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Iran : Grève de la faim de 27 prisonniers politiques kurdes à Orumieh

[Par Rebin RAHMANI]

Traduit de l’anglais au français par Quentin DAVIDOUX

Le jeudi 20 novembre 2014, vingt-sept prisonniers politiques kurdes ont entamé une grève de la faim pour protester contre le transfert dans leur section de criminels et de malfaiteurs notoires et le départ pour d’autres sections de certains des leurs.

La prison d'Orumieh (source :hra-news.org)

La prison d’Orumieh (source :hra-news.org)

La section douze de la prison d’Orumieh, d’une capacité de cinquante personnes, est connue comme le quartier des prisonniers politiques. Mais les autorités pénitentiaires s’efforcent depuis deux ans de mettre fin à cette habitude en déplaçant certains de ses prisonniers politiques dans d’autres sections abritant des meurtriers et des criminels des milieux de la drogue, tout en amenant dans la section douze des criminels et malfaiteurs habitués à la violence en prison.
De plus, durant cette période, la plupart des prisonniers politiques nouvellement incarcérés n’ont pas été placés dans la section douze. En ce moment, environ trente-cinq prisonniers politiques sont enfermés dans les quartiers de dangereux prisonniers. Selon les dernières statistiques, quatre-vingt prisonniers (trente prisonniers politiques kurdes pour cinquante criminels) sont retenus dans la section douze. A cause de cette surpopulation carcérale, les prisonniers politiques kurdes souffrent de gros problèmes concernant les aménagement de la prison, notament au niveau des installations sanitaires, de la santé, du renouvellement de l’air etc.
En plus de tout cela, certains gardes spéciaux de la prison viennent dans la sections douze et, tout en insultant les prisonniers politiques, fouillent leurs affaires personnelles et confisquent leurs livres, magazines, et notes.
les prisonniers politiques de cette section n’ont d’ailleurs pas le droit d’utiliser la bibliothèque, ni la salle de gym de la prison, et n’ont pas non plus le droit de recevoir de livres ou de magazines, même approuvés par le ministère de la culture iranien. Une difficulté supplémentaire à gérer pour les prisonniers politiques est la présence d’un bureau du ministère des renseignements au sein même de la prison. Les agents du ministère y convoquent fréquemment les détenus et les menacent de mises en accusation supplémentaires, de transfert dans les locaux du ministère des Renseignements et de la Sécurité nationale, ou d’arrestation de proches du détenu.
Pour protester contre les sévères conditions de détention à la prison centrale d’Orumieh, trente prisonniers politiques de la section douze ont entamé une grève de la faim le 20 novembre, et vingt-six la poursuivent à ce jour. Depuis le début de la grève, les autorités pénitentiaires, au lieu de préter attention à leurs exigences légitimes, ont menacé, convoqué et transféré ces prisonniers. Le 23 novembre, le bureau des renseignements de la prison a convoqué Osman Mostafa Pour (un prisonnier politique kurde condamné à trente-quatre ans de prison, et qui en a déjà passé vingt derrière les barreaux) et l’a conseillé de cesser sa grève de la faim s’il ne voulait pas faire face à une nouvelle sentence et des charges supplémentaires.

Mansour Arwand

Mansour Arwand

Le matin du 29 novembre, les gardes de la prison, équipés de matraques électriques se sont placés devant les portes et les fenêtres de la section douze. Le chef de la prison a averti les prisonniers que, si ceux-ci poursuivaient leur grève de la faim, les gardes attaqueraient la section et battraient les prisonniers. Le même jour, avant les visites des familles, ces prisonniers avaient eu à subir les insultes des officiers et un déshabillage complet pour “rechercher des lettres”. Le prisonnier politique kurde condamné à la peine capitale Mansour Arwand qui avait participé à un rassemblement à la prison, a été transféré sans notification préalable à la prison de Mahabad. La nuit du 29 novembre, les autorités pénitentiaires ont ensuite tenté de faire transférer Mohammad Abdullahi dans la section des meurtriers, mais ils se sont heurtés à la résistance des prisonniers politiques.

Le mardi 9 décembre, le prisonnier politique kurde Ali Afshari, gréviste, a été convoqué au bureau des gardes pour parler par téléphone avec le bureau des renseignements de la prison. On lui a annoncé que les prisonniers politiques devaient cesser leur grève de la faim le plus tôt possible. Autrement, les conséquences seraient terribles. L’agent du service des renseignements a ajouté qu’Ali Afshari précipitait son exécution en poursuivant sa grève de la faim.
Le 9 décembre, Jaafer Afshari, un autre prisonnier politique kurde, a été convoqué au bureau des gardes de la prison et transféré au quartier des travailleurs. Ce jour-là, Arafat Asgeri et Jafar Mirzayi, deux grévistes prisonniers politiques, ont été libérés après une période de six mois en prison.
Le 10 décembre, Ali Afshari a perdu conscience dans les toilettes de sa section à cause de son état de grande faiblesse, d’une basse tension, de troubles respiratoires et des conséquence de la balle reçu lors de son arrestation, toujours présente dans son corps.
Selon les derniers rapports, Reza Rasouli, Yusef Kaka Mami, Sherko Hasanpour, Sirwan Njawi, Abdulla Omumi et Mohammad Abdollahi sont dans un état critique.

Massud Shemsnjad

Massud Shemsnjad

Toujours le 10 décembre, Massud Shemsnjad, un avocat kurde, à entamé une grève de la faim pour protester contre sa détention dans le quartier des travailleurs de la prison d’Orumieh, et pour obtenir une remise en liberté provisoire des autorités pénitentiaires.
Il a été condamné à quatre mois de prison pour avoir eu des contacts avec des médias étrangers et pour son affiliation à des groupes d’opposition. Il a été l’avocat de plusieurs prisonniers politiques kurdes condamnés à mort.
En ce moment, vingt-sept Kurdes poursuivent leur grève de la faim dans la prison de Orumieh. Les noms des grévistes sont:

1-Masoud Shams Nejad , condamné à quatre mois de prison, 2- Sherko Hasan Pour, condamné à cinq ans de prison. 3- Abdullah Bislnun, condamné à un an et demie de prison. 4- Yusef Kaka Mami, condamné à neuf ans de prison, 5- Osman Mostafa Pour, condamné à trente-quatre ans de prison, 6- Mostafa Ali Ahmad, condamné à onze ans de prison, 7- Abdullah Omuyi, en situation irrésolue, 8- Wali Afshari, condamné à cinq ans de prison, 9- Kayhan Darwishi, condamné à trois ans de prison,10- Mostfa Dawoudi, condamné à dix ans de prison, 11- Shursh Afshari, condamné à cinq ans de prison, 12- Khezr Rasul Mrwat, condamné à cinq ans de prison, 13- Mohammad Abdullah Bakht, condamné à un an de prison, 14- Amir Moladust, condamné à quatre ans de prison, 15- Ahmad Tamuy, condamné à quinze ans de prison , 16- Jafar Afsharicondamné à cinq ans de prison, 17- Reza Rasouli, condamné à trois ans et neuf mois de prison. Et aussi dix prisonniers kurdes condamnés à la peine capitale: 1- Sayed Sami Hosseini,2- Sayed Jamal Mohamadi,3- Behruz Alkhani, 4- Ali Ahmad Soleiman, 5- Saman Nasim, 6-Sirwan Njawi, 7- Ebrahim Eis Pour, 8- Ali Afshari , 9- Rezgar Afshari, 10 – Mohamad Abdullahi.

Kobané est sous la menace d’un genocide

[Par Rebin RAHMANI]

Photos de Maryam Ashrafi.

Manifestation du Collectif des étudiants et des activistes kurdes en face de l’ambassade des Etats Unis à Paris.

Photos de Maryam Ashrafi

Le 10 octobre, la Collectif des étudiants et des activistes kurde a manifesté pour protester contre la politique des pays occidentaux vis à vis des agissements de l’état islamique, et ainsi soutenir la résistance kurde à Kobané(*) devant l’ambassade des Etats Unis à Paris.

Les activistes se sont regroupés et ont marché vers l’ambassade en portant un cercueil symbolisant la mort de l’ <Humanité> et scandant « Kobané is under the danger of génocide », « Kobané est sous la menace de jenocide ».

Les étudiant(e)s et activistes voulaient offrir le cercueil à l’ambassade des Etats Unis comme cadeau, mais après quelques minutes, ils en ont été empêchés par la police.

Ils ont demandé à laisser un message à l’ambassade des Etats-Unis mais la police a refusé leur demande et les a refoulés vers un parc proche de l’ambassade.

(*) Kobané est une ville de Rojava (Kurdistan de la Syrie). Cela fait presqu’un mois que la ville est assiégée par les djihadistes.

Photos de Maryam Ashrafi

Photos de Maryam Ashrafi Photos de Maryam Ashrafi Photos de Maryam Ashrafi Photos de Maryam Ashrafi






 

Kurdes-Etat Islamique : Protestations dans les rues de Paris

[Par Rebin RAHMANI]

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Des milliers de manifestants ont marché à travers Paris le samedi 4 octobre demandant à la communauté internationale de soutenir la résistance Kurde contre les djihadistes de l’état islamique qui sont en train d’encercler la ville Kurde de Kobané dans la région kurde de Syrie, Rojava.

Les djihadistes de l’EI ont commencé leur attaque dans cette région du nord-est de la Syrie le 15 septembre et depuis ils ont ciblé la ville, laissant craindre encore un génocide contre les kurdes.
Les attaquants emploient actuellement des armes d’une puissance jusque-là inconnue sur ce terrain, comprenant des chars, des fusées à longue distance et de l’artillerie lourde.

1.400.000 réfugiés kurdes ont fui la ville et – dans un mouvement de désespoir – ont traversé la frontière pour essayer de se mettre à l’abri dans des communes kurdes en Turquie.
Les forces kurdes de l’armée YPG et le YPJ (protection des femmes) sont restées à Kobané afin de combattre les djihadistes et protéger leur ville.

Protestations dans les rues de Paris

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Face à ces événements, les manifestants ont sillonné la capitale française de l’Assemblée Nationale jusqu’au Trocadéro. C’est la quatrième fois qu’une telle manifestation a lieu à Paris en faveur des résistants syriens kurdes.
La manifestation a également marqué la fin d’une grève de la faim de cinq jours menée par la communauté kurde devant le parlement français pour demander le soutien de la communauté internationale en faveur de la résistance kurde contre les attaques des djihadistes de l’E.I. à Kobané.

Chemin faisant de nombreuses personnes se sont jointes aux manifestants, chantant des slogans en faveur de la résistance. Au Trocadéro les représentants du PYD, leader des communautés kurdes en France, et le représentant du parti communiste français ont demandé un soutien international immédiat envers la résistance kurde contre les djihadistes.

De nombreux manifestants ont rappelé que les Kurdes de Syrie ont lutté contre l’EI et d’autres organisations comme Al-Qaïda lié au Front Al-Nusra pendant les deux dernières années alors que le monde entier ne considérait pas ces groupes comme un danger pour la paix dans le monde.

Un soutien sélectif

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Au cours des deux derniers mois, la communauté internationale a condamné les attaques des djihadistes de l’ES contre la communauté kurde yézide en Irak et a fourni un aide militaire et humanitaire au gouvernement régional du Kurdistan (KRG) du Kurdistan irakien pour se battre contre les djihadistes de l’ES. Toutefois, une telle aide n’est pas fournie aux Kurdes en Syrie, même si les Kurdes Syriens ont été à l’avant-garde de la lutte contre les djihadistes est pour les deux dernières années.

Alors que certains manifestants s’interrogeaient sur les raisons du soutien de la communauté internationale aux Kurdes Irakiens, mais pas les Kurdes de Syrie, de nombreux autres expliquaient que la raison principale de cette situation réside dans les intérêts des pays occidentaux avec l’ARK du Kurdistan irakien et que la défense de ces intérêts a conduit les alliés à défendre le Kurdistan irakien des djihadistes de l’ES.

Beaucoup de pancartes tenues par les manifestants proclamaient qu’il faut condamner les djihadistes de l’ES et l’attitude de la communauté internationale.

Dans les deux dernières semaines, des officiers Kurdes Syriens ont plaidé à plusieurs reprises pour le soutien de la communauté internationale en vue de sauver Kobané et prévenir les massacres qui ont lieu contre des civils kurdes de Syrie aux mains des djihadistes IS.
Leur appel urgent pour une aide et un soutien international, à l’adresse du département d’Etat américain et de la communauté internationale, cependant, est jusqu’ici tombé dans l’oreille d’un sourd.

Tous les chemins mènent à la prison !

[Par Rebin RAHMANI]
 
Traduit de l’anglais vers le français par : Saida Huseynova et Françoise Serrero
 

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Kulbar


 
Durant l’été 2002, pendant mes vacances universitaires, j’étais à la recherche d’un emploi pour vivre. Mais dans cette petite ville, du Kurdistan, il n’y avait pas d’autre emploi que de travailler comme « courrier de frontière » : Kulbar (mot persan pour désigner celui qui transporte des boîtes sur son dos jusqu’à la frontière), ou comme commerçant : Kasebkar (celui qui reçoit des produits à la frontière, les charge dans le camion puis les amène au centre des villes pour les vendre).
 
Avec plusieurs amis, tous les soirs, à 23h00, nous montions à Kamyaran dans un camion, pour nous rendre à la frontière de l’Iran avec l’Irak, à Marivan.
A 03h00, à l’entrée de Marivan, nous prenions livraison des boîtes de thé produites à étranger, des courriers qui les apportaient sur leurs épaules de la frontière, et nous les mettions dans le camion. Puis, nous retournions à Kamyaran.
 
Nous étions cinq en charge de soixante boîtes de thé. Deux d’entre nous devaient charger les boîtes de thé dans le camion et rester sur le toit tout au long du voyage, ce qui était très dangereux. Nos cœurs battaient vite de peur de rencontrer la police ! Si nous étions arrêtés, il nous faudrait fuir à tout prix, car la seule chose qui nous attendait était l’arrestation, la prison et des amendes.
 
Nous avons évité les embuscades et les balles de la police plusieurs fois. Chaque jour, nos vies étaient mises en danger afin de gagner assez pour acheter de la nourriture.
Chaque fois, comme si on allait à un champ de bataille, nous n’étions pas sûrs de pouvoir rentrer à la maison. Trois mois ont passé comme ça…
 
Un jour, à l’entrée de la ville de la Kermashan, j’ai été arrêté avec trois compagnons à bord d’un camion et accusé de transporter soixante-cinq boîtes de thé de contrebande. Nous avons passé un certain temps dans la prison Awa Dizel de Kermashan et avons finalement été relaxés par le juge après avoir payé les amendes.
 
Quatre ans ont passé et je me suis retrouvé à la prison de Awa Dizel une fois de plus, cette fois-ci pour mes activités politiques.
 
Il semble que dans mon pays, tous les chemins pour gagner sa vie et pour obtenir l’égalité des droits et la justice sociale mènent à la prison.
 
L’existence d’un commerce et de passeurs transfrontaliers est un problème dont les causes sont économiques, politiques et sociales. Malheureusement, sous prétexte de lutter contre les importations illégales, la République islamique d’Iran a adopté la solution de l’élimination physique au lieu de trouver les racines et de créer des emplois. Pendant des années, la méthode dure et inappropriée de la confrontation violente a conduit la police locale à assassiner des dizaines de jeunes et de chefs de familles et à rendre une partie de la population invalide.
 
Aujourd’hui dans la région, des milliers de familles perdent le sommeil chaque fois que le chef de famille va au travail, craignant d’apprendre son assassinat par la police, sa mort dans l’explosion de mines terrestres, par noyade dans une rivière ou à cause du froid pendant les nuits glaciales du Kurdistan.
 
Personne ne nie l’énorme dommage financier qu’inflige la contrebande à l ‘économie du pays, mais connaissant les maladies sociales que sont le chômage et la pauvreté, les autorités de la République islamique d’Iran se sont-elles jamais posé la question de savoir pourquoi certains choisissent un métier si dangereux pour nourrir leurs enfants affamés ?
Devrait-on vraiment mourir pour cela ?
 
 

Rebin RAHMANI

rebin

Activiste kurde iranien, Rebin a commencé son activité de journaliste en 2003, lorsqu’il était éditeur du journal des étudiants « Rojhalat » de l’Université de Birjand. Depuis le 2009, il collabore avec des nombreuses organisations humanitaires. A cause de son engagement, Rabin a été détenu de 2006 au 2008 dans la prison de Kermanshah. Une fois sorti de prison, il prend contact avec plusieurs organisations humanitaires en Iran. Intercepté et menacé par les services secrets de Sanadaj, de Kamyaran et de Kermanshah, il a été contraint de quitter le Pays en mars 2011.

Le plus : En 2005 il s’est engagé dans une longue recherche pour comprendre les origines du grand nombre de toxicomanes parmi les jeunes de Kermanshah. Rebin RAHMANI continue toujours ses activités de collaboration avec des organisations humanitaires. En juillet 2014, il crée avec d’autres militants des droits des kurdes, l’association Kurdistan Human Rights Network. 

Courriel : rebin.rahmani209@gmail.com

A Kurd Iranian activist, Rebin began his work as a journalist in 2003, when he was an editor of the student journal “Rojhanat” at Birjand University. Since 2009, he has collaborated with many humanitarian organizations. Because of his commitment, Rabin was detained from 2006 to 2008 in the Kermanshah prison. Once out of jail, he made contact with many humanitarian organizations in Iran. Intercepted and threatened by the secret service of Sanadaj, Kamyaran and Kermanshah, he was forced to leave the country in March 2011.

More: In 2005, he embarked on a long search to understand the origins of the large number of drug users among youth in Kermanshah. Rebin Rahmani continued his collaborative activities with humanitarian organizations. He is currently launching the creation of a Kurd humanitarian organization in France. In july 2014, he creates, with others Kurdish Human Rights activists, the organisation Kurdistan Human Rights Network.

Email: rebin.rahmani209@gmail.com