A la Cinémathèque, une fresque filmique consacrée aux hommes dans la guerre

[Par Davy GOMA LOUZOLO]

Il est sans doute important de comprendre la motivation de Florent Marcie, réalisateur-photographe et journaliste français qui se place dans l’improvisation permanente de son art filmique. Motivation d’aller au-delà de l’histoire qu’il raconte à travers sa caméra. De filmer là où il filme dans des situations de guerre, de libération et de dévouement.

Florent Marcie
Florent Marcie (Crédit photo : Mortaza BEHBOUDI)

Nous avons assisté le soir du vendredi 25 septembre, à la Cinémathèque française (Paris-Bercy), en présence du réalisateur, à la projection spéciale de deux de ses films, Saïa et Commandant Khawani, qui constituent une grande partie de sa fresque consacrée aux hommes de guerre.

D’abord le film Saïa, qui désigne les ombres, projeté à 19h30, est un film expérimental de Florent Marcie sur une ligne de front en Afghanistan. Ce film constitue la genèse du Commandant Khawani, qui était projeté à la suite.
Saïa nous plonge dans l’univers du réalisateur, avec un style propre à l’artiste, à savoir filmer la beauté de la nuit en pleine guerre sous les bombardements avec les ombres et pénombres, la ligne de terre, d’eau et de feu dans sa beauté nocturne. Dans cette présentation, Florent Marcie nous peint une image documentaire qui montre le décès filmique de la guerre et de l’affrontement. C’est la beauté des images et l’ombre de la guerre, vues du regard transversal du réalisateur par sa manière de filmer la guerre la nuit. C’est un portrait qui dépasse le concept journalistique.

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(Crédit photo : Mortaza BEHBOUDI)

Ensuite, Commandant Khawani, qui n’est autre que la suite modifiée et accentuée de Saïa. Un portrait filmique d’un jeune commandant afghan sur la base de Bagram en 2001 au moment de la prise de Kaboul. Tourné il y a quinze ans, réalisé cette année, Commandant Khawani nous dévoile d’une part la suite de son film Saïa, d’autre part la tragédie du quotidien du jeune commandant et de ses hommes. Le réalisateur nous dessine à travers ses deux films expérimentaux une fresque des hommes dans la guerre avec un regard transversal sur l’Afghanistan. Ce sont des portraits qui dépassent le concept journalistique, plongeant dans une manière différente de voir le film. Sa façon de filmer, qui donne l’espace d’accréditation, laisse énormément de place au débat et à la réflexion. Cette fresque qu’il peint est, dans un sens, le témoignage d’une histoire des Talibans dans une guerre oubliée, appuyé par une démarche à contre-courant de la réalisation classique qui ne justifie pas la méthodologie normale du Reportage. Dans l’autre sens, au-delà des aspects géopolitiques, le film met en exergue la vie interdite des soldats pendant la période de guerre (danse, alcool, cigarettes, loisirs… ) pour donner un message d’universalité.
Enfin, ces deux films présentent une fresque de Florent Marcie consacrée aux hommes dans la guerre en Afghanistan. Une démarche poétique, filmée durant dix ans, de l’histoire vécue du commandant Khawani. Armé de sa conscience et du désir de trouver l’histoire où elle existe, il voit (et filme) de ses propres yeux la rencontre de l’autre dans ce qu’il a de plus vrai. Des situations où le réalisateur-photographe est affranchit des contraintes, notamment celle du temps. Des films qu’il tourne et monte lui-même situés à la limite entre cinéma et reportage, qui pour lui est un décalage de la stricte actualité. Ainsi, on ne se laissera pas de questionner le “pourquoi pas” d’une nouvelle voie, d’un nouveau style, que Florent Marcie essaie de revendiquer.

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