetée aux orties, qui refait aujourd’hui surface avec inquiétude.

Antipatriotisme, tribalisme et appendices

Mais, plus que toute autre chose, la résurgence du tribalisme traduit l’échec le plus cuisant qu’ait jamais enregistré le régime en place. Bien qu’en parallèle, en apparaissent d’autres non moins graves, par exemple : le programme dit de la gratuité de l’enseignement primaire et secondaire : un mensonge d’Etat, le Fonds national de solidarité pour la lutte contre le Covid-19 : vaporisé, l’État d’urgence à l’est du pays : une utopie militaire. Tandis que la corruption, le siphonnement du Trésor public, le complotisme font partie d’un sport national apprécié au sommet de l’Etat.

Sur ce sombre tableau, ne figure aucun programme économique en exécution, si ce n’est sur le plan de la belle rhétorique. Il en est de même du social que le régime Tshisekedi snobe. À longueur de journée, ses fonctionnaires et affidés (rémunérés en prince) roulent carrosse dans Kinshasa, jusqu’à l’insolence. Alors que le peuple, dans sa majorité écrasante, croupit dans une misère noire.

Des gémissements montent de partout. La colère du peuple ne cesse de s’amplifier, sous forme d’avis de tempête sociale. Cette atmosphère délétère, s’il en est, ne justifie pas moins le souhait de l’Eglise Catholique de voir Tshisekedi prendre ses cliques et ses claques en 2023. En fait, huit Congolais sur dix – à vue de nez -, expriment le même souhait.

On en est donc à ce point, au regard de cet aperçu synoptique, avant d’évoquer la question majeure liée aux prochaines élections. Selon nombre d’observateurs, celles-ci promettent des étincelles, pour une raison majeure d’égocentrisme. Les psychologues en diront plus un jour.

Qu’en est-il, au juste, en résumé ? Si la « Question congolaise » demeure une sorte d’usine à gaz, elle est néanmoins constitutive des deux plaies principales : l’antipatriotisme et le tribalisme. Par ailleurs, les deux notions finissent par se confondre, le reste étant de simples appendices.

L’antipatriotisme, entre autres sens, est un égoïsme au niveau individuel, d’abord, qui atteint l’entre-soi, ensuite, pour finir sa course sous forme de tribalisme. C’est le plus haut degré de ce mal. Son objectif est « d’écarter l’autre du centre d’intérêt afin d’en être l’unique jouisseur ». A cet égard, la société congolaise reste divisée entre une poignée de millionnaires et leurs vassaux puissants, d’un côté, et une marée de pauvres aux abois sans défense, de l’autre. Et ce, des décennies durant.

Bras de fer avec l’Eglise Catholique

Une genèse peu enviable ! Au lieu de couper les liens avec ce passé douloureux, Tshisekedi les renforce. Avec un certain cynisme. Quand, dès ses premiers pas au sommet de l’Etat, il donne la preuve d’un « prince » préoccupé tant par son maintien au pouvoir que par la prospérité de la Cité. En effet, son entourage parlait déjà indistinctement de « glissement » vers un deuxième mandat, sans passer par les élections ou de subordonner celles-ci à la réalisation d’un recensement. Un refrain fort connu, synonyme, au Congo, de « mesures dilatoires ».

Deux des sujets polémiques, du temps de Kabila, ayant fait couler beaucoup d’encre, de salive et de sang. Lui, Tshisekedi et son parti UDPS, dans le rang de l’opposition, en ont fait les frais. Il en sait quelque chose pour l’avoir vécu dans sa chair et dans son esprit. Aujourd’hui, c’est la même personne qui retourne sa veste, pour faire siennes les mêmes dérives démocratiques. Et même, qui plus est, essaie avec véhémence de caporaliser la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Comme il l’a déjà fait avec la magistrature. Un travail méticuleux dans l’ombre. But poursuivi : le pouvoir, à tout prix, par la fraude ou par la guerre.

D’où la présence de 500 jupes, pimpantes neuves (pour une rondelette somme de 25 millions d’euros), « don » du président de la République aux 500 députés. Ou plutôt, témoignage d’une corruption ouverte au sommet de l’Etat ; d’où l’élaboration de cette théorie, fumeuse, sur la « congolité », dont l’objectif est d’éliminer des candidats présidentiels connus, populaires et susceptibles de l’emporter à l’échéance de 2023 ; d’où cette politique sournoise d’intégrer les Eglises dites de réveil, dans la campagne, avant la lettre ; d’où le bras de fer engagé avec la puissante Eglise Catholique, puisque celle-ci a envisagé de marcher sur ses plates-bandes pour le ramener sur le droit chemin…

Tout cela forme un miroir qui reflète la perte de confiance d’une régime croulant. Tshisekedi est-il fichu ? Faut-il plus pour le démontrer ? »

Fin des haricots ou balkanisation de jure

Il y a tellement du négatif dans l’action du président en exercice pour le voir, de manière honnête, gagner les élections. Cet homme n’est-il pas allé jusqu’à signer un contrat minier traître avec le Rwanda, décrié par l’ensemble des Congolais scandalisés ? Pourtant, cet homme dont les historiens se feront le devoir de décrire le rôle néfaste de trahison qu’il a joué contre son pays, ne lâchera rien.

Tshisekedi, à comprendre les manœuvres qu’il mène, « pour le pouvoir », ne lâchera rien. Un bain de sang est donc en perspective, dans lequel sera consacrée la balkanisation dont on parle tant, depuis longtemps.

Si le leader de la province du Katanga, Moïse Katumbi est écarté de la course présidentielle, cette province entera en rébellion. Suivra le Kivu de Kamerhe (en prison ?!) – avec le Rwanda en embuscade. Viendra ensuite le tour du Bas-Congo du gourou Muanda Nsemi…  Enfin, ce sera la fin des haricots ! Ou la balkanisation de jure ! Ou, par extraordinaire, le départ improbable d’un nouveau Congo ! Qui sait ?

Attention ! Le conflit est en train de mûrir. Et « quand une guerre est mûre, elle éclate toujours pour une bagatelle », affirme l’écrivain Jacques Ferron. La bagatelle ça pourrait être une banale manifestation de mécontentement. Comme on en voit régulièrement ces derniers temps à Kinshasa.

Qu’on ne s’y méprenne point. Toutes les révolutions modernes furent, à l’origine, des révoltes urbaines, parties de bagatelles. De la prise de la Bastille à Paris en 1789, à celle du Palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, en Russie en 1917. Attention !

Jean-Jules LEMA LANDU

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

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