Afrique du Sud
Les leçons d’un vote interne

Le Congrès National Africain (ANC), mouvement historique anti-apartheid, s’est choisi un nouveau chef, lundi 18 décembre, à travers une élection qui a tenu tout le continent en haleine. Il s’agit de Cyrille Ramaphosa, élu d’un souffle, par 2440 voix contre 2261 voix recueillies par sa rivale, Mme Nkosazana Dlamini-Zuma.

Au-delà de sa portée politique, puisqu’elle ouvre pratiquement au vainqueur la porte de la présidence du pays en 2019, cette élection a révélé trois faits importants, indéniables : d’abord, les électeurs (4 800 délégués issus de la base) ont privilégié la préservation de l’unité de leur organe, en dépit des divisions qui l’affectent ; ensuite, la circonstance a démontré la persistance du rejet de la notion d’ethnisme ; enfin, une affirmation de «maturité démocratique» dans l’acceptation du résultat de vote, sans la moindre contestation.

Depuis l’arrivée à la présidence de la République, en 2009, de Jacob Zuma, des fissures ont commencé à apparaître au sein de l’unité du mouvement, dont la solidité a eu raison de l’apartheid. De fait, ayant érigé en système de gouvernement la corruption, le népotisme et même une certaine forme d’hédonisme, dit-on, l’actuel chef de l’Etat a semé la division parmi les membres du parti.

Les analystes le justifient, en mettant en exergue le fait que quelques personnalités de l’ANC aient été en collusion avec l’opposition extérieure. Tel fut le cas, au mois d’août, lors d’une deuxième motion de censure au Parlement, visant à faire tomber le chef de l’Etat. Il y a eu «trahison», assurait-on. Zuma l’a d’ailleurs échappé belle. Auparavant, au mois de mai, cinq des six membres de l’équipe dirigeante étaient absents, à Soweto, à la somptueuse fête-anniversaire du «chef», à l’occasion de ses 75 ans d’âge. Signe de «défi à l’ordre» ?

Un vote des plus démocratiques

Certes, la déchirure est là, mais elle n’a pas donné lieu, malgré tout, à un éclatement du parti, comme d’aucuns le craignaient. Le résultat serré du vote pour départager les deux rivaux en dit long. L’écart de 179 voix entre eux a tout de démocratique, mais il confirme, en même temps, que les pro-Zuma et les anti-Zuma ne continueront pas moins de se regarder en chiens de faïance. A moins que le nouveau chef du parti parvienne à faire taire les dissensions.

Mais, au-delà de ces brèches, pour diverses raisons, il est heureux de constater que le vote s’est éloigné des considérations ethniques. On pensait qu’après Mandela, qui avait le génie de fédérer tout le monde autour de l’idéal fondé sur une nation «arc-en-ciel», l’Afrique du Sud céderait aux sirènes de l’ethnisme.

Que nenni ! Ramaphosa n’est ni Zoulou, ni Xhosa, les grandes ethnies de l’Afrique du Sud. C’est plutôt un Venda, une petite ethnie du nord du pays. Itou, pour les six membres devant siéger aux côtés du président, le vote a établi un équilibre. Sans préalable : trois proches de Ramaphosa et trois autres de Zuma.

Enfin, la démonstration de la «culture démocratique», en matière de vote. Mme Nkosazana Dlamini-Zuma s’est inclinée, avec élégance, devant ce résultat pour le moins étriqué, lequel, en d’autres contrées, aurait donné lieu à une contestation véhémente. En 2000, les Etats-Unis ont fait les frais de cette mauvaise expérience, entre Bush et Al Gore (537 voix d’écart). Ce dernier avait exigé un recomptage.

En tout cas, un bel exemple de démocratie. Que l’Afrique s’en inspire !

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

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