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Une prisonnière kurde plus que jamais en danger d’exécution après avoir accouché d’un enfant mort-né

[Par Rebin RAHMANI]

Traduction : Evin

Les dernières nouvelles de Zeynab Sakanvand, cette jeune prisonnière kurde de 22 ans enceinte et condamnée à mort dans des circonstances suspectes, sont mauvaises.

Campagne d’Amnesty International contre la condamnation à mort et la torture à l’encontre de Zeynab Sakanvand. Source : www.amnesty.org

Une source fiable et proche du dossier a dit récemment au Réseau des droits de l’homme du Kurdistan : « Zeynab a été transférée vendredi 30 septembre de la prison pour femmes d’Orumieh où elle est détenue vers un hôpital en ville où elle a donné naissance à un enfant mort né. D’après l’équipe de la maternité, le bébé était mort in-utero depuis au moins 2 jours probablement suite à un choc émotionnel violent. Zeynab a été ramenée en prison dès le lendemain malgré les risques pour sa santé.»

Toujours selon cette source : « Deux jours avant cet accouchement dramatique, Madame Malek Nouri, une camarade de prison et amie proche de Zeynab a été placée en cellule d’isolement dans l’attente de son exécution imminente. Zeynab qui est très déprimée et terrorisée par la perspective de sa probable future exécution a été fortement perturbée et nous soupçonnons que le choc émotionnel a provoqué la mort in-utero de son enfant. Deux semaines auparavant, l’infirmerie de la prison avait recommandé le transfert de Zeynab vers un hôpital en ville afin d’effectuer une échographie mais le directeur de la prison s’y était opposé. Zeynab n’a eu droit qu’à une seule et unique échographie au cours de sa grossesse au printemps dernier au cours de laquelle le fœtus avait été déclaré en bonne santé. Lundi 3 octobre, Zeynab a été convoquée au bureau d’application des peines de la prison où on lui a notifié son exécution prochaine.»

Pour rappel : Zeynab Sakanvand Lakran est née le 22 juin 1994 dans une famille kurde très pauvre et traditionaliste des environs de Makou. Elle s’est mariée avec un jeune homme de son entourage à l’âge de 15 ans et a été arrêtée à l’âge de 17 ans après seulement deux années de vie commune pour le meurtre de son époux le 1er mars 2012. Une camarade de cellule de Zeynab a raconté au Réseau pour les Droits de l’homme au Kurdistan les circonstances de ce mariage : « Les parents ultra traditionalistes de Zeynab lui ont fait vivre une enfance et adolescence difficile et elle a vu dans ce mariage avec ce garçon, qu’elle connaissait à peine, un moyen d’échapper à sa famille ». Elle s’est, dans un premier temps, enfuie avec lui avant de pouvoir l’épouser officiellement avec l’autorisation de ses parents après que la famille du jeune homme a dédommagé financièrement les parents de Zeynab. Mais loin d’avoir été comblée de bonheur par ce mariage, elle a vécu un vrai calvaire conjugal avec son époux, fait de violences psychologiques et physiques. Jusqu’à ce jour de mars 2012 où elle s’est spontanément présentée au commissariat le plus proche en affirmant avoir assassiné son mari.

L’enquête de police et l’inspection du portable de Zeynab ont révélé que cette dernière avait eu, au cours des mois précédant le meurtre, des contacts téléphoniques réguliers avec son beau frère ce qui a fortement laissé soupçonner les enquêteurs que les deux jeunes gens avaient « fait le coup » ensemble. Le beau frère a donc été arrêté et interrogé puis relâché faute de preuves.

De son côté Zeynab a été détenue dans un commissariat de Makou où elle a subi des interrogatoires musclés et des tortures physiques et morales pendant 9 jours afin de lui extorquer des aveux.
L’avocat commis d’office de Zeynab a déclaré au Réseau pour les Droits de l’Homme au Kurdistan : « L’enquête a été bâclée. Pour autant que je sache, il n’y a par exemple jamais eu de reconstitution de la scène de crime. Sachant que Zeynab est droitière, le coup de couteau porté à la gorge de la victime aurait dû présenter un mouvement partant de la droite vers la gauche alors que c’est précisément le contraire qui s’est passé. Autre fait troublant : puisque les murs de la maison étaient maculés de sang, logiquement les vêtements de Zeynab auraient dû l’être également ce qui n’était vraisemblablement pas le cas. Enfin dernier point : les empreintes digitales sur le manche du couteau n’ont jamais été prélevées. »

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Orumieh, ville de détention de Zeynab Sakanvand (Source : googlemaps)

Après le crime, Zeynab a passé un certain temps dans un hôpital psychiatrique de la ville d’Orumieh (entre mars et avril 2013) où des psychiatres ont déterminé en juin de la même année qu’elle avait la parfaite conscience de ses actes au moment du crime. Ils n’ont pris en compte ni son jeune âge ni son lourd passif.
Le procès s’est déroulé sur deux séances au tribunal de la ville d’Orumieh en présence de son avocat commis d’office et de la mère de la victime. Ce tribunal a condamné Zeynab à la peine capitale en vertu de la loi du Talion le 22 octobre 2014 après que la mère de son défunt époux a fermement refusé de lui « pardonner » ce qui lui aurait permis d’éviter la peine capitale. Son avocat a fait appel de la condamnation mais la peine de mort a été confirmée par la Cour Suprême le 20 juillet 2015.

Zeynab qui avait dans un premier temps été détenue à la prison de la ville de Khoy a été transférée à Orumieh après sa condamnation à mort. La jeune femme a assumé seule la responsabilité du meurtre pendant les trois premières années qui ont suivi son arrestation avant d’affirmer à ses co-détenues au milieu de l’année passée s’être dénoncée pour protéger le vrai coupable. Étant mineure au moment des faits, elle n’avait tout simplement « pas imaginé en arriver à être condamnée à mort.»

Son ancienne camarade de cellule conclut ainsi : « Zeynab est particulièrement dépressive et supporte très mal l’enfermement. Nous sommes très inquiets pour elle. L’année dernière, elle se sentait si seule et démunie qu’elle a épousé un prisonnier détenu à la prison pour hommes de Makou qu’elle avait rencontré par l’intermédiaire de connaissances communes. Étant tous les deux détenus, ils n’ont droit qu’à un seul et unique parloir par mois. Elle est tombée enceinte de cet homme peu après et elle avait repris espoir suite à cette grossesse de ne pas être exécutée dans l’immédiat. Maintenant que son bébé est mort, elle n’a plus aucun espoir.»

Iran : une jeune femme kurde enceinte dans le couloir de la mort

[Par Rebin RAHMANI]

Traduction par Evin

La douloureuse histoire de Zeynab, prisonnière kurde enceinte dans le couloir de la mort est un triste symbole de la condition des femmes en Iran. La vie de cette jeune femme n’a été qu’une succession d’injustices, d’oppressions patriarcales et de tragédies. 

La jeune accusée Zeynab Sakanvand Lakran Source : kurdistanhumansrights.net

La jeune accusée Zeynab Sakanvand Lakran
Source : kurdistanhumansrights.net

Zeynab Sakanvand Lakran est née au sein d’une famille très pauvre et ultra-traditionaliste le 22 juin 1994 dans un village des environs de Makou (nord-ouest de l’Iran). Mariée à l’âge de 15 ans, elle est arrêtée à 17 ans pour le meurtre de son époux après seulement deux ans de vie commune.

Avant cela,  Zeynab a vécu une enfance et une adolescence difficile pour ne pas dire cauchemardesque auprès de ses parents qui lui faisaient vivre un calvaire. Le seul moyen que la malheureuse a trouvé pour échapper à ses parents est de s’enfuir de son village pour la grande ville la plus proche avec un jeune homme avec qui elle n’avait eu pour seuls échanges que quelques conversations téléphoniques. Afin d’éviter un scandale, ses parents ont fini par se résoudre à accepter le mariage de leur fille avec ce garçon après que la famille de ce dernier leur versa une somme d’argent conséquente.

Elle qui se croyait amoureuse et qui avait naïvement espéré être heureuse avec cet homme loin de sa famille a en réalité vécu avec son époux un nouveau calvaire fait de violences physiques et morales.

La vie de Zeynab bascule le 1er mars 2012 lorsque le cadavre de son époux est retrouvé au domicile conjugal par le frère et la mère de ce dernier. Le soir même, Zeynab se présente spontanément au commissariat et explique avoir assassiné son époux après avoir été une nouvelle fois violemment battue. L’enquête de police et l’inspection du portable de Zeynab révèlent que cette dernière avait eu au cours des derniers mois des contacts téléphoniques réguliers avec son beau frère, ce qui a fortement laissé penser qu’ils avaient fait le « coup » ensemble. Le beau frère a donc été arrêté puis finalement relâché faute de preuves.

Zeynab a porté seule sur ses frêles épaules la responsabilité de ce crime pendant les trois premières années qui ont suivi son arrestation avant de changer de version dans le courant de l’année passée. Elle aurait alors confié à ses camarades de cellule s’être dénoncée à tort pour protéger le vrai coupable. Elle aurait ajouté qu’elle n’avait pas imaginé que les choses iraient aussi loin ni qu’elle serait condamnée à la peine capitale (probablement en raison de son âge au moment des faits).

En raison de sa minorité au moment du crime, Zeynab a été transférée peu de temps après son arrestation dans un hôpital psychiatrique afin de subir un examen psychologique et déterminer si elle avait ou non conscience de la gravité de son acte au moment des faits.
Les psychiatres ont alors établi la parfaite santé mentale de l’accusée sans prendre en compte ni son jeune âge ni les violences à répétition qu’elle avait subies au cours de sa vie et pendant son mariage. C’est pourquoi le tribunal l’a reconnue coupable du meurtre de son époux et l’a condamnée à mort en vertu de la loi du Tallion.
N’ayant pas les moyens de se payer un avocat afin de conduire l’affaire devant une Cour d’Appel, le Tribunal lui en a désigné un d’office. Ce dernier n’a pas pu empêcher que la peine soit confirmée par la Cour Suprême.
Une ancienne camarade de cellule de Zeynab entre temps libérée m’a récemment confié : « Zeynab est extrêmement déprimée et supporte très mal l’isolement de la prison. Elle est terrifiée par la perspective de son exécution. Comme elle n’a absolument personne sur qui compter à l’extérieur, elle a épousé l’année dernière un autre prisonnier et porte actuellement son enfant. Enceinte de 8 mois, la seule chose qui la soulage un peu est le fait qu’ « ils » ne peuvent pas l’exécuter pendant sa grossesse. »

La Loi du Talion (Œil pour Œil) en Iran est prononcée lorsque la famille de la victime refuse de « pardonner » l’accusé(e). Le sang du meurtrier ou de la meurtrière est alors versé en retour. Si la famille de la victime décide au contraire de pardonner, l’accusé(e) évite la peine capitale et une peine de prison est prononcée. Dans l’affaire qui nous occupe, la mère de l’époux assassiné insiste fortement pour que le sang de Zeynab soit versé. Devant accoucher cette semaine, cette dernière risque d’être pendue dans les jours qui viennent.

Bien qu’ayant signé la plupart des conventions internationales des Droits de l’Enfant, la République Islamique d’Iran a exécuté au cours des trois dernières années, au moins 42 prisonniers pour des crimes commis lorsqu’ils étaient mineurs.

Rebin Rahmani, la voix des Kurdes d’Iran

[Par Lisa Viola ROSSI]

« Je me sens comme déchiré entre deux mondes. Je ne peux ni me détacher de ma patrie ni totalement m’adapter à ce nouveau pays ». Il s’appelle Kareem « Rebin » Rahmani, il est kurde iranien et est exilé en France depuis deux ans et demi. L’exil, un lourd tribut qu’il a dû payer en raison de son activisme pour les droits de l’homme en Iran.

Malgré les difficultés auxquelles il a dû faire face en tant que réfugié, Rebin n’a jamais perdu l’espoir : il croit dans la possibilité de rentrer un jour en Iran. « La lutte pour la démocratie est un défi qui se joue à long terme – précise-t-il -. Il faut travailler à un niveau plus profond, à un processus de démocratisation partant du bas, à un changement de culture et de mentalité des gens, pour créer une société civique dans laquelle il est nécessaire d’enraciner le sentiment d’une urgence démocratique envers les droits des femmes et des minorités religieuses et ethniques en Iran.».

Dialogue sur les droits des minorités ethniques d’Iran (Genève, mars 2015)

Dialogue sur les droits des minorités ethniques d’Iran (Genève, mars 2015)

Dans ce but, Rebin s’est engagé avec le Réseau pour les droits de l’homme au Kurdistan, une organisation pour la défense des droits de l’homme fondée en janvier 2014 en France à l’initiative d’activistes des droits et d’avocats kurdes. « Le but est d’observer, de documenter et d’informer sur les violations des droits de l’homme dans le Kurdistan iranien. Le site du Réseau – explique Rebin – a été lancé en février 2014, mais en raison de difficultés matérielles, seule la version anglaise est pour l’instant disponible. Une version en kurde et en persan est en cours de préparation».

La page d’accueil du site http://www.kurdistanhumanrights.org/

La page d’accueil du site http://www.kurdistanhumanrights.org/

Le site de Kurdistan Human Rights Network est aujourd’hui parvenu à se faire connaître comme une source d’information fiable et sérieuse, et il compte des milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux : « Nos reportages et nos informations ont été repris par de nombreuses organisations et médias – fait savoir Rebin -. Toutefois, comme tous nos collaborateurs sont bénévoles, et que nous ne percevons aucune aide matérielle et financière, nos activités avancent très lentement. Nous espérons pouvoir pallier ces difficultés dans un avenir proche – souhaite l’activiste -, pour avancer plus rapidement dans la mise en œuvre de nos projets, comme passer par les mécanismes internationaux qui peuvent améliorer véritablement la situation des droits de l’homme au Kurdistan.»

Le peuple kurde est disloqué entre quatre pays : Iran, Irak, Syrie et Turquie. « Pour leur liberté, – rappelle Rebin – les kurdes ont payé le prix fort aussi bien sur le plan matériel qu’humain. Ce qui me donne de la force pour continuer mes activités, c’est l’ensemble de ces personnes qui ont donné leur vie pour la liberté, l’égalité et la fraternité. Parmi ces gens, – ajoute Rebin – j’accorde une place particulière aux prisonniers politiques avec qui j’ai été en contact téléphonique ces dernières années et dont malheureusement j’ai souvent été l’un des premiers à apprendre la nouvelle de leur exécution. »

Le Kurdistan (source : ddc.arte.tv)

Le Kurdistan (source : ddc.arte.tv)

Garder les contacts en Iran n’est pas du tout facile. Le gouvernement iranien arrive à ralentir la vitesse des connections internet en dérangeant les communications via Skype. Les appels, les comptes email et les profils personnels sur Facebook, Twitter et Youtube sont systématiquement surveillés. L’utilisation des antennes paraboliques est défendue : « La police du régime monte sur les toits pour les chercher – explique Rebin -. Par ailleurs, au Kurdistan, à partir de la révolution de 2009, le régime émet des ondes afin de perturber les transmissions via satellite : des ondes qui ont des effets très graves sur la santé des citoyens, comme m’a confirmé un médecin que j’ai interviewé : les avortements spontanés seraient en fait en train d’augmenter dans toute la région ».

Les conditions de vie des kurdes en Iran ne sont pourtant pas toujours connues dans les pays occidentaux, soutient Rebin : « Le silence des médias est dû au fait qu’ils craignent qu’une attention aux conditions des prisonniers politiques au Kurdistan puisse encourager les idées séparatistes ». La conséquence de cela est « un regard centralisé sur la question des droits de l’homme en Iran », considère Rebin : « Cela signifie que malgré les risques que prennent les activistes kurdes pour informer les médias étrangers et les ONG internationales, en rédigeant rapports et statistiques qui donnent la preuve des violations et des abus dans cette région, ces derniers n’y accordent pas l’intérêt qu’on est en droit d’attendre. Et voilà, les arrestations et les exécutions d’activistes politiques et sociaux ainsi que les tortures terribles subies par ces derniers continuent, dans l’indifférence de l’opinion publique mondiale ».

De son coté, Rebin se fait garant du travail dur de médiateur. « Les moments les plus pénibles et les plus marquants de ma vie ont probablement été ceux où j’ai dû annoncer aux familles des prisonniers politiques kurdes l’exécution de leur proche. J’entends encore parfois résonner à mon oreille les pleurs et les lamentations de douleur des mères et des sœurs des prisonniers. Comment est-ce possible que leur fils ou frère soit exécuté sans que les familles ne soient prévenues et ne se soient entretenues une dernière fois avec lui? Bien souvent, les dépouilles des prisonniers exécutés ne sont pas rendues aux familles qui, par conséquent, refusent de croire à l’exécution de leur proche. Elles ne peuvent pas faire leur deuil et continuent d’attendre leur retour. Les victimes et les prisonniers politiques comptent donc sur nous – explique Rebin – pour faire parvenir leurs voix au monde extérieur. Cet espoir qu’ils ont placé en nous, rend notre tâche plus difficile encore. Nous espérons être à la hauteur de la mission et que les institutions et médias internationaux nous aideront à faire parvenir ces voix au monde entier ».

Rebin cultive cet espoir depuis des années. C’est en 2006, à l’époque du président réformiste Khatami, que la vie de Rebin a définitivement changé. Il n’était qu’un étudiant, mais aussi le rédacteur en chef d’un journal des étudiants kurdes, “Rojhelat”, “Orient”.

Rebin Rahmani

Rebin Rahmani

C’est à cette époque que Rebin décide, avec un compagnon sociologue, de mener une étude sur les causes de la toxicomanie, le SIDA et la prostitution à Kermanshah. Pendant environ six mois, ils conduisent des interviews vidéo de toxicomanes. C’est là qu’ils prennent conscience de la recrudescence de ces problèmes, une tendance systématique qui serait délibérément planifiée par la République islamique elle-même. A côté de l’Université de Razi de Kermanshah, dans le quartier résidentiel de “Bagh Abrisham”, “Le jardin de soie”, Rebin et son collègue filment une quarantaine de toxicomanes qui chaque jour frappent à la porte d’une sorte de kiosque pour obtenir de la drogue. Le voisinage les informe qu’il a déjà fait appel aux autorités mais sans obtenir de réponse. « Certains nous ont par ailleurs signalé le rôle de certains fonctionnaires de Renseignement de la ville de Kermanshah dans le trafic de drogue dans la région, drogue destinée aussi à la Turquie », précise Rebin. Plus tard, pendant un interrogatoire auquel Rebin sera soumis, un fonctionnaire lui dira : « Quel imbécile vous êtes de vous battre pour ces gens! Nous les avons fait devenir toxicomanes, et ils ne se soucient plus de ce qui se passe autour d’eux ! ».

Le 19 novembre 2006 Rebin a été arrêté par la police sur la route entre Kermanshah et Sarpol-e Zahab. Les fonctionnaires trouvent dans son sac des livres politiques. Il découvre qu’il était recherché. C’est exactement en ce moment-là que son calvaire commence. Un calvaire de deux ans durant lequel il passe de cellule en cellule, sous torture physique et psychologique permanente. Son arrêt est confirmé sous la surveillance du service au Renseignement. En mars 2007, deux jugements seront prononcés contre lui : activités contre la sécurité nationale et propagande contre l’Etat. Ils se traduisent en une peine de prison de cinq ans, réduite en appel à deux ans. Pas de remise sur les tortures, ce qui le conduit à une tentative de suicide. Rebin sort de la prison Dizel-Abad de Kermanshah le 7 novembre 2008. Malgré les convocations continuelles par les services secrets – l’Intelligence-, il commence sa collaboration avec l’organisation Activistes pour les droits de l’homme en Iran, sous le pseudonyme d’Hiva Shalmashi. Après sa libération, sa vie n’est plus comme auparavant : « Je me suis rendu à l’Université – rappelle-il -, où j’ai été informé de ma radiation. Chaque personne que je rencontrais, était convoquée et interrogée par l’Intelligence qui lui recommandait de n’avoir aucun contact avec moi. C’était dur ». Après l’exil de son frère, lui aussi activiste, les pressions de la part des fonctionnaires des services secrets augmentérent. « Mon activisme est la chose la plus importante de ma vie – dit Rebin -. Les tortures que j’ai pâties en prison, m’obligent à répondre maintenant à un devoir: aider les autres prisonniers. En Iran je ne pouvais pas faire cela, parce que j’étais sous surveillance. Donc, en mars 2011, j’ai quitté mon Pays ».

Rebin a traversé à pied la frontière montagneuse du Kurdistan d’Iran et le Kurdistan irakien avec un groupe de “passeurs” (passeurs de marchandises et d’hommes) jusqu’au moment où les forces iraniennes ont commencé à tirer sur eux. « Je me suis retrouvé complètement seul. Il faisait nuit, il y avait de la neige, j’ignorais que j’étais dans une zone minée. Mais je suis arrivé en Irak ». Une fois à Erbil, Rebin s’est adressé au bureau de l’UNHCR : « Je n’avais pas l’intention de partir pour l’Europe et je suis resté sans titre de séjour dans le Kurdistan d’Irak un an et demi ; jusqu’au jour où j’ai subi des pressions du régime en place, opposé à mes activités : c’était pour préserver ma vie; mais également pour préserver les intérêts du pouvoir irakien qui collabore avec les autorités iraniennes ». En même temps les services secrets iraniens menaçaient la famille de Rebin, restée en Iran et lui aussi était menacé à nouveau. « Je me suis rendu à l’ambassade française et grâce à une lettre de soutien de Reporters sans frontières, j’ai reçu les papiers nécessaires et je suis parti immédiatement. Quatre mois après mon arrivée en France, j’ai découvert la Maison des journalistes où j’ai été enfin accueilli jusqu’au moment où j’ai reçu mon statut de réfugié ». Et maintenant en France, à cinq mille kilomètres de sa terre natale, Rebin cultive opiniâtrement sa foi dans le pouvoir de la connaissance, de la vérité, pour les droits de son peuple.

Pour en savoir plus sur le Kurdistan Human Rights Network : www.kurdistanhumanrights.org