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Y a-t-il un problème en France avec les kiosquiers et les unes de journaux ?

Lorsque l’on parle de la liberté de la presse, on pense dans un premier temps aux journalistes, aux dessinateurs de presse, aux reporters. Ceux dont le travail consiste à manier l’information. Néanmoins, il y a ceux qui ont tendance à être oubliés alors qu’ils sont le dernier maillon de l’information : les kiosquiers. Dans le domaine de la presse écrite, les kiosquiers font partie des rouages qui permettent aux citoyens d’en savoir plus sur le monde. Connaissant actuellement une modernisation visant à maintenir et valoriser la vente de la presse papier, les kiosques de presse sont primordiaux dans la transmission de l’information.

Il arrive parfois, que les kiosquiers soient pris pour cibles par la population étant à l’encontre de ce que propose la presse. Dernièrement, à Pontet (près d’Avignon), l’un d’entre eux s’est vu menacé par des militants turcs pro-Erdogan suite à l’affichage de la Une du magazine Le Point. Celle-ci illustrait le portrait du président turc avec pour titre : “Le dictateur. Jusqu’où ira Erdogan ? Enquête sur le président turc, sa folie des grandeurs, ses réseaux en France, son offensive sur l’Algérie, ses crimes…”. Lors de l’action violente perpétrée par les pro-Erdogan, Sylvain Patti, le kiosquier, aurait tenté de plaider la liberté de la presse, comme il le raconte au Point.

Bien que ne faisant que leur travail de commerçants, les kiosquiers sont parfois exposés aux avis de la population environnante. A Paris, les réaction face aux unes de presse dépendent beaucoup de l’emplacement du kiosque à journaux. En effet, plusieurs arrondissements portent une identité culturelle et politique qui leur sont propres. Farès, un kiosquier du 15e arrondissement raconte par exemple, “qu’ici c’est le quartier de Macron […] les unes n’allant pas dans son sens ne vont pas plaire ».

Ce dernier a également déclaré avoir une défiance envers les médias qui « ne font pas leur boulot » selon lui.  Farès pourrait « presque comprendre l’agression » dont Sylvain Patti a été victime.  « C’est une presse de mensonge qui blesse les gens » ajoute-il avec colère. 

Halgurd, ancien résident de la Maison des Journalistes et désormais kiosquier dans le quartier Pereire du 17e arrondissement de Paris, évoque que son métier requiert toute une organisation au sujet des publications. “Parfois on doit changer la place d’un magazine ayant pour gros titre un sujet à polémique” raconte t-il. Pour le kiosquier, l’affaire à Pontet relève bien d’une atteinte à la liberté d’expression.

Un autre, travaillant dans le quartier de Barbès, raconte difficilement les insultes dont il est victime lorsqu’il dispose certains journaux en avant, notamment les unes de Charlie Hebdo, le journal satirique. Face aux questions posées sur sa situation, il ne peut refréner un regard gêné, ne souhaitant en révéler plus. Une situation particulière que les kiosquiers semblent endurer quotidiennement. Sur une quinzaine d’entre eux rencontrés, peu ont voulu dévoiler l’envers du métier.

A Médiakiosk, la société spécialisée dans l’implantation et la gestion des kiosques en France, la réponse est catégorique. “En aucun cas on ne va retirer les affiches” raconte Aurélie Lefèvre, directrice de la communication de l’entreprise, contactée par téléphone. “La France reste un pays démocratique où la liberté d’expression est fort heureusement toujours effective

Pour reprendre l’édito du numéro de Charlie Hebdo, titré « Je suis le Point » datant du 29 mai 2018, « Ils ne veulent pas qu’on qualifie Erdogan de dictateur, mais ils se comportent en serviteurs de la dictature. ». Un numéro salué par tout défenseur de la liberté d’expression. Un principe fondamental qui pourtant semble poser problème pour une certaine partie de l’opinion public.  

EN SAVOIR PLUS SUR CE THÈME

Japon : Journalistes otages et responsabilité individuelle

Depuis le début de l’année, deux reporters de guerre japonais, Jumpei Yasuda et Kosuke Tsuneoka, se voient refuser leurs sorties de territoire et leurs passeports retirés. Le gouvernement justifie ces décisions par la nécessité de garantir la protection de ses ressortissants, quels qu’ils soient. Tous deux sont d’anciens otages, tous deux ont perdu leurs passeports et leur liberté de circulation.

Le passeport, un moyen de pression contre les reporters internationaux

En juin 2015, alors qu’il couvrait le conflit syrien, Jumpei Yasuda a été enlevé par des combattants djihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham. Le 23 octobre 2018, le gouvernement japonais déclarait qu’ils étaient parvenus à négocier sa libération sans aucune rançon, une affirmation par la suite contestée par l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Mais depuis, les autorités ont également entrepris de bloquer les demandes de passeport de Yasuda.

Kosuke Tsuneoka est, lui un ancien otage dans le nord de l’Afghanistan en 2010. Il a découvert, alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour le Yémen en février dernier, que son passeport était révoqué. Le gouvernement japonais légitime cette restriction par le  »Passport Act » qui stipule que si un le citoyen est banni d’un pays et qu’il souhaite s’y rendre, les autorités sont en droit de lui retirer son passeport. Mais Tsuneoka conteste, il souhaite couvrir la crise humanitaire au Yémen, un pays où il n’est pas banni :

« C’est très étrange, cette fois, je n’allais pas à Oman [où Tsuneoka est banni de séjour], mais à Doha, au Qatar ! Le ministère n’avait pas à faire cela.»
Propos publiés dans les colonnes de Libération.

Le point commun de ces reporters est qu’ils ont tous deux été otages de groupes terroristes dans leur carrière. Une atteinte à la liberté de presse qui vise à servir d’exemple pour le reste de la profession : si vous êtes pris en otage, nous ne vous laisserons plus exercer sur le terrain.

Yuichi Sugimoto, autre reporter de guerre japonais, n’a jamais été otage. Mais en février 2015, un mois après la décapitation par l’État Islamique du journaliste Kenji Goto, le gouvernement entreprend d’éviter les prises d’otages en amont :

« Alors que je rentrais chez moi, deux fonctionnaires du ministère des affaires étrangères accompagnés par deux policiers sont venus me demander d’abandonner mon idée de reportage à Kobané (Syrie), puis m’ont demandé de rendre mon passeport. J’ai refusé, ils m’ont alors expliqué que si je n’abandonnais pas mon passeport, je serais arrêté. »
Yuichi Sugimoto au Foreign Corespondant Club of Japan (Février 2015).

Jumpei Yasuda, déjà enlevé en Irak en 2004, surnommé l’ « otage professionnel »

Jumpei Yasuda dans une conférence de presse donné au club des correspondants internationaux du Japon en novembre 2018 :
« Tout d’abord, j’aimerais exprimer mes remerciements à ceux qui ont participé à ma libération au Japon, en Turquie et au Qatar. J’aimerais également exprimer mes sincères excuses, car en raison de mes actions personnelles, le gouvernement japonais s’est retrouvé impliqué par ma faute dans cette affaire. »

Cédric Alviani, directeur du bureau RSF Asie de l’Est, commentait le même mois ces propos :
« Il est scandaleux que Jumpei Yasuda soit contraint à s’excuser d’avoir risqué sa vie pour informer ses compatriotes du drame syrien (…) Sans la présence de journalistes dans les pays en guerre, le public serait obligé de s’en remettre aux informations, forcément biaisées, fournies par les belligérants et autres parties prenantes. »

« On ne négocie pas avec les terroristes »

Le Japon a toujours adhéré à la ligne américaine ou britannique de l’État de droit qui consiste à ne pas négocier les rançons d’otages. Cette politique contraste avec celle des Européens qui — tout en niant payer de rançon — négocient toujours le retour de leurs otages.

Twitter - Campagne "Je suis Kenji"

En octobre 2014, Kenji Goto, reporter de guerre japonais, était enlevé en Syrie par des djihadistes de l’État Islamique. Le 20 janvier, une vidéo est mise en ligne mettant en scène Goto et un autre otage japonais. Un militant terroriste, couteau en main, demande 200 millions de dollars pour la vie des deux otages dans les 72 heures. Depuis l’enlèvement, les négociations sont au point mort. Une guerre en ligne se lance entre les soutiens du journaliste et ses détracteurs, opposés à la négociation de rançons.

Dans une conférence donnée au club des correspondants internationaux du Japon, la mère de Kenji Goto est présente et implore une réponse du gouvernement. La voix pleine de larmes, elle demande à plusieurs reprises le pardon du peuple japonais pour le tort que l’enlèvement a causé à la société japonaise.


« Je suis la mère de Kenji Goto, je vous remercie du fond de mon cœur de votre présence et de votre attention et je tiens tout d’abord à m’excuser pour tous les problèmes et l’angoisse que mon fils a causé au gouvernement, au peuple japonnais, et au monde entier. »


Mais deux semaines plus tard, une nouvelle vidéo de l’EI coupe à la polémique quand est diffusée sur Internet la décapitation du journaliste. Ces mêmes militants djihadistes responsables de l’enlèvement de Kenji Goto auraient également participé aux assassinats de plusieurs autres reporters dont le Britannique James Foley.

Le « Jiko Sekinin » : le vivre ensemble rime avec individualisme

Les réactions mitigées de l’opinion publique face aux enlèvements sont révélatrices d’une certaine mentalité japonaise qui est très incomprises par la sphère journalistique occidentale. Déjà en 2004, lors de la libération de cinq otages japonais, dont Jumpei Yasuda faisait partie, ceux-ci furent pris dans une spirale de critiques du gouvernement et d’une frange de la société civile.

Mais derrière la polémique, c’est le premier ministre japonais qui jouait le souffleur de braises pour détourner l’attention d’un autre sujet alors brûlant, la présence des forces armées japonaises en Irak.

Le même mois, le quotidien japonais Asahi Shinbun répondait à la polémique dans un éditorial :
« Tous les jours, on nous assène le fameux « Jiko Sekinin », qui synthétise le sens de la responsabilité que chacun doit éprouver dans ses actes, avec à l’esprit le respect de l’ordre social et politique. On oublie, que les humanitaires et les journalistes mettent leur sécurité en jeu pour remplir leur devoir dans des régions dangereuses. Ils savent qu’ils peuvent être tués. Assumer cette responsabilité, signifie qu’ils ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes quand les choses tournent mal. Mais ils n’ont pas à être vilipendés sans raison, ou juste parce qu’ils risquent de gêner une politique, par ailleurs critiquable.

La culture japonaise incorpore beaucoup de l’Occident, mais au lieu d’adhérer entièrement aux valeurs américaines, le Japon a toujours fait passer ses influences par le filtre de ses traditions, les adaptant à sa société insulaire. On peut constater par exemple que la cohésion sociale au Japon, qui se matérialise par le « Jiko Sekinin », apparaît comme valeur fondamentale dans la société et supérieur à la liberté individuelle.

La liberté individuelle passée au filtre japonnais, se définit alors d’une tout autre façon qu’en Occident. C’est toute la profession journalistique japonaise qui, confrontée à ces valeurs discordantes doit composer avec son public et la limite de leurs droits de presse, consentant par dépit et par préservation, à une autocensure.

“Au Tchad, être journaliste c’est être sans cesse sous surveillance” – Portrait du journaliste Mahamat

Comme beaucoup de ses confrères, Mahamat n’a pas eu d’autre choix que de mettre ses compétences de journaliste au service de Télé Tchad, une chaîne de télévision du régime dictatorial tchadien. Mais une fois rentré chez lui, le jeune homme enquête sur les massacres perpétrés dans son pays. Un soir de novembre, c’est la recherche de trop. Mahamat est arrêté.

Été 2011, Mahamat est officiellement bachelier. Il s’inscrit à un concours pour intégrer une école de journalisme basée au Soudan. Mahamat est admis. Le gouvernement lui octroie alors une bourse pour ses études. Le jeune homme fait pour la première fois ses valises, et quitte son pays natal, le Tchad. 

« Une fois ma formation terminée, j’ai dû rentrer pour travailler au service du gouvernement ».

2014, Mahamat a 22 ans, et fait ses premiers pas de journaliste à la rédaction arabe de Télé Tchad, l’une des plus grandes chaînes télévisées du pays. Là bas, il réalise des reportages, et travaille au desk.

Mais au Tchad, être journaliste rime avec censure et surveillance acharnée. Les recherches, qu’elles soient personnelles ou professionnelles, sont constamment contrôlées. « La rédaction nous a à l’œil, et tout ce que l’on fait est centralisé au gouvernement ».

Un contrôle également présent à plus petite échelle : « les journalistes se surveillent même entre eux ».

Pour Mahamat, la réalité du métier de journaliste dans son pays est désolante: « Au Tchad, être journaliste c’est être sans cesse sous surveillance ».

Le mois d’avril 2016 s’ouvre sur l’élection présidentielle. Idriss Deby, le candidat sortant, brigue un cinquième mandat. Pour les tchadiens, l’heure est à la contestation: ils demandent le départ du dictateur, au pouvoir depuis 26 ans. 


« Ils me reprochaient de ne pas dire la vérité, alors qu’aucun journaliste n’a de liberté d’expression ».


A Télé Tchad, on se prépare à couvrir l’événement. Mahamat est désigné “envoyé spécial” pour les régions de Dar Sila et de Ouaddaï, à l’est du pays. Arrivé sur place, la couverture médiatique est difficile et inédite pour le jeune homme : “Pendant un mois, je suis au coeur des tensions et des violences”.

Mahamat est marqué par la brutalité humaine qu’entraine ces élections.

Lors d’un meeting du PLD (Parti pour les Libertés et le Développement) un parti d’opposition au régime, Mahamat est à son tour pris pour cible. Des militants l’attaquent physiquement. « Ils me reprochaient de ne pas dire la vérité, alors qu’aucun journaliste n’a de liberté d’expression ».

Sa liberté d’expression, Mahamat la retrouve le temps d’un instant, lorsqu’il discute des questions des droits de l’homme dans l’émission “choc des idées” sur FM Liberté : une radio privée, non tolérée par le pouvoir.

Dire la vérité. A tout prix. C’est pourtant ce qui anime Mahamat et deux autres journalistes tchadiens.

Le 26 novembre 2016, un massacre a lieu à Ngueli, au nord du pays: : une bagarre entre deux familles fait cinq morts et plusieurs blessés. Quelles sont les réelles circonstances du drame ? Qui sont les vrais responsables ? Les trois journalistes décident de mener leur propre enquête.

Mais très vite, leur investigation est interrompue. Le 10 décembre 2016, Mahamat et ses deux confrères sont arrêtés à leurs domiciles respectifs et sont amenés à la police judiciaire. « Pendant deux jours, on a été interrogés et torturés ». Une signature sur un papier promettant l’arrêt des recherches permet finalement aux trois journalistes d’être relâchés.

Quelques semaines plus tard, Mahamat apprend que l’un de ses deux collègues a été tué. Accident ? Vengeance personnelle ? Coup du gouvernement ? Mahamat l’ignore, encore aujourd’hui. La mauvaise nouvelle n’arrête pourtant pas les deux journalistes.


Le 1er novembre 2018, c’est l’enquête de trop… « Je me souviens exactement de l’heure, il était 21h30 précisément ».


Deux ans plus tard, ils lancent une autre enquête : divers bombardements ont lieu à Miski dans le Tibesti, un massif montagneux du Sahara central, zone frontalière de la Libye.

Le 1er novembre 2018, c’est l’enquête de trop… « Je me souviens exactement de l’heure, il était 21h30 précisément ». Mahamat et son confrère sont en train de recouper leurs sources, quand ils sont soudainement interrompus. Des hommes de l’Agence Nationale de Sécurité (service des renseignements tchadiens) se tiennent derrière eux. Tout va très vite. Les deux journalistes sont menottés, embarqués. Leur téléphone et leur ordinateur sont saisis. Leur enquête, effacée…

La sanction est plus lourde que lors de leur première arrestation. Cette fois, Mahamat et son confrère ne seront pas relâchés. Ils sont placés en cellule d’isolement, et torturés quotidiennement…

Un matin de novembre, une bonne étoile vient mettre fin aux vingt-cinq jours de calvaire de Mahamat. « On me dit que je vais être transféré« . Le jeune homme est sorti de sa cellule, et laissé de côté. Quelques minutes plus tard, sa bonne étoile apparait devant lui. « Je suis relâché, cagoulé, et emmené dans une ferme, à une douzaine de kilomètre de la capitale ».

Mahamat reste caché dans cet endroit jour et nuit. Mais il risque à tout moment d’être retrouvé. Sa bonne étoile s’organise, et finit par trouver une solution.


« Même à l’ambassade, au moment de faire mon empreinte digitale, je ne savais toujours pas où je partais. »


Le 19 décembre 2018, pour la deuxième fois dans sa vie, Mahamat doit faire ses valises. Mais ce second voyage n’a rien d’exaltant : Mahamat doit quitter le pays. Pour aller où ? Il l’ignore… Mahamat a rendez-vous en terre inconnue. La peur l’envahit. « Même à l’ambassade, au moment de faire mon empreinte digitale, je ne savais toujours pas où je partais ».

Son escale à Istanbul le mettra sur la voie… Dans la salle d’embarquement, Mahamat observe les visages des individus autour de lui: « Je comprends que je suis en train de voyager vers la France ».

Pour autant, la découverte de la destination ne rassure pas le jeune tchadien, “Tant que je n’avais pas de réelle protection, je n’arrivais pas à me réjouir ».

Arrivé à l’aéroport en France, Mahamat est déboussolé. Il ne connaît « RIEN de la France« … Un taxi lui propose ses services, mais Mahamat refuse. Il se méfie. « Ici aussi, il y des services de sécurités. A tout moment, je pouvais être reconnu et dénoncé aux autorités françaises ».

C’est finalement un ami de la banlieue parisienne qui viendra le récupérer, mettant fin à ses angoisses et ses inquiétudes. Mahamat passera plusieurs mois à la Roche-sur-Yon avant de rejoindre la capitale.

Aujourd’hui, la peur et l’insécurité ont laissé place à un esprit serein. Mahamat est désormais rempli d’espoirs et d’ambitions: “J’aime mon métier de journaliste, et même si je suis loin de mon pays, je veux continuer à clarifier la situation sur ce qu’il s’y passe”.

Souvenir

Mahamat glisse sa main dans la poche de son pantalon, et en sort un papier imprimé, quelque peu froissé.

Un soir, parmi les quelques billets de Francs CFA que son père tenait entre ses mains, un dollar s’était glissé. Mahamat le regardait, ébahi. Son père décida de lui donner ce billet.

Aujourd’hui, le dollar a parcouru plus de 5000 kilomètres et ne quitte jamais la poche du jeune homme.

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Liberté de la presse au Cameroun, entre « fake news » et antiterrorisme

Classé 131 place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse, la liberté de l’information au Cameroun ne va pas en s’améliorant. L’incarcération politique demeure courante et l’autocensure des travailleurs de l’information omniprésente. La liberté de l’information au Cameroun ne se distingue pas beaucoup de ses voisins, le Nigeria et le Tchad, où l’on retrouve les mêmes tabous sur les sujets politiques liés au terrorisme ou aux malversations financières des puissants, en particulier durant le déroulement des récentes élections dans ces trois pays.

Si le Cameroun n’a pas vu d’assassinat de journaliste depuis plusieurs années, ce n’est pas le cas de son voisin centrafricain où les assassinats de journalistes étrangers sont encore réguliers, comme la Française Camille Lepage en 2014, ou en août 2018 pour trois journalistes russes.

Au sud, la Guinée Équatorial présente un contexte plus obscur pour la liberté de l’information. Les médias privés sont inexistants, le contrôle du pouvoir sur les médias est total et la censure généralisée.

L’antiterrorisme au Cameroun comme moyen de répression des journalistes

Depuis l’apparition au Cameroun d’une nouvelle législation antiterroriste en 2014, les journalistes camerounais se trouvent directement menacés comme n’importe quel autre justiciable.

En juillet 2015, Ahmed Abba, correspondant sur place de RFI était incarcéré, pour avoir enquêté d’un peu trop près sur l’activité du groupe terroriste Boko Haram. Il fut libéré après 876 jours de détention, des reports successifs de son procès et la menace de peine de mort par un tribunal militaire.

« Nous sommes en état de guerre. Et tous les États du monde en état de guerre ont des lois antiterroristes. En cela, le Cameroun n’innove pas. En France, aux États-Unis, vous avez des lois antiterroristes. (…) Les journalistes peuvent dire ce qu’ils veulent pourvu que ce soit conforme à la défense de nos institutions, de notre État, de notre gouvernement qui est aujourd’hui en guerre.« 
Issa Tchiroma-Bakary, précédent ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement camerounais, cité dans les colonnes de RFI.

Depuis 2019, ce sont les journalistes traitant la politique camerounaise qui sont particulièrement visés. Après sa victoire aux élections d’octobre 2018, Paul Biya entame, dans un contexte social troublé entre le manque de transparence des élections et les manifestations de l’opposition, un septième mandat depuis 1982.

En janvier, deux journalistes, Théodore Tchopa et David Eyengue, pour le quotidien national Le Jour étaient arrêtés tandis qu’ils couvraient une réunion de représentants politique de l’opposition.

René Emmanuel Sadi, le nouveau ministre de la Communication camerounaise, avait souhaité s’exprimer sur l’incident dans les colonnes de RFI, celui qui aurait pu représenter un renouveau, une meilleure considération pour les travailleurs de la presse reprend finalement la rhétorique sécuritaire très similaire à son prédécesseur.

« Les journalistes ne sont pas au-dessus des lois. Les deux journalistes n’ont certes pas commis des délits de presse, mais ce sont des citoyens qui ont participé à des manifestations non autorisées. Je peux vous garantir qu’ils passeront également à l’audition, devant les juridictions compétentes. »
Propos recueilli lors d’une interview à RFI.

Les réseaux sociaux comme nouveau terrain de lutte

L’accès des citoyens à l’information au Cameroun représente également un problème majeur dans le pays. Si le pouvoir n’applique pas de blocage spécifique pour certains sites et services de communication ou de diffusion, le pays est coutumier des coupure totales des réseaux internet.

Ces coupures ont visé spécifiquement les régions anglophones du pays pour des durées qui ont pu atteindre 93 jours successifs en 2017.

Comme beaucoup de pays en développement du monde, les réseaux sociaux se sont imposés de façon brutale. Le Cameroun est un des pays d’Afrique à avoir connu un des plus forts taux de connectivité ces trois dernières années.

Le smartphone s’est démocratisé et les discours politiques ont trouver un écho nouveau via les réseaux sociaux. Une lutte de l’information s’est développé dans ce pays où les scandales politiques sont généralement étouffés par le pouvoir.

Dans le contexte de tension entre le pouvoir et la minorité anglophone du pays, le président Paul Biya a décidé de lancer une compagne de lutte contre les « fake news » sur Internet, justifiant encore une fois des persécutions de journalistes comme Mimi Mefo, arrêtée puis relâchée, en novembre 2018.

Le 27 juin, c’est un journaliste helvétique, Adrien Krause, qui a été agressé devant la résidence du président Biya en Suisse. Alors qu’il couvrait une manifestation d’opposants au président camerounais en séjour en Suisse, plusieurs individus appartenant au service d’ordre du président camerounais l’ont molesté et ont confisqué son matériel.

Adrien Krause put le récupérer sans perte de données, il a porté plainte par la suite mais avec peu d’espoir de suite juridique réelle, les gardes du corps présidentiel étant protégés, par l’immunité diplomatique.

Cependant, le président camerounais a dû écourter son séjour à Genève en raison des tensions avec Berne qui, par le biais de son ministre des affaires étrangères, a préféré lui conseiller le chemin du retour.

Ingérence et attaque marocaine en plein Paris : des militants et des journalistes menacés

[LIBERTÉ D’INFORMER] La Maison des journalistes a pu interviewé l’un des intervenants de cette conférence, le journaliste Hicham Mansouri. Exilé en France, attaqué et diffamé au Maroc par des procès sans cesse reportés, hébergés il y a quelques années par la Maison des journalistes, Hicham a accepté de nous raconter ce qu’il s’est passé.

Où en sont les huit lanceurs d’alerte condamnés pendant la présidence d’Obama?

[LIBERTÉ D’INFORMER] Au cours des deux mandats d’Obama, huit lanceurs d’alerte ont été poursuivis en justice, un nombre supérieur à ceux punis par la loi sous toutes les administrations présidentielles des États-Unis réunies. Il est important de reconnaître que ces lanceurs d’alerte n’étaient pas en désaccord avec Obama, mais ont plutôt contesté l’inconduite sous l’administration Bush. Ceci dit, le ministère de la Justice sous Obama n’a pas arrêté les poursuites pénales en cours et en a même engagé.