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Liban, un lieu de transit pour les journalistes en exil?

Bien-connu dans la région pour sa tolérance en matière de liberté de la presse, le Liban accueille de nombreux journalistes en exil des pays voisins. Pourtant, de nombreux défis à plusieurs niveaux entravent le travail des journalistes en exil. Conséquence, ils arrivent au Liban mais ils ne souhaitent pas s’installer.

Situé dans une région où la plupart des pays figurent en rouge ou en noir selon la carte du RSF World Press Freedom Index, le Liban apparaît comme un lieu sûr pour les journalistes qui cherchent un refuge proche pour continuer leur travail.

Pourtant, hors de ce contexte, la liberté d’expression au Liban a des limites majeures. De nombreux défis nuisent à l’exercice du journalisme de manière indépendante, libre et, surtout, en toute sécurité. Face à ce double scénario, de nombreux journalistes en exil arrivent au Liban mais leur séjour n’est que temporaire.

2019 RSF World Press Freedom Index

Des défis à plusieurs niveaux pour la liberté de la presse

Classé au 101e rang dans le World Press Freedom Index 2019 de Reporters Sans Frontières (RSF), le Liban est confronté à de nombreux défis, notamment en termes de politisation. Ce que le docteur Suad Joseph appelle dans ses recherches «La familiarisation politique au Liban» constitue un obstacle majeur au développement d’un paysage médiatique libre et indépendant.

Dans leur rapport intitulé “Lebanese Media – A Family Affair”, the Media Ownership Monitor lancé au Liban par RSF et la Fondation Samir Kassir expose en détail le contrôle des médias libanais par des groupes politiques clés et de riches clans de famille.

Les principales conclusions indiquent un paysage médiatique hautement politisé, ce qui joue un rôle crucial dans la formation de l’opinion publique. En outre, divers cas d’agressions de journalistes montrent la situation précaire de la liberté de la presse dans le pays.

Entre autres, le Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ) au Liban a dénoncé l’assaut par des soldats libanais de quatre journalistes couvrant une manifestation à Beyrouth le 23 décembre 2018. Le Centre Samir Kassir eyes (SKeyes) surveille constamment les difficultés des journalistes au Liban et dans la région.

“Chaque fois que vous êtes journaliste ici et que vous êtes victime d’une attaque, vous pouvez être sûr que personne ne tiendra pour responsable la personne qui vous a attaqué,” Ayman Mhanna, directeur exécutif de SKeyes déclare à MDJ.

L’impunité est prédominante et la législation en la matière est extrêmement élastique et arbitraire au Liban. « Nous sommes actuellement confrontés à une période de poursuites judiciaires très fréquentes à l’encontre de journalistes, sur la base de définitions très vagues« , ajoute Mhanna.

Le Liban a également une longue histoire d’assassinats de journalistes. L’assassinat de l’éminent journaliste libanais Samir Kassir le 2 juin 2005 montre bien les risques énormes auxquels les journalistes sont exposés, en particulier en période de profonde division politique. Depuis 1992, neuf journalistes ont été tués, quatre d’entre eux ont été ciblés pour meurtre et quatre autres ont été assassinés en toute impunité selon la CPJ au Liban.

La lutte pour promouvoir la liberté d’expression

En même temps, le Liban se démarque dans la région par certaines initiatives en faveur de la liberté d’expression.

La Fondation Samir Kassir et ses différents projets ont notamment pour objectif de renforcer la liberté de la presse dans le pays et dans la région.

Chaque année depuis 2006, le Prix Samir Kassir pour la Liberté de la Presse rend hommage aux journalistes de la région pour leur travail. Financé par l’Union européenne, il est devenu l’un des prix des médias les plus prestigieux dans les régions MENA et du Golfe. La MDJ s’est entretenue avec le lauréat du prix 2019 dans la catégorie des opinions, Roger Asfar.

Originaire de Syrie, Asfar analyse de manière critique dans son article « Captain Majed or the Father Commander » le concept de héros inculqué dans l’esprit des Syriens depuis leur enfance. Il suggère de rompre avec lui pour le développement d’une véritable société démocratique.

Basé à Beyrouth depuis 2008, Asfar concentre actuellement ses travaux sur les questions religieuses et sociales contemporaines, tout en continuant à écrire des articles sur la Syrie et les réfugiés syriens. « Le nom de Samir Kassir, qui porte ce prix, me donne fierté et motivation pour entreprendre un travail journalistique libre et indépendant » Asfar déclare.

« En outre, le sens de la reconnaissance de la part de l’Union européenne et de la Fondation Samir Kassir construit la bonne réputation du journaliste, renforce sa confiance en lui et l’encourage à faire face aux difficultés du travail journalistique« .

Le Liban, un refuge pour les journalistes en exil?

En raison de ce double scénario, où des initiatives courageuses en faveur de la liberté d’expression sont contrebalancées par des épisodes récurrents d’intimidation de reportages indépendants et libres, le Liban accueille de nombreux journalistes des pays environnants, mais seulement de manière temporaire.

Pour les journalistes exilés au Liban, leur sécurité est une préoccupation majeure. En particulier pour les Syriens, le risque perçu est très élevé. Peur constante et menaces « Je ne me sens pas en sécurité ici » déclare la journaliste syrienne Naama al-Alwani.

« Après avoir reçu trop de menaces sur les médias sociaux ou par téléphone, j’ai arrêté de publier. » Al-Alwani souhaite vivement quitter le Liban et poursuivre son travail dans un environnement plus sûr. « J‘étais en danger en Syrie et je ne veux plus être en danger « .

Ahmad Alqusair, un autre journaliste syrien poursuivant inexorablement son travail de journaliste indépendant au Liban, explique à MDJ certaines des raisons de cette peur constante. « La peur provient principalement du régime syrien et de son implication dans l’environnement libanais » déclare-t-il. « Le Hezbollah et les services de sécurité libanais constituent des menaces majeures pour les journalistes et les activistes syriens.« 

En conséquence, la plupart des journalistes et des activistes syriens doivent quitter le Liban. La plupart d’entre eux sont maintenant partis vers d’autres pays. Bassel Tawil, ancien journaliste et activiste syrien basé à Paris, se souvient de son séjour au Liban comme une période extrêmement angoissante. « J’ai perdu mon portefeuille alors je suis entré dans le pays sans papiers. Tous les points de contrôle dans le pays pourraient me retenir et me renvoyer en Syrie, où je suis recherché par le régime syrien » explique-t-il.

« Il y a de nombreux cas de personnes renvoyées en Syrie par le gouvernement libanais ou après avoir été kidnappés par Hezbollah« . « Par exemple, je connais personnellement un groupe de Syriens qui souhaitaient se rendre en Turquie par voie maritime. Malheureusement, le capitaine était un membre du Hezbollah. Il les a donc plutôt conduits dans la ville portuaire syrienne de Lattaquié, où ils ont été remis à la Sécurité Syrienne. L’un d’eux était mon ami; il était pharmacien et militant. Sa famille a reçu son corps après seulement une semaine.

Éviter les sujets sensibles

« Tristement, le paysage médiatique au Liban s’est dégradé« . Alqusair poursuit: « Ce pays n’est pas libre pour les Libanais, imaginez pour les Syriens…« 

Quand ils arrivent au Liban, les journalistes exilés ne sont pas libres de couvrir un certain nombre de sujets sensibles, comme ceux liés à la politique, religion, prisonniers et enlèvements.

La Sûreté de l’Etat libanais, l’un des quatre principaux appareils de renseignement et de sécurité au Liban, a régulièrement menacé des journalistes qui osent couvrir ces sujets. C’est notamment le cas du journaliste syrien Abdelhafiz Al Houlani. Selon l’Association des Journalistes Syriens, il a été arrêté le 19 novembre 2018 après avoir signalé des cas d’avortements anormaux dans le camp de réfugiés d’Arsal au nord du Liban.

Au-delà des préoccupations de sécurité

La sécurité n’est pas la seule raison du phénomène actuel des journalistes exilés ne venant que temporairement au Liban. Ayman Mhanna, directeur exécutif de SKeyes, souligne notamment les problèmes juridiques liés à la résidence et au permis de travail. « Obtenir les papiers pour pouvoir travailler légalement dans le pays peut être assez coûteux et lent » explique-t-il.

Par exemple, le journaliste syrien Alqusair a déclaré qu’il n’avait obtenu son permis de séjour qu’après un an à compter de son arrivée. Par conséquent, de nombreux journalistes qui entrent légalement dans le pays finissent facilement par travailler sans documentation.

« Outre ces obsttacles juridiques » ajoute Mhanna, « il est indéniable que le discours officiel des autorités libanaises est très hostile aux réfugiés.« 

La présence de ce climat anti-réfugiés constitue sans surprise une source supplémentaire de vulnérabilité des journalistes en exil au Liban. Parmi tous ces éléments, il convient tout aussi de mentionner la pression financière exercée sur les journalistes exilés au Liban. Dans un pays également confronté à une crise économique, les médias manquent souvent de fonds et ne peuvent pas payer beaucoup. S’installer au Liban ne garantit donc pas la stabilité financière des journalistes. 

Explorer les nombreuses facettes en termes de liberté de la presse dans un pays traditionnellement perçu comme plus libéral par rapport à la région environnante conduit à nuancer ce point de vue. Malgré la présence d’initiatives distinguées soutenant la liberté d’expression, les défis restent nombreux.

Les journalistes libanais et exilés opèrent dans un paysage médiatique hautement politisé, où les sujets sensibles doivent être évités et les menaces d’attaques sont récurrentes. Les journalistes exilés sont confrontés à des défis supplémentaires.

Pour les Syriens en particulier, le risque perçu pour leur sécurité est très élevé. Plus généralement pour tous les journalistes exilés au Liban, leur statut juridique, leur indépendance financière et le climat de plus en plus anti-réfugiés représentent une préoccupation constante.

En conséquence, les journalistes en exil qui ont été forcés de quitter leur pays d’origine pour leur travail ne souhaitent pas s’installer ici. Le Liban représente plutôt une étape dans leur long voyage à la recherche d’un lieu où continuer de rechercher et de rapporter la vérité librement, indépendamment et en toute sécurité.

  • « Le régime nous faisait une guerre physique et psychologique, tu n’es jamais en paix, jamais en sécurité » – Témoignage d’un journaliste syrien exilé16/07/2019 - 2:51

    [PORTRAIT] Un bracelet aux couleurs de l’Armée Syrienne Libre au poignet, l’air détaché, Hasan ne parvient pas à se remémorer d’un seul journal indépendant en Syrie. «Je suis certain, en tous cas, qu’il n’y avait aucune couverture médiatique de ce qu’il se passait dans le pays.»

  • Pourquoi l’état Égyptien a décidé d’oublier la révolution de 2011 ?12/02/2019 - 2:16

    [PRINTEMPS ARABE] Certes, mémoire et histoire sont souvent en conflit. Cependant, nous ne devrions pas oublier le droit de nous souvenir, de commémorer et de parler de tout événement passé. Cela peut prendre différentes formes, d’un article à une chanson, un tableau, un poème ou simplement une conversation. Ce qui est défini comme le droit humain fondamental à la liberté d’expression et qui n’est évidemment pas respecté dans l’Égypte d’aujourd’hui.

  • Témoignage de trois journalistes syriens : la guerre passe aussi par l’information31/08/2018 - 11:57

    Le métier de journaliste est défié par la question syrienne, qui ouvre des nouvelles problématiques sur cette profession dont le but principal est d’informer. La Maison des journalistes a interviewé trois journalistes syriens qui ont vécu ce conflit interminable. Fatten, Omar et Rafat répondent aux questions non résolues sur la guerre en Syrie.

  • Syrie – Liberté d’information : Peut-on s’informer sur la situation ?29/08/2018 - 2:06

    [GUERRE ET JOURNALISME] Responsable de la rubrique Syrie à Libération, d’origine syrienne, Hala Kodmani est bien placée pour décrire l’évolution de la profession journalistique dans ce pays. Née à Damas en 1956, elle quitte la Syrie à l’âge d’un an et y revient à six reprises en tant que journaliste entre 2011 et 2015.

  • Syrie – Liberté d’information : « Au coeur de la guerre, les femmes reporters. »29/08/2018 - 12:51

    [TÉMOIGNAGES DE GUERRE] Dans un pays où la guerre fait rage depuis 2011, qui sont les journalistes encore présents aujourd’hui en Syrie? Quel est leur quotidien et que risquent-ils? A l’occasion d’une conférence Skype, trois journalistes présentes en Syrie ont apporté des éléments de réponses à ces questions. En arabe puis en français, elles ont livré leur témoignage devant un panel de spectateurs dont certains sont journalistes. Ces trois femmes journalistes syriennes sont : Merna al-Hassan, Judi Arash et Shadia Taataa.

  • Syrie – Liberté d’information : « On peut encore informer, c’est une certitude »28/08/2018 - 3:15

    [INFORMER EN GUERRE] Il y a énormément de syriens qui sont journalistes et qui ne l’étaient pas avant le début de la révolution, qui le sont devenus. Ils ont été beaucoup critiqués parce qu’ils ont commencé comme activistes. Mais, ils sont activistes de quoi ? Ce ne sont pas des activistes issus d’un groupe armé ou d’un parti politique mais parce qu’ils veulent défendre la liberté d’expression.

  • Le combat sans fin des journalistes syriens : l’histoire de Fatten, mère en deuil et journaliste en révolte18/07/2018 - 10:32

    [JOURNALISTE DE LA MDJ] « J’ai été contactée par les islamistes de Daech : Ils m’ont dit qu’ils avaient mon fis, Abboud, et que si j’avais envoyé de l’argent, ils l’auraient peut être libéré, si non ils le tueront. » Le combat sans fin des journalistes syriens : l’histoire de Fatten, une mère qui a perdu son enfant, une journaliste en révolte pour les droits de la femme au Moyen-Orient.

  • Le Président d’urgence10/07/2018 - 3:41

    [TRIBUNE LIBRE] L’Etat d’urgence qui dure depuis 2 ans va finir le 18 juillet si le Président Erdogan ne le prolonge pas. Même si l’Etat d’urgence disparaît de la Turquie, avec le nouveau pouvoir octroyé par son nouveau Président, la Turquie a un “Président d’urgence” ce qui est devenu une situation normale. Le Président de cette « Nouvelle Turquie » Recep Tayyip Erdogan a juré sur la Constitution puis est officiellement devenu « l’hyper président » de son pays.

  • « J’ai 20 ans et je veux un futur »27/06/2018 - 3:13

    [MIGRATION] Rania Mustafa Ali a filmé son voyage de Kobani en Syrie à l’Autriche. Ses images montrent ce que de nombreux réfugiés affrontent lors de leur voyage risqué en Europe. Rania a rencontré des passeurs, elle fut gazée et battue à la frontière macédonienne. Elle risqua ensuite de se noyer en Méditerranée, voyageant dans un bateau destiné à accueillir 15 personnes mais bourré avec plus de 60 personnes.

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    Nothingwood est un documentaire réalisé par Sonia Kronlund avec en vedette l’acteur et réalisateur le plus populaire d’Afghanistan, Salim Shaheen. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs dans le cadre du Festival de Cannes 2017, Sonia Kronlund dépeint tout en nuances un portrait tendre de l’Afghanistan d’aujourd’hui. « Shaheen est très connu en Afghanistan mais les […]

Les particularités encourageantes du mouvement populaire en Iran

Dans cet article, nous examinerons certaines différences entre l’actuel soulèvement en Iran et les mouvances protestataires précédentes. Ces indications sont déterminantes dans l’évaluation des protestations récentes. Elles révèlent de nouveaux facteurs qui modifient les analyses traditionnelles et les préjugés qui risquent d’en découler.

Une volonté de se démarquer des tensions dans le sérail

Dans le passé, les révoltes en Iran ont souvent été spontanées, imprévisibles et liées à un événement politique précis. Par exemple, la révolte de 1999 a été déclenchée par l’interdiction de la publication d’un journal puis par l’assaut qui a été donné contre la cité universitaire. Comme le cas des révoltes de 2009, déclenchées par des fraudes électorales. Elles étaient aussi souvent la conséquence des tensions à l’intérieur du sérail et qui donnaient naissance à une faille dans laquelle pouvait s’exprimer la gronde sociale.

Cependant, pour des raisons diverses, ces mouvements n’ont pas pu représenter les revendications authentiques du peuple iranien et n’ont pas déclenché une mobilisation politique de tout le pays. Le rôle joué par les soi-disant « réformistes » liés eux-mêmes au sérail contribuait notamment à une récupération de l’équilibre du régime. De même, la communauté internationale a chaque fois délaissé ces révoltes, contribuant à une déception qui freinait le mouvement.

Les révoltes actuelles n’ont eu rien de spontanées. Elles n’étaient pas non plus liées à une lutte à l’intérieur du sérail. Bien avant le soulèvement, diverses couches de la société occupaient déjà le pavé malgré une répression sans merci de la dictature. Il s’agissait des travailleurs qui n’avaient pas touché de salaire depuis des mois, des retraités et des enseignants qui criaient l’insuffisance de leurs pensions et revenus, de plus d’un million de familles qui ont été spoliées par des établissements bancaires affiliés aux gardiens de la révolution ou aux cartels dirigés par les religieux, etc.

Les protestations pré-révolutionnaires n’avaient donc rien à voir avec la lutte des clans du pouvoir et suivaient un acheminement indépendant des clivages internes du régime. Elles ont commencé par des revendications d’ordre économique, finissant par constituer une mosaïque qui s’exprimait par des revendications politiques. On peut en quelque sorte comparer cette révolte à des ruisseaux qui se sont joints dans les flots d’un fleuve. Le débit devient puissant et ne s’interrompra pas.

Une révolte aussi bien en ville qu’en campagne

Les soulèvements qu’avait connu l’Iran auparavant se limitaient à Téhéran et à quelques autres grandes agglomérations.

Dans les événements récents, plus de 140 villes ont été prises par la vague révolutionnaire, incluant les villes les plus démunies et même des villes qui paraissaient acquises par la cause religieuse, comme Qom et Machhad. Cette superficie de la révolte a mis un point final au mythe de la popularité du régime dans les milieux ruraux.

Cette fabulation revient souvent dans les analyses des experts occidentaux qui divisent la société iranienne en deux portions : l’une aisée et moderniste, installée dans les grandes agglomérations et acquise au mode de vie occidental, soutenant l’idée d’une réforme à l’intérieur de la République islamique ; et l’autre, une grande majorité de la population rurale soutenant le pouvoir actuel et constituant la base sociale des conservateurs.

La révolte de décembre et janvier a prouvé que le pouvoir est rejeté dans son ensemble par tous les Iraniens, quelque soient leur appartenance ethnique et religieuse, et leur partition géographique.

Une réaction internationale différente

Les soulèvements des Iraniens dans le passé, se butaient toujours à une réaction faible et tardive d’une communauté internationale qui se cadrait dans une politique de complaisance à l’égard des crimes de la République islamique, avec une préférence pour son aile « modérée ».

Alors que les révoltes de 2009 touchaient à leur apogée, le Président américain était en train d’échanger des lettres avec le Guide suprême de la dictature religieuse ; une approbation à peine cachée du pouvoir en place. Cette volonté de complaisance a même dépassé les limites de la connivence. En cause, toute une série de tueries effectuées contre les principaux opposants du régime iranien par les Moudjahidine du peuple qui se trouvaient alors dans le camp Achraf, en Irak. Les Américains ont fermé les yeux.

Dans les révoltes récentes, les pays européens et américains ont eu une réaction plus responsable. Le soutien amené par les États-Unis aux revendications du peuple iranien et les discours intransigeants de l’Administration US contre les auteurs de la répression, a soulevé la préoccupation des dirigeants de Téhéran quant aux conséquences de mater la révolte dans le sang.

Cette réaction rapide de la communauté internationale a contredit la thèse des adeptes de la politique de complaisance qui prétendent qu’un soutien à la révolte offrirait plus d’alibis à la répression. Au contraire, cela a largement renforcé la société iranienne dans sa mouvance.

Des slogans qui annoncent une nouvelle ère

Les mots d’ordre repris dans les manifestations récentes sont révélateurs d’une tendance généralisée qui a le dessus dans la société iranienne. Des slogans comme « réformistes, conservateurs, le jeu est bien fini », sont une traduction du rejet de tous les clivages du pouvoir en place, ce qui laisse surgir la solution finale qui est le renversement du régime.

Les dirigeants de la théocratie n’ont pas cessé de répéter que ces slogans sont ceux des Moudjahidine du peuple qui visent le pouvoir dans sa totalité. C’est ce qui explique d’ailleurs pourquoi plus que les conservateurs, les soi-disant « réformistes » sont soucieux d’une attitude ferme contre les insurgés. L’ancien Président Mohammad Khatami et plusieurs autres figures de proue des « réformistes » ont qualifié les manifestants d’«ordures ».

Cette unanimité du sérail dans la répression a définitivement mis hors-jeu les « réformistes ».

Une machine de répression sans efficacité

Toutes les révoltes qui ont eu lieu dans le passé, avaient entraîné une contre-attaque du pouvoir en place qui avait conduit à un rétrécissement des mouvances sociales. Par exemple, après chacun des grands mouvements de gronde, le régime aggravait la pression sur les femmes, multipliait les patrouilles de la police des mœurs, accélérait les mises à exécutions des peines de pendaison, de flagellation et d’amputation en publique ; tout autant d’actes de vengeance contre la population. Alors que dans les récentes émeutes, ce sont au contraire les mouvances sociales qui se sont multipliées.

L’un des signes de cette progression, est le phénomène appelé « les filles de l’Avenue Enghelab », un mouvement qui a pris son élan au début des révoltes et dans lequel, les jeunes femmes iraniennes défient en pleine rue, la loi du port obligatoire du voile. Chose inconcevable il y a encore quelques mois de cela et qui prouve que le régime est de plus en plus incapable de régner par la terreur.

Ces mouvements sont autant de ruisseaux qui vont encore rejoindre un jour un fleuve en plein effervescence : un flot sans interruption qui est un cauchemar pour le dictateur de Téhéran.

Article par Rasoul ASGHARI

Iran : une jeune femme kurde enceinte dans le couloir de la mort

[Par Rebin RAHMANI]

Traduction par Evin

La douloureuse histoire de Zeynab, prisonnière kurde enceinte dans le couloir de la mort est un triste symbole de la condition des femmes en Iran. La vie de cette jeune femme n’a été qu’une succession d’injustices, d’oppressions patriarcales et de tragédies. 

La jeune accusée Zeynab Sakanvand Lakran Source : kurdistanhumansrights.net

La jeune accusée Zeynab Sakanvand Lakran
Source : kurdistanhumansrights.net

Zeynab Sakanvand Lakran est née au sein d’une famille très pauvre et ultra-traditionaliste le 22 juin 1994 dans un village des environs de Makou (nord-ouest de l’Iran). Mariée à l’âge de 15 ans, elle est arrêtée à 17 ans pour le meurtre de son époux après seulement deux ans de vie commune.

Avant cela,  Zeynab a vécu une enfance et une adolescence difficile pour ne pas dire cauchemardesque auprès de ses parents qui lui faisaient vivre un calvaire. Le seul moyen que la malheureuse a trouvé pour échapper à ses parents est de s’enfuir de son village pour la grande ville la plus proche avec un jeune homme avec qui elle n’avait eu pour seuls échanges que quelques conversations téléphoniques. Afin d’éviter un scandale, ses parents ont fini par se résoudre à accepter le mariage de leur fille avec ce garçon après que la famille de ce dernier leur versa une somme d’argent conséquente.

Elle qui se croyait amoureuse et qui avait naïvement espéré être heureuse avec cet homme loin de sa famille a en réalité vécu avec son époux un nouveau calvaire fait de violences physiques et morales.

La vie de Zeynab bascule le 1er mars 2012 lorsque le cadavre de son époux est retrouvé au domicile conjugal par le frère et la mère de ce dernier. Le soir même, Zeynab se présente spontanément au commissariat et explique avoir assassiné son époux après avoir été une nouvelle fois violemment battue. L’enquête de police et l’inspection du portable de Zeynab révèlent que cette dernière avait eu au cours des derniers mois des contacts téléphoniques réguliers avec son beau frère, ce qui a fortement laissé penser qu’ils avaient fait le « coup » ensemble. Le beau frère a donc été arrêté puis finalement relâché faute de preuves.

Zeynab a porté seule sur ses frêles épaules la responsabilité de ce crime pendant les trois premières années qui ont suivi son arrestation avant de changer de version dans le courant de l’année passée. Elle aurait alors confié à ses camarades de cellule s’être dénoncée à tort pour protéger le vrai coupable. Elle aurait ajouté qu’elle n’avait pas imaginé que les choses iraient aussi loin ni qu’elle serait condamnée à la peine capitale (probablement en raison de son âge au moment des faits).

En raison de sa minorité au moment du crime, Zeynab a été transférée peu de temps après son arrestation dans un hôpital psychiatrique afin de subir un examen psychologique et déterminer si elle avait ou non conscience de la gravité de son acte au moment des faits.
Les psychiatres ont alors établi la parfaite santé mentale de l’accusée sans prendre en compte ni son jeune âge ni les violences à répétition qu’elle avait subies au cours de sa vie et pendant son mariage. C’est pourquoi le tribunal l’a reconnue coupable du meurtre de son époux et l’a condamnée à mort en vertu de la loi du Tallion.
N’ayant pas les moyens de se payer un avocat afin de conduire l’affaire devant une Cour d’Appel, le Tribunal lui en a désigné un d’office. Ce dernier n’a pas pu empêcher que la peine soit confirmée par la Cour Suprême.
Une ancienne camarade de cellule de Zeynab entre temps libérée m’a récemment confié : « Zeynab est extrêmement déprimée et supporte très mal l’isolement de la prison. Elle est terrifiée par la perspective de son exécution. Comme elle n’a absolument personne sur qui compter à l’extérieur, elle a épousé l’année dernière un autre prisonnier et porte actuellement son enfant. Enceinte de 8 mois, la seule chose qui la soulage un peu est le fait qu’ « ils » ne peuvent pas l’exécuter pendant sa grossesse. »

La Loi du Talion (Œil pour Œil) en Iran est prononcée lorsque la famille de la victime refuse de « pardonner » l’accusé(e). Le sang du meurtrier ou de la meurtrière est alors versé en retour. Si la famille de la victime décide au contraire de pardonner, l’accusé(e) évite la peine capitale et une peine de prison est prononcée. Dans l’affaire qui nous occupe, la mère de l’époux assassiné insiste fortement pour que le sang de Zeynab soit versé. Devant accoucher cette semaine, cette dernière risque d’être pendue dans les jours qui viennent.

Bien qu’ayant signé la plupart des conventions internationales des Droits de l’Enfant, la République Islamique d’Iran a exécuté au cours des trois dernières années, au moins 42 prisonniers pour des crimes commis lorsqu’ils étaient mineurs.

UNESCO : préserver l’héritage culturel de l’artiste afghan Rumi

[Par Bahram RAWSHANGAR]

Le 25 juin l’association AZADI a organisé devant le bureau de l’UNESCO à Paris une manifestation contre l’injustice culturelle qui sévit en Afghanistan. Des dizaines de personnes y ont participé. Ceux qui ont pris la parole ont déclaré que l’Iran et la Turquie n’avaient pas le droit d’enregistrer le chef d’oeuvre de Rumi « Masnavi Masnavi » comme faisant partie de leur héritage culturel. Et ce à cause du fait que Rumi était originaire d’Afghanistan et était né là-bas. A la fin de la manifestation les responsables de l’association AZADI ont déposé un courrier dans le bureau de l’UNESCO à l’attention de son secrétaire général.

(Crédits : Bahram Rawshangar)

(Crédits : Bahram Rawshangar)

Le courrier indiquait que depuis quelques décennies, l’Afghanistan est non seulement confronté à la guerre et à de multiples crises politiques, mais il est également victime d’un « vol culturel » commis par certains pays voisins. L’un de ces pays est l’Iran, la nation ayant tenté de se faire passer pour le vrai propriétaire de l’héritage culturel afghan.

L’association AZADI rajoutait qu’un exemple de ce « pillage culturel » avait encore eu lieu récemment : « Le 7 juin, Said Reza Salhie, le consultant présidentiel et le directeur de l’institution des Documents et de la Bibliothèque Nationale Iranienne, a annoncé que le gouvernement iranien s’était mis d’accord avec la Turquie pour définir le chef-d’œuvre de Maulana Jalaluddin Balkhi « Masnavi Manavi » en tant qu’héritage culturel de leurs deux pays ». Cependant, si l’on considère la position géographique de l’artiste en question – en terme d’origines, cette décision contredit la résolution de l’UNESCO de 2005 qui affirme que « la ville de Balkh est en Afghanistan et que, par conséquent, il s’agit bien du pays d’origine de Maulana (Rumi) ».
L’artiste est en effet né à Balkh, l’une des villes très connues de l’ancien Khorasan, située au Nord de l’actuel Afghanistan.

Et le courrier de déduire que par conséquent, l’Afghanistan est le réel propriétaire de l’héritage de Maulana et de ses œuvres, et non l’Iran ou la Turquie.

Et ce n’est qu’une occurrence parmi d’autres pour l’Iran. Depuis longtemps, le pays tente de présenter les sages, les grands poètes et penseurs Afghans comme membres à part du patrimoine iranien sur la scène internationale, ce fut le cas pour Nasir Khusraw Balki, Abou Ali Sina (Avicenna), Rodaki, Al Biruni, Khawâdjâ Abdallâh Ansârî, et tant bien d’autres. Ce « vol culturel » n’est pas que le fait du gouvernement Iranien, des penseurs et intellectuels du pays, tentent aussi de s’approprier cette autre culture, tant à l’extérieur et à l’intérieur de l’Iran.

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Et la missive de faire un rappel historique sur les origines de l’artiste : « Bahāʾal-DīnWalad le père de Maulana, inquiété par le Roi Khawarizme, quitta Balkh pour aller faire le pèlerinage du Hajj. Lors de son voyage, il traversa l’Iran avec sa caravane et sa famille pour rejoindre Bagdad, puis La Mecque. Quand les Mongols, menés par Gengis Khan, conquirent le Khawarazme en 1219, la famille de Maulana (Rumi) décida de partir vers Konya en Turquie, puis ensuite vers la Mecque ».

La loi est claire, indique encore le courrier : « l’Iran n’a pas le droit de s’approprier les œuvres de Maulana et d’en faire le patrimoine de son pays. L’association AZADI considère que la décision prise par l’Iran est très inquiétante et qu’il s’agit d’une action irrespectueuse envers la culture et l’histoire de l’Afghanistan ».

Et de conclure que cette décision iranienne a été prise au moment où le gouvernement afghan a fermé le bureau représentatif de l’Afghanistan à l’UNESCO dû à des problèmes politiques.

Le courrier indique enfin trois propositions pour l’UNESCO :

« 1- L’association Azadi et les intellectuels afghans reconnaissent l’UNESCO en tant qu’organisation internationale prestigieuse et nous souhaiterions qu’elle réagisse suite aux propositions iraniennes et turques qui consistent à inclure le chef d’œuvre de Maulana (Rumi), Masnavi Manavi dans leur patrimoine national.

2-Nous souhaitons que l’UNESCO reconnaisse Maulana et ses œuvres en tant que patrimoine culturel de l’Afghanistan.

3- Nous souhaiterions que l’UNESCO prenne conscience du fait que le patrimoine culturel afghan est menacé par la politique de l’Iran qui s’accapare les philosophes, poètes et mystiques afghans en affirmant qu’ils appartiennent à un Iran ancien ou à l’Iran d’aujourd’hui. »

Le massacre des Koulbars, encore un secret honteux de l’Iran

[Par Rebin RAHMANI]

Traduit du persan au français par Nujin


Silence, on tue. Les travailleurs frontaliers kurdes sont massacrés par le régime iranien dans l’indifférence générale et en toute impunité.

Ci-dessous un court-métrage documentaire consacrée à la question des koulbars kurdes produit par le Réseau pour les Droits de l’Homme au Kurdistan (sous-titré en anglais).

Les Kurdes sont un peuple apatride disloqué entre quatre États du Moyen-Orient (l’Iran, la Turquie, la Syrie et l’Irak) où ils constituent une minorité ethnique numériquement importante mais toujours politiquement oppressée, économiquement marginalisée et culturellement discriminée. Naitre kurde dans chacun de ces pays, c’est se retrouver privé du moindre droit en tant qu’individu appartenant à un peuple pourtant millénaire.
Dans la province du Kurdistan iranien située au Nord-Ouest de l’Iran près de la frontière irakienne et que les Kurdes appellent Kurdistan de l’Est ou Rojhelat, le régime de la République Islamique s’est toujours senti menacé par ce peuple insoumis et a mené dès 1979 une politique tout « sécuritaire » aussi bien dans le domaine politique, social, économique et culturel. La moindre aspiration autonomiste, nationaliste ou séparatiste a été systématiquement écrasée. On a vu des boutiques se voir imposer une fermeture administrative simplement à cause d’une enseigne en langue kurde et les propriétaires arrêtés au motif de « propagande nationaliste ». La République Islamique a toujours utilisé l’arme économique pour contrôler la région du Kurdistan notamment en faisant tout pour empêcher le développement économique et l’entreprenariat. Les résultats de cette politique volontaire de marginalisation économique ne se sont pas faits attendre : la région du Kurdistan compte parmi les plus pauvres d’Iran et le chômage y est galopant.

Trahir son peuple ou risquer les balles, le choix impossible des Kurdes d’Iran

Les Kurdes (qui représentent environ 10% de la population iranienne avec près de 7 millions d’habitants) paupérisés et désespérés n’ont quasiment que quatre options : devenir des agriculteurs, migrer vers des grandes villes d’Iran à la recherche d’un emploi, rejoindre les rangs des Gardiens de la Révolution Islamique et donc trahir leur peuple ou bien (c’est l’option la plus fréquemment choisie) devenir un transporteur frontalier de marchandises de contrebande (« koulbar » en langue kurde) entre l’Iran et l’Irak.
Chaque année, un nombre important de ces travailleurs pauvres sont pris pour cible par les forces armées de la République Islamique et abattus sans sommation dans l’exercice de leur activité alors qu’ils traversent la frontière entre l’Iran et l’Irak, leurs marchandises sur le dos. Un peu comme si en France, les Alsaciens qui s’essayaient au transport de marchandises entre la France et l’Allemagne dans l’espoir d’échapper à la misère étaient systématiquement abattus par la police française dans les zones frontalières.

(Source : kurdistanhumanrights.net)

(Source : kurdistanhumanrights.net)

Il y’a une dizaine de jours, le Réseau pour les Droits de l’Homme au Kurdistan (une association fondée en France en 2014 dans le but de documenter et d’informer sur les violations des droits de l’Homme dans la province du Kurdistan iranien) a publié son rapport annuel concernant le massacre systématique de ces travailleurs nomades kurdes et est en mesure de fournir quelques chiffres. En 2015, au moins 44 koulbars kurdes ont été tués par les forces armées du régime et au moins 21 autres ont été blessés. Au moins sept autres sont morts d’hypothermie, se sont noyés dans des rivières ou lors de chutes dans les montagnes. De très jeunes kurdes exercent également cette profession : en 2015 deux jeunes koulbars de moins de 17 ans dont l’un a été identifié comme étant Seyffedine Nouri ont été assassinés par les forces armées iraniennes. La moitié des victimes sont assassinés dans des villages frontaliers et l’autre moitié dans des villes ou villages parfois éloignés de plus de 100 km de la frontière.

Pourquoi, « Koulbar » ?

« Koulbar » est un mot valise kurde formé à partir du mot « koul » qui signifie « dos » et du mot « bar » qui signifie « transport ». Il désigne ces travailleurs nomades kurdes iraniens vivant dans cette zone frontalière de carrefour entre le Kurdistan iranien et irakien. Démunis et désespérés de ne pouvoir faire subsister leurs familles, ces hommes choisissent de transporter à dos d’homme (ou à dos de mulets) des marchandises de contrebande telles que du textile, des produits électroniques, des boîtes de thé et plus rarement (même si ça arrive quelquefois) des boissons alcoolisées qu’ils vont chercher côté irakien afin de les introduire en Iran. Ils chargent ces marchandises le plus souvent sur leurs dos et retraversent la frontière le plus discrètement possible, généralement la nuit, dans la neige, en prenant garde à ne pas exploser sur une mine anti-personnel vestige de la guerre Iran-Irak et à éviter les tirs nourris des militaires iraniens en embuscade dans la région.

Les boutiquiers (ou kassebkar) quant à eux sont ces marchands qui récupèrent ces marchandises auprès des koulbars et vont les revendre dans des villes ou villages sur l’ensemble du territoire iranien.
Bien entendu, la plupart des Kurdes qui se tournent vers cette périlleuse profession sont bien conscients des risques, mais cette vie laborieuse leur paraît préférable à une vie de servitude contre leur propre peuple au sein des Gardiens de la Révolution. Le chômage endémique, l’absence d’opportunités professionnelles, la faible part du budget national allouée au développement du Kurdistan, le non-investissement de l’État dans l’agriculture, les mines toujours enfouies et actives dans le sol du Kurdistan depuis la fin du conflit avec l’Irak en 1988 et bien d’autres problèmes désespèrent ces jeunes kurdes qui n’ont d’autres choix que de se tourner à leurs risques et périls vers cette dangereuse profession.

(source : kurdistanhumanrights.net)

(source : kurdistanhumanrights.net)

La question des koulbars kurdes pourrait n’être qu’un simple problème économique qui se pose dans quasiment toutes les régions du monde : celui de la contrebande de marchandises. Quel pays peut prétendre ne jamais y avoir été confronté ? Néanmoins, le Régime de la République Islamique, fidèle à ses habitudes, traite ce problème économique comme un problème sécuritaire et use de la répression et de la plus grande violence à l’égard de ceux qu’il accuse de contrebande.

En théorie, les lois de la République Islamique ont prévu une sanction spécifique pour chaque type de délit ou crime en fonction de sa gravité et en théorie chaque individu reconnu coupable doit être condamné en fonction de cette grille. Cependant, les faits prouvent que le régime ne respecte pas ces propres règles. Dans la majorité des cas, les koulbars sont considérés coupables de contrebande avant même d’être arrêtés ou jugés et sont abattus sur place et sans sommation préalable par les forces armées iraniennes qui patrouillent systématiquement dans la région.

Ces dernières années, le gouvernement central iranien a vainement tenté de lutter contre ce phénomène de contrebande qui loin de faiblir malgré le nombre effarant de victimes parmi les koulbars, ne faisait au contraire qu’augmenter. Pour cela, il a instauré un semblant de libre circulation des marchandises dans les zones de Mariwan et Bané (à la frontière irakienne) et a distribué des autorisations de travail pour un certain nombre de koulbars. Toutefois, cette tentative a plus tard fait l’objet d’une mesure d’impeachment par le Parlement Iranien et n’a pu obtenir de voix suffisantes pour être maintenue. Un certain nombre de koulbars qui travaillaient légalement ont du se tourner vers la contrebande illégale.

Un massacre aveugle

Il n’y a pas que les koulbars qui tombent sous les balles. Les bêtes de sommes qui accompagnent le labeur de ces infatigables travailleurs nomades ne sont pas épargnées. Chaque année une bonne centaine de ces malheureux animaux sont également massacrés. Un koulbar originaire de Bané a raconté au Réseau pour les droits de l’Homme au Kurdistan : « Les forces armées iraniennes et les Gardiens de la Révolution patrouillent dans les zones empruntées par les koulbars et nous tendent des embuscades. Quand ils nous arrêtent, ils confisquent nos marchandises puis regroupent nos bêtes et les mitraillent littéralement sous nos yeux. Plus d’une fois, j’ai même vu les forces du régime incendier nos bêtes. Quand ils nous arrivent de croiser leur route, nous avons si peur d’être arrêtés que nous déguerpissons en catastrophe en laissant tout derrière nous. Les forces du régime se vengent sur nos animaux et balancent les carcasses sur les routes. »
Les efforts de collecte d’informations effectuées sur le terrain par le Réseau pour les Droits de l’Homme au Kurdistan permettent d’attester que depuis 2011, au moins 439 travailleurs frontaliers ont été tués ou blessés dans l’exercice de leur activité par les forces armées iraniennes. Ces travailleurs nomades qui comptent parmi les plus pauvres et les laissés pour compte du Kurdistan, laissent après leur mort brutale des familles endeuillées qui perdent par la même occasion leur unique source de revenus. Non seulement, l’État ne leur verse aucune indemnité après la mort de leur proche mais leur demande de verser une somme d’argent en compensation du prix des balles qui a servi à abattre leur mari, frère ou fils afin que le corps leur soit rendu.

(Source :  kurdistanhumanrights.net)

(Source : kurdistanhumanrights.net)

Certaines familles ont eu le courage de porter plainte contre l’État iranien mais aucune de ces plaintes n’a conduit à l’arrestation et encore moins à la condamnation des coupables (qui dans le meilleur des cas ont simplement été mutés dans d’autres régions). Des citoyens et activistes kurdes manifestent régulièrement pour protester contre ces massacres et sont systématiquement arrêtés par les forces de sécurité du régime.

Une seule fois et unique fois en 2011, Ahmad Shaheed le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des Droits de l’Homme en Iran a mentionné dans son rapport annuel (sous la forte pression d’activistes kurdes) les meurtres systématiques de ces koulbars. Aucune autre organisation internationale de défense des droits de l’homme n’a évoqué ce problème et le silence assourdissant autour de ces massacres continue en toute impunité.

 

Rebin Rahmani, la voix des Kurdes d’Iran

[Par Lisa Viola ROSSI]

« Je me sens comme déchiré entre deux mondes. Je ne peux ni me détacher de ma patrie ni totalement m’adapter à ce nouveau pays ». Il s’appelle Kareem « Rebin » Rahmani, il est kurde iranien et est exilé en France depuis deux ans et demi. L’exil, un lourd tribut qu’il a dû payer en raison de son activisme pour les droits de l’homme en Iran.

Malgré les difficultés auxquelles il a dû faire face en tant que réfugié, Rebin n’a jamais perdu l’espoir : il croit dans la possibilité de rentrer un jour en Iran. « La lutte pour la démocratie est un défi qui se joue à long terme – précise-t-il -. Il faut travailler à un niveau plus profond, à un processus de démocratisation partant du bas, à un changement de culture et de mentalité des gens, pour créer une société civique dans laquelle il est nécessaire d’enraciner le sentiment d’une urgence démocratique envers les droits des femmes et des minorités religieuses et ethniques en Iran.».

Dialogue sur les droits des minorités ethniques d’Iran (Genève, mars 2015)

Dialogue sur les droits des minorités ethniques d’Iran (Genève, mars 2015)

Dans ce but, Rebin s’est engagé avec le Réseau pour les droits de l’homme au Kurdistan, une organisation pour la défense des droits de l’homme fondée en janvier 2014 en France à l’initiative d’activistes des droits et d’avocats kurdes. « Le but est d’observer, de documenter et d’informer sur les violations des droits de l’homme dans le Kurdistan iranien. Le site du Réseau – explique Rebin – a été lancé en février 2014, mais en raison de difficultés matérielles, seule la version anglaise est pour l’instant disponible. Une version en kurde et en persan est en cours de préparation».

La page d’accueil du site http://www.kurdistanhumanrights.org/

La page d’accueil du site http://www.kurdistanhumanrights.org/

Le site de Kurdistan Human Rights Network est aujourd’hui parvenu à se faire connaître comme une source d’information fiable et sérieuse, et il compte des milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux : « Nos reportages et nos informations ont été repris par de nombreuses organisations et médias – fait savoir Rebin -. Toutefois, comme tous nos collaborateurs sont bénévoles, et que nous ne percevons aucune aide matérielle et financière, nos activités avancent très lentement. Nous espérons pouvoir pallier ces difficultés dans un avenir proche – souhaite l’activiste -, pour avancer plus rapidement dans la mise en œuvre de nos projets, comme passer par les mécanismes internationaux qui peuvent améliorer véritablement la situation des droits de l’homme au Kurdistan.»

Le peuple kurde est disloqué entre quatre pays : Iran, Irak, Syrie et Turquie. « Pour leur liberté, – rappelle Rebin – les kurdes ont payé le prix fort aussi bien sur le plan matériel qu’humain. Ce qui me donne de la force pour continuer mes activités, c’est l’ensemble de ces personnes qui ont donné leur vie pour la liberté, l’égalité et la fraternité. Parmi ces gens, – ajoute Rebin – j’accorde une place particulière aux prisonniers politiques avec qui j’ai été en contact téléphonique ces dernières années et dont malheureusement j’ai souvent été l’un des premiers à apprendre la nouvelle de leur exécution. »

Le Kurdistan (source : ddc.arte.tv)

Le Kurdistan (source : ddc.arte.tv)

Garder les contacts en Iran n’est pas du tout facile. Le gouvernement iranien arrive à ralentir la vitesse des connections internet en dérangeant les communications via Skype. Les appels, les comptes email et les profils personnels sur Facebook, Twitter et Youtube sont systématiquement surveillés. L’utilisation des antennes paraboliques est défendue : « La police du régime monte sur les toits pour les chercher – explique Rebin -. Par ailleurs, au Kurdistan, à partir de la révolution de 2009, le régime émet des ondes afin de perturber les transmissions via satellite : des ondes qui ont des effets très graves sur la santé des citoyens, comme m’a confirmé un médecin que j’ai interviewé : les avortements spontanés seraient en fait en train d’augmenter dans toute la région ».

Les conditions de vie des kurdes en Iran ne sont pourtant pas toujours connues dans les pays occidentaux, soutient Rebin : « Le silence des médias est dû au fait qu’ils craignent qu’une attention aux conditions des prisonniers politiques au Kurdistan puisse encourager les idées séparatistes ». La conséquence de cela est « un regard centralisé sur la question des droits de l’homme en Iran », considère Rebin : « Cela signifie que malgré les risques que prennent les activistes kurdes pour informer les médias étrangers et les ONG internationales, en rédigeant rapports et statistiques qui donnent la preuve des violations et des abus dans cette région, ces derniers n’y accordent pas l’intérêt qu’on est en droit d’attendre. Et voilà, les arrestations et les exécutions d’activistes politiques et sociaux ainsi que les tortures terribles subies par ces derniers continuent, dans l’indifférence de l’opinion publique mondiale ».

De son coté, Rebin se fait garant du travail dur de médiateur. « Les moments les plus pénibles et les plus marquants de ma vie ont probablement été ceux où j’ai dû annoncer aux familles des prisonniers politiques kurdes l’exécution de leur proche. J’entends encore parfois résonner à mon oreille les pleurs et les lamentations de douleur des mères et des sœurs des prisonniers. Comment est-ce possible que leur fils ou frère soit exécuté sans que les familles ne soient prévenues et ne se soient entretenues une dernière fois avec lui? Bien souvent, les dépouilles des prisonniers exécutés ne sont pas rendues aux familles qui, par conséquent, refusent de croire à l’exécution de leur proche. Elles ne peuvent pas faire leur deuil et continuent d’attendre leur retour. Les victimes et les prisonniers politiques comptent donc sur nous – explique Rebin – pour faire parvenir leurs voix au monde extérieur. Cet espoir qu’ils ont placé en nous, rend notre tâche plus difficile encore. Nous espérons être à la hauteur de la mission et que les institutions et médias internationaux nous aideront à faire parvenir ces voix au monde entier ».

Rebin cultive cet espoir depuis des années. C’est en 2006, à l’époque du président réformiste Khatami, que la vie de Rebin a définitivement changé. Il n’était qu’un étudiant, mais aussi le rédacteur en chef d’un journal des étudiants kurdes, “Rojhelat”, “Orient”.

Rebin Rahmani

Rebin Rahmani

C’est à cette époque que Rebin décide, avec un compagnon sociologue, de mener une étude sur les causes de la toxicomanie, le SIDA et la prostitution à Kermanshah. Pendant environ six mois, ils conduisent des interviews vidéo de toxicomanes. C’est là qu’ils prennent conscience de la recrudescence de ces problèmes, une tendance systématique qui serait délibérément planifiée par la République islamique elle-même. A côté de l’Université de Razi de Kermanshah, dans le quartier résidentiel de “Bagh Abrisham”, “Le jardin de soie”, Rebin et son collègue filment une quarantaine de toxicomanes qui chaque jour frappent à la porte d’une sorte de kiosque pour obtenir de la drogue. Le voisinage les informe qu’il a déjà fait appel aux autorités mais sans obtenir de réponse. « Certains nous ont par ailleurs signalé le rôle de certains fonctionnaires de Renseignement de la ville de Kermanshah dans le trafic de drogue dans la région, drogue destinée aussi à la Turquie », précise Rebin. Plus tard, pendant un interrogatoire auquel Rebin sera soumis, un fonctionnaire lui dira : « Quel imbécile vous êtes de vous battre pour ces gens! Nous les avons fait devenir toxicomanes, et ils ne se soucient plus de ce qui se passe autour d’eux ! ».

Le 19 novembre 2006 Rebin a été arrêté par la police sur la route entre Kermanshah et Sarpol-e Zahab. Les fonctionnaires trouvent dans son sac des livres politiques. Il découvre qu’il était recherché. C’est exactement en ce moment-là que son calvaire commence. Un calvaire de deux ans durant lequel il passe de cellule en cellule, sous torture physique et psychologique permanente. Son arrêt est confirmé sous la surveillance du service au Renseignement. En mars 2007, deux jugements seront prononcés contre lui : activités contre la sécurité nationale et propagande contre l’Etat. Ils se traduisent en une peine de prison de cinq ans, réduite en appel à deux ans. Pas de remise sur les tortures, ce qui le conduit à une tentative de suicide. Rebin sort de la prison Dizel-Abad de Kermanshah le 7 novembre 2008. Malgré les convocations continuelles par les services secrets – l’Intelligence-, il commence sa collaboration avec l’organisation Activistes pour les droits de l’homme en Iran, sous le pseudonyme d’Hiva Shalmashi. Après sa libération, sa vie n’est plus comme auparavant : « Je me suis rendu à l’Université – rappelle-il -, où j’ai été informé de ma radiation. Chaque personne que je rencontrais, était convoquée et interrogée par l’Intelligence qui lui recommandait de n’avoir aucun contact avec moi. C’était dur ». Après l’exil de son frère, lui aussi activiste, les pressions de la part des fonctionnaires des services secrets augmentérent. « Mon activisme est la chose la plus importante de ma vie – dit Rebin -. Les tortures que j’ai pâties en prison, m’obligent à répondre maintenant à un devoir: aider les autres prisonniers. En Iran je ne pouvais pas faire cela, parce que j’étais sous surveillance. Donc, en mars 2011, j’ai quitté mon Pays ».

Rebin a traversé à pied la frontière montagneuse du Kurdistan d’Iran et le Kurdistan irakien avec un groupe de “passeurs” (passeurs de marchandises et d’hommes) jusqu’au moment où les forces iraniennes ont commencé à tirer sur eux. « Je me suis retrouvé complètement seul. Il faisait nuit, il y avait de la neige, j’ignorais que j’étais dans une zone minée. Mais je suis arrivé en Irak ». Une fois à Erbil, Rebin s’est adressé au bureau de l’UNHCR : « Je n’avais pas l’intention de partir pour l’Europe et je suis resté sans titre de séjour dans le Kurdistan d’Irak un an et demi ; jusqu’au jour où j’ai subi des pressions du régime en place, opposé à mes activités : c’était pour préserver ma vie; mais également pour préserver les intérêts du pouvoir irakien qui collabore avec les autorités iraniennes ». En même temps les services secrets iraniens menaçaient la famille de Rebin, restée en Iran et lui aussi était menacé à nouveau. « Je me suis rendu à l’ambassade française et grâce à une lettre de soutien de Reporters sans frontières, j’ai reçu les papiers nécessaires et je suis parti immédiatement. Quatre mois après mon arrivée en France, j’ai découvert la Maison des journalistes où j’ai été enfin accueilli jusqu’au moment où j’ai reçu mon statut de réfugié ». Et maintenant en France, à cinq mille kilomètres de sa terre natale, Rebin cultive opiniâtrement sa foi dans le pouvoir de la connaissance, de la vérité, pour les droits de son peuple.

Pour en savoir plus sur le Kurdistan Human Rights Network : www.kurdistanhumanrights.org

Iran : Grève de la faim de 27 prisonniers politiques kurdes à Orumieh

[Par Rebin RAHMANI]

Traduit de l’anglais au français par Quentin DAVIDOUX

Le jeudi 20 novembre 2014, vingt-sept prisonniers politiques kurdes ont entamé une grève de la faim pour protester contre le transfert dans leur section de criminels et de malfaiteurs notoires et le départ pour d’autres sections de certains des leurs.

La prison d'Orumieh (source :hra-news.org)

La prison d’Orumieh (source :hra-news.org)

La section douze de la prison d’Orumieh, d’une capacité de cinquante personnes, est connue comme le quartier des prisonniers politiques. Mais les autorités pénitentiaires s’efforcent depuis deux ans de mettre fin à cette habitude en déplaçant certains de ses prisonniers politiques dans d’autres sections abritant des meurtriers et des criminels des milieux de la drogue, tout en amenant dans la section douze des criminels et malfaiteurs habitués à la violence en prison.
De plus, durant cette période, la plupart des prisonniers politiques nouvellement incarcérés n’ont pas été placés dans la section douze. En ce moment, environ trente-cinq prisonniers politiques sont enfermés dans les quartiers de dangereux prisonniers. Selon les dernières statistiques, quatre-vingt prisonniers (trente prisonniers politiques kurdes pour cinquante criminels) sont retenus dans la section douze. A cause de cette surpopulation carcérale, les prisonniers politiques kurdes souffrent de gros problèmes concernant les aménagement de la prison, notament au niveau des installations sanitaires, de la santé, du renouvellement de l’air etc.
En plus de tout cela, certains gardes spéciaux de la prison viennent dans la sections douze et, tout en insultant les prisonniers politiques, fouillent leurs affaires personnelles et confisquent leurs livres, magazines, et notes.
les prisonniers politiques de cette section n’ont d’ailleurs pas le droit d’utiliser la bibliothèque, ni la salle de gym de la prison, et n’ont pas non plus le droit de recevoir de livres ou de magazines, même approuvés par le ministère de la culture iranien. Une difficulté supplémentaire à gérer pour les prisonniers politiques est la présence d’un bureau du ministère des renseignements au sein même de la prison. Les agents du ministère y convoquent fréquemment les détenus et les menacent de mises en accusation supplémentaires, de transfert dans les locaux du ministère des Renseignements et de la Sécurité nationale, ou d’arrestation de proches du détenu.
Pour protester contre les sévères conditions de détention à la prison centrale d’Orumieh, trente prisonniers politiques de la section douze ont entamé une grève de la faim le 20 novembre, et vingt-six la poursuivent à ce jour. Depuis le début de la grève, les autorités pénitentiaires, au lieu de préter attention à leurs exigences légitimes, ont menacé, convoqué et transféré ces prisonniers. Le 23 novembre, le bureau des renseignements de la prison a convoqué Osman Mostafa Pour (un prisonnier politique kurde condamné à trente-quatre ans de prison, et qui en a déjà passé vingt derrière les barreaux) et l’a conseillé de cesser sa grève de la faim s’il ne voulait pas faire face à une nouvelle sentence et des charges supplémentaires.

Mansour Arwand

Mansour Arwand

Le matin du 29 novembre, les gardes de la prison, équipés de matraques électriques se sont placés devant les portes et les fenêtres de la section douze. Le chef de la prison a averti les prisonniers que, si ceux-ci poursuivaient leur grève de la faim, les gardes attaqueraient la section et battraient les prisonniers. Le même jour, avant les visites des familles, ces prisonniers avaient eu à subir les insultes des officiers et un déshabillage complet pour “rechercher des lettres”. Le prisonnier politique kurde condamné à la peine capitale Mansour Arwand qui avait participé à un rassemblement à la prison, a été transféré sans notification préalable à la prison de Mahabad. La nuit du 29 novembre, les autorités pénitentiaires ont ensuite tenté de faire transférer Mohammad Abdullahi dans la section des meurtriers, mais ils se sont heurtés à la résistance des prisonniers politiques.

Le mardi 9 décembre, le prisonnier politique kurde Ali Afshari, gréviste, a été convoqué au bureau des gardes pour parler par téléphone avec le bureau des renseignements de la prison. On lui a annoncé que les prisonniers politiques devaient cesser leur grève de la faim le plus tôt possible. Autrement, les conséquences seraient terribles. L’agent du service des renseignements a ajouté qu’Ali Afshari précipitait son exécution en poursuivant sa grève de la faim.
Le 9 décembre, Jaafer Afshari, un autre prisonnier politique kurde, a été convoqué au bureau des gardes de la prison et transféré au quartier des travailleurs. Ce jour-là, Arafat Asgeri et Jafar Mirzayi, deux grévistes prisonniers politiques, ont été libérés après une période de six mois en prison.
Le 10 décembre, Ali Afshari a perdu conscience dans les toilettes de sa section à cause de son état de grande faiblesse, d’une basse tension, de troubles respiratoires et des conséquence de la balle reçu lors de son arrestation, toujours présente dans son corps.
Selon les derniers rapports, Reza Rasouli, Yusef Kaka Mami, Sherko Hasanpour, Sirwan Njawi, Abdulla Omumi et Mohammad Abdollahi sont dans un état critique.

Massud Shemsnjad

Massud Shemsnjad

Toujours le 10 décembre, Massud Shemsnjad, un avocat kurde, à entamé une grève de la faim pour protester contre sa détention dans le quartier des travailleurs de la prison d’Orumieh, et pour obtenir une remise en liberté provisoire des autorités pénitentiaires.
Il a été condamné à quatre mois de prison pour avoir eu des contacts avec des médias étrangers et pour son affiliation à des groupes d’opposition. Il a été l’avocat de plusieurs prisonniers politiques kurdes condamnés à mort.
En ce moment, vingt-sept Kurdes poursuivent leur grève de la faim dans la prison de Orumieh. Les noms des grévistes sont:

1-Masoud Shams Nejad , condamné à quatre mois de prison, 2- Sherko Hasan Pour, condamné à cinq ans de prison. 3- Abdullah Bislnun, condamné à un an et demie de prison. 4- Yusef Kaka Mami, condamné à neuf ans de prison, 5- Osman Mostafa Pour, condamné à trente-quatre ans de prison, 6- Mostafa Ali Ahmad, condamné à onze ans de prison, 7- Abdullah Omuyi, en situation irrésolue, 8- Wali Afshari, condamné à cinq ans de prison, 9- Kayhan Darwishi, condamné à trois ans de prison,10- Mostfa Dawoudi, condamné à dix ans de prison, 11- Shursh Afshari, condamné à cinq ans de prison, 12- Khezr Rasul Mrwat, condamné à cinq ans de prison, 13- Mohammad Abdullah Bakht, condamné à un an de prison, 14- Amir Moladust, condamné à quatre ans de prison, 15- Ahmad Tamuy, condamné à quinze ans de prison , 16- Jafar Afsharicondamné à cinq ans de prison, 17- Reza Rasouli, condamné à trois ans et neuf mois de prison. Et aussi dix prisonniers kurdes condamnés à la peine capitale: 1- Sayed Sami Hosseini,2- Sayed Jamal Mohamadi,3- Behruz Alkhani, 4- Ali Ahmad Soleiman, 5- Saman Nasim, 6-Sirwan Njawi, 7- Ebrahim Eis Pour, 8- Ali Afshari , 9- Rezgar Afshari, 10 – Mohamad Abdullahi.