Articles

Hong Kong. L’Apple Daily, symbole d’une presse à l’agonie

Le quotidien Hongkongais Apple Daily a annoncé jeudi 17 juin 2021 la fin de parution du journal, confirmant un peu plus l’agonie de la liberté d’expression dans la région administrative spéciale chinoise.

  •   Par. Ange Fabre, étudiant en droit et science politique, stagiaire à la rédaction de l’Oeil de la Maison des journalistes. 

Ce journal incarnait l’esprit du mouvement pro-démocratie à Hong Kong et doit la fin de sa parution aux manœuvres de Pékin. Cela confirme la tendance dans la région où le principe “un pays, deux systèmes” sera bientôt un souvenir. Les libertés dont jouissaient les Hongkongais disparaissent les unes après les autres. 

L’emprise de Pékin sur Hong Kong se durcit de jour en jour. Tout d’abord, le 4 juin les autorités chinoises ont interdit la commémoration annuelle des évènements de Tian an Men. Cette première mesure brutale vient renforcer un contexte de répression des aspirations démocratiques. En effet, depuis un an désormais la loi de sécurité nationale, contre laquelle les hongkongais se sont battus l’année passée, est effective. Cette loi a considérablement renforcé les pouvoirs de la police qui, pour tout motif de soutien à Taiwan, au Tibet, au Xinjiang ou à l’indépendance de Hong Kong, peut perquisitionner sans mandat, arrêter, supprimer ou censurer tout contenu en ligne subversif. Depuis le 24 juin, c’est cette fois le principal journal d’opposition au pouvoir exécutif à Hong Kong qui a cessé son activité. L’emprise de Pékin sur l’ancienne colonie britannique se resserre et la liberté de la presse se meurt. 

Le jeudi 17 juin, les policiers effectuaient une intervention au siège du quotidien, confisquant ordinateurs, bloc notes et disques durs et arrêtant cinq cadres du journal. Les autorités de la région administrative spéciale ont également gelé les avoirs du propriétaire de l’Apple Daily, le milliardaire pro-démocratie Jimmy Lai. Ce dernier a été condamné en mai dernier à 14 mois de prison. D’autres procès et probables condamnations l’attendent pour avoir encouragé les manifestations contre la loi de sécurité nationale en 2019 et 2020 ainsi que pour être le propriétaire d’un quotidien de presse très critique envers Pékin.  Cinq cadres de l’Apple Daily ont été arrêtés pour collusion avec des forces étrangères en vue de porter atteinte à la sécurité nationale de la Chine. 

Le propriétaire de l’Apple Daily est aujourd’hui enfermé, il a été condamné en avril dernier à 14 mois de prison pour sa participation aux manifestations de 2019, d’autres procès l’attendent. Le quotidien est également privé de ses fonds par le gel des fonds économiques de son propriétaire Jimmy Lai  et de ses rédacteurs, il était prévisible qu’il cesse toute parution. L’Apple Daily a finalement écrit sur son site internet le 23 juin  : « Apple Daily a décidé que le journal cessera ses activités à partir de minuit et que le 24 juin sera son dernier jour de publication ». Le dernier tirage de l’Apple Daily a connu un record de vente historique, plus d’un million de journaux écoulés, signe que la population de Hong Kong ne reste pas indifférente. Le rédacteur en chef de l’Apple Daily, Fung Wai-Long, a été arrêté le dimanche 27 juin à l’aéroport au nom de la loi de sécurité nationale. Il tentait de quitter le territoire, il est désormais le septième cadre du journal détenu par les autorités.  

Depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine, les libertés ne cessent de se réduire comme peau de chagrin sous l’impulsion du Parti Communtse Chinois qui souhaite faire disparaître l’exception politique que constitue Hong Kong en Chine. La liberté de la presse y est particulièrement menacée depuis plusieurs années. En 2002, Hong Kong figurait à la 18ème place au classement annuel de la liberté de presse établi par Reporter Sans Frontières, aujourd’hui la région autonome occupe le 80ème rang, la Chine en est au 177ème sur 180 pays. 

 


En 1997, le Royaume-Uni rétrocède à la République Populaire de Chine le territoire de Hong Kong qu’il administrait jusqu’alors depuis les guerres de l’opium. Au moment de la rétrocession, Deng Xiaoping, alors leader de la République populaire de Chine prévoit que soit établi le principe “un pays, deux systèmes”, à Hong Kong le système capitaliste sera préservé par exception sur le territoire chinois pour les cinquante ans suivant la rétrocession. La ville jouit du statut de « Région administrative spéciale » et a longtemps bénéficié d’un système politique, législatif et économique différent du reste de la Chine. Cependant depuis plusieurs années ces libertés politiques ne cessent de se morceler. A Hong Kong, le chef de l’exécutif, aujourd’hui Carrie Lam, n’est pas élu au suffrage universel mais par un conseil électoral composé de manière favorable à Pékin, les députés au Conseil législatif ne sont que 20% à être élus directement par la population Hongkongaise.  

Depuis la rétrocession de 1997, les droits de la liberté de la presse se réduisent. 

Alors que la presse était libre et florissante à la fin des années 1990, aujourd’hui, le dernier quotidien d’opposition parmi la quarantaine de journaux officiellement disponibles à Hong Kong a mis la clef sous la porte.


 

La chef de l’exécutif à Hong Kong, Carrie Lam a déclaré au sujet des mesures prises contre le quotidien que «Critiquer le gouvernement de Hong Kong n’est pas un problème, mais s’il y a une intention d’organiser des actions incitant à la subversion du gouvernement, alors bien sûr, c’est différent». L’argument est là : selon l’exécutif Hongkongais les critiques proférées par l’Apple Daily à l’encontre du gouvernement chinois sont des “tentatives de subversion du gouvernement ».  Ce terme flou qui peut regrouper n’importe quel acte un tant soit peu critique permet désormais aux autorités hongkongaises de censurer brutalement la liberté de la presse, en s’appuyant sur la loi.

 L’Union Européenne et les Etats-Unis ont critiqué ces mesures, demandant de cesser ces atteintes manifestes à la liberté de la presse et la liberté d’expression. Carrie Lam a tenu à contredire dans la foulée ces accusations,  « N’essayez pas d’accuser les autorités de Hong Kong d’utiliser la loi sur la sécurité nationale comme un outil pour supprimer les médias, ou pour étouffer la liberté d’expression (…) Toutes ces accusations portées par le gouvernement américain, je le crains, sont fausses.” Ces affirmations ne nous disent cependant pas en quoi le droit à la critique exercé par le quotidien impliquait de prendre de telles mesures ni en quoi les accusations occidentales sont fausses. Tout porte à croire que la loi de sécurité nationale est bel et bien un outil de contrôle des médias à Hong Kong, les mesures brutales prises contre l’Apple Daily et son propriétaire en sont une preuve accablante. 

Alors que le mouvement de 2019 à Hong-Kong avait fait naître de l’espoir pour l’avenir de la région face à l’ombre de Pékin, l’horizon semble aujourd’hui bien sombre pour la liberté dans la zone administrative spéciale. La Chine continentale étend son emprise sur l’ancienne concession britannique et les libertés dont jouissaient les habitants de cette dernière s’éteignent à petit feu, devant une communauté internationale apathique. 

 

D’autres articles 

Hong Kong: comprendre la crise par la liberté de sa presse

Alors que la Chine est classée 177 sur 180 dans le classement de la liberté de la presse de Reporters sans Frontière (RSF), la presse de la région administrative spéciale de Hong Kong a elle, pendant longtemps, bénéficié de son système libéral. Mais depuis la rétrocession en 1997, la donne a drastiquement changé. Hong Kong a chuté de la 18e place en 2002 à la 73e cette année. Les manifestations se déroulant depuis 3 mois à Hong Kong pourraient annoncer un tournant décisif pour le futur de la presse.

Grâce au « un pays, deux systèmes », Hong Kong a longtemps accueilli les grandes agences de presse étrangère (AFP, Reuters pour ne citer qu’eux). Les réseaux Internet ne souffrent pas non plus du Grand Firewall chinois : des sites comme Google ou Facebook sont accessibles sans compromis. Mais derrière cette façade, la presse subit depuis les années 2000 de graves attaques de son voisin communiste.

Définitivement abandonné le 4 septembre, le projet de loi d’extradition vers la Chine a été pointé du doigt dès son annonce par les organismes de défense des droits de la presse comme étant une menace importante pour les journalistes hongkongais et leurs sources. Jusqu’ici, la Chine organisait des kidnappings pour ramener sur son territoire des opposants à l’étranger, mais le nouveau projet de loi menaçait, avec l’accord avec les autorités hongkongaises, de permettre des extraditions par la voie légale.

Hong Kong, un îlot pour la presse libre en Asie

En juillet 2018, on comptait à Hong Kong 78 quotidiens de presse, pour la majorité en langues chinoise ou anglaise. Ils cohabitent depuis toujours, à l’image de la société hongkongaise, une grande variété d’opinions dans la presse. Le grand clivage politique étant la relation avec la Chine, entre les médias dit pro-démocrates (Apple Daily, Passion Times) et les médias pro-chinois (Sing Pao Daily News, The Standard, Sing Tao Daily). Cependant, les sensibilités de ces médias varient également sur les questions politiques, libérales, internationales ou sociales.

En parallèle, deux journaux sont contrôlés par Pékin via le Bureau de liaison à Hong Kong (Wen Wei Po, Ta Kung Pao). Ces quotidiens diffusent la vision officielle de l’actualité mondiale et nationale du Parti communiste chinois (PCC), mais selon un sondage de l’Université chinoise de Hong Kong, ils sont considérés aux yeux des Hongkongais comme les journaux les moins crédibles.

Michel Bonnin dans l’émission d’Arrêt sur Images du 23 août 2019

Au départ opposé au projet de loi qui menaçait leur liberté économique, le milieu des affaires a ensuite fait marche arrière pour s’aligner avec la Chine après que le régime leur ait rappelé que c’est du marché économique chinois dont ils dépendent.

Des journaux hongkongais déjà sous influence chinoise

Fin 2015, le rachat du South China Morning Post (SCMP), le quotidien anglophone le plus important de Hong Kong par le groupe Alibaba (plateforme de vente Chinois) a mis en lumière la fragilité de l’indépendance des médias.

Depuis, le journal a été à plusieurs reprises accusé de collaboration avec les autorités chinoises. En juillet 2015, Zhao Wei est arrêtée et retenue prisonnière pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ».

Un an après cette avocate et activiste des droits de l’Homme en Chine sort de prison mais reste sous le coup d’une importante surveillance. Au moment de sa libération, le SCMP publie alors les confessions de la jeune avocate qui explique « réaliser d’avoir emprunté un chemin dangereux et souhaite se repentir. Je ne suis plus la même personne. »

Ni son avocat, ni son mari n’avait pu obtenir le droit de s’entretenir avec elle depuis son incarcération.

Même histoire pour Gui Minhai, écrivain suédois d’origine chinoise qui travaillait pour la librairie hongkongaise Causeway Bay Books. Entre octobre et décembre 2015, cinq employés sont enlevés, dont Gui Minhai, kidnappé lors d’un voyage en Thaïlande. Début 2016, les cinq libraires réapparaissent à la télévision nationale. Ils confessent plusieurs délits, expriment leurs regrets puis purgent leurs peines. Gui Minhai est le dernier des cinq libraires à être libéré en octobre 2017 mais il est interdit de sortie de territoire.

Quelques mois plus tard, nouveau rebondissement, Gui Minhai retourne en prison. Prétextant une visite médicale, des diplomates suédois auraient tenté de l’extraire du pays mais les autorités chinoises l’ont intercepté avant.

« Gui a insisté pour l’interview [avec le SCMP], il souhaite dire la « vérité » au public » – Au South China Morning Post on reste évidement septique, on met des guillemets autour de « vérité »

C’est à ce moment que le journal hongkongais South China Morning Post intervient.

Dans un article publié en février 2018, le bouquiniste hongkongais réapparaît dénonçant une machination de la Suède qui l’aurait piégé. « J’ai honte de mon comportement. J’ai commis beaucoup d’erreurs (…) Je souhaite à ma famille une vie heureuse. Ne vous inquiétez pas pour moi. » « J’aimerais désormais rester vivre en Chine. (…) Je souhaite que le gouvernement suédois cesse de me contacter et arrête de dramatiser mon cas. »

C’est la seconde confession de Gui Minhai mais celle-ci ne convainc pas sa fille, Angela Gui, plus que la première. Depuis 2015, elle dénonce sa détention comme politique et exige le retour de son père.

En avril, Tammy Tam, rédactrice en chef du SCMP lui répondait dans un éditorial : « Nous vous assurons catégoriquement que nous n’avons pas collaboré avec les autorités chinoises. (…) En tant que journalistes, nous faisons couramment face à des décisions difficiles. Ici, nous avons dû choisir entre interviewer votre père dans ce cadre contrôlé ou ne rien faire. »

Mais cette déclaration d’indépendance de la rédactrice en chef sonne faux alors qu’en 2015, 6 mois avant le rachat du journal, quatre éditorialistes du SCMP, connus pour leur opposition au régime chinois, étaient forcés de quitter la rédaction.

Dans un éditorial, le Asia Sentinel (journal où travaille également Philip Bowring, un des éditorialistes écartés du SCMP) soupçonnait déjà le Bureau de liaison à Hong Kong, souvent taxé d’être un organe d’influence chinois, d’être derrière ces évictions.

Les confessions forcées, un « classique » des médias chinois

Les confessions publiques comme celles qu’on fait Zhao Wei et Gui Minhai sont très répandues dans les médias chinois, elles sont réalisées en collaboration avec les autorités et diffusées aux heures de grande écoute de la télévision publique chinoise.

En réalité, ces confessions sont produites sous la menace et représentent une des nombreuses pratiques utilisées par le régime pour tisser la toile de sa propagande. Celles-ci n’ont jamais fait illusion à Hong Kong ou à l’international et visent majoritairement le public chinois sensible à la propagande du PCC.

Mais voir apparaître ce type de pratique propagandiste à Hong Kong, dans un média pourtant censé être indépendant du pouvoir, semble indiquer que la Chine continentale a déjà commencé à reprendre la main sur la presse hongkongaise.

Dans un article pour la revue Made in China en novembre 2018, Magnus Fiskesjö, anthropologue et ami de Gui Minhai estimait la réputation du journal définitivement ternie: « Ces récentes affaires montrent que le South Chinia Morning Post [depuis son rachat par Alibaba] ne peut désormais plus être considéré comme une organisation de presse indépendante. »

Une opinion qui semble partagée par les Hongkongais, alors même que le journal était auparavant perçu comme le quotidien le plus sérieux de la presse. Selon un sondage de l’Université chinoise de Hong Kong, le SCMP est le journal qui a le plus perdu en crédibilité entre 2003 et 2016.

Un nouveau journalisme d’opposition

En réponse à la pression chinoise grandissante, de nouveaux médias web au financement alternatif sont apparus avec une ligne radicalement opposée à la rétrocession de Hong Kong.

Extrait d’une manifestation du 5 août filmé à 360° par Hong Kong Free Press

Né dans le sillage de la Révolution des parapluies de 2014, Hong Kong Free Press (HKFP) est un journal web anglophone.

Ce média fonctionne par donation, selon un modèle non lucratif et affiche une transparence sur ses finances. Sa couverture alternative des manifestations de 2019 diffère du reste de la profession, les journalistes filment les rassemblements et affrontements au côté des manifestants.

FactWire est une agence de presse bilingue apparue en 2016. Elle se concentre sur l’investigation des affaires nationales et fonctionne sur un modèle économique similaire à HKFP. Sa première enquête exposa les graves défauts de qualité des rames de métros hongkongaises importés de Chine continentale. Depuis le début des manifestations, FactWire couvre les cas de violences policières en recoupant le déroulé des événements grâce aux dizaines de vidéos disponibles sur la toile.

Face à une influence chinoise de plus en plus présente, ces nouveaux médias entendent peser sur le marché de l’information hongkongaise en mettant en avant la liberté d’expression, la démocratie et les droits de l’Homme contre le système chinois. Un climat de peur entretenu par des attaques contre les journalistes.

Des journalistes pro-démocratie pris pour cible

Kevin Lau au club des correspondants internationaux de Hong Kong le 9 mai 2015

« On m’a souvent demandé ces deux dernières années si la presse à Hong Kong était en danger. Maintenant, je crois que la réponse est claire comme de l’eau de roche. Elle l’est. »

Le Ming Pao est un des plus gros journaux de la presse hongkongaise, de tendance plutôt libérale et en faveur de l’ouverture vers Pékin. En 2014, le journal participait à une enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) sur les paradis fiscaux mis en place par le gouvernement de Xi Jinping et le PCC [Parti Communiste Chinois].

Le 26 février 2014, Kevin Lau, rédacteur en chef au Ming Pao est attaqué au couteau alors qu’il sortait de sa voiture. Deux hommes appartenant aux triades hongkongaises lui infligent de multiples blessures au dos et aux jambes.

Pour la sphère politique, aucun lien ne peut être établi entre l’attaque de Kevin Lau et une atteinte à la liberté de la presse. Mais le Ming Pao, rejoint par toute la profession journalistique, dénoncent alors cette attaque comme un crime contre la liberté de la presse.

Mais cette attaque rejoint la liste grandissante des violences contre les journalistes depuis la fin des années 90.

  • En 1996, le journaliste Leung Tin-Wai se fait mutiler au hachoir dans son bureau de travail.
  • En 1997, Albert Cheng, journaliste de radio se fait poignarder dans le parking de son lieu de travail.
  • Chen Ping éditeur du magazine iSun Affairs subit un passage à tabac en 2013
  • Deux jours plus tard le patron de l’Apple Daily, Jimmy Lai, retrouve une machette et une hache en guise d’avertissement à son domicile vandalisé.

Tous partagent une opinion opposée à la rétrocession de Hong Kong.

La question du mobile de l’attaque s’est ensuite posée. À ce moment là, Kevin Lau et la rédaction du Ming Pao collabore avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) pour une enquête sur les montages fiscaux organisés par l’élite politique chinoise du PCC.

Une corrélation qui n’a pas été plus approfondie, n’ayant aucune preuve que l’attaque ait été commandée depuis la Chine, les organisations de protection des journalistes ont préféré écarter toute hypothèse prématurée.

Après 11 arrestations et 2 condamnations, l’enquête n’est finalement pas parvenue à déterminer de commanditaire, cependant ces même triades hongkongaises sont depuis réapparues à plusieurs reprises. Contre le mouvement pro-démocrate en fin 2014, et également le 22 juillet dernier où cette fois-ci, elles ont été aperçues collaborant avec les forces de police hongkongaise dans de nombreuses vidéos amateur compilées par le New York Times.

La rétrocession de Hong Kong en 1997 a porté un grand coup au journalisme hongkongais et les affaires d’ingérence se sont succédées. Face aux pressions chinoises, le modèle libéral hongkongais ne semble pas capable de protéger la liberté de sa presse et tend au contraire, sous la pression, à collaborer avec Pékin. Reste la société hongkongaise, qui elle, après 14 semaines de mobilisation, ne semble pas l’entendre de cette oreille.

Une présence massive sur les réseaux sociaux et un important retour du journalisme citoyen

Si la situation pour la presse semble s’assombrir à Hong Kong, la mobilisation elle ne semble pas diminuer.

Alors que les manifestants étaient quelques dizaines de milliers dans les rues en 2014, les cortèges ont rassemblé cette année près de deux millions de personnes mi-juin et 1,7 million le 18 août, alors même que le mouvement tend à se radicaliser.

Dans Le Temps du débat sur France Culture, Eric Sautedé, analyste politique basé à Hong Kong, évoque un soutien populaire de près de 80% et une mobilisation de 25% des citoyens (pour une population de 7,4 millions).

« Be Water »: slogan phare de la mobilisation

Dans ce contexte, le mouvement a développé une présence d’une importance sans précédent sur les réseaux sociaux.

La communication autour des mobilisations, empreinte de culture asiatique, est massive et a largement dépassé les frontières chinoises (voir thread twitter du photojournaliste Maxime Reynié sur les visuels partagées sur les réseaux)

Suivant le modèle du réseau de journalisme citoyen Indymedia en Europe et Amérique du Nord (ensemble de médias citoyens locales de tendance de gauche radicale), In-Media version hongkongaise s’est développé à Hong Kong de façon collaborative depuis 2004.

Alors que le journalisme citoyen à connu un fort déclin en Occident au profit des réseaux sociaux, In-Media a continuer à fonctionner au gré des mobilisation contre la gouvernance chinoise.

Le site de In-Media connaît depuis le début des manifestations des pics d’affluence (classé 82.000e début juin, inmediahk.net est aujourd’hui 38.000e mondial selon les statistiques de trafic Web Alexa) tandis que la page Facebook compte elle plus de 560.000 abonnés.