Au Rwanda la santé se mutualise progressivement

[Par Sintius MALAIKAT]

Membre de la Communauté de l’Afrique de l’Est, le Rwanda est un pays dont plus de 90% des 12 millions de rwandais travaillent dans le secteur informel (source : Le ministère de la Santé au Rwanda, 2012). Dans un pays affichant un taux de PIB de 4-6% par an (source : Banque Mondiale), 45% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Pourtant, différents rapports montrent que c’est un pays dont la croissance économique est surprenante. Entre 2001 et 2012, le taux de croissance du PIB réel a atteint 8,1% en moyenne par an, selon la Banque Mondiale.

Source : izuba-rirashe.com

Source : izuba-rirashe.com

Ceci étant posé, comment parler de la croissance économique, sans parler de la santé des habitants ?
« Pour que le droit à la santé soit une réalité, les états doivent créer des conditions permettant à chacun de jouir du meilleur état de santé possible, c’est-à-dire garantir la disponibilité des services de santé, veiller à la santé et à la sécurité au travail et assurer l’accès à des logements adéquats et à des denrées alimentaires nutritives » (Le droit à la santé(OMS), Aide-mémoire N°323,Novembre 2013).
Le projet mutualiste
Comme le montre la VISION 2020 que le pays s’est fixé : «… la mission du ministère ayant la santé dans ses attributions est d’assurer et de promouvoir l’état de santé de la population du Rwanda… » (Vision 2020). C’est dans cette perspective que le gouvernement a entrepris de lancer un projet sur l’assurance maladie.
Le projet pilote des mutuelles de santé au Rwanda a démarré en 1999 dans trois districts, mais d’après une évaluation faite par le MINISANTE, après 2 ans, le taux d’adhésion n’était pas encore satisfaisant avec un taux de moins de 30%. Cette situation ne découragea pas les Autorités. Elles concentrèrent tous leurs efforts autour de la sensibilisation. Ce ce sera plus tard – en 2007 – que le parlement décrétera une loi selon laquelle l’adhésion à une assurance maladie est obligatoire.

Source : http://rwanda-in-liberation.blogvie.com/

Source : http://rwanda-in-liberation.blogvie.com/

Ainsi, l’adhésion à un type d’assurance maladie dépend de différents facteurs : entre autres, le domaine professionnel ou la vie sociale. Par domaine professionnel, on entend toute personne travaillant dans une institution ou un service public/gouvernemental. Elle bénéficie alors d’une assurance maladie dont les cotisations sont partagées entre l’employé et l’employeur. Ces cotisations sont gérées par le RSSB, Rwanda Social Security Board (Agence Rwandaise de la Sécurité Sociale). Quant aux organisations non gouvernementales et autres institutions privées, elles peuvent soit adhérer à la RSSB soit prendre une assurance privée pour leurs personnels auprès des compagnies d’assurance.
Enfin, le reste de la population non couverte par un des autres régimes d’assurance maladie mentionnés doit être couverte par les Mutuelles de Santé. Avec ce système, chaque membre de la famille paye une contribution au début de l’année budgétaire (elle débute le 1 er Juillet) Il reçoit une carte d’adhérent et se fait soigner pendant une année, payant un ticket modérateur (300 frw, soit 0,30 € pour les soins de base, le laboratoire et les médicaments). Cette cotisation doit être de 3000 frw par tête, soit 3,70 € pour des familles économiquement démunies et de 7000 frw ou 8,60 € par tête pour des familles classées dans la catégorie des riches. Notons aussi que le gouvernement prend en charge les cotisations de certaines familles parmi les plus pauvres.
Même si la population a adhéré « à pas de tortue » depuis la mise en place du système, ce dernier devient de plus en plus stable. Il a contribué à réduire le taux de mortalité car, comme c’est écrit sur les cartes des membres, « Avec cette carte, personne ne tombe plus gravement malade à la maison » .

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Le migrant africain subsaharien et l’Europe

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Il y a environ 15 ans, le 3 août 1999, découverte macabre à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem. Deux adolescents guinéens sont retrouvés morts de froid et d’hypoxie dans le train d’atterrissage d’un avion de la Sabena Airlines. Ils voulaient, par tous les moyens, atteindre l’Europe.

Ils n’étaient pas moins conscients des risques qu’ils prenaient, en ayant cette sacrée audace. Mais, ils n’avaient pas le choix entre la vie et la mort… face à la famine.

Sebastiao Salgado – série Africa – Korem camp – Ethiopia, 1984  © Sebastião Salgado  Amazonas Image

Sebastiao Salgado – série Africa – Korem camp – Ethiopia, 1984 © Sebastião Salgado Amazonas Image

De cet épisode marquant, par sa singularité, aux « noyades de masse », au large des côtes espagnoles, italiennes et grecques, la réalité dans l’optique de l’émigration africaine n’a pas varié d’un iota. Dans l’imaginaire collectif, la conception de l’Afrique face à l’Europe participe à un manichéisme absolu : l’Europe, c’est le paradis, l’Afrique l’enfer.

Là réside, depuis les trois dernières décennies, toute la problématique sur l’afflux des migrants africains du sud du Sahara vers l’Europe. Avant cette période, la majorité des Africains subsahariens qui vivaient en Europe, particulièrement en France, étaient d’anciens combattants, dits « tirailleurs sénégalais ». Certains de ces héros s’étaient échoués dans l’Hexagone, sans attirer à l’excès, la xénophobie des Français.

L’après-guerre 1914-1918 est une période florissant en Europe, qualifiée d’ailleurs de « Belle Epoque ». Cette magnificence est répercutée, en Afrique, déjà « dépecée » par la Conférence de Berlin, 1884-1885. De grandes œuvres sociales et économiques sont entreprises ou parachevées ( routes, hôpitaux, écoles… ). Avec, à la clé, après la Seconde Guerre mondiale, l’émergence des idées politiques. Malgré les affres de la colonisation, l’« indigène » commençait à respirer et à aspirer à un avenir digne d’un homme libre.

Puis, patatras ! Sonna l’heure des indépendances, en 1960. Mal préparées et acceptées du bout des lèvres par les colonisateurs, celles-ci produisirent, à cause ou en dépit de ce mauvais départ, des effets contraires aux attentes des peuples : guerres d’ego, corruption, néocolonialisme, destruction de l’outil économique… avec pour conséquence majeure la famine.

La famine, en Afrique, est un terrible fléau comparable à la peste, en Europe, au Moyen Age. L’on sait, entre autres, que les Européens ont émigré en masse en Amérique du Nord, fuyant la peste et ses effets néfastes. Quand les Africains font tout pour débarquer en Europe, seulement 3 personnes sur 10 y accèdent à cause de noyades à répétition – les statistiques, à cet égard, sont effroyables- . Les Africains subsahariens fuient, en premier, la faim.

L’Europe qui se targue d’avoir des racines chrétiennes et, surtout la France qui, avec l’Afrique, a des liens historiques de « sang versé » à la bataille de la Marne, à Verdun, et ailleurs, se doivent d’être attentives à l’appel récent du pape François, appel à la compassion. Le migrant africain subsaharien est un « cas à part ». Le rejeter sans égards, c’est oublier la « dette de sang » envers l’Afrique dont a parlé, un jour, François Hollande.

1,8 milliard de jeunes dans le monde : potentiel de développement économique ou bombe à retardement ?

[Par Marciano Romaric KENZO CHEMBO]

unfpa
Le rapport annuel du Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) 2014 sur la population mondiale, baptisé « Le pouvoir de 1,8 milliard d’adolescents et de jeunes et la transformation de l’avenir » a été présenté lundi 17 novembre 2014, dans la salle de conférence du ministère français des affaires étrangères et européennes du Quai d’Orsay.

Un document de 128 pages qui trace et oriente les grands axes à suivre et définit la politique à mener par les Etats et gouvernements membres du système de l’Organisation des Nations Unies pour parvenir aux objectifs fixés par l’Organisation et les pays à partir de l’An 2015, date butoir des objectifs du millénaire.

Il ressort de ce document qu’aujourd’hui notre monde compte plus de 1,8 milliard d’adolescents et de jeunes de 10 à 24 ans, un nombre sans précédent, la tranche d’âge la plus importante de l’histoire de l’Humanité et cette année, le FNUAP met l’accent sur la nécessité d’investir sur ce groupe d’âge qui peut être à la fois un potentiel de développement économique durable ou une bombe à retardement pour l’humanité car, des jeunes dépend l’avenir de notre planète puisqu’ils en seront les dirigeants ; ce sont eux qui façonneront le monde. Les adolescents de 10 ans aujourd’hui auront 20 ans en 2024 et en 2034, 30 ans. D’où la nécessité de prendre en compte leurs préoccupations et leurs besoins, de les associer à la prise de décisions et à la réalisation de leurs projets et de les écouter.
Ce qui, hélas n’est pas le cas à l’heure actuelle dans de nombreux pays en voie de développement surtout dans les Etats d’Afrique subsaharienne, dont les préoccupations premières des décideurs politiques sont les adultes, la jeunesse souvent reléguée aux calendes grecques.

Um moment de l'intervention de Mabingué Ngom, Directeur de la Division des Programmes du FNUAP

Um moment de l’intervention de Mabingué Ngom, Directeur de la Division des Programmes du FNUAP

Selon Monsieur Mabingué Ngom, Directeur de la Division des Programmes du FNUAP,

– Il est urgent pour les dirigeants, les Organisations non gouvernementales, les entités privées et les citoyens d’investir efficacement et durablement en matière d’éducation, de formation professionnelle, de création d’emplois productifs, de santé, de programmes de planification afin de garantir à la jeunesse un bien-être et un mieux-vivre, gage d’un avenir meilleur et serein de notre planète. Car une jeunesse instruite, saine et occupée par des emplois stables et satisfaisants est plus responsable et constitue un capital humain générateur de ressources et non une proie au banditisme, terrorisme, rébellion…

– L’accent doit être également mis sur le respect des droits fondamentaux des adolescents et des jeunes, tel le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité, le droit à la santé, à l’éducation, à l’information, à la liberté d’expression, à la liberté d’association et de la non-discrimination, et le droit d’être à l’abri de la torture et d’autres traitements cruels inhumains dégradants y compris la violence sexuelle et les mariages précoces que continuent de subir plus de 600 millions d’adolescentes dans les pays pauvres, dont « chaque jour 39000 deviennent des épouses enfants », soit environ 140.000.000/décennie (ndlr Rapport FNUAP 2014);

Réduire l’écart d’inégalité relative au genre qui défavorise les filles et les jeunes femmes; inégalité due à la culture, au poids des us et coutumes dans de nombreux pays du Sud qui attribuent des rôles sociaux et économiques très distincts aux jeunes hommes et jeunes femmes, et qui souvent a des effets néfastes pour les filles et les jeunes femmes en particulier. Ces inégalités, liées au genre, traduisent le manque de scolarisation des jeunes femmes, le manque d’accès à l’éducation sexuelle en matière de contraception, de procréation et de la protection contre les maladies sexuellement transmissibles V.I.H/SIDA, et les abus sexuels dont elles sont victimes ; ce qui ferme le monde aux filles tandis que l’horizon des garçons s’ouvre.

– Il faut associer les jeunes aux processus décisionnels sur les questions qui engagent leur vie, leurs besoins, tels les plans de réduction de la pauvreté, les plans nationaux de développement dont ils sont au cœur.

Mettre les parents en confiance, en améliorant la santé de leurs enfants, ce qui réduirait le taux de mortalité infantile, d’où l’accroissement de l’espérance de vie qui entraînerait une hausse de productivité.

 

Élèves d’un programme de formation technique et professionnelle, dirigé par l’UNFPA, en train de discuter de ce que pourrait être dans l’idéal un centre de développement pour jeunes. © UNFPA/Dustin Barter

Élèves d’un programme de formation technique et professionnelle,
dirigé par l’UNFPA, en train de discuter de ce que pourrait être
dans l’idéal un centre de développement pour jeunes.
© UNFPA/Dustin Barter

Pour transformer ce capital humain en capital économique, il faut impérativement investir dans l’éducation, la santé. Et pour cela, mobiliser la communauté internationale, les bailleurs de fonds traditionnels, mais aussi le secteur privé pour dégager les ressources nécessaires, car nombreux aujourd’hui sont les Etats qui ne peuvent disposer de capitaux indispensables pour assurer leur transition démographique qui conduirait à une hausse de productivité ,et cela à cause de l’insuffisance de leurs ressources fiscales comme au Sénégal, au Niger, au Congo Kinshasa…et bien d’autres encore qui ne seront même pas au RV des objectifs du millénaire comme la Syrie, la Centrafrique…en proie aux conflits, et dont l’avenir est incertain, notamment pour la jeunesse.

Aujourd’hui, dix-sept (17) pays en voie de développement regorgent de la moitié de ce groupe de la population mondiale qui a moins de 18 ans, 50%, soit 800 millions d’âmes.
Dans 48 pays les moins développés, la plupart des habitants sont des enfants (de moins de 18 ans) ou des adolescents (10 à 19 ans), tels que l’Afghanistan, le Timor-Leste et dans 15 pays d’Afrique Subsaharienne. Pour les pays comme le Niger, l’Ouganda et le Tchad, la tranche d’âge de 16 ans constitue la moitié de la population du pays (ndlr Rapport FNUAP 2014).
Malheureusement dans ces pays du sud où l’économie bat de l’aile et où la croissance est nulle, la jeunesse est souvent livrée à elle-même et en proie à toutes les tentations, avec un taux de scolarisation le plus bas du monde. En Afrique subsaharienne en 2011, 21% d’adolescents étaient non scolarisés sur un effectif mondial de 64 millions (ndlr UNESCO, 2014b).
Chose troublante, le manque de qualité de l’enseignement est un facteur dissuasif de la scolarisation. Dans de nombreux pays du Sud, les enseignants reçoivent une formation médiocre, les manuels scolaires sont insuffisants, les infrastructures sont de mauvaise qualité et souvent une absence ou réduction d’enseignants dispense une formation au rabais (UNESCO, 2014b). « Les statistiques estiment que 130.000.000 d’enfants effectuent 4 années d’études primaires, mais ne parviennent jamais au niveau minimum de connaissance prévue »( ndlr Rapport FNUAP 2014).

© Marc Shoul/Panos

© Marc Shoul/Panos

Le tableau s’assombrit davantage par l’absence de scolarisation de dizaine de millions de jeunes dans le monde, leur niveau peu élevé de formation ne satisfait pas aux critères d’apprentissage les plus élémentaires et de facto, leurs perspectives d’emplois sont souvent médiocres.
A cela s’ajoute le manque cruel de structures sanitaires et la cherté des soins administrés ne permettent pas aux jeunes et aux adolescents de se faire soigner convenablement.

Dans certaines régions du monde, notamment en Afrique subsaharienne, la mauvaise gouvernance, caractérisée par le pillage systématique des ressources, l’absence d’investissements, le détournement des capitaux et biens publics, empêche la création d’emplois; l’offre étant soit absente, soit de piètre qualité , ce qui aggrave la crise du chômage dans cette tranche d’âge. D’après le rapport du FNUAP, 60% des jeunes de régions en voie de développement n’ont pas de travail, ne sont pas scolarisés ou n’ont que des emplois irréguliers. Pour réussir le pari de la transformation du capital humain en puissance économique, nombreux pays d’Afrique doivent revoir leur politique pour espérer tirer profit de leur dividende démographique, en s’inspirant des expériences des Etats tels que la Corée du Sud, la Tunisie…

Tous ces facteurs de détresse, d’abandon, de laisser pour compte de la société exposent la jeunesse à des maux comme le grand banditisme, l’appât du gain facile, la prolifération des groupes extrémistes et terroristes dans les Etats comme le Mali, le Nigéria, le Congo démocratique…quant aux pays en proie aux conflits tels que la Syrie, la Centrafrique où le démarrage de ce programme est pour le moment invraisemblable à cause des conflits que ces pays traversent et dont la priorité première est la sécurité et la paix, la mise en route de ce programme n’est pas au rendez-vous, dixit le Directeur Général adjoint de la mondialisation, du développement et des partenariats au Quai-d’Orsay, Gautier Mignot.

Selon ce haut fonctionnaire Français, ce rapport est important pour les gouvernants, mais aussi les citoyens ; la préoccupation de son gouvernement est aujourd’hui la croissance démographique dans les régions d’Afrique de L’Ouest et d’Afrique Centrale qui sont le 1er foyer démographique au monde. Il faut nécessairement mettre l’accent sur de bonnes politiques qui s’appliquent dans la durée, d’où la nécessité d’une bonne gouvernance, c’est le premier pas; car le risque, c’est que cette jeunesse pleine d’énergie, lorsqu’elle est insatisfaite, est désespérée et réagit de manière forte par des réactions violentes, pouvant entraîner le chaos…l’immigration massive…et c’est pour prévenir ce genre de réaction qu’il faut tenir compte des besoins de ce groupe de population pour éviter le pire un jour.

Infographique tirée du Rapport Etat de la population mondiale 2014 (www.unfpa.org)

Infographique tirée du Rapport Etat de la population mondiale 2014 (www.unfpa.org)

Il va sans dire que cette réalité démographique est un fait et un grand défi pour l’humanité, notamment les décideurs politiques a déclaré le Directeur de la Division des programmes du FNUAP, Mabingue Ngom. Et cela, nul Etat, ni Gouvernement ne peut le nier. Il est encore temps que la communauté internationale se mobilise et travaille en symbiose pour pouvoir transformer ce pouvoir de 1 800 000 000 d’êtres en capital économique pouvant ainsi créer des ressources pour l’humanité dans les années à venir.
Pour y parvenir, il faut explorer toutes les voies de ressources et pour cela dépasser le cadre traditionnel des bailleurs en associant aussi le secteur privé des pays développés et des pays en voie de développement, en travaillant de concert avec la charte de la jeunesse adoptée par l’Union Africaine en 2006,pour les régions d’Afrique, en prônant la bonne gouvernance, en promouvant les aides au développement, en plaçant la jeunesse au centre des priorités tant à l’échelle nationale qu’internationale, en investissant massivement dans l’éducation, la formation professionnelle, la santé, la planification familiale.
Car les pays qui répondront aux besoins des jeunes durant cette période se trouveront notablement mieux positionnés d’ici le milieu du siècle, disposant d’une population plus instruite et en meilleure santé, d’une force de travail plus productive, d’une économie croissante, et bénéficiant d’une chute du taux de fécondité.

Les pays qui négligent les jeunes, eux, verront leurs taux de fécondité s’élever progressivement et auront à subvenir aux besoins d’un important segment de la population jeune ainsi qu’à ceux des personnes non actives » (ndlr: Rapport FNUAP 2014).

Fort de ce qui précède, il résulte de ce rapport, que si notre monde actuel prend à bras le corps le problème des jeunes et adolescents et en fait sa préoccupation, comme celle des adultes, dans les décennies à venir, l’humanité aura tout à gagner dans bien des domaines. Mais, si bien au contraire, 1.800.000.000 d’âmes continuent d’être marginalisées, le non-respect des droits inhérents à leur personne, le chômage accru, l’absence de ressources vitales, la désespérance…ne pourront entraîner que crainte, mécontentement, réactions fortes et violentes, crises profondes…le chaos.

 

 

Cameroun : Arrestation de Gervais Mendo Zé, Paul Biya veut éviter une révolution

[Par René DASSIE’]

L’ancien patron de la radio télévision publique camerounaise a été interpellé mercredi et placé sous mandat de dépôt. Il est accusé d’avoir détourné de l’argent public, lorsqu’il était encore en fonction. Cependant, pour de nombreux observateurs, Paul Biya a en réalité sacrifié un de ses soutiens indéfectibles pour distraire une opinion qui réclame l’alternance politique. 

La prison centrale de Yaounde (source : 76crimes.com)

La prison centrale de Yaounde (source : 76crimes.com)

Gervais Mendo Zé (source : cameroonjournal.com)

Gervais Mendo Zé (source : cameroonjournal.com)

Gervais Mendo Zé a-t-il été sacrifié pour distraire une opinion publique tentée par l’expérience burkinabè ? De nombreux observateurs du marigot politique camerounais y croient. Vue sous cet angle, l’arrestation mercredi de l’ancien Directeur général de la CRTV, la radio télévision d’Etat et réputé très proche de la famille présidentielle camerounaise n’aurait que peu de choses à voir avec les détournements de fonds dont on l’accuse.  Au contraire, elle pourrait constituer le dérivatif trouvé par le pouvoir, aux revendications d’alternance au sommet de l’Etat qui se font de plus en plus bruyantes, depuis qu’une révolution populaire de trois jours au Burkina Faso a eu raison du président Blaise Compaoré.

Un gestionnaire mis à l’amende

Bien entendu, personne ne se risquerait à voir en le très religieux M. Mendo Zé aujourd’hui âgé de 70 ans, un saint injustement persécuté. Sa gestion ultra personnalisée de la CRTV, qui a duré 17 ans, de 1988 à 2005 a laissé une entreprise financièrement exsangue, en dépit des dizaines de milliards de francs CFA collectés, au titre de la redevance audiovisuelle. De sorte que si la justice camerounaise ne traînait pas la mauvaise réputation de justice aux ordres, il aurait même pu être pour elle un bon client. Il y a cinq ans en effet, le Contrôle supérieur de l’Etat (CSE), une institution chargée de vérifier les comptes des administrations publiques et parapubliques avait émis un rapport très critique sur sa gestion, et l’avait condamné à rembourser 2,6 milliards de francs Fcfa (4 millions d’euros) au Trésor public. Une somme constituée de dépenses non prévues dans les missions de la Crtv. A quoi M. Mendo Zé avait-il utilisé ce pactole ? A payer des cachets indus, mais aussi des primes et aides financières à ses collaborateurs et à des particuliers. En somme, de la générosité avec l’argent d’autrui. Outre le remboursement de tout cet argent, le CSE avait aussi infligé à M. Mendo Zé une « amende spéciale » de 2 millions FCFA (3.000 euros) et l’avait déchu de ses droits civiques pendant cinq ans.

 La crainte de la contagion de la révolution burkinabè

Il n’avait contesté ni le rapport du CSE ni la sanction qu’on lui avait infligée, et coulait une retraite sobre en croyant l’affaire close. D’où les interrogations que suscite son arrestation et sa mise sous mandat de dépôt à la prison centrale de Yaoundé.

D’abord le contexte de cette interpellation.  Le tribunal criminel spécial de Yaoundé qui a officiellement pour mission de traquer et de punir les malversations financières dans l’appareil d’Etat a en effet rouvert le dossier de M. Mendo Zé au moment où une partie de l’opposition et de la société civile, réveillée par la récente révolution populaire burkinabè réclame le départ de Paul Biya, au pouvoir depuis 32 ans. En 2008, le président camerounais avait réussi, au prix d’une sanglante répression des manifestations populaires, à modifier la Constitution, pour faire sauter le verrou qui l’empêchait de se représenter. Il avait donc réussi là où Blaise Compaoré vient d’échouer et ne s’attendait pas logiquement à de nouvelles contestations, du moins pas avant la fin de son mandat actuel, en 2018.  Mais, le départ forcé du président burkinabè est venue bousculer les choses.

John Fru Ndi (source : jeuneafrique.com)

John Fru Ndi (source : jeuneafrique.com)

Profitant de l’opportunité, John Fru Ndi, le président du Social democratic front (SDF), le principal parti de l’opposition a annoncé qu’il y aura une révolution au Cameroun, dès l’année prochaine.

De leur côté, quelques titres de la presse privée ont également relancé la question de l’alternance politique. « Après 32 ans de pouvoir… Pourquoi Paul Biya doit partir », a titré à sa Une Le Messager, principal quotidien d’opposition.

« Pour de nombreux médias privés (…), son arrestation [de M. Mendo Zé NDLR] est une distraction, voire une «immolation». Car elle intervient au moment où le débat public chez les camerounais est marqué par les félicitations adressées au peuple burkinabé qui a fait preuve d’héroïsme en faisant chuter le dictateur Blaise Compaoré. Paul Biya pour anticiper un mouvement populaire au Cameroun, veut relancer «l’opération épervier», écrivait jeudi le site [Koaci.com->http://koaci.com/cameroun-operation-epervier-arrestation-lancien-directeur-general-radio-television-detat-96395.html].

« Ce qui se passe au Burkina Faso est suivi par une grande partie de la jeunesse africaine qui semble n’attendre qu’un mot d’ordre, celui de la mobilisation et de la prise en main de son destin », abonde dans le même sens Vincent Sosthène Fouda, président du Mouvement camerounais pour la sociale démocratie, un parti d’opposition.

Un fidèle parmi les fidèles de Paul Biya sacrifié

Il y a ensuite la personnalité de Gervais Mendo Zé. Car dans le système de Paul Biya, l’ancien patron de la radio télévision d’Etat n’a pas été n’importe qui. C’est lui en effet qui a construit et exécuté pendant près de deux décennies la propagande du régime à la radio et à la télévision publique. Omniprésent sur les antennes, il ne manquait aucune occasion de magnifier « l’œuvre exceptionnelle » de Paul Biya à la tête du pays. Bien plus, il lui a aussi offert son soutien spirituel. Catholique exalté, promoteur de la « mariologie », sorte de culte à la vierge Marie qui frise l’idolâtrie et que n’approuve pas le clergé, il a ainsi créé la « Voix du cénacle », une chorale religieuse. Des rumeurs persistantes ont habituellement laissé entendre que les membres de la « Voix du cénacle », se relayaient pour prier en faveur du président camerounais et de sa famille. En public, la chorale assurait l’animation, lors de la plupart des sorties du couple présidentiel camerounais, n’hésitant pas à faire danser des ministres. Elle a d’ailleurs consacré à Paul Biya et à son épouse plusieurs cantiques louangeurs. Ce qui dans un pays pétri de ferveur religieuse n’est pas peu de choses.

En laissant la justice arrêter M. Mendo Zé, c’est donc un gros poisson que Paul Biya vient de lâcher. Pour des raisons qui pour certains paraissent évidentes.

«Il (Paul Biya) n’hésiterait pas à sacrifier tout ce qu’il peut pour rester au pouvoir. Que ce soit ses proches ou des milliers de Camerounais »,  analyse Mohamadou Houmfa, un journaliste qui suit au quotidien l’actualité camerounaise.

Hilaire Kamga (source : cameroun24.net)

Hilaire Kamga (source : cameroun24.net)

Militant des droits de l’homme et secrétaire permanent de la Plate-forme de la société civile pour la démocratie au Cameroun, Hilaire Kamga ne dit pas autre chose « Mendo Zé en prison ou l’illustration d’un système qui se désagrège. Attention, les citoyens doivent redoubler de vigilance car le régime de M. Biya n’a plus de commandant in chief. Nous devons plus que jamais accélérer les préparatifs de la transition post-Paul Biya », écrit-il sur sa page Facebook.

Lancée en 2004 sous la pression des bailleurs de fonds, l’opération « Epervier » dédiée à la lutte contre la corruption avait acquis quelques années plus tard la réputation d’instrument de purge politicienne. Elle pourrait aussi désormais servir de dérivatif aux exigences d’alternance à la tête de l’Etat. La presse camerounaise annonce ainsi d’autres arrestations, à la suite de de celle de M. Mendo Zé.

 

La transition est-elle possible en Algérie ?

[Par Larbi GRAÏNE]

Un air de fin de règne souffle actuellement en Algérie. L’indice le plus spectaculaire en a été la « rébellion » des policiers qui, outre qu’ils ont demandé la tête de leur chef – le général Abdelghani Hamel – ont osé manifester devant la présidence de la République et déranger ainsi la quiétude d’un chef d’Etat grabataire quoique fraîchement reconduit pour un quatrième mandat.

des centaines de policiers ont manifesté devant la présidence à El Mouradia mais aussi à Oran et Constantine (source : maglor.fr)

des centaines de policiers ont manifesté devant la présidence à El Mouradia mais aussi à Oran et Constantine (source : maglor.fr)

 

Abdelghani Hamel (source : impact24.info)

Abdelghani Hamel (source : impact24.info)

On susurre que le chef de la police était bien placé pour succéder à Abdelaziz Bouteflika dont le maintien au pouvoir répond au souci d’empêcher un déséquilibre qui aurait mis à rude épreuve le système de la distribution de la rente. Bouteflika n’incarnerait qu’un consensus temporaire en attendant que se dégage un compromis entre les différentes factions au pouvoir. Mais le compromis en question n’a pu se concrétiser sur le terrain, puisque le général Hamel s’est heurté semble-t-il à l’hostilité des services secrets, le DRS dirigé par Mohamed Mediene dit Tewfik. En cette mi-octobre 2014, les policiers en colère n’ont pas trouvé mieux que de hurler sous les murs du palais présidentiel « Hamel Dégage ! » reprenant ainsi à leur compte un slogan cher aux masses insurgées du printemps dit arabe.
Bien entendu dans cette partie qui se joue à ciel ouvert, les masses « laborieuses » en sont absentes. On joue à la révolution en l’absence d’un peuple, pourtant un des plus bouillonnants de la rive sud de la Méditerranée. Dix ans de guerre civile ont brisé ses ressorts et l’ont fait douter de lui-même jusqu’au point où les hommes politiques ont été réduits au rôle peu envieux des Cassandre.

 

Trucage des urnes, fondement du système
Passé maître dans le trucage des urnes, le pouvoir algérien s’est arrangé pour mettre en place toutes les institutions censées représenter le peuple dont il a brimé la voix. Les deux chambres du parlement servent à alimenter les journaux télévisés en images dont la force incantatoire fige la démocratie en rangées ordonnées d’élus levant ou s’abstenant de lever la main. Comme tous les pays qui singent les démocraties occidentales, l’Algérie s’est dotée d’un parlement uniquement pour donner la réplique aux Etats qui véritablement en possèdent un. Il faut bien que le président d’un parlement étranger soit reçu par son homologue algérien. Si la France ou la Suisse a son assemblée, l’Algérie devrait en avoir la sienne.
Quant au président de la République, il faut reconnaître que lui-même n’échappe pas à la logique qui préside à la fabrication des assemblées élues. C’est l’armée qui lui donne mandat pour gouverner, et c’est à elle seule et non au peuple qu’il doit rendre des comptes.

 
L’armée, faiseuse de rois
En vertu de cette règle qui date de l’indépendance, l’armée est devenue la faiseuse de rois. Il en résulte ce fait que depuis plus d’un quart de siècle c’est elle qui dirige en sous main les gouvernements successifs mais sous des dehors civils, même si parfois elle n’y parvient que très difficilement. Né juste au lendemain de l’indépendance, le premier mouvement d’opposition, le Front des forces socialistes (FFS) de Hocine Aït Ahmed, a dû prendre les armes contre l’Armée nationale populaire (ANP) dépêchée en Kabylie par les autorités. La confrontation qui a fait plus de 400 morts dans les rangs du FFS, devait néanmoins précipiter en 1965 la chute d’Ahmed Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante, qui fut déposé par le Colonel Houari Boumediene, alors chef d’Etat-major de l’armée. Par cet acte Boumediene anticipait sur la reconnaissance du FFS que Ben Bella était sur le point d’avaliser. Cela étant, l’armée d’aujourd’hui n’est plus ce qu’elle était en 1962 : un rassemblement de maquisards au sortir d’une guerre atroce dirigée contre l’occupant étranger. Le rassemblement de maquisards a cédé la place à une bureaucratie militaire ayant développé des connexions intensives avec la bourgeoisie d’affaires dont elle a investi les valeurs en tant que classe dominante. L’histoire de ce « complexe militaro-industriel » est émaillée de tueries massives : répression des émeutes d’octobre de 1988 (plus de 400 morts), guerre contre la rébellion islamiste des années 1990 (plus de 100 000 morts) et répression des émeutes de Kabylie à partir de 2001 (plus de 120 morts).

 

Après le « qui tue qui ? » c’est le « qui dirige l’Algérie ? »
En l’absence de démocratie et lors même que des tendances séparatistes commencent à s’exprimer en Kabylie, voire dans la vallée du Mzab, la « réélection » d’Abdelaziz Bouteflika pour la quatrième fois consécutive, n’a tenu compte ni du bon sens ni d’aucun paramètre ayant un lien avec une quelconque fonction sociale, ou du moins avec une fonction consensuelle si infime soit-elle. Les généraux de l’armée ont tellement usé et abusé de la manipulation, et excellé dans l’action psychologique visant à neutraliser les populations, qu’ils ont fini par être pris par leur propre piège. Ils sont les seuls à ne pas se rendre compte que l’Algérie n’a pas de président de la République !

Abdelmalek Sellal (source : lepointeco.com)

Abdelmalek Sellal (source : lepointeco.com)

Pourtant les activités du premier ministre, Abdelmalek Sellal ont tendance à consacrer sur la scène diplomatique l’effacement du chef de l’Etat. Le premier ministre, qui prend des décisions au nom de Bouteflika, n’est en fait que le mandataire d’un président lui-même mandataire ayant reçu ses prérogatives de l’armée. Encouragés par le délitement de la société, les décideurs militaires en sont arrivés à faire usage cette fois-ci d’un déguisement inopérant qui consiste à faire accroire que le maintien d’un vieillard agonisant à son poste est un choix découlant de la souveraineté populaire. Les décideurs doivent se sentir tellement forts qu’il leur avait paru inutile de cacher par quelque artifice dont ils ont le secret leur entreprise de cooptation de la personne sur laquelle ils ont jeté leur dévolu. Du coup ils ont brutalement rendu visible et démaquillé leur imposture électorale, déconstruisant ainsi leur propre stratagème. La question redondante « Qui dirige l’Algérie ? » est désormais sur toutes les lèvres des journalistes des médias internationaux et le nom du général chargé du DRS a fait le tour du monde.
Le régime algérien est au pied du mur. Pour reprendre l’expression d’un journal londonien « le pouvoir algérien est un géant qui a peur de son ombre ». L’aspiration au changement n’a d’égale que la férocité de la confrontation qui met aux prises les différents clans de l’armée.

 

L’an II de l’opposition algérienne

Conférence de la CNLTD : Congrès inédit de l'opposition (source : algerie360com)

Conférence de la CNLTD : Congrès inédit de l’opposition (source : algerie360com)

La réélection de Bouteflika fut durement ressentie par l’opposition, toutes tendances confondues. Ce qui va l’inciter à se fédérer au sein d’une coordination nationale pour la transition et les libertés démocratiques (CNTLD) dont l’activisme sera couronné par un événement majeur : l’organisation au mois de juin 2014 à Zeralda, à l’ouest d’Alger, de la première conférence pour les libertés et la transition démocratique en Algérie. Ainsi la CNTLD a réussi à réunir les laïcs et les islamistes dont des ex dirigeants du parti du Front islamique du salut, FIS (interdit).
Ayant regroupé également d’anciens chefs de gouvernements passés à l’opposition, la conférence de Zeralda a appelé au « respect du cadre républicain de l’État algérien », à « rendre civil le régime politique et éloigner l’institution militaire et sécuritaire des conflits politiques ». Si les partis politiques semblent avoir mûri en acceptant de s’asseoir à la table de négociation et faire l’effort de surmonter leurs divergences, il n’en demeure pas moins que leur audience a considérablement reculé au cours de ces dernières années sous l’effet conjugué de la guerre civile et de l’autoritarisme du règne de Bouteflika. Laminés autant que les populations qui avaient constitué leur vivier, les partis ont du mal à promouvoir la chose politique. Cela dit, depuis le lancement de la CNTLD, qui, s’il a accentué l’isolement du pouvoir, n’a pas pour autant permis d’impulser une dynamique de changement. Chacune des deux parties, opposition et pouvoir, sont restées campées sur leur position respective jusqu’au moment où un intrus est venu chambouler cet échiquier. Cet intrus n’est autre que le FFS dont on a déjà parlé.

Aït Ahmed (source : algerie1com)

Aït Ahmed (source : algerie1com)

Légalisé en 1989 à la faveur de l’instauration du multipartisme, le parti d’Aït Ahmed, en sortant de la clandestinité a, tôt défendu l’idée selon laquelle l’implication des islamistes du FIS dans la vie politique est de nature à leur ôter le voile de sacralité dont ils sont entourés. Mais l’armée ne l’entendait pas de cette oreille. En janvier 1992, elle procédait à l’arrêt des élections législatives, les premières qui aient été organisées sous le multipartisme, mais remportées par le FIS. A l’époque il n’y avait pas encore l’expérience tunisienne qui eût pu démontrer- pour peu qu’il y ait une société civile – que les islamistes peuvent être délogés avec leur tapis de prière. L’incurie des islamistes maghrébins est proverbiale, elle n’a d’égale que leur inaptitude à concevoir le monde dans sa réalité et à préconiser des solutions en matière de gouvernance étatique. Brandi pendant longtemps par les décideurs militaires pour justifier leur politique d’éradication, l’alibi du danger islamiste devient aujourd’hui relativement obsolète aussi bien au niveau interne qu’externe. Bien qu’ayant participé à la conférence de l’opposition de Zeralda, le FFS est passé, fin octobre 2014, à la vitesse supérieure en appelant à une autre conférence, baptisée « conférence du consensus » qu’il compte organiser sous sa propre supervision. La nouveauté réside dans le fait que le pouvoir en place est invité à y participer. Le but assigné à la conférence du consensus est d’organiser une période de transition « inspirée des modèles internationaux de consensus» expérimentés (notamment en Espagne et en Amérique du sud) à l’issue de laquelle le pouvoir actuel est sommé de faire ses valises et transmettre le témoin selon un agenda négocié et ce, « sans manifestation de rue, ni violence ». Il est à noter que le FFS reconnait que les modèles de consensus ayant été mis en œuvre ici et là ont été l’émanation des pouvoirs en place soulignant que l’originalité de sa démarche tient en ceci que c’est un parti politique qui en est l’initiateur.
Comme il fallait s’y attendre les principaux animateurs de la coordination, soit le Mouvement de la société pour la paix (MSP), le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), le parti Jil Djadid et l’ancien chef de gouvernement Ahmed Benbitour) tombent des nues et crient au complot. Cette initiative a été jugée à juste titre comme une option concurrente au sommet de Zeralda. Il n’empêche, le doyen des partis d’opposition invoque une recommandation de son dernier congrès qui serait antérieure à la création de la CNTLD. Le laïc Mohcine Belabbas, président du RCD insiste sur la non clarté du projet du FFS et l’accuse de vouloir torpiller l’action entamée par la CNTLD. L’islamiste Abderrezak Makri, président du MSP, quant à lui, fulmine en soulignant que « le problème ne réside pas dans l’opposition, c’est du côté du pouvoir que le FFS devrait voir ». Et de s’interroger sur « l’identité » de la partie du pouvoir que la formation d’Aït Ahmed compte ramener à la table de négociation. Makri ne cache pas son inquiétude de voir le FFS louper le « pouvoir réel ».

Abdelaziz Rahabi (source : algerie360com)

Abdelaziz Rahabi (source : algerie360com)

Mais la critique la plus fondée a été avancée par Abdelaziz Rahabi, ancien ministre de la communication qui reproche au FFS d’organiser un événement qui aurait dû échoir au pouvoir.
Toujours est-il qu’on a assisté alors à quelque chose d’insolite : pour emporter l’adhésion du plus grand nombre, le FFS connu pour son aversion à l’égard des faux partis et de la fausse opposition qu’il n’a eu de cesse de dénoncer, s’est livré cette fois-ci à un exercice dont il est peu coutumier, en allant taper à la porte ( mises à part quelques organisations de la société civile, formations politiques et syndicales et personnalités d’importance) d’une noria de partis-éprouvettes proches du DRS et du parti de l’administration, le Front de libération nationale (FLN), qui ont tous paradoxalement fait bon accueil à son initiative. Tout porte donc à croire que le DRS et la présidence de la République n’ont pas l’intention de s’opposer à la tenue de la conférence en question.

 

Différence entre la CNTLD et la conférence du consensus
Il saute aux yeux que les deux approches proposées pour résorber la crise algérienne présentent des différences tant au niveau du fond que de la forme. Au niveau du fond, la CNTLD dénie tout rôle à l’armée pour mener la transition tandis que la conférence à laquelle appelle le FFS est une « feuille vierge qu’il faudrait remplir » autrement dit, la feuille de route qui sortirait de la conférence est à noircir avec l’ensemble des participants, y compris le gouvernement. Au niveau de la forme, la CNTLD n’a pas jugé utile d’associer le pouvoir aux discussions, se contentant uniquement de réunir l’opposition. C’est tout le contraire de ce que prône le parti d’Aït Ahmed qui insiste sur la nécessité d’impliquer l’Exécutif.

 

Pour conclure
Tout compte fait, les arguments présentés par la CNTLD pour disqualifier la conférence du consensus paraissent fondées qu’en partie. Certes l’initiative du FFS est trop risquée, – ce que ses détracteurs certainement ne sont pas sans ignorer, mais tout de même elle reste intéressante à plus d’un titre. Au vu de la tournure qu’ont pris les événements, il est presque assuré que la conférence du consensus aura lieu, même si on peut s’attendre peut-être à quelques absences qui ne devraient pas peser beaucoup. On peut s’interroger en revanche sur la marge de manœuvre de l’opposition, qui plus est, elle est appelée à négocier avec le DRS par fausse classe politique interposée. Au cas où les exigences de démocratisation qui y seront immanquablement exprimées, paraîtraient aux yeux des décideurs impossibles à satisfaire, ces derniers auront alors la partie facile pour provoquer les défections nécessaires à l’effet de saborder la conférence. Car dans tout ce qui va se jouer, l’un des principaux protagonistes, le pouvoir en l’occurrence, n’a fait jusque là montre d’aucune volonté politique allant dans le sens d’une véritable ouverture politique. Toute prédiction étant difficile à faire, le mieux est de laisser l’expérience se produire…

 

Guinée : un opposant arrêté et une plainte contre trois radios privées

[Par Alareny BAH]

La violation de la liberté d’expression est un fait réel désormais connu de tous les citoyens guinéens. Ceux qui se hasardent à se lancer dans cette aventure trouveront sur leur chemin des difficultés importantes. Il ne se passe pas un seul jour dans ce pays sans que des attaques, menaces, agressions, violations de domicile ou assassinats ne soient signalés.

Abdourahamane Bakayoko (source : guineelibre.com)

Abdourahamane Bakayoko (source : guineelibre.com)

Le jeudi 6 novembre dernier un jeune du nom d’Abdourahamane Bakayoko entré en politique en 2012, dans un parti agréé et reconnu par l’État, et candidat à la députation en 2013, a vu son véhicule incendié par de jeunes incendiaires surexcités, à Labé, ville située à plus de 400km de la capitale Conakry. Le reproche qui lui était fait était d’avoir dénoncé les malversations et les positions ethniques de l’opposition et du pouvoir. Invité par une radio privée de l’ endroit pour débattre des sujets de la vie nationale, ce jeune homme d’une trentaine d’années et président du parti (les Démocrates Guinéens) a répondu à une question du journaliste en ces termes: le président de la république a un parti ethnique, il n’a de militants que dans son ethnie, et d’enchaîner : Cellou Dalein (chef de file de l’opposition) ne pourra jamais battre Alpha Condé (pdt de la rép) aux prochaines présidentielles car il n’a de militants que dans son ethnie et dans sa famille. Fin de citation. Voilà les propos qui ont fait déborder le vase.

Cellou Dalein (source : tamtamguinee.com)

Cellou Dalein (source : tamtamguinee.com)

Avant même que l’émission ne soit terminée, les locaux extérieurs de la radio furent encerclés voire attaqués par des jeunes se réclamant de l’opposition et du parti de Cellou Dalein. Comme le jeune leader ne sortait pas, la foule s’est emparée de son véhicule et y mis le feu. Le pouvoir, c’est à dire les autorités locales, au lieu de le protéger, a procédé à son arrestation pour outrage au chef de l’État. Actuellement, il est détenu à la gendarmerie régionale en attendant son procès. A la suite de cela, les magistrats de Guinée ont jeté leurs robes pour porter plainte contre trois radios privées de Conakry. Le 4 novembre, lors d’une réunion spécialement tenue pour la circonstance, l’association des magistrats a fait savoir que ces trois radios avaient critiqué à plusieurs reprises leur institution et traité leur président d’incompétent. Chose jugée intolérable. Elle a donc déposé plainte contre ces trois médias malgré la dépénalisation du délit de presse dans ce pays. Le 5 novembre, des commandos armés jusqu’aux dents ont fait une descente musclée jusqu’à l’intérieur même du tribunal pour mettre à tabac le juge de ce tribunal ; ils se sentaient forts du fait qu’ils étaient armés. Où est passé l’État de droit? En tout cas, voilà ce qui se passe dans mon pays.

 

 

Francophonie : Tharcisse Loseke en course pour le secrétariat général de l’OIF

Neurologue et enseignant, le bruxellois d’origine congolaise Tharcisse Loseke fait partie des six candidats en compétition pour le poste de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Les présidents de l’organisation décideront en fin de ce mois à Dakar.

Tharcisse Loseke (source : congoone.net)

Tharcisse Loseke (source : congoone.net)

Une personnalité de la société civile à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie ? Le docteur Tharcisse Loseke y croit. Ce neurologue du Chirec de Bruxelles, qui enseigne aussi à l’Université libre de la même ville (ULB) compte défendre jusqu’au bout, sa candidature déposée en été au poste de Secrétaire général de l’organisation. C’est ce qu’il a laissé entendre jeudi à Paris, lors d’une rencontre avec la presse. Il souhaite ainsi pouvoir prendre le relai de l’ancien président sénégalais Abdou Diouf, qui après douze année à ce poste, ne rempilera pas pour un quatrième mandat.
M. Loseke sait que la compétition sera rude. Il devra en effet affronter cinq autres candidats, africains pour la plupart. Il y a ainsi Dioncouna Traoré, ancien président de transition du Mali (Afrique de l’Ouest). Mais aussi Pierre Buyoya, ancien président du Burundi, Henry Lopes, ancien premier ministre du Congo-Brazzaville, Jean Claude de l’Estrac, ex-ministre des affaires étrangères de Maurice. Et enfin, Michaëlle Jean, originaire d’Haïti et ancienne Gouverneure général du Canada, qui sera la seule candidate du Nord.
Mais il estime que plusieurs facteurs plaident en sa faveur. Il met ainsi en avant son engagement social. Alors que la plupart des autres candidats sont issus du monde politique, lui vient de la société civile. Il a toujours été un militant des droits de l’homme. Il fut en effet le co-créateur de la toute première association dédiée à cette question, dans l’ex-Zaïre. Et même s’il est quelque peu frotté à la politique, cela remonte à loin. Au début des années 90, il avait en effet accepté un poste de ministre dans l’éphémère gouvernement de transition au Zaïre de Mobutu, dirigé par l’opposant Étienne Tshisekedi. Il connait aussi bien les pays du Sud que ceux du Nord, pour avoir longuement exercé dans l’ex-Zaïre et en Belgique.
Par ailleurs, la situation au sein de l’OIF milite quelque peu en sa faveur. On imagine mal en effet qu’un Malien remplaçe un Sénégalais au Secrétariat général de la Francophonie. Dans le même ordre, la candidature de Michaëlle Jean se trouve handicapée par le fait que l’administrateur de l’OIF est québécois et a vu son mandat prolongé jusqu’en 2018. Si Mme Jean était élue, le Canada occuperait les deux postes clés de l’organisation. En troisième lieu, la République démocratique du Congo (RDC), son pays d’origine deviendra bientôt le principal Etat de l’espace francophone, et peut légitimement prétendre à un poste digne de son poids au sein de l’OIF. Enfin, Paris a indiqué que son candidat sera celui de l’Afrique.

La 86e session du Conseil permanent de la Francophonie (CPF) - Kinshasa, 13-14 octobre 2012. (Crédits : Joseph Moura / OIF)

La 86e session du Conseil permanent de la Francophonie (CPF) – Kinshasa, 13-14 octobre 2012. (Crédits : Joseph Moura / OIF)

Reste la question des soutiens. On sait que pour désigner le Secrétaire général de la Francophonie, les chefs d’Etats votent à huis clos. D’où l’importance d’avoir des soutiens parmi eux. Or, jusqu’ici, aucun président ne s’est publiquement déclaré en faveur du docteur Tharcisse Loseke. Pas même Joseph Kabila de la RDC, actuel président de l’OIF. Le candidat a toutefois rencontré le ministre congolais des Affaires étrangères. « Etant président de l’OIF, M. Kabila souhaite sans doute conserver sa neutralité. Ce qui ne signifie pas qu’il soit hostile à ma candidature », explique-t-il. Le docteur bruxellois espère aussi obtenir le soutien de la Belgique, son pays d’adoption. A Paris, il a indiqué qu’il rencontrerait dans les prochains jours le ministre fédéral belge des Affaires étrangères, Didier Reynders.
S’il est élu, Tharcisse Loseke compte appliquer à la lettre la feuille de route des chefs d’Etats. Il affirme aussi qu’il s’investira dans la continuité d’Abdou Diouf, en menant à leur terme les projets que l’ancien Secrétaire général aurait laissé inachevés. Mais surtout, il compte œuvrer dans le domaine économique. « Il faut que l’OIF soit beaucoup plus économique. Le Nord comme le Sud ont tout à gagner dans le renforcement de la coopération », déclare-t-il.
Les chefs d’Etats feront leur choix, lors du prochain sommet de la Francophonie. Ce sera à la fin de ce mois à Dakar, la capitale sénégalaise.