Afrique : La Tunisie se détache du lot

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Parmi les trois pays impliqués dans le « Printemps arabe », seule la Tunisie a tiré son épingle du jeu. En témoigne l’élection, lundi 22 décembre, de Béji Caïd Essebsi, du parti laïc « Nidaa Tounès ». Avec 55,68 % des voix. Et cela, après quatre ans d’une transition relativement apaisée.

Béji Caïd Essebsi (Source : AFP / humanite.fr )

Béji Caïd Essebsi (Source : humanite.fr )

C’est le premier président démocratiquement élu, depuis 1956, date de l’indépendance du pays. Sans contestations de la part de l’opposition. Un des cas rares à rapporter dans les annales de la politique africaine. Pourtant, la voie empruntée par la Tunisie pour parvenir à ce bon résultat n’était pas pavée de roses. Mais elle a tenu bon, les yeux fixés sur l’objectif à atteindre : la réalisation de la démocratie.

Dès le départ, la Tunisie s’est détachée du lot, par une sorte de pragmatisme politique, qui a su maintenir intacte la cohésion nationale. Les deux grandes tendances religieuse et laïque, déclinées en partis politiques, ne se sont pas regardées en chiens de faïence. En dépit de quelques accrochages parfois entachés de sang. Ceci a permis de mettre en œuvre tout le processus de démocratisation, du projet de la Constitution, à l’élection présidentielle, en passant par les législatives. Un véritable parcours du combattant ! Quitte à consolider ce précieux acquis, dans la paix, en vue d’engager le pays sur la voie du développement.

Une « nouvelle Tunisie »

Si, en Tunisie, des voix discordantes se sont élevées pour décrier l’âge très avancé (88 ans) du nouveau président ainsi que son passé, en tant qu’acteur au sein d’anciens régimes autocratiques de Bourguiba et de Ben Ali, celui-ci ne semble s’en tenir qu’ à sa promesse de campagne : offrir aux Tunisiens une « nouvelle Tunisie ».

Où seraient donc passés les deux autres pays, compagnons du « Printemps arabe », à savoir l’Egypte et la Libye ? La première, presque à la hussarde, a retrouvé ses anciennes amours : la dictature militaire : après avoir éliminé, avec une rare férocité, « Les Frères musulmans » et après s’être fait élire président, « à l’africaine ». Une véritable chienlit. De son côté, à la peine, la Libye est en train d’agoniser. Sous le feu allumé par des factions armées pour le contrôle du pétrole… sans compter d’autres objectifs cachés.

Dans les autres pays

Pour sa part, l’Algérie continue d’être gouvernée par un homme malade et sénile, par la volonté d’une caste, chevillée au pouvoir. Erigée en principe d’Etat entre Arabes et Négro-Africains, la discrimination divise les Mauritaniens. La paix sociale y est relative. Sans parler d’élections souvent contestables.
Quant à l’Afrique subsaharienne, elle n’a cessé de défrayer la chronique. En mal. Avec, en tête d’affiche, les guerres ethniques, la famine, les maladies… en permanence… Et, pour l’heure, l’amendement constitutionnel pour le maintien des dictateurs au pouvoir. Osera-t-elle, cette Afrique, lever les yeux, vers le Nord, pour contempler la levée du soleil démocratique qui éclaire déjà le visage de la Tunisie ? Pas sûr, étant donné l’ego de la plupart de ses dirigeants.

Le cas de la Tunisie, à plus d’un titre, devrait interpeller l’Afrique. Pour une sévère autocritique.

 

Centrafrique : et la prise d’otages continue…

[Par Marciano Romaric KENZO CHEMBO]

Je ne comprends pas que les Centrafricains et la communauté internationale ne comprennent pas que depuis plus de deux décennies, en République Centrafricaine, l’histoire, tristement, se répète avec les mêmes acteurs, posant les mêmes actes, produisant les mêmes effets tels d’éternelles scènes de répétitions d’acteurs de troupes théâtrales.

Les anciens presidents Bozizé et Djotodja

Les anciens presidents Bozizé et Djotodja

Hélas! ici les scènes sont bien réelles, les conséquences toujours dramatiques et malheureusement les acteurs et les spectateurs ont tous des visions et des méninges enfumées qui les empêchent de voir la réalité, de s’imprégner du quotidien, de se souvenir du passé récent, de se remettre en cause afin de trouver d’efficaces remèdes aux maux qu’ils ont eux-mêmes créés, exploités, entretenus…et qui, au tournant de l’histoire les engloutissent, tel le sable mouvant, petitement, mais inéluctablement, entraînant dans leur décadence des vies innocentes.
Quand la conscience sera-t-elle une denrée partagée par ceux-là même qui nous gouvernent?
Quand les autorités centrafricaines de transition prendront-elles enfin leurs responsabilités en assumant pleinement les rôles qui sont les leurs par des prises de décisions efficaces et courageuses privilégiant et garantissant les intérêts supérieurs de la nation, sans diktat de l’extérieur et des lobbies mafieuses devant les hommes et devant l’histoire et quand la raison rallumera-t-elle la lanterne de la communauté internationale, au chevet de la République Centrafricaine depuis deux décennies ?
Nous nageons, il va sans dire, en pleine eau puante dans ce pays! Et les événements le démontrent à chaque fois!

Rebelles Seleka

Rebelles Seleka

Dommage que seuls les aveugles sont aux commandes du navire Centrafrique qui chavire et les sourds appelés à son secours !!!
Des groupes rebelles et des milices « terroristes » qui prennent en otage toute une Nation, réclamant à cor et à cri la répartition de son territoire, qui décident de l’expatriation forcée d’une composante de sa population, qui instaurent comme mode de gestion la politique du totalitarisme et d’extermination de certaines de ses communautés, qui s’obstinent dans la négation volontaire de la reconnaissance des autorités légitimes et des valeurs républicaines en menaçant de mettre à feu et à sang le pays et qui assassinent des populations misérables, se voient dérouler le tapis rouge et reçus à bras ouverts, le sourire jusqu’aux oreilles et avec les honneurs de chef d’Etat digne de ce nom dans des pseudos conférences de négociations et pourparlers de paix fictive à n’en plus finir, qui au finish n’accouchent que de souris et dont les résolutions n’ont pour durée de vie que le temps de la tenue des dites assises .
La Honte!

Milice Anti-Balakas (source : la-croix.com)

Milice Anti-Balakas (source : la-croix.com)

Jusqu’à quand cette politique de terreur, d’intimidations, de menaces… va-t-elle continuer? Et quand enfin les uns et les autres qui se trompent en organisant ces incessantes messes comprendront-ils que cela n’apportera rien de concret tant que les pressions coercitives et les méthodes fortes n’entreront pas dans les principes du jeu? A quand l’application réelle et effective de la résolution 2127 adoptée par l’ONU le 05 décembre 2013 autorisant l’usage de la force pour « rétablir la sécurité et l’ordre public » en Centrafrique, restaurer l’autorité de l’Etat face à ceux qui n’ont pas intérêt à ce que la paix revienne, qui continuent de terroriser et de tuer des civils, aux regards des évènements du vendredi 05 Décembre 2014 à Bambari, ville du centre du pays, qui ont coûté la vie à trois soldats centrafricains de la garde rapprochée du président du Conseil National de Transition( parlement provisoire), Alexandre Ferdinand Nguéndet qui a failli être tué?
A quand la fin de l’Etat de siège imposé par des bandes armées de tout bord et la communauté internationale qui s’illustre par son mutisme et son inaction, aux Centrafricains?
Que se passe-t-il?
Les autorités de la transition et les Nations Unies, représentées par la Mission Intégrée et multidimensionnelle de Stabilisation de la Centrafrique (MINUSCA) appuyée par son bras armé, les casques bleus, seraient- ils des géants aux pieds d’argile, des « généraux d’opérette » face aux milices chrétiennes Anti-Balakas et aux rebelles musulmans de la coalition Séléka au point de négocier à tout bout de champ et de faire des concessions ne satisfaisant que les intérêts égoïstes, particuliers et partisans des uns et des autres au grand dam du peuple Centrafricain?
Ces bandits et « terroristes » qui sèment désolation, tristesse, mort sur leur passage… depuis plus de deux ans et continuent d’exécuter leurs machiavéliques politiques de destruction et d’aliénation de toute une Nation seraient-ils ainsi assez intouchables et vêtus de cuirasses d’impunité au point de disposer du Droit de vie ou de mort d’un peuple sans pouvoir s’inquiéter en déambulant fièrement avec leurs armes de guerre, arborant leurs galons opportunistes à la barbe de leurs propres victimes, le peuple, au vu et au su des forces internationales et du gouvernement avec qui ils se croisent et se partagent les tribunes des institutions républicaines, sur le sol centrafricain?
De qui se moque-t-on?
Cette politique de « bras ouverts » à sens unique et d’impunité n’octroie-t-elle pas une réputation de « poltrons », en traduisant une faiblesse du gouvernement centrafricain et de son alliée, la MISCA? Au point de favoriser la radicalisation des positions des belligérants, la redynamisation de leurs ambitions démesurées, leurs velléités politiques et le retour des principaux artificiers de la poudrière Centrafrique, les pyromanes et Seigneurs de guerre , les principaux dirigeants, financiers et pourfendeurs des groupes armés tels le général Koumtamadjim, alias Abdoulaye Miskine, libéré par les autorités camerounaises, puisque servi comme monnaie d’échange en contre partie des militaires camerounais retenus en otage par ses éléments, les anciens chef d’Etat Centrafricains, Michel Djotodja et le Général François Bozizé, pour ne citer que ces deux-là, dont les intentions …pour la reconquête du pouvoir ne sont plus à cacher.

L'armee française
Nonobstant, le peuple dont il a fait couler le sang, arborant son mépris du pays qu’il a dirigé tel un patrimoine familial et sans partage pendant une décennie, le général Bozize, quant à lui, est sorti de son silence ce 10 décembre 2014 dans une adresse faite au peuple Centrafricain pour dénoncer « le caractère inopérant de l’accord de cessation des hostilités », signé à Brazzaville en juillet, d’après ses propres expressions, mais surtout pour réaffirmer sa volonté de renouer avec la vie politique centrafricaine, ayant dans sa ligne de mire les échéances électorales de 2015 …
Il n’y a qu’en République Centrafricaine que le ridicule ne tue pas pas! Les gens ont la mémoire courte !
Mais rien ne nous étonne, telle est la conséquence logique de la passivité, de la « politique du ventre » et de distribution généreuse et gracieuse de l’argent des contribuables et des prêts contractés auprès des institutions de Bretton-Woods et des Bailleurs de fonds internationaux au nom du peuple, par les autorités. La transition, à ceux-là (rebelles, milices) même qui maltraitent, terrorisent et tuent le peuple. Comme si on les supplie de se calmer, de ne pas s’énerver. Comme quoi pour être « quelqu’un » en Centrafrique il faut être un terroriste et assassin! (1)

Scénario digne d’un film hollywoodien qui occuperait la première place du box-office américain! Car plus tu tues et excelles dans la rébellion, plus tu t’élèves dans la société, en Centrafrique. Pour devenir ministre, il suffit d’avoir quelques kalachnikovs, des munitions, réunir les siens, sa communauté, prendre une localité en otage, abattre quelques pauvres citoyens…et se voir bombarder X portefeuilles ministériels, direction générale, être véhiculé, logé, entretenu aux frais l’Etat avec la bénédiction de la communauté internationale…sans être inquiété de lendemains difficiles, ni d’une quelconque poursuite par les juridictions nationales ou internationales. Pauvre Centrafrique!
Nombreux sont ceux qui sont passés par ce tristement célèbre canal, qui ont fait piètre figure…évincés en un temps record, ils veulent encore revenir aux affaires, quitte à massacrer le peuple. Suivez mon regard!
Trop c’est trop!
Le peuple n’a que trop souffert de ces alliances macabres et des calculs politiciens! Et nous sommes en droit de nous poser cette question qui brûle toutes les lèvres: « A quel jeu joue la France et la force Onusienne en Centrafrique? »
Car, plus d’un an après le lancement de l’opération Sangaris et le déploiement des forces onusiennes le bilan est mitigé. La sécurisation du pays et la restauration de la paix sur l’ensemble du territoire sont loin d’être concrétisées.
Les Sélékas bloquent et occupent des villes entières de province avec armes en main, instaurent leur administration, elles font ce qu’elles veulent; les anti-Balakas divisent la capitale Bangui, érigent des barrières illégales et dictent leur loi, pillent, braquent…et Sangaris et force onusienne ne les inquiètent pas. C’est vraiment triste de constater cet amateurisme.
Pourquoi ce jeu??? Il a fallu moins de deux mois à la France de Hollande pour libérer le Mali des groupes rebelles d’Acqmi lourdement armés et de rétablir l’ordre républicain. (2)

La presidente Catherine Samba Panza

La presidente Catherine Samba Panza

Les centrafricains et l’opinion internationale doivent être vigilants. Le peuple demande juste la paix et la liberté ses ses mouvements, c’est à dire le désarmement équitable de toutes les milices (anti Balakas, Sélékas) et autres groupes rebelles, à l’instar du mouvement rebelle ougandais, la LRA, de Joseph Koni ( Sud-Ouest) qui pullulent le territoire centrafricain pour éviter que cet Etat soit le véritable sanctuaire des groupes rebelles et terroristes, car comme le déclarait l’ambassadeur de France en Centrafrique, Charles Malinas, en octobre dernier «Il est clair que le redressement de la situation en Centrafrique joue un rôle important dans la lutte contre le terrorisme. (3) Car si à l’inverse nous n’y parvenons pas, si la République centrafricaine devait glisser comme elle a glissé au mois de décembre 2013 dans des affrontements, naturellement cela formerait un terrain favorable pour les terroristes. Les forces internationales, les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne, les Etats Unis, la France et les pays voisins de la Centrafrique sont unis pour lutter contre le terrorisme».
Alors il est temps que tout ce beau monde prenne ses responsabilités, afin que le peuple Centrafricain soit enfin libre!
Qui a des oreilles pour entendre, entende!

 

(1) Depuis la mise en place du gouvernement centrafricain de transition, les bailleurs de fond traditionnels de la Centrafrique tels que la France, l’Union Européenne et les pays amis de la sous région à l’instar du Congo Brazzaville, de la Guinée Equatoriale, de l’Angola…ont accordé à la RCA d’importantes sommes d’argent pour la paiement de salaires, le relèvement du secteur économique, la subvention du budget de l’Etat…malheureusement une bonne partie de cet argent est détournée et alimente les comptes de certains chefs rebelles, leurs miliciens et politiciens centrafricains (NDLR affaire 10 millions de dollars octroyés par l’Angola, qui a défrayé la chronique il ya 2 mois).

(2) L’intervention française au Mali en Janvier était baptisée « Opération Serval « . Et il a fallu moins de 2 mois à la France pour « nettoyer » le territoire malien des djihadistes et les mettre en cavale.

(3) Le Sud-Est de la Centrafrique est occupée depuis 2009 par la rébellion ougandaise de la L.R.A (Armée de la résistance du Seigneur) de Joseph Koni et y est élue domicile en semant terreur et désolation dans cette localité sans être inquiétée. La semaine dernière elle a encore fait des malheurs.

 

Mon exil, ma dépression et mon combat

[Par Sékou Chérif DIALLO]

« Tu as l’air triste ! » me dit-on souvent. Je réponds « Ça va je vais bien ! ». Avec un sourire de tristesse pour paraître normal, rongé par l’incertitude et le doute, depuis un certain temps j’incarne un personnage différent. Toute ma fierté d’autrefois est remise en question mais pas forcément mon âme et mes convictions. J’essaye de survivre sans exigence particulière, je me contente du minimum mais je regarde l’avenir.

(Source : carrerond.be )

(Source : carrerond.be )

Fataliste résigné ? Non ! Réaliste obstiné. Oui ! J’essaye d’avancer, loin de subir, je résiste. Avec un cœur meurtri mais plein d’espoir, j’appréhende la réalité avec une certaine lucidité et sans prétention aucune. Ce combat est le mien, c’est un choix conscient que certains appelleront idéaliste mais j’y crois. Sociologue, j’ai cherché à comprendre l’Homme, ses actions et ses motivations. Journaliste, j’ai opté pour le partage et la liberté d’opinions.
Influer positivement sur les mentalités, ma démarche est avant tout pédagogique. J’apporte une modeste pierre à l’édifice. Je viens d’un pays « célèbre » je voulais dire « tristement célèbre » par l’image qu’il véhicule dans la presse internationale (26 ans de régime dictatorial de Sékou Touré avec son cortège macabre, 24 ans de régime militaire de Lansana Conté, une parenthèse d’une année de Moussa Dadis Camara avec le massacre du 28 septembre 2009 et 4 années de désillusion avec Alpha Condé et comme couronnement malheureux, l’épidémie d’Ebola). Avec un tel diagnostic, les raisons de ce combat sont évidentes : Il faut agir et sortir de cette fatalité ambiante. Se poser les bonnes questions en privilégiant l’essentiel. Toutes les sociétés à un moment donné de leur histoire ont interrogé leur intellect sur le « pourquoi » et le « comment ».

Démocratie moutonnière vue par Salah Elayoubi. (Source : musique.arabe.over-blog.com)

Démocratie moutonnière vue par Salah Elayoubi. (Source : musique.arabe.over-blog.com)

« Tu n’es pas un patriote toi ! » me reprochent certains esprits étroits qui ne perçoivent que la superficialité des choses. Le patriotisme, un terme profondément galvaudé dans mon pays. Toutes les idées ou positions contraires à la « pensée unique » celle du pouvoir, sont perçues comme ce que Sékou Touré appelait dans les années 70 contraire à « la classe peuple ». Alpha Condé, l’actuel président de la Guinée n’est ni socialiste, ni communiste, ni libéral, il est simplement un « improvisionniste », autrement dit, un président sans aucune visibilité sur un quelconque programme de développement. Dans un environnement politico-médiatique où les faits divers ont plus d’échos que les programmes d’éducation ou de santé, il va s’en dire qu’Alpha Condé tire son épingle du jeu. Quelle alternative alors ? Avec une opposition piégée dans ses compartiments ethnico-régionalistes, elle est plutôt une chance pour le pouvoir qu’un obstacle car elle contribue et alimente les débats qui sont en déphasage avec les préoccupations des guinéens. L’armée ? Jamais je ne miserais sur elle. Tout coup d’Etat militaire est un recul démocratique. La jeunesse ? Quelle jeunesse ? Celle qui se laisse manipulée par des politiques à coup de billets de banque ? Les potentialités démagogiques de ce pays sont consternantes. Sur qui compter alors ? Point de réponse et c’est inquiétant. La lecture faite par la fameuse communauté internationale est malheureusement biaisée ou sciemment orientée. Mais, je ne ramène pas ici ce traditionnel discours réactionnaire truffé de clichés sur la coopération Nord-Sud. Aujourd’hui l’enjeu est d’offrir à nos populations des conditions de vie décente et pour ce faire le leadership politique doit être repensé. Reprendre l’initiative, le peuple burkinabé vient de donner l’exemple.

Francophonie : le tour est joué

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Le XVe sommet de la Francophonie a vécu, du 29 novembre au 2 décembre, à Dakar, au Sénégal. C’est la Canadienne d’origine haïtienne, Michaëlle Jean, qui remplace l’emblématique Abdou Diouf, ancien président du Sénégal. Le tour est donc joué. Reste à relever le défi de la « modernité » auquel l’organisation doit faire face. Car ses objectifs doivent évoluer avec les temps. En Afrique, on s’interroge.

Michaëlle Jean et Abdou Diouf (Source : lencrenoir.com)

C’est, pour la première fois, que la direction de l’Organisation Internationale de la Francophonie glisse des mains des Africains pour passer à celles d’une Canadienne. Sans heurts.

Nous disons « sans heurts », puisque, en dépit d’âpres tractations menées pour déboucher sur cette désignation, la vie de l’organisation n’a pas été affectée. Les candidats malheureux, en la personne du Congolais Henri Lopes, du Burundais Pierre Buyoya et du Mauricien Jean-Claude de l’Estrac, ont accepté de bonne grâce leur « défaite ». Y compris les chefs d’Etat des trois pays dont ils sont ressortissants.

D’ailleurs, vue d’Afrique, bien qu’elle ait abouti à une désignation par consensus, une telle compétition ne reflétait pas moins l’image d’une démocratie. C’est loin des tricheries, exercées au niveau des urnes, où la victoire des dictateurs est comme gravée dans le marbre.

Mais qu’à cela ne tienne. Ce niveau de la démarche dépassée, nombre d’observateurs, en Afrique, s’interrogent sur l’utilité d’une telle structure, fondée sur la « prospérité » d’une langue. Qui plus est la langue de l’ancien colonisateur. N’est-ce pas une autre face, cachée, de la « Françafrique » ?

La réponse se trouve dans l’historique même de cette organisation. Le concept de la Francophonie est né, en 1880, d’un certain Onésine Reclus, géographe français. Celui-ci rêvait d’un monde uni par la promotion culturelle. Dans les années 1950, l’idée sera rejetée par la classe politique française, mais adoptée, plus tard, par des Africains. A l’instar de Senghor, Bourguiba et Diori. Plusieurs Québecois adhéreront aussi au projet.

En 1970, matérialisation des faits : l’Agence de Coopération Culturelles et Technique (ACCT) est portée sur les fonts baptismaux, à Niamey, au Niger. Elle passera la main à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) en 2005, après l’épreuve transitoire, à travers l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie (AIF). Rien à voir donc avec la « Françafrique », cette maffia, sans statuts, opérant à l’ombre de l’Elysée.

Mais, la Francophonie doit sortir de l’ornière, c’est-à-dire s’adapter aux réalités du « monde globalisé ». Aujourd’hui, tout est consubstantiel. Le culturel ne peut être compris, en Afrique, surtout, sans la perfusion d’une bonne dose de l’économique et du politique pour régler la question de la pauvreté et celle liée à la promotion de la démocratie.

Telle doit être la tâche prioritaire de Madame Michaëlle Jean, soutenue par la France. Car, à l’avenir, c’est l’Afrique, qui sera le socle de la pérennité même de la langue française. Le président Hollande semble, déjà, pousser à la roue. Tant mieux.

Afrique : le Burkina ouvre le bal…

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Pour Blaise Compaoré, le glas a sonné le 31 octobre 2014, à midi. C’était le jour fatidique qui a vu se briser le socle de son règne, long de 27 ans, sous la pression de la rue. Était-ce également l’heure indiquée dans le cadran de l’Histoire pour marquer le début d’une nouvelle ère en Afrique, où les Constitutions, en carton-pâte, peuvent être amendées ? A tout-va ? Le « cas du Burkina Faso » ferait-il tache d’huile ?

Blaise Compaore (source : npa2009.org)

Blaise Compaore (source : npa2009.org)

Dans les bribes de leurs réponses, qui transparaissent çà et là à travers les médias africains, on sent l’embarras des commentateurs. La chute de Compaoré est comparable à la fois au fracas du déracinement d’un baobab, et au bruit, à peine audible, du brisement d’un roseau. En fait, deux réalités aux antipodes l’une de l’autre. Car, comme Janus (dieu grec), l’homme d’Etat avait deux faces. Ce qui place toute analyse devant un « défi de la complexité ».

Pour tenter de dégager sa personnalité, comme cachée dans un filon, et donner corps au jugement de faits, Cyril Bensimon (Le Monde, 26 novembre) écrivait : « Compaoré a su endosser le treillis du déstabilisateur, puis le costume du faiseur de paix ».

En fait, c’est lui qui était à l’origine de l’accord de base pour attaquer le Liberia, puis la Sierra Leone, situation ayant entraîné un conflit qui a duré plusieurs années, sur fond de « diamants de sang ». Mais c’est également lui qui, par surcroît de malice, sera bardé de médailles de vertu pour avoir joué les bons médiateurs dans les conflits togolais, guinéen et ivoirien. Ce qui lui avait valu, encore une fois, d’être promu médiateur dans le conflit malien. A cet égard, qu’était-il, ce Compaoré ? Un grand ou un petit chef d’Etat ?

Devant une telle confusion de genre, la chute du « Beau Blaise », comme l’avaient surnommé ses admirateurs, ne peut que laisser perplexe. Surtout sur le plan continental. Car si, au niveau local, la transition semble avoir dépassé le seuil des passions pour s’acheminer vers une sortie de « crise de rupture », il n’en est pas de même pour l’opinion africaine. Qui regarde et s’interroge.

Une dizaine de pays sont séduits par le chant des sirènes d’une modification de Constitution. La République démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville, le Rwanda, le Burundi et le Togo sont aux premières loges. En ces pays, les partis d’opposition, la société civile et la jeunesse sont déjà sur le gril.

(Source : jeuneafrique.com)

(Source : jeuneafrique.com)

Depuis, l’anxiété est contagieuse. Les chefs d’Etat en souffrent. Sans contexte. Ce qui a inspiré à l’hebdomadaire « Jeune Afrique » ce titre truculent : « Brazza n’est pas Ouaga ». Comme pour dire que le régime du Congo-Brazza n’a cure de ce qui se passe au Burkina. Au Rwanda, on n’y est pas allé par quatre chemins : « On n’a pas besoin de démocratie « made in France » ». Allusion faite à la récente déclaration de François Hollande au sommet de la Francophonie à Dakar qui jetait l’anathème sur l’amendement de Constitutions.

Déjà, et quoi qu’on en dise, le cas du Burkina permet de lire, en filigrane, le début d’une nouvelle ère en Afrique. Il en sera sans doute un marqueur.

 

 

Le migrant africain subsaharien et l’Europe

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Il y a environ 15 ans, le 3 août 1999, découverte macabre à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem. Deux adolescents guinéens sont retrouvés morts de froid et d’hypoxie dans le train d’atterrissage d’un avion de la Sabena Airlines. Ils voulaient, par tous les moyens, atteindre l’Europe.

Ils n’étaient pas moins conscients des risques qu’ils prenaient, en ayant cette sacrée audace. Mais, ils n’avaient pas le choix entre la vie et la mort… face à la famine.

Sebastiao Salgado – série Africa – Korem camp – Ethiopia, 1984  © Sebastião Salgado  Amazonas Image

Sebastiao Salgado – série Africa – Korem camp – Ethiopia, 1984 © Sebastião Salgado Amazonas Image

De cet épisode marquant, par sa singularité, aux « noyades de masse », au large des côtes espagnoles, italiennes et grecques, la réalité dans l’optique de l’émigration africaine n’a pas varié d’un iota. Dans l’imaginaire collectif, la conception de l’Afrique face à l’Europe participe à un manichéisme absolu : l’Europe, c’est le paradis, l’Afrique l’enfer.

Là réside, depuis les trois dernières décennies, toute la problématique sur l’afflux des migrants africains du sud du Sahara vers l’Europe. Avant cette période, la majorité des Africains subsahariens qui vivaient en Europe, particulièrement en France, étaient d’anciens combattants, dits « tirailleurs sénégalais ». Certains de ces héros s’étaient échoués dans l’Hexagone, sans attirer à l’excès, la xénophobie des Français.

L’après-guerre 1914-1918 est une période florissant en Europe, qualifiée d’ailleurs de « Belle Epoque ». Cette magnificence est répercutée, en Afrique, déjà « dépecée » par la Conférence de Berlin, 1884-1885. De grandes œuvres sociales et économiques sont entreprises ou parachevées ( routes, hôpitaux, écoles… ). Avec, à la clé, après la Seconde Guerre mondiale, l’émergence des idées politiques. Malgré les affres de la colonisation, l’« indigène » commençait à respirer et à aspirer à un avenir digne d’un homme libre.

Puis, patatras ! Sonna l’heure des indépendances, en 1960. Mal préparées et acceptées du bout des lèvres par les colonisateurs, celles-ci produisirent, à cause ou en dépit de ce mauvais départ, des effets contraires aux attentes des peuples : guerres d’ego, corruption, néocolonialisme, destruction de l’outil économique… avec pour conséquence majeure la famine.

La famine, en Afrique, est un terrible fléau comparable à la peste, en Europe, au Moyen Age. L’on sait, entre autres, que les Européens ont émigré en masse en Amérique du Nord, fuyant la peste et ses effets néfastes. Quand les Africains font tout pour débarquer en Europe, seulement 3 personnes sur 10 y accèdent à cause de noyades à répétition – les statistiques, à cet égard, sont effroyables- . Les Africains subsahariens fuient, en premier, la faim.

L’Europe qui se targue d’avoir des racines chrétiennes et, surtout la France qui, avec l’Afrique, a des liens historiques de « sang versé » à la bataille de la Marne, à Verdun, et ailleurs, se doivent d’être attentives à l’appel récent du pape François, appel à la compassion. Le migrant africain subsaharien est un « cas à part ». Le rejeter sans égards, c’est oublier la « dette de sang » envers l’Afrique dont a parlé, un jour, François Hollande.

Cameroun : Arrestation de Gervais Mendo Zé, Paul Biya veut éviter une révolution

[Par René DASSIE’]

L’ancien patron de la radio télévision publique camerounaise a été interpellé mercredi et placé sous mandat de dépôt. Il est accusé d’avoir détourné de l’argent public, lorsqu’il était encore en fonction. Cependant, pour de nombreux observateurs, Paul Biya a en réalité sacrifié un de ses soutiens indéfectibles pour distraire une opinion qui réclame l’alternance politique. 

La prison centrale de Yaounde (source : 76crimes.com)

La prison centrale de Yaounde (source : 76crimes.com)

Gervais Mendo Zé (source : cameroonjournal.com)

Gervais Mendo Zé (source : cameroonjournal.com)

Gervais Mendo Zé a-t-il été sacrifié pour distraire une opinion publique tentée par l’expérience burkinabè ? De nombreux observateurs du marigot politique camerounais y croient. Vue sous cet angle, l’arrestation mercredi de l’ancien Directeur général de la CRTV, la radio télévision d’Etat et réputé très proche de la famille présidentielle camerounaise n’aurait que peu de choses à voir avec les détournements de fonds dont on l’accuse.  Au contraire, elle pourrait constituer le dérivatif trouvé par le pouvoir, aux revendications d’alternance au sommet de l’Etat qui se font de plus en plus bruyantes, depuis qu’une révolution populaire de trois jours au Burkina Faso a eu raison du président Blaise Compaoré.

Un gestionnaire mis à l’amende

Bien entendu, personne ne se risquerait à voir en le très religieux M. Mendo Zé aujourd’hui âgé de 70 ans, un saint injustement persécuté. Sa gestion ultra personnalisée de la CRTV, qui a duré 17 ans, de 1988 à 2005 a laissé une entreprise financièrement exsangue, en dépit des dizaines de milliards de francs CFA collectés, au titre de la redevance audiovisuelle. De sorte que si la justice camerounaise ne traînait pas la mauvaise réputation de justice aux ordres, il aurait même pu être pour elle un bon client. Il y a cinq ans en effet, le Contrôle supérieur de l’Etat (CSE), une institution chargée de vérifier les comptes des administrations publiques et parapubliques avait émis un rapport très critique sur sa gestion, et l’avait condamné à rembourser 2,6 milliards de francs Fcfa (4 millions d’euros) au Trésor public. Une somme constituée de dépenses non prévues dans les missions de la Crtv. A quoi M. Mendo Zé avait-il utilisé ce pactole ? A payer des cachets indus, mais aussi des primes et aides financières à ses collaborateurs et à des particuliers. En somme, de la générosité avec l’argent d’autrui. Outre le remboursement de tout cet argent, le CSE avait aussi infligé à M. Mendo Zé une « amende spéciale » de 2 millions FCFA (3.000 euros) et l’avait déchu de ses droits civiques pendant cinq ans.

 La crainte de la contagion de la révolution burkinabè

Il n’avait contesté ni le rapport du CSE ni la sanction qu’on lui avait infligée, et coulait une retraite sobre en croyant l’affaire close. D’où les interrogations que suscite son arrestation et sa mise sous mandat de dépôt à la prison centrale de Yaoundé.

D’abord le contexte de cette interpellation.  Le tribunal criminel spécial de Yaoundé qui a officiellement pour mission de traquer et de punir les malversations financières dans l’appareil d’Etat a en effet rouvert le dossier de M. Mendo Zé au moment où une partie de l’opposition et de la société civile, réveillée par la récente révolution populaire burkinabè réclame le départ de Paul Biya, au pouvoir depuis 32 ans. En 2008, le président camerounais avait réussi, au prix d’une sanglante répression des manifestations populaires, à modifier la Constitution, pour faire sauter le verrou qui l’empêchait de se représenter. Il avait donc réussi là où Blaise Compaoré vient d’échouer et ne s’attendait pas logiquement à de nouvelles contestations, du moins pas avant la fin de son mandat actuel, en 2018.  Mais, le départ forcé du président burkinabè est venue bousculer les choses.

John Fru Ndi (source : jeuneafrique.com)

John Fru Ndi (source : jeuneafrique.com)

Profitant de l’opportunité, John Fru Ndi, le président du Social democratic front (SDF), le principal parti de l’opposition a annoncé qu’il y aura une révolution au Cameroun, dès l’année prochaine.

De leur côté, quelques titres de la presse privée ont également relancé la question de l’alternance politique. « Après 32 ans de pouvoir… Pourquoi Paul Biya doit partir », a titré à sa Une Le Messager, principal quotidien d’opposition.

« Pour de nombreux médias privés (…), son arrestation [de M. Mendo Zé NDLR] est une distraction, voire une «immolation». Car elle intervient au moment où le débat public chez les camerounais est marqué par les félicitations adressées au peuple burkinabé qui a fait preuve d’héroïsme en faisant chuter le dictateur Blaise Compaoré. Paul Biya pour anticiper un mouvement populaire au Cameroun, veut relancer «l’opération épervier», écrivait jeudi le site [Koaci.com->http://koaci.com/cameroun-operation-epervier-arrestation-lancien-directeur-general-radio-television-detat-96395.html].

« Ce qui se passe au Burkina Faso est suivi par une grande partie de la jeunesse africaine qui semble n’attendre qu’un mot d’ordre, celui de la mobilisation et de la prise en main de son destin », abonde dans le même sens Vincent Sosthène Fouda, président du Mouvement camerounais pour la sociale démocratie, un parti d’opposition.

Un fidèle parmi les fidèles de Paul Biya sacrifié

Il y a ensuite la personnalité de Gervais Mendo Zé. Car dans le système de Paul Biya, l’ancien patron de la radio télévision d’Etat n’a pas été n’importe qui. C’est lui en effet qui a construit et exécuté pendant près de deux décennies la propagande du régime à la radio et à la télévision publique. Omniprésent sur les antennes, il ne manquait aucune occasion de magnifier « l’œuvre exceptionnelle » de Paul Biya à la tête du pays. Bien plus, il lui a aussi offert son soutien spirituel. Catholique exalté, promoteur de la « mariologie », sorte de culte à la vierge Marie qui frise l’idolâtrie et que n’approuve pas le clergé, il a ainsi créé la « Voix du cénacle », une chorale religieuse. Des rumeurs persistantes ont habituellement laissé entendre que les membres de la « Voix du cénacle », se relayaient pour prier en faveur du président camerounais et de sa famille. En public, la chorale assurait l’animation, lors de la plupart des sorties du couple présidentiel camerounais, n’hésitant pas à faire danser des ministres. Elle a d’ailleurs consacré à Paul Biya et à son épouse plusieurs cantiques louangeurs. Ce qui dans un pays pétri de ferveur religieuse n’est pas peu de choses.

En laissant la justice arrêter M. Mendo Zé, c’est donc un gros poisson que Paul Biya vient de lâcher. Pour des raisons qui pour certains paraissent évidentes.

«Il (Paul Biya) n’hésiterait pas à sacrifier tout ce qu’il peut pour rester au pouvoir. Que ce soit ses proches ou des milliers de Camerounais »,  analyse Mohamadou Houmfa, un journaliste qui suit au quotidien l’actualité camerounaise.

Hilaire Kamga (source : cameroun24.net)

Hilaire Kamga (source : cameroun24.net)

Militant des droits de l’homme et secrétaire permanent de la Plate-forme de la société civile pour la démocratie au Cameroun, Hilaire Kamga ne dit pas autre chose « Mendo Zé en prison ou l’illustration d’un système qui se désagrège. Attention, les citoyens doivent redoubler de vigilance car le régime de M. Biya n’a plus de commandant in chief. Nous devons plus que jamais accélérer les préparatifs de la transition post-Paul Biya », écrit-il sur sa page Facebook.

Lancée en 2004 sous la pression des bailleurs de fonds, l’opération « Epervier » dédiée à la lutte contre la corruption avait acquis quelques années plus tard la réputation d’instrument de purge politicienne. Elle pourrait aussi désormais servir de dérivatif aux exigences d’alternance à la tête de l’Etat. La presse camerounaise annonce ainsi d’autres arrestations, à la suite de de celle de M. Mendo Zé.