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Guinée : l’impossible réforme des forces de sécurité et de défense

[Par Sékou Chérif DIALLO]

Tuer ou se faire tuer relève de la banalité quotidienne en Guinée. La tradition d’une violence d’état en Guinée est un fait politique constant et une problématique récurrente: héritée du purgatoire sékoutouréen, entretenue par l’anarchisme militaro-civil au temps de Lansana Conté, amplifiée pendant la parenthèse comique mais surtout tragique de Moussa Dadis Camara, elle est aujourd’hui téléguidée par des unités de police et de la gendarmerie à la solde du pouvoir civilo-répressif d’Alpha Condé.

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« Vous ne voulez pas des militaires, on va vous donner une leçon »  publiait dans un rapport en 2010 Amnesty International, dans lequel une victime faisait état des propos d’un membre des forces de sécurité présent à la répression du 28 septembre 2009 où plus de 150 personnes ont été tuées et des centaines de femmes violées.

En rappelant un tel propos en rapport avec l’épisode douloureux traité dans cet article, les esprits réducteurs, amnésiques et politiquement alignés de Conakry s’empresseront de rétorquer que le professeur Alpha Condé a réussi à réformer son armée. Donc l’illustration serait dépassée ?

Effectivement, la grande illusion entretenue par le pouvoir de Conakry consiste à réduire la réforme des forces de sécurité et de défense à deux évènements qui ont eu un grand écho médiatique, mais fort discutables, parce qu’insignifiants en tant que tels: tout d’abord une armée moins visible dans les rues, comme le vanteraient les argumentateurs de l’Etat, puis une mise à la retraite de plus de 4000 militaires. Des mesures correctes certes, mais incomplètes sans association avec d’autres instruments dissuasifs, notamment les poursuites judiciaires des auteurs de violences au sein de l’appareil sécuritaire.

L’efficacité de toute réforme dans le contexte guinéen implique la nécessité de rompre la chaîne de la violence par la justice. Dans le cas contraire, elle se résumerait à une simple opération d’endormissement à courts termes des démons de la violence qui ont toujours hanté l’appareil sécuritaire du pays.

Si la mise à la retraite de plus de 4000 militaires a été qualifiée de réforme majeure voire d’ « audacieuse » par certains, force est de reconnaître qu’elle l’est d’un point de vue budgétaire, comme le soulignait substantiellement dans une interview l’ancien ministre de la défense Abdoul Kabélè Camara : « Depuis 1958 des militaires étaient enrôlés dans les forces armées et continuaient encore à émerger jusqu’en 2011. Nous avons pu déceler tous ces cas et avec l’aide des Nations-Unies, nous avons pu accompagner en douceur 3929 militaires. »

Dans une interview sur RFI, Alpha Condé, célèbre pour ses approximations informatives dignes d’un profane, partage cette lecture budgétaire de la réforme : « Il s’agit de corriger les dysfonctionnements afin qu’à partir de maintenant […] on paye les effectifs réels et qu’on ne paye pas les salaires fictifs. »

Dans un contexte où le gouvernement avait de la peine à mobiliser les ressources financières nécessaires à cette réforme, dont le coût était estimé à près de 30 millions d’euros, et que les partenaires internationaux privilégiaient l’appui matériel et technique, au grand désespoir des autorités qui s’attendaient vraisemblablement à une injection budgétaire, une telle opération de chasse aux « fictifs » se justifiait. Considérée comme l’un des gouffres budgétaires les plus importants du pays, là où la corruption relève d’une normalité administrative très appréciée, l’institution militaire traîne les mêmes tares de la mauvaise gouvernance globale.

Cependant, la réalité nous apprend que cette mise à la retraite de militaires n’a nullement contribué à débarrasser les forces de sécurité et de défense des brebis galeuses qui continuent de plus belle leurs razzias comme en territoires conquis, avec la même arrogance, celle de se prendre pour des « citoyens supérieurs. »

A la lecture des motivations premières de la partie gouvernementale de cette réforme, notamment la récupération du manque à gagner budgétaire et l’éloignement territorial des militaires qui jouaient à « Zorro » dans la capitale par crainte d’une résurgence de la tradition de coup d’Etat que le pays a connu, on reste cependant outré par le fait que les questions des droits de l’homme, de la justice en général et des réparations, soient reléguées au second plan. Dans le contexte d’un Etat impuissant ayant une tradition de coup d’Etat et de complots, face à une armée affairiste et profondément politique, le chantage est un instrument de rappel de la vulnérabilité des institutions. Et la petite bourgeoisie militaire qui change en fonction de la couleur du régime veille au grain pour perpétuer l’impunité au sein de la forteresse et s’enrichir sur le dos du contribuable guinéen. Une attitude qui fait penser à une sorte de pacte d’immobilité en contrepartie d’une immunité garantie et d’un traitement de faveur.

Certes, la psychose de coup d’Etat tourne en boucle dans les esprits des gouvernants. Cependant, soulignons un fait qui semble faire cas d’école en Afrique. Les échecs dans la gestion des coups d’Etats enregistrés ces dernières années en Afrique (Guinée avec son Dadis national, Mali avec son Sanogo, Burkina Faso avec son Diendéré) par les putschistes eux-mêmes semblent adoucir les velléités aventureuses de nos chers putschistes. Aujourd’hui, les populations africaines sont conscientes que tout coup d’Etat est un recul démocratique car le seul terrain de combat légitime reste les urnes malgré ses multiples fraudes, qu’il s’agit de combattre aussi.

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Alpha Condé ©guineenews.org

C’est dans ce contexte de dérives, de manques, de violations, de dépendance et avec les mêmes interlocuteurs nationaux, parce qu’éternels demandeurs d’aides de tout genre avec des relents paternalistes évidents que le Sénat français a adopté le 7 juillet 2016 un projet de loi « autorisant l’approbation de l’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Guinée relatif à la coopération en matière de défense et au statut des forces. » Cet accord, selon le rapport soumis à la commission pour examen par M. Jeanny Lorgeoux, est le prolongement de celui signé en 1985 qui n’est « jamais entré en vigueur, faute de ratification par la partie guinéenne. »
M. Jeanny Lorgeoux qui est membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat, une commission présidée par Jean Pierre Raffarin aborde certains aspects de cet accord en présentant des éléments de contexte plutôt intéressants.

Sur la présidentialisation du régime de Alpha Condé

« Avec la réélection du président Alpha Condé pour un second et dernier mandat en novembre 2015, le pays semble relativement stabilisé, même si l’on assiste depuis quelques semaines à une présidentialisation du régime et si les élections communales prévues au 1er semestre 2016 ont été reportées au mois d’octobre 2016 »

Sur le sureffectif d’officiers

« La politique nationale de défense et de sécurité de la Guinée a été validée fin 2013 et une loi de programmation militaire pour 2015-2020 a été adoptée en 2014 – son financement risque cependant d’être difficile. L’armée guinéenne composée d’environ 20 000 hommes fait en particulier face à un problème de sureffectif d’officiers »

Sur le caractère « soviétique » de l’armée guinéenne

« L’objectif global est d’atteindre un effectif de 15 000 hommes en 2020. L’équipement et la formation en sont les autres points faibles. L’armée guinéenne conserve par certains aspects un caractère « soviétique », avec un fonctionnement centralisé à l’extrême et des postes de surveillance répartis sur tout le territoire. À cela, il faut ajouter une gestion des ressources humaines inexistante et une chaîne de commandement très faible »

Sur un accord « nouvelle génération »

« Il s’agit d’un accord très similaire aux accords de défense « nouvelle génération » passés depuis 2008 avec d’autres pays africains, comme les Comores, la Centrafrique, le Togo, le Gabon, le Cameroun, le Sénégal, Djibouti et la Côte d’Ivoire. Il ne comporte pas en revanche d’annexe décrivant les facilités opérationnelles accordées aux forces stationnées sur le territoire de l’autre Partie car la France n’a pas de forces stationnées ou de bases permanentes en Guinée. »

Une lecture extérieure est toujours édifiante sur les réalités de nos Etats. Sachant que les dirigeants africains ne se confessent qu’à une oreille extraterritoriale, il est parfois intéressant d’en accorder une certaine importance sans pourtant tomber dans la naïveté des querelles d’intérêts et des positionnements stratégiques qui motivent les acteurs nationaux ou internationaux.

A la lecture de ce rapport, on s’aperçoit aisément que sur l’effectif de l’armée guinéenne, un flou artistique caractérise les statistiques réelles. Ce qui nous pousse à la conclusion que l’effectif réel est méconnu. « 35 000 ? 45 000 ? Personne ne le sait, pas même les membres du cabinet présidentiel. » L’effectif de l’armée guinéenne est une équation à plusieurs inconnues. Et si la réforme commençait par le recensement ? Oui ! En octobre 2011 débutait à Conakry une telle opération. Les résultats ? Des « fictifs » retrouvés comme d’ailleurs, le présageaient nos confrères du site guineeconakry.info dans un article sur la question : « la grande muette, à l’image de la fonction publique recèle de nombreux fictifs ou d’hommes n’étant plus de ce monde, mais dont la disparition n’a jamais été signalée et prise en compte dans les dépenses militaires. »

Réformer par la formation ? Avec quelles thématiques ? Sachant que le militaire ou tout autre agent de sécurité guinéen adore davantage les films de guerre où il se projette en personnage de « Rambo » plutôt qu’en tant que citoyen normal investi d’une mission de protection, la tâche sera rude de séparer le bon grain de l’ivraie. En Guinée, pour beaucoup de personnes, le choix d’intégrer les forces de sécurité a été une option par défaut quand elles ont raté d’autres choix.

©20minutes.fr

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Réformer par la restructuration ? Dans un pays où la restructuration est confondue à une réaffectation de personnel dirigeant, il va falloir de la pédagogie pour convaincre les autorités qu’une structure peut être pérenne et le personnel changeant sans que cela n’entame les bien-fondés de son existence.

Réformer par la radiation ? Pourquoi craindre la radiation de militaires ou d’agents de sécurité des effectifs officiels ? Chaque corps de l’armée, de la police et de la gendarmerie dispose de règlements intérieurs qui statuent sur les dispositions de radiation. Les lois de la République aussi ! Au sein des forces de sécurité et de défense le contraste est saisissant entre un officier qui est très bien formé et le délinquant de quartier devenu par la force des choses, agent de sécurité, j’allais dire d’insécurité.

Réformer par le démantèlement et la suppression de certaines unités ? Réputées dans la répression violente d’une simple manifestation démocratique, des unités de la police, de la gendarmerie et de l’armée ont bâti leur macabre réputation dans la conscience collective des guinéens. Elles s’appellent CMIS (compagnie mobile d’intervention et de sécurité), BAC (Brigade anti-criminalité), BATA (Bataillon autonome des troupes aéroportées) et tant d’autres. De par leur mauvaise réputation, la suppression ou la redéfinition de leurs missions est un impératif d’une réforme plus efficace.

Dans le contexte guinéen, se démarquer des injonctions des pouvoirs publics et assumer sa mission première, les forces de sécurité et de défense restent toutefois un boulet que traînent les autorités quand elles s’illustrent dans des massacres ou menacent la stabilité du régime et une marionnette quand elles contribuent à mater toutes formes de résistances internes pour garantir la survie des régimes dictatoriaux.

Dans l’attente de voir un jour les forces de sécurité et de défense guinéennes dans une dynamique républicaine et respectueuse des libertés fondamentales, les populations continueront à subir les traditionnelles exactions et violations des droits de l’Homme.

 

 

Guinée : le barrage Kaléta, un autre mirage du peuple guinéen

[Par ADS]

« On vous parle de Kaléta, ils ont attendu cinq ans, c’est à la veille des élections, qu’ils veulent vous fournir un peu d’électricité pour encore dire qu’ils ont amené l’électricité et deux mois après ça va s’arrêter ». C’est la lecture faite par Sydia Touré, président de l’UFR. Cette lecture est largement partagée par bien des Guinéens encore sceptiques quant à la fiabilité dudit barrage, la fierté du quinquennat gorgé de sang et d’impostures. Le barrage de Kaléta est ainsi devenu un fond de campagne pour le parti au pouvoir.

Il reste que, à quelques mois de la remise de l’ouvrage, en mai 2015 selon le contrat, le président doute. Selon Alpha Condé, Garafiri, Kaléta et Souapiti sont des barrages en cascade, contrairement aux autres barrages. Mais ils sont également interdépendants les uns des autres pour électrifier la Guinée, ne serait-ce que Conakry : « Le premier (Garafiri, ndlr) ne peut donner 75 MWA que si Kaléta lui donne de l’eau. Kaléta lui aussi ne peut donner ses 250 MWA en période d’étiage que si Souapiti lui donne de l’eau. Comme Kaléta sera fonctionnel à partir de mai (2015) il faut que tout de suite on trouve les moyens de financer la partie eau par des turbines. Mais au moins qu’on nous aide à élaborer la partie eau pour que Souapiti puisse donner de l’eau à Kaléta quelle que soit la période », martèle le président guinéen. Ce qui tranche avec ce qui nous a été dit.
En déclarant ainsi que Kaléta ne fait plus rêver, Alpha Condé donne raison à son ancien ministre de l’Energie, Papa Koly Kourouma, qui avait été dépouillé de toutes ses prérogatives avant d’être limogé et confiné au poste de ministre conseiller à la Présidence, comme Bah Ousmane et Rougui Barry, les alliés d’hier. On se rappelle que Papa Koly Kourouma avait failli se faire bouffer par la mouvance. Papa Koly Kourouma n’est plus en odeur de sainteté avec la mouvance présidentielle qui voit en l’ancien ministre de l’Energie un prêcheur en eau trouble. De plus, son passage à la tête de ce département n’aura pas été des plus appréciés : « Je ne peux dire qu’il a trahit le président de la République. Tout ce que je peux dire, ce que le ministre Papa Koly Kourouma n’a pas été à la hauteur ». C’est un membre de la mouvance qui parle. Amadou Damaro Camara en veut un peu à Alpha Condé « qui nomme et a la liberté de nommer qui il veut ».
Cette aigreur, car c’en est une, pourrait être née de la sortie médiatique de Papa Koly Kourouma en début d’année. En effet, l’ancien ministre avait déclaré sur les ondes d’une radio locale que le projet du barrage de Kaléta dont se vante aujourd’hui le chef de l’Etat ne pourra jamais résoudre tous les problèmes d’énergie en Guinée. Cela tranche avec ce qui se dit parmi certains proches du parti au pouvoir. Pour lui, la capacité du barrage installé à Kaléta sera de 240 Mégawats, mais il fonctionnera au gré des courants. Et parce que ce barrage n’a pas de retenue d’eau suffisante pour produire les 240 Mégawatts pendant l’étiage, cette puissance va chuter à 45 Mégawats, provoquant à nouveau des délestages électriques. Pour se justifier aujourd’hui, après avoir bien compris la réalité, Alpha Condé parle de distribution d’équipements qui transportent le courant. En réalité, il est allé trop vite en besogne. Juste pour narguer ses opposants. A l’épreuve du pouvoir, Condé comprend à son corps défendant que Kaléta ne résoudra pas tout.
Il y a peu, des Chinois ont procédé à la présentation de l’étude faisabilité de l’aménagement du barrage hydroélectrique de Souapiti, distant de celui en construction (Kaléta) de six kilomètres . Deux jours auront suffi aux ingénieurs de la china international water et Electric Corp. Et à ceux de la Guinée pour étudier le projet devant être réalisé sur le fleuve Konkouré, qui arrose bien des préfectures, dont Fria et Dubreka.
Le montant pour la réalisation du projet est évalué à près de 2 milliards USD pour une capacité, nous dit-on, de 600 MW. La durée, elle, est estimée à cinq ans. La société d’électricité d’Abou Dhabi et la Banque mondiale seront probablement les premiers partenaires de la Guinée dans l’exécution de cette infrastructure. En attendant, le rêve entretenu sur Kaléta a fondu comme neige au soleil. En effet, contrairement à ce que l’on laissait entendre, la construction de ce barrage n’empêchera pas les Guinéens de survivre à la bougie ou d’utiliser des lampes chinoises. Bref, Kaléta ne pourra résoudre les problèmes d’électricité en Guinée. Pourtant, la fourniture régulière du courant et de l’eau figurait en bonne place dans les priorités d’Alpha Condé lors de la campagne présidentielle antérieure. Mais, copinage et amateurisme dans le choix des hommes ont grippé la machine.
Au lieu de faire face à ces choix hasardeux, le président guinéen est en perpétuelle quête de boucs émissaires pour justifier son échec dans ces deux domaines vitaux : l’eau et l’électricité. De la bouche du chef de l’Etat, on a entendu que 525 millions de dollars avaient été dépensés dans le secteur de l’énergie en Guinée. Qu’a-t-on fait de ce magot ? Et ces 100 MWT qui ont été achetés à 140 millions de dollars par des proches du président ? Plus personne ne le sait. On sait en revanche que le barrage sera l’un des maîtres mots de la campagne pour Alpha Condé, qui a déjà revendiqué la victoire.

 

Document RFI réalisé à Conakry à écouter pour se rendre compte des affabulations et fausses promesses du régime de Conakry par la voix de son ex-ministre de l’énergie Papa Koly KOUROUMA : http://www.rfi.fr/emission/20120923-1-le-secteur-energetique-guinee/

 

 

Mon exil, ma dépression et mon combat

[Par Sékou Chérif DIALLO]

« Tu as l’air triste ! » me dit-on souvent. Je réponds « Ça va je vais bien ! ». Avec un sourire de tristesse pour paraître normal, rongé par l’incertitude et le doute, depuis un certain temps j’incarne un personnage différent. Toute ma fierté d’autrefois est remise en question mais pas forcément mon âme et mes convictions. J’essaye de survivre sans exigence particulière, je me contente du minimum mais je regarde l’avenir.

(Source : carrerond.be )

(Source : carrerond.be )

Fataliste résigné ? Non ! Réaliste obstiné. Oui ! J’essaye d’avancer, loin de subir, je résiste. Avec un cœur meurtri mais plein d’espoir, j’appréhende la réalité avec une certaine lucidité et sans prétention aucune. Ce combat est le mien, c’est un choix conscient que certains appelleront idéaliste mais j’y crois. Sociologue, j’ai cherché à comprendre l’Homme, ses actions et ses motivations. Journaliste, j’ai opté pour le partage et la liberté d’opinions.
Influer positivement sur les mentalités, ma démarche est avant tout pédagogique. J’apporte une modeste pierre à l’édifice. Je viens d’un pays « célèbre » je voulais dire « tristement célèbre » par l’image qu’il véhicule dans la presse internationale (26 ans de régime dictatorial de Sékou Touré avec son cortège macabre, 24 ans de régime militaire de Lansana Conté, une parenthèse d’une année de Moussa Dadis Camara avec le massacre du 28 septembre 2009 et 4 années de désillusion avec Alpha Condé et comme couronnement malheureux, l’épidémie d’Ebola). Avec un tel diagnostic, les raisons de ce combat sont évidentes : Il faut agir et sortir de cette fatalité ambiante. Se poser les bonnes questions en privilégiant l’essentiel. Toutes les sociétés à un moment donné de leur histoire ont interrogé leur intellect sur le « pourquoi » et le « comment ».

Démocratie moutonnière vue par Salah Elayoubi. (Source : musique.arabe.over-blog.com)

Démocratie moutonnière vue par Salah Elayoubi. (Source : musique.arabe.over-blog.com)

« Tu n’es pas un patriote toi ! » me reprochent certains esprits étroits qui ne perçoivent que la superficialité des choses. Le patriotisme, un terme profondément galvaudé dans mon pays. Toutes les idées ou positions contraires à la « pensée unique » celle du pouvoir, sont perçues comme ce que Sékou Touré appelait dans les années 70 contraire à « la classe peuple ». Alpha Condé, l’actuel président de la Guinée n’est ni socialiste, ni communiste, ni libéral, il est simplement un « improvisionniste », autrement dit, un président sans aucune visibilité sur un quelconque programme de développement. Dans un environnement politico-médiatique où les faits divers ont plus d’échos que les programmes d’éducation ou de santé, il va s’en dire qu’Alpha Condé tire son épingle du jeu. Quelle alternative alors ? Avec une opposition piégée dans ses compartiments ethnico-régionalistes, elle est plutôt une chance pour le pouvoir qu’un obstacle car elle contribue et alimente les débats qui sont en déphasage avec les préoccupations des guinéens. L’armée ? Jamais je ne miserais sur elle. Tout coup d’Etat militaire est un recul démocratique. La jeunesse ? Quelle jeunesse ? Celle qui se laisse manipulée par des politiques à coup de billets de banque ? Les potentialités démagogiques de ce pays sont consternantes. Sur qui compter alors ? Point de réponse et c’est inquiétant. La lecture faite par la fameuse communauté internationale est malheureusement biaisée ou sciemment orientée. Mais, je ne ramène pas ici ce traditionnel discours réactionnaire truffé de clichés sur la coopération Nord-Sud. Aujourd’hui l’enjeu est d’offrir à nos populations des conditions de vie décente et pour ce faire le leadership politique doit être repensé. Reprendre l’initiative, le peuple burkinabé vient de donner l’exemple.

Guinée : un opposant arrêté et une plainte contre trois radios privées

[Par Alareny BAH]

La violation de la liberté d’expression est un fait réel désormais connu de tous les citoyens guinéens. Ceux qui se hasardent à se lancer dans cette aventure trouveront sur leur chemin des difficultés importantes. Il ne se passe pas un seul jour dans ce pays sans que des attaques, menaces, agressions, violations de domicile ou assassinats ne soient signalés.

Abdourahamane Bakayoko (source : guineelibre.com)

Abdourahamane Bakayoko (source : guineelibre.com)

Le jeudi 6 novembre dernier un jeune du nom d’Abdourahamane Bakayoko entré en politique en 2012, dans un parti agréé et reconnu par l’État, et candidat à la députation en 2013, a vu son véhicule incendié par de jeunes incendiaires surexcités, à Labé, ville située à plus de 400km de la capitale Conakry. Le reproche qui lui était fait était d’avoir dénoncé les malversations et les positions ethniques de l’opposition et du pouvoir. Invité par une radio privée de l’ endroit pour débattre des sujets de la vie nationale, ce jeune homme d’une trentaine d’années et président du parti (les Démocrates Guinéens) a répondu à une question du journaliste en ces termes: le président de la république a un parti ethnique, il n’a de militants que dans son ethnie, et d’enchaîner : Cellou Dalein (chef de file de l’opposition) ne pourra jamais battre Alpha Condé (pdt de la rép) aux prochaines présidentielles car il n’a de militants que dans son ethnie et dans sa famille. Fin de citation. Voilà les propos qui ont fait déborder le vase.

Cellou Dalein (source : tamtamguinee.com)

Cellou Dalein (source : tamtamguinee.com)

Avant même que l’émission ne soit terminée, les locaux extérieurs de la radio furent encerclés voire attaqués par des jeunes se réclamant de l’opposition et du parti de Cellou Dalein. Comme le jeune leader ne sortait pas, la foule s’est emparée de son véhicule et y mis le feu. Le pouvoir, c’est à dire les autorités locales, au lieu de le protéger, a procédé à son arrestation pour outrage au chef de l’État. Actuellement, il est détenu à la gendarmerie régionale en attendant son procès. A la suite de cela, les magistrats de Guinée ont jeté leurs robes pour porter plainte contre trois radios privées de Conakry. Le 4 novembre, lors d’une réunion spécialement tenue pour la circonstance, l’association des magistrats a fait savoir que ces trois radios avaient critiqué à plusieurs reprises leur institution et traité leur président d’incompétent. Chose jugée intolérable. Elle a donc déposé plainte contre ces trois médias malgré la dépénalisation du délit de presse dans ce pays. Le 5 novembre, des commandos armés jusqu’aux dents ont fait une descente musclée jusqu’à l’intérieur même du tribunal pour mettre à tabac le juge de ce tribunal ; ils se sentaient forts du fait qu’ils étaient armés. Où est passé l’État de droit? En tout cas, voilà ce qui se passe dans mon pays.

 

 

Crimes contre les journalistes : L’Afrique dans la tourmente

[Par Alareny BAH]

Le 2 novembre a été décrété « Journée internationale contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes » par l’Unesco. L’Onu a également instauré la « Journée mondiale de la presse » qui a lieu chaque 3 mai. Ces initiatives pointent ce qui se passe notamment en Afrique.

Source : ifex.org

Source : ifex.org

En écho aux efforts de sensibilisation engagés à l’échelon international, on a assisté en Afrique – notamment dans l’ouest – à une floraison de médias audiovisuels et écrits. Toute chose qui avait suscité beaucoup d’engouements au sein des populations, car cette libéralisation permettait, du coup, la pluralité de l’information. Au fil des années cet espoir s’estompe petit à petit du fait des obstacles érigés sur le chemin de ceux qui sont censés travailler dans ces médias.

Des hommes s’érigeant en rois, chefs d’Etat, groupes terroristes ou autres personnes influentes usent de tous les moyens qui sont à leur disposition pour empêcher tout travail des médias non favorables à leur cause. Souvent ce genre d’attaque s’exprime par des menaces verbales, écrites, des persécutions, des arrestations, de la prison, des assassinats ou la destruction d’équipements professionnels : autant d’actes forçant à l’exil.

Le problème africain

Sur le plan mondial, l’Afrique occupe une bonne place pour ne pas dire la 1ère dans la violation des droits à l’information. Certains dirigeants sont prêts à sacrifier des journalistes pour sauver leur position. Or, ces mêmes dirigeants ont oublié que c’est grâce à la couverture médiatique qu’ils ont accédé au pouvoir. Et ce n’est pas un hasard s’ils entretiennent constamment des relations avec des médias sélectionnés pour vendre leur image.

Mon pays, la Guinée, n’est pas en reste dans ce genre de manœuvre. Récemment des journalistes ont été refoulés d’une ville où ils voulaient se rendre pour constater le nombre de morts lié à la révolte des populations face à la mauvaise gestion de la fièvre Ebola.

Aujourd’hui nombreux sont les journalistes qui ont pris la route forcée de l’exil à cause des vérités qu’ils énoncent sur des sujets sensibles, laissant derrière eux une famille meurtrie et à l’agonie. En se référant au rapport et au classement 2014 de Reporters sans frontières (RSF), on voit que la Guinée régresse d’année en année. De 82ème en 2013 elle est passée au 102ème rang sur 180 nations classées. Ceci signifie qu’il va falloir encore attendre encore bien des années pour que la protection des journalistes soit effective dans ce pays.

Source : http://rsf.org/

Source : http://rsf.org/

Globalement, à l’échelle de la planète, l’on assiste chaque année à l’assassinat et au départ massif de journalistes pour une destination inconnue à cause des persécutions dont ils font l’objet quotidiennement. Malgré la rituelle célébration du 3 mai (la Journée mondiale de la presse), les hommes et femmes, de plume, de micro et de caméras ne sont toujours pas à l’abri des esprits malveillants. Il faut tout de même se réjouir d’innombrables progrès réalisés dans la promotion d’une presse libre et responsable au service de la démocratie et de l’état de droit par certaines nations.

La célébration de l’Unesco le 2 novembre prochain vient à point nommé et s’ajoute à tant d’autres événements. Cette célébration fait référence à l’assassinat de deux éminents journalistes de RFI, en l’occurrence : Ghislaine Dupont et Claude Verlon alors qu’ils étaient en reportage à Kidal au nord du Mali. Ces deux envoyés spéciaux n’avaient comme armes que leur micro, leur badge et leur dictaphone. Ils ont été enlevés puis assassinés par leurs ravisseurs le samedi 2 novembre 2013 tout simplement parce qu’ils étaient à la recherche d’informations fiables et crédibles.

Cette date restera désormais gravée dans la mémoire de tous les hommes épris de justice mais surtout dans les annales de l’histoire de la presse mondiale. Ce 2 novembre sera alors mis à profit pour parler du travail de ses 2 journalistes disparus mais aussi des dispositions à prendre en faveur de la liberté d’information. Sans une presse libre : pas de démocratie et sans démocratie pas d’état de droit.

Source : mali-web.org

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