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Hommage à Bernard Dadié, le « Victor Hugo d’Afrique », lors du 12ème prix Ivoire

Le Prix Ivoire est destiné à récompenser chaque année un auteur d’Afrique ou de la diaspora africaine qui représente la littérature africaine d’expression Francophone.

Le lancement de la 12ème édition du Prix Ivoire s’est tenu le mercredi 27 mars 2019, à la Librairie de France d’Abidjan. Isabelle Kassi-Fofana, présidente de l’Association Akwaba Culture, (association éditrice), promotrice de l’événement a annoncé dans son intervention, que cette édition sera consacrée à Bernard Binlin Dadié, l’un des pionniers de la littérature Africaine et père de la littérature ivoirienne, décédé le samedi 9 mars dernier, à 103 ans.
Personnage aux nombreux talents artistiques, Bernard Binlin Dadié fut poète, romancier, homme de théâtre, mais aussi homme politique et ministre de la Culture sous Houphouët-Boigny. Proche du Front populaire ivoirien, il avait pris fait et cause pour Laurent Gbagbo alors que celui-ci était incarcéré depuis 2011 au centre de détention de la CPI, à La Haye aux Pays-Bas.
 

Bernard Binlin Dadié, le « Victor Hugo » d’Afrique

L’auteur de Climbié et d’autres opus devenus des classiques de la littérature africaine, fut le premier écrivain africain dont on a célébré le centenaire de son vivant.

La particularité de Bernard Dadié est d’avoir pratiqué tous les genres, de la poésie à l’essai, en passant par la fiction, le théâtre et le conte. Il avait tout inventé. L’homme avait coutume de collectionner les premières places.

Climbié, son roman sans doute le plus connu, publié en 1956, est le premier ouvrage de fiction ivoirien. Avec sa pièce Les Villes, jouée à Abidjan en avril 1934, Dadié a donné la toute première pièce de théâtre du corpus dramatique de l’Afrique francophone.

Enfin, last but not least, il fut le premier et le seul à remporter deux fois le grand prix littéraire de l’Afrique noire, la première fois en 1965 avec son roman Patron de New York, et la deuxième fois en 1968 avec un autre roman La Ville où nul ne meurt.

Photographie avec Bernard Billin Dadié (entouré de rouge) dans les années trente.

L’autre trait marquant de l’œuvre de Bernard Dadié, c’est son refus de la « négritude » comme source d’inspiration, tranchant ainsi avec l’idéologie chère aux grands Africains de à sa génération et à Aimé Césaire, l’un des écrivains noirs les plus connus de son époque.

Pour Bernard Dadié, écrit Nicole Vinciléoni, spécialiste de la littérature ivoirienne, « L’Afrique est un vécu et non une nostalgie. C’est donc avec un cœur trop africain pour avoir à clamer son africanité qu’il regarde le monde… »

Un hommage lors du Prix Ivoire soutenu par les artistes africains et d’ailleurs

Cette tribune sera donc un cadre pour les hommes de lettres, des arts et de culture de la Côte d’Ivoire et du monde, pour rendre hommage à l’illustre disparu. Déjà, au cours de ce lancement, de nombreuses personnalités du monde de la culture avaient effectuée le déplacement pour marquer leur soutien à Akwaba Culture.
 
La directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova avait dit de lui en 2016, c’est  »un pionnier et un géant de la littérature africaine », avant de lui remettre le 1er Prix Jaime Torrès Bodet. 

Isabelle Kassi-Fofana, présidente de l’Association Akwaba Culture

Zoom sur le prix Ivoire 

Pour ce qui est du Prix Ivoire pour la littérature africaine d’expression Francophone, il est destiné à récompenser chaque année un auteur d’Afrique ou de la diaspora africaine.
 
Les participations sont ouvertes depuis ce jour (27 mars), jusqu’au 10 juillet 2019. Sont en compétition, les ouvrages de littérature-en dehors de la littérature pour enfants et de jeunesse-publiés en langue française, du 1er janvier 2018, au 30 juin 2019.
 
Les candidatures sont déposées par les écrivains ou les maisons d’éditions en cinq exemplaires au plus tard le 10 juillet 2019. Le prix sera décerné le 10 novembre 2019 à Abidjan.
 
Le lauréat recevra à cette occasion, un trophée et montant de 3000 euros, soit 2.000.000 francs Cfa. Et en prime, une invitation au Salon du livre de Genève, partenaire de cette manifestation.
 
Le jury du Prix Ivoire est composé d’amis du livre et d’éminents critiques littéraires, avec à leur tête Werewere Liking, chorégraphe, dramaturge, romancière, Prix Noma 2005.
 
Le 1er Prix de l »édition 2018 a été décerné à Armand Gauz, pour son oeuvre,  »Camarade papa ». En ce qui concerne Bernard Bilin Dadié, voici tous les liens vers sa bibliographie en cliquant sur ce lien
Et ci-dessous, une interview proposée par 100% Afrique TV de Bernard Billin Badié :

Cameroun : Quand le projet de loi mélange protestation citoyenne et acte de terrorisme

[Par René DASSIE’]

C’est la première réaction d’hostilité au discours prononcé à Dakar par François Hollande contre la tendance à s’éterniser au pouvoir de certains dirigeants africains. Le pouvoir camerounais envisage d’interdire toute manifestation publique, sous peine de mort. Un projet de loi allant dans ce sens a été déposé à l’Assemblée nationale camerounaise. Ce texte, sur lequel les députés sont invités à débattre dès vendredi, punit de la peine capitale toute manifestation de nature à gêner le fonctionnement normal des institutions. Sous couvert de la lutte contre le terrorisme.

(Source : lepoint.fr)

(Source : lepoint.fr)

L’opposition et la société civile exigent son retrait, jugeant qu’il brime les droits politiques au moment où des voix s’élèvent de toutes parts pour réclamer le départ de Paul Biya, 81 ans, au pouvoir depuis 32 ans.
« Quand on fait voter des peuples pour des Constitutions à travers des référendums, on ne peut pas les modifier impunément. Quand un chef d’Etat reste plusieurs mandats de suite, et qu’à un moment il est fixé une limite d’âge ou il est fixé un nombre de mandats qui ne peut pas être dépassé, il ne peut pas en être décidé autrement », avait déclaré François Hollande dans un discours prononcé à Dakar, la capitale sénégalaise, lors du 15e sommet de la Francophonie qui s’est terminé dimanche. Un sermon inédit, assené sans langue de bois diplomatique, qui visait particulièrement quelques dirigeants africains, présents eux aussi à ce sommet.
Interrogé peu après par TV5 et France 24 sur la situation de la République démocratique du Congo (RDC), du Congo-Brazzaville ou du Rwanda, le président de la République enfonce le clou. Il laisse entendre que l’expérience burkinabè, où Blaise Compaoré a été forcé par la rue à quitter le pouvoir « peut servir de leçon à beaucoup de chefs d’Etat, pas seulement en Afrique (…) On ne change pas l’ordre constitutionnel par intérêt personnel.»

Louise Mushikiwabo dans France 24

Louise Mushikiwabo dans France 24

Sur France 24, seule la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, dont le pays est en froid avec la France au sujet du génocide de 1990, critique M. Hollande. Elle juge son attitude « très inélégante ».
«Je trouve ça gênant qu’un président qui est avec ses pairs, ici, au sommet de la Francophonie ne vienne pas discuter avec eux, mais dicter ce qui devrait se passer dans leur pays.»
« Ce n’est pas Paris qui décide [de l’avenir politique des Africains] », tranche-t-elle.
Les dirigeants africains, eux, ont acquiescé en silence. Parmi eux, Paul Biya. Gêné par la limitation des mandats, il avait réussi à modifier la loi fondamentale camerounaise il y a quatre ans pour se représenter en 2011. Au prix d’une répression féroce des manifestations qui avait fait une centaine de tués. Elu pour sept ans lors d’un scrutin entaché d’irrégularités selon les organisations internationales, son mandat actuel court jusqu’en 2018. Cependant, il craint la contagion de l’expérience burkinabè, où, soumis à la pression de la rue, Blaise Compaoré a dû abandonner un mandat en cours.
A Yaoundé en effet, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer son départ. Et la nervosité du pouvoir ne cesse de s’accroitre. Un débat consacré à la gouvernance et la démocratie a été interdit. L’élection du nouveau président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), verrouillée d’avance par le pouvoir qui a éliminé tous les candidats sauf celui qu’il soutenait, a été reportée en 2015. Par crainte des manifestations de rue.
« Après le départ de Blaise Compaoré au Burkina Faso, Paris s’inquiète des risques d’éventuelles pressions de la rue pour obtenir [le départ des] dirigeants au Cameroun et au Tchad », lit-on cette semaine dans le JDD, qui cite une source diplomatique.

Assemblée nationale du Cameroun (source :rjcpatriote.centerblog.net)

Assemblée nationale du Cameroun (source :rjcpatriote.centerblog.net)

Mardi, le gouvernement camerounais a déposé à l’Assemblée nationale un projet de loi portant sur la répression des actes terroristes. Le prétexte ? La lutte contre les islamistes de Boko Haram venus du Nigéria voisin. Depuis plusieurs mois, ceux-ci font des incursions dans le nord du Cameroun, soumettant les populations et l’armée à rude épreuve. Cependant, à la lecture du projet de loi, les opposants et les spécialistes du droit pénal découvrent, horrifiés, qu’il vise en réalité à criminaliser toute manifestation contre le régime.
Le texte amalgame en effet acte de terrorisme et manifestation de protestation citoyenne. Il interdit tout acte qui se traduirait par « la perturbation du fonctionnement normal des services publics, la prestation des services essentiels aux populations », ou qui créerait « une situation de crise au sein des populations ». Sanction : la peine capitale, toujours en vigueur dans le pays.
« N’importe quelle manifestation d’une quelconque opposition à une entité publique ou privée est assimilable à du terrorisme et dès lors, l’auteur est susceptible d’être condamné à mort. A titre d’exemple, la grève de la faim des employés de la CNPS [Caisse nationale de prévoyance sociale] ou la manifestation des étudiants sur la voie publique peuvent désormais entrer dans la même catégorie que le dépôt de bombes des activistes de Boko Haram », a réagi Edith Kah Walla, présidente du Cameroon People’s Party, un des partis d’opposition les plus actifs.
Juriste mondialement connu et ancien ministre délégué à Justice, Maurice Kamto, par ailleurs président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), un parti d’opposition, ne dit pas autre chose. « Le projet de loi créé manifestement une infraction politique puisqu’il interdit de la sorte l’expression collective, même pacifique, d’un désaccord politique. Il assimile en définitive les populations camerounaises qui manifesteraient leur mécontentement à des terroristes », écrit-il dans un communiqué de presse publié mardi.
M. Kamto ajoute que le texte viole plusieurs dispositions du droit international, notamment la Résolution 2178 du Conseil de sécurité relative à la lutte contre le terrorisme. Laquelle enjoint les Etats confrontés au terrorisme à agir de manière à préserver les droits et libertés individuels.
« Au nom de la liberté et de démocratie chèrement acquises dans notre pays, de la paix si chère à notre peuple, barrons la voie à ce projet de loi inique! Personne ne devra dire demain qu’il ne savait pas », tranche Maurice Kamto.
A sa suite, des citoyens camerounais vivants au pays ou à l’étranger ont initié une pétition, demandant le retrait pur et simple du projet de loi.

Francophonie : le tour est joué

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Le XVe sommet de la Francophonie a vécu, du 29 novembre au 2 décembre, à Dakar, au Sénégal. C’est la Canadienne d’origine haïtienne, Michaëlle Jean, qui remplace l’emblématique Abdou Diouf, ancien président du Sénégal. Le tour est donc joué. Reste à relever le défi de la « modernité » auquel l’organisation doit faire face. Car ses objectifs doivent évoluer avec les temps. En Afrique, on s’interroge.

Michaëlle Jean et Abdou Diouf (Source : lencrenoir.com)

C’est, pour la première fois, que la direction de l’Organisation Internationale de la Francophonie glisse des mains des Africains pour passer à celles d’une Canadienne. Sans heurts.

Nous disons « sans heurts », puisque, en dépit d’âpres tractations menées pour déboucher sur cette désignation, la vie de l’organisation n’a pas été affectée. Les candidats malheureux, en la personne du Congolais Henri Lopes, du Burundais Pierre Buyoya et du Mauricien Jean-Claude de l’Estrac, ont accepté de bonne grâce leur « défaite ». Y compris les chefs d’Etat des trois pays dont ils sont ressortissants.

D’ailleurs, vue d’Afrique, bien qu’elle ait abouti à une désignation par consensus, une telle compétition ne reflétait pas moins l’image d’une démocratie. C’est loin des tricheries, exercées au niveau des urnes, où la victoire des dictateurs est comme gravée dans le marbre.

Mais qu’à cela ne tienne. Ce niveau de la démarche dépassée, nombre d’observateurs, en Afrique, s’interrogent sur l’utilité d’une telle structure, fondée sur la « prospérité » d’une langue. Qui plus est la langue de l’ancien colonisateur. N’est-ce pas une autre face, cachée, de la « Françafrique » ?

La réponse se trouve dans l’historique même de cette organisation. Le concept de la Francophonie est né, en 1880, d’un certain Onésine Reclus, géographe français. Celui-ci rêvait d’un monde uni par la promotion culturelle. Dans les années 1950, l’idée sera rejetée par la classe politique française, mais adoptée, plus tard, par des Africains. A l’instar de Senghor, Bourguiba et Diori. Plusieurs Québecois adhéreront aussi au projet.

En 1970, matérialisation des faits : l’Agence de Coopération Culturelles et Technique (ACCT) est portée sur les fonts baptismaux, à Niamey, au Niger. Elle passera la main à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) en 2005, après l’épreuve transitoire, à travers l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie (AIF). Rien à voir donc avec la « Françafrique », cette maffia, sans statuts, opérant à l’ombre de l’Elysée.

Mais, la Francophonie doit sortir de l’ornière, c’est-à-dire s’adapter aux réalités du « monde globalisé ». Aujourd’hui, tout est consubstantiel. Le culturel ne peut être compris, en Afrique, surtout, sans la perfusion d’une bonne dose de l’économique et du politique pour régler la question de la pauvreté et celle liée à la promotion de la démocratie.

Telle doit être la tâche prioritaire de Madame Michaëlle Jean, soutenue par la France. Car, à l’avenir, c’est l’Afrique, qui sera le socle de la pérennité même de la langue française. Le président Hollande semble, déjà, pousser à la roue. Tant mieux.