Le « vivre ensemble » est une bonne idée… mal comprise !

Clin d’œil au journaliste Jacques Julliard

Moi Yuan Meng, panda né en exil en France et mangeur de bambou, j’ai décidé de reprendre la plume, au diapason d’un journaliste qui m’inspire (voir plus loin). Le panda est donc de retour pour expliquer (doctement) qu’il ne faut pas confondre les vessies avec des lanternes et les loups avec les lapins.

Un jour, m’a dit un soigneur œuvrant en mon zoo, on a vu apparaître des lapins de couleurs, statufiés et l’air tétanisé, dans une vitrine, en ville. Ils étaient réunis, certes, dans une belle harmonie publicitaire faite pour attirer l’œil mais rien ne laissait apparaître une quelconque empathie, même naissante, entre ces bêtes à grandes oreilles.

« Le vivre ensemble »

J’en suis venu à opérer un rapprochement  avec  le grand zoo habité par l’animal humain et que l’on nomme « la Terre », il y a de quoi y voir… et pas seulement des lapins en couleur.

En tant que pensionnaire d’un parc animalier, je suis moi-même expert en comportements de tous poils. Alors j’y vais, je fonce, je cause !

Je voudrais donc, ici et maintenant, pointer la mécanique infernale d’une prometteuse expression apparue ces dernières années : « Le vivre ensemble ». Du beau discours, de belles intentions et de sympathiques élans accompagnent ladite expression dont on ne sait néanmoins pas toujours le sens réel.

Ensemble… ou seulement « côte à côte »

« Le vivre ensemble » c’est plutôt une idée séduisante mais voilà… on se trompe souvent quant à sa signification : ce n’est pas une simple proximité, une cohabitation où chacun vivrait côté à côte, chacun dans sa cage avec ses habitudes, sa langue et ses coutumes. Côte à côte dis-je ou, pire encore parfois : face à face.

Ce dont je vous cause ici c’est de l’indifférence du tigre pour le chimpanzé, de la girafe pour le koala, du lion pour le flamand rose. Autrement dit : c’est le zoo. On se passe les uns des autres. On s’ignore. Que m’importe que le boa ait des états d’âme, que le renard cendré rêve d’un nouveau terrier ? Tous réunis en un même lieu, oui mais c’est tout : est-ce là ce fameux « vivre ensemble » qui nous fait fantasmer ? Moi je vous le dis : y a erreur et y a quelque chose qui bloque… à tel point que si tu passes la main dans la cage de ta voisine : elle la bouffera (il faut que je te précise : c’est une panthère. Elle ne voit en toi qu’un casse-croûte).

Au lieu du « vivre ensemble », tel qu’on nous le vend quelque fois, c’est plutôt et uniquement « le mourir ensemble », vois-tu, à mon humble avis, qui risque de dominer au bout du compte… Je vais finir par croire que certains ont tout intérêt à voir prospérer ce concept sous ses aspects les plus fumeux et faussement généreux. Il y a de faux « vivre ensemble » comme il existe de la fausse monnaie.

Puisqu’on te dit qu’on te respecte…

Du coup, d’honnêtes gens bien conditionnés te déclarent : « bien sûr qu’on te respecte et qu’on peut vivre sur la même planète… mais à condition que tu retournes dans ton pays » … si jamais ton poil n’est pas de la bonne couleur. Et tu as beau leur répondre que tu es né ici où que tu vis dans le coin depuis toujours : « retourne dans ton pays » qu’ils répètent.

« Vivre ensemble » toi chez toi et moi chez moi c’est « vivre en même temps » mais pas « ensemble ». Tu saisis l’allusion ?

Bâtir plutôt que bannir

Alors… quoi inventer à la place de ce « vivre ensemble » de pacotille tellement il est mal compris ?

Ma réponse est simple mais pas naïve : ce ne sera rien qui ressemble de près ou de loin à un empilement de destins parallèles… Parlons plutôt de cette « communauté de destin(s) » comme l’a évoquée récemment le journaliste français Jacques Julliard dans l’un de ses éditoriaux de l’hebdo « Marianne ». Parlons de « projet commun », d’idées partagées autour d’une volonté de construire quelque chose de fiable et de viable. Sortons de nos enclos pour débattre d’abord plutôt que de nous battre… et bâtir plutôt que bannir.

Alors, pour en revenir à ma zone d’expertise avec une illustration adéquate, je dirais :  ton savoir-faire, à toi la girafe, est complémentaire du mien. Tu seras le haut et fier pilier de mon trapèze, là où je me livrerai à des acrobaties avec l’aide des grands singes, au chant joyeux d’ oiseaux exotiques colorés, pour distraire le public. Sans toi : pas de spectacle.

Alors : Banco ? A toutes fins utiles, après ce « show » revigorant, les hommes pourraient peut-être s’inspirer de notre génie animalier. Tu doutes ? Ne doute pas et fonce à la vitesse d’un lapin qui aurait retrouvé sa vivacité originelle, enfin libre. Fonce, nom d’un bambou !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

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