Guinée Conakry – Récit du referendum chaotique, entre répression et coronavirus

Ce dimanche 22 mars 2020 s’est tenu le double scrutin organisé pour valider le 3ème mandat du président Alpha Condé qui pour l’obtenir doit changer la Constitution. Même avant la pandémie de coronavirus, ce referendum a été décrié autant par les organisations internationales que par les régions guinéennes, les parties politiques, la société civile et une grande partie de la population. Le referendum avait d’ailleurs été repoussé une première fois. Conséquence prévisible : les élections ont été le théâtre de violents affrontements entre « pro » et « anti »  « 3ème mandat » d’une part, et entre forces de l’ordre appuyer par l’armée contre la population civile mécontente.
Un premier bilan macabre du FNDC (opposant politique au président en place) dans une déclaration publiée ce lundi soir 23 mars, décompte au moins 10 morts et plusieurs blessés ainsi que des arrestations et quelques dégâts matériels. De sources médicales, on dénombre 6 morts.

De sources médicales, on dénombre 6 morts.


Du coté de pouvoir, après avoir voté, Alpha Condé minimise la présence du covid19 en Guinée car selon lui il n’y a que deux cas signalés. A cette occasion, il avait ajouté espérer que les élections se déroulent dans la paix et la tranquillité. Pari risqué ; Pari raté. Le déroulement catastrophique de la journée à Conakry s’est étalé de l’ouverture des bureaux de vote jusqu’au dépouillement : plusieurs urnes ont été saccagées, des bureaux de vote et leur contenu calcinés par les anti 3ème mandat. Pour éviter un chaos généralisé, le bureau de vote du quartier de Gbessia-port avait fermé dès 16h30 au lieu de 18h comme prévu par le code électoral. Cette fermeture illégale a été constatée sur tout le territoire national.

La presse n’a pas le droit d’assister au dépouillement des votes dans la commune de Matam où tout le matériel électoral à été acheminé sous escorte par l’armée.


Le dépouillement ne se fait plus dans les lieux de vote selon l’URTELGUI Union des radios et télévisions guinéenne sous  synergie FM guinée 2020, les urnes sont envoyées sous escorte militaire dans les différentes communes de Conakry. Malgré la pandémie du coronavirus, cette élection s’est déroulée sans kit sanitaire pour le lavage des mains, ni respect des consignes de distance de sécurité de minimum 1 mètre. Les bureaux de vote ont souvent utilisé des écoles primaires, comme à Matam. La presse n’a pas le droit d’assister au dépouillement des votes dans la commune de Matam où tout le matériel électoral à été acheminé sous escorte par l’armée. À l’intérieur du pays, le dépouillement s’est fait dans les préfectures et les sous-préfectures des régions.
  • À Siguiri, fief du parti au pouvoir, le dépouillement a eu lieu dans les bureaux de vote.
  • À Dalaba, ce n’est ni dans les casernes, ni aux bureaux de vote que s’est organisée le dépouillement, c’est dans la résidence du préfet !
  • À Mamou, le bureau de vote a ouvert à 10h et fermé dès 15h, le dépouillement a  également eu lieu à la préfecture.
  • À Labé, seul le quartier Konkola avait accompli le devoir de vote sous une haute surveillance de l’armée.
  • À N’zerekoré, selon Faceli Konaté, journaliste à FM Guinée, par endroit il n’y a pas eu de vote, la journée a été d’ailleurs émaillée de violents affrontements.

Dans certains bureaux de vote, c’est seulement les bulletins « oui » au referendum qui sont imprimés.


Selon Abdoul Gadidé membre de l’OGDH (l’organisation guinéenne de droit de l’homme les droits humains), « les droits humains ont été violés« . Il déplore 9 morts dans la zone de Conakry. Sur le déroulement du vote, il indique que des mineurs ont voté à Kankan. De plus, dans certains bureaux de vote du pays, seulement les bulletins du « oui » ont été imprimés. Il déplore également la tenue du double scrutin en cette période de covid19 avec 400 cas de contacts actuellement en Guinée (sans citer sa source d’information). Pour monsieur Diallo, l’Etat est entrain de camouflé les informations concernant la propagation du virus en Guinée. En plus de deux cas de covid19 avant les élections, deux nouveaux cas de coronavirus viennent d’être testés positifs. Il s’agit d’un des conseillers du ministre du budget et de sa compagne. Le ministre du budget, monsieur Dioubaté, est très proche de son conseiller, il pourrait donc être malade à son tour. Si le ministre du budget est contaminé alors qu’il a fait la campagne en première ligne, en serrant des mains à tout va au milieu de foules, on imagine les risques de propagation. Pour le moment, le ministre du budget nie les contacts directs avec son conseiller, mais on a peine à y croire. Ce cas montre la suffisance et la cupidité de l’Etat vis a vis du danger sanitaire. L’Etat d’Alpha Condé risque de tuer fortement la population guinéenne par incompétence. Qui aujourd’hui par le biais du refrendum a mis en danger la santé du peuple guinéen? Sachant que les structures sanitaire n’existent presque pas en Guinée. La porosité du service sanitaire et l’incapacité de l’État qui ne compte pas sur les aides des institutions pour faire face au covid19 en Guinnée, risque fort de tuer plus qu’EBOLA. Dans ce sinistre contexte, la Guinée risque fort d’être isolé par le reste du monde. En plus du non respect des règles démocratiques s’ajoute la violation continue des droits humains. Selon Mamadou Kaaly de Baînette, en dehors des 9 morts de la capitale Conakry, il y a un mort à Mamou. Ce qui rejoint la déclaration du FNDC qui évoquait 10 morts par balle, dont une femme. Il déplore également la présence des militaires qui terrorisent la population guinéenne.

« C’est de la comédie, Alpha [Condé – le président] dispose déjà des chiffres qu’il va balancer, mais les guinéens ne sont pas dupes, ni la communauté internationale. »


Selon docteur Faya Millimono d’un autre groupe politique, le BL bloc libéral, ce double scrutin est tout sauf une élection : « C’est de la comédie, Alpha dispose déjà des chiffres qu’il va balancer, mais les guinéens ne sont pas dupes, ni la communauté internationale. La Guinée sort diminuée de cet exercice et la paix ne sera pas sauvée. » Dans la suite logique de leur démarche, le FNDC (front national pour la défense de la constitution) appelle à intensifier les manifestations les 23 et 24 mars avec pour objectif ultime le départ du dictateur Alpha Condé devenu illégitime. Le FNDC invite les  citoyens à se mobiliser  massivement dans les carrefours et ronds-points de leurs quartiers d’où partiront les manifestations. Pour rappel, durant toute la journée électorale, l’accès a l’internet fut réduit, le pays coupé des réseaux sociaux, que ce soit Facebook, Twitter…  

Après les élections, les violences continuent

Particulièrement à N’zerekoré où on a dénombré au moins 4 morts et 5 églises incendiées ! Information confirmée par Tamba Zahari Milimono de la radio Espace FM. Et ce décomptage sanglant dérape parfois en conflit ethnique aux conséquences futures imprévisibles selon un membre du FNDC. L’ethnie des Konianké et les ethnies de la forêt s’entendent bien. A l’inverse des Koniagui qui sont pro gouvernement.

Les Konianké disent à leur tour, qu’il faut venger les ethnies de la forêt.


Qu’est ce qui a provoqué et comment s’est déroulé ce conflit ethnique sanglant ? Les Koniagui n’étaient pas contents du fait que les ethnies de la forêt aient refusé de participer à la mascarade électorale en accomplissant le vote, ils les ont donc attaqué: « nous allons brûler tout vos biens parce que vous avez refusé de voter« . Du coup, les Konianké disent à leur tour, qu’il faut venger les ethnies de la forêt. C’est après deux jours d’affrontement que les forces gouvernementales sont intervenues en instaurant un couvre feu à N’zerekore. A Labé, deuxième ville de Guinée, lors de la nuit du 22 au 23 mars, les esprits s’enflamment autour de la mosquée de Tata qui a payé les frais de ces conflits internes. Les fidèles ont été empêchés d’accomplir leur devoir religieux. Des policiers sont venus gazer des fidèles musulmans en pleine prière. Puis ils ont mis le feu aux motos des musulmans stationnées devant la mosquée selon le média Guinéenews. Dans la journée du 23 mars selon la radio Espace Foutah, un jeune a subi un tir dans la commune urbaine de la ville, il a été  admis à l’hôpital régional de Labé et se trouve dans un état très critique. Oui le double referendum a eu lieu. Mais à quel prix ? Est-ce la démocratie ou le tour de passe-passe d’un dictateur ? Est-ce qu’un changement de Constitution par les urnes dans un climat de terreur signifie démocratie ? Et que dire du coronavirus en Guinée… L’inquiétude règne.

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