Les femmes violées du Kivu

[Par  Déo NAMUJIMBO]

 

Les guerres, l’insécurité et l’impunité généralisées de ces dix dernières années ont occasionné de nombreuses atrocités à l’est de la République démocratique du Congo : 9 millions de morts répertoriés par les organisations internationales, des centaines de milliers de femmes victimes de violences sexuelles. Organisations locales et internationales, églises, institutions caritatives s’efforcent de leur apporter des soins médicaux et psychologiques pendant qu’assassins et violeurs circulent paisiblement.

 

Reportage à Bukavu.

 

Photo par Afrocongo.com

Photo par Afrocongo.com

Assises sur des nattes en morceaux, couchées ou accroupies au pied de jeunes arbres dans une immense cour ombragée, une cinquantaine de femmes font la vaisselle, recousent des pagnes mille fois rapiécés, s’enlèvent mutuellement des chiques dans les doigts de pieds, se tressent les cheveux ou se cherchent des poux dans la tête. Un peu plus loin, un groupe de vieilles femmes courbées en deux font péniblement les cent pas en s’appuyant sur des bâtons. Encore plus loin, sous le couvert d’un vieux hangar ayant jadis servi de garage, d’autres femmes et quelques jeunes filles font la cuisine sur des braseros bancals dans de vieilles casseroles élimées, assises comme des écoliers sur des bancs alignés.

 

Toutes paraissent lasses et faméliques, emmitouflées dans de gros tricots de laine ou de crasseuses couvertures. « Nous comptons ce jour 12.335 victimes, explique Bagabo Saleh, le statisticien du Projet Victimes de violences sexuelles (VVS) qui fonctionne au sein de l’hôpital de Panzi à Bukavu. La moyenne est de 250 cas par mois, dont 180 viennent des régions où sévissent les rebelles hutus rwandais ».

 

 

« Impossible de citer un chiffre précis car chaque jour de nouveaux cas sont signalés ici et là et de nombreuses victimes n’osent pas se plaindre de crainte d’être rejetées par leurs maris et familles ou pointées du doigt, soupçonnées d’être atteintes du sida », rapporte Christine Schuler-Deschryver, responsable de Vidéo-Congo, une des nombreuses Ong qui prennent en charge ces malheureuses. Selon Magambo Budundwa, le responsable administratif et financier du projet VVS de l’hôpital de Panzi, « le seuil critique a été celui de l’an 2004 où nous recevions en moyenne 4 à 5 VVS par jour, la plupart ayant été victimes d’hommes armés parlant le kinyarwanda et venant de milieux reculés. Bien d’autres ne parviennent pas à Bukavu soit parce qu’elles ont été trop physiquement atteintes, soit encore à cause de la honte qui les empêche de s’exprimer publiquement ». La majorité se plaignent de l’abandon juridique dont elles sont victimes : « Vous ne pouvez imaginer combien cela fait mal de rencontrer chaque jour le type qui vous a fait tant de mal, continue à violer jusqu’à des bébés et qui vous dit qu’il vous violera quand l’envie lui en prendra  », se plaint la vieille Ernestine qu’une fistule paralyse depuis deux ans. Me Julien Cigolo, coordinateur de l’Observatoire international sur le viol comme tactique de guerre, lui donne raison : « Chez nous, le viol est un véritable crime de guerre et ne peut s’expliquer autrement lorsque les femmes sont violées par plusieurs hommes qui leur enfoncent ensuite des bâtons dans le vagin, leur inoculent volontairement le sida et les avilissent au plus haut point. Dommage que la Cour pénale internationale ne fasse rien pour les réhabiliter, ainsi que la population tout entière ».

 

 

Compassion locale et internationale

Devant l’ampleur de la situation, plusieurs organisations locales et internationales se sont penchées sur la question, appuyées par des bailleurs occidentaux.

 

Selon le bureau de coordination de la Société civile du Sud-Kivu, pas moins de 387 associations ont été créées ces deux dernières années pour profiter du pactole. « Ils s’achètent des voitures et se construisent des villas, très peu d’argent nous parvient. Ils produisent pour se donner bonne conscience de belles émissions à la radio et de jolis rapports pour distraire les bailleurs et la population », affirme Clémentine. Christine Schuler-Deschryver va plus loin : « En réalité les Bazungu (les Blancs, en swahili) dépensent sur place leur argent en se payant de gros salaires, en organisant séminaires et colloques dans les salles les plus chères et en logeant les participants dans des hôtels de luxe avec des per diem à faire rêver. Combien croyez-vous qu’il reste pour les VVS ?  ». Pour Me Julien Cigolo, « la CPI devrait en priorité, à travers son Fonds au profit des victimes,  au lieu de jeter l’argent par les fenêtres, appuyer des projets innovants qui impliquent les communautés victimes de ces viols, par exemple au moyen de micro crédits et de mutuelles de santé, en les sécurisant réellement  ou pourquoi pas, en érigeant des monuments à la mémoire des victimes …».

 

 

 

 

Algérie: Bruits de bottes et chuintements de babouches…

[Par Djamaleddine BENCHENOUF]

 

Un Président qui a fait trois mandats successifs, après un viol de la Constitution. Il a subi un grave accident cérébral, qui l’a privé de ses facultés cognitives, et même de son discernement. Tout a été fait pour ne pas cacher son état, pour que tout le monde le voit dans une situation pathétique. Il ne s’est pas publiquement exprimé depuis deux ans. Il ne reconnait même pas sa propre famille. Il est pourtant imposé au peuple algérien pour un quatrième mandat. Comme si une force tapie à l’ombre du pouvoir avait mis en place un bien étrange scénario.

 

Abdelaziz Bouteflika, président algérien (Crédits photo :  http://www.republicoftogo.com/)

Abdelaziz Bouteflika, président algérien (Crédits photo : http://www.republicoftogo.com/)

 

A y penser sérieusement, cette histoire de 4ème mandat de Bouteflika n’est pas seulement un incroyable  mépris pour tout un peuple, elle est surtout une démarche résolument suicidaire, de tout un régime, qui avait pourtant toute latitude pour faire élire qui il veut, comme cela a toujours été le cas depuis l’indépendance du pays.
Et je dirais même plus, que qualifier cette hallucinante initiative de suicidaire reste en déça de ce qui risque d’advenir à ce pays, de l’explosion à fragmentation qui pourrait en découler, si rien n’est entrepris pour y remédier de façon légale.

 

C’est pourquoi je reste dubitatif, face à cette annonce d’un 4eme mandat. On aurait voulu créer une situation, pour pouvoir recourir à un remède de cheval, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
C’est bien pour cela que des doutes lancinants me taraudent, et que j’en arrive presque à toucher du doigt le complot qui se dandine au pas de l’oie, dans ses gros rangers.
Si nous ne parvenions pas à voir la grosse farce, c’est qu’elle était cousue de haubans fluo. Elle était tellement évidente qu’elle en est devenue aveuglante. A plus forte raison que ceux qui sont censés éclairer notre lanterne ne jouent qu’à nous faire des tours de passe-passe.

 

Le clan présidentiel n’a pas le choix !

 

Oui, il ne fait pas de doute que le clan de Saïd Bouteflika, y compris certains parmi les pontes militaires qui fraient dans le marigot, n’a pas eu d’autre choix que de se jeter à l’eau, lesté d’une vieille locomotive qui ne sifflera plus jamais.
Oui, ce clan, ou pour être plus précis, cette mafiocratie, ne pouvait pas s’offrir le luxe, qu’elle aurait vraiment souhaité pourtant, de rendre la clé du coffre, et d’aller, tranquilou, jouir du fruit de ses fructueuses rapines !

 

Oui, il n’aurait pas demandé mieux, puisque le butin amassé est tellement prodigieux qu’il ne serait même pas entamé d’ici quatre ou cinq générations !
Leur gros problème était qu’ils étaient faits comme des rats, sans aucune autre issue pour se débiner en douce, que de tomber dans les griffes de tous ceux qui les attendent au tournant, une foule de fauves, sans compter tous leurs propres pique-assiettes, qui seront les premiers à leur tomber dessus, parce chez ces clients-là, c’est « le roi est mort, à mort ceux qui n’ont pas su garder son pouvoir ».

 

Le clan régnant sait, sans l’ombre d’un doute, que cette fois-ci ne sera pas une traversée dorée sur tranche, d’un désert climatisé. Il sait que ce sera une implacable mise à mort, qu’il sera jeté en pâture aux foules versatiles, et que les plus acharnés dans son lynchage seront ceux qui entrent en transes aujourd’hui, quand ils acclament le grand malade, l’homme dont nulle femme n’a enfanté de pareil. Ils le savent, parce qu’ils l’ont déjà éprouvé.

 

Charybde ?

 

La grande énigme est comment et pourquoi les patrons de l’armée ont accepté de soutenir ce clan dans une démarche aussi outrancière, de se mettre la même corde au cou, lestée de la même locomotive réformée ?

 

Deux hypothèses s’offrent à nous, sans place pour une quelconque autre.
La première est qu’ils ont été sommés, de marcher dans cette bien étrange martingale, perdante-perdante, et qu’ils n’ont pas la possibilité de refuser de se plier à l’injonction qui leur a été faite, parce que la main qui les agite pourrait leur couper le sifflet. Ils traînent trop de casseroles, et leurs secrets ne seront bien gardés que s’ils sont dociles et laborieux .

 

La seconde est qu’ils sont eux-mêmes derrière une toile d’araignée de soie, qu’ils tissent de leurs gros doigts de soudards, pour y prendre la mouche qui tape à toutes les vitres et finir de tout avoir entre leurs pattes venues.

 

Scylla ?

 

Dans la première hypothèse, cela voudrait dure que la force extra-nationale qui anime la scène a décidé de syrianniser l’Algérie, peut-être même de l’isoler du Sahara utile, et d’en jeter le Tell dans une logique d’éclatement. Cela voudrait dure que l’appétit venant en mangeant, une certaine stratégie économique, couplée à des visées hégémoniques de reconfiguration de la région, il aurait semblé très opportun, en les circonstances, de renouer avec un passé, qu’on croyait révolu, d’impérator, qui redessine les frontières de son empire, pour pouvoir mettre en place des tailles plus profitables à sa manne. Une Algérie avec un Sahara aussi riche, élagué d’un Nord de rois fainéants, même pas capables de gérer une épicerie. L’aubaine est tentante. Ça ne pouvait que donner des idées à des gloutons restés sur leur faim, malgré les ripailles qui leur ont été servies avec une servilité qui ne pouvait qu’appeler au mépris, puis à l’avidité sans frein.

 

Dans la seconde hypothèse, des généraux algériens, embusqués dans le clan présidentiel ont piégé celui-ci, pour l’encourager à lancer l’initiative d’un 4eme mandat, pour un homme incapable de prononcer une seule phrase audible et intelligible. Ils savaient que le clan jouait sa survie, et qu’il se laisserait tenter, pour sauver sa peau. Ainsi, ils installeraient un climat insurrectionnel, comme ils savent si bien le faire, qu’ils sauront attiser, avec l’art consommé de la manipulation qui est le leur.

 

Puis, ils feraient relayer par leurs caisses de résonance l’idée que seule l’armée pouvait désormais sortir le pays de cette inextricable écheveau. Et là, dans leur costume de sauveurs de la république, qu’ils auraient ressorti du placard, ils arriveraient dare-dare, montés sur leurs étincelants destriers russes de la 8eme Division blindée, pour quadriller le pays, et prodiguer leur bienfaisant arbitrage.

 

La martingale se transformerait alors en gagnant-gagnant, puisque non seulement ils pourraient évacuer des associés compromettants, mais que surtout, ils auraient barre sur la suite des événements. Il ne leur resterait plus qu’à désigner le futur président élu, comme ils l’ont toujours fait, et tout rentrerait dans l’ordre, sans qu’’ils soient inquiétés le moins du monde, pour un sac auquel ils ont pourtant très largement contribué.

 

Une société orpheline d’élites, truffée de garde-chiourmes !

 

Même la donne inconnue de l’islamisme, qui pourrait générer des effets pervers pour eux, ne pourrait que les conforter dans leur fine combine, puisque ils deviendraient encore plus indispensables, autant pour ceux qui poussent des cris d’orfraie dès qu’ils entendent un chuintement de babouches que pour ceux de l’autre côté de la mer qui ont déjà éprouvé avec satisfaction leur compétence de tueurs d’islamistes. Autant dire qu’un retour des islamistes à la faveur de troubles bien cadrés, ne ferait que servir les maîtres du jeu, quels qu’ils soient. Soit pour cautionner la présence de la junte sur le tableau de bord, soit pour accélérer un éventuel processus de chaos contrôlé.

 

Les appels à l’intervention de l’armée, lancés par des personnalités politiques algériennes, et le bouillonnement de la société dite civile contre cette perspective du 4eme mandat tombent pile-poil avec ce qui semble être une savante orchestration. La situation a atteint un tel niveau d’outrance que les appels au coup de force en sont devenus des recommandations de salut public.

 

La meilleure preuve en est que l’Algérie aurait très pu faire l’économie de toutes ces veillées d’armes, et de  toutes ces gesticulations politiciennes. Il aurait juste fallu exiger du Conseil Constitutionnel qu’il entérine les procédures d’empêchement, comme le lui préconise la constitution du pays. Mais cela aurait grippé la machine à renouveler, encore et toujours, la mainmise du même régime, sur le même pouvoir, depuis que le pays est indépendant. C’est bien pour cela, malgré l’état de santé plus que défaillant du président, et malgré une clameur publique qui confine à l’émeute, aucune personnalité politique n’a évoqué le cas de forfaiture commis par le Conseil Constitutionnel, qui semble avoir été dissuadé, par les mêmes, de faire ce que ses prérogatives lui commandent.

 

Dans une société qui se distingue par une totale absence d’élites intellectuelles, où les partis qui activent mangent tous au râtelier du régime, où les intellectuels sont aux abonnés absents, où le plus gros syndicat du pays est devenu une association de boustifailleurs, où la presse est perfusée en manne publicitaire selon son zèle, c’est le sahara politique. En l’espace de quinze années, le régime a dilapidé plus de 700 milliards de dollars, pour transformer le pays en un immense bazar, pour se ménager des alliés naturels par millions, pour quadriller le pays de forces sécuritaires pléthoriques, c’est le désert de la politique et du civisme. C’est la jingle en folie, et à chacun pour soi !

 

C’est bien pour cela que les marionnettistes jouent sur du velours.

 

La machine est lancée ! Plus rien ne l’arrêtera !

 

 

Expoesie Le Chant Des Possibles

La Galerie Jacques DEVOS accueille du 6 au 31 mars la première EXPOESIE parisienne de Marc Alexandre OHO BAMBE (Poète) et Frédéric EBAMI (Graph Designer), fondateurs de l’agence « et l’homme CRéA » et membres du Collectif On A Slamé Sur La Lune. Avec le contribution de la réalisatrice Laurène Lepeytre.

« Le texte accouche de l’image ou l’image illustre le texte, visuels et mots se superposent
et posent ensemble la question essentielle et éternelle, du sens de notre présence au monde…
Visuelle ou scripturale, sonore ou silence, la POESIE irrigue L’EXPO qui donne à voir,
entendre,ressentir le monde, les rêves, la vie, les possibles qui ruissellent. »

Photo crédits : Pierre Toh
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8 Mars : Un quart d’heure de faiblesse pendant lequel j’ai failli haïr les femmes

[Par Johnny BISSAKONOU – johnnybissakonou @ gmail . com]

 

En général la date du 8 Mars ne me dit rien.  Est-il important de consacrer une journée à la femme ? Bof, si cela les amuse de se prendre pour le nombril du monde…Du moment qu’elles célèbrent cette journée entre elles,  de quoi je me mêle ? Il existe bien une journée internationale de l’homme mais qui passe quasiment inaperçue. Cependant, les récents évènements que j’ai vécu m’ont poussé à réfléchir plus longuement à cette question.

Catherine Samba-Panza (Photo de www.terrafemina.com)

Catherine Samba-Panza (Photo de www.terrafemina.com)

 

 

Il m’est même arrivé de haïr les femmes parce qu’elles ont le droit de pleurer, et le droit d’être faible. Moi je ne le peux pas, parce que chez moi un homme, un vrai circoncis n’affiche pas sa faiblesse devant les gens. Quand mon oncle me racontait au téléphone l’assassinat de mon petit-frère, j’ai eu un moment de faiblesse…Quelques secondes de sanglots qui ont suspendu son récit. Je n’ai pas eu droit à cette consolation qu’une de mes sœurs aurait eue. Il m’a reprit sévèrement : « Mo yeke ouali ? ….» Je traduis presque mot à mot : « T’es une femme ou quoi ? Arrêtes de sangloter dans mes oreilles, ce sont des hommes comme toi qui nous ont fait ça, nous irons à Bouca leur montrer notre virilité »…Il me demandait de payer son transport jusqu’au village, de payer des féticheurs pour régler leur compte aux assassins…

 
Une femme aurait eu raison de fuir et se réfugier en France si elle était dans mon cas. Mais comment un homme au-lieu de rester se battre a choisi de fuir comme un lâche? Quand je discute avec certains compatriotes, c’est à-peine s’ils me traitent de poltron, parce qu’eux sont restés et affrontent la mort…Chez moi un homme, un vrai ne recule jamais devant le danger. L’homme est celui qui défend sa maison face à l’ennemi, c’est encore celui qui peut fièrement brandir son coutelât ou sa machette et être aux premières loges lorsqu’il y a du danger.

 
Il y a cette tradition, je crois qu’elle existe partout même en France, qui veut à ce que l’homme soit l’être fort. C’est la femme qui a droit à la faiblesse, aux sentiments. La femme c’est le sexe faible…Moi je suis un homme, pleurer ne m’est pas permit.

 
Quand j’étais petit, pendant les grandes vacances grand-père nous réveillait à l’aube pour aller aux champs. Malheur à moi si je n’étais pas debout au premier appel de mon nom. L’homme ne dort pas comme les femmes. Au moindre bruit, l’homme doit pouvoir du plus profond de son sommeil demander qui va là ? Pauvre homme, la privilégiée, le bourreau c’est la femme ai-je pensé…

 
Alors je me suis permit de rêver, je me suis vu en patriarche établissant les règles de fonctionnement de la société que j’ai créé. Je me suis fait un film pour me consoler et me satisfaire de mon sort…Pourquoi être triste ? Je suis un homme et l’homme est le chef de la femme. L’homme est le chef du foyer c’est lui qui crie sur la femme il a toujours le dernier mot.

 
Je suis fier d’être un homme car c’est le garçon qui a le droit d’aller à l’école. La place de la fille est au foyer aux côtés de sa mère pour apprendre à devenir une bonne ménagère et à s’occuper d’un mari. A l’école, c’est le garçon qui est censé avancer de part ses propres efforts et la fille ne peut réussir que moyennant quelque chose…

 
Dans l’administration, une femme même si elle a le profile adéquat ne peut occuper un poste administratif réservé à la junte masculine. L’homme c’est le PDG, et la femme sa secrétaire. Si cette dernière est docile, soumise pourquoi pas une promotion ? (Canapé bien-sûr)…En un mot l’homme est un dieu c’est lui qui commande et c’est lui qui donne : Des coups à la femme battue, la femme violée l’est par l’homme, la femme réduite en esclave, celle qui n’a pas le droit d’avoir un point de vue, la moins que rien. J’ai aussi eu une pensée pour la femme qui souffre les douleurs de l’enfantement, après avoir porté une grossesse pendant neuf mois. J’ai pensé à celle qui allaite et éduque, celle qui nourrit les enfants et qui ne dort pas quand le bébé tombe malade. J’ai pensé à ma mère, à celles qui donnent la vie, j’ai pensé à mes sœurs…Quand j’ai pensé à toutes ces femmes, j’ai eu honte de moi, honte d’avoir pensé toutes ces choses. Heureusement qu’on est au 21e siècle et que plus personne (?)  n’a ce genres de pensée…

 
Et quand je pense à mon pays, je suis plutôt content qu’une femme soit à la tête de l’Etat Centrafricain comme Présidente de la transition.

 
Septième chef de l’Etat depuis l’indépendance de la RCA, Madame Catherine Samba Panza est la 3e femme Présidente en Afrique, après  Joyce Banda au Malawi et Elen Johnson Sirleaf au Liberia.  La première Cheffe d’Etat en Afrique francophone. Elle n’a pas été élue à l’issue d’une élection normale dira t-on. Mais tous les centrafricains sont unanimes sur la volonté de rupture. Les hommes politiques centrafricains, tous sans exception ont mis le pays dans cet état grabataire. Peut-être qu’une femme réussira là où ils ont tous échoué et montré leur limites.

 
Sur ce, je souhaite bonne fête du 8 Mars à toutes les femmes du monde et en particulier à toutes les femmes de Centrafrique. Que les femmes apportent la paix dans le pays, dans les foyers et dans les cœurs.

 
 

Journée internationale de la Femme : Du Maghreb à l’Occident

[Par Larbi GRAINE, journaliste algérien – larbigra @ gmail . com]

 

Cette année l’ONU célèbre le 8 mars, journée internationale de la femme sous le slogan de « l’égalité pour les femmes, c’est le progrès pour toutes et tous ».  Outre son aspect rituel – rappeler ce que l’Humanité tout entière doit à la  gente féminine- le 8 mars est aussi une halte pour évaluer à l’échelle du monde les progrès et les régressions en la matière. C’est forcément le temps des plaintes et des rapports mondiaux sur la question. Et souvent, ce sont les Etats, investis par leur rôle de mauvais pères qui prennent pour leur grade car la mondialisation n’est pas encore parvenue à imposer le même statut de la femme partout dans le monde.  La femme est plus ou moins libre selon les cultures. A cette occasion, on aime à se référer à diverses agences spécialisées, qu’elles soient des organisations humanitaires ou même des structures de police dont on s’évertue à citer les chiffres relatifs au nombre de femmes violentées par leur mari, de victimes du harcèlement sexuel, des mariages forcés, de mutilation génitale, etc.

Photo prise par le site : http://euro-mediterranee.blogspot.fr/

Photo prise par le site : http://euro-mediterranee.blogspot.fr/

 

La cause des femmes progresse

 

Dérogeons un peu à cette règle pour dire  que, la cause des femmes progresse, et que sous des dehors de reculade, se cachent parfois des percées notables.  D’ailleurs ces statistiques souvent sont rendues publiques afin de mettre au pilori un gouvernement jugé trop répressif envers sa population. L’Egypte par exemple a dégringolé dans le classement en termes de respect des droits des femmes, dès lors qu’on avait compté les femmes qui ont été battues sur la place Tahrir dans ce que les médias appellent le Printemps arabe. Ces statistiques omettent par exemple de faire allusion aux tueries d’hommes comme si les femmes étaient les seules concernées par la violence. Or, c’est connu, il faut du temps pour que le fruit d’une révolution soit cueilli. Retenons plutôt l’appropriation par les femmes égyptiennes de la place publique et des réseaux sociaux. Les organisations humanitaires ne sont pas les seules à manipuler les statistiques. Les gouvernements pour des raisons diamétralement opposées font de même. Ils en usent et abusent pour la consommation interne et aussi pour séduire les instances internationales. Nombre de pays (ils sont parait-il 87 aujourd’hui) ont souscrit au principe des quotas des femmes au niveau du Parlement.  Mais souvent ces pays qui se targuent d’avoir tel pourcentage de personnalités féminines dans leur représentation nationale, ont conservé les mêmes mœurs et coutumes, en se gardant d’apporter tout correctif à la matrice idéologique à l’origine de l’asservissement des femmes. Souvent le Parlement en question ne possède aucun pouvoir législatif. Du fait  d’institutions démocratiques de façade, la femme se retrouve alors prisonnière du même système. L’Algérie illustre bien ce cas.  Quand Abdelaziz Bouteflika projetait de briguer un nouveau mandat, il a engagé une révision constitutionnelle qui introduisait une  disposition faisant obligation de faire représenter les femmes par un  système de quotas qui, à terme parviendrait à la parité hommes-femmes. Or concomitamment à cette mesure qui donnait pleine satisfaction à l’Occident, le pays connaissait une vague d’islamisation sans précédent, car d’un autre côté, le régime était soucieux de satisfaire  l’opinion interne. Il faut dire que les progrès ne découlent presque jamais d’actes volontaristes ou délibérés. C’est l’évolution économique, la diffusion des nouvelles technologies, les progrès de la scolarisation, le salariat qui créent de nouveaux rapports de force dans la société. Un exemple : Vers 2005, le gouvernement algérien avait instruit les banques à l’effet d’accorder des crédits aux  salariés (hommes et femmes) justifiant d’un certain revenu pour l’achat de véhicules. Les femmes dont un nombre impressionnant de jeunes filles ont alors souscrit à cette formule. Quelques temps plus tard on allait assister à un phénomène jamais vu auparavant. Des jeunes filles à bord de leur voiture personnelle viennent klaxonner au bas des immeubles pour prendre leurs copines avant  de partir en promenade et ce, même en fin de journées. Or ce privilège n’était pas longtemps l’apanage des seuls garçons dont les pères tenaient à mettre à leur disposition leur propre voiture.

 

L’islam politique  a des racines plus profondes

 

L’œil occidental a tendance à percevoir l’islamisation de la société maghrébine comme un mouvement religieux stricto sensu alors qu’il plonge ses racines dans un fond socioculturel très ancien qui puise ses valeurs dans le système patriarcal. La féminité au Maghreb est associée du reste à des valeurs ancestrales faisant référence au code de l’honneur et au prestige du lignage.

 

Certes les révolutions et les guerres créent les conditions du dépassement de l’ordre établi. On l’a vu déjà, que ce soit pendant la guerre d’indépendance algérienne ou pendant la seconde guerre mondiale comment les femmes en Europe vont gagner leur liberté en se retrouvant investies par de nouveaux rôles. En Europe, ce mouvement préfigurera d’ailleurs la révolution sexuelle des années 60 qui fera tomber en désuétude le tabou de la virginité qui soit dit en passant est toujours en vigueur sous beaucoup de latitudes, notamment au Maghreb et au Moyen-Orient.

 

Dans ces sociétés qui pourfendent l’individualisme, sont exaltées les valeurs inhérents au  collectif et au communautaire, de sorte que même l’homme est pris dans les rets de l’oppression sociétale. Certes l’homme a tous les pouvoirs, mais il en a moins lorsque par exemple il est célibataire. Le contrôle sexuel étant de mise, les relations hors mariage sont interdites. Il en résulte que l’homme qui demeure dans le célibat, se sentira tout aussi dans la peau d’un être mineur que la femme. S’il possède un chez soi individuel, il devient un danger pour le voisinage qui se croit en devoir de le surveiller. Lorsque parlant de la construction de logements, le chef de l’Etat algérien s’écrie qu’il ne veut plus entendre parler de F1, il ne fait que se ranger à l’avis de la majorité conservatrice pour qui F1 rime avec studio et tout ce que cela peut invoquer comme déviation par rapport à la norme.

 

La femme-démon

 

Lorsque l’on pense femme au Maghreb, on pense diable. Passons sur la filiation biblique avec le péché originel, qui valut à Eve et à Adam d’être chassés du paradis. Du reste la fascination pour la femme démoniaque garde tout son sens au plus fort des soulèvements en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. La révolution tunisienne, ce n’est pas uniquement la chute de Ben Ali mais également de son épouse Leila Trabelsi que les chroniques locales ont décrite comme la véritable instigatrice de toutes les conspirations contre le peuple tunisien. Suzanne Moubarak, épouse du raïs égyptien n’a pas échappé au même procès. Femmes manipulatrices, vicieuses et malicieuses, ces reines déchues avaient tenu en laisse leur mari ! Dans la même veine, quoique plus tempérée, les médias français notent « le sens politique » de Carla Bruni  dans l’affaire des extraits choisis des enregistrements de Nicolas Sarkozy. « Sarkozy et Carla Bruni, entre mépris du peuple et vulgarité ? » titre le site d’information le Plus, Le Nouvel observateur.

 

Au Maghreb la femme ne vaut que par la famille

 

Le chanteur Idir déclame que la femme est une « bombe ». Pour la désamorcer, il faut diluer son individualité, la dissoudre complètement dans la famille. Quand on parle de famille, ça passe mieux  car ça alimente un imaginaire de la procréation, où la femme est parée de ses vertus de mère nourricière dont le destin se confond avec celui de ses enfants et de son époux. Point donc de femmes en dehors de la famille. En Algérie, le ministère chargé de gérer les affaires de la femme est dénommé Ministère de la Solidarité nationale, de la Famille et de la condition de la femme. Au Maroc, son équivalent est dénommé Ministère de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du développement social. Mais celui de Tunisie se mêle de sport ! Il est dénommé Ministère de la Jeunesse, du Sport, de la Femme et de la Famille. Signe tout de même que le pays de Habib Bourguiba a une longueur d’avance sur ses voisins, un secrétariat d’Etat chargé de la Femme et de la Famille a été nouvellement crée. En France c’est plus simple : le département ministériel chargé de la même fonction s’appelle Ministère des droits des Femmes.  La détentrice du portefeuille, Mme Najat Vallaud Belkacem, également porte-parole du gouvernement, passe pour être la ministre la plus populaire du gouvernement français.

 

Le voile, c’est la voile

 

Vu du dehors les régimes politiques du Tiers-monde paraissent être les principaux obstacles à  l’émancipation des femmes alors que les choses ne sont pas aussi simples. Les pesanteurs culturelles sont telles que les Etats sont obligés d’en tenir compte. Les polices politiques s’y maintiennent d’autant plus durablement qu’elles ont développé la capacité de compréhension du système patriarcal dans lequel elles se positionnent en tant que tutrices veillant au bien être général. Ces polices y trouvent donc un terreau fertile  pour exercer la tutelle sur des populations qu’elles jugent immatures pour prendre leur destin en main.

 

L’œil occidental du reste ne distingue guère le foulard kabyle ou la capuche oranaise du hidjab. Tout est amalgamé sous un générique exotique. Si les femmes conduisent et vont au travail et se marient  elles le font selon des critères relationnels très anciens. Le voile traditionnel, aujourd’hui quasi abandonné au profit du hidjab, était jadis porté par les citadines et était la marque de l’aristocratie. Toute femme habitant la campagne devait arborer le voile en venant en ville. On le constate aujourd’hui, le hidjab est devenu l’habit qui permet à la femme maghrébine d’aborder la modernité. (Encore qu’il faille faire une autre lecture du voile dans les diasporas).

 

Or cette fameuse preuve de religiosité qu’est le voile pour les Occidentaux (pourtant métaphore de l’hymen et de la chasteté. Passons sur ses ramifications chrétiennes) ; est devenu au Maghreb, l’alpha et l’oméga d’une évolution inéluctable qui se fait tout de même en sourdine. Tout y est permis pourvu qu’on mette le voile (la voile ?).

 

 

 

 

2013, retour sur une année qui a rendue la RCA tristement célèbre…

[Par Johnny BISSAKONOU – johnnybissakonou @ gmail . com]

 

La Centrafrique est devenue célèbre en 2013. Et pour cause, le monde est féru de scènes d’horreurs, et les centrafricains ont su leur en servir à profusion.

 

Pendant que tous se délectent des images apocalyptiques en provenance de la Centrafrique et que les Centrafricains se demandent comment ils ont pu en arriver là ?

 

Photo prise du site : www.comboniani.org

 

 

Je vous propose un retour sur les évènements majeurs qui ont marqué 2013, l’année pendant laquelle la RCA a connu sa plus grande popularité dans les médias internationaux :

 

Commençons par la nuit du 31 Décembre au 1er Janvier 2013, la pire Saint-Sylvestre jamais vécu par les centrafricains. Le pouvoir est dans la rue, des jeunes soudoyés par un régime devenu très impopulaire et impuissant face à l’avancée de la rébellion Seleka font la police. Ils érigent des barrières toutes les 20 mètres sur l’ensemble des grandes artères de la capitale. Les rebelles sont à la porte de Bangui et toute la capitale vit dans la psychose de leur arrivée. Ces jeunes délinquants, chanvreurs,  armés par la COCORA « la Coalition Contre les Rebellions Armés » de Lévy Yakété et par la COAC (Coordination des Actions Citoyennes » de Steve YAmbété faisaient la loi. Ils avaient carte blanche, arrêtaient qui ils voulaient : Officiers de l’armée, Ministre, femmes enceinte. Ce sont les mêmes jeunes qui ont caillassé l’ambassade de France le 26 Décembre 2012 pour montrer la colère du clan Bozize face au silence de la France devant l’avancée des rebelles …

 

Le 02 Janvier 2013, Bouffée d’oxygène. Les rebelles de la Seleka annoncent la suspension de leur marche sur Bangui et l’envoi d’une délégation aux pourparlers de paix à Libreville.

 

Le 11 Janvier 2013, les pourparlers de paix aboutissent à la signature des fameux accords de Libreville (il y’en a eu plusieurs).  Ces accords donnent sa part de gâteau à chacun et les grands bébés centrafricains reviennent à Bangui. Leur feuille route : La cessation des hostilités, le maintien de Bozizie au poste de Président, la formation d’un gouvernement de transition avec un Premier Ministre issu de l’opposition démocratique (sic !), des postes Ministériels stratégiques à la Coalition Seleka (dont celui du Ministre de la Défense jusqu’alors poste de Bozize et son fils Francis), l’organisation des élections législatives dans un délais de douze mois pour palier au problème de cette assemblée nationale monocolore dans laquelle on retrouve pêle-mêle les oncles, les enfants et concubines de Bozize. Le retrait de toutes les forces militaires étrangères de la Centrafrique à l’exception des forces de la FOMAC. (Reference faite aux forces Sud-Africaines qui protègent le pouvoir de Bozize). Voilà qui est parfait !

 

17 Janvier 2013, Bozize organise une réunion au palais de la renaissance avec toutes les entités ayant prit part aux pourparlers de Libreville ainsi qu’avec les autres partis politiques. Des chefs de partis politiques comme Boukanga ont vivement critiqué ces accords et demandent à Bozize de faire ce qu’il veut. A la suite de la réunion, Nicolas Tchangaï est nommé Premier Ministre.

 

15 Mars 2013, Bozize célèbre en grandes pompes au Stade 20.000 place les festivités marquant sa prise de pouvoir par les armes en Mars 2003. à l’occasion des représentants de la jeunesse, des musiciens, des associations prononcent des discours de soutien à l’homme fort de Bangui.

 

Le 17 Mars 2013, la Seleka lance un ultimatum de 72 heures au Président Bozize pour la mise en application complète des accords de Libreville qui prévoient entre-autre le départ des forces Sud-Africaine, la libération de tous les prisonniers politiques, et la levée de toutes les barrières dans la ville de Bangui. Une mission de médiation conduite à Sibut pour calmer le jeu tourne à la séquestration, ou du moins à quelque-chose du genre. Les éléments de la Seleka retiennent cinq Ministres de la délégation à Sibut, il s’agit tout simplement de ministres Seleka : Christophe Gazam-Betty, ministre de la Communication, Michel Djotodjia, vice Premier-ministre, ministre de la défense, Mohamed Daffahne, ministres des Eaux et forêts, Amalas Amias Aroune, ministre du commerce et Herbert Djono Ahaba, ministre de la recherche minière. Une simple stratégie pour ne pas les exposer aux représailles lors de ce qui va suivre.

 

20 Mars 2013 : La seleka annonce reprendre les hostilités à la suite de l’expiration de l’ultimatum,

 

24 Mars 2013 : La seleka prend le contrôle de la capitale centrafricaine à la suite d’une offensive éclair. Devant sa puissance de feu, Bozize qui participe au combat, fuit au Cameroun et déclarera plus tard qu’il avait vu des forces spéciales tchadiennes participer à l’offensive sur Bangui.

 

25 Mars 2013 : L’Union Africaine suspend la RCA comme Etat membre, et la France condamne le coup-d ‘état.

 

31 Mars 2013 : Formation du Gouvernement avec maintien de Nicolas Tchangaï comme premier Ministre et Djotodja ministre de la Défense (il nous réitère le scenario Bozize)

 

Le 14 Avril 2013, la seleka encercle Boy-rabe, pille, vole, viole. Devant l’ampleur des exactions, le gouvernement parle de désarmement des fanatiques de Bozize. Ce genre d’excursions meurtrières dans certains quartiers et villages devient régulier.

 

Le 30 Avril 2013, Le Ministre de la Justice Arsene Sendé  instruit le procureur Général de la cour d’Appel de Bangui d’ouvrir une procédure judiciaire sur les crimes et autres exactions commis sous le régime de l’ancien Président François Bozize…( no comment !)

 

19 Juillet 2013 : Devant la détérioration de la situation et l’incapacité de la FOMAC à désarmer et cantonner les nouveaux maîtres de Bangui qui s’illustrent en veritables desperados et commettent des exactions tous les jours, l’Union Africaine annonce l’envoi de 3600 hommes pour pacifier le pays.

 

27 Août 2013, Des civils fuyant les exactions de la coalition Seleka, prennent d’assaut le tarmac de l’aéroport Bangui M’poko qui est sous la protection des forces françaises. Ils sont restés près de 4 jours bloquant le trafic aérien.

 

14 Septembre, devant la gravité des crimes commis par la coalition Seleka et les multiples condamnations des ONG des droits de l’homme. Michel Djotodja annonce la dissolution de la coalition seleka,

 

05 Decembre 2013 ; une attaque des anti-balaka dans la matinée fait une cinquantaine de tués parmi la seleka et des civils musulmans. Les représailles de la Seleka est sanglante, des milliers de mort sont dénombrés parmi la population civile non-musulmane. Le Conseil de Sécurité selon la résolution 2127 donne un mandat de Six mois aux troupes françaises pour rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire centrafricain.

 

Le 06 Décembre, lancement de l’opération Sangaris « nom de code de la mission des troupes française en Centrafrique ».

 

2013 est tout simplement une année à placer en tête de liste dans les annales des périodes sombres de la République centrafricaine.  Là encore nous ne sommes pas allés dans les détails.  Ce pays peine toujours à voir le bout du tunnel. Selon la maxime « à quelque-chose malheur est bon »…Mais que peut-il y avoir de bon dans tout cela ? Peut-être le fait que tout le monde où presque est maintenant au courant que la Centrafrique n’est pas une région d’Afrique mais  bien un pays. Plus besoin d’évoquer Jean Bedel Bokassa le dernier empereur africain pour que les gens voient de quel pays il s’agit.

 

 

 

La leçon de courage de Michel Thierry Atangana : « La foi m’a permis de tenir », affirme l’ex prisonnier

[René DASSIE]

renedassie@sfr.fr

Lors de sa première sortie officielle samedi 1er mars au siège de Sos Racisme à Paris, Michel Thierry Atangana a fait part de la force de conviction qui lui a permis de survivre dans des conditions extrêmes pendant ses dix-sept ans de prison. Il a aussi insisté sur son innocence et rendu un hommage appuyé à Pius Njawé, l’ancien patron du quotidien Le Messager  qui fut le premier journaliste camerounais à s’engager en faveur de sa libération.

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« J’ai passé dix-sept ans avec une pointe d’oppression qui s’appellent le silence. Le code de détention qui était le mien m’interdisait de dire un seul mot à l’extérieur, sauf devant les juges. Et j’ai tellement parlé devant les juges et je n’ai pas tellement été entendu. Aujourd’hui je me retrouve avec des juges, mais vraiment de bons juges, ceux qui acceptent de m’entendre et de ne pas m’appliquer la présomption de culpabilité avec laquelle j’ai vécu pendant 17 ans. Dans mon affaire, la présomption d’innocence n’a jamais existé ».

 

Au siège de Sos Racisme sur la rue de Flandre dans le 19 e arrondissement de paris ce soir du samedi 1er mars , les premiers mots de Michel Thierry Atangana mettent un terme à la joyeuse agitation qui a suivi son arrivée. L’ancien prisonnier veut dire dans quel état d’esprit il a vécu ses dix-sept années de détention, mais surtout rendre hommage à ceux qui l’ont accompagné dans son combat.  Avant de prendre le micro devant le logo géant de l’association, la célèbre paume de main jaune portant l’inscription« Touche pas à mon pote », sous le crépitement des appareils photos,  M. Atangana a fait le tour de la cinquantaine de personnes, parents, soutiens et associatifs venues l’accueillir. Il a touché et embrasser la plupart de ses hôtes, un peu comme si le contact humain lui permettait de vérifier  qu’il ne rêvait pas, qu’il était bien vivant, et libre. Le choix de Sos Racisme comme premier lieu de prise de parole en public depuis son arrivée en France une semaine plus tôt s’est imposé tout seul, eu égard à l’implication de l’association dans sa libération.

Chemise clair et pull noir col en v, Michel parait récupérer rapidement. On reconnait à peine l’homme dont on avait, il y a à peine dix jours, que quelques photos décrivant sa détresse dans une cellule de sous-sol  humide et aveugle, si étroite qu’il ne pouvait y étendre les deux bras à l’horizontale. En l’examinant, les médecins militaires se sont d’ailleurs montrés surpris. « A l’hôpital des armées, un médecin s’est tourné vers moi et m’a dit, « dis-moi comment tu as fait pour survivre…. Il faut l’enseigner aux militaires qui demain iront en guerre ! Expliquez-nous comment on peut avoir vécu dans ces conditions et être debout aujourd’hui », rapporte-t-il.

 

La force de la foi

 

Avec Amanda Njawé, femme noire avec chaine en or

Avec Amanda Njawé, femme noire avec chaine en or

Michel Thierry Atangana explique qu’il a tiré de sa foi chrétienne le courage nécessaire pour faire face aux épreuves qu’il a subies. Catholique pratiquant, il revenait d’ailleurs de la messe lorsqu’il fût interpellé par la police camerounaise en avril 1997. En prison, il continuera à prier, à se rapprocher de Dieu. Il peut ainsi résister à toutes sortes de tentations, notamment la trahison, lorsqu’on lui proposera de dénoncer , en échange de sa propre liberté, son compagnon d’infortune, l’ancien ministre Titus Edzoa condamné pour les mêmes faits et aux mêmes peines que lui. Il refusera.

Il y a quatre ans, alors qu’il abordait sa treizième année de détention, le journaliste Bosco Tchoubet, patron de la radio TBC à Yaoundé relevait et saluait cette attitude immuable. Michel Thierry Atangana explique d’ailleurs qu’il était prêt à donner sa vie . « Il faut réaliser que la mort est possible pour la défense de ses idées. Quand on a une conviction, il faut accepter de la garder de la préserver, de la nourrir même s’il faut en mourir. J’étais prêt à mourir. Je vous le dis sincèrement », assure-t-il.

Il est alors d’autant plus déterminé, qu’il sait n’avoir rien à se reprocher, en dépit des contre-vérités savamment distillées par les autorités camerounaises sur sa nationalité et sur sa fortune supposée.  « Les rumeurs ont couru mais je n’ai jamais triché sur ma nationalité française. Je suis arrivé au Cameroun avec l’intention d’investir et j’ai obtenu pour cela une carte de séjour. Il s’agissait de doter le pays en  infrastructures structurelles et de créer des emplois. Le combat que vous avez soutenu, il faut le redire, est un combat noble et juste», lance-t-il à l’endroit de ses soutiens. Et d’ajouter, au sujet de la fortune qu’on lui a prêtée : « J’ai subi sept commissions rogatoires, c’est-à-dire qu’on vérifie ma vie dans le monde entier. Un jour, un militaire m’a dit à la fin d’un long interrogatoire que j’étais selon lui le seul homme apte à exercer la charge d’homme d’Etat, parce que de toutes les personnes qu’il avait interrogées,  j’étais le seul propre. Un ministre [camerounais] a écrit dans un journal que j’étais devenu fonctionnaire. Ce n’est pas vrai. Je suis resté dans le cadre de mes activités privées. Je n’ai pas trahi la France. Je n’ai pas trahi mes idéaux, je suis resté fidèle», jure-t-il.

 

Le soutien inattendu de Pius Njawé

Avec Etienne et Éric ses deux fils

Avec Etienne et Éric ses deux fils

 

On lit dans la Bible qu’avec la foi, on peut soulever des montagnes. Le Ciel semble avoir fini par entendre les prières de M. Atangana et à provoquer un renversement de situation en sa faveur. Plusieurs personnalités vont travailler bénévolement pour lui. Elles créeront une synergie qui conduira à sa libération.

Parmi elles, Pius Njawé, le défunt patron du quotidien camerounais Le Messager. Chrétien lui aussi, il publie, dans les dernières années de sa vie, des maximes religieuses en première page de son journal. Mais surtout, c’est un homme qui a voué sa vie au combat contre l’injustice. M. Njawé qui comme tout Camerounais n’a pas échappé à la propagande officielle qui a rendu illisible l’affaire Atangana décide de voir clair dans son dossier.  Après un long travail d’investigation, sa conclusion est sans appel : « Michel Thierry Atangana est victime d’un règlement de comptes politiques. Son cas démontre à suffire, l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire par le pouvoir en place », déclare-t-il à ses confères. Il fait de la libération de M. Atangana une priorité. Pour rencontrer celui-ci à qui la presse n’a pratiquement pas accès, M. Njawé fera usage d’une fausse identité, pour déjouer l’attention des gendarmes qui le gardent. «Quand Pius décide de débarquer au SED avec sa casquette, tournant le dos aux militaires, il s’assied à côté de moi et m’écoute, après avoir été abreuvé de mensonges pendant tant d’années, sachant aussi que tous les journalistes m’avaient tourné le dos, parce que pendant 28 mois je ne sortais de ma cellule qu’une heure par jour, j’étais enfermé 23 heures sur 24 », se rappelle ému,  Michel Thierry Atangana. «  Si je souhaite laisser une trace sur terre, c’est d’avoir participé à la libération d’un innocent », lui promet le patron du Messager.

Pius Njawé met en place en place au Cameroun le premier comité de soutien au prisonnier, à partir de l’année 2009 et en prend à la direction. Deux fois par semaine, il tient une chronique sur l’affaire dans son journal et entame une tournée de sensibilisation. « C’est lui qui ramène la vérité dans cette affaire », reconnait aujourd’hui Marc Ndzouba, l’actuel président du comité camerounais de soutien à Michel Thierry Atangana. En juin 2010, avant de se rendre aux Etats-Unis où il trouvera la mort dans un accident de la circulation, Pius Njawé s’arrête à Paris, le temps d’une conférence de presse consacrée à l’affaire Atangana, au Centre d’accueil de la presse étrangère de Radio France. « Il s’est battu pour moi. [Grâce à lui], une génération de lycéens camerounais et africains a commencé à s’intéresser à mon affaire. J’ai aussi commencé à voir des foules s’organiser pour venir à mon procès », témoigne M. Atangana. Après le décès de Pius Njawé, un autre journaliste du Messager, le pasteur Robert Ngono Ebodé prendra le relai au comité de soutien. Il décèdera huit mois plus tard, d’une crise cardiaque.

 

Comité français de soutien

 

De plus en plus sensibilisée, la France s’implique peu à peu dans la libération du prisonnier. Ce mouvement prend de l’ampleur après l’élection présidentielle de 2012 et l’arrivée au pouvoir de François Hollande. Fortement ému par le sort de M. Atangana, le nouveau président, François Hollande s’engage en faveur de sa libération. Un comité de soutien voit le jour à Paris, piloté par Dominique Sopo, l’ancien président de SOS Racisme et Ibrahim Boubakar Keita, vice-président de cette association et président de BDM TV. La famille française de M. Atangana n’est pas en reste. C’est non sans appréhension que Michel Thierry Atangana du fond de sa cellule, découvre ses deux enfants dans les médias audiovisuels. L’aîné avait cinq ans au moment de leur séparation. Il est désormais un jeune adulte. « Quand je vois ce qu’Éric a fait… Parfois quand il parlait à la radio, je ne voulais pas l’écouter ; j’avais peur de le voir à la télévision. Un jour j’ai eu le courage, il était avec Dominique Sopo chez Paul Amar, j’étais tellement étonné de penser que j’étais son père», avoue-t-il. Et de poursuivre : « C’est terrible de voir son fils et d’être étonné d’en être le père. Éric a entrainé et encouragé Etienne son petit frère, ils ont encouragé leur mère, cela m’a permis d’avoir ce soutien, cette affection, qui n’a pas de prix ».

Témoin lui aussi de la ténacité de son client, l’avocat Dominique Tricaud qui défend bénévolement Michel Thierry Atangana depuis des années,  multiplie les initiatives. C’est lui qui saisit le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU. Dans un avis publié en février, cet organisme ajoute la voie des Nations Unies aux demandes de libération du prisonnier qui pleuvent sur le Cameroun. « Me Tricaud a pris des risques, il ne m’a jamais rien demandé. Aucune note de frais. Je voudrais qu’il sache qu’il n’a pas eu tort de me faire confiance. Me Tricaud n’a pas placé sa confiance dans le néant. Sa cause est noble et juste», commente M. Atangana.

Aujourd’hui, Michel Thierry Atangana entend reconstruire sa vie, être utile à son prochain.« J’ai quitté mes enfants, ils étaient enfants. Ils ont perdu un père. A mon retour j’ai trouvé des adultes et ils ont retrouvé un grand-père avec les cheveux blancs. Mais ce qui importe c’est l’amour qui nous lie » « Je suis debout, fier de vivre, j’aime la vie. Je veux vivre. Je n’ai jamais eu l’intention de me suicider. Lorsque j’étais encore en prison, j’avais appris que les lycées se suicidaient. Passez le message, s’il vous plait.Aucune cause ne justifie le suicide. Battons-nous, restons debout, quitte à y laisser nos vie, mais sans nous la retirer nous-mêmes. Les hommes qui s’engagent autour de nous sont des hommes courageux. Soyons dignes de ce courage », lance-t-il à l’endroit des jeunes de France. Un pays duquel, dit-il, il ne faut jamais désespérer.

 

Réactions

Avec Sacha Reingewirtz

Avec Sacha Reingewirtz

Dominique Sopo président du Comité de soutient

C’est un beau combat qui se finit de façon très heureuse. Le fait que nous ayons pu récupérer Michel est aussi dû à sa force morale et c’est finalement un bel espoir pour tous ceux qui souffrent aujourd’hui dans des conditions d’injustice comme il a pu souffrir. Cet exemples de ténacité, d’opiniâtreté, d’envie que justice que soit faite, il faut aussi dire merci à Michel parce que c’est grâce à des exemples comme le sien que d’autres personnes tiennent et ne désespèrent pas. il y a aussi l’avenir. Nous serons toujours là pour faire en sorte que Michel soit innocenté, même si personne aujourd’hui ne doute plus de son innocence après qu’il ait été sali pendant des années, c’est quelque chose de très dur sur le plan moral. On l’a accusé d’avoir voulu faire des coups d’Etat, d’avoir volé de l’argent, je ne sais quoi d’autre. Plus personne aujourd’hui ne peut plus croire à de telles fariboles, mais ce serait bien que ce soit officiel.

Sacha Reingewirtz Président de l’Union des étudiants juifs de France ( UEJF)

«  Il y a tellement de joie et d’espoir qui se dégage que j’en perds mes mots…..En tout cas, il y a un proverbe dans la tradition juive qui dit que « qui sauve une vie sauve le monde ». La libération de M. Atangana c’est vraiment un espoir pour les gens qui se battent pour la démocratie et la liberté. Les dirigeants et militants de SOS Racisme qui ont participé ont prouvé toute leur efficacité dans les combats qui sont menés en France, mais aussi de par le monde »

Sonia Aïchi, Présidente Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL)

C’est une énorme fierté, un honneur extrême d’avoir participé à ce combat. Aujourd’hui Michel Atangana c’est pour les lycées, tous les jeunes, le combat à part entière, c’est croire à la liberté, c’est croire en des valeurs que nous portons depuis très très longtemps et on est vraiment content qu’il soit là aujourd’hui.

Marc Nzouba, Comité de soutien, Cameroun

Michel Thierry Atangana a permis que beaucoup de Camerounais soient libres.  Des milliers de camerounais. Il a surtout permis de comprendre qu’un homme peut se battre pendant des années et réussir son combat contre un régime, le régime du Cameroun, le régime de Paul Biya qui a fini par plier. Et aujourd’hui, c’est une fierté, c’est également une leçon à la jeunesse : on, peut résister contre l’injustice. C’est d’ailleurs la première partie du combat. Voilà un homme qui débarque en Afrique pour aller développer un pays, celui qui l’a fait naitre. Malheureusement, la machine a failli l’écraser. Il y a laissé dix-sept ans de sa vie et aujourd’hui il est libre. Les jeunes doivent le prendre en exemple. Le combat de SOS racisme a fait naitre une branche de SOS racisme au Cameroun. Il est l’un des promoteurs et le président délégué. Avec son concours, cette entité deviendra comme celle de la France. Elle finira par être une entité africaine.

Ibrahim Boubakar Keita Porte-parole du comité de soutien en France

C’est une fierté extraordinaire pour chaque militant de SOS racisme dont nous célébrons cette année le trentième anniversaire, d’avoir contribué à la libération de Michel. SOS racisme ce n’est pas seulement la lutte contre les discrimination, le combat pour l’égalité, c’est aussi le mieux-vivre ensemble, les droits de l’homme.