Algérie, la présidentielle sous le scalpel à Paris

L’obsession du consensus ferait réélire Bouteflika selon des spécialistes

[Par Larbi GRAÏNE]  

 

Le président algérien  Abdelaziz Bouteflika. AFP PHOTO/FAROUK BATICHE

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika. AFP PHOTO/FAROUK BATICHE


 
L’élection présidentielle algérienne du 17 avril a été analysée au scalpel ce mercredi 2 avril à Paris lors d’une conférence-débat organisée par l’iReMMO (Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient)». Les trois co-animateurs de cette conférence sous l’intitulé «  Les enjeux des élections présidentielles algériennes », même s’ils ont divergé sur certains points, se sont toutefois accordés sur le fait que les « résultats du prochain scrutin sont connus d’avance ».
 
Akram Belkaid, journaliste et essayiste, spécialiste du monde arabe, a donné le ton sous sa double casquette de modérateur et de conférencier en avançant l’idée qu’« à priori les jeux sont faits même s’il y a beaucoup de théories qui circulent à Alger » avant de céder la parole à Farida Souiah, chercheuse à Sciences po Paris et chargée de cours à l’Université de Cergy Pontoise.  « Depuis l’annonce faite le 22 février 2014 par le Premier ministre Sellal concernant la candidature de Abdelaziz Bouteflika, l’état de santé de celui-ci a occupé et marqué les débats en Algérie, frappant ainsi de discrédit un système politique qui fonctionne avec un président invalide et inapte à assumer ses fonctions» fait observer d’emblée Farida Souiah. Elle s’est dit frappée en outre par le fait qu’on s’acharne « à faire des élections dont on connait les issues sans se soucier qu’elles soient démocratiques ». D’où son hypothèse fonctionnaliste selon laquelle les élections en Algérie n’ont pas pour vocation  de laisser le peuple disposer de son sort par la voie des urnes.
 
Election consensuelle
 
L’élection du 17 avril prochain explique-t-elle, est consensuelle, elle s’inscrit dans un rapport de continuité avec celles qui les ont précédées ». Souiah a remonté jusqu’à l’époque d’Ahmed Ben Bella, en passant par Houari Boumediene, Chadli Bendjedid et Liamine Zeroual pour rappeler que toutes les élections qui avaient permis à ces hommes d’arriver au pouvoir, ont été consensuelles, et avaient été assorties de scores très élevés. « En Algérie, le consensus n’est pas une anomalie sociologique » analyse-t-elle.  Et d’ajouter que les scrutins qu’on y organise ne sont pas concurrentiels car les électeurs ne sont pas en mesure d’écarter les dirigeants qui leur sont proposés. « En un mot ce sont des élections dont les résultats sont connus d’avance » tranche-t-elle.  « On est dans un système de parti unique car le multipartisme adopté est un multipartisme « exclusionnaire », qui exclut les partis critiques et qui récupère les partis d’ornementation dans le but de crédibiliser le scrutin ».  Souiah fait remarquer du reste que sous le multipartisme les autres candidats en lice se sont vus attribuer des scores négligeables et que la crainte principale pour le régime reste l’abstention, ce qui le pousse à fournir des chiffres truqués. « Même si Wikileaks nous apprend rien, il a révélé que le taux de participation réel lors de l’élection de 2009 avait oscillé entre 25 et 30 % ». Et de noter  l’adoption de l’abstention comme comportement politique.  Alors quelle est la fonction des élections en Algérie ? Pour  Farida Souiah  « les élections peuvent servir de vanne de sécurité où on laisse s’exprimer l’opposition ainsi que les gens critiques,  mais non dans le but de changer l’ordre des choses ». Et d’ajouter elles peuvent aussi servir pour obtenir la légitimité internationale et la légitimité nationale en adoptant des processus populaires. « Ces élections note-elle nous révèlent le mécanisme de sélection des candidats ». Elle lance catégorique « si Bouteflika ne peut pas faire de discours, c’est que ce n’est pas lui qui gouverne ».
 
Evoquant les mouvements de protestation actuels, elle a laissé entendre qu’ils n’ont pas une grande portée. Pour elle, le mouvement Barakat est apparu dans certaines villes et s’est vu « reprocher de ne pas utiliser l’arabe et l’amazigh dans ses discours ». Le troisième intervenant, Nadji Safir, sociologue et consultant international spécialiste du Maghreb, a voulu se démarquer des analyses qui privilégient la prépondérance des mouvements sociaux sur les individus bien que ce qu’il a développé devait l’amener à une forme de contradiction.  « Ces élections ont un caractère tout à fait exceptionnel, si Bouteflika était en bonne santé, le scrutin aurait été banal, on est en présence d’un scrutin réellement exceptionnel qui fonctionne sur un mode virtuel où le Président candidat n’est pas en mesure de mener sa campagne électorale » a-t-il développé. Selon lui l’histoire n’est pas réductible aux mouvements sociaux, il faut prendre en compte la personnalité de Bouteflika.
 
Logiques rentières
 
Et d’énoncer « mon hypothèse, la voici : on ne peut comprendre ce qui se passe en Algérie si on ne parle pas des deux logiques qui travaillent la société, à savoir la rente historique (ou symbolique) et la rente économique ». « L’Algérie est devenue une économie caricaturale en ce sens que 98 % de ses exportations  proviennent des hydrocarbures. Le combat se déroule autour de la répartition des richesses. On est dans un système de « rentisation », Bouteflika lui-même est un rentier  à la fois historique et économique » décrypte-t-il. Pour lui la candidature de ce dernier « est le reflet d’un consensus rentier ».  «  Le comportement des hommes politiques a-t-il ajouté trahit leur inclination à la rente. Il a cité l’exemple de  Benflis, présenté comme principal rival du chef de l’Etat sortant, et qui, pendant la campagne électorale, aurait incité son public à ne pas croire les gens qui lui ont attribué l’intention, s’il venait à être élu président de la République, de faire rembourser  aux jeunes les prêts que leur a consenti l’Etat dans le cadre de l’ANSEJ.  Et Safir de relever qu’il y a en Algérie près de 10 000 émeutes par an, soit une émeute par heure non sans  mentionner que ces émeutes dans la majorité des cas n’appellent pas les dirigeants à rendre le tablier mais à respecter « le pacte rentier ». C’est-à-dire à fournir des logements, des routes, de l’électricité, etc.  Se référant à une étude internationale, qui établissait le baromètre des sociétés civiles, l’Algérie a-t-il dit s’était classée la dernière. Pour lui « les jeunes arrivent à vivre grâce à la solidarité familiale et à l’économie informelle. Selon son « estimation personnelle » il y aurait en Algérie, 5 millions de jeunes précarisés par rapport à l’emploi.  Toutefois il note « d’énormes transferts sociaux qui représentent 30 % du PIB ».
 
Faiblesse des mouvements sociaux
 
Revenant sur les protestations contre le 4e mandat de Bouteflika, Safir estime que les mouvements sociaux qui les portent n’ont pas d’ancrage « réel ». Pour lui « Barakat n’a pas réuni beaucoup de monde ». Néanmoins  il a estimé que les deux rentes (historique et économique) sont en train de s’épuiser. Dans le débat une voix s’est élevée « Qu’est ce que vous entendez par élection dont les résultats sont connus d’avance ? Est-ce que vous faites allusion à la victoire de Bouteflika ou de Benflis ? ». Akram Belkaid répond tout de go « le clan d’Ali Benflis est convaincu que l’élection est ouverte » Et d’enchainer « je crois que « Bouteflika n’accepterait jamais  de participer à une présidentielle dont il estime qu’il sortira le perdant ». Belkaid cite au passage, de l’air de dire qu’il n’y croyait pas trop, la thèse avancée par le sociologue Lahouari Addi, selon laquelle Bouteflika jouerait le rôle de lièvre lors de la prochaine joute.  Au monsieur qui demandait « qui gouverne l’Algérie ? », Nadji Safir a rétorqué mystérieusement en citant les paroles qu’aurait dites le Général de Gaule, à une personne « dont je préfère taire la question » : « vaste programme mon ami ! ».  Parlant de l’armée, Safir trouve qu’elle se caractérise par « une logique de corps ». Les retraités a-t-il dit gardent des liens très forts avec leurs camarades encore en fonction. Parfois ce sont les retraités qui s’expriment. Le Général Benhadid a pris la parole dans les médias au nom de ses camarades a-t-il rappelé.
 
L’autre question posée est celle se rapportant au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), parti qui vient d’opter pour le séparatisme après avoir revendiqué l’autonomie. Safir estime que « le MAK ne changera pas fondamentalement la donne ». Pour sa part, Akram Belkaid, trouve la revendication du MAK « choquante » tout en concédant qu’il peut « être entendu dans un contexte démocratique ». Il n’a pas caché sa crainte de voir  le pouvoir utiliser cette affaire  comme une carte de pression sur la société afin de se maintenir en place.  A la fin Safir, complétant sa thèse des deux logiques rentières, reconnait que le traumatisme laissé par la guerre civile des années 90 est un autre facteur démobilisant, qui empêche les mouvements sociaux à prendre pied.

 

 

 

Pereira : Les Guinéens face à la reconstruction de leurs Pays

[Par Pierre Toh]

 

En tournée européenne, Domingos Simoes PEREIRA, Président du Parti Africain pour la Renaissance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), parle à la diaspora de la Bissau-guinéenne : « Les Guinéens ont été capables de détruire leur pays, ils doivent donc être capables de le reconstruire ».

 

Domingo Simoes Pereir

Domingo Simoes Pereira

 

La Guinée Bissau a plongé dans une crise constitutionnelle suite au coup d’état d’avril 2012 après l’élection de Carlos Gomes Junior, candidat du Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert. Elle sort progressivement la tète de l’eau. En avril prochain, après un premier report, des élections présidentielles pourraient se tenir dans le pays. Le Parti Africain pour la Renaissance de la Guinée et du Cap-Vert, qui est à la tête de ce pays depuis l’indépendance en 1974 pourrait, sauf problème majeur, rempiler pour une autre victoire. C’est en préparation de ces joutes que M. Domingos Simoes PEREIRA Président du PAIGC vient de séjourner à Paris du 15 au 17 mars dernier. Au menu de son agenda, des rencontres avec les autorités politiques Françaises mais surtout avec la diaspora Bissau-guinéenne. Au cours des échanges, la vie des ressortissants dans l’hexagone a été évoquée dans un franc-parler dont il est maître. Le Président du PAIGC et futur Premier Ministre leur a prodigué différentes recommandations pour vivre en parfaite harmonie dans le pays dans leur pays d’accueillis ; surtout, il leur a conseillé d’œuvrer à fructifier leur séjour pour être, demain, des acteurs incontournables dans l’économie de leur pays d’origine. Bien évidemment, la situation sociopolitique de la Guinée-Bissau a occupé une large place dans les échanges qui ont été fructueux. Pour finir, tous ont pris rendez-vous pour le 13 avril prochain, date choisie pour les élections présidentielles en Guinée-Bissau. Principale recommandation du Président Domingos à ses concitoyens, dite dans une phrase symbolique, « les Guinéens ont été capables de détruire leur pays, ils doivent donc être capable de le reconstruire ».

 

 

Requiem pour la presse à l’est du Congo pseudo « démocratique »

[Par Déo NAMUMJIMBO]

 

Sans journaux ni véritables radios et télévisions dignes de ce nom, des millions d’habitants de l’est du Congo dit démocratique doivent se connecter sur les chaînes étrangères et se disputer des journaux vieux de deux ans. Défection en masse des journalistes, arrestations arbitraires, tortures et intimidations et autocensure sont les seuls choix qui restent aux « chevaliers de la plume ».

Reportage.

 

Photo du site : congo-dechaine.info

Photo du site : congo-dechaine.info

Inconsolable, Eric Mwamba ne peut plus cacher ni son impatience ni son ras-le-bol chaque jour grandissant. Agé d’une quarantaine, cet excellent journaliste indépendant congolais, membre du Forum for African investigative reporters (FAIR, basé en Afrique du Sud) vit depuis une douzaine d’années entre le Canada, l’Afrique de l’Ouest et l’Australie. « Rien n’est plus frustrant que de devoir fuir son pays pour continuer à exercer le métier qu’on aime et qu’on a choisi », ne cesse-t-il de répéter à tout bout de champ.

 

Près de 10 mille kilomètres plus loin, à Bukavu, J.-M. K., l’un des plus brillants journalistes de radio et de télé de tout l’est de la République démocratique du Congo, a dû changer de métier pour s’investir dans l’éprouvante exploitation de l’or et de la cassitérite, horrifié par les meurtres à répétition des journalistes. « Après avoir assisté à l’enterrement de mes amis Serge Maheshe en juin 2007 puis de Didace Namujimbo en novembre 2008, tous deux journalistes de la radio Okapi de la Mission des Nations Unies au Congo, j’ai compris que mon tour allait bientôt venir et j’ai choisi de quitter ce métier devenu à haut risque », affirme-t-il en essuyant une larme. Pas moins de 16 journalistes ont été assassinés depuis l’année 2005, ce qui classe le pays parmi les principaux prédateurs mondiaux de la liberté de presse selon les rapports de Reporters sans frontières, de l’Ifex, du Comité pour la protection des journalistes et de toutes les autres organisations œuvrant dans ce domaine.

 

Au Rwanda voisin, Philippe le directeur de la Librairie Caritas de Kigali, ne cache pas sa satisfaction : les journaux se vendent comme des petits pains. Ses principaux clients sont des Congolais qui traversent chaque jour la frontière pour s’approvisionner. « Il n’y a rien de plus ridicule que d’aller acheter à l’étranger un journal pour apprendre ce qui se passe dans le village voisin du vôtre », se désole Kennedy Wema, directeur de Radio Soleil Fréquence verte de Butembo au Nord-Kivu, d’ailleurs fermée par les autorités pour avoir interviewé un officier mutin.

 

Incontournables difficultés d’accès à l’information

 

Photo du site : congo-dechaine.info

Photo du site : congo-dechaine.info

Trois fois plus grand que la France et 50 fois la Belgique, l’est de la RDC est aussi étendu que la moitié de toute l’Europe occidentale. Il est composé des provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Maniema et de la Province orientale, soit une superficie totale d’environ 1 million 800 mille kilomètres carrés sur lesquels vivent pas moins de 35 millions d’âmes. Pratiquement aucun journal n’y est publié par manque d’infrastructures adéquates. L’enseignant Alexis Bahole, ancien journaliste de presse écrite, résume bien la situation : « Comment voulez-vous faire un journal sans imprimerie ni maison d’édition, sans subvention pourtant prévue par la loi, sans accès aux lieux des événements à cause de l’insécurité et de l’absence de routes ? Avec quoi allez-vous le financer sans accès à la publicité ni espoir de vente au numéro suite à la misère criante de la population » ?

 

Hormis Le Souverain du peuple de Bukavu – un mensuel qui parait quand il peut selon sa directrice Solange Lusiku – et Mongongo de Kisangani, pratiquement aucun journal « sérieux » ne parait sur ce vaste territoire. L’un et l’autre sont imprimés à grands frais à Kampala en Ouganda ou à Bujumbura au Burundi, avec ce que cela coûte en transport et en frais d’hôtel et de douane. « Doit-on parler des feuillets de liaison des innombrables Ong locales, plus soucieuses de justifier les dépenses de l’argent reçu de leurs bailleurs de fonds que de réellement informer la population » ? s’interrogent les habitants. « Par contre, renchérit la grande majorité des Congolais de l’est, il convient de louer l’apport de l’agence de presse franco-congolaise Syfia Grands lacs qui, avec sa cinquantaine de correspondants, nous informe gratuitement chaque semaine grâce à ses articles fouillés et vraiment objectifs ». Tout en soulignant : « Dommage que ces excellents journalistes ne se limitent pratiquement que dans les villes et non dans les villages et les montagnes, de peur de se faire agresser par les soldats et les groupes armés en plus qu’il n’y a pas de routes pour y accéder ».

 

Petites radios, grands succès

 

Quid de la presse audiovisuelle ? Pas moins de 400 radios et quelques stations de télé fonctionnent dans cette partie du pays avec les moyens de bord. La plupart appartiennent à des hommes politiques, à des associations ou à des confessions religieuses et ne diffusent donc que « la voix de son maître ». Le seul média bien équipé et vraiment performant reste la radio Okapi de l’Onu. Mais là aussi ce sont les rédacteurs en chef européens qui décident du contenu à diffuser ou non sans toujours tenir compte du véritable intérêt des auditeurs. Celles qui se veulent sérieuses émettent dans un rayon n’excédant pas 5 km à la ronde avec du matériel dérisoire et bricolé : autoradio transformé en émetteur, fil métallique en guise d’antenne, souvent un seul dictaphone pour une dizaine de journalistes… – quand ils ont du courant électrique, ce qui est rarissime ou du carburant dans leurs groupes électrogènes, ce qui relève plutôt du parcours du combattant. « Si au moins nous avions accès aux sources officielles d’information, s’insurge J.K. Tenez, l’autre jour je suis allé voir un lieutenant de la brigade routière pour avoir des éléments sur un enlèvement de jeunes filles dans un village. Il m’a envoyé à son capitaine, celui-ci au colonel puis au général qui m’a affirmé que les militaires, les policiers et en général les fonctionnaires ne pouvaient rien dire à la presse sans l’aval du Commandant suprême, le Chef de l’Etat en personne. C’est d’un ridicule ! ». C’est ainsi que les habitants de la partie orientale de l’ex-Zaïre, l’un des pays potentiellement les plus riches du monde sont contraints, pour être informés sur ce qui se passe autour d’eux, de se brancher sur les radios internationales à l’instar de la Voix de l’Amérique, la Bbc ou encore Radio France Internationale. Là encore, des organisations internationales veillent au grain, surtout en matière de formation et d’équipement : Institut Panos Paris, Benevolencia, Centre Lokole de Search for common ground, Misereor, Syfia, Pnud etc. « Que deviendrions-nous sans Reporters sans frontières et Journaliste en danger, pratiquement les seules associations qui défendent nos droits lorsque – et c’est plutôt fréquent- nous sommes assassinés, torturés, menacés ou poussés à l’exil ? », s’interroge l’animateur de radio Alexandre, un désarroi fort remarquable dans la voix.

 

Comment s’en sortir ?

 

Contacté au téléphone par nos soins pour savoir ce qu’il pense de l’avenir de la presse et du journalisme au Congo « démocratique », Jean-Marie B., un des derniers monstres sacrés de la profession que ses confrères ont surnommé affectueusement « le Doyen » répond laconiquement : « Devant cette situation il n’y a malheureusement plus que trois choix : l’exil, le changement de métier ou, la pire de toutes, l’autocensure. Bien des journalistes se sont hélas inféodés à des hommes politiques qui profitent de leur misère, mais ceux-là je les compare à des prostituées indignes ». Il reste bien sûr Internet mais là encore la fiabilité et l’objectivité des contenus diffusés exigent d’y regarder à deux fois tout comme d’ailleurs le professionnalisme et la bonne foi des expéditeurs. Ce qu’il fallait démontrer.

 

 

T’es mal barré, p’tit frère blanc ! Et nous aussi !

[Par Djamaleddine BENCHENOUF]

 

Oui, t’es vraiment mal barré ! Et nous aussi ! Mais le pire est que tu ne le sais pas toi-même. T’as les yeux sur le guidon, ou plutôt sur l’écran qui te fourgue ton prêt-à-penser, ton prêt-à-bouffer, ton prêt-à-haïr, ce que doit être ta mode, tes idoles, tes émotions, et même tes boucs émissaires, en guise de soupape pour évacuer le trop plein qui pourrait faire péter le carcan où t’as laissé enfermer ton ciboulot.

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Tu es là, la bouche ouverte, le regard hagard, les yeux rivés sur les images qui défilent, à absorber ta grosse portion de tartakon. T’es accroc, tu ne peux plus t’en passer ! T’as besoin de ta dose, que tu achètes sous des emballages divers et variés, télé, radio, journaux, internet. Les emballages foisonnent, ils pullulent, jusque dans ta boîte à lettres, dans ta boite mail, jusque dans tes sms.

 

T’es mal-barré mon gars ! Ta télé, ton téléphone, tes nippes, tes meubles, ta bagnole, et tout ce que tu as payé avec le salaire qu’on te consent, ils sont encore en bon état de fonctionnement, mais on te demande d’en changer, d’en acheter de nouveaux, dont on te dit qu’ils sont meilleurs, plus compétitifs, et tu fais ce qu’on te demande. Tu passes ton temps à courir après l’argent, pour pouvoir satisfaire ces étranges besoins qu’on t’inocule, tu travailles de plus en plus, et même que tu t’endettes, mais tu ne peux pas ne pas exécuter les ordres des magnétiseurs. Et eux, pour parer à toute velléité de ta part, ils font en sorte que tous tes bidules, et tous tes gadgets ne puissent pas fonctionner trop longtemps, même si tu le voulais. Alors ils les produisent de façon à ce qu’ils tombent en panne, et que pour les réparer ça te coûterait plus cher que d’en acheter d’autres tout neufs. Et tu marches ! Et même que tu applaudis à ton Président quand il te harangue de travailler plus pour gagner plus.

 

Tu pourrais travailler moins longtemps, prendre le temps de vraiment vivre, et consommer moins, sans que ça ne te rende moins heureux. Tu laisserais ainsi la place aux cohortes de chômeurs qui ne trouvent pas de boulot, et tu épargnerais un peu cette planète dont nous avons largement entamé le capital naturel. Mais malgré tes études, toute l’info que tu ingurgites par gros paquets, tu ne vois même pas qu’on a pillé les entrailles de la Terre, et pollué son atmosphère. Mais non ! Tu ne vois ni n’entends. Ce n’est pas de ta faute. T’as pas le choix, tu es sous contrôle, et on veut que tu détruises le monde où tu vis. Et tu fais ce qu’on te dit de faire.
T’es mal barré p’tit frère blanc ! Tu n’as besoin que d’une petite quantité de viande, ou même pas du tout, mais on t’en fait bouffer des quantités énormes, venues d’animaux qui sont élevés dans des conditions atroces. On t’empiffre de l’angoisse de pauvres bêtes qui sont bourrées aux hormones et aux antibiotiques, qui sont privées de l’affection et du lait de leurs mères, qu’on fait grossir dans des espaces confinés, où elles pataugent dans leurs excréments, parfois sans jamais voir la lumière du jour.

 

Et tu ne sais même pas ce que cet élevage intensif génère de souffrances. Ni ce que ton MacDo coûte à l’humanité entière. Pour nourrir ces milliards de pauvres bêtes, il faut leur faire consommer 7 kilos de céréales et 16000 litres d’eau pour obtenir un seul kilo de viande. Et tu ne sais pas que c’est autant de céréales et autant d’eau qui auraient pu nourrir et abreuver les milliards d’êtres humains qui crèvent la dalle, et qui crèvent de soif. Juste pour que tu puisses bouffer 100 kg de viande par an.

 

Et tu ne veux même pas savoir ce qu’est la souffrance de la pauvre oie qu’on gave, pour qu’elle te donne ce foie gras dont tu te délectes. Tu ne sais même pas que tu manges le foie d’une bête obèse, qui a souffert toute sa vie, trois fois par jour, pour te donner un organe malade.
Et t’es là, p’tit frère blanc, à courir dans tous les sens, rêvant de posséder mieux que les autres, de consommer mieux que les autres, de pouvoir parader, pétarader, mettre la marque de tes nippes en gros, sur ton dos, pour qu’on sache qui tu es, ce que tu peux te permettre !
Sur l’écran de tes plus beaux rêves, ce ne sont plus que carrosseries rutilantes, Rolex et black-berry. Tu es malheureux de ne pas pouvoir te les offrir. Et quand tu les as, tu les montres, tu les hisses au sommet de tes pathétiques illusions.

 

Ceux qui te formatent, qui modèlent ta matière grise, qui dessinent tes rêves en kit, ont presque fini par se lasser de tant de docilité. Ils ont tout essayé avec toi, et tu marches à tout. Comme un seul homme. Tu ne résistes à rien. Alors eux, pour s’amuser un peu, et varier le plaisir, ils se sont mis à essayer sur toi des trucs complètement hallucinants. Ils ont été au bout du bout de leur imagination la plus débridée, pour espérer te voir enfin te cabrer, un tout petit peu, pas trop, pour pouvoir eux-mêmes retrouver de l’enthousiasme pour ce qu’ils font, et inventer de nouvelles méthodes pour te re-domestiquer, mais peine perdue. Tu gobes tout !
Tu as quand même obéi, comme un vrai zombie, à leurs suggestions les plus hilarantes. Ils t’ont inventé des modes de clowns pour marchés à bestiaux, et tu les as adoptées dans l’enthousiasme le plus délirant. Ils t’ont demandé de porter des pantalons à mi-fesses, des cordes en guise de slip, des chaussures à lacets qui pendent, des casquettes improbables, des couleurs de cheveux fluo, de te faire mettre des seins en silicone, et tu as dépensé tout ce que tu avais pour te mettre aux normes décrétées. Ils n’en sont pas revenus eux-mêmes, de ta fièvre acheteuse, de ta malléabilité.
Ils t’ont demandé de te tatouer, de te mettre des boucles d’oreilles, des anneaux aux naseaux, et même des breloques sur le sexe. Tu l’as fait !

 

Ils t’ont dit de gribouillis que c’étaient des œuvres d’art, et tu t’es extasié. Ils t’ont ordonné de considérer du bruit comme le nec plus ultra de la musique, et tu as obtempéré, d’aller faire du tourisme dans des bateaux-ville, et tu as pris ton appareil photo pour t’immortaliser dans les grandes surfaces de la croisière de masse, pour bétail humain. Ils t’auraient suggéré de balancer ta mère dans la flotte que tu l’aurais fait.

 

Eux-mêmes, ces gens qui agitent tes ficelles, ne savent plus pourquoi ils font tout ça. Ils ont oublié, puis la machine s’est mise à tourner toute seule, ou presque. Eux-mêmes sont devenus des marionnettistes-automates, dont d’autres marionnettistes tirent les ficelles, dans une chaine infinie de manipulateurs qui manipulent des manipulateurs, qui manipulent des manipulateurs.

 

Ils savent confusément que cela leur donne le pouvoir sur toi, mais à la longue, ils ont acquis le sentiment qu’avoir le pouvoir sur toi, où sur les poulets de batterie qu’ils engraissent pour toi, c’est presque kif-kif.

 

Ils auraient voulu que tu résistes un peu, pour mettre du sel dans la fadeur de leur sale boulot. Mais la dose était trop forte, et il n’est plus possible de la réduire. Tu casserais la baraque. Tu ne te révolteras contre rien, contre aucune injustice, aucune oppression, pas même contre la destruction inexorable de ta propre planète, mais si jamais ils décidaient de te ramener à plus de conscience, parce qu’ils se rendent compte maintenant qu’ils sont allés trop loin, et qu’ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont eux-mêmes assis, alors là tu te rebifferais.
Tu es devenu un esclave shooté à son propre esclavage. Un esclave accro à ses chaînes. Pas question pour toi de te libérer, ni même de te faire libérer malgré toi. Tu deviendrais incontrôlable. Alors, ils continuent ! Et même qu’ils multiplient ta dose, parce que celle que tu as ne te suffit plus, et parce qu’il faut l’augmenter chaque jour.

 

T’es mal barré p’tit frère blanc ! T’es mal barré ! Et nous aussi ! Et le comble du comble, et que non seulement tu ne mesures pas l’état déplorable où tu as été mis, mais qu’en plus, tu l’ériges en valeur suprême, et tu es révolté, oui, oui, révolté, au plus profond de toi, que les autres peuples n’aient pas pu se hisser au niveau de ta déchéance, à ce que tu crois être des valeurs suprêmes.

 

T’es mal barré, mon gars ! Paumé, halluciné, mais non moins béat d’admiration pour l’image que renvoie de toi-même ton miroir déformé. Tu ne sais même pas que tu n’es plus qu’un mouton carnivore, bouffeur de saloperies innommables, au milieu d’un troupeau qui a perdu le sens même de son humanité, qui a dilapidé l’héritage immémorial que ses ancêtres lui ont si généreusement légué, de valeurs créées de haute lutte, contre la barbarie, les instincts premiers, les penchants malsains. Tu t’es délesté, avec le sentiment que tu t’en es libéré, de ce qui faisait de toi le fruit d’une civilisation.

 

Tu n’as plus que mépris pour le mariage et la famille. Pour toi, il n’y a plus que les péquenots qui se marient, et les bobonnes qui font des gosses. Pourtant, tu es particulièrement indigné que quiconque puisse se poser des questions sur le mariage entre gens d’un même sexe, où l’adoption d’enfants par ces couples.

 

T’es mal barré, p’tit frère blanc ! Et nous aussi ! Tu prétends être un citoyen vigilant, et tu ne vois pas que même ton vote est orienté, qu’on te dit pour qui et pourquoi voter, que ta démocratie n’est qu’une grosse farce enrobée d’oripeaux fallacieux, que c’est l’argent, et seulement l’argent qui sert de trébuchet, pour décider qui sera ton représentant, et qui sera ton dirigeant.
Tu crois qu’ Internet est une libération, un pouvoir qui a échappé à ceux qui l’ont conçu et vulgarisé. Dans le meilleur des cas, quand ta conscience balbutie, et qu’elle parvient à émerger, le temps d’un battement de cils, des couches successives de cendres et de mensonges où elle a été ensevelie, tu crois qu’Internet sera le recours contre l’Empire qui te domine, contre sa presse, ses politiciens et ses banquiers. Peuchère ! Tu ne vois même pas qu’Internet n’a été inventé que pour t’attacher encore plus serré dans la toile où tu as été pris.

 

Maintenant, avec Internet, tout ce que tu émets de pensée, serait-ce un bêlement, est stocké dans l’espace qui t’a été personnellement aménagé. Tout ce qui te concerne, y compris ce que disent les gens de toi, est quelque part, archivé, agencé avec une technique imparable, en attendant d’être utilisé, si le besoin s’en fait sentir.

 

Il ne manque plus que de te marquer, de te mettre une puce électronique sous la peau, ou dans la tête, pour te pister, pour savoir même dans quel état de santé tu te trouves, et ça ne saura tarder. C’est déjà dans les tablettes.

 

Mal barré, p’tit frère blanc ! Mal barré ! Et nous aussi !

 

Tu te prétends humaniste, progressiste, altermondialiste, et tous ces trucs passés de mode, mais tu ne veux même pas entendre parler de ces milliards de gens qui sont marginalisés, dans leurs pauvres pays de là-bas, les noirs, les gris, les basanés, les bridés, les crève-la-dalle !
Tu as bien voulu qu’on te les importe, à un certain moment, pour qu’ils bâtissent ta maison, ton métro, tes routes, pour qu’ils vident tes ordures, faire les sales boulots dont tu ne veux pas.
Quand ils sont arrivés chez toi, tu les as parqués dans des cités à part, tu as mis la misère avec la misère, l’ignorance avec l’ignorance, dans des quartiers qui ne disposent que du minimum de mobiliers et de services urbains. Des quartiers sans boulot, sans considération, que tu fuis comme la peste. Que tu nommes Les Quartiers, ou Les Cités, comme du temps béni des colonies, quand on disait les Villages nègres.

 

Et si d’aventure un de ces esclaves d’esclaves s’aventure dans tes quartiers à toi, tu le toises de haut, comme s’il te polluait l’air que tu respires. Et lui, l’immigré, même s’il a pris ta nationalité, même s’il rase tes murs, même si lui aussi est devenu comme toi, drogué par vos maîtres communs, il se ressent un peu comme un privilégié, quand il pense à ceux de ses frères qu’il a laissé au bled, pourrir sur pied, dans une indicible misère. Sa plus grande joie, et sa seule satisfaction, est quand il rentre une fois l’an, au bled, pour écraser de sa superbe, et de son français à peu près châtié, et tout à fait châtré, ses anciens compatriotes et désormais blédards. Chacun a les indigènes qu’il peut !

 

Oui, au fond de lui il voudrait tellement que tu l’adoptes, que tu lui donnes un tout petit chouiya de respect. Il a tout essayé pour faire partie de ta société, pour être accepté, avoir un peu de considération, non pas de la part de tes propres maitres, mais de toi, parce qu’il pensait que lui et toi vous aviez un sort commun d’esclaves. Mais sa couleur de peau, sa religion, son accent, ses coutumes ancestrales, qu’il ne peut pas, du jour au lendemain, jeter par-dessus l’épaule, et surtout le conditionnement que tu as subi, pour l’exclure, le mépriser, et même le haïr, ont creusé un fossé infranchissable entre toi et lui. Au point où il n’a même pas la possibilité d’avoir un boulot comme toi, pour pouvoir, comme toi, entrer dans la logique de consommation de tes maitres et des siens. Il faut bien qu’il y ait des populations pour manger les restes des esclaves, pour recevoir leur aumône, porter leurs fripes, fouiller dans leurs poubelles.

 

Parmi ces damnés de chez Damné, certains ont tout fait pour forcer la chatière, la porte de la niche, resquiller le petit strapontin.

 

Ils ont occidentalisé leurs prénoms, voire même les noms de leurs ancêtres, ils se sont mis à parler votre langue avec leurs propres enfants, à adopter vos mœurs, à célébrer vos fêtes, à vous singer jusque dans vos mimiques, à mépriser leur propre communauté, parce que ça les rassurait, dans leurs efforts pathétiques de vous ressembler. Mais peine perdue. Ils sont restés à l’orée de votre estime, et ils se sont mis en dehors de leur communauté. Le cul sur deux chaises, ils sont là, ne sachant même plus qui ils sont.

 

D’autres, aigris, révoltés, la haine en bandoulière, ont cru ne pouvoir retrouver leur dignité qu’avec leur retour à une identité perdue. Ils ont alors adopté des attitudes ouvertement hostiles. Ils se sont rappelés qu’ils étaient musulmans, et ils ont cru que revenir à leur identité-source, c’était s’accoutrer comme des bédouins, se parfumer d’ambre synthétique, à faire tomber les mouches, c’était de décréter le djihad tous azimuts, entre taf de shit et prédication sur la façon d’entrer ou de sortir des toilettes.

 

Ces gens ont été une aubaine pour vos marionnettistes. Du pain bénit ! Ils ont été les meilleurs atouts, l’argument inespéré, pour attiser votre haine latente contre l’autre, ils ont été les épouvantails idéaux pour agiter les peurs, semer la confusion, entretenir un climat d’angoisse propice au contrôle des masses.

 

Et tu n’as pas d’idée, p’tit frère blanc, et on fait tout pour que tu ne le saches pas, jusqu’à chercher à te faire ingurgiter le concept de colonialisme positif, que si ces gens-là viennent chez toi, de plus en plus nombreux, c’est parce que ton pays a colonisé le leur, qu’il l’a vampirisé, qu’il a réduit ses populations à l’ignorance, à l’hébétude. Il a pompé leurs richesses, sans lesquelles vous n’auriez jamais atteint un tel niveau de prospérité, si tant est que votre succédané de paradis peut être qualifié de prospérité.

 

Et ce que tu feins d’ignorer, p’tit frère blanc, ou qui ne t’intéresse pas, c’est que même après la décolonisation , tes dirigeants ont tout fait, et souvent étouffé des crimes et des carnages, pour placer des despotes à leur solde, à la tête de ces pays, pour continuer à les exploiter, à les vider de leurs richesses. Et non seulement, ils protègent ces tyrans, mais ils vont jusqu’à tout faire pour empêcher que leurs peuples s’en libèrent.

 

Lorsqu’à la suite de circonstances extraordinaires, et tout à fait confidentielles, et pour cause, puisqu’elles cachent de bien sombres desseins, ils jouent aux sauveurs des peuples, en intervenant militairement pour abattre les régimes qu’ils ont eux-mêmes installés, et qui ne sont plus dans leurs bonnes grâces, souvent pour des raisons inavouables, il ne faut surtout pas douter que ce n’est certainement pas pour le bien de ces peuples opprimés qu’ils le font. Ça se saurait !

 

Aujourd’hui, si des milliards de gens du sud ne rêvent que d’émigrer dans vos paradis artificieux, ce n’est pas par plaisir masochiste de s’arracher à leurs familles, à la terre de leurs aïeux, de se jeter sur les routes amères de l’exil, de s’exposer aux brimades, au racisme, à l’exclusion.
C’est juste qu’ils n’ont pas le choix.

 

C’est juste parce qu’ils rêvent de ce qui est vraiment un eldorado pour eux, dans vos pays où les gens mangent à leur faim, où il y a de l’eau qui sort des robinets, où il y a de la lumière quand on appuie sur un bouton, où même les poubelles regorgent de nourriture qu’ils n’imaginaient même pas en rêve.

 

Pourtant, et c’est tout le problème, c’est de leurs malheureux pays, du moins en grosse partie, que vient cette prospérité de cet occident qui les attire comme des phalènes fascinés par la flamme qui leur brulera les ailes.

 

Le processus est enclenché. Il va aller crescendo désormais. Et il sera difficile de le contrôler. Parce que ces milliards de gens qui croupissent dans la misère et l’oppression, dans leur pays respectifs, ne rêvent que de venir dans cet occident de Cocagne. Ils n’ont plus le choix, puisqu’ils meurent de faim, de maladies d’un autre âge, d’une violence barbare. Vous aurez beau tout faire pour les en empêcher, ils déferleront sur vos pays, et rien ne les arrêtera. Parce que dans leur esprit c’est de l’enfer qu’ils vont s’échapper, pour rejoindre l’Eden. Les graves troubles qui menacent d’exploser un peu partout dans ces pays de misère vont accélérer et amplifier les flux migratoires. Bientôt, les clandestins ne se compteront plus.

 

Une solution existe pourtant, P’tit frère blanc, une solution juste, juste humaine. C’est que tes dirigeants et tes garde-chiourmes comprennent enfin que leur penchants esclavagistes vont maintenant se retourner contre eux, après avoir broyés des milliards et des générations entières d’êtres humains.

 

Ils ont pressuré ces pays pendant trop longtemps, ils les ont saignés à blanc.
Le temps est venu de laisser ces peuples profiter de leurs propres richesses, de ne plus soutenir leurs despotes, de ne plus encourager la grande corruption qui y fait rage, de ne plus pomper les cerveaux que ces pays ont formés au prix de grands sacrifices.
Le meilleur moyen, cher frère p’tit blanc, est que nos populations restent chez elles. Que tes dirigeants arrêtent de les exploiter, et d’imposer à leurs têtes vos caporaux, maréchaux de pacotille et autres présidents à vie.

 

Mais cela ne suffira pas ! Tes dirigeants ont profondément dévasté ces pays, mis à mal leurs équilibres vitaux. Ils leur ont maintenu trop longtemps la tête sous l’eau. Ils ne pourront pas s’en sortir tout seuls .
Il faudra les aider, construire avec eux des relations fraternelles, de peuples à peuples.

 

Le temps est peut-être venu, p’tit frère blanc, que non seulement tu secoues tes propres chaînes, mais aussi que tu demandes à tes dirigeants d’arrêter de nous pomper le sang, s’ils ne veulent pas que nous déferlions sur vos terres. Elle est bien gentille la Marine, d’agiter le bonnet phrygien, et de hurler haro sur le baudet, de nous tomber dessus à couilles rabattues, de chercher à tous nous bouter hors de ses terres. Mais qu’elle commence à regarder le passé de son pays dans les yeux, à faire la part des choses, à mesurer tout le mal qui nous a été fait, et si elle est douée de la plus petite conscience, à réfléchir aux moyens de réparer ce qui a fait de nous des mendiants qui toquent à la porte de ceux qui ne veulent pas de nous, après avoir construit leur maison avec nos deniers et notre sang.

 

Tes dirigeants, p’tit frère blanc, sont la cause première et essentielle de l’état dans lequel ces pays du sud se débattent.

 

En Algérie, aujourd’hui même, Hollande, Ayrault et Cie, en plus des nombreux requins qui fraient dans les eaux troubles du régime, sont partie prenante, voire complices, dans une farce de quatrième mandat pour un mourant, parce que non seulement son clan arrange leurs affaires, mais qu’en plus il sait glisser de belles enveloppes dans certaines poches.
A cause de cette grosse arnaque, où la France officielle joue un rôle très pesant, voire décisif, l’Algérie pourrait entrer dans une spirale de violence que je n’ose même pas imaginer. Une tragédie qui pourrait coûter très cher au peuple algérien, et pousser un grand nombre de gens à traverser la méditerranée.

 

Auquel cas, nous serions tous mal barrés ! Toi, comme nous !

 

J’espère que cette longue lettre que je te fais t’aura un peu sorti des vapes subliminales où tes garde-chiourmes t’enfoncent chaque jour, mais si ce n’est pas le cas, c’est que tu es vraiment mal barré frère p’tit blanc. Et nous aussi ! Nous surtout !

 

 

Les femmes violées du Kivu

[Par  Déo NAMUJIMBO]

 

Les guerres, l’insécurité et l’impunité généralisées de ces dix dernières années ont occasionné de nombreuses atrocités à l’est de la République démocratique du Congo : 9 millions de morts répertoriés par les organisations internationales, des centaines de milliers de femmes victimes de violences sexuelles. Organisations locales et internationales, églises, institutions caritatives s’efforcent de leur apporter des soins médicaux et psychologiques pendant qu’assassins et violeurs circulent paisiblement.

 

Reportage à Bukavu.

 

Photo par Afrocongo.com

Photo par Afrocongo.com

Assises sur des nattes en morceaux, couchées ou accroupies au pied de jeunes arbres dans une immense cour ombragée, une cinquantaine de femmes font la vaisselle, recousent des pagnes mille fois rapiécés, s’enlèvent mutuellement des chiques dans les doigts de pieds, se tressent les cheveux ou se cherchent des poux dans la tête. Un peu plus loin, un groupe de vieilles femmes courbées en deux font péniblement les cent pas en s’appuyant sur des bâtons. Encore plus loin, sous le couvert d’un vieux hangar ayant jadis servi de garage, d’autres femmes et quelques jeunes filles font la cuisine sur des braseros bancals dans de vieilles casseroles élimées, assises comme des écoliers sur des bancs alignés.

 

Toutes paraissent lasses et faméliques, emmitouflées dans de gros tricots de laine ou de crasseuses couvertures. « Nous comptons ce jour 12.335 victimes, explique Bagabo Saleh, le statisticien du Projet Victimes de violences sexuelles (VVS) qui fonctionne au sein de l’hôpital de Panzi à Bukavu. La moyenne est de 250 cas par mois, dont 180 viennent des régions où sévissent les rebelles hutus rwandais ».

 

 

« Impossible de citer un chiffre précis car chaque jour de nouveaux cas sont signalés ici et là et de nombreuses victimes n’osent pas se plaindre de crainte d’être rejetées par leurs maris et familles ou pointées du doigt, soupçonnées d’être atteintes du sida », rapporte Christine Schuler-Deschryver, responsable de Vidéo-Congo, une des nombreuses Ong qui prennent en charge ces malheureuses. Selon Magambo Budundwa, le responsable administratif et financier du projet VVS de l’hôpital de Panzi, « le seuil critique a été celui de l’an 2004 où nous recevions en moyenne 4 à 5 VVS par jour, la plupart ayant été victimes d’hommes armés parlant le kinyarwanda et venant de milieux reculés. Bien d’autres ne parviennent pas à Bukavu soit parce qu’elles ont été trop physiquement atteintes, soit encore à cause de la honte qui les empêche de s’exprimer publiquement ». La majorité se plaignent de l’abandon juridique dont elles sont victimes : « Vous ne pouvez imaginer combien cela fait mal de rencontrer chaque jour le type qui vous a fait tant de mal, continue à violer jusqu’à des bébés et qui vous dit qu’il vous violera quand l’envie lui en prendra  », se plaint la vieille Ernestine qu’une fistule paralyse depuis deux ans. Me Julien Cigolo, coordinateur de l’Observatoire international sur le viol comme tactique de guerre, lui donne raison : « Chez nous, le viol est un véritable crime de guerre et ne peut s’expliquer autrement lorsque les femmes sont violées par plusieurs hommes qui leur enfoncent ensuite des bâtons dans le vagin, leur inoculent volontairement le sida et les avilissent au plus haut point. Dommage que la Cour pénale internationale ne fasse rien pour les réhabiliter, ainsi que la population tout entière ».

 

 

Compassion locale et internationale

Devant l’ampleur de la situation, plusieurs organisations locales et internationales se sont penchées sur la question, appuyées par des bailleurs occidentaux.

 

Selon le bureau de coordination de la Société civile du Sud-Kivu, pas moins de 387 associations ont été créées ces deux dernières années pour profiter du pactole. « Ils s’achètent des voitures et se construisent des villas, très peu d’argent nous parvient. Ils produisent pour se donner bonne conscience de belles émissions à la radio et de jolis rapports pour distraire les bailleurs et la population », affirme Clémentine. Christine Schuler-Deschryver va plus loin : « En réalité les Bazungu (les Blancs, en swahili) dépensent sur place leur argent en se payant de gros salaires, en organisant séminaires et colloques dans les salles les plus chères et en logeant les participants dans des hôtels de luxe avec des per diem à faire rêver. Combien croyez-vous qu’il reste pour les VVS ?  ». Pour Me Julien Cigolo, « la CPI devrait en priorité, à travers son Fonds au profit des victimes,  au lieu de jeter l’argent par les fenêtres, appuyer des projets innovants qui impliquent les communautés victimes de ces viols, par exemple au moyen de micro crédits et de mutuelles de santé, en les sécurisant réellement  ou pourquoi pas, en érigeant des monuments à la mémoire des victimes …».

 

 

 

 

Algérie: Bruits de bottes et chuintements de babouches…

[Par Djamaleddine BENCHENOUF]

 

Un Président qui a fait trois mandats successifs, après un viol de la Constitution. Il a subi un grave accident cérébral, qui l’a privé de ses facultés cognitives, et même de son discernement. Tout a été fait pour ne pas cacher son état, pour que tout le monde le voit dans une situation pathétique. Il ne s’est pas publiquement exprimé depuis deux ans. Il ne reconnait même pas sa propre famille. Il est pourtant imposé au peuple algérien pour un quatrième mandat. Comme si une force tapie à l’ombre du pouvoir avait mis en place un bien étrange scénario.

 

Abdelaziz Bouteflika, président algérien (Crédits photo :  http://www.republicoftogo.com/)

Abdelaziz Bouteflika, président algérien (Crédits photo : http://www.republicoftogo.com/)

 

A y penser sérieusement, cette histoire de 4ème mandat de Bouteflika n’est pas seulement un incroyable  mépris pour tout un peuple, elle est surtout une démarche résolument suicidaire, de tout un régime, qui avait pourtant toute latitude pour faire élire qui il veut, comme cela a toujours été le cas depuis l’indépendance du pays.
Et je dirais même plus, que qualifier cette hallucinante initiative de suicidaire reste en déça de ce qui risque d’advenir à ce pays, de l’explosion à fragmentation qui pourrait en découler, si rien n’est entrepris pour y remédier de façon légale.

 

C’est pourquoi je reste dubitatif, face à cette annonce d’un 4eme mandat. On aurait voulu créer une situation, pour pouvoir recourir à un remède de cheval, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
C’est bien pour cela que des doutes lancinants me taraudent, et que j’en arrive presque à toucher du doigt le complot qui se dandine au pas de l’oie, dans ses gros rangers.
Si nous ne parvenions pas à voir la grosse farce, c’est qu’elle était cousue de haubans fluo. Elle était tellement évidente qu’elle en est devenue aveuglante. A plus forte raison que ceux qui sont censés éclairer notre lanterne ne jouent qu’à nous faire des tours de passe-passe.

 

Le clan présidentiel n’a pas le choix !

 

Oui, il ne fait pas de doute que le clan de Saïd Bouteflika, y compris certains parmi les pontes militaires qui fraient dans le marigot, n’a pas eu d’autre choix que de se jeter à l’eau, lesté d’une vieille locomotive qui ne sifflera plus jamais.
Oui, ce clan, ou pour être plus précis, cette mafiocratie, ne pouvait pas s’offrir le luxe, qu’elle aurait vraiment souhaité pourtant, de rendre la clé du coffre, et d’aller, tranquilou, jouir du fruit de ses fructueuses rapines !

 

Oui, il n’aurait pas demandé mieux, puisque le butin amassé est tellement prodigieux qu’il ne serait même pas entamé d’ici quatre ou cinq générations !
Leur gros problème était qu’ils étaient faits comme des rats, sans aucune autre issue pour se débiner en douce, que de tomber dans les griffes de tous ceux qui les attendent au tournant, une foule de fauves, sans compter tous leurs propres pique-assiettes, qui seront les premiers à leur tomber dessus, parce chez ces clients-là, c’est « le roi est mort, à mort ceux qui n’ont pas su garder son pouvoir ».

 

Le clan régnant sait, sans l’ombre d’un doute, que cette fois-ci ne sera pas une traversée dorée sur tranche, d’un désert climatisé. Il sait que ce sera une implacable mise à mort, qu’il sera jeté en pâture aux foules versatiles, et que les plus acharnés dans son lynchage seront ceux qui entrent en transes aujourd’hui, quand ils acclament le grand malade, l’homme dont nulle femme n’a enfanté de pareil. Ils le savent, parce qu’ils l’ont déjà éprouvé.

 

Charybde ?

 

La grande énigme est comment et pourquoi les patrons de l’armée ont accepté de soutenir ce clan dans une démarche aussi outrancière, de se mettre la même corde au cou, lestée de la même locomotive réformée ?

 

Deux hypothèses s’offrent à nous, sans place pour une quelconque autre.
La première est qu’ils ont été sommés, de marcher dans cette bien étrange martingale, perdante-perdante, et qu’ils n’ont pas la possibilité de refuser de se plier à l’injonction qui leur a été faite, parce que la main qui les agite pourrait leur couper le sifflet. Ils traînent trop de casseroles, et leurs secrets ne seront bien gardés que s’ils sont dociles et laborieux .

 

La seconde est qu’ils sont eux-mêmes derrière une toile d’araignée de soie, qu’ils tissent de leurs gros doigts de soudards, pour y prendre la mouche qui tape à toutes les vitres et finir de tout avoir entre leurs pattes venues.

 

Scylla ?

 

Dans la première hypothèse, cela voudrait dure que la force extra-nationale qui anime la scène a décidé de syrianniser l’Algérie, peut-être même de l’isoler du Sahara utile, et d’en jeter le Tell dans une logique d’éclatement. Cela voudrait dure que l’appétit venant en mangeant, une certaine stratégie économique, couplée à des visées hégémoniques de reconfiguration de la région, il aurait semblé très opportun, en les circonstances, de renouer avec un passé, qu’on croyait révolu, d’impérator, qui redessine les frontières de son empire, pour pouvoir mettre en place des tailles plus profitables à sa manne. Une Algérie avec un Sahara aussi riche, élagué d’un Nord de rois fainéants, même pas capables de gérer une épicerie. L’aubaine est tentante. Ça ne pouvait que donner des idées à des gloutons restés sur leur faim, malgré les ripailles qui leur ont été servies avec une servilité qui ne pouvait qu’appeler au mépris, puis à l’avidité sans frein.

 

Dans la seconde hypothèse, des généraux algériens, embusqués dans le clan présidentiel ont piégé celui-ci, pour l’encourager à lancer l’initiative d’un 4eme mandat, pour un homme incapable de prononcer une seule phrase audible et intelligible. Ils savaient que le clan jouait sa survie, et qu’il se laisserait tenter, pour sauver sa peau. Ainsi, ils installeraient un climat insurrectionnel, comme ils savent si bien le faire, qu’ils sauront attiser, avec l’art consommé de la manipulation qui est le leur.

 

Puis, ils feraient relayer par leurs caisses de résonance l’idée que seule l’armée pouvait désormais sortir le pays de cette inextricable écheveau. Et là, dans leur costume de sauveurs de la république, qu’ils auraient ressorti du placard, ils arriveraient dare-dare, montés sur leurs étincelants destriers russes de la 8eme Division blindée, pour quadriller le pays, et prodiguer leur bienfaisant arbitrage.

 

La martingale se transformerait alors en gagnant-gagnant, puisque non seulement ils pourraient évacuer des associés compromettants, mais que surtout, ils auraient barre sur la suite des événements. Il ne leur resterait plus qu’à désigner le futur président élu, comme ils l’ont toujours fait, et tout rentrerait dans l’ordre, sans qu’’ils soient inquiétés le moins du monde, pour un sac auquel ils ont pourtant très largement contribué.

 

Une société orpheline d’élites, truffée de garde-chiourmes !

 

Même la donne inconnue de l’islamisme, qui pourrait générer des effets pervers pour eux, ne pourrait que les conforter dans leur fine combine, puisque ils deviendraient encore plus indispensables, autant pour ceux qui poussent des cris d’orfraie dès qu’ils entendent un chuintement de babouches que pour ceux de l’autre côté de la mer qui ont déjà éprouvé avec satisfaction leur compétence de tueurs d’islamistes. Autant dire qu’un retour des islamistes à la faveur de troubles bien cadrés, ne ferait que servir les maîtres du jeu, quels qu’ils soient. Soit pour cautionner la présence de la junte sur le tableau de bord, soit pour accélérer un éventuel processus de chaos contrôlé.

 

Les appels à l’intervention de l’armée, lancés par des personnalités politiques algériennes, et le bouillonnement de la société dite civile contre cette perspective du 4eme mandat tombent pile-poil avec ce qui semble être une savante orchestration. La situation a atteint un tel niveau d’outrance que les appels au coup de force en sont devenus des recommandations de salut public.

 

La meilleure preuve en est que l’Algérie aurait très pu faire l’économie de toutes ces veillées d’armes, et de  toutes ces gesticulations politiciennes. Il aurait juste fallu exiger du Conseil Constitutionnel qu’il entérine les procédures d’empêchement, comme le lui préconise la constitution du pays. Mais cela aurait grippé la machine à renouveler, encore et toujours, la mainmise du même régime, sur le même pouvoir, depuis que le pays est indépendant. C’est bien pour cela, malgré l’état de santé plus que défaillant du président, et malgré une clameur publique qui confine à l’émeute, aucune personnalité politique n’a évoqué le cas de forfaiture commis par le Conseil Constitutionnel, qui semble avoir été dissuadé, par les mêmes, de faire ce que ses prérogatives lui commandent.

 

Dans une société qui se distingue par une totale absence d’élites intellectuelles, où les partis qui activent mangent tous au râtelier du régime, où les intellectuels sont aux abonnés absents, où le plus gros syndicat du pays est devenu une association de boustifailleurs, où la presse est perfusée en manne publicitaire selon son zèle, c’est le sahara politique. En l’espace de quinze années, le régime a dilapidé plus de 700 milliards de dollars, pour transformer le pays en un immense bazar, pour se ménager des alliés naturels par millions, pour quadriller le pays de forces sécuritaires pléthoriques, c’est le désert de la politique et du civisme. C’est la jingle en folie, et à chacun pour soi !

 

C’est bien pour cela que les marionnettistes jouent sur du velours.

 

La machine est lancée ! Plus rien ne l’arrêtera !

 

 

Expoesie Le Chant Des Possibles

La Galerie Jacques DEVOS accueille du 6 au 31 mars la première EXPOESIE parisienne de Marc Alexandre OHO BAMBE (Poète) et Frédéric EBAMI (Graph Designer), fondateurs de l’agence « et l’homme CRéA » et membres du Collectif On A Slamé Sur La Lune. Avec le contribution de la réalisatrice Laurène Lepeytre.

« Le texte accouche de l’image ou l’image illustre le texte, visuels et mots se superposent
et posent ensemble la question essentielle et éternelle, du sens de notre présence au monde…
Visuelle ou scripturale, sonore ou silence, la POESIE irrigue L’EXPO qui donne à voir,
entendre,ressentir le monde, les rêves, la vie, les possibles qui ruissellent. »

Photo crédits : Pierre Toh
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