Entrées par Veronica Merlo

Liban, un lieu de transit pour les journalistes en exil?

Bien-connu dans la région pour sa tolérance en matière de liberté de la presse, le Liban accueille de nombreux journalistes en exil des pays voisins. Pourtant, de nombreux défis à plusieurs niveaux entravent le travail des journalistes en exil. Conséquence, ils arrivent au Liban mais ils ne souhaitent pas s’installer.

Situé dans une région où la plupart des pays figurent en rouge ou en noir selon la carte du RSF World Press Freedom Index, le Liban apparaît comme un lieu sûr pour les journalistes qui cherchent un refuge proche pour continuer leur travail.

Pourtant, hors de ce contexte, la liberté d’expression au Liban a des limites majeures. De nombreux défis nuisent à l’exercice du journalisme de manière indépendante, libre et, surtout, en toute sécurité. Face à ce double scénario, de nombreux journalistes en exil arrivent au Liban mais leur séjour n’est que temporaire.

2019 RSF World Press Freedom Index

Des défis à plusieurs niveaux pour la liberté de la presse

Classé au 101e rang dans le World Press Freedom Index 2019 de Reporters Sans Frontières (RSF), le Liban est confronté à de nombreux défis, notamment en termes de politisation. Ce que le docteur Suad Joseph appelle dans ses recherches «La familiarisation politique au Liban» constitue un obstacle majeur au développement d’un paysage médiatique libre et indépendant.

Dans leur rapport intitulé “Lebanese Media – A Family Affair”, the Media Ownership Monitor lancé au Liban par RSF et la Fondation Samir Kassir expose en détail le contrôle des médias libanais par des groupes politiques clés et de riches clans de famille.

Les principales conclusions indiquent un paysage médiatique hautement politisé, ce qui joue un rôle crucial dans la formation de l’opinion publique. En outre, divers cas d’agressions de journalistes montrent la situation précaire de la liberté de la presse dans le pays.

Entre autres, le Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ) au Liban a dénoncé l’assaut par des soldats libanais de quatre journalistes couvrant une manifestation à Beyrouth le 23 décembre 2018. Le Centre Samir Kassir eyes (SKeyes) surveille constamment les difficultés des journalistes au Liban et dans la région.

“Chaque fois que vous êtes journaliste ici et que vous êtes victime d’une attaque, vous pouvez être sûr que personne ne tiendra pour responsable la personne qui vous a attaqué,” Ayman Mhanna, directeur exécutif de SKeyes déclare à MDJ.

L’impunité est prédominante et la législation en la matière est extrêmement élastique et arbitraire au Liban. « Nous sommes actuellement confrontés à une période de poursuites judiciaires très fréquentes à l’encontre de journalistes, sur la base de définitions très vagues« , ajoute Mhanna.

Le Liban a également une longue histoire d’assassinats de journalistes. L’assassinat de l’éminent journaliste libanais Samir Kassir le 2 juin 2005 montre bien les risques énormes auxquels les journalistes sont exposés, en particulier en période de profonde division politique. Depuis 1992, neuf journalistes ont été tués, quatre d’entre eux ont été ciblés pour meurtre et quatre autres ont été assassinés en toute impunité selon la CPJ au Liban.

La lutte pour promouvoir la liberté d’expression

En même temps, le Liban se démarque dans la région par certaines initiatives en faveur de la liberté d’expression.

La Fondation Samir Kassir et ses différents projets ont notamment pour objectif de renforcer la liberté de la presse dans le pays et dans la région.

Chaque année depuis 2006, le Prix Samir Kassir pour la Liberté de la Presse rend hommage aux journalistes de la région pour leur travail. Financé par l’Union européenne, il est devenu l’un des prix des médias les plus prestigieux dans les régions MENA et du Golfe. La MDJ s’est entretenue avec le lauréat du prix 2019 dans la catégorie des opinions, Roger Asfar.

Originaire de Syrie, Asfar analyse de manière critique dans son article « Captain Majed or the Father Commander » le concept de héros inculqué dans l’esprit des Syriens depuis leur enfance. Il suggère de rompre avec lui pour le développement d’une véritable société démocratique.

Basé à Beyrouth depuis 2008, Asfar concentre actuellement ses travaux sur les questions religieuses et sociales contemporaines, tout en continuant à écrire des articles sur la Syrie et les réfugiés syriens. « Le nom de Samir Kassir, qui porte ce prix, me donne fierté et motivation pour entreprendre un travail journalistique libre et indépendant » Asfar déclare.

« En outre, le sens de la reconnaissance de la part de l’Union européenne et de la Fondation Samir Kassir construit la bonne réputation du journaliste, renforce sa confiance en lui et l’encourage à faire face aux difficultés du travail journalistique« .

Le Liban, un refuge pour les journalistes en exil?

En raison de ce double scénario, où des initiatives courageuses en faveur de la liberté d’expression sont contrebalancées par des épisodes récurrents d’intimidation de reportages indépendants et libres, le Liban accueille de nombreux journalistes des pays environnants, mais seulement de manière temporaire.

Pour les journalistes exilés au Liban, leur sécurité est une préoccupation majeure. En particulier pour les Syriens, le risque perçu est très élevé. Peur constante et menaces « Je ne me sens pas en sécurité ici » déclare la journaliste syrienne Naama al-Alwani.

« Après avoir reçu trop de menaces sur les médias sociaux ou par téléphone, j’ai arrêté de publier. » Al-Alwani souhaite vivement quitter le Liban et poursuivre son travail dans un environnement plus sûr. « J‘étais en danger en Syrie et je ne veux plus être en danger « .

Ahmad Alqusair, un autre journaliste syrien poursuivant inexorablement son travail de journaliste indépendant au Liban, explique à MDJ certaines des raisons de cette peur constante. « La peur provient principalement du régime syrien et de son implication dans l’environnement libanais » déclare-t-il. « Le Hezbollah et les services de sécurité libanais constituent des menaces majeures pour les journalistes et les activistes syriens.« 

En conséquence, la plupart des journalistes et des activistes syriens doivent quitter le Liban. La plupart d’entre eux sont maintenant partis vers d’autres pays. Bassel Tawil, ancien journaliste et activiste syrien basé à Paris, se souvient de son séjour au Liban comme une période extrêmement angoissante. « J’ai perdu mon portefeuille alors je suis entré dans le pays sans papiers. Tous les points de contrôle dans le pays pourraient me retenir et me renvoyer en Syrie, où je suis recherché par le régime syrien » explique-t-il.

« Il y a de nombreux cas de personnes renvoyées en Syrie par le gouvernement libanais ou après avoir été kidnappés par Hezbollah« . « Par exemple, je connais personnellement un groupe de Syriens qui souhaitaient se rendre en Turquie par voie maritime. Malheureusement, le capitaine était un membre du Hezbollah. Il les a donc plutôt conduits dans la ville portuaire syrienne de Lattaquié, où ils ont été remis à la Sécurité Syrienne. L’un d’eux était mon ami; il était pharmacien et militant. Sa famille a reçu son corps après seulement une semaine.

Éviter les sujets sensibles

« Tristement, le paysage médiatique au Liban s’est dégradé« . Alqusair poursuit: « Ce pays n’est pas libre pour les Libanais, imaginez pour les Syriens…« 

Quand ils arrivent au Liban, les journalistes exilés ne sont pas libres de couvrir un certain nombre de sujets sensibles, comme ceux liés à la politique, religion, prisonniers et enlèvements.

La Sûreté de l’Etat libanais, l’un des quatre principaux appareils de renseignement et de sécurité au Liban, a régulièrement menacé des journalistes qui osent couvrir ces sujets. C’est notamment le cas du journaliste syrien Abdelhafiz Al Houlani. Selon l’Association des Journalistes Syriens, il a été arrêté le 19 novembre 2018 après avoir signalé des cas d’avortements anormaux dans le camp de réfugiés d’Arsal au nord du Liban.

Au-delà des préoccupations de sécurité

La sécurité n’est pas la seule raison du phénomène actuel des journalistes exilés ne venant que temporairement au Liban. Ayman Mhanna, directeur exécutif de SKeyes, souligne notamment les problèmes juridiques liés à la résidence et au permis de travail. « Obtenir les papiers pour pouvoir travailler légalement dans le pays peut être assez coûteux et lent » explique-t-il.

Par exemple, le journaliste syrien Alqusair a déclaré qu’il n’avait obtenu son permis de séjour qu’après un an à compter de son arrivée. Par conséquent, de nombreux journalistes qui entrent légalement dans le pays finissent facilement par travailler sans documentation.

« Outre ces obsttacles juridiques » ajoute Mhanna, « il est indéniable que le discours officiel des autorités libanaises est très hostile aux réfugiés.« 

La présence de ce climat anti-réfugiés constitue sans surprise une source supplémentaire de vulnérabilité des journalistes en exil au Liban. Parmi tous ces éléments, il convient tout aussi de mentionner la pression financière exercée sur les journalistes exilés au Liban. Dans un pays également confronté à une crise économique, les médias manquent souvent de fonds et ne peuvent pas payer beaucoup. S’installer au Liban ne garantit donc pas la stabilité financière des journalistes. 

Explorer les nombreuses facettes en termes de liberté de la presse dans un pays traditionnellement perçu comme plus libéral par rapport à la région environnante conduit à nuancer ce point de vue. Malgré la présence d’initiatives distinguées soutenant la liberté d’expression, les défis restent nombreux.

Les journalistes libanais et exilés opèrent dans un paysage médiatique hautement politisé, où les sujets sensibles doivent être évités et les menaces d’attaques sont récurrentes. Les journalistes exilés sont confrontés à des défis supplémentaires.

Pour les Syriens en particulier, le risque perçu pour leur sécurité est très élevé. Plus généralement pour tous les journalistes exilés au Liban, leur statut juridique, leur indépendance financière et le climat de plus en plus anti-réfugiés représentent une préoccupation constante.

En conséquence, les journalistes en exil qui ont été forcés de quitter leur pays d’origine pour leur travail ne souhaitent pas s’installer ici. Le Liban représente plutôt une étape dans leur long voyage à la recherche d’un lieu où continuer de rechercher et de rapporter la vérité librement, indépendamment et en toute sécurité.

The State of the Press in Egypt: a Fallen Champion

Ranked 161st in the World Press Freedom Index 2018 from Reporters Without Borders, contemporary Egypt is characterized by a rapid deterioration in press freedom, subject to severe censorship and draconian state control.

Though Egypt is the source of the spread of the printing press in the Arab world, successive governments have progressively limited freedom of expression up until today, in which one wonders what remains of a space for independant, critical, and free media coverage.

The press in Egypt: on the rise in the 19th century

It is difficult to imagine that what has become a prison for journalists was once an important place for breaking news and broadcasting in the Arab world.

Returning to the era of Napoleon’s campaign in Egypt, the printing press rapidly developed throughout the 19th century, with the emergence of outstanding newspapers circulating the streets of Cairo.

Notably, Al-Ahram, founded in 1875, proved itself as one of the country’s most read papers. Today, Al-Ahram is a major point of reference for many daily newspapers in the country.However, the variety of Egyptian media does not reflect diversity in its content.

In reality, media publishing has been standardized to the point of becoming a mere reflection of the inescapable discourse imposed by the state.

How does the Egyptian State censor the freedom to inform?

Observing the current media landscape illustrates this lack of freedom of expression and information in today’s Egypt.

The process of restructuring the media through a systematic transfer of ownership is indicative of what Reporters Without Borders calls the « Sisyphication of the media.”

In this respect, the Media Ownership Monitor launched by Reporters Without Borders in Egypt is highly informative. The survey of structures, relationships and key actors that control the Egyptian media not only reveals the state’s pervasive presence in broadcasting, but also denounces the intervention of security and intelligence services.

This is the case of the broadcasting and satellite television sector dominated by The Egyptian Media Group, which is indirectly controlled by the secret service. Similarly, the printing sector is either concentrated around well-known state-owned enterprises, such as the Al-Ahram Establishment, or linked to private institutions owned by wealthy businessmen loyal to the regime.

Unsurprisingly, in this context of total state control, independent media and journalists are running a higher and higher risk. In addition to banning hundreds of websites, prison seems to be the regime’s preferred instrument for silencing disagreeing voices.

According to a study conducted by Reporters Without Borders in early 2019, at least 32 journalists have been arrested on charges of « threatening national security » or « defamation ».

Their profiles suggest that all journalists working independently or on sensitive topics are almost certainly destined for prison. This is the case of Mahmoud Abu Zeid, better known as Shawkan, a photographer who specializes in recording the violent repression of the Muslim Brotherhood, or Mohammed al Husseini Hassan, a journalist investigating current inflation in Egypt. The list could go on and on…

Yet this extreme state control is not limited to eliminating freedom of expression in journalism.

A repression of all forms if the freedom to inform

The repression is so widespread that it can affect all areas. Not only activists, but also poets, singers, artists, researchers, writers and bloggers can all potentially fall into the category of people who pose a threat to national security.

As a result, freedom of expression poses a very high risk under what the Deputy Director of the Project on Democracy in the Middle East (POMED), Andrew Miller, called « the most repressive government in modern Egyptian history.”

Local and international human rights organizations relentlessly denounce the practices of the Egyptian authorities that are aimed at suppressing peaceful dissent. Because of this dedicated work, they face serious threats. Among other things, POMED refers to the case of certain human rights defenders of notable NGOs, such as the Cairo Institute for the Study of Human Rights (CNCDH), the Arab Network for Information on Human Rights human rights (ANHRI), the Egyptian Commission for Rights and Freedoms (ECRF) and the Egyptian Initiative for Personal Rights (EIPR), accused in a lawsuit « of offending the Egyptian state, of threatening the national security and of harming the country’s interests ».

Once again, fundamental human rights such as freedom of expression and information are flagrantly violated under the current state of emergency in the name of the fight against terrorism and national security.

Censorship, danger and prison are key words that come to mind when one thinks about journalism in Egypt.

In a country where journalism has become a crime, as the Tahrir Institute for Middle East Policy reports, freedom of expression and information may become mere abstract concepts in people’s minds. This is an alarming scenario that erases even the last traces of Egypt’s distinguished past as champion of the advancement of the press and information in the Arab world.

Zoom: being a journalist in contemporary Egypt

In examining the general situation of freedom of expression and information in contemporary Egypt, it is natural to wonder what journalistic work might look like in this difficult context.

We asked Yahia Dabbous, an Egyptian student currently studying at Sciences Po School of International Business, to describe his experience as an editor of the online paper Egypt Independent.

His testimony emphasizes not only the severe control exercised by the state over the published content, but also the resulting instinctive tendency of self-censorship.

In a context where any subject can be extremely sensitive, the question of what is allowed and not allowed becomes an all-consuming thought. As a result, the journalist’s pen travels preferably within these imposed (or self-imposed) limits, leaving little or no room for the journalist’s own analysis, accuracy and creativity.

Yahia gives us several examples to illustrate the difficulty of writing and publishing articles in today’s Egypt.

Notably, in the days leading up to the presidential election of 2018, reporting news of the various arrests and withdrawals of potential candidates against President Abdel Fattah al-Sisi proved to be a delicate task.

For information only, the article would mention such an event; for security reasons, it would only quote the official statement, with no subsequent comments.

As Yahia describes his experience, and new facets of the profession of journalism in Egypt emerge. Among other things, the economic aspect presents itself as an urgent challenge for journalists.

Yahia recalls several colleagues who had to work two jobs to earn enough. According to Yahia, a journalist’s salary can not guarantee enough resources, especially to support a family. While journalism in today’s Egypt is clearly a risky and not very rewarding profession at various levels, Yahia’s story also highlights the ethical issues that journalists face when working for newspaper.

Media coverage of the story of Mahmoud Abu Zeid, a journalist selected for the UNESCO Press Freedom Prize and imprisoned for covering the 2013 Rabaa event, is an example of such a challenge.

The national press mainly broadcast the official narrative around a journalist described as « terrorist » and « criminal » by the regime. Knowing Mahmoud Abu Zeid personally, his story, and his work, Yahia and other editors refused to publish such an article and were faced with the only alternative: to leave the paper.

Thus ended prematurely Yahia’s experience as an editor of Egypt Independent. Yahia’s story reflects our understanding of the implications of this drastic state control on the media.

What may sometimes appear as the abstract concept of freedom of expression is rather a primordial human right whose impact on society and individuals has never been more concrete. 

Constitutional amendments: A decisive step towards the total oblivion of human rights in Egypt?

On February 3, 2019 the Egyptian parliament proposed a series of constitutional amendments that would involve most remarkably an extension of the presidential limit mandate, an expansion of the role of the military in the state and a further decrease of judicial independence. After two months of work on the final version of these constitutional amendments, the two further steps of the final parliamentary vote and the following popular referendum are approaching. It is in this context that debates arise surrounding the implications of this potential change and, most importantly, its concrete impact on the already vanishing human rights in Egypt.

Amnesty International’s public statement on April 8 urging the Egyptian parliament to reject the proposed constitutional amendments in reason of their “devastating consequences for human rights” rings the bells of the danger. The proposed amendments to the constitution undoubtedly represent a crucial step in Egypt’s history on multiple levels.

Naturally, many questions arise concerning the future of human rights such as freedom of expression in an epoch when, more than ever, they are already outrageously neglected.

Ranked 161th in the Reporters Sans Frontières’s 2018 World Press Freedom Index, Egypt under the current President Abdel Fattah el-Sisi has been suffering from a deploring suppression of freedom of expression that takes a multiplicity of forms. In addition to arbitrary arrests of activists, journalists, bloggers, artists, writers, researchers, the state exercises a draconian state control that leaves little or no space for dissenting voices.

Numerous Human Rights Organizations unremittingly denounce the current scenario by reporting the innumerous state practices that undermine human rights. Among others, a report by the Egyptian Initiative for Personal Rights (EIPR) reveals that in the first 11 months of 2018 at least 32 people were executed and 581 death sentences were issued.

Under such circumstances, one could look at these constitutional amendments as a mere reaffirmation of the existing state policy of disrespect for human rights. However, the significance of these constitutional amendments is considerable and its implications are far-reaching.

Among the major proposed changes, amended Article 140 would extend the presidential term from four to six years. Through a strategic mechanism that “resets” the current president’s clock in office, al-Sisi will thus be allowed to legally stay in power until 2034. The executive will also take increasing control over the judiciary, crippling judicial independence. In addition, the military political role’s will be expanded under amended Article 2000, making the Armed Forces responsible for “maintaining the constitution and democracy, safeguarding the basic components of the state, and its civil nature, in addition to the people’s achievements and individual rights and freedoms”.

Evidently, the language of the proposed amendments suggests a further consolidation of the president and military power, deleting for good even the last few liberal traces of the 2014 Constitution. Numerous Human Rights Organizations have expressed their concerns for the future of the country if these amendments were to be approved. Distinctly, Project on the Middle East Democracy (POMED) warns against an alarming move “towards a personalist dictatorship under al-Sisi’s control”.

Deputy Middle East and North Africa Director at Amnesty International Magdalena Mughrabi’s statement highlighting that these amendments “would grant Abdel Fattah al-Sisi and security forces free rein to further abuse their powers and suppress peaceful dissent for years to come” helps grasp the dimension of the issues at stake. While perpetuating the current overwhelming state control  that characterizes today’s Egypt, under the amended constitution any possibility of politically or legally challenge the indisputable power of the government will vanish.

As Baudouin Long, associated researcher at CEDEJ (Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales) of Cairo, highlights in a public conference on April 3 in Paris, the idea of substantial change and consolidation of power through legal instruments such as the constitution was already conceived in Mubarak’s era. Now al-Sisi proves in facts to be determined to go down this road, leading some analysts to assess al-Sisi’s government as the most repressive regime of modern Egyptian history.

In an article for Foreign Policy titled “Worse than Mubarak”, POMED’s Deputy Director for Research Amy Hawthorne and Deputy Director for Policy Andrew Miller compare the two regimes and suggest that through an institutionalization of his political system “al-Sisi is bringing a new form of totalitarianism to Egypt”.

While the Egyptian streets start being filled with banners “Vote yes” in preparation for the highly probable referendum scheduled between April 19 to 24 according to Beirut-based newspaper Al Akhbar, voices of dissent spring up. Together with the opposition remarkably expressed by the Egyptian Socialist Democratic Party, Karama Party, Conservatives Party, Tagammu Party and Reform and Development Party, prominent Egyptian figures such as the award-winning actors Amr Waked and Khaled Abol Naga condemn the proposed amendments.

Despite the current state of repression -that will likely further degenerate in the imminent future- not all Egyptians are ready to stop expressing themselves and exercising the primordial right of letting individuals’ voices and opinions freely be heard for which they have stood up for in the 2011 Revolution.

The graffiti on the walls of Zamalek neighborhood captured by the Cairo-based journalist Francesca Cicardi is one example of this strenuous resistance in the name of freedom of expression and respect for human rights.

Ghislaine Dupont, Claude Verlon et Camille Lepage : une place en leur mémoire pour honorer la liberté de la presse

Le 3 mai 2019, à l’occasion de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse, une place au nom des trois journalistes français Ghislaine Dupont, Claude Verlon et Camille Lepage sera inauguré dans le 2ème arrondissement de Paris. La municipalité de Paris a décidé de rendre hommage à ces trois personnalités qui se sont distinguées par leur travail journalistique et au cours duquel elles ont finalement été tuées. Un regard plus attentif sur leurs histoires inspire de nombreuses réflexions pour cette date importante consacrée à la liberté de la presse.

Ghislaine Dupont, tuée à l’âge de 57 ans au Mali aux côtés de Claude Verlon, âgé de 55 ans, a commencé sa profession de journaliste dès son plus jeune âge.

Ghislaine Dupont, une vie dédiée au journalisme

Après une spécialisation à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris (ESJ) et des expériences de travail antérieures dans le domaine de l’imprimerie et des émissions de radio, Ghislaine Dupont s’est tournée vers l’Afrique, où elle avait déjà passé une partie de son enfance.

Ghislaine Dupont et Claude Vernont

Journaliste à Radio France Internationale (RFI), elle a couvert depuis les années 1990 les principaux événements de l’époque, dont la mission de l’UNITA en Angola, le conflit érythréen-éthiopien, le génocide au Rwanda, puis au Soudan, en Algérie et en Côte d’Ivoire. A travers son journalisme d’investigation rigoureux, elle a rapporté à plusieurs reprises au monde des histoires vitales et dénoncé des faits cruciaux tels que l’existence de fosses communes à Abidjan en Côte d’Ivoire. Tout en gardant son intérêt persistant pour la région africaine, entre 1997 et 2007, elle s’est installée en République Démocratique du Congo où elle a continué activement à rendre compte de la réalité politique et sociale interne tout en démarrant une série de nouveaux projets. Elle a non seulement participé à la création de la nouvelle Radio Okapi, qui deviendra plus tard le principal média d’information du pays, mais elle s’est également impliquée dans la formation de jeunes journalistes dans la région. Les années passées en République Démocratique du Congo révèlent l’engagement sans faille de Dupont à rendre compte de la réalité de manière indépendante et précise sans exception. En raison de ses activités sur les questions sensibles et de sa couverture de la campagne électorale de 2006, elle a été expulsée de la République démocratique du Congo sous le gouvernement de Joseph Kabila. Tout en essayant de continuer à couvrir les événements de la République démocratique du Congo, l’attention de Dupont s’est concentrée sur de nombreux autres sujets, dont le Mali.

La rencontre avec Claude Verlon

C’est à ce moment qu’elle croise le chemin de Claude Verlon, avec qui elle partagera le même destin cruel d’assassinat le 2 novembre 2013. Journaliste et ingénieur du son de renom, Claude Verlon est arrivé au Mali après des années d’expérience sur le terrain. Après avoir étudié à l’Ecole Nationale Supérieure Louis-Lumière et plusieurs cours du soir, Claude Verlon rentre en 1982 à Radio France Internationale (RFI) en tant qu’ingénieur du son, poste pour lequel il travaillera jusqu’à sa mort. Spécialisé dans les zones de conflit, il n’a cessé de reporter sur des pays difficiles comme l’Afghanistan, le Liban, l’Irak, la Libye et bien d’autres encore. Tout au long de son travail sur le terrain, il s’est largement fait connaître comme un journaliste talentueux, capable de faire des reportages dans les régions les plus reculées du monde. Parmi les innombrables pays et conflits dont il a été témoin, le continent africain a constitué un domaine d’intérêt majeur depuis le début de sa carrière. C’est notamment de l’Afrique et, surtout, du Mali que son dernier reportage « La crise au Nord Mali et la réconciliation » devait traiter. Cependant, à son arrivée à Kidal au Mali dans la matinée du 29 novembre 2013, sa collègue Ghislaine Dupont et lui ne savaient pas encore ce que la vie allait leur réserver quelques jours plus tard.

En effet, le 2 novembre, les deux journalistes ont été enlevés et tués par balle. Leurs corps ont été retrouvés quelques heures plus tard par des soldats français. De nombreux doutes subsistent quant aux circonstances et aux raisons de leur mort et deux enquêtes sont ouvertes au Mali et en France selon RFI Afrique. Tout en attribuant l’assassinat à des membres de l’organisation militante islamiste Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), de nombreux faits restent à élucider, notamment le lien entre leur assassinat et la libération des otages d’Arlit quatre jours avant leur disparition, comme le montre un reportage sur France 2.

Camille Lepage, une jeune journaliste tuée dans des circonstances non élucidées 

Similairement, aucune élucidation complète n’a encore été apportée à la mort du troisième journaliste auquel la place parisienne sera dédiée, Camille Lepage.

Après une formation académique en journalisme, elle devient une photojournaliste de renom qui s’est déplacée dans différents pays d’Afrique. Après avoir largement couvert l’Egypte et le Sud-Soudan, elle s’est installée en République centrafricaine et son travail a été publié dans des journaux internationaux de renom tels que le New York Times, The Guardian, Le Monde et The Washington Post ainsi que pour des ONG telles qu’Amnesty International et Médecins Sans Frontières. Son véritable intérêt pour la région et son penchant naturel pour le dialogue et l’écoute ont accompagné toute sa carrière journalistique qui a toujours été marquée par une ferme détermination à rapporter librement ce dont elle a été témoin sans compromis.

Camille Lepage

Elle était déterminée à faire la lumière sur des histoires qui n’étaient pas couvertes par les médias grand public, comme le rappelle un article du Washington Post, en citant ses déclarations à sa mémoire : « Je ne peux accepter que les tragédies des gens soient réduites au silence simplement parce que personne ne peut en tirer de l’argent ». Toujours au début de sa carrière et avec de nombreux autres projets en tête, la République Centrafricaine sera sa dernière destination. Le 13 mai 2014, le corps de la journaliste de 26 ans a été retrouvé par les troupes françaises de maintien de la paix dans la région occidentale de Bouar. Ses comptes Twitter et Instagram ont révélé qu’elle voyageait en moto avec une milice anti-balaka pour aller rapporter les massacres qui ont eu lieu pendant des mois dans la localité d’Amada-Gaza. Deux ans après sa mort, en 2016, en dépit d’une riche mobilisation internationale pour que les responsables de son assassinat répondent de leurs actes, l’enquête est toujours dans l’impasse, comme l’a dénoncé Reporters Sans Frontières.

Unis par le même destin inoubliable, Ghislaine Dupont, Claude Verlon et Camille Lepage ont fait preuve d’un dévouement sans faille à la cause du reportage inconditionnel sur la réalité, dont nous pouvons nous inspirer pour la récurrence de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse. Leurs noms sur la place nous rappellent l’importance du reportage et de l’information libres, sans lesquels le journalisme ne peut servir son but comme le souligne l’écrivain Albert Camus ; « Une presse libre peut, bien sûr, être bonne ou mauvaise, mais, très certainement, sans liberté, la presse ne sera jamais que mauvaise« .

Vers l’oubli total des Droits de l’Homme en Egypte ?

Amendements constitutionnels : un pas décisif vers l’oubli total des droits de l’homme en Egypte ?

Le 3 février 2019, le parlement égyptien a proposé une série d’amendements constitutionnels qui implique une extension du mandat de la présidence, une extension du rôle de l’armée dans l’État et une nouvelle diminution de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Après deux mois de travail sur la version finale de ces amendements constitutionnels, les deux dernières étapes s’approchent : le vote final du Parlement et le référendum populaire. C’est dans ce contexte que surgissent des débats autour des implications de ce changement potentiel et, surtout, de son impact concret sur les déjà fortement négligés Droits de l’Homme en Egypte.

Dans une déclaration publique le 8 avril, Amnesty International a exhorté le Parlement égyptien à rejeter les amendements constitutionnels proposés, en raison de leurs « conséquences dévastatrices pour les droits humains ».

Les amendements proposés à la Constitution représentent sans aucun doute une étape cruciale de l’histoire de l’Égypte à plusieurs niveaux.

Le tournant historique de l’Egypte n’aura pas lieu

Naturellement, de nombreuses questions se posent concernant l’avenir des Droits de l’Homme, telles que la liberté d’expression à une époque où, plus que jamais, elles sont déjà outrageusement négligées. Classée au 161ème rang dans World Press Freedom Index 2018 de Reporters Sans Frontières, l’Égypte sous l’actuel président Abdel Fattah el-Sisi souffre d’une répression déplorable de la liberté d’expression qui prend une multiplicité de formes.

Outre les arrestations arbitraires de militants, de journalistes, de blogueurs, d’artistes, d’écrivains, de chercheurs, l’État exerce un contrôle draconien qui laisse peu ou pas de place aux voix divergentes.

De nombreuses organisations de défense des Droits de l’Homme dénoncent sans cesse le scénario actuel en rendant compte des innombrables pratiques des États qui menacent les Droits de l’Homme. Entre autres, un rapport de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR) révèle qu’au cours des onze premiers mois de 2018, au moins 32 personnes ont été exécutées et 581 condamnées à mort.

Dans de telles circonstances, on pourrait considérer ces amendements constitutionnels comme une simple réaffirmation de la politique actuelle de l’État qui ne respecte pas les Droits de l’Homme.

Cependant, la portée de ces amendements constitutionnels est considérable et ses implications sont profondes.

Changements juridiques visant à renforcer le pouvoir de l’État

Parmi les principales modifications proposées, l’article 140 amendé prolongerait le mandat présidentiel de quatre à six ans. Grâce à un mécanisme stratégique qui « remet à zéro » l’horloge du mandat du président en exercice, al-Sisi sera ainsi autorisé à rester légalement au pouvoir jusqu’en 2034.

L’exécutif exercera également un contrôle croissant sur le pouvoir judiciaire, portant atteinte à son indépendance.

En outre, le rôle politique des militaires sera élargi en vertu de l’article 2000 modifié, qui responsabilise les forces armées pour « maintenir la constitution et la démocratie, préserver les éléments fondamentaux de l’État et sa nature civile, en plus des réalisations de la population et des droits et libertés individuels ».

Manifestement, le langage des amendements proposés suggère une consolidation du pouvoir présidentiel et militaire, supprimant définitivement les dernières traces libérales de la Constitution de 2014.

De nombreuses organisations de défense des Droits de l’Homme ont exprimé leurs préoccupations quant à l’avenir du pays si ces modifications devaient être approuvées.

Distinctement, le Projet pour la démocratie au Moyen-Orient (POMED) met en garde contre un mouvement alarmant « vers une dictature personnaliste sous le contrôle d’al-Sisi« . « Pire que Moubarak« : vers un contrôle total et incontestable de l’Etat !

Cette déclaration publique émane de Magdalena Mughrabi, directrice adjointe du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à Amnesty International, soulignant que ces amendements « donneraient à Abdel Fattah al-Sisi et aux forces de sécurité toute latitude pour continuer à abuser de leurs pouvoirs et à réprimer la dissidence pacifique pour les années à venir« , cela aide à comprendre les enjeux de cette proposition.

Tout en perpétuant le contrôle étouffant qui caractérise l’Égypte d’aujourd’hui, la possibilité de contester politiquement ou juridiquement le pouvoir indiscutable du gouvernement disparaîtra avec la constitution modifiée.

Comme l’a souligné Baudouin Long, chercheur associé au CEDEJ (Centre d’études économiques et de documentation économiques, juridiques et sociales) du Caire, lors d’une conférence publique tenue à Paris le 3 avril, l’idée d’un changement substantiel et d’une consolidation du pouvoir grâce à des instruments juridiques tels que la Constitution était déjà conçue à l’époque de Moubarak.

Maintenant, al-Sisi se révèle concrètement déterminé à s’engager dans cette voie, ce qui a amené certains analystes à considérer le gouvernement d’al-Sisi comme le régime le plus répressif de l’histoire égyptienne moderne.

Dans un article pour Foreign Policy intitulé « Worse than Mubarak », la directrice adjointe de la recherche de POMED, Amy Hawthorne, et le directeur adjoint de la politique, Andrew Miller, comparent les deux régimes et suggèrent que, grâce à l’institutionnalisation de son système politique, « al-Sisi apporte une nouvelle forme de totalitarisme en Egypte ».

Les voix de l’opposition égyptienne ne cèdent pas

Alors que les rues égyptiennes commencent à s’emplir de banderoles « Vote yes » en préparation du référendum hautement probable prévu du 19 au 24 avril selon le journal basé à Al Akhbar, des voix de dissidence s’élèvent.

Outre l’opposition remarquablement exprimée par le parti démocrate socialiste égyptien, le parti Karama, le parti conservateur, le parti de Tagammu et le parti de la réforme et du développement, des personnalités égyptiennes telles que les acteurs primés Amr Waked et Khaled Abol Naga condamnent les amendements proposés.

En dépit de l’état de répression actuel –et qui dégénérera probablement dans un avenir imminent- tous les Égyptiens ne sont pas prêts à cesser de s’exprimer librement et d’exercer le droit primordial de permettre aux individus de faire entendre leur voix et leurs opinions, ce pour quoi ils se sont battus pendant la Révolution 2011.

Les graffitis sur les murs du quartier de Zamalek capturés par la journaliste Francesca Cicardi, basée au Caire, sont un exemple de cette résistance acharnée au nom de la liberté d’expression et du respect des droits de l’homme. 

Etat de la presse en Egypte : un champion déchu

[ANALYSE] Censure et contrôle d’Etat en Egypte : la mutation d’un pays pionnier dans le développement de la presse devenu champion de la censure et de la repression. Tout en étant à l’origine de la diffusion de la presse à imprimer dans le monde arabe, les gouvernements successifs ont progressivement limité la liberté d’expression jusqu’à aujourd’hui, où on se demande qu’il reste-t-il de l’espace pour une couverture médiatique indépendante, critique et libre.