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Ebola : La Zambie directement concernée

[Par John CHITAMBO LOBE]

Un laboratoire d'analyse du virus Ebola [Photo tirée de daily-mail.co.zm]

Un laboratoire d’analyse du virus Ebola [Photo tirée de daily-mail.co.zm]

Chaque pays africain tente de protéger ses frontières contre la maladie Ebola. Ainsi, des officiels botswais de l’immigration, à la frontière entre la Zambie et le Botswana – à Kazungula border post – ont refusé l’entrée des toutes les personnes en provenance de Zambie ayant un visa d’entrée ou de sortie sur la frontière avec le Katanga en République Démocratique du Congo. Par la suite, la Zambie va réagir contre les officiers Congolais et leurs concitoyens qui ont interdit l’accès de leur pays pour se préserver du virus Ebola : une mesure assez surprenante de la part du peuple Congolais qui dépend en grande partie économiquement de la Zambie. Dans le même temps, au Katanga, on a démenti toute présence de la maladie.

Des cas suspects multiples

Le ministre de la Santé en Zambie [Photo tirée de Joseph Kasonde en.africatime.com]

Le ministre de la Santé en Zambie, Joseph Kasonde  [Photo tirée de en.africatime.com]

Plus précisément, on sait que l’épidémie d’Ebola sévit dans la région de l’Equateur. Quatre cas sont confirmés. La souche de la maladie serait celle du Zaïre. Pour le ministre congolais de la Santé, monsieur Félix Kabange Numbi, cette épidémie n’a aucun lien avec celle d’Afrique de l’Ouest. Pour sa part, la Zambie a signalé quelques cas suspects dans une petite ville du sud appelée Mumbwa. Ici, quelques personnes ont été en contact avec des chauffeurs de camions des marchandises en provenance du Katanga. L’un des chauffeurs est mort de la maladie. Dans ce contexte, le pays a engagé la construction d’un centre de traitement et d’un laboratoire mobile. Des mesures préventives sont aussi prises dans cette petite ville reculée où se concentre l’épidémie d’Ebola. Le ministre de la Santé, le Docteur Joseph Kasonde, a confirmé très récemment avoir demandé tout de même plus de moyens pour lutter contre la maladie :« Nous lançons un appel à tous les partenaires nationaux, internationaux, pour nous venir en aide. L’alerte est déjà lancée dans la province pour pouvoir orienter les mouvements de populations, mais il y a des besoins énormes en termes de finance et en termes de logistique médicale. »

MSF sur le terrain

A Teldou, en Guinée, les habitants regardent Médecins sans frontières pour prendre des mesures pour lutter contre la propagation du virus Ebola. [Photo par Samuel Aranda, The NY Times/Redux]

Teldou (Guinée) : les habitants regardent Médecins sans frontières pour prendre des mesures pour lutter contre la propagation du virus Ebola. [Photo par Samuel Aranda, The NY Times/Redux]

Médecins Sans Frontières, pour sa part, a déjà lancé une opération d’urgence dans beaucoup de pays africains où la maladie est signalée. Des spécialistes et du matériel sont attendus sur place. Pour le coordinateur MSF en RDC, Jeroen Beijnberger, l’expérience acquise par les autorités lors des six épidémies précédentes est atout indéniable pour contenir la flambée : « La situation en Afrique de l’Est est tout à fait exceptionnelle. Il est vrai que cela mobilise beaucoup de moyens de MSF pour faire face. Le point positif, c’est qu’il y a déjà un certain savoir-faire au regard de l’expérience acquise. Ceci étant dit, la zone est assez reculée. Cela pourrait peut-être faciliter la maîtrise de la situation. Cela n’empêche pas qu’il faut organiser un suivi rigoureux en certains points précis aux environs immédiats cette région.»
Selon Félix Kabange Numbi, le ministre de la Santé, il va falloir au moins trois mois pour venir à bout de cette épidémie.

QUI METTRA FIN AUX ATROCITÉS DANS LE KATANGA?

[Par KIKI, journaliste-photographe reporter du peuple, chroniqueur animateur socioculturel, pédagogue linguiste et défenseur des droits humains (*)]

Pour ceux qui ne connaissent pas le Katanga, il s’agit tout simplement d’une province très riche en ressources minières qui est située dans le sud de la République Démocratique du Congo. La ville de Lubumbashi est le chef-lieu de cette province, sa plus grande partie se trouve dans la République de la Zambie. Le Katanga partage ses frontières avec les provinces zambiennes de Luapula, du Copperbelt et du Nord-Ouest; elles ont d’ailleurs beaucoup en commun: mêmes tributs, mêmes langues locales, coutumes et cultures similaires. Par contre la langue officielle est différente : au Katanga, c’est le français belge, et en Zambie, c’est l’anglais. Enfin le Katanga partage aussi ses frontières avec l’Angola au sud.

monusco

La Monusco en Katanga (Photo tirée par http://fr.africatime.com/)

L’Histoire du Katanga est longue, mais en un mot, la partie qui nous intéresse n’a pas commencée aujourd’hui. C’est une histoire qui date de l’époque coloniale belge et qui a toujours entrainé des violations massives des droits de l’Homme et des droits humanitaires. Les colonisateurs belges avaient accordé son indépendance à la R.D.C. en 1960, avec comme premier président Kasa-Vubu, et comme Premier ministre Patrice Lumumba, mais le Katanga fit sécession et devint un pays à part entière en 1961, avec comme premier président Moise Tshombe, d’où la confusion totale. Enfin a lieu le coup d’Etat du général Mobutu, qui finira par faire exécuter illégalement et d’une façon très inhumaine le fameux Premier ministre socialiste de la R.D.C. Patrice Lumumba au Katanga. Enfin, il mettra fin à la sécession du Katanga et le rattachera à la R.D.C comme province de la R.D.C.

Depuis lors, le peuple du Katanga n’a jamais connu une paix permanente. Il y eu encore des violations des droits de l’Homme, des tensions et des guerres civiles dans les années 1990 et 1996, entre le peuple kasaïen « Bilulu » du fameux politicien Tshisekedi wa Mulumba et le peuple katangais « Batoto ya maman » avec le fameux politicien Baba Kyungu wa Kumwanza. Maintenant, une chose surprend : le président « Mzee » Kabila, l’homme qui a renversé le maréchal Mobutu, est originaire du Katanga. Alors, si celui qui est au pouvoir est le vrai fils de Kabila, pourquoi ne parvient-il pas à trouver une solution aux problèmes des Katangais?

Récemment, en 2013, il y a eu des tueries entre les sécessionnistes rebelles Maï-Maï katangais et les forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). On a assisté à une violation répétée des droits de l’Homme : enrôlement par la force d’enfants soldats, viols de femmes, tortures de suspects civiles et de journalistes innocents accusés de collaborer avec les leaders sécessionnistes katangais exilés en Zambie, ainsi qu’avec des ex-gendarmes katangais réfugiés en Angola.

Malgré la présence de la MONUSCO (La Police de la Mission de l’ONU pour la Stabilisation en République démocratique du Congo ), le peuple innocent souffre, accablé par la faim parce que ses champs et ses maisons ont été brûlés, soit par les soldats du gouvernement (soi-disant, c’est vous qui soutenez les rebelles sécessionnistes katangais), soit par les rebelles sécessionnistes parce que vous refusez de nous soutenir pour libérer le Katanga.

Le peuple est victime de fréquentes violations des droits humains, commises aussi bien par les forces gouvernementales que par des groupes rebelles ou sécessionnistes armées ou non armées katangais.

katanga

La province du Katanga, qui est située dans le sud de la République Démocratique du Congo.

Pendant la déclaration de la sécession du Katanga à Lubumbashi figuraient notamment parmi les atteintes aux droits humains : les assassinats de civils (hommes, femmes et enfants) non armés et innocents, les accusations infondées, les arrestations et détentions injustifiables, les tortures, les viols des jeunes filles et femmes innocentes et vulnérables, la répression de la presse libre et indépendante, la torture des journalistes indépendants, les mauvais traitements dans des centres de détention non-officiels administrés par des services de sécurité indépendants et hors de tout contrôle de l’autorité judiciaire, et surtout la persécution des défenseurs des droits humains et la persécution de journalistes.

La liberté de la presse, celle qui dénonce et informe la communauté internationale pour que celle-ci puisse agir et délivrer des mandats d’arrêt internationaux (comme par exemple dans le cas de Jean-Pierre Bemba Gombo), n’existe pas. Certains soldats du gouvernement disent : « si tu me filmes ou si tu prends une photo de moi, je te tue, toi, et toute ta famille. Moi, je ne suis pas ton grand-père! ». Ainsi, la liberté de la presse est menacée et la presse elle-même est accusée de soutenir la sécession du Katanga.

Voilà. Ce qui est important, c’est de savoir pourquoi le peuple katangais veut la sécession du Katanga. Cela ne sert à rien de s’entre-tuer. Souvent, ce sont les femmes et les enfants innocents qui en souffrent le plus avec les violations des droits de l’Homme. Alors c’est à vous, vous la communauté internationale, l’Union Africaine, l’ONU, la SADC. Vous êtes informés. Quelles sont vos réactions? Le peuple katangais a besoin de votre intervention rapide…

 

(*) Ceux qui veulent faire des commentaires ou m’informer pour que je puisse informer aussi les autres, écrivez à KIKI.voixdupeuple @ gmail . com 

Requiem pour la presse à l’est du Congo pseudo « démocratique »

[Par Déo NAMUMJIMBO]

 

Sans journaux ni véritables radios et télévisions dignes de ce nom, des millions d’habitants de l’est du Congo dit démocratique doivent se connecter sur les chaînes étrangères et se disputer des journaux vieux de deux ans. Défection en masse des journalistes, arrestations arbitraires, tortures et intimidations et autocensure sont les seuls choix qui restent aux « chevaliers de la plume ».

Reportage.

 

Photo du site : congo-dechaine.info

Photo du site : congo-dechaine.info

Inconsolable, Eric Mwamba ne peut plus cacher ni son impatience ni son ras-le-bol chaque jour grandissant. Agé d’une quarantaine, cet excellent journaliste indépendant congolais, membre du Forum for African investigative reporters (FAIR, basé en Afrique du Sud) vit depuis une douzaine d’années entre le Canada, l’Afrique de l’Ouest et l’Australie. « Rien n’est plus frustrant que de devoir fuir son pays pour continuer à exercer le métier qu’on aime et qu’on a choisi », ne cesse-t-il de répéter à tout bout de champ.

 

Près de 10 mille kilomètres plus loin, à Bukavu, J.-M. K., l’un des plus brillants journalistes de radio et de télé de tout l’est de la République démocratique du Congo, a dû changer de métier pour s’investir dans l’éprouvante exploitation de l’or et de la cassitérite, horrifié par les meurtres à répétition des journalistes. « Après avoir assisté à l’enterrement de mes amis Serge Maheshe en juin 2007 puis de Didace Namujimbo en novembre 2008, tous deux journalistes de la radio Okapi de la Mission des Nations Unies au Congo, j’ai compris que mon tour allait bientôt venir et j’ai choisi de quitter ce métier devenu à haut risque », affirme-t-il en essuyant une larme. Pas moins de 16 journalistes ont été assassinés depuis l’année 2005, ce qui classe le pays parmi les principaux prédateurs mondiaux de la liberté de presse selon les rapports de Reporters sans frontières, de l’Ifex, du Comité pour la protection des journalistes et de toutes les autres organisations œuvrant dans ce domaine.

 

Au Rwanda voisin, Philippe le directeur de la Librairie Caritas de Kigali, ne cache pas sa satisfaction : les journaux se vendent comme des petits pains. Ses principaux clients sont des Congolais qui traversent chaque jour la frontière pour s’approvisionner. « Il n’y a rien de plus ridicule que d’aller acheter à l’étranger un journal pour apprendre ce qui se passe dans le village voisin du vôtre », se désole Kennedy Wema, directeur de Radio Soleil Fréquence verte de Butembo au Nord-Kivu, d’ailleurs fermée par les autorités pour avoir interviewé un officier mutin.

 

Incontournables difficultés d’accès à l’information

 

Photo du site : congo-dechaine.info

Photo du site : congo-dechaine.info

Trois fois plus grand que la France et 50 fois la Belgique, l’est de la RDC est aussi étendu que la moitié de toute l’Europe occidentale. Il est composé des provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Maniema et de la Province orientale, soit une superficie totale d’environ 1 million 800 mille kilomètres carrés sur lesquels vivent pas moins de 35 millions d’âmes. Pratiquement aucun journal n’y est publié par manque d’infrastructures adéquates. L’enseignant Alexis Bahole, ancien journaliste de presse écrite, résume bien la situation : « Comment voulez-vous faire un journal sans imprimerie ni maison d’édition, sans subvention pourtant prévue par la loi, sans accès aux lieux des événements à cause de l’insécurité et de l’absence de routes ? Avec quoi allez-vous le financer sans accès à la publicité ni espoir de vente au numéro suite à la misère criante de la population » ?

 

Hormis Le Souverain du peuple de Bukavu – un mensuel qui parait quand il peut selon sa directrice Solange Lusiku – et Mongongo de Kisangani, pratiquement aucun journal « sérieux » ne parait sur ce vaste territoire. L’un et l’autre sont imprimés à grands frais à Kampala en Ouganda ou à Bujumbura au Burundi, avec ce que cela coûte en transport et en frais d’hôtel et de douane. « Doit-on parler des feuillets de liaison des innombrables Ong locales, plus soucieuses de justifier les dépenses de l’argent reçu de leurs bailleurs de fonds que de réellement informer la population » ? s’interrogent les habitants. « Par contre, renchérit la grande majorité des Congolais de l’est, il convient de louer l’apport de l’agence de presse franco-congolaise Syfia Grands lacs qui, avec sa cinquantaine de correspondants, nous informe gratuitement chaque semaine grâce à ses articles fouillés et vraiment objectifs ». Tout en soulignant : « Dommage que ces excellents journalistes ne se limitent pratiquement que dans les villes et non dans les villages et les montagnes, de peur de se faire agresser par les soldats et les groupes armés en plus qu’il n’y a pas de routes pour y accéder ».

 

Petites radios, grands succès

 

Quid de la presse audiovisuelle ? Pas moins de 400 radios et quelques stations de télé fonctionnent dans cette partie du pays avec les moyens de bord. La plupart appartiennent à des hommes politiques, à des associations ou à des confessions religieuses et ne diffusent donc que « la voix de son maître ». Le seul média bien équipé et vraiment performant reste la radio Okapi de l’Onu. Mais là aussi ce sont les rédacteurs en chef européens qui décident du contenu à diffuser ou non sans toujours tenir compte du véritable intérêt des auditeurs. Celles qui se veulent sérieuses émettent dans un rayon n’excédant pas 5 km à la ronde avec du matériel dérisoire et bricolé : autoradio transformé en émetteur, fil métallique en guise d’antenne, souvent un seul dictaphone pour une dizaine de journalistes… – quand ils ont du courant électrique, ce qui est rarissime ou du carburant dans leurs groupes électrogènes, ce qui relève plutôt du parcours du combattant. « Si au moins nous avions accès aux sources officielles d’information, s’insurge J.K. Tenez, l’autre jour je suis allé voir un lieutenant de la brigade routière pour avoir des éléments sur un enlèvement de jeunes filles dans un village. Il m’a envoyé à son capitaine, celui-ci au colonel puis au général qui m’a affirmé que les militaires, les policiers et en général les fonctionnaires ne pouvaient rien dire à la presse sans l’aval du Commandant suprême, le Chef de l’Etat en personne. C’est d’un ridicule ! ». C’est ainsi que les habitants de la partie orientale de l’ex-Zaïre, l’un des pays potentiellement les plus riches du monde sont contraints, pour être informés sur ce qui se passe autour d’eux, de se brancher sur les radios internationales à l’instar de la Voix de l’Amérique, la Bbc ou encore Radio France Internationale. Là encore, des organisations internationales veillent au grain, surtout en matière de formation et d’équipement : Institut Panos Paris, Benevolencia, Centre Lokole de Search for common ground, Misereor, Syfia, Pnud etc. « Que deviendrions-nous sans Reporters sans frontières et Journaliste en danger, pratiquement les seules associations qui défendent nos droits lorsque – et c’est plutôt fréquent- nous sommes assassinés, torturés, menacés ou poussés à l’exil ? », s’interroge l’animateur de radio Alexandre, un désarroi fort remarquable dans la voix.

 

Comment s’en sortir ?

 

Contacté au téléphone par nos soins pour savoir ce qu’il pense de l’avenir de la presse et du journalisme au Congo « démocratique », Jean-Marie B., un des derniers monstres sacrés de la profession que ses confrères ont surnommé affectueusement « le Doyen » répond laconiquement : « Devant cette situation il n’y a malheureusement plus que trois choix : l’exil, le changement de métier ou, la pire de toutes, l’autocensure. Bien des journalistes se sont hélas inféodés à des hommes politiques qui profitent de leur misère, mais ceux-là je les compare à des prostituées indignes ». Il reste bien sûr Internet mais là encore la fiabilité et l’objectivité des contenus diffusés exigent d’y regarder à deux fois tout comme d’ailleurs le professionnalisme et la bonne foi des expéditeurs. Ce qu’il fallait démontrer.

 

 

Les femmes violées du Kivu

[Par  Déo NAMUJIMBO]

 

Les guerres, l’insécurité et l’impunité généralisées de ces dix dernières années ont occasionné de nombreuses atrocités à l’est de la République démocratique du Congo : 9 millions de morts répertoriés par les organisations internationales, des centaines de milliers de femmes victimes de violences sexuelles. Organisations locales et internationales, églises, institutions caritatives s’efforcent de leur apporter des soins médicaux et psychologiques pendant qu’assassins et violeurs circulent paisiblement.

 

Reportage à Bukavu.

 

Photo par Afrocongo.com

Photo par Afrocongo.com

Assises sur des nattes en morceaux, couchées ou accroupies au pied de jeunes arbres dans une immense cour ombragée, une cinquantaine de femmes font la vaisselle, recousent des pagnes mille fois rapiécés, s’enlèvent mutuellement des chiques dans les doigts de pieds, se tressent les cheveux ou se cherchent des poux dans la tête. Un peu plus loin, un groupe de vieilles femmes courbées en deux font péniblement les cent pas en s’appuyant sur des bâtons. Encore plus loin, sous le couvert d’un vieux hangar ayant jadis servi de garage, d’autres femmes et quelques jeunes filles font la cuisine sur des braseros bancals dans de vieilles casseroles élimées, assises comme des écoliers sur des bancs alignés.

 

Toutes paraissent lasses et faméliques, emmitouflées dans de gros tricots de laine ou de crasseuses couvertures. « Nous comptons ce jour 12.335 victimes, explique Bagabo Saleh, le statisticien du Projet Victimes de violences sexuelles (VVS) qui fonctionne au sein de l’hôpital de Panzi à Bukavu. La moyenne est de 250 cas par mois, dont 180 viennent des régions où sévissent les rebelles hutus rwandais ».

 

 

« Impossible de citer un chiffre précis car chaque jour de nouveaux cas sont signalés ici et là et de nombreuses victimes n’osent pas se plaindre de crainte d’être rejetées par leurs maris et familles ou pointées du doigt, soupçonnées d’être atteintes du sida », rapporte Christine Schuler-Deschryver, responsable de Vidéo-Congo, une des nombreuses Ong qui prennent en charge ces malheureuses. Selon Magambo Budundwa, le responsable administratif et financier du projet VVS de l’hôpital de Panzi, « le seuil critique a été celui de l’an 2004 où nous recevions en moyenne 4 à 5 VVS par jour, la plupart ayant été victimes d’hommes armés parlant le kinyarwanda et venant de milieux reculés. Bien d’autres ne parviennent pas à Bukavu soit parce qu’elles ont été trop physiquement atteintes, soit encore à cause de la honte qui les empêche de s’exprimer publiquement ». La majorité se plaignent de l’abandon juridique dont elles sont victimes : « Vous ne pouvez imaginer combien cela fait mal de rencontrer chaque jour le type qui vous a fait tant de mal, continue à violer jusqu’à des bébés et qui vous dit qu’il vous violera quand l’envie lui en prendra  », se plaint la vieille Ernestine qu’une fistule paralyse depuis deux ans. Me Julien Cigolo, coordinateur de l’Observatoire international sur le viol comme tactique de guerre, lui donne raison : « Chez nous, le viol est un véritable crime de guerre et ne peut s’expliquer autrement lorsque les femmes sont violées par plusieurs hommes qui leur enfoncent ensuite des bâtons dans le vagin, leur inoculent volontairement le sida et les avilissent au plus haut point. Dommage que la Cour pénale internationale ne fasse rien pour les réhabiliter, ainsi que la population tout entière ».

 

 

Compassion locale et internationale

Devant l’ampleur de la situation, plusieurs organisations locales et internationales se sont penchées sur la question, appuyées par des bailleurs occidentaux.

 

Selon le bureau de coordination de la Société civile du Sud-Kivu, pas moins de 387 associations ont été créées ces deux dernières années pour profiter du pactole. « Ils s’achètent des voitures et se construisent des villas, très peu d’argent nous parvient. Ils produisent pour se donner bonne conscience de belles émissions à la radio et de jolis rapports pour distraire les bailleurs et la population », affirme Clémentine. Christine Schuler-Deschryver va plus loin : « En réalité les Bazungu (les Blancs, en swahili) dépensent sur place leur argent en se payant de gros salaires, en organisant séminaires et colloques dans les salles les plus chères et en logeant les participants dans des hôtels de luxe avec des per diem à faire rêver. Combien croyez-vous qu’il reste pour les VVS ?  ». Pour Me Julien Cigolo, « la CPI devrait en priorité, à travers son Fonds au profit des victimes,  au lieu de jeter l’argent par les fenêtres, appuyer des projets innovants qui impliquent les communautés victimes de ces viols, par exemple au moyen de micro crédits et de mutuelles de santé, en les sécurisant réellement  ou pourquoi pas, en érigeant des monuments à la mémoire des victimes …».

 

 

 

 

RDC: La symphonie des vampires à l’Est

Crisis-in-the-CongoC’est depuis fin 1996 que l’Est de la République Démocratique du Congo est devenu le théâtre de conflits armés qui a dévasté le pays. Aujourd’hui, on compte déjà des millions des victimes. Dans son rapport annuel 2012, l’International Rescue Committee, une association fondée à l’initiative Albert Einstein, a estimé que 5, 4 millions de personnes sont mortes à la suite des guerres congolaises. Dans cette tornade dévastatrice caractérisée par une sauvagerie monstrueuse, ce sont les femmes et les enfants qui payent cher… Le viol des femmes et des filles mineures est une véritable arme de guerre utilisée par les forces armées pour créer le choc et la stupeur dans le chef de la population. A travers une série d’imageries horribles, la partie Est du Congo est l’un des pires endroits au monde pour les femmes et les filles. En RDC, les femmes sont souvent violées dans l’indifférence totale des autorités congolaises, incapables de sécuriser les populations. Qui sont ces bandits? Pourquoi ne sont-ils pas inquiétés? Quelle est la principale motivation pour ces criminels de l’Est de violer les femmes et les enfants? Et l’État congolais, alors… Que fait-il concrètement?

Le modus operandi des violeurs
«Lorsqu’on viole les femmes, on déstabilise la communauté, on viole les femmes du village entier devant les enfants, devant le mari, devant les voisins, cette communauté est brisée. Les hommes ne peuvent plus regarder leurs femmes dans les yeux, et dire que nous étions incapables de vous protéger. Et les femmes ne peuvent pas surmonter ce traumatisme», témoigne Nita Evele, coordinatrice de l’Action Global pour le Congo, dans le film «Crisis in the Congo». Selon les témoignages, plusieurs femmes ont vu leur destin briser après le viol. Certaines se sont retrouvées enceintes et d’autres ont contractées le VIH-Sida. Abandonnées par leurs maris, les femmes répudiées sont devenues personae non gratae dans la communauté, au village et au sein même de leur propre famille restreinte. Pire encore. Les enfants issus de viol sont aussi bannis et rejetés par la société. Ils ne bénéficient d’aucune affection maternelle. On les appelle «Les enfants des Serpents», affirme un congolais vivant à l’Est. A en croire les déclarations des ONG locales, les petites filles nées de viol entre 1998 et 2000 ayants aujourd’hui la tranche d’âge de 13 à 15 ans, ont été à leur tour violées. Un cycle infernal!

L’épineux problème
Malgré de nombreux crimes perpétrés à l’Est du Congo notamment le cas observé de plusieurs femmes violées, la question de l’identification des violeurs reste très délicate. L’un des facteurs est en fait celui de la complexité des conflits. Tellement qu’il y a plusieurs protagonistes. Parfois, on ne sait plus situer les camps opposés. Par ailleurs, la guerre dans l’Est du Congo a une coloration économique que politique. Dans cette contrée de la RDC, il y a plus d’une dizaine des groupes armés illégaux qui opèrent en toute tranquillité. À cela s’ajoute de nombreuses rebellions qui ne cessent de voir le jour et soutenues par les forces étrangères dans le but de piller systématiquement les richesses naturelles (cobalt, cuivre, diamant, manganèse, or, uranium, zinc…). La République démocratique du Congo, pays aux innombrables richesses, n’a pas une force militaire digne de ce nom pouvant défendre loyalement la souveraineté nationale de son territoire. Le pays ressemble à un «Far West». L’armée congolaise, au vrai sens du mot, n’est pas une armée. C’est un groupe d’indisciplinés qui parfois se substitue aussi à une bande violeurs des femmes. En l’absence d’une véritable justice, l’impunité règne. Peut-être un jour ou demain qu’on reparlera de la vraie justice dans ce pays où les corps des femmes et des filles sont profanés aujourd’hui.

L’œil de Jean MATI, journaliste congolais de la MDJ