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Kabila, lâché par ses pairs africains?

Kabila fait partie de ces chefs d’Etats les plus maudits par leur peuple. Mais, comme un roseau qui plie, aucun vent n’a eu raison de l’autocrate. Depuis dix-sept ans, il défie la démocratie, chahute son peuple et snobe la communauté internationale. Mais, pour l’heure, c’est comme si ses pairs africains avaient décidé de le laisser sur le bord de la route.

Taiseux, jusqu’à le confondre, presque, avec un « timide pathologique », cet homme formé au maniement de kalachnikov – sans plus -, est pourtant un fin stratège politique. Sa force et ses astuces : élections cafouilleuses ; division de son opposition par la corruption ; répression massive à balles réelles contre son propre peuple… mais, aussi, sur le plan diplomatique, l’appui inconditionnel de ses pairs, au sein de l’Union africaine (UA), transformée en « syndicat des chefs d’Etat africains ».

Il incarne, au cœur de l’Afrique, le troisième protagoniste de l’histoire dramatique que tisse la « malédiction congolaise ». C’est un héritier d’une race de dictateurs, dont Mobutu et Laurent Kabila, son propre père. Mais, comble de malheur pour le peuple congolais, il n’a porté de cet héritage politique que les gènes de défauts de ses deux prédécesseurs, en excluant ceux liés aux rares qualités qu’ils possédaient.

Ainsi, de Mobutu et de Kabila père, le légataire Joseph Kabila s’est doté des « gènes dictatoriaux ». A outrance. Côté positif, il s’est débarrassé, par exemple, du sens élevé que manifestait Mobutu, pour un Congo unitaire, aussi bien que du nationalisme (au sens noble), dont se nourrissait Laurent Kabila.

«Bruit de vote et de bottes»

Tel est le portrait, croqué, de ce prince médiocre, qui voudrait continuer à garder le pouvoir pour le pouvoir. Au-delà de son mandat constitutionnel. Dans le bras de fer que son gouvernement a engagé avec l’Eglise catholique, le cardinal congolais Monsengwo a enfoncé le clou : « Que les médiocres dégagent », a-t-il martelé. Allusion faite, singulièrement, à l’endroit du chef. Qui ne connaît ni Socrate, ni Descartes, ni Einstein…

L’Union africaine, en passe de mutation de mentalité, a-t-elle entendu le cri d’alarme du prélat ? La présence en son sein de quelques présidents démocratiquement « bien élus » commence à empêcher – un tant soit peu -, l’exercice inconsidéré des « solidarités négatives ». C’est un fait majeur dans la conduite de cette institution appelée à amener l’Afrique vers le progrès.

C’est aussi une première que d’entendre, avec délectation, un président africain, démocrate, condamner sans fard un de ses pairs, autocrates.  Récemment, à Londres, le nouveau président botswanais (Botswana), Mokweetsi Masisi, a demandé à son homologue congolais de « partir ».

Mais, le lâchage spectaculaire, de ce point de vue, aura été celui mis en épingle par le président rwandais, Kagame. Lors du sommet africain organisé, fin avril, à Kigali (Rwanda), sous le thème « L’Union africaine est-elle nécessaire ? », l’opposant congolais Moïse Katumbi a eu droit à la parole, au même titre qu’un président africain. Or, le président rwandais assure, pour le moment, la présidence tournante de cette organisation.

Kabila, donc, est-il devenu « le poil à gratter », au sein de l’Union africaine ? Tant mieux. Cependant, tant qu’il continuera à s’imaginer inamovible, le bruit « de vote et de bottes » reste largement garanti. Aussi bien au Congo qu’en Afrique centrale. Déjà, partiellement embrasée.

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

RDC : Entre les deux camps, à qui la faute ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Le train de la transition, pour atteindre le cap des élections prévues fin 2017, est toujours hors des rails. Et pour cause. Plus par la persistance des manœuvres dilatoires entretenues par le camp présidentiel que la réalité des ambitions marquée par les leaders de l’opposition. Au point que la communauté internationale et nombre d’observateurs commencent à y voir déjà un « jeu puéril » de mauvais goût.

Rat-race (Course au pouvoir), Chéri CHERIN, 2007 ©horvath.members.1012.at

En témoigne la nomination, à la hussarde, de Bruno Tshibala, le 8 avril, au poste de Premier ministre. En dehors de l’esprit et de la lettre des accords de la Saint Sylvestre (31 décembre 2016). Ainsi, aussitôt nommé, aussitôt contesté. Nommé, puisque étant radié du Rassemblement (coalition de l’opposition), celui-ci constituait pour le régime en place une nouvelle occasion de « diviser pour régner ». Il en était d’ailleurs ainsi de la nomination, en novembre 2016, de Samy Badibanga – encore un autre exclu de l’opposition.

Puéril ! Puisque la manœuvre est cousue de fil blanc ! L’Union européenne, la France et la Belgique ont ouvertement parlé de « manœuvres politiques dangereuses », avec à la clé des menaces. L’Eglise Catholique n’a pas été en reste. Par le biais du cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, celui-ci a comparé la classe politique de son pays à Judas Iscariote. Quant à la nouvelle administration des Etats-Unis, qualifiée, à tort, d’indifférente face à la politique africaine, elle s’est montrée plutôt plus musclée. Nikki Aley, sa représente à l’Onu, a accusé crûment le régime de Kinshasa d’être « corrompu ».

Suffisant pour démontrer que le chemin emprunté par le président Kabila et sa cour mène inexorablement à la catastrophe. Laquelle mettra toute la région de l’Afrique centrale à feu et à sang.

« Kabila voudrait succéder à Kabila »

Quels sont les signes tangibles que laisse apparaître le régime de Kinshasa sur cette responsabilité prévisible ? L’opposition n’aura-t-elle pas sa part à assumer ?

La problématique est simple, car l’opposition, en tant que partie plaignante, ne peut constituer en aucun cas un obstacle à sa propre démarche, qu’elle croit liée à la défense d’une cause juste. A moins de réfléchir à rebours pour voir autrement les choses.

Manifestation de l’opposition à Joseph Kabila le 31 juillet 2016, à Kinshasa.                       ©Eduardo SOTERAS/AFP

Après seize ans de pouvoir détenu par le président Kabila, dont l’exercice de deux mandats de cinq ans chacun (émaillés par ailleurs d’élections floues), et en vertu de la Constitution qui l’interdit de briguer un troisième mandat, c’est l’opposition qui s’est, du coup, placé du « côté du bon droit ». Se serait-elle résolue, du jour au lendemain, à ne plus atteindre son objectif ? Que nenni.

Si l’opposition n’est pas un obstacle, selon la force de l’argumentation qui précède, la faute incomberait donc à l’autre partie, qui cherche visiblement à se maintenir au pouvoir. Contre vents et marées.

On y voit, d’abord, son souci à recourir à la notion de « consensus ». Or, on ne peut s’appuyer sur cette notion que lorsqu’il y a un différend entre protagonistes. En tout état de cause, il n’y en a pas un, en l’espèce, si ce n’est le fait qui relève de la Constitution obligeant le président Kabila à céder le pouvoir et à organiser, pour ce faire, des élections dans le délai prescrit par les accords de la Saint Sylvestre. Il s’agit là, dans les deux cas, « de la Loi et de sa force ». Face auxquelles on ne peut faire de la résistance.

Et puis, que vaut la notion de consensus, sinon « un bon moyen de chantage sentimental exercé sur les opposants », comme le souligne le dictionnaire Vocabulaire politique (Presses universitaires de France) ?

Chantage ? C’est-ce que le camp présidentiel a tenté d’utiliser, subrepticement, aussi bien lors du dialogue emmené par Edem Kodjo, médiateur désigné par l’Union africaine (février – novembre 2016), que des pourparlers organisés sous les auspices des évêques catholiques (décembre 2016 – mars 2017).

On y voit, ensuite, comme signe incontestable de torpillage ou d’attentisme suspect, le silence du pouvoir sur le nom de l’éventuel dauphin du président Kabila. Si élections il y aura, fin 2017 ou un peu plus tard, quelle est la personne qui y portera les couleurs du parti du président sortant ? Silence radio, qui ne signifie rien de moins que « Kabila voudrait succéder à Kabila ». C’est aussi clair que de l’eau de roche.

Syndrome de Peter Pan

Sans titre n°4, Moridja KITENGE, 2015 @moridjakitenge.com

La conclusion, après cette démonstration, coule de source. Le pouvoir de Kinshasa est responsable de

cette impasse politique. « Responsable et coupable », à l’inverse de la fameuse formule de Mme Dufoix : « Responsable mais pas coupable ».

Quant à l’opposition, son fardeau est léger. Si des ambitions s’y expriment, cela va soi. Rares, en effet, sont des cas où dans un groupement politique les gens détestent de sortir du lot pour occuper la place de leader. Mais si ces ambitions sont exploitées par le camp adverse pour diviser, on est plus dans le schéma classique de faire de la politique. Dans ce cas, on verse proprement dans le machiavélisme, faisant de la partie qui « subit », c’est-à-dire l’opposition, une victime. Celle-ci est donc « non coupable ».

En attendant, c’est l’impasse. Et le peuple congolais continue de trinquer. Contrairement à ce qu’écrit François Soudan, le directeur de la rédaction de Jeune Afrique (n° 2935-2936, du 9 au 22 avril 2017), à propos de la classe politique congolaise : « En termes de psychologie, le phénomène porte un nom : le syndrome de Stockholm, l’amour du prisonnier pour son geôlier », je parlerai, pour ma part, du syndrome de Peter Pan. Ce mal qui fait qu’un adulte se prenne toujours pour un enfant et se comporte comme tel. Voici l’image minable que donne la classe politique congolaise !

RDC : Après les tempêtes, un tsunami annoncé

[Par Jean-Jules LEMA LANDU] 

Tempête et naufrage semblent donner la parfaite image du navire qui s’appelle Congo et qui, depuis 1960, date de son indépendance, vogue à travers les tempêtes. Si le navire ne s’est pas totalement disloqué, pendant ce temps, il a néanmoins subi de graves dommages. Un changement de cap s’impose, en vue d’éviter un tsunami annoncé.

Kiripi KATEMBO, Jupiter, 2012 ©Galerie MAGNIN-A

François Soudan, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Jeune Afrique, a autrement exprimé cette image dans le bimensuel La Revue n° 70, mars-avril : « Ce qui me surprend toujours dans ce maelström, c’est que malgré les rébellions, les sécessions […], malgré les quatre cents langues parlées et la myriade de cultures, la République Démocratique du Congo a survécu ».

La résilience du peuple congolais est un « fait de l’histoire », inexplicable, comme ce fut le cas de Numance, une petite ville antique (Espagne) qui résista durant vingt ans, au IIe siècle avant notre ère, face à la puissante armée de conquête romaine. A terme, Numance finit par tomber, tout comme la résilience des Congolais a commencé par lâcher prise devant l’innommable.

République Démocratique du Congo @Encyclopédie Larousse

L’innommable, c’est ce néant dans un pays où l’ État n’existe plus, au point que les populations, dans la région d’Ituri (nord-est), ont commencé à se nourrir des « beignets faits d’argile et de racines de bambous », pour survivre. Et où, un « chef de l’Etat », Kabila, et sa cour s’agrippent au pouvoir, qui n’en est plus un, depuis décembre dernier, selon la Constitution. Pour défendre l’illégalité, ils usent à outrance de l’épée contre le peuple, au cas où celui-ci ose lever le petit doigt. L’ONU parle de massacres.

C’est là la cruelle genèse ! Ému, le pape François a poussé les évêques congolais à s’en mêler. Après l’échec essuyé, en octobre, par la facilitation initiée par l’Union africaine. C’est la première fois que l’Église Catholique s’immisce, à ce niveau, dans les affaires politiques du pays.

Le pape François a reçu ce lundi 26 septembre 2016 le président congolais, Joseph KABILA au Vatican. © REUTERS/Andrew MEDICHINI/POOL

Qu’en est-il donc et où en est-on ? Depuis décembre, les évêques, après avoir réussi à mettre autour de la table opposition et gouvernement, ont pu obtenir du président Kabila son renoncement à rempiler pour un troisième mandat « illégal ». Restait à former un gouvernement d’union nationale et à fixer le calendrier de la présidentielle pour décembre prochain. Si, globalement, un accord a été signé, le 31 décembre, par les partis engagés au dialogue, son application bute, surtout, sur le second point.

On en était là. Jusqu’au décès de Tshisekedi survenu à Bruxelles, le 1er février.

Étienne TSHISEKEDI en juin 2016, à Bruxelles ©AFP / Thierry ROGE

La disparition de cette figure emblématique de l’opposition, qui a surtout permis de fédérer cette plate-forme pour la cause, risque de tout remettre en question. D’autant que ce bloc a déjà commencé à se fissurer pour le poste de Premier ministre, qui devrait de droit revenir à ses membres, selon l’accord de décembre.

Si à chaque fois, le pouvoir lève un nouveau lièvre, d’une part, l’opposition reste divisée quant à la personne à désigner pour ce maroquin de prestige, d’autre part.

L’impasse est donc à la porte. A moins que les hommes de l’Eglise n’arrivent à conjurer le pire, en étouffant aussi bien les ambitions des opposants que la mauvaise foi du pouvoir. Sinon, le Congo, cette fois, fera face à un tsunami… annoncé. Et au naufrage inévitable. Car la résilience du peuple, mise à l’épreuve, depuis des décennies, se sera transformée, à l’occasion, en un choc tectonique. Conduisant à la guerre civile et à la « balkanisation ».

 

 

 

 

 

 

 

RDC : Beni, une barbarie absurde !

[Par Jean MATI]

Depuis quelques mois, la ville de Beni, à l’Est de la République démocratique du Congo vit une situation d’insécurité dramatique. D’après les sources onusiennes, plusieurs personnes seraient mortes assassinées.  

Récemment, les hommes en uniforme portant la tenue des FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) ont massacré 69 personnes à coup de machette, pillé des mortiers et des baïonnettes à Rwaghoma, près de Beni. De tels événements déplorables sont récurrents depuis 2014 dans cette région.

Le gouvernement congolais ne cesse, pour sa part, d’attribuer ces actes ignobles aux rebelles ougandais de l’ADF (Forces démocratique alliées – Armée de libération de l’Ouganda), des mains criminelles qui opèrent avec facilité en l’absence de l’autorité publique.

Des membres de l'Alliance des forces démocratiques de RDC (Source : news.vice.com)

Des membres de l’Alliance des forces démocratiques de RDC
(Source : news.vice.com)

Force est de noter qu’au vu de ce qui se passe à l’est de la RDC, les autorités congolaises ont toujours montré leurs limites concernant la situation sécuritaire dans cette partie du pays. Le pouvoir en place n’a jamais proposé un projet sérieux et crédible pouvant permettre de combattre les groupes armés qui naissent à l’Est comme des champignons. Par ailleurs, l’actuel président Joseph Kabila, issu d’une rébellion qui a mis le pays à feu et à sang, n’a jamais endossé le costume de chef d’une nation frappée par la guerre.

L’Est du Congo est le théâtre de conflits armés depuis fin 1996, date à laquelle l’Alliance des Forces pour la libération du Congo (AFDL), dirigée par le maquisard Laurent Kabila a lancé l’opération « Marche sur Kinshasa ». Avec l’aide des voisins Burundi, Rwanda et Ouganda, l’AFDL a réussi à chasser du pouvoir le dictateur Mobutu. Mais avec quelles conséquences ?  Les alliés et leur rébellion ont dévasté le pays en détruisant tout sur leur passage, les foyers des réfugiés hutus (Massacre de Tingi Tingi), par exemple ! Ce fut une véritable tactique de « terre brûlée ».

Une fois au pouvoir à Kinshasa, le régime Kabila (père et fils) qui a pactisé avec les forces étrangères n’a jamais su combattre les éléments, qui ont été hier alliés, aujourd’hui, adversaires. Face à la prolifération des groupes armés, le régime en place s’est vu dépassé et incapable.

De ce fait, il est donc difficile pour ne pas dire impossible que le Congo retrouve la paix dans sa partie Est compte tenu notamment de la difficulté de désigner les protagonistes du conflit. En outre, les enjeux économiques, les guerres financées par les multinationales pour mieux exploiter les richesses du pays, sont en partie générateurs de la dite situation.

 

Les Congolais divisés en politique, unis par le ballon rond

[Par Jean MATI]

La sélection nationale congolaise de football a été sacrée, dimanche 7 février, championne d’Afrique, après sa victoire 3-0 en finale contre le Mali, de la 4e édition de CHAN (Championnat d’Afrique des Nations) 2016 qui vient de se terminer au Rwanda.

Déjà vainqueurs de la première édition qui s’est déroulée en 2009 en Côte d’Ivoire, les Congolais viennent d’inscrire à nouveau leur nom dans le palmarès du football africain. Avec deux trophées remportés en sept ans, la RDC devient ainsi la nation la plus titrée du Chan, cette compétition réservée essentiellement aux joueurs évoluant sur le Continent africain. Des scènes de liesses et de jubilation de tout le peuple congolais ont été observées à travers l’étendue de la République. La consécration des fauves congolais arrive au moment où le pays est en proie des débats politiques houleux. Prochainement, la République démocratique du Congo, devra normalement organiser les élections. Et le président sortant au pouvoir depuis 2001, Joseph Kabila dont le mandat s’achève cette année, n’a pas le droit de se représenter selon la Constitution qui prévoit deux mandats.

(Source: CYRIL NDEGEYA / AFP)

(Source: CYRIL NDEGEYA / AFP)

Si la victoire a pu faire la joie de toutes les factions politiques de la RDC, comme on a pu le remarquer sur les réseaux sociaux, où tant les politiciens de la majorité présidentielle mais aussi des opposants politiques postaient des messages de soutien aux footballeurs congolais, trop vite, les discordances sont apparues. La récupération politique est devenue monnaie courante en période d’élections. Les résultats sportifs influant beaucoup la population. Il faut se rappeler qu’après la victoire de la RDC en quart de finale contre le Rwanda, une partie du public congolais avait réclamé le départ du Président Kabila, tout en lui rappelant la fin prochaine de son mandat. Par contre, lors de la victoire des Congolais en demi-finale, contre la Guinée, une scène similaire s’est reproduite, mais cette fois-ci avec les deux camps, celui de l’opposition et de la majorité présidentielle.

Kabila Wumela vs Kabila Oyebela

Deux concepts ont été lancés : « Oyebela » (sois prévenu, fais attention, en lingala) par l’opposition, cette dernière avertit les dirigeants que leur main-mise sur le pouvoir est bientôt terminée. Par contre, les autorités parlent plutôt de « Wumela »  (Demeurer, rester) ». Ils réitèrent leur soutien au Chef de l’État. Pour eux, le Président en exercice peut rester éternellement au pouvoir tant qu’il fait des bonnes choses.

Émeutes à Kinshasa en janvier 2015 (Source: Papy Mulongo/AFP)

Émeutes à Kinshasa en janvier 2015
(Source: Papy Mulongo/AFP)

Les manifestations qui ont suivi la victoire de la RDC en finale, le week-end dernier, ont occasionné une série de bavures des hommes en uniforme. Durant les évènements ceux qui scandaient des slogans hostiles au pouvoir en place, ont été arrêtés. Le général de la police, Célestin Kanyama, qui a évoqué les mesures de « l’Ordre Public » a pu justifier longuement les arrestations arbitraires à l’antenne de la Télé nationale Congolaise. Curieusement, à la fin de son intervention, il s’est fait même applaudir par le journaliste ! Un beau moment d’intégrité journalistique, toutefois, il ne faut pas perdre l’information essentielle de vue : félicitations aux Léopards de la RDC.

 

 

République Démocratique du Congo : quelle alchimie pour Joseph Kabila en 2016 ?

[Par Jean MATI]

L’année 2016 qui débute est celle de tous les enjeux pour la République démocratique du Congo. Le Président de ce pays, Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001 va devoir briguer un nouveau mandat. Fort malheureusement, il n’aura pas le droit de se représenter. Car la Constitution limite les mandats au nombre de deux. Qu’est-ce qu’il va alors advenir? La République Démocratique du Congo deviendra-t-elle un nouveau Burundi? Quels stratagèmes seront mis en place pour contre-carrer la Constitution ?

Le Président Joseph Kabila lors de son intervention devant le Parlement (source : primature.cd)

Le Président Joseph Kabila lors de son intervention devant le Parlement (source : primature.cd)

En janvier 2015, une loi du Parlement voulant modifier quelques lois de la Constitution avait provoqué une série des manifestations à Kinshasa, la capitale. La police et l’armée avaient tirés sur les manifestants. Le bilan lourd s’élevait à une quarantaine de morts, à en croire les associations de défense des droits de l’Homme. Face à ce drame, le prix du sang a payé la bravoure du peuple congolais. De ce qui précède, cette loi qui tentait de prolonger la tenue des élections en motivant cela par le recensement de la population, avait été carrément retirée par le Sénat.

En effet ce fut une grande victoire pour le peuple congolais, qui dénonçait a priori les manœuvres dilatoires du gouvernement congolais. Elles auraient permis au président Kabila de conserver son fauteuil pour une durée transitoire de trois ans. Pourquoi s’obstiner jusqu’à ce point au pouvoir ? Disons-le, Joseph Kabila est au pouvoir depuis maintenant quinze ans. En Janvier 2001, suite à l’assassinat mystérieux de son père (Laurent Désiré Kabila), en sa qualité d’officier militaire, il prit les fonctions du Chef de l’État. Un peu curieux, cette prise de pouvoir, comme si ça lui tombait du ciel. Alors, le jeune Kabila hérite d’un pays divisé par de nombreuses rebellions, il joue la carte du pacificateur. Ce rôle lui va très bien. Avec l’aide de ses parrains occidentaux, il réussit à rabattre les cartes publiquement. Il joue et gagne en mettant autour d’une table tous les belligérants du conflit congolais. En 2003, Joseph est président du schéma 1+ 4. En 2006, il organise les premières élections libres et démocratiques pour ne pas dire transparentes. Au moins, les Congolais ont pu voter ! Joseph Kabila bat au second tour le candidat Jean Pierre Bemba, son ancien vice-président.
En 2011, Joseph est réélu. Il bat l’opposant historique Etienne Tshisekedi. Cette victoire douteuse laissera un goût amer dans la langue politicienne congolaise. Le paysage politique monte au créneau. D’abord les opposants congolais qui dénoncent les fraudes massives. On laisse même entendre que dans certains coins du pays notamment à l’Est où le président est majoritaire, les jeunes enfants (mineurs moins de 18 ans) possédaient les cartes d’électeurs et avaient participé au scrutin en vue de gonfler les voix du Président sortant. Ensuite, viennent les constations négatives de la Communauté Internationale qui confirme les irrégularités.

Des opposants manifestent contre les autorités, en janvier 2015, à Kinshasa. ( source : jeuneafrique.com)

Des opposants manifestent contre les autorités, en janvier 2015, à Kinshasa. (
source : jeuneafrique.com)

Dans la foulée, le président et son régime sont mis à nu. Les associations de défense des droits de l’Homme citent dans leur rapport la République Démocratique du Congo comme un pays dangereux en matière de violations des droits humains. Les journalistes aussi s’invitent à la dénonciation du régime kabiliste. Des journalistes étrangers, il faut bien le préciser. Car les journalistes qui sont au pays subissent des fortes pressions (censures, arrestations, menaces de mort…). Tout est donc mal parti pour le « Raïs », c’est ainsi que Kabila est surnommé par ses partisans.

A partir de 2011, Joseph n’avait que cinq ans pour sauver son mandat en dépit de cette série d’accusations portées contre lui. Le président de la RDC s’est donc lancé dans de grands travaux de reconstruction du pays pour frapper l’imagination d’un congolais lambda. A Kinshasa, la capitale, pour ne citer qu’un seul exemple, plusieurs chantiers ont vu le jour un peu partout. Certaines routes ont été faites. Il y a eu des projets qui ont été atteints, certains sont en cours et d’autres ne verront certainement pas le jour sous l’ère Kabila s’il faut tenir compte du délai constitutionnel.

Pour ce faire, le président Kabila a initié récemment le dialogue national. Ce forum compte réunir tous les acteurs politiques afin de penser à l’avenir de la RDC. Plusieurs propositions seront discutées notamment sur la tenue des élections. Toutefois, l’opposition congolaise, renforcée dans son rang suite à une réunion tenue naguère à Gorée au Sénégal, ne veut pas entendre le discours sur le dialogue national prôné par Kabila. Ce dernier est soupçonné de jouer sur la prolongation du scrutin. Attendons voir ce que sera l’année 2016 en RDC !

 

 

RDC : Controverse autour de 425 cadavres découverts à Kinshasa

[Par Jean MATI]

425 corps ont été retrouvés naguère à Maluku dans la banlieue de Kinshasa. Au moment où les indiscrétions pointent un doigt accusateur en direction des industries de la mort installées par le régime en place, cette découverte macabre a suscité la réaction de l’opinion nationale mais aussi de la communauté internationale. Elle relance, par ailleurs, le débat sur la question sécuritaire en République démocratique du Congo, un pays dont les droits de l’homme sont bafoués. Les opposants emprisonnés, les contestataires muselés, les journalistes assassinés et voire pousser à l’exil…Telle est la présentation d’un tableau sombre qu’expose le Congo-Kinshasa.

kinshasa
Ce jour-là, une odeur nauséabonde bouchait les narines des citadins de Maluku, une commune située dans le faubourg de Kinshasa, la capitale de la RDC. « Presque tout le monde voulait savoir d’où venait une telle odeur, car ça donnait l’envie de vomir. Est-ce une odeur d’excréments ? Se demandaient les uns. Non, affirmaient les autres. C’était plus que ça ! », Confie un témoin.
A quelques pas de là, dans l’enceinte du cimetière local « fula-fula », les badauds découvrirent une fosse commune. Des corps humains mal enterrés ont refait surface. Ils traînaient à la hauteur de la terre. On pouvait observer les bras, les cheveux, les têtes et autres partie du corps. Une scène effrayante à la manière d’un film d’horreur. De quel monde sortent-ils ces corps ? Ce sont des fantômes ? A priori, à ces questions manquaient les réponses. Trop vite les mots ont pu remplacer le silence. « C’est le Gouvernement qui a fait ça » affirment les observateurs avisés. « Ce sont des Congolais qu’on tue chaque jour. Dans ce pays, l’Etat ne se soucie pas de la protection de la population. Les Congolais sont assassinés par des mains criminelles. Personne ne fait rien. Et rien ne fera rien. Ainsi va la vie au Congo-Kinshasa» soutiennent-ils.
Pour mieux accabler le Gouvernement congolais de son cynisme quant à la façon d’enterrer ses compatriotes, de multiples voix vont s’élever et dire que ces corps seraient ceux des manifestants tués lors des émeutes de janvier dernier à Kinshasa. « L’Etat aurait voulu les inhumer discrètement comme dans ses habitudes. Mais cette fois-ci, les morts ont refusé de mourir », fait savoir un habitant de Maluku.

Réaction du gouvernement
Dans la précipitation, le gouvernement de Kinshasa, craignant une mauvaise publicité à l’extérieur du pays, réagit. Mais c’est une riposte tardive. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. A l’ère du développement des réseaux sociaux, les informations se propagent vite. Les photos et les vidéos macabres circulent déjà sur Facebook, Whatsaap, Viber, Youtube…La presse internationale est déjà au courant ? Oui, ça c’est sûr !

Evariste Boshab (source : http://24hcongo.com/)

Evariste Boshab (source : http://24hcongo.com/)

Par l’entremise de son Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Evariste Boshab, le pouvoir de Kinshasa va présenter les faits à sa manière. Les 425 corps découverts dans la fosse commune de Maluku seraient des cadavres qui pourrissaient dans les chambres froides de la morgue de l’Hôpital général de Kinshasa. « Ce sont des fœtus de morts – nés et des corps d’ inconnus décédés des morts naturelles. C’est une pratique courante en RDC où les familles ne possédant pas de moyens abandonnent leurs proches à la morgue», soutenait Evariste Boshab. Pour étayer sa version de thèse privilégiée, le pouvoir de Kinshasa offrira un spectacle désolant en mode « Syndrome Timisoara ». Le lendemain, les médias d’Etat sont à l’Hôpital général et filment les cadavres des indigènes qui se trouvaient à la morgue. Le gouvernement de Kinshasa brandit cela comme des pièces à conviction et promet de les enterrer dignement. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait avec les 425 cadavres de Maluku ? Pourquoi en RDC les autorités ont perdu tout le caractère du sens moral ?

Le pouvoir de Kinshasa ou l’ « ante-peuple » congolais
Cette représentation cynique du pouvoir de Kinshasa ne va pas apaiser la colère. Mais elle va plutôt jeter de l’huile sur le feu. L’opposition qualifiera cette découverte macabre de « charnier ». L’opposant historique Etienne Tshisekedi parlera même de l’ « escadron de la mort ». Le régime en place est démasqué. Il y a trop de contradictions dans les discours des représentants de la Majorité présidentielle. Lambert Mende, ministre de la Communication et des Médias change de registre et refuse de parler de la « fosse commune ». Il invente une expression : le « tombeau commun ». Les membres de sa famille politique rectifient et préfèrent dire la « tombe commune ». Quelle négation !

(source : http://www.un.org/)

(source : http://www.un.org/)

Dans ce cas de figure, il faut faire appel à l’extérieur. Les Occidentaux doivent mener l’expertise. Ici, il faut pas compter sur nos autorités et surtout pas sur la justice, estime une partie de l’opinion nationale. Comme il fallait s’y attendre, l’ONU intervient finalement et exige l’exhumation des corps afin de mener une enquête approfondie en vue d’établir les circonstances de leur mort. Le pouvoir de Kinshasa fait obstruction.
En attendant de connaître les résultats des experts, force est de déplorer la culture de banalisation qui a atteint son paroxysme en République démocratique du Congo. Les morts ne sont plus respectés. Ces Congolais à qui on a « chosifié » à Kinshasa, ne méritaient-ils pas d’être enterrés dignement ?