GUINÉE CONAKRY – Les opposants en prison afin de préparer l’élection présidentielle

Sous couvert de lois scélérates et d’une démocratie tronquée, la purge des candidats à l’élection présidentielle continue et n’épargne aucun opposant politique. C’est ce qui s’est passé ce samedi 12 septembre 2020 : le régime dictatorial d’Alpha Condé a kidnappé Souleymane Condé. Cet homme est l’ancien coordinateur du FNDC (Front pour le respect de la Constitution) aux États-Unis d’Amérique. Le FNDC dénonce un règlement de compte contre Souleyene Condé. Son arrestation étant intervenue après le lancement de son mouvement politique: Diversité Républicaine de Guinée.

Souleymane Condé n’est pas un inconnu. Pour preuve, il était l’invité de l’émission «Les Grandes Gueules» de la radio Espace FM le vendredi 11 septembre.

Son arrestation pourrait avoir des liens avec des propos qu’il a tenu lors de cette émission. Selon le site Guinéenews, voici les raisons mis en avant par le patron de la Direction centrale de la police judiciaire, Fabou Camara.

« Souleyemane Condé a été arrêté pour ses publications sur son compte Facebook. On l’a interpellé pour ça. Tout ce qui viole la loi constitue une infraction. C’est donc par rapport à ça qu’on l’a interpellé« .

A la question de savoir si une convocation a été envoyée à Souleymane Condé, il affirme qu’il n’en avait pas besoin: « On ne convoque pas quelqu’un qui est en flagrant délit. Il n’y a pas de convocation. On le [localise], on le trouve, on l’interpelle. C’est ça la règle.« 

Du coup, nous nous sommes penchés sur la règle de droit concernant le flagrant délit en Guinée Conakry :

  • Article 50 :
    • – Est qualifié crime ou délit flagrant, le crime ou le délit qui se commet actuellement, ou qui vient de se commettre.
    • Il y a aussi crime ou délit flagrant lorsque, dans un temps très voisin de l’action, la personne soupçonnée est poursuivie par la clameur publique ou est trouvée en possession d’objets, ou présente des traces ou indices, laissant penser qu’elle a participé au crime ou délit.
    • Est assimilé au crime ou délit flagrant tout crime ou délit qui même non commis dans les circonstances prévues à l’alinéa précédent a été commis dans une maison dont le chef requiert le Procureur de la République ou un Officier de Police Judiciaire pour le constater.
    • Est également soumise à la procédure du flagrant délit, toute infraction correctionnelle, passible d’une peine d’emprisonnement qui, à la suite d’une enquête officieuse, ne paraît pas devoir faire l’objet d’une instruction préalable, en raison soit des aveux de l’inculpé, soit de l’existence de charges suffisantes.

Donc, quelle publication de Souleyemane Condé est qualifiable de flagrant délit ? Malgré une lecture acharnée, rien ne nous a semblé enfreindre la loi. 

En somme, il faut juste s’opposer au troisième mandat du président pour être arrêter, puis se voir attribuer des infractions non fondées. C’est la loi assujetie à la volonté et à l’humeur du pouvoir dictatorial d’Alpha Condé.

On se souvient qu’Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, coordinateur national adjoint de « Tournons la page – Guinée » et responsable de la mobilisation et des antennes du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) le 17 avril dernier, au lendemain de son intervention dans cette émission, avait lui aussi été immédiatement arrêté et conduit à la maison centrale de Conakry.

Il patienta plus de quatre mois en prison, avant d’obtenir sa liberté par la contribution des organisations nationales et internationales de droits de l’homme et les avocats du FNDC.

Alpha Condé, un dictateur de plus en plus violent

Pour rappel, en plus de sa candidature illégale pour obtenir un troisième mandat présidentiel contraire à la Constitution de 2010, Alpha Condé a endeuillé plusieurs familles guinéennes.

Cette campagne électorale et cette élection contestée tuera plus d’un guinéen. Dans l’opposition acculée et réprimée, les esprits s’échauffent. Les partisans de Cellou Dalein Diallo font craindre une violence post-électorale non maitrisée.

Mais comment imaginer qu’une dictature si répressive et à l’allure si démocratique, qui a déjà changé la Constitution comme si ce n’était rien, qui envoie ses opposants en prison pour des écrits sur les réseaux sociaux ou des commentaires en radio, comment ce régime pourrait perdre ces élections ? Y aura-t-il un contrôle anti-fraude et serait-ce efficace ?

Mais si nous restons sur les faits, une lecture de l’histoire prime sur les autres: Alpha Condé veut mourir au pouvoir comme ces prédécesseurs. Que ce soit Sekou Touré mort au pouvoir en 1984 ou le général Lansana Conté, lui aussi mort au pouvoir en 2008. Mais pour l’instant, les seuls qui risquent de mourir, c’est le peuple guinéen et les idéaux démocratiques.

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