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Les graves dérives de la diplomatie américaine en Afghanistan

Les Etats-Unis négocient avec les Talibans avec l’intermédiaire du Qatar. Ce trio diplomatique agit au détriment du gouvernement afghan, qui subit la gestion américaine des Talibans. Bienvenue dans les méandres de la politique américaine de Donald Trump en Afghanistan et sa gestion du cas Talibans.
Le gouvernement afghan a libéré trois importants responsables talibans le 12 novembre 2019.
 

Echanges d’otages

Parmi eux, Hanas Haqani, le fils de Jalaluddin Haqani, fondateur de réseau Haqani, Mali khan et Abdul Rashid, membres du bureau politique de Talibans. Le porte-parole des Talibans Sohail Shahin a approuvé leur arrivée au Qatar le 19 novembre.
 
Cette libération est en réalité un échange avec deux professeurs de l’université américaine de Kaboul. L’américain Kevin King et son collègue australien Timothy Weekes, kidnappés par les hommes de Tlibans en août 2016.
 
Lors d’une intervention télévisée depuis le palais présidentiel le 12 novembre, le président afghan Ashraf Ghani a déclaré que cette libération était sous condition et a souhaité que cela puisse ouvrir la voie à des négociations directes «entre le gouvernement afghan et les Talibans» et ainsi réduire les violences.
 
Jusqu’alors, les Talibans ont toujours refusé les négociations avec les autorités afghanes.
 

Peut-il être possible d’obtenir un accord de paix sans le gouvernement afghan?


 
En effet, ce n’est pas le gouvernement afghan mais l’administration de Trump qui est à l’initiative de cet échange lors des négociations de Qatar avec les responsables Talibans.
 
La question qui se pose dans ce cas-là est: quel est le rôle de Kaboul dans les négociations américain-talibans? Peut-il être possible d’obtenir un accord de paix sans le gouvernement afghan?
 
Zalmaiy Khalilzad, le représentant américain a commencé les négociations avec les autorités de Talibans au Qatar en octobre 2018 afin de trouver des solutions à la une guerre la plus longue que l’histoire américaine ait connue.
 
 
Depuis octobre 2018, Khalilzad a rencontré neuf fois les responsables Talibans à Doha, où se trouve le bureau politique des Talibans. Ils se sont entendus sur un accord portant sur le retrait des troupes américaines d’Afghanistan et la reprise des négociations avec le gouvernement afghan lors de la dernière rencontre en septembre 2019.
 
Le président Ashraf Ghani et les représentants Talibans ont été invités aux Etats-Unis pour signer un accord entre les Etats-Unis et les Talibans au mois de septembre.
 

Militairement, aucun adversaire ne peut gagner cette guerre.


 
Trois jours avant cette rencontre, Trump l’a brusquement annulé dans un tweet, suite à un attentat à Kaboul causant la mort de 11 personne dont un soldat américain. Trump a déclaré que le cessez-le-feu et la diminution des attentats sont les préconditions à la reprise des négociations avec les Talibans.
 
La situation est compliquée. Militairement, aucun adversaire ne peut gagner cette guerre. Selon Dominic Tierney, le professeur de Swarthmore College aux Etats-Unis et l’auteur de «The right way to lose a war», les américains se jugent plus faibles qu’en 2001.
 
Malgré la dépense de 18 bilions dollars depuis 2001, les institutions politiques et les troupes afghanes ne sont pas en mesure de garantir la stabilité dans le pays.
 

Les autorités américaines souhaitaient […] réécrire la constitution afghane et ajouter les propos religieux des Talibans.

 
Par conséquent, les autorités et la société civile ont salué les tentatives de Zalmay Khalilzad dans la recherche d’une issue afin de construire la stabilité et la paix. Mais la direction que suit Mr Khalilzad fait l’objet de beaucoup de controverses dans les médias.
 
Dans l’accord qui aurait dû être signé en présence de Donald Trump, les autorités américaines souhaitaient accorder un gouvernement temporaire et transitionnel en Afghanistan, afin de réécrire la constitution afghane et ajouter les propos religieux des Talibans.
 
Ces deux propositions ont été sévèrement refusés par le gouvernement ainsi que par la société civile. Politologues et institutions politiques considèrent que la paix ne sera établie que par le gouvernement, les Talibans et les autres partis politiques du pays.
 

Les Etats-Unis affaiblissent le gouvernement afghan

Le négociateur américain Khililzad ne prenait pas en compte la place du gouvernement afghan dans les négociations depuis l’an dernier et, de ce fait, a affaibli la position et le prestige du gouvernement autant que les Talibans étaient encouragés à refuser la négociation directe avec les autorités afghanes.
 
Les Talibans ont changé, passant d’un groupe terroriste illégitime à une opposition légitime dans les débats politiques afghans grâce aux diplomates américains.
 
Dans une interview de Khlilzad sur Tolo News, en février 2019, il a considéré Molla Broder, un des dirigeants et le négociateur des Talibans, un patriote qui est fidèle au pays. Cette approche envers les Talibans a provoqué beaucoup de critiques dans la société qui considère les Talibans comme un groupe terroriste ne faisant que tuer les civils, bruler les mosquées, les écoles…
 

Si les troupes américaines quittent l’Afghanistan, il y aurait un manque du pouvoir poussant le pays au bord du chaos et une guerre ethnique.


 
Dans une enquête menée par l’Institut afghan d’études stratégiques en novembre 2018, 75% des afghans pensent que les Talibans sont un groupe terroriste illégitime dirigé par le Pakistan.
 
 
Pour davantage clarifier, il existe trois critiques majeures de la diplomatie américaine au sein du débat politique afghan:

1) Une diplomatie unilatérale: l’approche récente de la diplomatie américaine a isolé le gouvernement, qui est pourtant le pouvoir légitime dans le pays. De ce point de vue, les négociateurs américains se rapprochent aux idées pakistanaises et celles des Talibans qui voudraient délégitimer l’autorité à Kaboul élue dans un processus démocratique.

Le gouvernement et les politiciens considèrent les Talibans comme un groupe armé qui doit s’intégrer dans le système démocratique construit après 2001, mais les responsables de Talibans ont réussi à convaincre les diplomates américains, notamment Khalilzad, de redéfinir la constitution et construire un gouvernement à nouveau en faveur d’un système qui limite la démocratie.

Khalilzad a aussi négocié le retrait de troupes américaines alors qu’il existe un accord stratégique signé en 2014 entre le gouvernement afghan et celui des Etats-Unis, par conséquent, c’est Kaboul qui décide légitiment sur la relation bilatérale en long ou en court terme avec Washington. Si les troupes américaines quittent l’Afghanistan, il y aurait un manque du pouvoir poussant le pays au bord du chaos et une guerre ethnique.

2) Le résultat rapide: l’agenda américain est désigné pour l’élection présidentielle de 2020 et Trump veut se montrer aux américains comme gagnant de la guerre en Afghanistan. Donc l’administration de Trump désire avoir un résultat à n’importe quel prix. Alors que cette stratégie semble fragiliser davantage la situation au long terme.

Les groupes d’Al-Qaeda sont présents dans la région et Daech est en recherche d’un territoire pour se renforcer et se stabiliser après une défaite en Syrie et en Iraq. Le retrait des troupes américaines créera un manque de pouvoir en faveur des groupes terroristes.

L’Afghanistan peut devenir un terrain de compétition entre ces différents groupes.


Les vrais combattants sont les Afghans qui payent le prix de cette guerre.


3) L’exclusion des acteurs internes: Khalilzad pense que la guerre en Afghanistan est un problème que seul les Etats-Unis peuvent résoudre. Donc la négociation avec les Talibans est un projet américain.

Les vrais combattants sont les Afghans qui payent le prix de cette guerre. Le gouvernement et les institutions non gouvernementales sont toujours exclus de négociation avec les Talibans. Le gouvernement, les partis politiques et la société civile, ce sont eux qui déterminent la direction et de leurs pays.

Une politique américaine en Afghanistan au détriment des droits de l’homme

Depuis les premières rencontres en octobre 2018, les afghans ne sont pas au courant de ce qui se passe entre Khalilzad et les Talibans. Les Talibans ne sont pas seulement ennemis de l’armée afghane mais aussi l’ennemi de la démocratie, de la liberté individuelle, des médias et de tous les principes qui fondent une société démocratique.

L’administration  Trump sous-estime le rôle de tous ceux qui battent pour la démocratie, des droits de l’homme et le plus important, pour les victimes de guerre, dans les négociations qui déterminent le futur de leurs avenirs.

La voix des femmes, des jeunes et des militants des droits de l’homme et leurs visions sont absents de la doctrine américaine concernant la guerre en Afghanistan. La doctrine américaine pour l’Afghanistan semble unilatérale, exclusive et loin de la réalité de la société afghane. Elle ne prend pas en compte les rôles des acteurs principales – le gouvernement, la société civile et les dirigeants ethniques- dans le conflit actuel.

La divergence d’opinion entre le gouvernement afghan et les américains à propos de la guerre et de la paix rendent difficile la réalisation d’un accord qui représenterait équitablement les intérêts des Etats-Unis et d’Afghanistan.

D’autres articles sur l’Afghanistan

Une nouvelle attaque blesse gravement un journaliste afghan

[Attaque] L’Afghanistan ? Un cimetière pour journalistes. Détenant le record du nombre de journaliste tué en 2018, l’Afghanistan reste dans un rythme élevé avec déjà deux décès en 2019. Il s’agit d’une attaque le 5 février où les journalistes Rahmani Rahimullah et Arya Shafiq de la radio Hamseda ont été tués.

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Afghanistan : dans une province d’1,5 millions d’habitants, aucune femme journaliste

[JOURNÉE DE LA FEMME] En l’honneur de la journée de la femme ce vendredi 8 mars 2019, la MDJ vous propose exceptionnellement la traduction d’un article du média Pajhwok Afghan News. « Il n’y a pas de femme journaliste dans la province du sud-est de Khost sur 1,5 million d’habitants, ont annoncé mercredi 6 mars des responsables. » Au-delà de ce constat, pourquoi aucune rédaction (pourtant nombreuse), n’a pas de femme journaliste ?

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Les Talibans imposent toujours la terreur en Afghanistan

Un conflit meurtrier entre le gouvernement et les talibans ravage l’Afghanistan. Environ 4000 Afghans, dont 927 enfants ont été tués en 2018. Hafiz Ahmad Miakhel, journaliste afghan est contraint de quitter son pays, après avoir subi plusieurs menaces des talibans. Arrivé en France il y a moins d’un an, il vit en tant que réfugié politique et dénonce la situation déplorable de son pays. Il a accepté de répondre à nos questions. 

Quelles sont les divergences entre le gouvernement afghan et les talibans durant la médiation américaine?

Un processus de paix a débuté en septembre 2018 au Qatar à Doha. Durant ces pourparlers, les talibans maintiennent leurs positions : ils exigent le retrait total des troupes américaines du sol afghan et souhaitent établir un émirat islamique afin de remplacer la république islamique d’Afghanistan.

Ils disent se battre pour la liberté du pays et de sa population. Ils affirment que leur pays n’a pas besoin d’aide d’autres pays non-musulmans comme les Etats-Unis. Je pense que les talibans ne changeront jamais, c’est un groupe extrémiste. Ils ont été au pouvoir entre 1996 et 2001 et ce fut une très mauvaise expérience.

Les talibans reflètent un passé et un présent noirs pour l’Afghanistan. Ils continuent de tuer des soldats et des innocent, ils ne croient pas aux droits de l’Homme. Le peuple afghan ne veut plus des talibans au pouvoir. Au contraire, le gouvernement afghan se base sur les aides des organisations internationales. Il considère que l’Afghanistan a besoin de cette présence de troupes étrangères. Cela lui permet de se développer au niveau économique et politique. Le gouvernement croit en l’alliance avec les Etats-Unis.

Cependant, le processus de paix manque de cohérence, le gouvernement afghan est exclu.

Quelle a été la portée des élections présidentielles du 28 septembre?

Deux principaux candidats se sont présentés pour ces élections. L’actuel président afghan, Ashraf Ghani, et son chef de l’exécutif, Abdullah Abdullah.

Les deux hommes politiques ont chacun leur tour annoncé leur victoire. La situation devrait donc se muer en un conflit entre les deux camps: lorsqu’un des deux candidats va gagner, l’autre rejettera les résultats. Il s’agit du même problème qu’en 2014. Les deux mêmes candidats revendiquaient la victoire. Les Etats-Unis sont donc intervenus. Ils ont partagé le pouvoir en deux.

Durant les cinq années suivante, il n’y a eu aucune coordination entre les deux et le système s’est bloqué. Depuis, la situation du pays ne fait qu’empirer.

En 2014, davantage de personnes ont participé aux élections qu’en 2019. Les situations économiques, sociales et politiques se sont, elles aussi, dégradées. Aujourd’hui, les deux parties rejettent l’idée de reproduire cette situation.


« Si ces pays se coordonnent et souhaitent réellement une paix durable en Afghanistan, nous y arriverons. »


Ce sont les quatrièmes élections présidentielles depuis la chute des talibans en 2001. Les élections du 28 septembre n’ont toujours pas rendu leur verdict.

La commission électorale d’Afghanistan annonce leur publication pour le 14 novembre. L’abstention est apparue comme la plus grande difficulté. Neuf millions de personnes sont inscrites, et seulement deux millions sont allées voter.

Cette situation découle de l’insécurité omniprésente en Afghanistan. Les talibans ont attaqué plusieurs bureaux de votes. L’insécurité perdure depuis 40 ans.

Selon l’ONU, plus de 20 groupes terroristes sont enregistrés et se battent contre le gouvernement afghan, tuent des civils, des personnes innocentes. Malgré un processus de paix, les combats continuent. D’après les Etats-Unis, l’Afghanistan est l’un des pays les plus meurtriers en 2018, devant la Syrie et le Yemen. C’est un réel problème pour la population.

Il y a aussi d’autres challenges. La fraude et la corruption amplifient la défiance de la population vis-à-vis de la classe politique. Il n’y a aucune transparence.

copyright Muhammed Muheisen

Copyright Muhammed Muheisen

Quel est l’impact de cette instabilité sur l’émigration?

Dans les quatre dernières décennies, des millions de gens ont quitté le pays à cause des violences.

Plus de 7 millions de réfugiés afghans sont demandeurs d’asile. 90 % d’entre eux vivent au Pakistan et en Iran.

Le gouvernement essaye donc de retenir cette jeune génération. C’est essentiel pour le bon développement du pays. De plus, leur situation est très mauvaise dans certains pays. Des millions d’afghans n’y sont pas enregistrés. Certains vivent dans des camps, n’ont pas accès à l’éducation, aux soins médicaux, aux besoins vitaux. Parfois, les relations sont tendues entres les réfugiés et les populations locales ainsi qu’avec la police.

Quel est pour vous, le meilleur chemin pour restaurer la paix ?

Je pense que la guerre prendra fin quand les deux camps (le gouvernement afghan et les talibans) négocieront ensemble, avec l’aide des Etats-Unis.

Le gouvernement afghan fait entièrement partie de cette guerre. Des centaines de milliers de civils et des milliers de soldats afghans ont été tués.  Les talibans refusent les négociations avec le gouvernement afghan. Ils ne négocient qu’avec les Etats-Unis.

Par ailleurs, nous sommes en conflit depuis quatre décennies. Pour avoir un pays en paix dans le futur, il faut une coopération régionale et internationale. Certains pays ne sont pas honnêtes dans le combat contre les terroristes en Afghanistan. Tous ces pays ont des intérêts là-bas. La position du pays est très stratégique. Il y a une grande compétition entre les grandes puissances (Chine, Russie, Iran, Etats-Unis). Si ces pays se coordonnent et souhaitent réellement une paix durable en Afghanistan, nous y arriverons.

Nous n’avons pas encore évoquer les médias, pourriez-vous me dire quelle est la situation?
 
Les médias renaissaient en Afghanistan après la chute des Taliban en 2001 ; aujourd’hui le pays a des centaines de publications, une douzaine de stations de télé et de radio ainsi que plusieurs agences d’informations.
 
La croissance rapide du média est un grand accomplissement pour le gouvernement mais les journalistes afghans paient un prix élevé pour un tel development.
 
Selon Reporters Sans Frontières, l’Afghanistan était le pays le plus mortel du monde pour des journalistes en 2018.
 
Les journalistes sont régulièrement battus, menacés et tués par des bombardments de tous les côtés dans la guerre — des insurgés, des fonctionnaires du gouvernement, des élus locaux et parfois des forces étrangères.
 
La censure est un autre défi pour les journalistes en Afghanistan. Le phénomène existe mais il est difficilement quantifiable.
 

Articles d’Hafiz Ahmad Miakhel

Une nouvelle attaque blesse gravement un journaliste afghan

[Attaque] L’Afghanistan ? Un cimetière pour journalistes. Détenant le record du nombre de journaliste tué en 2018, l’Afghanistan reste dans un rythme élevé avec déjà deux décès en 2019. Il s’agit d’une attaque le 5 février où les journalistes Rahmani Rahimullah et Arya Shafiq de la radio Hamseda ont été tués.

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Afghanistan: six premiers mois sanguinaires pour les journalistes

En Afghanistan, 9 journalistes sont morts en 2019

Actualisation de l’article daté du 1er aout 2019

En juillet 2019, 37 cas de violence contre les journalistes en Afghanistan ont été déclarés. 

3 meurtres – 8 blessés – 11 arrestations – 12 menaces et insultes

Ces derniers chiffres montrent une augmentation significative de la violence contre les journalistes afghans dans leur pays. Lors d’une conférence de presse à Kaboul, le comité afghan de sécurité des journalistes souhaite que le gouvernement afghan prenne toutes les mesures possibles pour prévenir la violence contre les journalistes.

Durant ces six premier mois de 2019, l’Afghanistan a perdu au moins six journalistes en six incidents différents. En 2018, l’Afghanistan était déjà le pays le plus meurtrier au monde pour les journalistes. Cette année s’annonce atrocement similaire.

Déjà 35 cas de violence en 2019 contre les journalistes et le personnel des medias enregistrés par Nai Media Institute en Afghanistan. Le décompte ne s’arrête pas là et il est sanglant : six meurtres, six blessures graves, dix-sept  menaces et insultes. Il y a aussi des actions terroristes : trois attaques contre les médias et une explosion à la voiture piégée.  

Ces attentats se pratiquent par vague : les forces de sécurité et médicales accourent pour secourir les journalistes ayant réchappés à l’attentat. C’est le moment choisi pour déclencher une deuxième bombe. Cette scène s’est déroulée à Kaboul l’année dernière : 9 journalistes avaient été tués dans ce double attentat du 30 avril 2018.  

Récemment, les Talibans ont lancé de nouvelles menaces contre les médias en Afghanistan, en demandant l’arrêt immédiat des publicités pro-gouvernement. Être journaliste dans un pays ravagé par la guerre et les luttes intestines représente un danger permanent. Les Talibans et l’Etat Islamique sont responsables des crimes contre les journalistes et ceux qui accompagnent les journalistes. Les Talibans ont décidé que les journalistes afghans étaient dorénavant leur cible privilégié.

Janvier

Afghan Journalist Javid Noori

Javid Noori est le premier journaliste tué dans le monde en 2019. C’était le 5 janvier. Voyageant dans un bus, il a été tué lors d’un barrage routier à Frarah, une province dans l’ouest du pays où il travaillait pour Neshat Radio, une radio locale. Javid Noori avait 27 ans.

Février

Local journalists Shafiqullah Arya and Rahimullah Rahmani

En février, deux autres journalistes sont tués par balle dans Takhar, une province dans le nord de l’Afghanistan.

Shafiqullah Arya et Rahimullah Rahmani ont été tués par deux inconnus qui sont entrés dans les bureaux de Radio Hamsada, une station de radio basée en Taloqan, ville située dans le nord ouest de l’Afghanistan. Comble de l’horreur, ils ont étés tués lors de leur émission, pendant qu’ils étaient en direct à la radio.

Mars

View of Sultan Mahmood Khairkhwas tomb in Southern Khost province of Afghanistan

Sultan Mahmood Khairkwa, journaliste afghan pour Zhman TV est mort des complications après qu’il est reçu une balle dans la tête par des hommes armés se revendiquant de l’Etat Islamique.

Un autre journaliste est mort ce même mois de mars, il s’agit de Nisar Ahmad Ahmadi. Journaliste afghan, il voulait se rendre à son travail en prenant sa voiture. Mais sa voiture a explosé, piégée par une bombe. Cette fois-ci, c’était dans le sud de l’Aafghanistan. Nisar Ahmad Ahmadi travaillait avec  la chaine de télévison  Sabawoon.

Avril

Cette fois-ci, un homme armée a attaqué le radio journaliste, Imran Lemar. Lemar travaillait pour Mazal radio. Il a été blessé par balle par un homme armé inconnu dans la grande ville de l’est, Jalalabad, le 25 avril.

Ce même mois d’avril, le rédacteur en chef du média 1TV, Abdullah Khanjani, était frappé ou plutôt battu par les gardes du corps de la protection présidentielle. Cet événement s’est passé à Kaboul, la capitale.

Mai

Meena Mangal presenting TV show in local TV in Kabul

Contrairement à une idée reçue, de nombreuses femmes sont journalistes en Afghanistan. Elles ne sont pas épargnées.

C’est le cas de Meena Mangal, tuée à Kaboul alors qu’elle se rendait à son travail. Sa famille a imploré le gouvernement de mettre en place une enquête pour retrouver les assassins.

Loin de la violence, Meena Mangal était amatrice de poèsie, voici son ultime poème. 

Meena mangal ki last poem

Publiée par Lar aw bar yo Afghan sur Samedi 11 mai 2019

Les chefs d’Etat du monde entier, dont le canadien Justin Trudeau, ont demandé qu’on se souvienne de Meena Mangal come une journaliste à l’intégrité totale qui s’est battue toute sa vie pour les droits des femmes d’Afghanistan, quelle que soit leur âge. 

Meena Mangal travaillait à Tolo TV, le plus grand diffuseur privé d’Afghanistan, mais aussi pour d’autres médias. Elle était aussi conseillère culturelle à la chambre basse du parlement national d’Afghanistan.

Juin

AFJC Shaki Baluch

Selon les médias afghans, le journaliste Shaki Baluch a été tué au Zabul, la province du sud d’Afghanistan, par des hommes armés. De plus, 7 employés de Shamshad TV ont été blessés dans une attaque.  

Si ce début d’année sanglant pour les journalistes afghans ne choque plus l’opinion mondiale, l’appel des insurgés à tuer le plus possible de journaliste devrait attirer l’attention. Mais attention à ne pas oublier les nombreux blessés. Entre les enlèvements, les passages à tabac, les insultes, les humiliations et les blessures volontaires, être journaliste en Afghanistan c’est vivre dans la peur permanente. 

De plus, nous pouvons constaté que les crimes contres ces journalistes sont dans l’ensemble du pays et non pas circonscit à une ou deux régions. 

Pourtant, le gouvernement a pris des engagements répétés pour assurer la protection des journalistes. En 2018, avec 15 journalistes tués, l’Afghanistan était reconnu comme le pays le plus meurtrier pour les journalistes dans le monde. 2019 repart sur les mêmes bases.

Afghanistan: another deadly Year for Journalists in 2019

Within the first six months of 2019, Afghanistan has lost six of its journalists in separate incidents, the first death of a journalist was recorded by RSF in Afghanistan this year.

35 cases of violence against journalists and media staff were recorded by Nai, supporting open media in Afghanistan which includes 5 cases of murder, 6 injuries, 17 cases of threats and insults, 3 cases of attacks on media, 3 cases of beating, and 1 case of IED explosion.


Unfortunately, murder cases are just the most extreme violences against journalists but other violences remain prevalent including: kidnapping, beating, injuring, insulting and humiliating journalists.


Recently the Taliban terrorist group issued new threats to media outlets in Afghanistan, demanding an immediate halt to publications of pro-government advertisements.

Working as a journalist in war-torn Afghanistan is not easy and safety is an increasing concern for journalists around the country.

The Taliban and Islamic State (ISIS) were involved in crimes against humanity and are the most responsible for the attacks on journalists and media staff in Afghanistan. They targeted journalists, aimed to silence press freedom and incite fear among the people.

January

Afghan Journalist Javid Noori

Javid Noori was the first journalist in the world killed in Afghanistan by Taliban fighters on January 5th, 2019.

He was killed when the Taliban searched a bus he was on at a roadblock in the western Frarah province of Afghanistan. Only 27 years old, Javid Noori worked for Neshat Radio in the western Farah province of Afghanistan.

February

Local journalists Shafiqullah Arya and Rahimullah Rahmani

In February, two other radio journalists were shot and killed in the northern Takhar province of Afghanistan.

Shafiqullah Arya and Rahimullah Rahmani were shot and killed by two unidentified men who entered Radio Hamsada’s office, a local radio station based in Taloqan city in northeastern Afghanistan. They were killed during a live program.

March

View of Sultan Mahmood Khairkhwas tomb in Southern Khost province of Afghanistan

Sultan Mahmood Khairkhwa, local Afghan journalist of Zhman TV died from complications after being shot in head by ISIS gunmen in the southern Khost city of Afghanistan on March 15th.

More violence against journalists this month was seriously wounded Nisar Ahmad Ahmadi. Ahmadi the local Afghan journalist was on his way to his office when an IED bomb that was embedded in his car, detonated in Lashkargah city of Helmand province in southwestern Afghanistan.

He worked with Helmand based Sabawoon TV in Afghanistan.

April

More bad news for journalists this month, a gunmen attacked radio journalist, Imran Lemar. Lemar worked at Mazal radio and was shot & injured by an unknown gunman in the eastern Jalalabad city of Afghanistan on April 25th.

Also in April, the 1TV Editor-in-Chief, Abdullah Khenjani was beaten by a presidential protection guard in Kabul city.

May

Meena Mangal presenting TV show in local TV in Kabul

Tragic news in May for the family of female Afghan journalist, Meena Mangal who was shot dead Kabul, the capital city by unknown gunmen.

Meena Mangal was shot dead in public on May 11th while she was on her way to work in Kabul. Her family wants justice from the government.

Leaders from around the world like Justin Trudeau commended Meena Mangal’s journalistic integrity and her advocacy for women and girls while condemning the violence that ended her life.

She worked at Tolo TV, the largest private broadcaster in Afghanistan, as well as Shamshad and Lemar television stations.

She had also recently become a cultural adviser to the lower chamber of Afghanistan’s national parliament.

July

AFJC Shaki Baluch

According to the Afghan media, Shaki Baluch, a local journalist of National broadcaster (RTA) killed in southern Zabul province of Afghanistan by unknown gunmen in the month of July and also seven employees of local Shamshad TV stations were wounded in an attack in the capital of the country.

Moreover, recently Taliban insurgents issued new threats against Afghan media which sparks Global Reaction. Unfortunately, murder cases are just the most extreme violences against journalists but other violences remain prevalent including: kidnapping, beating, injuring, insulting and humiliating journalists.

The Afghan government has made repeated commitments to ensure the protection of journalists and journalistic protection institutions have repeatedly asked the government to protect journalists. But challenges remain for journalist’s safety today. RSF recognized Afghanistan as the deadliest country for journalists in the world. 15 journalists were killed in 2018.

La MDJ au Prix Bayeux, Mani : «Être journaliste est une forme de responsabilité envers mon pays »

[Par Lisa Viola ROSSI]

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La rencontre avec les deux journalistes de la MDJ à la Halle aux Grains de Bayeux

Quelques heures avant la remise du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre, samedi 8 octobre 2016, l’Afghanistan était à l’honneur. Pour l’édition numéro 23 de cet évènement, la Maison des journalistes a voulu redoubler les rencontres du weekend de ce rendez-vous phare de la profession, en proposant l’intervention de deux journalistes afghans réfugiés en France : Khosraw Mani et Bahram Rawshangar. Les deux qui vivent à Paris depuis à peine un an, ont pu témoigner, en français, de leur expérience de journalistes engagés à deux reprises. Le vendredi 7, ils étaient devant des jeunes et des professionnels de la Protection judiciaire de la jeunesse (Ministère de la Justice), dans le cadre du projet régional ELEM, porté par l’Institut international des droits de l’homme et de la paix de Caen. Le lendemain, les deux professionnels afghans sont montés sur la scène de la Halle aux Grains, pour intervenir auprès d’un public de trois-cent lycéens de Bayeux et alentours, lorsque déjà lundi 3 octobre, dans le cadre du Prix des Lycéens, d’autres six-cents étudiants avaient pu échanger avec quatre journalistes de la MDJ, exilés du Rwanda, Maroc, Tchad et Burundi, intervenant dans quatre établissements de la région, notamment à Bayeux, à Caen, à Granville et au Havre.

Deux journalistes de Kaboul, deux histoires de lutte et de résistance.
À cause de leurs activités journalistiques, Mani et Rawshangar ont été plusieurs fois menacés par les Taliban et par d’autres groupes extrémistes de Kaboul. Les menaces ont atteint leur apogée quand une jeune fille de 24 ans a été sauvagement tuée par une foule instiguée par des religieux, en plein centre à Kaboul en mars 2015. Les deux journalistes demandaient justice pour ce crime et les extrémistes ont multiplié les menaces en les contraignant à quitter l’Afghanistan à l’automne 2015.

Khosraw Mani

Khosraw Mani

« Nous sommes la génération de la guerre, nés sans pouvoir vivre notre enfance, sans se voir reconnaître des droits fondamentaux, sans pouvoir bénéficier des libertés fondamentales – explique Mani devant les jeunes de Bayeux -. Etre journaliste et écrivain est devenu donc pour moi une forme naturelle de responsabilité envers mon pays ». Diplômé en science politique et juridique à l’université de Kaboul, Khosraw Mani était journaliste pour Radio Free Europe. Il était  en charge de l’écriture des reportages d’investigation, ainsi que de la transmission des informations. Suite à une grave agression de la part des Taliban, il quitte la radio pour travailler en freelance avec la presse papier et il se dédie à l’écriture de plusieurs essais et articles sociaux, politiques et culturels pour différents médias tels que BBC Persan, Mandegar Daily News et 8am. Ecrivain ayant à son actif quatre romans déjà publiés, Mani attend la publication en français de son cinquième roman et écrit son sixième roman.

Bahram Rawshangar

Bahram Rawshangar

« La situation en Afghanistan – a analysé Rawshangar – est très grave, pas seulement pour les journalistes. Depuis quatre jours les Taliban tirent sur les habitants de Koundouz et le gouvernement, corrompu, n’intervient pas. Il y a principalement deux raisons à cette guerre : les conflits ethniques et l’idéologie fondamentaliste ». Journaliste et activiste pour les droits de l’Homme, Bahram Rawshangar est diplômé en littérature. Il commence son métier de journaliste spécialisé des questions de sécurité en 2012 quand il signe son contrat avec l’agence de presse Johmore New Agency et le quotidien Mandegar. En 2014, Rawshangar devient le responsable de la section culturelle de Civil Society and Human Rights Network, une organisation qui travaille pour la liberté d’expression, les droits de l’Homme et la démocratie. Il collabore en parallèle avec Youth Radio. Aujourd’hui il est inscrit à l’Université en Science Politique à Paris et espère continuer son métier de journaliste.

« La liberté est un état de grâce et on n’est libre que pendant qu’on lutte pour elle », disait Sepulveda. Comme nous le rappellent les témoignages des journalistes de la MDJ qui informent dans le but de démocratiser les droits et les libertés fondamentaux, conscients des risques que leur profession comporte. Depuis 10 ans le Mémorial des reporters de guerre qui se trouve à Bayeux célèbre la mémoire des professionnels qui ont perdu la vie à cause de leur métier. Cette année il a vu par ailleurs l’inauguration d’une stèle dédiée aux disparus : pour donner un chiffre,  787 reporters ont été tués ou ont disparus dans le monde depuis 2005. Parce que le métier de correspondant de guerre vise à raconter la guerre en la refusant, pour construire un monde de paix.

 

 

La Maison des journalistes rend hommage à six journalistes afghans

[Par Elyse NGABIRE et Mourad HAMMAMI]

Au nom de la liberté des médias et d’expression, la MDJ a observé une minute de silence une semaine après l’assassinat de six journalistes afghans et leur chauffeur. C’était ce vendredi, 28 janvier à 12h30.
7La tristesse, le désespoir, l’impuissance face à la menace grandissante contre le métier de journalisme en Afghanistan, pouvait-on lire dans les visages d’autres journalistes afghans logés à la Maison des Journalistes (MDJ) de Paris. C’est après l’explosion d’une bombe qui a ciblé le bus qui les transportait, ce 20 janvier à Kabul.
Il s’agit de Mariam Ibrahimi, Mehri Azizi, Zainab Mirzaee, Hussain Amiri, Mohammad Ali Mohammadi, Mohammad Jawad Hussaini et Mohammad Hussain (leur chauffeur). Ils travaillaient tous pour la chaîne de télévision Tolo Set en Afghanistan depuis 2004, l’une des plus populaires et plus suivie parmi la cinquantaine de chaînes.
Osman Ahmadi, journaliste afghan réfugié en France depuis 2011, regrette les conditions extrêmes dans lesquelles le métier de journalisme est exercé dans ce pays déchiré par des guerres : « Les journalistes ne bénéficient d’aucune protection dans notre pays. Ils ne sont pas la priorité face à la dégradation générale de la situation en Afghanistan. »
L’attaque a été revendiquée par des Taliban et un avertissement avait été donné à tout le personnel de cette chaîne.
Au nom du Conseil d’administration représenté par Denis Perrin et Prisca Orsonneau, Darline Cothière, directrice de la MDJ, a exprimé la compassion et le soutien à la grande famille des journalistes afghans : « C’est la liberté des journalistes qui est entamée presque partout et nous disons non à cette barbarie. »
L’autre soutien aux journalistes, c’est celui du président afghan qui a condamné ces assassinats, présenté ses condoléances aux familles des victimes sans toutefois annoncé les mesures de sécurité prises.