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Le Président d’urgence

[TRIBUNE LIBRE] L’Etat d’urgence qui dure depuis 2 ans va finir le 18 juillet si le Président Erdogan ne le prolonge pas. Même si l’Etat d’urgence disparaît de la Turquie, avec le nouveau pouvoir octroyé par son nouveau Président, la Turquie a un “Président d’urgence” ce qui est devenu une situation normale. Le Président de cette « Nouvelle Turquie » Recep Tayyip Erdogan a juré sur la Constitution puis est officiellement devenu « l’hyper président » de son pays.

Y a-t-il un problème en France avec les kiosquiers et les unes de journaux ?

[MÉTIER DE L’INFORMATION] Lorsque l’on parle de la liberté de la presse, on pense dans un premier temps aux journalistes, aux dessinateurs de presse, aux reporters. Ceux dont le travail consiste à manier l’information. Néanmoins, il y a ceux qui sont le vecteur de cette information. Dans le domaine de la presse écrite, les kiosquiers font partie des rouages qui permettent aux citoyens d’en savoir plus sur le monde.

Le football n’est jamais juste du football

Le chroniqueur du Financial Times, Simon Kuper, a publié un livre qui s’appelle « Football against Enemy » (Le Foot contre l’Ennemi) en 1994. La traduction turque de ce livre est « Futbol Asla Futbol Değildir » traduit par « Le football n’est jamais juste du football ». Dans ce livre Kuper regroupe vingt-deux histoires dans vingt-deux pays différents pour comprendre l’effet politique et culturel du foot dans le monde entier.

Le 3 Mai 2018 à Istanbul, l’une des plus grandes équipes de la Turquie, le Fenerbahçe a assuré la pérennité de cette phrase : le football n’est jamais juste du football. Plus de 20.000 supporteurs de Fenerbahçe (les membres des socios) ont voté pour choisir leur président. D’un côté, il y avait Aziz Yıldırım, président du Fenerbahçe depuis 20 ans. De l’autre, Ali Koç, le us jeune fils de la famille le plus riche de toute la Turquie.

Ali Koç a gagné le poste de président du club de Fenerbahçe : 16.920 votes contre 4.644 pour Aziz Yıldırım.

Ce résultat est devenu un « TT » (trend topic) sur le réseau social twitter. En particulier, les jeunes supporteurs, qu’ils soient pour le club de football du Fenerbahçe ou ceux de Galatasaray, ou bien encore du Beşiktaş, ces jeunes ont fêté le résultat comme étant un symbole de « la nouveauté » et « du changement ». Ceci a confirmé la phrase : « le football n’est jamais juste du football« .

C’est ton tour Ince !

Dans plusieurs tweets, les fans de football ont mentionné les prochaines élections générales et présidentielles qui vont avoir lieu le 24 juin 2018. Ils espèrent que comme les supporteurs du Fenerbahçe qui ont changé de président alors qu’il était qualifié comme étant « unchangeable » depuis 20 ans, la Turquie peut aussi changer de président de la république Recep Tayyip Erdogan, alors qu’il est à la tête du pays depuis 15 ans.

Dans beaucoup de tweets, les opposants d’Erdogan ont mentionné l’un de ses plus importants adversaires politiques, Muharrem Ince, Ce candidat de parti opposant – CHP – interprété par :  « C’est ton tour Ince ! »

Des réussites vers la chute: Yıldırım

Pendant deux décennies, Aziz Yıldırım est devenu le meilleur président du Fenerbahçe selon les statistiques. Entre autres succès, l’ère Yıldırım a conquis 6 titres du championnat turc de football et 5 coupes nationales. Il faut ajouter la coupe d’Europe de basketball et plus de 35 trophées avec les équipes de basket féminin et de volley-ball homme et femme confondus.

Alors après avoir autant réussit, comment Yıldırım est-il devenu si peu populaire parmi les supporters ? Yıldırım s’est noyé dans ses succès ; Il est devenu un « homme seul« . Yıldırım a viré des entraineurs comme Zico ou Ersun Yanal qui venait juste d’être sacré champion. L’ancien président de Fenerbahce a aussi viré l’une des légendes de Fenerbahçe, Alex Desouza, alors qu’il était encore prêt à rendre de précieux services au club Istanbouliote.

Pire, ses excès l’ont poussé à décider qui va jouer dans l’équipe et qui ne va pas jouer. Il est aussi connu pour avoir envahi la chambre des joueurs quand il n’est pas content des résultats. Sa relation avec les médias n’a pas non plus été brillante. Il est connu pour sa attitude agressive et imprudente par rapport au média. Il est donc devenu un symbole des dérives autoritaires de la Turquie.

Une année en prison

L’apothéose a surement été le scandale de fourberie en 2011. Il est resté en prison pendant un an. Fenerbahçe fut disqualifié de tous les tournois européens  – UEFA – pendant deux ans.

Depuis, Yıldırım tente de créer un contre-procès. Il accuse le mouvement Gülen d’être à l’origine d’un complot contre lui et Fenerbahçe. Le procès continue. Quelques journalistes sont aussi accusés d’avoir accentué ce procès. Sa théorie est simple : Yıldırım soutient que le mouvement Gulen a essayé d’envahir Fenerbahçe. C’est pour cette raison qu’il a été envoyé en prison.

Mais jusqu’à maintenant, Yıldırım avait toujours été réélu à la tête du club turque. Même son ancien adversaire à l’élection de 2013, Mehmet Ali Aydınlar, avait subi des accusations comme quoi il était lié au mouvement Gulen. Mais en 2014, selon les enregistrements du son confidentiel qui a été diffusé sur Youtube, on a appris que c’est Erdogan qui supportait Aydınlar en 2013 et non pas le mouvement Gulen.

Après une guerre entre les deux candidats Aydınlar et Yıldırım qui continua toute l’année 2013, ils finirent par signer un partenariat contre Ali Koç. Et c’est ainsi que l’ancien candidat malheureux Aydınlar, qui est le big boss d’une chaine d’hôpital privé, devient grâce à cette filiale le sponsor de Fenerbahçe.

Un partenaire étrange: Erdogan

Cette fois-ci en 2018, Yıldırım avait d’autres partenaires étrangers contre Koç, ami d’Erdogan. Juste avant les élections présidentielles du Fenerbahçe,  Erdogan a déclaré lors d’une interview qu’il est pour une équipe qui a beaucoup d’ »expérience » pour diriger le Fenerbahçe.

Cette déclaration d’Erdogan est aussi une raison de la politisation des élections de ce club mythique. D’ailleurs, sur les réseaux sociaux, les gens associent la défaite d’Yıldırım comme étant aussi celle d’Erdogan. Donc cette élection de Fenerbahçe est devenue une inspiration politique pour les opposants d’Erdogan.

Au lieu de mettre de l’huile sur le feu, Ali Koç, le nouveau président des supporters du Fenerbahçe surnommés les ‘canari’, a déclaré le jour de sa victoire alors qu’il était dans le stade :  «Ce n’est pas important qu’Atatürk soit supporteur ou non de telle ou telle équipe, ce qui est important c’est de suivre le chemin d’Atatürk. »

Maintenant Ali Koç et sa campagne sont devenus un espoir de changer Erdogan le jour des élections présidentielles du 24 Juin 2018. Koç a montré une personnalité opposée à celle de Yıldırım. Il a toujours une vision. Et Koç sait communiquer avec les gens et les médias. Donc il devient un exemple du nouveau leadership qu’on cherche en Turquie. Avec Fenerbahçe, il devient un nouveau symbole d’une partie de la Turquie qui veut un changement dans la vie politique. 

https://twitter.com/SLuleci/status/1003326272959893504

Hors-jeux politique

Depuis tout petit, j’aime le football. Je suis supporteur du club de football de Fenerbahçe. C’est peut-être mon seul point commun avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Dans le football, il y a une règle très importante. Cette règle s’appelle le hors-jeux, règle compliquée et souvent sujette à interprétation. Le hors-jeu, c’est lorsqu’un joueur attaque et qu’il devance les défenseurs de l’équipe adverse alors que son équipe à le ballon. Le plus beau but du monde peut-être refusé pour hors-jeux.

Au cœur de cette règle, les notions de lieu et de temps. En langage sportif, le timing doit être précis. Un joueur qui veut marquer doit savoir où il se situe par rapport à ses coéquipiers et à ses adversaires. S’il se trompe, le but est refusé.

Le football comme outil de communication présidentielle

Le week-end du 12 et 13 mai, Erdogan s’est rendu au Royaume-Uni. Pendant cette visite, Erdogan s’est entretenu avec la reine Elysabeth et la première ministre Theresa May.

Il a également rencontré trois footballeurs : Mesut Özil (Arsenal), Gündoğan (Manchester City) et Cenk Tosun (Everton).

Les deux premiers, Özil et Gündoğan, sont deux joueurs de l’équipe d’Allemagne de football : la Mannschaft. Ils sont deux enfants d’immigrés turcs. Tandis que Tosun est un joueur de l’équipe nationale de la Turquie.

Les photos de cette rencontre ont été partagées par le compte twitter official du parti politique d’Erdogan, l’AKP. Or, le président Erdogan est en pleine campagne électorale. En Turquie,  il y aura les élections générales et la présidentille au 24 Juin 2018

Donc Özil et Gündoğan sont devenu un moyen de propagande d’Erdogan pour sa campagne.

La vive réaction allemande

L’Allemagne est l’un de pays qui a pris position contre le président dictateur Recep Tayyip Erdogan. Donc cette photo a fait polémique.

Reinhard Grindel, le patron du football allemand a déclaré ce lundi : « Le football et la DFB (Deutscher-Fussball-Bund) défendent des valeurs qui ne sont pas complètement prises en compte par Monsieur Erdogan”. De manière plus polémique, Grindel les a accusés de s’être fait “manipuler”.

Oliver Bierhoff, le manager de l’équipe nationale, a pour sa part pris la défense des joueurs : « C’est évidemment un incident malheureux. Les joueurs auraient dû comprendre la signification. Je leur ai parlé à tous les deux, ils n’étaient pas conscients de l’importance, c’était un événement public avec près de 400 participants (…) mais nous savons qu’une telle photo a un effet symbolique ».

De son côté, le sélectionneur de l’équipe d’Allemagne Joachim Löw a affirmé que les deux joueurs allemands « regrettent fortement” ce qui s’est passé. Löw ajoute : « Ces joueurs issus de l’immigration ont deux cœurs dans une seule poitrine.”

Voilà pourquoi, il me semble qu’Özil et Gündoğan ont eu un mauvais “timing”, au mauvais endroit. Mauvais timing car ils favorisent la campagne électorale d’Erdogan, en plus à quelques semaines de la coupe du monde de football en Russie. Mauvais endroit car à Londres, donner le maillot des équipes d’Arsenal et Manchester City a un dictateur… Pour moi, c’est hors-jeux.

A l’inverse, but d’Emre Can !

A côté de cet hors-jeux, Emre Can a brillé. Joueur de Liverpool (qualifié pour la finale de la Champions League), il a refusé l’invitation. Pourtant lui aussi est un joueur de la Mannschaft issu de l’immigration turque, mais selon Die Welt, ce joueur a vocation défensive, a préféré décliner cette offre en toute discrétion. ..

Sportif d’origine turc, attention à vos prises de position politique !

Selon moi, Özil et Gündoğan ont été victimes de leur naïveté. Cependant, que risque-t-on à dire non à Erdogan ? La réponse se dévoile à travers le cas Hakan Şükür, buteur légendaire de l’équipe nationale turque et joueur mondialement connu.

Ancien député de l’AKP (le parti politique du président Erdogan), Şükür a toujours été guleniste. Mais lorsque le mouvement guleniste est devenu interdit, il a été contraint à l’exil aux Etats-Unis. Ce buteur légendaire de la Turquie est maintenant traité comme un traitre par son pays.

Autre cas, celui d’Enes Kanter, joueur de basketball à la NBA dans l’équipe des New York Knicks. Après quelques tweets qui critiquaient le régime Erdogan et suite à sa déclaration en soutien du Mouvement Gulen, il est recherché par la Turquie. Il ne peut donc pas rentrer dans son pays.