Apartheid est-il synonyme de racisme ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Le débat est encore loin d’être clos à propos du mot « apartheid » employé récemment par le Premier ministre Manuel Valls, pour qualifier la situation qui prévaut dans les banlieues. Dans une interview du 7-8 février, accordée à « Ouest-France », portant le titre : « La mixité sociale ? Une solution illusoire », le professeur de sociologie Didier Lapeyronnie en donne sa vision.

Didier Lapeyronnie © PHOTO DESPUJOLS ERIC

Didier Lapeyronnie © PHOTO DESPUJOLS ERIC

Si l’enseignant désapprouve l’usage du terme au sens strict, il ne nie pas qu’il y a en France « des formes de ségrégation sociale et raciale. » Il en conclut, en affirmant qu’ « il y a une cécité française sur les réalités sociales. »

Dans sa plaidoirie, il démontre : « Quand les gens sont discriminés pour des raisons de pauvreté, ils finissent par organiser une sorte de contre-monde. » En cela, le professeur me donne à penser aux mouvements altermondialistes qui s’opposent avec véhémence aux Forums de Davos, en Suisse. D’un côté, les nantis qui s’organisent pour défendre leurs acquis afin de s’enrichir davantage ; de l’autre, les déshérités, écrasés, qui affûtent leurs réflexes de survie.

En France, ce combat est réel. Il ne s’y traduit pas seulement en termes matérialistes, mais aussi par la différence de couleur de peau que l’on désigne par le mot « racisme ». Un « gros mot » que tout le monde évite subtilement de prononcer… puisque il est grossier, par essence. A la place, on préfère utiliser un « euphémisme » élégant. Pourtant, Camus pensait que « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Un chat, c’est un chat.

Le professeur Lapeyronnie n’a pas dérogé à la règle. Pour contourner la difficulté, il a plutôt employé l’expression « ségrégation raciale » qui, sur le plan sémantique, fait glisser le sens en l’atténuant. Mais la formule qu’il propose, en guise de solution, est sans équivoque. N’épousant pas la thèse de la « mixité sociale », l’enseignant affirme : « Si on ne peut pas vivre ensemble dans le même quartier, on peut le faire dans une même société .» N’est-ce pas là de l’ « apartheid ? »

raaQu’est-ce que l’ « apartheid », sinon le fait de séparer les races dans leur espace résidentiel ? Le modèle est sud-africain : Blancs d’un côté, Noirs, Indiens et métis de l’autre. En France, Blancs d’un côté, Noirs, Arabes, et Blancs pauvres (assimilés), de l’autre…selon la proposition du professeur sociologue. C’est bonnet blanc et blanc bonnet.

La solution n’est pas dans la « séparation », mais plutôt dans l’ « élimination » des préjugés. C’est le poison. La solution est dans l’unité tant mentale que dans celle qui rapproche les gens dans la vie pratique de tous les jours, où les inégalités sont atténuées. Or, « Il est plus facile de désagréger un atome qu’un préjugé », disait Einstein. Mais, tout est possible, à travers l’éducation et la volonté de fraterniser … si un jour, la France des « Lumières » le veut.

Terrorisme : Boko Haram pris en chasse ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

L’Afrique, à travers l’Union africaine (UA), vient de décider de neutraliser la secte islamiste Boko Haram. Né, au nord-est du Nigeria, en 2000, ce monstre a déjà massacré, depuis 2009, plus de 13 000 personnes. Non sans ambitionner, à l’heure qu’il est, d’étendre son influence dans les pays voisins du Nigeria. Et, partant, de propager son idéologie de terreur, à travers les zones sahéliennes et de l’Afrique centrale.

Il s’agit du Cameroun, déjà atteint dans ses provinces de l’extrême nord, par quelques incursions sanglantes début janvier ainsi que du Niger et du Tchad. D’où l’urgence pour les chefs d’Etat des pays africains, réunis fin janvier pour le 24e sommet de l’organisation à Addis Abeba, en Ethiopie, de braver les élans de la secte, mieux, de la décapiter.

Mais, quelque salvatrice soit-elle, la décision de l’UA est arrivée sur le tard, car depuis plusieurs années, Boko Haram n’a eu de cesse d’ameuter le Nigeria et la communauté internationale, en perpétrant massacres, viols collectifs et rapts de masse nauséeux. Souvent sans susciter l’émoi public, à l’aune du crime, ni au Nigeria ni en Afrique !

(Source : bbc.co.uk)

(Source : bbc.co.uk)

C’est devant cette incurie que Boko Haram s’est épanoui, après avoir pris des racines dans les Etats nordiques de Yobe et de Borno, et s’être ravitaillé en hommes, à travers la pauvreté et l’illettrisme, terreau des candidats à la violence. Il convient de signaler que dans ces régions du Nigeria, 60 % des populations vivent avec moins de deux euros par jour, alors que 83 % des jeunes, de 5 ans à 15 ans, sont totalement illettrés.

Pain béni pour Abubakar Shekau, leader actuel du groupe ? En partie, car la secte terroriste qui ne comptait, au départ, que quelques centaines de membres (éparpillés), totalise, pour le moment, quelque 30 000 combattants (sous un commandement unique). De fait, c’est, aujourd’hui, une armée solide, prête à engager des batailles décisives… et à engranger des victoires contre un ennemi sans envergure.

Des hélicoptères tchadiens Mi-8 à Fotokol au Cameroun, le 1er février 2015 après une opération dans les environs de Gamboru, au Nigeria. AFP PHOTO / STEPHANE YAS

D’où la pertinence de quelques questions que soulève l’analyse sur l’engagement militaire des pays africains contre Boko Haram. Nombreux sont ceux qui estiment irréaliste la proposition de l’Union africaine d’engager une force de 7 500 hommes, face à la puissante secte nigériane. Le deuxième couac se rapporte à la « thèse souverainiste » du Nigeria, qui rejette toute idée de « solution internationalisée ». Enfin, l’issue des élections prévues le 14 février…. Si Jonathan Goodluck n’est pas réélu, il faudra attendre de connaître la perception du nouveau président sur le problème posé.

Comme quoi, le projet d’une force africaine contre Boko Haram reste encore à affiner ! Mais, en attendant, peut-être avec l’accord tacite des autorités nigérianes, le Tchad a décidé de faire cavalier seul. Depuis début février, l’aviation tchadienne bombarde les positions de la secte islamiste, qui tentait de s’emparer de la ville de Maiduguri, au nord du Nigeria.

Est-ce le début des solutions africaines aux problèmes africains ? That is the question…comme disent les Anglo-saxons.

L’Islam et la République : La classe politique et les imams décriés

[Par Larbi GRAÏNE]

Actualité oblige, avec la tuerie de Charlie-Hebdo, la Mairie du XVe arrondissement de Paris a récemment accueilli une conférence sur le thème « l’Islam et la République », organisée par le Forum France-Algérie (FFA) en présence de son président, Farid Yaker.

Edwy Plenel et Ghaleb Bencheikh

Edwy Plenel (source : blogs.mediapart.fr) et Ghaleb Bencheikh (source : algeriepatriotique.com)

A la tribune, deux invités bien connus : il s’agit de Ghaleb Bencheikh, franco-algérien, docteur en sciences qui dirige la conférence mondiale des religions pour la paix et Edwy Plenel, journaliste-essayiste, ancien directeur du quotidien le Monde et cofondateur du journal en ligne Médiapart.
Les deux hommes ont paru s’accorder sur l’essentiel à savoir : la nécessité d’amorcer des réformes profondes à l’effet de renforcer le régime laïque, qui à leurs yeux est le plus à même de garantir l’ensemble des libertés pour tous les Français. Cependant si le premier a axé son intervention sur le culte musulman dont il a dénoncé le mauvais fonctionnement qu’il a attribué du reste à certains imams, le second, quant à lui, a fustigé la gestion de l’Islam par l’Etat français. Plenel est revenu sur la marche des « Beurs » en 1983 pour expliquer, que pour une fois que des Français d’origine algérienne ont manifesté pour l’égalité, c’est-à-dire en faisant valoir des revendications citoyennes, on avait recouru à la manipulation en renvoyant les manifestants à leurs origines. Et l’orateur de rappeler que Pierre Mauroy, alors Premier ministre, avait taxé ce mouvement social de « grèves islamistes » allant jusqu’à proposer « un coin pour faire la prière ».

La haine ne peut être mêlée à l’humour
Développant une idée très rarement entendue en France à propos des caricatures de Mahomet, Edwy Plenel pense que « l’espace public n’est pas là pour offenser les identités, ni les moquer ». « La haine, soutiendra-t-il, ne peut être mêlée à l’humour ». Plenel s’est dit malgré tout fan du « droit à la liberté d’expression et du droit à la transgression ». Il s’en est pris à Manuel Valls à qui il a reproché d’utiliser le terme d’apartheid, inadéquat selon lui, avec la réalité française. C’est le seul point sur lequel il sera taclé par l’autre animateur de la conférence. En effet Bencheikh estime que l’apartheid est « de facto même s’il n’est pas de jure ».

Pour une refondation de la pensée théologique

Analysant l’organisation du culte musulman en France, Ghaleb Bencheikh s’est résolu finalement à lancer un appel pour l’adoption de « la modernité intellectuelle » et de « la refondation de la pensée théologique » non pas par simple « aggiornamento ». Très remonté contre les imams, il a dénoncé l’obséquiosité de certains d’entre eux qui « répondent à des convocations » de la part de l’administration, chose qu’on n’a jamais vu s’appliquer, a-t-il expliqué, aux représentants des religions chrétienne et juive. Soulignant « le naufrage de l’école », Bencheikh a également déploré la « défaite de la pensée et la démission de l’esprit » chez les élites musulmanes.
D’après lui, lors des campagnes électorales, certains imams sont enclins à dérouler le tapis rouge aux hommes politiques alors qu’ils devaient tout simplement les boycotter, estimant que ces derniers ne méritent pas qu’on leur porte tant d’attention.

2014 : Une année dramatique pour les journalistes

[Par René DASSIÉ]

René Dassié, Albéric de Gouville, Sadegh Hamzeh

René Dassié, Albéric de Gouville, Sadegh Hamzeh

L’année 2014 a été particulièrement meurtrière pour les journalistes. Selon le décompte de la fédération internationale des journalistes (FIJ) publié le 31 décembre dernier, cent dix-huit d’entre eux ont en effet trouvé la mort, pour la plupart dans des zones de guerre. C’est beaucoup plus qu’en 2013, année au cours de laquelle cent cinq journalistes avaient perdu la vie dans l’exercice de leur métier. Les risques du métier ne suffisent plus à expliquer ces drames, car les journalistes sont de plus en plus directement pris pour cible. L’État islamique a ainsi décapité publiquement James Foley (américain) et Steven Sotloff (américano-israélien).

La 21e édition des rencontres Prix Bayeux-calvados des correspondants de guerre qui s’est tenue du 6 au 14 octobre à Bayeux dans le Calvados a rendu un vibrant hommage à ces victimes. Retour en vidéo sur cet événement.

Patrick Gomont : « L’information c’est l’oxygène de nos démocraties »
Maire de Bayeux, Patrick Gomont était au centre de l’organisation de l’édition 2014 des Prix Bayeux-Calvados des reporters de guerre. A l’opposé de certains politiques qui suggèrent de ne plus envoyer de journalistes dans les zones à risque, il estime que ceux-ci doivent pouvoir continuer à faire leur travail, qui est indispensable à la démocratie.

Albéric de Gouville : « Les journalistes sont de plus en plus pris pour cibles »
L’assassinat d’un journaliste constitue un drame particulièrement difficile à vivre pour ses collègues. Après avoir passé plus de vingt ans à RFI, Albéric De Gouville est rédacteur en chef à France 24. Il a perdu plusieurs collègues, tués lors de missions à l’étranger. RFI et France 24 ont mis en place des formations pour préparer psychologiquement leurs reporters qui se rendent dans des zones de guerre. Témoignage.

Jon Randal, président du jury : « J’avais toujours peur»
Grand reporter, correspondant de guerre pour le Washington Post pendant plus de trente ans, Jonathan Randal est un spécialiste mondialement reconnu du Moyen-Orient. Il est l’auteur de Oussama, la fabrique d’un terroriste et de La guerre de mille ans, des ouvrages de référence traduits dans plusieurs langues. Il était le président du jury de l’édition 2014 des Prix Bayeux-Calvados des reporters de guerre. Il explique son expérience de correspondant de guerre.

Charlie Hebdo France et Charlie Hebdo Orient

[Par Mohammad AL HAMADI]

L’orient pour celui qui ne le connait pas est étendu entre la moitié du continent asiatique et la moitié du continent africain. Quant à la politique, à la religion et aux libertés, l’orient ressemble chaque jour à l’image du journaliste de la revue Charlie Hebdo Français.

(Source : fr.kichka.com)

Ali Farzat , 2011 (Source : fr.kichka.com)

Depuis la première guerre mondiale et le droit à l’auto-détermination jusqu’à ce jour, l’image de Charlie Hebdo Orient est représentée par deux points : le premier par le prix payé par ses populations en contraintes et détermination à garder leurs libertés, affrontant les extrémistes des régimes totalitaires ; le second par le silence de l’occident sur ces régimes dictatoriaux et l’établissement de consensus et des intérêts étroits. Mais grâce à l’obstination des foules « le Charlie Hebdo Orient » a su faire face à la vie ou plutôt à la non vie, ces accords et leurs intérêts étroits vont s’effondrer.

En Palestine, en Irak, en Syrie , au Caire et à Teheran, nous appellerons Charlie Hebdo Orient, l’obstination des gens à vivre malgré des régimes qui les tuent et qui procède au massacre de journalistes qui réclament la liberté de l’expression comme ceux de Charlie Hebdo Français .

A Damas le régime Assad a brisé les doigts du caricaturiste Ferzat et a arraché la gorge de Ibrahim Kachouch « l’artiste de la liberté » qui a osé crié à la liberté. Ce même régime a tué l’enfant Hamza Alkhatib et a détruit 1500 mosquées .

Maryam Radjavi, en 2006.

Maryam Radjavi, en 2006.

A Téhéran Maryam Radjavi, nominée « présidente de la république », a été élue par la résistance iranienne lors d’une réunion pour la tolérance et la démocratie afin de lutter contre l’extrémisme religieux . Elle a dit que le régime des khomeinis a tué plus que 150 mille personnes simplement parce qu’ils ont demandé leur liberté politique et le droit de vivre selon des principes contraires aux souhaits du régime intégriste .
Elle a ajouté : La complaisance de la direction américaine avec les crimes commis par le régime des khomeinis et de ses milices en Irak et en Syrie, est d’un grand secours pour développer la tendance à l’intégrisme dans la région.

Le Khomeini iranien et ses alliés essayent de profiter de l’opportunité de la mise en place de la coalition internationale pour faire la guerre contre Daesh . Leur objectif est de tirer le régime à l’extérieur du tourbillon des crises qui l’engloutissent donnant ainsi l’illusion qu’il est contre l’intégrisme.

Pourquoi l’orient est Charlie parce qu’il est porteur d’un message de démocratie, de liberté qu’il essaye de transmettre au monde entier. Malheureusement ce même monde ne l’ a pas soutenu pour qu’il puisse atteindre le droit à une vie démocratique et libre.

Quant à la similitude et la différence entre Charlie Hebdo Français et le Charlie Orient c’est une autre histoire.

Malgré le fait que toutes les populations dans l’orient, à l’exception des régimes dictatoriaux sont contre le massacre qu’exercent les extrémistes, la communauté internationale a soutenu Charlie Hebdo Français et a délaissé Charlie Hebdo Orient.

Il se peut que ceux qui demandent la liberté se trompent dans leur quête pour l’obtenir. Mais il est certain que la peine, la correction, la compatibilité ou la différence ne sont pas légitimes en vue des massacres que font les intégristes des régimes en Orient.

 

Le Frankenstein de la Syrie et d’al-Baghdadi

[Par Nabil SHOFAN]
Publié sur Alaraby.co.uk, le 1er Octobre 2014
Traduction de l’arabe au français par Florence DAMIENS.

Un imahe de la bataille pour le control de l'aéroport militaire de Tabqa (source : lemonde.fr)

Un imahe de la bataille pour le control de l’aéroport militaire de Tabqa (source : lemonde.fr)

Dans l’une de ses vidéos, l’Organisation de l’Etat islamique passe en revue des événements concernant son contrôle de l’aéroport militaire de Tabqa, qui se situe dans la région de Raqqa. Aucun membre de l’Organisation ne parle dans cet extrait ; on entend une lecture du Coran, puis on voit la planification d’une bataille, suivie d’une opération martyre, d’un assaut, d’une capture de militaires, puis de leur assassinat, tantôt fusillés, tantôt égorgés.
Mon attention s’est portée sur l’apparition, à la fin de la vidéo, d’un combattant de l’Organisation qui, rempli de tristesse et de souffrance, s’élève contre l’accusation selon laquelle elle comploterait avec le régime de Bashar el-Assad. Il dit à l’assistance : « Je jure que nous témoignerons pour vous devant Dieu. N’est-ce pas nous qui combattons le régime nusayrite et tuons ses militaires ? Pourquoi nous accuse-t-on de ne pas les combattre ? »
Il est clair que ce qui dérange le plus les dirigeants de Daesh, ce sont les propos qui circulent dans les rues syriennes. Je dis les rues syriennes car cette accusation a jailli du cœur de la rue, de ses activistes et de sa population. Un témoignage attesté s’est répandu, comme le surnom de « Daesh », avec facilité dans les médias, puis dans le reste de l’opinion publique arabe et mondiale.
Les droits des syriens sont clairs. Ces derniers se sont révoltés contre un régime qui a détruit leur nation, se substituant ainsi à leurs ennemis, et a eu recours à des moyens d’assassinat variés, en utilisant l’artillerie, l’aviation et les missiles, en les égorgeant, en les étranglant, en les enterrant vivants et en les noyant. Aucune impureté ne peut souiller la clarté de ces droits. En cela, ces révoltés sont égaux devant l’injustice. Il n’y a pas de mal à nous arrêter un moment sur les positions choquantes nées de la révolution syrienne, à l’instar de celles des penseurs, des artistes et des Etats dont les cabinets ministériels publient des documents sur la démocratie tous les jours. Si nous nous arrêtions dessus, nous remarquerions que la création d’une organisation extrémiste comme Daesh est absolument nécessaire et reste une anecdote pour tous ces penseurs, artistes et Etats, et même pour ceux qui se revendiquent amis de ce peuple afin d’excuser ce qui ne peut être excusé, les crimes et le silence qui les entoure.

Manifestation du 15 mars 2013 (Babila, banlieue de Damas) [Source : syrie.blog.lemonde.fr]

Manifestation du 15 mars 2013 (Babila, banlieue de Damas)
[Source : syrie.blog.lemonde.fr]

La révolution des Syriens a été un événement spontané, populaire et soudain. Il a ébranlé jusqu’au Conseil de sécurité, l’a embarrassé, comme il a embarrassé les Nations Unies. En effet, réussir cette révolution exigerait de faire évoluer les concepts, de modifier les accords, les alliances et les postulats internationaux. C’est pourquoi son échec a été un choix unique, sans lequel des changements terrifiants, aux conséquences non calculées, auraient eu lieu. C’est sur cela que la Russie et l’Amérique se sont arrangées depuis quatre ans, malgré la dernière année durant laquelle des événements encore plus hideux ont commencé à se produire. Ainsi, le Frankenstein de l’Occident, « Daesh », est sorti de sa programmation psychique et neurologique, infecté par les appareils des renseignements généraux étrangers.
Il semble que l’Organisation de l’Etat islamique a commencé à vivre aujourd’hui, semblable à la tyrannie chiite, si l’on prend ici un point de vue sunnite. De plus, le fait que l’Organisation ait tantôt déclaré la guerre aux révolutionnaires syriens et eu recours aux châtiments de la Loi, en les flagellant et en les crucifiant, tantôt leur ait distribué des fonds, a poussé les Syriens à publier le faire-part de décès de l’Organisation d’al-Baghdadi.
La plus grande erreur stratégique qu’a commise l’Organisation de l’Etat islamique est d’avoir combattu le peuple syrien. L’Organisation a oublié que ce peuple est celui qui a mis fin à la discorde présente au prologue de la résistance et de l’opposition. La structure de ce dernier a obnubilé le régime pendant trente ans de planification, de constitution d’armées composées de milices, d’agences médiatiques, d’études dans l’art de la rhétorique, dans les sciences philosophiques, dans les méthodes de lavage de cerveau et de soumission des esprits. Tout cela s’est déjà effondré en une seule année et avec une facilité rare. Ensuite la réputation du Hezbollah et de son chef a décliné auprès de la nation arabe puis au niveau confessionnel, et ce à cause de son action et de la réaction des Syriens qui a suivi.
Les Etats qui parient sur l’échec de ce peuple et l’élite qui par-là même soutient le meurtre se doivent de très bien connaître la valeur d’une épreuve et d’une civilisation qui a plus de 6 000 ans.

« Charlie Hebdo » : des leçons pour tous ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Le 7 janvier, le terrorisme islamiste a frappé « Charlie Hebdo » et tué plusieurs personnes. Jamais journal n’avait encaissé pareil coup, décimant presque tous les membres de sa rédaction. En cause, le sacré, pour les tueurs, et la foi dans les principes démocratiques, pour les victimes. Ne se retrouve-t-on pas, ici, devant un véritable dilemme ?

JesuisCharlie photo Muzaffar Salman (4)La France est démocratique. La mobilisation, en un tournemain, de quelque quatre millions de manifestants, en est une preuve indéniable. C’était autant exemplaire que le fait odieux lui-même, à l’origine d’une telle effervescence. De toute manière, les choses ne se seraient pas passées autrement dans ce pays, héritier présomptif de l’esprit des Lumières, quand la liberté d’expression, une des valeurs républicaines fondamentales, était violemment heurtée.

Ainsi, ces valeurs étaient-elles inscrites dans le cœur des victimes de « Charlie Hebdo », car elles étaient le produit de la France de Voltaire et de Montesquieu. En toute circonstance, en France, cette « dimensions » doit être prise en compte.

L’autre « dimension » relève du sacré. Un domaine dont la complexité va jusqu’à l’infini. D’où cette locution latine « credo quia absurdum », qui veut dire « je crois, parce que c’est absurde ». Pour l’islam, la reproduction de l’image du prophète Mahomet est un blasphème. On n’y touche pas. C’est comme cela, tandis que dans l’Eglise catholique, « Dieu-Le Père » est représenté à travers un vieillard richement barbu. Sans dommage. Tout est donc question de foi de chacun.

Or, quelques journaux occidentaux, dont « Charlie Hebdo », forts du principe de la liberté d’expression, garanti par des textes fondamentaux, avaient reproduit l’image du prophète en caricature. Touchant hardiment au sacré pour près de deux milliards de musulmans. C’est une autre « dimension » non négligeable. Même si celle-ci se retrouve gangrenée, par l’islamisme, qui « tue au nom de Dieu » et pense au rétablissement de califats anachroniques.

Ces deux « dimensions », malgré tout, ne se devaient-elles pas un respect mutuel ? En visite aux Philippines, le pape François n’a pas dit autre chose.

Enfin, la phase des « réactions en chaîne », en guise de conséquences, à laquelle on assiste, est faite de sang, de revanche et d’incompréhension. Et si cette dernière persiste, elle débouchera sur un cercle vicieux, avec la probabilité de cheminer vers une forme de vendetta, autrement dit ce « choc des civilisations » dont on parle.

La situation appelle donc à résoudre ce dilemme, tout cornélien, en observant la modération. Dans tous les cas, c’est la règle d’or. Car, on sait que dans les démocraties occidentales, la notion de liberté n’est pas sans limite (il y va souvent de l’autocensure), tout comme on ne peut pas exclure la notion de retenue face au sacré, car si Dieu lui-même n’était modéré, il ne serait pas Dieu. L’Afrique doit en tirer aussi des leçons : garder la « mesure », en toute chose. Détruire et tuer flirtent avec l’extrémisme. Comme c’est le cas, aujourd’hui, au Niger.

Rukaya a été capturée avec ses deux enfants, dont un nourrisson de neuf mois. RFI/ Nicolas Champeaux

Rukaya a été capturée avec ses deux enfants, dont un nourrisson de neuf mois.
RFI/ Nicolas Champeaux