Attentats à Paris

[Par Marie Angélique INGABIRE]

Il est vendredi soir, le 13 novembre. Après une semaine surchargée, je rentre chez moi pour me reposer, le week-end est le seul moment où je m’occupe du ménage, fais des courses, et me repose longuement !

Paris et les attentats du 13 novembre (source: lanouvellerepublique.fr)

Paris et les attentats du 13 novembre (source: lanouvellerepublique.fr)

D’habitude je prends le métro quand je vais ou viens du boulot. Mais ce vendredi, j’ai pris une voiture, et on a emprunté la route passant par le Stade de France. 19h30, l’embouteillage est inévitable suite au match amical France-Allemagne. A cette heure-là, je suis le journal du soir. La radio France Info parle de la conférence qui se prépare sur le réchauffement climatique : la COP 21, qui aura lieu du 30 novembre au 11 décembre 2015 dans la ville du Bourget en France.
« Ce vendredi François Hollande a déclaré que la réussite de cette conférence sera fondée sur deux facteurs : Les résolutions qui seront adoptées et le maintien de la sécurité du peuple français » déclare un journaliste à la radio.
Vers 20 heures, finalement j’arrive chez moi, à 500 mètres du Stade de France, sur le boulevard Marcel Sembat. Enfin… je peux commencer mon week-end, me dis-je ! Malheureusement, ma joie ne durera pas longtemps car peu avant 22 h, des sirènes des voitures de police viennent perturber ma tranquillité. Peu avant, j’avais entendu le bruit d’une explosion mais je me disais que, dans cette banlieue de Paris, Saint Denis, un lieu cosmopolite très « chaud » et « animé», il devait y avoir des fêtes pour le week-end. Donc au départ, j’avais imaginé que ce bruit n’était autre que des feux d’artifice. Mais j’avoue que depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, le bruit des sirènes me rend perplexe. Au même moment, j’entends des hélicoptères survoler notre ciel d’une façon inhabituelle. Je me précipite vers la télé, et change de chaîne : BFMTV annonce des attentats : des fusillades viennent de faire 18 morts, des blessés, et une prise d’otages. Le nombre des victimes augmente jusqu’à 129 morts et plus de 300 blessés. Toutes les chaînes TV et différents sites web ne parlent que de cette tragédie. Pendant tout ce week-end qui tourne au cauchemar, je ne fais que rester devant la télé et appeler les connaissances vivant à Paris pour savoir si elles vont bien.
Dimanche soir, je sors de chez moi et prends le métro. Plusieurs stations sont vides, même dans les gares les plus fréquentées comme Saint Lazare ou Gare du Nord, il n’y a presque personne. Les gens se lancent des regards interrogatifs, personne n’ose parler, tout le monde semble avoir peur.

Vue panoramique de la station de métro « Gare du Nord » à Paris (source: insecula.com)

Vue panoramique de la station de métro « Gare du Nord » à Paris (source: insecula.com)

Lundi, le deuil national continue, mais aucun rassemblement ni manifestation ne sont autorisés ; une minute de silence en mémoire des victimes sera observée à midi. Je dois faire une heure de trajet en métro pour aller au boulot. Au départ, je n’en ai pas envie mais comme la plupart des parisiens, « Il ne faut pas céder à la peur. La vie doit continuer, on est dans un pays libre, où règnent EGALITE, LIBERTE, FRATERNITE ». Ainsi commence la semaine. L’état d’urgence a été décrété ; on remarque une présence extraordinaire des policiers, mais cela ne rassure pas beaucoup la population, car d’après les informations dans les médias, certains terroristes sont toujours en fuite.
Notre peur est fondée : mercredi 18 novembre, les habitants de Saint-Denis sont réveillés vers 4h20 par des explosions, le bruit d’une fusillade et des sirènes de police et des pompiers. Sans tarder, tout le monde cherche à savoir ce qui se passe, mais on attendra près de vingt minutes avant que la télé nous en parle : des terroristes se sont retranchés dans un appartement à Saint Denis, et c’est à 400 mètres de chez moi. Les consignes sont claires : personne ne doit sortir. Tout transport public est interrompu, des écoles fermées, les habitants qui sont dans les 200 mètres de cet appartement ne peuvent pas y accéder si au moment de l’assaut ils n’étaient pas à la maison. Le journal est actualisé minute par minute, jusqu’à la fin de l’opération. Mais toujours, nous ne savons pas si nous pouvons sortir, circuler librement. Je choisis de rester cloîtrée chez moi, jusqu’à jeudi matin.
Dans les tramways et les trains, les passagers semblent toujours inquiets. Un simple bruit ou un train qui est retardé suffisent pour remarquer combien ils n’ont pas le cœur tranquille. La COP 21 aura toujours lieu, mais n’a-t-elle pas déjà échoué ? La sécurité de la population de France est-elle assurée avec autant de victimes ? Est-ce que ces attentats – qui ont eu lieu au moment où l’on s’approche des fêtes de fin d’année – ne vont pas perturber l’ambiance qui d’ordinaire caractérise la « Ville lumières » ?

Je ne suis pas un arabe

[Par Mourad HAMMAMI]

Je ne suis pas un arabe !

Mes respects pour les vrais arabes ! Pas question de laisser les « cerveaux » du chaos ériger l’islam en une identité. L’Islam est une religion et ne doit en aucun cas être une identité.

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Symboles de l’Islam (source: français.islammessage.com)

Dieu n’est pas arabe !

Dieu n’a pas ordonné d’appliquer un Etat islamique sur Terre !

Dieu n’a pas besoin de défenseurs zélés sournois, hypocrites et violents…

Dieu n’a pas besoin d’avoir des défenseurs zélés et ignorants recrutés parmi la pègre, les repris de justice, les trafiquants, les belliqueux et les sanguinaires.

Dieu a créé la diversité et ses adeptes zélés et hypocrites veulent instaurer le contraire en unifiant le monde en une seule culture, libertaire, violente, fasciste, raciste et dévastatrice.

Je n’accepterai jamais que l’Islam fasse de moi un arabe de fait.

C’est la pus grande arnaque au nom de Dieu et de l’Islam.

Une identité artificielle

Cette violence permanente allant du Maroc jusqu’au fin fond de l’Extrême-Orient s’explique en grande partie par la déperdition identitaire.

C’est sur les décombres des autres civilisations, des autres identités qu’on a greffé une identité artificielle. C’est en écrasant les identités des Berbères, des Kurdes, des Assyriens…que l’on a imposé une autre idéologie, une autre identité et ce par la force et la violence.

Ces peuples depuis l’effacement de leur identité sont comme des organes génétiquement modifiés (OGM). Ils sont dans l’égarement permanent. Cette perte de repères crée des dysfonctionnements et des perturbations psychologiques et sociologiques importantes qui aboutissent à des impasses et à des violences inouïes.

En Iran, qui est pourtant un Etat islamique, l’on enregistre moins de violence et d’égarement. Car tout simplement l’Iran a su comment conserver en partie son identité. On ne peut assimiler l’Islam à une identité… car, dans le sillage de l’Islam exporté, on glisse une culture venue de l’Arabie et de surcroît, une culture rétrograde, figée à 14 siècles en arrière. On ne peut imposer ou inculquer une culture de l’Arabie à des peuples situés à une dizaine de milliers de kms de là.

La Kabylie est connue pour son Islam modéré et équilibré. Car malgré des attaques, cette région a su comment constituer un système de défense pour ne pas céder à l’Islam idéologique, l’Islam dogmatique. Elle accepte l’Islam spirituel, l’Islam tout court.

Pour sauver l’Islam il faudra combattre frontalement l’islamisme

Il est clair que la priorité est à la lutte armée contre ces gens violents et barbares, mais au-delà, si l’on souhaite garantir l’avenir, il faudra bel et bien attaquer le mal dans ses racines. L’une de ses racines est cette dépravation, ce détournement des identités au nom de Dieu et de l’Islam.

Non je ne suis pas un arabe. Je suis musulman et j’assume bien mon islamité. Non jamais je ne considérerai que l’Islam est mon identité. Ni l’Islam ni aucune autre religion ne peuvent constituer une identité. Pour sauver l’Islam il faudra combattre frontalement l’islamisme.

A bon entendeur, salut.

Paris, recueillement sur la Place de la République

[Par Mourad HAMMAMI]

Dans la rue du Château d’Eau donnant accès directement à la Place de la République à Paris, à la place du menu du jour écrit sur un tableau et posé sur le trottoir, un propriétaire d’un restaurant a écrit un message de condoléances et de compassion pour les familles des victimes de l’attaque barbare de Paris dans la nuit du vendredi 13 novembre.

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Une pancarte rue du Château-d’Eau ©Mourad HAMMAMI

 

La tristesse est lisible partout. Les visages sont graves. Ils n’expriment ni haine, ni affolement, mais de la tristesse, du deuil, de l’incompréhension et de la consternation.

Ce lundi à midi est prévue une minute de silence sur la Place République en hommage à toutes les victimes fauchées par des attaques terroristes sans précédent qui ont eu lieu dans la nuit du vendredi 13 novembre à Paris et dont le bilan macabre dépasse les 120 morts.

La Place de la République, symbole de la résistance face à l’obscurantisme, est assiégée par une armada de journalistes venus de différents pays du monde. Des camions de transmission en direct et des caméras prêtes à filmer sont présentes. Beaucoup de journalistes ne cessent de se positionner face aux caméras.

Des journalistes en direct ©Mourad HAMMAMI

Des journalistes en direct ©Mourad HAMMAMI

Quelques minutes avant midi, des citoyens anonymes affluent vers la Place. Le lieu devient vite noir de monde. L’atmosphère est lourde. On est loin de la tristesse plus au moins supportable de l’attaque de janvier contre Charlie hébdo.

Les gens font un cercle autour du monument de la Place de la République. La minute de silence a été observée solennellement et la Marseillaise  a été entonnée par une foule de gens.

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La Place de la République ©Mourad HAMMAMI

 

L’émotion était à son comble, la tristesse est sans précédent. On a clairement le sentiment que le combat sera long, et que la France ainsi que tout le monde libre sont en guerre contre les forces rétrogrades et obscures.

Burundi : La fin de l’âge d’or de la liberté de la presse

[Par Yvette MUREKASABE]

Radio Populaire AfricaineAntoine Kaburahe, un journaliste chevronné, est le directeur des publications du groupe de Presse Iwacu. Iwacu est le seul organe de presse qui a tenu jusqu’à aujourd’hui, après la destruction des autres médias indépendants du Burundi. Cette destruction a eu lieu la nuit du coup d’état manqué contre le président Pierre Nkurunziza, ce dernier étant contesté par les partis de l’opposition et la société civile pour avoir brigué un troisième mandat illégitime.

Après ce black-out médiatique, plus de soixante journalistes Burundais ont été contraints à l’exil, certains d’entre eux étant dans le collimateur de la justice burundaise. Le procureur général de la République a émis une demande d’extradition de Bob Rugurika, directeur général de la radio RPA, ainsi que de Patrick Nduwimana, responsable de la radio Bonesha FM, et de Gilbert Niyonkuru, journaliste à la Radio Publique Africaine.

Dans la photo, Christian THIBON, historien, Serge NIBIZI, journaliste burundais et Antoine KABURAHE, journaliste et directeur du groupe de presse IWACU

Dans la photo, Christian THIBON, historien, Serge NIBIZI, journaliste burundais et Antoine KABURAHE, journaliste et directeur du groupe de presse IWACU

Le 13 octobre dernier, le journaliste Christophe Nkezabahizi de la Radio-Télévision nationale du Burundi a été tué avec toute sa famille.

Des arrestations arbitraires et abusives ainsi que des actes de tortures à l’endroit des journalistes sont monnaie courante à Bujumbura.

Six mois viennent de s’écouler, du 13 mai au 13 novembre 2015 , et c’est l’histoire d’une régression, la fin de l’âge d’or de la liberté de la presse au Burundi.

 

 

OCDE, 7e Forum Nouveau Monde : Facebook fustigé pour son machisme

[Par Larbi GRAÏNE]

Facebook qu’on connait plus par le gigantisme de son réseau social (plus de 965 millions d’utilisateurs au quotidien) que par son entreprise, est l’une des sociétés les plus hermétiques aux femmes dans le monde, à en croire des participants à une conférence intitulée « Vers un nouveau monde plus féminin » qui tentait de dresser l’état des lieux de la place des femmes dans « la conduite des affaires publiques et privées, ainsi que dans l’évolution des mode de vie ».

(source : bbc.com)

(source : bbc.com)

Organisée dans le cadre de la 7e édition du Forum Nouveau Monde qui s’est tenu à Paris le 9 et 10 novembre 2015 au siège de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), cette conférence a réuni sous la modération de Marjorie Paillon, journaliste à France 24, sept personnalités triées sur le volet. Si tout le monde s’accorde sur le constat qu’il faut agir sur les mentalités pour améliorer le sort des femmes, les avis néanmoins restent partagés sur les moyens d’y parvenir. Il y a ceux qui plaident pour des mesures institutionnelles au plus haut niveau et ceux qui croient que les initiatives individuelles ont leur importance.

Nathalie Loiseau (source : comite-richelieu.org)

Nathalie Loiseau (source : comite-richelieu.org)

C’est Nathalie Loiseau, directrice de l’ENA de Paris qui a lancé la première charge contre Facebook et la Silicon Valley, qui abrite le site des industries de pointe aux Etats-Unis. « Je suis perplexe quand j’entends parler du numérique, ils ont crée les plus grands emplois mais on n’y trouve pas de femme » a-t-elle déploré d’un air dépité. Et de tonner « Silicon Valley méprise les femmes ». Pour Mme Loiseau, l’élément féminin ne représente que 12 % du personnel des sociétés leaders.

Gabriela Ramos (source : oecd.org)

Gabriela Ramos (source : oecd.org)

Gabriela Ramos, directeur du Cabinet du Secrétaire général de l’OCDE, abonde dans le même sens en déplorant le fait que « tous les développeurs de Facebook sont des hommes ». Elle s’est énergiquement attaquée à l’idée selon laquelle il y aurait un lien direct entre la transformation de la société et le développement de l’industrie du numérique faisant observer que cette industrie n’emploie «aucune femme ». En outre la question du quota qui a trouvé beaucoup de partisans, a accaparé une grande partie du débat qui s’est déroulé complètement en anglais.

Louis Schweitzer (source : lesechos.fr)

Louis Schweitzer (source : lesechos.fr)

Louis Schweitzer, commissaire à l’investissement et président d’Initiative France a estimé que les résultats du quota « sont positifs » et sont un « succès en France ». Analysant ce succès Schweitzer croit savoir que « les femmes qui arrivaient dans les conseils d’administration ne sentaient pas qu’elles avaient le droit d’y avoir leur place mais de prouver qu’elles la méritaient d’où leur propension à redoubler d’efforts ».

Denise Kingsmill

Denise Kingsmill

Pour sa part Baronne Kingsmill Cbe, membre du Conseil de surveillance d’E. ON, pense que la politique des quotas ne suffit pas pour instaurer l’égalité entre les hommes et les femmes, plaidant pour une réforme des entreprises en s’appuyant sur l’exemple de Michel Landel, DG du Groupe français Sodexo (lui aussi intervenant) qui s’est astreint à une politique d’ouverture en direction des femmes. En effet le DG de Sodexo s’est montré un « féministe » invétéré, chiffres à l’appui, il montre comment la cause des femmes peut devenir « un argument d’entreprise ». Pour lui « l’égalité des gens, c’est ce qu’il faut faire » quoiqu’il affirme que 60 % de l’effectif de son entreprise sont des femmes et que 70 % des achats sont le fait de celles-ci. Landel conclut que l’employeur a un rôle à jouer pour parvenir à l’égalité effective entre les hommes et les femmes.

Janet Neo (source : linkedin.com)

Janet Neo (source : linkedin.com)

Janet Neo, directrice du développement durable de Fuji Xerox pour l’Asie-Pacifique a, quant à elle, insisté sur les pesanteurs des mentalités pointant les résistances qui se manifestent jusque dans le « vieux groupe japonais Fuji Xerox ». Selon elle une enquête a révélé que, 3, 3 % de femmes seulement étaient employées dans cette joint venture. Pis, « les femmes elles-mêmes ne comprenaient pas pourquoi l’employeur voulait changer les méthodes de management pour mettre fin à cette situation ». Malgré son exposé critique, Janet Neo ne s’est pas empêchée de regarder vers d’autres horizons, évoquant la trajectoire exceptionnelle de cette jeune femme de 26 ans, qui à Singapour, a su admirablement et sans soutien politique, s’attirer de nombreuses sympathies. Pour elle « le changement est possible, préconisant « l’action publique » mais également les initiatives liées aux individus qui estime-t-elle, ont le pouvoir de faire bouger les choses. Rappelons que le Forum Nouveau Monde est d’une périodicité annuelle, et est présidé par l’économiste Jean-Paul Fitoussi.

 

Burundi : Est-ce le début d’une guerre civile ?

[Par Diane HAKIZIMANA]

Pierre Nkurunziza (source : voaafrique.com)

Pierre Nkurunziza (source : voaafrique.com)

Qu’est-ce qui va suivre l’ultimatum lancé par le président burundais Pierre Nkurunziza aux quartiers dits « contestataires » de Bujumbura ? Lundi 2 novembre Nkurunziza a seulement donné 5 jours aux « insurgés » pour déposer les armes. Dans le cas contraire, les forces de l’ordre pourront utiliser « toutes les techniques pour mener à bien ce travail », a-t-il précisé. D’autres autorités ont proféré de pareilles menaces aux habitants surtout des quartiers comme Mutakura, Cibitoke, Nyakabiga, etc. qui se sont investis dans les manifestations contre le 3e mandat du président Pierre Nkurunziza. Il s’agit du Président du sénat, du 1er vice-président de la république et quelques ministres. Et plus d’un craint la flambée de violence surtout à ce moment où des corps sans vie sont chaque jour retrouvés dans les rues de Bujumbura.

Révérien Ndikuriyo (source : iwacu-burundi.org)

Révérien Ndikuriyo (source : iwacu-burundi.org)

« Aujourd’hui, les policiers tirent au niveau des jambes pour ne pas tuer alors qu’on leur lance des grenades. Le jour où on va leur dire « travaillez », ne venez pas pleurer », a-t-il déclaré la semaine dernière Révérien Ndikuriyo, président du sénat burundais.
Comme si cela ne suffisait pas, d’autres autorités ont renforcé le discours du président du sénat. Le mot d’ordre reste : « la recréation est finie ». « Si on attrape quelqu’un avec une arme », qu’il ne vienne pas se lamenter ». Et ceux « qui vont pleurer ou crier seront considérés comme des complices », a lâché le ministre de la Défense burundais lors d’une descente effectuée par 5 ministres le mercredi 4 novembre dans les quartiers sud de la capitale, Bujumbura.
Afin de relayer le message du président, les membres du gouvernement burundais n’hésitent pas à interpeller les administratifs de la base afin de persuader « les groupes de jeunes responsables de l’insécurité’’ de rendre les armes avant qu’il ne soit trop tard.

Melchior Ndadaye (source : africapresse.com)

Melchior Ndadaye (source : africapresse.com)

La réaction actuelle de Bujumbura fait penser à la situation qui prévalait au Burundi en 1994 juste après la mort du président Melchior Ndadaye quand le gouvernement d’alors avait lancé un ultimatum aux habitants d’un des quartiers du Nord de la capitale Kamenge. Ces derniers étaient accusés par le Pouvoir d’abriter les premiers éléments rebelles de ce qui est devenu le CNDD-FDD. La fuite des habitants de Kamenge vers d’autres quartiers à cette époque n’a rien résolu au niveau sécuritaire. Les mêmes causes produisant les mêmes effets par ailleurs, l’ultimatum lancé par le président Nkurunziza (qui a pris fin le weekend dernier) arrivera-t-il à ramener la sécurité dans le pays ? En attendant la plupart des habitants de Cibitoke et Mutakura ont décidé de quitter ces quartiers. « Il y a toujours des morts et nous pensons qu’il faut quitter les lieux pour essayer de sauver nos enfants », a témoigné l’un des habitants de ces quartiers à la RFI.
« Les propos tenus par les plus hautes autorités du Burundi laissent penser aux pires heures qu’a connues la région des Grands Lacs…».

Tom Perriello (source : dbcole.com)

Tom Perriello (source : dbcole.com)

Des termes comme « génocide » et « massacres généralisés » commencent à être utilisés. L’envoyé spécial des Etats-Unis pour les Grands Lacs Tom Perriello, dans une interview à RFI ce vendredi, n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, les propos tenus par les plus hautes autorités du Burundi laissent penser aux pires heures qu’a connues la région des Grands Lacs. Ici, Perriello fait référence au génocide des Tutsi au Rwanda. Il faut souligner que ces quartiers dits « contestataires » sont réputés peuplés de Tutsi. Selon les propos de ce diplomate, le risque est réel et malheureusement les discours des officiels mettent le Burundi dans une mauvaise passe. Inquiet de ce qui pourrait suivre, Tom Perriello appelle au dialogue de toutes les parties concernées ; « il est vraiment temps que la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est et le président Museveni activent les pourparlers. On les attend depuis trop longtemps et il est temps que toutes les parties rejoignent la table des négociations à Kampala, car le pays est sur la mauvaise trajectoire et cela nous préoccupe beaucoup », a-t-il indiqué.

L'ambassadeur adjoint de la France auprès des Nations unies, Alexis Lamek a appelé le Conseil de sécurité à «prendre ses responsabilités» concernant la situation au Burundi. AFP PHOTO/Stan HONDA

L’ambassadeur adjoint de la France auprès des Nations unies, Alexis Lamek a appelé le Conseil de sécurité à «prendre ses responsabilités» concernant la situation au Burundi.
AFP PHOTO/Stan HONDA

Même son de cloché au niveau de l’Union Africaine. Dans un communiqué rendu public le mercredi 4 novembre, la Présidente de la Commission de l’Union africaine, le Dr Nkosazana Dlamini-Zuma n’a pas caché son inquiétude. Dans ce communiqué, elle annonce être au courant de la poursuite des actes de violence au Burundi et appelle à un dialogue inclusif. Selon Madame Nkosazana Dlamini-Zuma des déclarations susceptibles d’aggraver encore la situation actuelle sont à éviter car « elles risquent d’envenimer la situation et de créer les conditions d’une plus grande instabilité, avec des conséquences dévastatrices pour le Burundi et la région tout entière ». Entre temps, un conseil de sécurité a été tenu ce lundi aux Nations Unies pour le Burundi sur la demande de la France. Cette dernière demande à la communauté internationale d’être vigilante pour que ce qui s’est passé au Rwanda en 1994 ne se reproduise pas au Burundi.

 

 

Afrique : la « guerre des élections » libres

[Par Jean-Jules LEMA MANDU]

2015 et 2016 ont été qualifiées d’«années des élections africaines». Sept consultations cette année et sept l’année prochaine. Quatorze, au total. Un bon chiffre au compteur pour un test de démocratie.

North Darfur Woman Votes in Sudanese National ElectionsElles ont eu lieu, au Togo, en mai; au Burundi, en juin; elles viennent de se dérouler, en octobre, en Guinée Conakry et en Côte d’Ivoire ; elles ont mal tourné, en Tanzanie, où elles ont été invalidées, à Zanzibar (1), en raison des fraudes supposées. Elles sont reportées au Burkina à fin novembre. Avec une seule incertitude pour la Centrafrique.

Peut-on, déjà, en établir une sorte de bilan à mi-parcours, en attendant l’entrée en jeu du Burkina, l’issue de la confusion, en Tanzanie, et la possibilité de vote en Centrafrique ?

D’abord un mot sur les élections d’avant le multipartisme, en 1990 : la victoire des dictateurs était gravée dans le marbre. Sans coup férir.

Quant aux désaccords ayant conduit aux grandes rébellions, en RD Congo, en 1964 et en Angola, en 1975 ou au déclenchement de la guerre du Biafra, au Nigeria, en 1967, ceux-ci avaient plus d’accents ethniques qu’une option sur l’idéal démocratique à atteindre.

Mais avec la chute du Mur de Berlin, en 1989, c’est comme si l’Afrique dictatoriale avait subi un choc et craqué. Sans totalement tomber, ses murs ont néanmoins encaissé d’importantes fissures. Beaucoup d’analystes continuent à  y voir une «période charnière», longue et douloureuse, inaugurant une nouvelle Afrique politique.

C’est dans cette brèche saignante qu’il faut placer la «guerre des élections» en cours. Certes, les contextes diffèrent, d’un pays à l’autre, mais l’objectif poursuivi reste le même : le triomphe de la démocratie.

Pour s’être opposés à l’amendement de la Constitution, par les présidents en place, le Burkina et le Burundi tiennent, dans ce processus, le haut du pavé. L’un est parvenu à écraser l’hydre et toutes ses têtes, tandis que l’autre, à travers un élan de contestation irrésistible, a réussi à fédérer Tutsis et Hutus contre la dérive autocratique d’un président « à la manque ».

Au Burundi, cela constitue un fait politique majeur.

Dans un tout autre registre, s’inscrit le Togo. Avec son statut à connotation dynastique. Le «fils à papa», Faure Gnassingbé, l’a emporté haut la main (58,75 %). Il ne pouvait en être autrement, dans un pays où une armée ethnique continue de jouer le rôle de «gardien du temple».

Voici la Guinée et, surtout, la Côte d’Ivoire. L’opinion était aux aguets, y craignant une nouvelle «saison de machettes». Il n’en a rien été… de dantesque. Les urnes, bon an mal an, ont tranché: Alpha Condé a été réélu (43,69 %), en Guinée, de même qu’Alassane Ouattara (83,66), en Côte d’Ivoire.

Quant aux contestations exprimées ici et là, accompagnées de tensions et de violences (il y a eu des blessés et des morts), elles sont plus liées à la douleur de l’enfantement d’une Afrique nouvelle. Le continent y sera encore confronté pour un temps.

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(1) L’archipel de Zanzibar et le Tanganyka formèrent la Tanzanie, en 1964