Surpise électorale : un outsider gagne les élections en République Démocratique du Congo

Félix Tshisekedi Tshilombo a été déclaré vainqueur des élections organisées le 30 décembre dernier en République Démocratique du Congo. Malgré ce délais de dix jours pour comptabilsier les votes, les résultats sont contestés. A commencer par… la France.

La Commission Électorale Indépendante a rendu public les résultats provisoires de la Présidentielle ce jeudi 09 décembre 2019.

Le vainqueur a obtenu plus de sept millions de voix, tandis que Martin Fayulu Madidi arrive en deuxième position avec plus de six millions d’électeurs, largement devant le candidat adoubé par la Président actuel Kabila. En effet, avec plus de quatre millions de voix, Emmanuel Shadary n’occupe que la troisième position.

Sans surprise, ces résultats sont contestés au sein-même du pays. Mais pas seulement.

Le Quai d’Orsay par la voix du ministre français des Affaires Étrangères interviewé chez nos confrères de Cnews n’a pas hésité à déclaré que ces résultats ne sont « pas conformes aux résultats que l’on a pu constater ici ou là« , s’appuyant sur « des vérifications » de « la conférence épiscopale du Congo qui a annoncé des résultats totalement différents« . A ce sujet, nous vous invitons à lire cet article sur le poids de l’église en République Démocratique du Congo.

Si l’on s’intéresse au programme du vainqueur, on se rend compte que le candidat n’a pas seulement fait des promesses pour « vaincre la pauvreté« . Il propose également de développer des partenariats avec l’Inde, la Chine et la Russie. De quoi bousculer la relation France-Congo.

Ces résultats ne sont d’ailleurs pas si surprenant : ces derniers jours, Félix Tshisekedi avait aussi tendu la main au Président Kabila. Emergeait même l’idée d’une rencontre entre Tshisekedi et Kabila.

Félix Tshisekedi deviendra le 5ème Président de la République Démocratique du Congo. Cette passation de pouvoir devrait ouvrir la première alternance pacifique et démocratique de l’histoire du pays. 

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EN SAVOIR PLUS SUR CE THÈME

Dans la tête du peuple congolais

«Dans la tête de Kabila», tel a été un des titres de couverture de l’hebdomadaire Jeune Afrique, consacrés à la RD Congo. Au fond, c’était une interrogation qui, aujourd’hui, a trouvé sa  réponse tragique : le tripatouillage du résultat des élections générales du 30 décembre dernier. Le but ultime étant de modifier la Constitution, le moment venu, en vue de l’instauration d’un scrutin indirect à un tour (présidentielle au niveau du parlement). Qu’en pense le peuple ?

Cette question de fond a été rarement exploitée, du fait que depuis cette épopée à rebours réalisée par Kabila, l’actualité en RD Congo reste confuse. C’est là la première preuve irréfutable que rien n’a changé, après les élections. D’où l’explication d’une situation qui appelle contradictions, chahuts et divisions. Avec tous les risques que cela puisse aboutir à l’éclatement de grands conflits armés. Des conflits qui sont déjà présents au Nord-Kivu et en Ituri, où coulent des rivières de sang, depuis plusieurs années. La métastase a atteint le Kasaï et le Kwilu.

Pendant ce temps, le peuple se tait. Pourtant, il sait tout. Il observe  la suite, depuis le 30 décembre 2018, date des élections. Il ne constate que contradictions sans issue : un ancien chef de l’Etat, Kabila, qui, aux yeux de tous, continue de se comporter en président de la République. Et, le nouveau président, Tshisekedi, qui, aux yeux de tous, agit en sous-traitant. La libération des prisonniers ? Le changement intervenu à la tête de l’ANR (service des renseignements) ? De l’enfumage destiné à donner le change, à faire croire à l’opinion qu’il y a eu alternance.

Les accords secrets

Faut-il plus pour affirmer, sans conteste, que tout ce que nous voyons se faire relève des accords secrets, dont tous les points ont été réglés comme du papier à musique ? Et le tout, sans doute, à l’avantage du dictateur, en contrepartie d’un titre honorifique pour Tsisekedi ? Si Kabila père est parvenu au pouvoir, au détour des accords signés à Lemera (Sud-Kivu), en 1997, avec le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, il n’en sera pas de même avec ceux conclus entre Kabila fils et Tshisekedi fils.

Les raisons en sont simples. D’abord, les contextes sont tout à fait différents. Kabila père a bénéficié des circonstances favorables exceptionnelles : la détestation de Mobutu essentiellement par les Américains, et le désir ardent du peuple de connaître un nouveau régime politique. Enfin, la diminution physique de Mobutu, rongé par un cancer. Si, aujourd’hui, les Occidentaux ne manifestent pas ce qu’ils pensent réellement de Kabila fils, ils en sont moins ses soutiens, compte tenu de la montée du populisme en Europe, qui accuse le « système » d’exploiter l’Afrique. Ainsi donc, par substitution, Kabila fils se retrouve exactement à la case où était placé Mobutu avant sa chute.

Cette vérité n’appelle pas d’être grand clerc pour la mettre en lumière. Le peuple en sait quelque chose. Au fait, les succès incontestables que le leader de la coalition Lamuka, Martin Fayulu, vient de récolter, à travers ses tournées, aussi bien au pays qu’à l’étranger, ne traduisent-ils pas une autre version de la « vérité des unes » ?  La circonstance a créé, en tout cas, ce que l’on appelle la « rencontre d’un homme et d’un peuple ». Comme ce fut le cas de Lumumba et, dernièrement, celui de feu Etienne Tshisekedi.

Quoi qu’il en soit, un quarteron de Congolais, par fanatisme et solidarités négatives, continue de penser que le résultat des urnes, sanctionné par la Cour Constitutionnelle, et dont le corollaire a été l’investiture de Félix Tshisekedi comme président de la République, est irréversible. Certains observateurs non avertis, appuyant cette assertion, vont jusqu’à qualifier le peuple congolais d’amorphe, sur lequel il ne faut rien attendre pour renverser la vapeur. Ils poussent cet argument jusqu’à l’absurde, en démontrant l’ampleur de l’esprit servile du congolais, sous le règne du dictateur Mobutu pendant trente-quatre ans.

Ni amorphe ni servile

Or, en 1895, les colonisateurs belges sont surpris par la « Révolte des Batetela ». Quatre cents hommes de troupe se rebellent, en rupture avec leur hiérarchie militaire, pour venger l’exécution de leur chef, le célèbre Ngongo Lutete. Il en va de même de Simon Kimbangu (1887-1952).  Il crée, en 1921, un mouvement religieux qui fait peur aux Belges. Ils y voyent le ferment d’une révolte insidieuse. Arrêté, il est curieusement jugé par une cour martiale, qui le condamne à perpétuité. Mais ses adeptes, intrépides, défient toutes les mesures de répression. Ce mouvement est devenu, aujourd’hui, une grande église en RD Congo et dans certains pays voisins.  Lumumba, en clef de voûte, réclame l’« indépendance immédiate », face à la force brute du colon. Celui-ci lâche prise, le 30 juin 1960. Sans un seul coup de feu.

Qu’on ne s’y trompe pas, le peuple congolais n’est ni amorphe ni servile. Il est tout simplement patient. A travers l’histoire récente, il a démontré qu’il était autant réactif que résilient. Ceux qui connaissent l’âme de ce peuple le comparent volontiers aux habitants de Numance, une petite ville de l’Espagne antique qui résista durant vingt ans, au IIe siècle avant notre ère, face à la puissante armée de conquête romaine. Un phénomène inexplicable !

Les Congolais sont à intégrer dans ce lignage. Ils savent encaisser en attendant de réagir, le moment venu. En témoigne le « vote-révulsion » accordé au dauphin de Kabila, qui n’a récolté que 12 % des suffrages, en dépit de gros moyens mis à sa disposition. Le peuple sait donc qui il a voté entre Fayulu et Tshisekedi. Puisqu’il y a doute et suspicions sur la « vérité des urnes », il faut conclure que le processus d’élections n’est pas encore clos. La prochaine étape sur ce chemin de la démocratisation sera celle de la « révolte » spontanée et généralisée, à l’instar de celle qui se déroule actuellement en Algérie, sinon brutale comme celle, incendiaire, sur la prise de la Bastille, en 1789, en France.

Cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable, à se fier aux messages de dégoût, sur les réseaux sociaux, livrés par le peuple à l’égard de Kabila et ses affidés. Mais pire, c’est  la demande des armes exprimée par des foules à Martin Fayulu, partout où il est passé, en vue de préparer la guerre contre les usurpateurs. A première vue, l’idée peut paraître saugrenue, mais, à l’analyse, elle traduit le fond de la pensée qui habite une large majorité des Congolais sur la situation postélectorale. C’est la première fois qu’on assiste à un tel ras-le-bol du peuple.

Le point culminant

« Dans la tête du  peuple berné », il se passe ce qui se passait dans la tête d’esclaves révoltés en Haïti, en 1791 : « en finir avec le maître ou mourir ». Après la résilience éprouvée comme celle des habitants de Numance (le calvaire à travers les régimes de Mobutu et des Kabila), ne suivra pour le peuple que l’exemple de la marche vers la « Bastille congolaise » : le régime honni de Kabila

En voici une bonne pétition de principe (affirmer ce qui reste à démontrer), diront les sceptiques ! Mais, c’est oublier quand un empire a atteint son point culminant, il doit chuter. C’est le cas de Kabila, dont le hold-up électoral de décembre 2018 constitue sa dernière astuce pour rester au pouvoir. C’est le point culminant. Il le sait fort bien. Son entourage aussi. Mais, « c’est un homme qui adore le pouvoir, qui ne sait qu’être dans le pouvoir, qui n’accepte pas en sortir, il va aller jusqu’au bout ». Réflexion faite par Kamel Daoud, écrivain algérien, pas à propos de Kabila, mais au sujet de Bouteflika (Ouest-France, 5 mars 2019).

Sur ce point, la comparaison entre les deux hommes est parfaite. Bouteflika, double malade physique (dont la sénilité) ; Kabila, malade mental, souffrant d’hybris (démesure ou orgueil). Dans la Grèce antique, l’hybris était considérée comme un crime, du fait qu’elle pouvait être à la base de « destructions massives ». Et donc condamnable.

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RD Congo : corruption et violation des Droits de l’Homme sanctionnées par les Etats-Unis

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Vers l’assouplissement de la double nationalité des congolais : à qui cela profite?

[JURIDIQUE] Jusqu’à ce jour, la constitution de la République Démocratique du Congo fait de la nationalité congolaise, une nationalité unique et exclusive. Mais un moratoire (non levé) existe à l’Assemblée nationale depuis la législature de 2006 sous Vital Kamerhe, actuellement directeur de cabinet du nouveau chef de l’État de la République Félix Tshisekedi.