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Y a-t-il un problème en France avec les kiosquiers et les unes de journaux ?

Lorsque l’on parle de la liberté de la presse, on pense dans un premier temps aux journalistes, aux dessinateurs de presse, aux reporters. Ceux dont le travail consiste à manier l’information. Néanmoins, il y a ceux qui ont tendance à être oubliés alors qu’ils sont le dernier maillon de l’information : les kiosquiers. Dans le domaine de la presse écrite, les kiosquiers font partie des rouages qui permettent aux citoyens d’en savoir plus sur le monde. Connaissant actuellement une modernisation visant à maintenir et valoriser la vente de la presse papier, les kiosques de presse sont primordiaux dans la transmission de l’information.

Il arrive parfois, que les kiosquiers soient pris pour cibles par la population étant à l’encontre de ce que propose la presse. Dernièrement, à Pontet (près d’Avignon), l’un d’entre eux s’est vu menacé par des militants turcs pro-Erdogan suite à l’affichage de la Une du magazine Le Point. Celle-ci illustrait le portrait du président turc avec pour titre : “Le dictateur. Jusqu’où ira Erdogan ? Enquête sur le président turc, sa folie des grandeurs, ses réseaux en France, son offensive sur l’Algérie, ses crimes…”. Lors de l’action violente perpétrée par les pro-Erdogan, Sylvain Patti, le kiosquier, aurait tenté de plaider la liberté de la presse, comme il le raconte au Point.

Bien que ne faisant que leur travail de commerçants, les kiosquiers sont parfois exposés aux avis de la population environnante. A Paris, les réaction face aux unes de presse dépendent beaucoup de l’emplacement du kiosque à journaux. En effet, plusieurs arrondissements portent une identité culturelle et politique qui leur sont propres. Farès, un kiosquier du 15e arrondissement raconte par exemple, “qu’ici c’est le quartier de Macron […] les unes n’allant pas dans son sens ne vont pas plaire ».

Ce dernier a également déclaré avoir une défiance envers les médias qui « ne font pas leur boulot » selon lui.  Farès pourrait « presque comprendre l’agression » dont Sylvain Patti a été victime.  « C’est une presse de mensonge qui blesse les gens » ajoute-il avec colère. 

Halgurd, ancien résident de la Maison des Journalistes et désormais kiosquier dans le quartier Pereire du 17e arrondissement de Paris, évoque que son métier requiert toute une organisation au sujet des publications. “Parfois on doit changer la place d’un magazine ayant pour gros titre un sujet à polémique” raconte t-il. Pour le kiosquier, l’affaire à Pontet relève bien d’une atteinte à la liberté d’expression.

Un autre, travaillant dans le quartier de Barbès, raconte difficilement les insultes dont il est victime lorsqu’il dispose certains journaux en avant, notamment les unes de Charlie Hebdo, le journal satirique. Face aux questions posées sur sa situation, il ne peut refréner un regard gêné, ne souhaitant en révéler plus. Une situation particulière que les kiosquiers semblent endurer quotidiennement. Sur une quinzaine d’entre eux rencontrés, peu ont voulu dévoiler l’envers du métier.

A Médiakiosk, la société spécialisée dans l’implantation et la gestion des kiosques en France, la réponse est catégorique. “En aucun cas on ne va retirer les affiches” raconte Aurélie Lefèvre, directrice de la communication de l’entreprise, contactée par téléphone. “La France reste un pays démocratique où la liberté d’expression est fort heureusement toujours effective

Pour reprendre l’édito du numéro de Charlie Hebdo, titré « Je suis le Point » datant du 29 mai 2018, « Ils ne veulent pas qu’on qualifie Erdogan de dictateur, mais ils se comportent en serviteurs de la dictature. ». Un numéro salué par tout défenseur de la liberté d’expression. Un principe fondamental qui pourtant semble poser problème pour une certaine partie de l’opinion public.  

EN SAVOIR PLUS SUR CE THÈME

FRANCE – La liberté d’informer contre la loi « Sécurité Globale »

La loi « Sécurité Globale » est beaucoup critiquée par les défenseurs de la liberté de la presse à cause de l’article 24 qui sanctionne la diffusion “malveillante”  de l’image des policiers notamment lors de manifestations.

Qui va décider quelle diffusion est “malveillante” ? On peut juger une intention plutôt que des actes beaucoup plus concrets capturés grâce à la vidéo ? Par exemple si je filme la violence de la police pendant une manifestation, est-ce qu’un jour, un pouvoir, en utilisant cette loi peut me chasser ? Un journaliste ou un réalisateur peuvent-ils demeurer libre avec de telles questions en tête ? Ou, par peur, peut-être commenceront-ils à s’autocensurer?

J’ai participé aux manifestations des samedi 21 et 28 novembre à Paris avec cette question en tête.

 

Des risques pour les libertés

Une chose est sûre, si la loi « Sécurité Globale » qui interdit de filmer la police, avait existé en 2016 je n’aurais jamais pu faire ce court documentaire reçu par des festivals et récompensés par des prix.

« Une fois j’ai perdu un pays. Je ne veux pas en perdre un deuxième. »

Je suis en France depuis maintenant 4 ans. J’ai décidé de vivre en France en tant que journaliste et réalisateur parce que j’ai cru qu’ici, la liberté d’expression régnait. Mais pendant ces 4 ans j’ai pu observer un manque de liberté, pendant les manifestations des Gillets Jaunes ou encore lors de la marche du 1 Mai 2019… La violence est partout même lors des manifestations pacifiques.

Et cette question de l’accréditation… Monsieur le Ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a déclaré que les journalistes “doivent se rapprocher des autorités, en l’occurrence les préfets de département, singulièrement ici le préfet de police de Paris, pour se signaler, pour être protégés par les forces de l’ordre, pour pouvoir rendre compte, faire [leur] travail de journaliste dans les manifestations »

Est-ce que je suis en Chine ou Corée du Nord ? Ces régime totalitaire au sein desquels les journalistes doivent se rapprocher des autorités pour exercer.

Dans le combat pour la liberté si on perd la France, où va-t-on pouvoir aller ? Je ne sais pas.

Une fois j’ai perdu un pays. Je ne veux pas en perdre un deuxième.

Photographies par Beraat Gokkus.

D’autres articles

MADAGASCAR – Etat de la presse, les journalistes en danger

Abus des lois, menaces de mort, corruptions et salaires de misère, les journalistes malgaches peinent à faire leur métier dans de bonnes conditions malgré les interventions des ONG. Madagascar dispose d’un large éventail de médias, dont près de 250 stations de radio, une trentaine de chaînes de télévision, une vingtaine de quotidiens, une dizaine de magazines et une dizaine de sites web principaux et journaux en ligne.

Mais très peu de malgaches ont accès à la presse. Du a son faible taux d’alphabétisation et à sa précarité peu de malgache peuvent se permettre d’accéder à un journal papier ou télévisé. La radio reste la source d’information la plus accessible.

L’accès difficile à l’information

L’éloignement et le réseau de distribution qui dépendent du moyen de transport retardent d’un ou deux jours la livraison vers les kiosques des provinces.

Pour les villages les plus enclavés de la grande île, la livraison des journaux peut être retardée d’une semaine. Par exemple à Ambovombe, 24 journaux ne sont pas disponibles, d’après l’African Media Barometer (Le Baromètre des Médias Africains).

«Actuellement, nous basculons vers le système TNT (Télévision Numérique Terrestre) qui n’est pas encore à la portée de tous. Avec les opérateurs télécom, il y a des offres qui permettent d’avoir Facebook gratuit avec des coûts relativement moins chers. Et les journaux ne sont pas gratuits. La plupart des Malgaches préfèrent lire la Une dans la rue et partent sans en acheter» nous déclare Aina Bovel, journaliste radio au Studio Sifaka (radio fiancée par l’UNESCO).

La capitale Antananarivo est la ville la plus desservie en information et donc, la grande majorité des journalistes y travaillent.

Journaliste malgache, un métier mal payé

En 2010, selon RSF, le salaire d’un journaliste en presse écrite atteint environ 38 000 ariarys (soit 8,38 euros). Aujourd’hui, certains journalistes en radio sont payés moins de 150 000 ariarys (33 euros).

« C’est un salaire de misère« , s’exclame Mialisoa Randriamampiana, journaliste d’investigation et rédactrice en chef au réseau Malina un réseau de journalistes d’investigation spécialisé sur la corruption, la plupart d’entre eux travaille vraiment dans des conditions déplorables, avec très peu de matériel.

« Ils n’ont pas vraiment de protection. Beaucoup n’ont pas de contrat de travail.« 

Additionné à leur faible rémunération, ils sont poussés à la productivité. « Le journaliste doit produire tous les jours, avec une charge de travail qui est loin d’être équilibré comparé à leur salaire » ajoute la journaliste.

Beaucoup d’entre eux sont contraints de prendre un ou plusieurs emplois alimentaires pour subvenir à leur besoin. Cette précarité quasi-caractéristique de l’île, débouche sur des pratiques frauduleuses.

Mal payés donc corruptibles, des journalistes accrocs à la felaka

A Madagascar, la felaka est très popularisée au sein de la profession, voire quasi institutionnalisée. La felaka (qui signifie «gifle» en malgache) est une enveloppe de 10.000 à 15.000 ariares (l’équivalent de quatre à cinq euros) que reçoit un journaliste de la part d’une personnalité publique (politique, artiste, patron d’entreprise…) ou encore des ministères et des organisations.

Officiellement, il s’agit d’un dédommagement pour les frais de transport mais en réalité c’est une pratique pour «récompenser» et corrompre le journaliste afin d’offrir de la visibilité à sa campagne, son entreprise, son projet … Ils écrivent alors des articles dont le principal message n’est autre que la promotion l’événement.

Ces felakas, les journalistes les accumulent. Elles permettent d’arrondir les fins de mois et peuvent même doubler leur salaire. Certaines enveloppes sont même distribuées après la publication de leurs articles. Cette pratique est si ancrée que des journalistes acceptent cette enveloppe comme un acte banalisé. Ce qui est paradoxale, c’est que la plupart des journalistes qui prennent ces enveloppes, n’acceptent pas qu’il s’agit d’une corruption.

Si l’article plait aux «donneurs» de felakas, les journalistes peuvent espérer être réinvités et donc avoir l’opportunité d’être payés. Les directeurs de publications ou les rédacteurs en chef ferment les yeux sur cette pratique car, ils se partagent quelquefois les petits billets de l’enveloppe.

«Quand j’assiste à une conférence de presse et que je lis les journaux le lendemain. Je sais qu’il y a des exagérations et qu’il s’agit des conséquences de l’enveloppe» nous confie Mialisoa Randriamampiana.

Le problème avec la felaka c’est que le contenu est potentiellement biaisé ou alors les sujets ne sont pas d’intérêt public transformant alors leurs articles, en de la communication. On frôle la désinformation.

Une loi sur la cybercriminalité s’attaque à la liberté d’informer

La récente loi de cybercriminalité a soulevé aussi des désaccords de la part de la profession. La loi sur la Cybercriminalité modifiée par le nouveau code de la communication en 2016 (article 20).

Pour lutter contre la diffamation, catégorisée comme cybercriminalité, le ministère de la Communication et de la Culture (MCC) a décidé de mettre en place sa cellule de lutte contre la cybercriminalité (CLCC) au sein de son département.

Ce même ministère régie les journalistes. La diffamation dans cet article est surtout orientée pour protéger «les tribunaux», «les forces armées nationales ou de l’Etat» ou encore «les membres du gouvernement». Article 20 (nouveau).

Lutte contre la cybercriminalité – Article 20

L’injure ou la diffamation commise envers les Corps constitués, les Cours, les Tribunaux, les Forces Armées nationales ou d’un Etat, les Administrations publiques, les membres du Gouvernement ou de l’Assemblée parlementaire, les fonctionnaires publics, les dépositaires ou agents de l’autorité publique, (…) par les moyens de discours, cris ou menaces proférés dans les lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l’écrit, de la parole ou de l’image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans les lieux ou réunions publics, (…)soit par le biais d’un support informatique ou électronique, sera punie d’une peine d’amende de 2.000.000 Ariary à 100.000.000 Ariary.

«Nous pouvons dire que c’est intimidant. Ce qui est difficile dans l’application de cet article, c’est l’interprétation ou l’appréciation de l’injure en question. Sur ce point, la loi ne le dit pas clairement» nous déclare Aina Bovel, journaliste pour la radio Studio Sifaka.

Deux journalistes malgaches attaquées par la justice de Madagascar

Depuis son adoption, la surveillance a été renforcée en particulier sur les réseaux sociaux. Pendant la crise sanitaire, deux journalistes en auront fait les frais. Le 4 avril 2020, Arphine Rahelisoa est emprisonnée en détention provisoire, le 4 avril 2020, dans la prison d’Antanimora. Elle est accusée d’incitation à la haine et diffamation contre le chef de l’État, Andry Rajoelina après la publication de la une du journal Valosoa (journal proche du principal candidat de l’opposition Marc Ravalomanana) sur Facebook dont le titre était «Covid-19, confinement, Andry Rajoelina, assassin».


La justice a rejeté les trois demandes de remise en liberté provisoire de la journaliste.


Le ministère de la Communication a insisté qu’il ne s’agissait pas d’une entrave à la liberté de la presse mais qu’il la poursuivait en tant qu’«administratrice de la page Facebook».

Arphine Rahelisoa s’est défendue en affirmant qu’elle n’était que la rédactrice en chef du journal. «Elle n’est pas l’administratrice de cette page Facebook», ont rétorqué ses avocats, précisant que cette page est gérée en France.

La justice a rejeté les trois demandes de remise en liberté provisoire de la journaliste.

La journaliste a rejoint la cellule d’une animatrice de télévision, Sabrina, qui a, elle, été attaqué en justice pour l’autre objet de hantise du gouvernement : la propagation de «fausses nouvelles» inscrit dans l’article 30 du code de la Communication.

Après la divulgation d’un de ces enregistrements vocaux annonçant l’existence de plusieurs cas de coronavirus dans le pays (alors que l’Etat en aurait annoncé aucun) a valu à Sabrina un avis de recherche à 5 millions d’ariary pour aider sa recherche puis sa détention provisoire à une des prisons les plus surpeuplées de Madagascar.

Code la communication – Article 30

–  La publication, la diffusion ou la production par quelque moyen que ce soit de fausses nouvelles, de pièces ou faits trafiqués, altérés, falsifiés ou mensongèrement attribués à des tiers et laquelle aura induit le public en erreur, troublé la paix publique ou aura été susceptible de la troubler, est punie d’une amende de 3.000.000 à 6.000.000 Ariary.

Un mois plus tard, lors d’une émission de télévision, Andry Rajoelina, n’a pas manqué la Journée mondiale de la liberté de la presse pour marquer un coup de communication après les nombreuses critiques de l’emprisonnement d’Arphine Rahelisoa.

Il a annoncé «des mesures pour la libération des journalistes qui sont en prison en ce moment».

Tous les journalistes ont été libérées après son annonce mais ils restent poursuivis. Le ministère de la Communication est censé préparer depuis 2019, une réforme du Code de la Communication à Madagascar. Cette réforme faisait partie des premières promesses de Lalatiana Rakotondrazafy, une ancienne journaliste, lorsqu’elle a pris les rênes du ministère au début de l’année.

Comme l’indique RSF, la pandémie «met en lumière et amplifie les crises multiples qui menacent le droit à une information libre, indépendante, pluraliste et fiable.» Car la liberté de la presse à Madagascar a été menacée à de nombreuses reprises à cause de la susceptibilité du gouvernement.

Fah Andriamanarivo, journaliste d’investigation et rédacteur en chef à Ma-TV, ne peut s’empêcher de constater: «Ce qui est flagrant, c’est que les politiciens en profitent pour faire de l’ambigüité de la loi leur terrain de jeu dans leur stratagème politique.»

Est-il possible de faire du journalisme d’investigation à Madagascar ? 

En 2014, Fah Andriamanarivo s’est engagé dans le journalisme d’investigation, depuis il fait l’objet de nombreuses pressions et de menaces.

En 2016, Fah a été traduit en justice pour avoir touché la corde sensible d’une affaire de kidnapping de journalistes organisée par les membres d’une entreprise de bois de rose dans l’Est de l’Île.

Poursuivis pour diffamation et propagations de «fausses nouvelles», ses deux directeurs de publication et lui ont été acquitté pour la diffusion de «fausses nouvelles», mais il a été le seul a écopé d’un mois d’emprisonnement avec sursis pour diffamation par voie de presse.

Alors que la loi en vigueur stipule qu’en cas de citation devant le tribunal, le directeur de publication et le rédacteur en chef sont les premiers responsables. Ce verdict a été prononcé quelques mois après que l’Assemblée Nationale ait voté la dépénalisation et le non-emprisonnement des journalistes pour un délit de presse.

En plus de sa législation nocive, le gouvernement met des freins aux journalistes lors de la recherche de sources et de documentations.

Les secrets d’Etat sont appliqués à tort et à travers limitant drastiquement l’accès aux informations. Les secrets des affaires publiques privent les citoyens des informations d’intérêt public et compromettent leur droit à l’information. Les procédures alourdissent l’accessibilité à certaines informations détenues par les agents de l’Etat et constituent un véritable obstacle au bon déroulement de l’enquête journalistique.

Soit ces agents essaient d’éviter les journalistes en ajournant à plusieurs reprises le rendez-vous, soit ils refusent tout simplement de collaborer en évoquant leur soumission au droit de réserve et de la confidentialité.

«Généralement, les presses qui soutiennent le pouvoir en place arrivent toujours à obtenir ce qu’elles cherchent» nous confirme la journaliste Aina Bovel.

«Le journalisme qui veut se spécialiser contre la corruption n’est pas très développé. Surtout parce qu’on a un climat dans lequel les journalistes ne peuvent pas travailler librement et sortir les informations librement» dénonce la journaliste d’investigation Mialisoa Randriamampiana.

La grande majorité des organes de presse, tous types confondus, appartiennent ou, sont intimement liés, à des personnalités politiques, des hommes du pouvoir ou de patrons d’entreprise. La ligne éditoriale devient stricte et certains articles sont à bannir si le journaliste veut garder son poste. «On a une liberté de la presse. Mais cette liberté est limitée par la peur des représailles, la peur de perdre son emploi. A un moment les journalistes ont toujours un frein» déplore-t-elle.

Pour Mialisoa Randriamampiana, le financement du réseau Malina par l’UNESCO et la collaboration avec Transparency International est indispensable pour garder son indépendance et pouvoir publier des investigations que d’autres journalistes ne peuvent même pas se permettre de creuser.

Le développement des réseaux sociaux et l’émergence des médias financés par des ONG comme le magazine Tandraka est une aubaine pour les journalistes.

Malgré les menaces de mort et les pressions extérieurs qu’ils subissent, leurs articles sont publiés. Les initiatives se multiplient pour changer ce climat si hostile aux journalistes. De nombreuses conférences et ateliers naissent pour sensibiliser et enseigner aux nouveaux, comme aux anciens journalistes, à bien respecter une déontologie et défendre la liberté de la presse.

D’autres articles

CENTRAFRIQUE – Comment la Russie influence les médias ?

Un article co-écrit par Eliott AUBERT et Alexandre GARNIER pour l’Oeil MDJ.

Officiellement présente en République Centrafricaine, officieusement omniprésente dans les médias, la Russie développe un nouveau réseau en Centrafrique depuis trois ans. Moscou met en place des campagnes médiatiques agressives en faveur de ses intérêts dans le pays. Enquêter sur ces nouveaux réseaux expose les journalistes à des menaces, voir des assassinats.

Fin août, dans les rues de Bangui, capitale de la République CentrAfricaine -RCA-, des tracts sont distribués aux passants. Sur la couverture: une poignée de main fière entre le président centrafricain Faustin Archange Touadéra et son homologue russe, Vladimir Poutine.


«La Fédération de Russie est aux origines de la paix en République centrafricaine» affirme le tract.


En arrière-plan, des photos de la parade militaire célèbrent le 60ème anniversaire de l’indépendance du pays. Cet hebdomadaire public, la Feuille Volante du Président rapporte et vante l’actualité politique du chef de l’État. L’édition du 27 août 2020 met en exergue l’étroite collaboration entre la RCA et la Russie. Les deux premières pages sont consacrées aux discours «de son excellence professeur Faustin Archange Touadera». La dernière est dédiée à la coopération entre le Kremlin et Bangui: «La Fédération de Russie est aux origines de la paix en République centrafricaine» affirme le tract, «et la coopération continue de plus belle !»

Dans les 29 dernières éditions disponibles sur le site de la présidence centrafricaine, 19 mentionnent la coopération russo-centrafricaine.

Un nouveau partenariat militaire: la Russie en RCA

Depuis 2017, la Russie s’engage massivement dans de nombreux projets en RCA: formation des forces armées centrafricaines (FACA), médiation avec les groupes rebelles (accord de Khartoum du 6 février 2020), exploitation des ressources, financement de médias.

Depuis le départ en octobre 2016 des troupes françaises de l’opération Sangaris, la Russie exploite le vide laissé. Jusqu’alors, des militaires français formaient l’armée régulière à l’aide d'armes factices en raison de l’embargo international sur les ventes d’armes instauré en 2013. Bien que la coopération russe est largement mise en évidence dans les médias centrafricains, les instructeurs de la mission de formation de l'Union européenne en République centrafricaine restent les principaux formateurs des FACA.

La naissance de la coopération militaire russo-centrafricaine débute en octobre 2017. Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra se rend à Sotchi pour rencontrer le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov. Il lui demande notamment une aide militaire. Deux mois plus tard, Moscou obtient de l’ONU une dérogation à l’embargo. S'ensuit une série de livraisons d’armes (pistolets, fusils d’assaut, lance-roquettes).

La Russie déploie également 235 formateurs militaires avec l’accord de l’ONU. Puis, en août 2018, la Russie et la RCA signent un accord de coopération renforcée. En septembre 2020, il entraîne l’ouverture d’un bureau du ministère russe de la Défense à Bangui et devrait permettre l’implantation d’une base militaire russe sur son territoire. «Les quelques dizaines de soldats français qui étaient restés après la fin de l’opération Sangaris n’étaient pas là pour soutenir le régime, ils protégeaient la communauté française et les accès à Bangui» indique Christian Bader, ambassadeur français à Bangui de 2016 à 2018 qui a accepté de répondre aux questions de l'Oeil de la MDJ. «Or le régime de Touadéra a une peur bleue d’un coup d’État.»

 

Saturation de l’espace médiatique : la presse russophile inonde les kiosques à journaux

«La Russie surfe sur le sentiment anti-français pour s’implanter en RCA. Tous les maux du pays sont attribués à la France» estime Saber Jendoubi, journaliste indépendant basé en République centrafricaine entre 2016 et 2019 et auteur de la publication «Panorama de la presse centrafricaine. Entre pauvreté et politique d’influence» pour l’Institut français des relations internationales qui a accepté de répondre à nos questions.


«Il est courant que des journalistes acceptent d’écrire des papiers pro-russes contre de l’argent. Peu importe ce qu’ils écrivent, ils veulent manger.»


Aux yeux de la population centrafricaine, l’absence de passé colonial de la Russie procure une plus forte légitimité à son intervention. Arrivé début 2018 en RCA, Valery Zacharov, ancien responsable des renseignements russes, est nommé par Touadéra au poste de conseiller de la présidence en matière de sécurité nationale.

Mais en parallèle, son cabinet s’assure de la diffusion massive d’articles de promotion des initiatives du Kremlin. «C’est toute une équipe. Zacharov a fait venir des personnes qui l’accompagnent dans la propagande et la communication politique», pointe Vincent Mambachaka, président de l’association Espace Linga Tere composée de médias communautaires centrafricains. Il nous répond ainsi. 

«Je dirige un lieu culturel important dans le pays. J’ai été approché par un Centrafricain. Il m’a dit qu’il connaissait des personnes qui souhaitent collaborer avec moi. Les russes me proposaient de l’argent pour travailler avec eux et m’ont demandé s’ils pouvaient utiliser ma radio.» «Il est courant que des journalistes acceptent d’écrire des papiers pro-russes contre de l’argent. Peu importe ce qu’ils écrivent, ils veulent manger.»

Sous la houlette de Zakharov, il est proposé aux journalistes de percevoir 20.000 FCFA (30 euros) pour couvrir un événement organisé par la Russie ou pour réaliser un article critique vis-à-vis de la France. Vincent Mambachaka nous confirme l’utilisation massive de cette méthode.

«Ça saute aux yeux, quand je lis un papier je suis capable de dire si la personne est payée. Ce n’est pas du journalisme. En dehors de 2 ou 3 journaux, le reste c’est de la manipulation russe. Ces journaux sont à la merci de tout ce qui peut leur permettre de survivre.»

Le Potentiel Centrafricain se méfie des ambitions du président Macron / Capture d’écran du média « Le Potentiel Centrafricain »

En Centrafrique, les journalistes ne perçoivent pas de salaire fixe et il n’existe pas de revenu minimum légal. «Ils exercent leur métier dans une situation très précaire, ils crèvent la dalle» nous souligne Saber Jendoubi. «Il est courant que des journalistes acceptent d’écrire des papiers pro-russes contre de l’argent. Peu importe ce qu’ils écrivent, ils veulent manger.»

Cette stratégie, également pratiquée par la France et la Chine (à moindre échelle), permet à Moscou d’impacter significativement la ligne éditoriale des journaux locaux. Des médias, se revendiquant du panafricanisme et de l’anticolonialisme, affichent une complaisance certaine vis-à-vis de la présence russe: Centrafric Matin, l’Expansion, le Potentiel centrafricain, l’Occident, Radio Révolution Panafricaine.

Les campagnes anti-françaises en République Centrafricaine dépendent bien souvent des relations franco-russe du moment. Dès 2018, une opération médiatique agressive vis-à-vis de la France a été organisée, mais lors des négociations entre les deux pays au sujet de la Libye, l’influence médiatique russe s’est adoucie.


« On vit en Centrafrique avec 1 dollar par jour. Dans ce pays, la liberté de la presse est donc facilement achetable à moindre coût. La Russie s’est emparée de la situation pour saturer l’espace médiatique. »


Début janvier 2020, le refus de la France de supprimer l’embargo lors du vote à l’ONU a provoqué une forte réaction des médias sous influence russe.

Centrafric Matin, la Russie et la France / Extraits de unes du journal

Il demeure aujourd’hui difficile de connaître précisément l’implication financière russe au sein des différents canaux informatifs. Néanmoins, la création de certains d’entre eux comme le Potentiel centrafricain ou La feuille volante du président corrobore avec la campagne pro-russe dans le paysage médiatique lancée en 2018 – qui succède à leur arrivée en RCA.

« Quand les russes sont arrivés, ils ont mis le paquet. On vit en Centrafrique avec 1 dollar par jour. Dans ce pays, la liberté de la presse est donc facilement achetable à moindre coût. La Russie s’est emparée de la situation pour saturer l’espace médiatique. Elle est venue inonder le marché de son message et de ses idées » atteste Saber Jendoubi à notre journaliste.

Radio Lengo Songo : les diamants centrafricains financent le discours pro-russe

Le taux d’alphabétisation en RCA ne dépassait pas les 38% de la population en 2018 (50 % pour les hommes mais seulement 25% pour les femmes). Dans ce contexte, la presse écrite est réservée à la classe aisée et décisionnaire. Les tirages de la plupart des titres ne dépassent les 500 exemplaires et restent concentrés dans la capitale.

Pour le reste de la population, la radio représente le premier média d’information. Le 9 novembre 2018, la station de radio Lengo Songo voit le jour. Le directeur de la rédaction, Fred Krock, ancien rédacteur en chef du quotidien national l’Hirondelle, annonce durant la première conférence de presse: «Lengo Songo n’a nullement la prétention de vouloir révolutionner le monde médiatique en Centrafrique, mais plutôt de contribuer dans la mesure du possible à la consolidation du rôle avant-gardiste que les médias sont appelés à jouer pour le relèvement de ce pays et pour le bien de son peuple

La radio vise notamment à promouvoir la «cohésion sociale et le renouveau dans le pays». Une importante campagne publicitaire débute pour accompagner ce lancement. Des affiches publicitaires aux couleurs du drapeau national centrafricain célèbrent l’ouverture de la nouvelle station de radio Lengo Songo «construire la solidarité».

À l’origine de ce slogan, une société minière russe Lobaye Invest. Sur les affiches publicitaires, le nom de l’entreprise est associé ouvertement avec la radio. Le financement de cette station permet à Lobaye Invest de s’acheter une image positive auprès de la population. Les louanges des initiatives russes constituent en réalité une grande part de sa ligne éditoriale.

Cette implantation économique et médiatique russe se développe en parallèle des partenariats militaires à partir de septembre 2017. Plusieurs rencontres se succèdent entre le président Touadéra et des hommes d’affaires proche du président Poutine. Le 6 novembre 2017, l’homme d’affaire russe Evgueni Khodotov, ancien directeur général de M-Finance enregistre en RCA Lobaye Invest, dont M-Finance détient la totalité du capital.

Lobaye Invest débute l’exploitation et la recherche de diamants et d’or dans sept différents sites de RCA au mois d’août 2018 selon des documents obtenus par CNN.

Exploitation minière en RCA : des diamants et des armes


Après le coup d’État en Centrafrique de 2013, une guerre civile éclate entre les milices Anti-balaka et Seleka. L’exploitation minière dont l’État perd le contrôle est utilisée pour financer le conflit.

En raison du chaos, le forum de négociation international du processus de Kimberley met en place la même année un embargo sur l’exportation de diamants de République Centrafricaine.

En 2015, plusieurs régions sont libérées de l’embargo. Lorsque la Russie prend la présidence du processus de Kimberley en janvier 2020, elle affiche une volonté d’assouplir les restrictions pour développer sa coopération économique avec le gouvernement centrafricain.

Bien que les importantes ressources minières de la RCA ne représentent pas un intérêt économique suffisent pour Moscou (7 % du PIB de la RCA en 2007, avant la guerre civile), elles permettent à l’échelle locale de compenser les investissements russes. Surtout, ce partenariat permet à la Russie de prendre un rôle stratégique dans la région (en 2016, le secteur minier ne représentait plus que 0,2 % du PIB centrafricain).

Si l’embargo est levé, cela permettrait à Lobaye Invest d’augmenter ses rentes. L’entreprise possède d’ors et déjà plusieurs concessions en zone sous embargo. La RCA recherche également une stabilité au sein de ses frontières pour développer le secteur du diamant et de l’or. Lors d’un entretien au New York Times, Albert Yaloke Mokpeme, le porte parole du président Touadéra affirme qu’«avec l’aide de la Russie, nous allons être capable de sécuriser nos mines de diamants.»

En échange de cette aide militaire, la Russie par le biais de Lobaye Invest reçoit des concessions de mines.

Des journalistes enquêtant sur les réseaux russes assassinés

Le 28 juillet 2018, trois journalistes russes expérimentés, Alexandre Rasstorgouïev, Orhan Djemal et Kirill Radtchenko arrivent à Bangui. Ils ont pour projet d’enquêter sur les intérêts de la Russie en RCA et la présence d’une société militaire privée nommée Wagner.

Selon un ancien responsable du gouvernement cité anonymement par le New York Times, des mercenaires russes se chargeraient de la sécurisation des mines en centrafrique, dont celle de Lobaye Invest.

Trois jours après l’arrivée, l’équipe se rend dans le nord de Bangui avec leur chauffeur centrafricain. Vers 21h45, alors qu’ils sont à 23 km de Sibut, la voiture est arrêtée par un groupe de neufs hommes armés. Les passagers sont sortis de force puis mitraillés.

Les trois journalistes sont assassinés, seul le chauffeur survit à l’attaque.

Deux ans après, l’enquête qui n’a identifiée aucun suspect est toujours au point mort.


Un an et demi après les faits, l’enquête de Moscou est catégorique: le mobile est crapuleux et les journalistes ont ignoré les risques. Mais l’enquête russe semble passer sous silence de nombreux éléments troublants.


Dans une interview pour la chaîne qatari Al Jazeera en avril 2019, Valery Zacharov revient sur l’affaire. Il déclare ne pas comprendre pourquoi ces journalistes sont allés dans cette région.

«On leur a déconseillé de se rendre dans cette zone, ils ont été arrêtés à un checkpoint. Malgré, les avertissements, ils y sont allés. C’était une mort stupide. Je pense qu’ils n’avaient pas à aller là-bas

Quatre jours après l’assassinat des journalistes russes, une «cérémonie» est organisée par les autorités russes. Dans un hangar de fret de l’aéroport de Bangui, sur quelques palettes de bois, un drapeau russe est déposé sur les cercueils des trois reporters. Capture d’écran RFI

Derrière le journaliste qui interroge Valery Zacharov, des militaires centrafricains s’entraînent au combat. Les formateurs sont masqués et d’origine russe. «Des réservistes sélectionnés par le ministère de la Défense russe», affirme le conseiller, qui assure ne pas avoir connaissance d’éléments attestant de la présence en Centrafrique d’une «société militaire privée russe».

Un an et demi après les faits, l’enquête de Moscou est catégorique: le mobile est crapuleux et les journalistes ont ignoré les risques selon un article de Russia Today France. Mais l’enquête russe semble passer sous silence de nombreux éléments troublants.

Après le drame, le média Investigation Control Centre, pour lequel les trois journalistes assassinés travaillaient met un terme à ses activités. Cependant, le milliardaire et dissident politique Mikhaïl Khodorkovski propriétaire du média, décide de financer une contre-enquête.

En octobre 2019, le site Dossier Center qui recherche les liens des cercles d’oligarques proches de Poutine, publie le résultat de son investigation en Centrafrique. Dossier Center suspecte que le voyage en centrafrique n’ait été qu’un piège. Le journaliste qui a mis les reporters assassinés sur la piste centrafricaine, Kirill Romanovsky, travaille pour la Federal News Agency, agence de presse appartenant au même groupe que M-Finance et sa filiale Lobaye Invest.

Une heure et demi avant la première dépêche de l’AFP, le lendemain du massacre, son historique de recherche piraté révèle les mots clés « Russes à Bangui » et « Trois Russes tués ».

Romanovsky a redirigé les journalistes russes vers un fixeur centrafricain nommé «Martin», un prétendu officier néerlandais de la MINUSCA (Mission de l’ONU en Centrafrique depuis 2014). Celui-ci n’a pas pu être identifié. Les journalistes pensaient le rencontrer à Bambari, où ils se rendaient en voiture, mais les données mobiles des échanges via WhatsApp indiquent que celui-ci se trouvait en réalité dans la capitale. Son numéro de téléphone était enregistré à un faux nom et n’a été utilisé que trois fois au cours du mois de juillet.

Reconstitution réalisée par Dossier Center du meurtre des trois journalistes selon l’examen médico-médical et des images prises après le meurtre, le 30 juillet 2018.

Le chauffeur qui accompagnait l’équipe de journalistes, est également suspecté d’avoir espionné pour le compte d’un gendarme centrafricain, Emmanuel Kotofio proche des forces russes en RCA.

Ce dernier était en contact constant (plus de 108 appels entre juillet et août 2018) avec un numéro local enregistré sous une fausse identité étasunienne. Les enquêteurs de Dossier Center sont parvenus à identifier cette personne comme étant Alexandre Sotov, instructeur en espionnage, en recrutement et en renseignement pour M-Finance.

Cinq mois après les meurtres, le service de sécurité d’Ukraine (SBU), en charge du contre-espionnage, identifiait 37 membres de la société militaire privée russe Wagner présents sur le territoire centrafricain fin juillet.

Dans cette liste apparaissaient notamment les noms de Valery Zacharov sous le matricule M-5658 et d’Alexandre Sotov sous le matricule M-5661.

Dossier Center a relevé entre juillet et août 2018, 167 messages et appels téléphoniques entre les deux hommes. La liste SBU révèle qu’un nombre conséquent de ces hommes sont originaires de la ville de Saint-Pétersbourg. Aucun document écrit n’atteste explicitement de la présence du groupe Wagner, de l’achat de journalistes, ou de la chaîne hiérarchique officieuse russe en RCA. Mais l’accumulation de témoignages et corrélations depuis deux ans et demi conduit à un même nom: Evgeni Prigogine.

Evgeni Prigogine est un milliardaire russe proche de Vladimir Poutine. Surnommé par les médias le «cuisinier de Poutine» pour ses activités de restauration auprès de l’armée russe et du locataire du Kremlin, l’oligarque est également soupçonné par les États-Unis de manipulation lors des élections de novembre 2016.

La diplomatie Française l’accuse quant à elle de contrôler M-Invest, le groupe Wagner et d’être «étroitement lié à la mafia de Saint- Pétersbourg».

Trois pistes au moins associent M-Finance, société détentrice de Lobaye Invest à l’oligarque russe Evgueny Prigogine



Trois mois avant l’assassinat des trois reporters, un autre journaliste russe enquêtant sur la présence du groupe Wagner dans le Donbass ukrainien, perdait la vie dans des circonstances troubles.

Le 12 avril 2019, Maxime Borodine du média Novy Dien, faisait une chute mortelle du 4e étage de son immeuble. L’appartement était fermé à clef quand les inspecteurs sont entrés dans l’appartement.

Les autorités privilégient la thèse du suicide.

Pourtant, Viatcheslav Bachkov, collègue du journaliste, recevait la veille un appel alarmant du journaliste qui lui décrivait une personne armée et masquée sur son balcon et plusieurs autres sur son palier !

Le groupe Wagner a fait son apparition courant 2014 auprès de milices pro-russes dans l’est de l’Ukraine. Depuis cette société militaire privée (SMP) est intervenue dans de nombreux conflits à travers le monde: en Syrie dès l’année suivante, en Libye, au Soudan, au Venezuela, au Mozambique, au Mali, et récemment lors des élections au Bélarus qui ont causé des soulèvements dans le pays et la grève des journalistes.

Dmitri Outkine, néo-nazi revendiqué et ancien officier des services de renseignement militaires russes est le commandant des unités Wagner (dont le nom serait une référence au compositeur favori du troisième Reich). Officiellement, aucun lien n’apparaît entre l’État russe, l’État centrafricain et Wagner.

Les SMP n’ont d’ailleurs pas d’existence légale en Russie et les médias russes ont longtemps nié leur existence même, qualifié «d’invention» visant à «compromettre la Russie».

Le déni de Moscou s’est cependant heurté en 2018 à la colère des premiers concernés, les mercenaires. Après la mort de 200 Wagner dans un bombardement américain à Der ez-Zor en Syrie, plusieurs SMP déplorent dans une lettre publique que l’État russe refuse de reconnaître leur existence et de leur octroyer le statut de vétéran, notamment aux blessés de guerre.

Ces mercenaires, payés de deux à six fois plus que les réservistes, ont l’avantage pour les États de représenter une force militaire engageable avec plus de liberté qu’une armée régulière comme le décrit Ilyasse Rassouli dans son mémoire de fin d’étude.

«Les SMP peuvent être utilisées pour prendre en charge des missions que ne peuvent pas effectuer les forces armées nationales quand elles sont jugées trop polémiques ou illégitimes. (…) Un État n’a pas besoin d’un aval parlementaire pour engager une SMP sur un théâtre d’opération. Ainsi, leur utilisation évite parfois des délais très longs liés aux processus administratif et bureaucratique.»

Sewa Security Services aux côtés du président Touadéra – Capture d’écran Twitter

En Centrafrique, plusieurs mercenaires des SMP russes opéreraient en collaboration avec l’État centrafricains, notamment Wagner, Patriot ou encore Sewa Security Service qui se charge de la sécurité de la présidence.

Cette dernière pourrait même être une branche officieuse de Wagner, qui s’était déjà renommé Evro Polis dans ses contrats avec le dirigeant syrien en 2017. En novembre 2017, Outkine est nommé directeur général de l’entreprise Concord Management & Consulting de Evgueny Prigogine. Ce dernier nie officiellement tout lien avec la SMP, alors même que les deux hommes entretenaient déjà des relations proches avant cette promotion.

Dans une note de mai 2018 adressée à la diplomatie française, l’ancien ambassadeur en Centrafrique, Christian Bader, alerte sur la stratégie russe «militaro-sécuritaire, économique et politique» qui se déploie dans le pays.

L’ambassadeur avertit également sur la «très active campagne de dénigrement et de désinformation dirigée contre la France» et les «actions d’agit prop» financés par Lobaye Invest.

«Mon premier courrier sur la présence russe datait du 8 novembre 2017», précise Christian Bader, «mais le message n’est pas passé. Des gens pensaient que ça n’avait aucune importance. Il a fallu attendre mars pour une réaction de la diplomatie française.»

La note évoque notamment la présence de mercenaires du groupe Wagner entrés, pour certains, dans le pays avec des passeports falsifiés.

«On voyait passer les passeports, on savait que le groupe Wagner était présent. On retrouvait des mercenaires russes à Bangui qui étaient autrefois passés par des théâtres d’opération en Ukraine ou autres.»

À l’approche de l’élection présidentielle prévue le 27 décembre 2020 (qui pourrait être repoussée en raison de la pandémie), l’emprise médiatique et politique russe en RCA questionne.

«L’impact de cette présence peut être désastreux pour l’élection», insiste Vincent Mambachaka auprès de notre journaliste.

La Russie devrait soutenir le président sortant Faustin Archange Touadéra malgré une «insatisfaction causée par l’impopularité du personnage», note Thierry Simbi, activiste de la société civil et blogueur.

Saber Jendoubi estime que l’implantation russe en RCA est «une réussite». Selon lui, au niveau politique et médiatique, la Russie fait et fera «la pluie et le beau temps à Bangui.»

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MALI – Après le coup d’État, quelles conséquences pour la liberté de la presse ?

Aucune déclaration n’a encore été faite pour garantir les droits de presse depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Les journalistes maliens espèrent malgré tout une amélioration de leurs conditions de travail.

Au mois de juin 2020, un mouvement de contestation au président Ibrahim Boubacar Keïta éclate dans les rues de Bamako. La tension atteint son paroxysme pendant la manifestation du 10 juillet, réprimée dans le sang par le pouvoir. De nombreux journalistes sont pris pour cibles par les forces de l’ordres et agressés par des manifestants.


Dans l’après-midi, le président malien est finalement mis aux arrêts par les militaires putschistes.


Le 18 août, l’armée se soulève à son tour contre le président malien. Au matin, une mutinerie éclate dans une base militaire de Kati à 15 km de Bamako. Olivier Dubois, correspondant de Libération au Mali, tente de couvrir la mutinerie, mais il est frappé et menacé avec une arme par les rebelles. Le quotidien annonce le soir que le journaliste est sain et sauf et ne souffre d’aucune blessure. Dans l’après-midi, le président malien est finalement mis aux arrêts par les militaires putschistes.

Contrairement au précédent coup d’État de 2012, la prise du pouvoir du 19 août a été préparée en amont. Le lendemain, l’armée annonce la création du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) composé des généraux à l’origine du putsch.

Dans leur première déclaration, les généraux reprennent de nombreux éléments qui cristallisent la colère populaire mentionnant notamment le «clientélisme politique», «la santé aux plus offrants», la rupture entre le peuple et ses gouvernants, l’insécurité et le terrorisme.

La Maison de la Presse malienne note cependant que les militaires n’ont pas fait mention de «garantie des libertés fondamentales – dont celles relatives à la presse et à l’expression».

« Les militaires inspirent autant d’espoir que d’inquiétude » / France 24

Aucun contact n’a pour le moment été établi entre le CNSP et les associations de presse, hormis un communiqué commun demandant un allègement du couvre-feu pour les journalistes. L’interdiction de libre circulation instaurée entre 21 heures et 5 heures dans un premier temps, puis de minuit à 5 heures depuis le 21 août gênant le fonctionnement normal des médias.

La démission d’Ibrahim Boubacar Keïta, l’espoir d’une amélioration des conditions

«Depuis que les militaires sont au pouvoir, nous n’avons pas enregistré de cas d’atteinte à la liberté d’expression» reconnaît Boubacar Yalkoué, président du Mouvement de protection de la presse contre les violences.

«La liberté d’information a été pour le moment respectée au Mali. Après le renversement par des militaires d’un pouvoir démocratiquement élu, on ne peut pas dire qu’on ait confiance à 100 %. Nous avons l’espoir qu’ils ne s’en prennent pas à la presse, mais nous émettons malgré tout des réserves pour le moment.»

L’autre menace qui plane sur la presse malienne depuis la pandémie du Covid-19 est la crise économique.

«La presse malienne bénéficie en temps normal de contrats avec les institutions, mais avec la crise sanitaire toutes les activités ont été limitées ce qui s’est répercuté sur les entreprises de presse» pointe Boubacar Yalkoué.

«Il avait été question de mesures de soutien économique, mais nous n’avons rien reçu jusqu’au basculement du pouvoir, et étant donné la situation actuelle il y a peu d’espoir de les obtenir. On se dirige vers des périodes difficiles pour la presse.»

Une situation toujours instable pour la liberté de la presse au Mali


Depuis le précédent coup d’État de 2012, la liberté de la presse au Mali a été mise à mal à de nombreuses reprises. Pendant les mois qui ont suivi le putsch de mars, plusieurs arrestations ont été ordonnées par les autorités militaires.

L’arrivée au pouvoir de Ibrahim Boubacar Keïta en septembre 2013 n’a pas entraîné d’amélioration pérenne du droit de presse au Mali qui prend la 108e place du classement mondial de la liberté de la presse de Reporter sans Frontière en 2020.

Le 29 janvier 2016, Birama Touré journaliste pour l’hebdomadaire d’investigation Le Sphynx était porté disparu. Cette affaire remonterait jusqu’au fils du président, Karim Keïta, et mettrait en cause les services de sécurité de l’État qui aurait retenu le journaliste captif et l’auraient torturé pendant près d’un an et demi.

Plus récemment, les élections présidentielles 2018 ont été marquées par une recrudescence de la censure et de violences contre les journalistes. En mai, le journal Mali Actu était poursuivi et trois de ses journalistes enfermés pendant cinq jours pour la diffusion du communiqué d’une association qui appelait à la démission du ministre de l’Emploi.

Durant les manifestations du mois de juin, la Maison de la Presse du Mali dénonçait les nombreuses attaques de journalistes par les forces de l’ordre. Fin juillet, cinq journalistes de la chaîne TV5 Monde étaient interpellés par des agents en civil à leur arrivée à Bamako. Au moment de l’entre-deux-tours, Radio Renouveau FM, média d’opposition, était sommée de quitter les ondes « jusqu’à nouvel ordre ».

En fin d’année, un haut gradé de l’armée malienne démissionne de la Commission Vérité-Justice-Réconciliation (comité de surveillance des violations des droits humains au Mali) après avoir été mis en cause dans l’agression d’un journaliste. Celui-ci raconte avoir été menacé, frappé et forcé à boire sa propre urines dans les locaux de la commission nationale.

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BÉLARUS – La contestation gagne les rédactions nationales, les journalistes en grève

La contestation se déroulant actuellement au Bélarus relance le débat de la liberté de la presse. La couverture inégale des élections par les médias publiques ont poussé de nombreux journalistes à quitter leur poste et parfois même à rejoindre le mouvement d’opposition au président Loukachenko.

Au moment des élections du 9 août, l’attention internationale s’est de nouveau porté sur la république du Bélarus. Chaque fin de quinquennat d’Alexandre Loukachenko signifie un retour de la contestation à son hégémonie. Il gouverne le pays depuis 1994.

Des journalistes du monde entier ont fait le déplacement pour couvrir ces élections et les protestations qui refont surface. Une présence que les autorités ne voient pas d’un œil accueillant. Rappellons que la Bélarus prend la dernière place européenne au classement mondial de la liberté de la presse de Reporter sans Frontières.

Accréditation officielle et censure officieuse

De nombreux journalistes étrangers se sont vu refuser leurs demandes d’accréditation pour couvrir les élections, et les délais pour les nouvelles demandes sont désormais retardés. «Nous invitons les autorités bélarusiennes à ne pas empêcher les journalistes étrangers de faire leur travail» déclarait le 21 août Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes. «Les procédures d’accréditations ne doivent pas être utilisées pour imposer une forme de censure.»

Entre le 9 août et la nuit du 11 au 12 août, des coupures d’Internet massives ont été observées. Les trafics des trois opérateurs de télécommunication du pays ont chuté quasi-simultanément. L’un de ces fournisseurs d’accès à Internet est possédé par l’État, mais les deux autres sont des opérateurs privés (l’un Bélarussien, l’autre Russe), ce qui laisse supposer qu’un ordre ait été donné pour organiser ces coupures.

À l’intérieur du pays, la couverture de l’élection a été marquée par une importante répression des journalistes nationaux et étrangers. L’association biélorusse des journalistes recense depuis le mois d’août 75 arrestations et détentions de journalistes. L’ONG traduit en langue anglaise les nombreux témoignages de journalistes arrêtés et donne des visages aux descriptions de tabassages, tortures et humiliations qui se déroulent dans les prisons du régime.

Au Bélarus, les observateurs ne sont pas les bienvenues dans les bureaux de vote


Cette année encore, le président Bélarussien a de nouveau bénéficié d’un soutien étonnant dans les urnes (selon les résultats officiels, parmi les 84% de votants, 4 sur 5 ont approuvé un nouveau mandat).

Ce qui réunit les foules sont des soupçons de fraude (les observateurs internationaux n’ont pas été invités à surveiller le scrutin) et surtout la politique répressive de Loukachenko, souvent désigné comme le «dernier dictateur d’Europe» (peine de mort encore pratiquée, actes de torture perpétrés contre les opposants, concentration du pouvoir).

Autre titre moins connu, le Bélarus est le pays avec le plus ancien gouvernement en exil du monde: la Rada de la République démocratique Bélarussienne. Établié en 1917 et contrainte à l’exil deux ans plus tard, mais dont le drapeau est aujourd’hui brandit dans les manifestations.

Une couverture médiatique propagandiste

Dans les médias étatiques, la couverture des événements a été très incomplète. Le 16 août, la première chaîne nationale retransmet un discours de Loukachenko place de l’Indépendance à Minsk dans lequel il rejette l’idée d’un second scrutin.

Quelques heures après au même endroit, une importante procession de plusieurs centaines de milliers manifestants rejoint la place, sous les fenêtres de la Maison du Gouvernement, mais aucun journaliste de la chaîne n’est dépêché pour couvrir la manifestation.

Deux jours plus tard, Bélarus-1 publie un reportage sur un rassemblement en soutien au président qui a rassemblé des milliers de personnes. Les couleurs rouge et verte du drapeau national sont omniprésentes à l’antenne, tandis que les couleurs rouge et blanche des drapeaux de l’opposition n’ont toujours pas droit de cité.

Même constat sur le site de la chaîne internationale Bélarus-24 qui ne fait aucune mention des manifestations qui secouent le pays. 

Quand les chaînes d’État évoquent la contestation, c’est pour la marginaliser à un mouvement extrémiste d’émeutiers. Le discours dominant agite également la peur d’une dérive vers une situation ukrainienne et accuse les opposants de menacer l’unité nationale du pays en l’orientant vers la guerre civile.

Mais contrairement aux manifestations de Maïdan en Ukraine, la question russo-européenne est secondaire dans les revendications des manifestants. C’est bien la destitution d’Alexandre Loukachenko et son système qui réunit l’opposition et non des questions d’alignement géopolitique.

Sergei Kozlovich interviewé sur Euronews


En parallèle des manifestations, un autre mouvement de contestation est apparu dans une institution normalement favorable au président Loukachenko.

Sergueï Kozlovitch était présentateur sur les chaînes publiques de télévision. Sa dernière apparition devant les caméras remonte au 10 août, un jour après les élections. Une fois le résultat annoncé, il dépose sa démission ne supportant plus le manque d’indépendance de sa rédaction.

Il confie à Euronews avoir pris part à un discours de propagande en faveur du gouvernement. «Toute l’information n’était pas dédiée à la politique, il y avait d’autres points de vue, mais tout est centré autour de l’opinion gouvernementale que je communiquais. A l’époque, j’étais d’accord avec ça.»

Le lendemain, Evgueni Perline, présentateur sur Bélarus-1, a annoncé sa démission à la fin du journal télévisé.

«Il s’agit de ma dernière émission. Personne n’a influencé ma décision, je l’ai prise seul. Pendant cinq ans, j’ai vanté les mérites de l’armée bélarussienne et le courage de ses forces de sécurité. Jamais, je n’avais imaginé les voir un jour se retourner contre leur peuple.»

Le 12 août, c’est une présentatrice de la chaîne nationale ONT, Olga Bogatyrevichn, qui présentait sa lettre de démission sur les réseaux sociaux, accompagnée du message suivant.

«Nous sommes peu nombreux, mais nous sommes là !».

Le même jour, Vladimir Bourko, présentateur de l’émission militaire Arsenal, annonce à son tour son départ de Bélarus-1 dans un post Instagram.

«Pendant cinq ans, j’ai incarné implicitement l’image médiatique du ministère biélorusse de la Défense […] Jamais, même dans un cauchemar, je n’aurais pu imaginer que les soldats et le matériel que je présentais pouvaient être employés contre le peuple!»

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Всем привет. Меня зовут Владимир Бурко. Я ведущий мероприятий и до недавнего времени ведущий военной программы «Арсенал» на канале "Беларусь 1".Начну с главного:я больше не ведущий этого телепроекта, ушёл сам, не без приключений, но ушёл 16.07. - 5 лет я негласно был медийным лицом министерства обороны республики Беларусь - 5 лет я вёл программу над созданием которой трудилась большая команда потрясающих людей, каждого из которых я обниму при встрече и надеюсь они мне ответят взаимностью - 5 лет я с очень серьёзным лицом рассказывал о том, что наша армия сама доблестная и сильная, военная техника самая современная, а весь высший офицерский состав–пример для подражания... - 5 лет я читал новости,которые добровольно-принудительно утром в воскресенье смотрел весь личный состав вооруженных сил - 5 лет–это больше 3 поколений призывников,служивших 1.5 года во всех видах и родах войск К чему я это всё… Я никогда бы,даже в самом страшном сне,не подумал, что солдаты и техника,о которых я рассказывал,могут быть применены против своего народа…Против мирного населения страны, против женщин и не дай Бог детей. Я хочу обратиться к военным: солдатам и офицерам. Вы ждёте приказа. Вы прекрасно осознаёте каким будет этот приказ и скорее всего понимаете какими будут последствия для белорусов, которые просто хотели справедливости,а получат от вас пулю… Одумайтесь пока не поздно… Донесите совету безопасности и своему руководству,что ваши методы и методы смежных структур являются варварскими и антигуманными. Среди верхушки министерства обороны много разных людей. Мне кажется,как и во всех структурах,есть лизоблюды и карьеристы, но есть и настоящие офицеры, которые прошли войны, видели лицо смерти и таких офицеров большинство.Я прошу Вас принять верное решение,решение, которым мы, беларусы будем гордиться, потому что пока только нарастает ненависть от того, что мы видим… И в конце.Никто не хочет войны.Все акции проходят и будут проходить мирно.Люди хотят справедливости,люди просят их не обманывать,люди просят свободы.За последний пункт отвечаете именно вы, так что всё получится.Мы рядом и всегда поможем. #нетвойне#ведущийвладимирбурко #мызачестныеновости

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Lundi 17 août, une grève générale est amorcée par l’opposition. Mais chose rare, des journalistes de médias nationaux rejoignent le mouvement.

Bélarus-1, la chaîne d’information généraliste cesse même d’émettre pendant la journée, affichant un plateau vide, où la lumière est éteinte. Ils étaient plusieurs centaines réunis devant le bâtiment de la télévision nationale.

«Je suis un ancien employé, j’étais responsable du programme Good Morning Belarus» témoigne l’un d’entre eux à la chaîne privée Belsat. «Je suis parti volontairement et j’ai demandé de suspendre le programme. Lorsque nos enfants sont torturés, comment continuer à expliquer à nos téléspectateurs la manière de faire une omelette?»

Le président Lukashenko face aux grévistes d’une usine nationale de tracteurs à Minsk le 17 août. «Démissionne» entonnent les grévistes à la fin du discours.

Un discours médiatique toujours à la botte de Loukachenko

Si des tensions apparaissent parmi les rédactions nationales, aucun haut responsable ne s’est encore opposé ouvertement au gouvernement. Ivan Eysmant, directeur général de la chaîne, a refusé de parler publiquement avec les grévistes. Cependant, il a expliqué à l’intérieur du bâtiment à un journaliste que s’ils souhaitaient continuer à travailler pour la télévision nationale, ils devraient en respecter les conditions et la ligne éditoriale sans négociation.

Le 19 août, une ex-directrice des chaînes nationales évoque dans une interview à Tut.By l’arrivée de journalistes russes dans les rédactions publiques pour remplacer le nombre important de grévistes.

Tadeusz Giczann chercheur spécialisé sur l’étude des pays slaves et d’Europe de l’Est à l’University College de Londres relève sur Twitter certaines incohérences qui apparaissent sur les chaînes nationales.

«La télévision d’État bélarussienne nomme maintenant le pays Белоруссия (Biélorussie). Seuls les Russes [et Français] utilisent ce terme, les bélarussiens le trouvent offensant et lui préfère Беларусь (Bélarus). C’est ce qui se passe quand on remplace la plupart des journalistes et techniciens locaux par des mercenaires russes.»

De même, comme l’a noté le journaliste Franak Viačorka, Bélarus-1 semble désormais utiliser les retransmissions en direct de l’agence de presse Ruptly, filière de la chaîne russe Russia Today, plutôt que d’envoyer des journalistes couvrir les événements. Deux jours plus tard, l’agence de presse nationale BelTA confirme l’information à travers une déclaration du président Loukachenko.

«S’ils [les grévistes] souhaitent se mettre en grève, j’ai indiqué aux directeurs de ne pas les retenir. Il y a un grand nombre de personnes au chômage et suffisamment de spécialistes disponibles sur le marché, y compris dans des pays voisins.»

Le 21 août, la censure d’État s’est accentuée sur de nombreux médias en ligne comme le relève l’Association bélarussienne des journalistes.

72 sites Internet ont été bloqués dans le pays, dont celui de Radio Free Europe, Belsat TV, le centre de défense des droits humains Viasna, ainsi que des services de VPN permettant de contourner la censure. Une autre vague de blocage avait déjà touché le 8 août le site web de l’Association bélarussienne des journalistes ou encore celui de Tut.By, journal web indépendant le plus populaire au Bélarus.

La censure Internet n’est pas nouvelle au Bélarus, le site web de Charter 97, média d’actualité défenseur des droits humains est bloqué depuis des années et était auparavant régulièrement la cible d’attaques par déni de service (DdoS), une technique dont il est difficile d’identifier les auteurs et qui visait également des médias avec une ligne éditoriale moins orientée comme Tut.By en 2014 et en 2020 ou Onliner.by (actualité numérique) en 2019.

Journalistes bélarussiens assassinés ces 20 dernières années


Aleh Byabenin, co-fondateur du média indépendant Charter 97. Au cours du printemps 2010 plusieurs journalistes de Charter 97 ont été ciblés par plusieurs perquisitions. Le 3 septembre, Aleh Byabenin est retrouvé pendu sans qu’aucune note ne soit laissé. L’enquête officielle avance la thèse d’un suicide, une conclusion rejetée par la famille et amis du journaliste.


Dzmitry Zavadski, journaliste pour la télévision nationale et caméra-man personnel d’Alexandre Lukashenko entre 1994 et 1997. Alors qu’il réalise un documentaire sur le conflit tchétchène, il disparaît le 7 juillet 2000 à l’aéroport international de Minsk. Son corps n’a jamais été retrouvé.


Pavel Sheremet, journaliste proche de Dzmitry Zavadski travaillant en Ukraine. Ils étaient emprisonnés tous deux en 1997 lors d’un reportage à la frontière entre le Bélarus et la Lituanie. Le 20 juillet 2016 à 2 heure du matin à Kiev, deux individus glissent un paquet sous sa voiture. 5 heures plus tard, quand Pavel se rend au centre-ville pour une émission de radio, sa voiture explose.


Veronika Cherkasova, journaliste d’investigation travaillant pour plusieurs journaux d’opposition. En pleine guerre d’Irak, elle enquêtais sur des réseaux financiers d’une banque bélarusienne qui aurait faciliter des ventes d’armes vers l’Irak de Saddam Hussein. Le 20 octobre 2004, elle est poignardée à vingt reprises à son appartement à Minsk. Le tueur n’est pas retrouvé et les autorités suspectent son fils de 15 ans et son beau-père du meurtre sans reconnaître le motif politique de son assassinat.

https://twitter.com/andreivaitovich/status/1303421025347043335

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