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Quand l’économie dicte nos choix

[Par Larbi GRAÏNE]

Comment les prix prennent le contrôle de nos vies d’Edouardo Porter« L’argent ne fait pas le bonheur » dit le proverbe. Et pourtant, tout vous amène à vouloir en posséder beaucoup. Dans son livre Comment les prix prennent le contrôle de nos vies, sur près de trois cents pages palpitantes et regorgeant d’humour, Eduardo Porter démonte les poncifs et les idées reçues circulant dans le domaine de la santé, de la psychologie et de l’économie.

Journaliste et économiste américain, Eduardo Porter a écrit un livre très documenté, considéré comme un best-seller. Les choix individuels ne sont pas dictés, comme on a tendance à le croire, par une volonté consciente, mais par les prix de ce que nous devons acheter ! Voilà une idée qui ferait se retourner dans leur tombe nombre de spécialistes métaphysiques et autres comportementalistes. « Les prix auxquels nous sommes confrontés, en tant qu’individus et en tant que sociétés – la façon dont ils modifient nos comportements et la façon dont ils évoluent selon les choix que nous faisons – nous permettent également d’adopter un point de vue privilégié sur le déroulement de l’Histoire » soutient d’emblée notre auteur. Les prix sont partout, dans les ordures, dans les services, dans les objets, dans la foi, dans la culture, y compris dans le débat sur l’immigration illégale qui est elle aussi « une affaire de prix ». Dans son épilogue, et ce, après avoir posé moult questions, Eduardo Porter se demande si l’être humain est vraiment un « être rationnel », alors que les « prix mentent ».

« Je recommande vivement ce livre à quiconque cherche un point de vue, souvent étonnant et pourtant très perspicace, sur la façon dont nous faisons nos choix, et qui renvoie à l’éventail complet des comportements humains », écrit en quatrième de couverture Gary Becker, Prix de la Banque de Suède en sciences économiques.

 

« Comment les prix prennent le contrôle de nos vies », essai d’Eduardo Porter, Nouveaux Horizons, Paris, 2012, 296 pages.

Forum France-Algérie : Appel à l’effacement de la diversité

[Par Larbi GRAÏNE]

Réunie à la Mairie du XVe arrondissement de Paris, l’association Forum France-Algérie (FFA) a appelé, jeudi 27 novembre 2014, à « effacer » le concept de diversité et à lui substituer celui de la « compétence ».

Khalid Hamdani et Farid Yaker

Khalid Hamdani et Farid Yaker

Le président du FFA, M. Farid Yaker a plaidé du reste pour l’élaboration d’une méthode permettant de « mesurer » la diversité en vue de la « faire disparaître ». Et d’arguer: « nous ne voulons pas avoir (en France, NDLR), des Arabes, des Chinois etc., car on est dans le métissage ».

Contrairement donc à ce que laisse entendre le slogan apposé au fronton de cette rencontre «La diversité des origines : une chance pour la France », le vocable diversité fait grandement polémique. Beaucoup lui trouvent des connotations  avec des formes d’exclusion sociale. M. Khalid Hamdani, directeur de l’Institut Ethique et Diversité explique que la mesure de la diversité est absente en France. Selon lui la diversité est « ethnicisée de fait et non de droit », ce qui, a-t-il ajouté « pose de grands problèmes ». Il relève que 1800 procès pour discrimination ont eu lieu en Angleterre alors qu’en France il y en a eu aucun. « Selon une première lecture la France ne discrimine pas » a-t-il ironisé.

Des médecins étrangers pourtant utiles

© SIMON ISABELLE / SIPA (source : lepoint.fr)

© SIMON ISABELLE / SIPA (source : lepoint.fr)

Pour sa part le Dr Madjid Si Hocine a retracé le parcours de ces médecins étrangers dont 8000 praticiens algériens. Ceux-ci, malgré leur compétence et leur diplôme n’ont pas échappé à l’inégalité dans le traitement. Ces médecins étrangers venus combler le manque généré par la diminution du budget alloué à la santé publique, ont eu toutes les peines du monde à s’imposer. « Ils doivent prouver leur compétence mais quand cela est fait, on leur fait savoir qu’ils ne peuvent progresser dans leur carrière sous couvert que leur diplôme vient d’ailleurs » a-t-il déploré.

De son côté, développant au autre avis, Mme Nadia Hanni, fondatrice du Melting Book, a mis en exergue la percée de la diversité dans le 4e pouvoir (la presse) mais elle a exhorté les pouvoirs publics à rompre avec l’idée de talents. Idée qui, d’après elle, repose sur le lien unissant réussite sociale et origine raciale. Et Mme Hanni de défendre la diversité dans « ses côtés banals ».

Najat Vallaud Belkacem, Ministre de l'Éducation national  (source : rue89.nouvelobs.com)

Najat Vallaud Belkacem, Ministre de l’Éducation national (source : rue89.nouvelobs.com)

Analysant le recrutement au niveau des entreprises, Mme Sonia Hamoudi  membre du Conseil économique social et environnemental (CESE), a, pour sa part indiqué que « la diversité offre de grands atouts sous réserve qu’elle soit bien gérée ». « La mesure de la diversité se pratique dans l’entreprise » a-t-elle notamment souligné. Mais elle s’est montrée peu convaincue de la thèse selon laquelle la diversité s’est installée dans les entreprises. A ses yeux, la diversité est absente au niveau des élites.

« Je trouve très grave le fait que Najat Vallaud-Belkacem soit désignée ministre parce qu’elle est d’origine étrangère » a asséné un intervenant. Et d’ajouter que « si la diversité est un sujet, ça devient un problème ».

Au final, les participants au forum ont critiqué la représentation de la diversité dans le système politique et ont appelé les hommes politiques à revoir leur copie à ce sujet.

La transition est-elle possible en Algérie ?

[Par Larbi GRAÏNE]

Un air de fin de règne souffle actuellement en Algérie. L’indice le plus spectaculaire en a été la « rébellion » des policiers qui, outre qu’ils ont demandé la tête de leur chef – le général Abdelghani Hamel – ont osé manifester devant la présidence de la République et déranger ainsi la quiétude d’un chef d’Etat grabataire quoique fraîchement reconduit pour un quatrième mandat.

des centaines de policiers ont manifesté devant la présidence à El Mouradia mais aussi à Oran et Constantine (source : maglor.fr)

des centaines de policiers ont manifesté devant la présidence à El Mouradia mais aussi à Oran et Constantine (source : maglor.fr)

 

Abdelghani Hamel (source : impact24.info)

Abdelghani Hamel (source : impact24.info)

On susurre que le chef de la police était bien placé pour succéder à Abdelaziz Bouteflika dont le maintien au pouvoir répond au souci d’empêcher un déséquilibre qui aurait mis à rude épreuve le système de la distribution de la rente. Bouteflika n’incarnerait qu’un consensus temporaire en attendant que se dégage un compromis entre les différentes factions au pouvoir. Mais le compromis en question n’a pu se concrétiser sur le terrain, puisque le général Hamel s’est heurté semble-t-il à l’hostilité des services secrets, le DRS dirigé par Mohamed Mediene dit Tewfik. En cette mi-octobre 2014, les policiers en colère n’ont pas trouvé mieux que de hurler sous les murs du palais présidentiel « Hamel Dégage ! » reprenant ainsi à leur compte un slogan cher aux masses insurgées du printemps dit arabe.
Bien entendu dans cette partie qui se joue à ciel ouvert, les masses « laborieuses » en sont absentes. On joue à la révolution en l’absence d’un peuple, pourtant un des plus bouillonnants de la rive sud de la Méditerranée. Dix ans de guerre civile ont brisé ses ressorts et l’ont fait douter de lui-même jusqu’au point où les hommes politiques ont été réduits au rôle peu envieux des Cassandre.

 

Trucage des urnes, fondement du système
Passé maître dans le trucage des urnes, le pouvoir algérien s’est arrangé pour mettre en place toutes les institutions censées représenter le peuple dont il a brimé la voix. Les deux chambres du parlement servent à alimenter les journaux télévisés en images dont la force incantatoire fige la démocratie en rangées ordonnées d’élus levant ou s’abstenant de lever la main. Comme tous les pays qui singent les démocraties occidentales, l’Algérie s’est dotée d’un parlement uniquement pour donner la réplique aux Etats qui véritablement en possèdent un. Il faut bien que le président d’un parlement étranger soit reçu par son homologue algérien. Si la France ou la Suisse a son assemblée, l’Algérie devrait en avoir la sienne.
Quant au président de la République, il faut reconnaître que lui-même n’échappe pas à la logique qui préside à la fabrication des assemblées élues. C’est l’armée qui lui donne mandat pour gouverner, et c’est à elle seule et non au peuple qu’il doit rendre des comptes.

 
L’armée, faiseuse de rois
En vertu de cette règle qui date de l’indépendance, l’armée est devenue la faiseuse de rois. Il en résulte ce fait que depuis plus d’un quart de siècle c’est elle qui dirige en sous main les gouvernements successifs mais sous des dehors civils, même si parfois elle n’y parvient que très difficilement. Né juste au lendemain de l’indépendance, le premier mouvement d’opposition, le Front des forces socialistes (FFS) de Hocine Aït Ahmed, a dû prendre les armes contre l’Armée nationale populaire (ANP) dépêchée en Kabylie par les autorités. La confrontation qui a fait plus de 400 morts dans les rangs du FFS, devait néanmoins précipiter en 1965 la chute d’Ahmed Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante, qui fut déposé par le Colonel Houari Boumediene, alors chef d’Etat-major de l’armée. Par cet acte Boumediene anticipait sur la reconnaissance du FFS que Ben Bella était sur le point d’avaliser. Cela étant, l’armée d’aujourd’hui n’est plus ce qu’elle était en 1962 : un rassemblement de maquisards au sortir d’une guerre atroce dirigée contre l’occupant étranger. Le rassemblement de maquisards a cédé la place à une bureaucratie militaire ayant développé des connexions intensives avec la bourgeoisie d’affaires dont elle a investi les valeurs en tant que classe dominante. L’histoire de ce « complexe militaro-industriel » est émaillée de tueries massives : répression des émeutes d’octobre de 1988 (plus de 400 morts), guerre contre la rébellion islamiste des années 1990 (plus de 100 000 morts) et répression des émeutes de Kabylie à partir de 2001 (plus de 120 morts).

 

Après le « qui tue qui ? » c’est le « qui dirige l’Algérie ? »
En l’absence de démocratie et lors même que des tendances séparatistes commencent à s’exprimer en Kabylie, voire dans la vallée du Mzab, la « réélection » d’Abdelaziz Bouteflika pour la quatrième fois consécutive, n’a tenu compte ni du bon sens ni d’aucun paramètre ayant un lien avec une quelconque fonction sociale, ou du moins avec une fonction consensuelle si infime soit-elle. Les généraux de l’armée ont tellement usé et abusé de la manipulation, et excellé dans l’action psychologique visant à neutraliser les populations, qu’ils ont fini par être pris par leur propre piège. Ils sont les seuls à ne pas se rendre compte que l’Algérie n’a pas de président de la République !

Abdelmalek Sellal (source : lepointeco.com)

Abdelmalek Sellal (source : lepointeco.com)

Pourtant les activités du premier ministre, Abdelmalek Sellal ont tendance à consacrer sur la scène diplomatique l’effacement du chef de l’Etat. Le premier ministre, qui prend des décisions au nom de Bouteflika, n’est en fait que le mandataire d’un président lui-même mandataire ayant reçu ses prérogatives de l’armée. Encouragés par le délitement de la société, les décideurs militaires en sont arrivés à faire usage cette fois-ci d’un déguisement inopérant qui consiste à faire accroire que le maintien d’un vieillard agonisant à son poste est un choix découlant de la souveraineté populaire. Les décideurs doivent se sentir tellement forts qu’il leur avait paru inutile de cacher par quelque artifice dont ils ont le secret leur entreprise de cooptation de la personne sur laquelle ils ont jeté leur dévolu. Du coup ils ont brutalement rendu visible et démaquillé leur imposture électorale, déconstruisant ainsi leur propre stratagème. La question redondante « Qui dirige l’Algérie ? » est désormais sur toutes les lèvres des journalistes des médias internationaux et le nom du général chargé du DRS a fait le tour du monde.
Le régime algérien est au pied du mur. Pour reprendre l’expression d’un journal londonien « le pouvoir algérien est un géant qui a peur de son ombre ». L’aspiration au changement n’a d’égale que la férocité de la confrontation qui met aux prises les différents clans de l’armée.

 

L’an II de l’opposition algérienne

Conférence de la CNLTD : Congrès inédit de l'opposition (source : algerie360com)

Conférence de la CNLTD : Congrès inédit de l’opposition (source : algerie360com)

La réélection de Bouteflika fut durement ressentie par l’opposition, toutes tendances confondues. Ce qui va l’inciter à se fédérer au sein d’une coordination nationale pour la transition et les libertés démocratiques (CNTLD) dont l’activisme sera couronné par un événement majeur : l’organisation au mois de juin 2014 à Zeralda, à l’ouest d’Alger, de la première conférence pour les libertés et la transition démocratique en Algérie. Ainsi la CNTLD a réussi à réunir les laïcs et les islamistes dont des ex dirigeants du parti du Front islamique du salut, FIS (interdit).
Ayant regroupé également d’anciens chefs de gouvernements passés à l’opposition, la conférence de Zeralda a appelé au « respect du cadre républicain de l’État algérien », à « rendre civil le régime politique et éloigner l’institution militaire et sécuritaire des conflits politiques ». Si les partis politiques semblent avoir mûri en acceptant de s’asseoir à la table de négociation et faire l’effort de surmonter leurs divergences, il n’en demeure pas moins que leur audience a considérablement reculé au cours de ces dernières années sous l’effet conjugué de la guerre civile et de l’autoritarisme du règne de Bouteflika. Laminés autant que les populations qui avaient constitué leur vivier, les partis ont du mal à promouvoir la chose politique. Cela dit, depuis le lancement de la CNTLD, qui, s’il a accentué l’isolement du pouvoir, n’a pas pour autant permis d’impulser une dynamique de changement. Chacune des deux parties, opposition et pouvoir, sont restées campées sur leur position respective jusqu’au moment où un intrus est venu chambouler cet échiquier. Cet intrus n’est autre que le FFS dont on a déjà parlé.

Aït Ahmed (source : algerie1com)

Aït Ahmed (source : algerie1com)

Légalisé en 1989 à la faveur de l’instauration du multipartisme, le parti d’Aït Ahmed, en sortant de la clandestinité a, tôt défendu l’idée selon laquelle l’implication des islamistes du FIS dans la vie politique est de nature à leur ôter le voile de sacralité dont ils sont entourés. Mais l’armée ne l’entendait pas de cette oreille. En janvier 1992, elle procédait à l’arrêt des élections législatives, les premières qui aient été organisées sous le multipartisme, mais remportées par le FIS. A l’époque il n’y avait pas encore l’expérience tunisienne qui eût pu démontrer- pour peu qu’il y ait une société civile – que les islamistes peuvent être délogés avec leur tapis de prière. L’incurie des islamistes maghrébins est proverbiale, elle n’a d’égale que leur inaptitude à concevoir le monde dans sa réalité et à préconiser des solutions en matière de gouvernance étatique. Brandi pendant longtemps par les décideurs militaires pour justifier leur politique d’éradication, l’alibi du danger islamiste devient aujourd’hui relativement obsolète aussi bien au niveau interne qu’externe. Bien qu’ayant participé à la conférence de l’opposition de Zeralda, le FFS est passé, fin octobre 2014, à la vitesse supérieure en appelant à une autre conférence, baptisée « conférence du consensus » qu’il compte organiser sous sa propre supervision. La nouveauté réside dans le fait que le pouvoir en place est invité à y participer. Le but assigné à la conférence du consensus est d’organiser une période de transition « inspirée des modèles internationaux de consensus» expérimentés (notamment en Espagne et en Amérique du sud) à l’issue de laquelle le pouvoir actuel est sommé de faire ses valises et transmettre le témoin selon un agenda négocié et ce, « sans manifestation de rue, ni violence ». Il est à noter que le FFS reconnait que les modèles de consensus ayant été mis en œuvre ici et là ont été l’émanation des pouvoirs en place soulignant que l’originalité de sa démarche tient en ceci que c’est un parti politique qui en est l’initiateur.
Comme il fallait s’y attendre les principaux animateurs de la coordination, soit le Mouvement de la société pour la paix (MSP), le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), le parti Jil Djadid et l’ancien chef de gouvernement Ahmed Benbitour) tombent des nues et crient au complot. Cette initiative a été jugée à juste titre comme une option concurrente au sommet de Zeralda. Il n’empêche, le doyen des partis d’opposition invoque une recommandation de son dernier congrès qui serait antérieure à la création de la CNTLD. Le laïc Mohcine Belabbas, président du RCD insiste sur la non clarté du projet du FFS et l’accuse de vouloir torpiller l’action entamée par la CNTLD. L’islamiste Abderrezak Makri, président du MSP, quant à lui, fulmine en soulignant que « le problème ne réside pas dans l’opposition, c’est du côté du pouvoir que le FFS devrait voir ». Et de s’interroger sur « l’identité » de la partie du pouvoir que la formation d’Aït Ahmed compte ramener à la table de négociation. Makri ne cache pas son inquiétude de voir le FFS louper le « pouvoir réel ».

Abdelaziz Rahabi (source : algerie360com)

Abdelaziz Rahabi (source : algerie360com)

Mais la critique la plus fondée a été avancée par Abdelaziz Rahabi, ancien ministre de la communication qui reproche au FFS d’organiser un événement qui aurait dû échoir au pouvoir.
Toujours est-il qu’on a assisté alors à quelque chose d’insolite : pour emporter l’adhésion du plus grand nombre, le FFS connu pour son aversion à l’égard des faux partis et de la fausse opposition qu’il n’a eu de cesse de dénoncer, s’est livré cette fois-ci à un exercice dont il est peu coutumier, en allant taper à la porte ( mises à part quelques organisations de la société civile, formations politiques et syndicales et personnalités d’importance) d’une noria de partis-éprouvettes proches du DRS et du parti de l’administration, le Front de libération nationale (FLN), qui ont tous paradoxalement fait bon accueil à son initiative. Tout porte donc à croire que le DRS et la présidence de la République n’ont pas l’intention de s’opposer à la tenue de la conférence en question.

 

Différence entre la CNTLD et la conférence du consensus
Il saute aux yeux que les deux approches proposées pour résorber la crise algérienne présentent des différences tant au niveau du fond que de la forme. Au niveau du fond, la CNTLD dénie tout rôle à l’armée pour mener la transition tandis que la conférence à laquelle appelle le FFS est une « feuille vierge qu’il faudrait remplir » autrement dit, la feuille de route qui sortirait de la conférence est à noircir avec l’ensemble des participants, y compris le gouvernement. Au niveau de la forme, la CNTLD n’a pas jugé utile d’associer le pouvoir aux discussions, se contentant uniquement de réunir l’opposition. C’est tout le contraire de ce que prône le parti d’Aït Ahmed qui insiste sur la nécessité d’impliquer l’Exécutif.

 

Pour conclure
Tout compte fait, les arguments présentés par la CNTLD pour disqualifier la conférence du consensus paraissent fondées qu’en partie. Certes l’initiative du FFS est trop risquée, – ce que ses détracteurs certainement ne sont pas sans ignorer, mais tout de même elle reste intéressante à plus d’un titre. Au vu de la tournure qu’ont pris les événements, il est presque assuré que la conférence du consensus aura lieu, même si on peut s’attendre peut-être à quelques absences qui ne devraient pas peser beaucoup. On peut s’interroger en revanche sur la marge de manœuvre de l’opposition, qui plus est, elle est appelée à négocier avec le DRS par fausse classe politique interposée. Au cas où les exigences de démocratisation qui y seront immanquablement exprimées, paraîtraient aux yeux des décideurs impossibles à satisfaire, ces derniers auront alors la partie facile pour provoquer les défections nécessaires à l’effet de saborder la conférence. Car dans tout ce qui va se jouer, l’un des principaux protagonistes, le pouvoir en l’occurrence, n’a fait jusque là montre d’aucune volonté politique allant dans le sens d’une véritable ouverture politique. Toute prédiction étant difficile à faire, le mieux est de laisser l’expérience se produire…

 

Fête de l’Humanité : « Allez-y à droite, comprenez que c’est à gauche ! »

[Par Larbi GRAÏNE]

Paris a dansé et chanté à gauche ce week-end à l’occasion de la fête de l’Humanité (du 12 au 14 septembre 2014). L’événement tout aussi coloré et grandiose que lors des précédentes éditions a drainé des foules immenses. Le site retenu pour cette manifestation gigantesque, – le Parc départemental Georges Valbon de la Courneuve -, a été aménagé sous forme de village planétaire reflétant à la fois la dimension internationale des mouvements de gauche et l’enracinement dans la société française du PCF (Parti communiste français) et des mouvements qui lui sont proches. En moyenne 200 000 visiteurs par jour s’y sont rendus. Politique et musique, commerce militant et tout le côté théâtral qui va avec, se sont donc mêlées en un étrange accouplement.

DR/Cédric Faimali

DR/Cédric Faimali

Tout l’imaginaire à la Karl Marx et Engels a été convoqué. Sur le fronton des chapiteaux, on pouvait lire des mots d’ordre tels que « Vivre comme un arbre, sauf et libre, vivre en frères comme les arbres d’une foret, ce rêve est le nôtre ». « L’unité des travailleurs, solidarité des peuples », « Non au traité transatlantique », « Liberté pour tous les prisonniers politiques en Iran ». Le cas de la Palestine encore d’une brûlante actualité, a trouvé une large place dans cette manifestation. Idem pour Cuba. Bref beaucoup de partis et de mouvements de libération de part le monde ont été conviés y compris le Polisario. « Un tel événement est important pour nous, car c’est le moment où jamais où il faut raffermir la solidarité internationale, et engager des contacts avec les différentes délégations » affirme Noel Murphy, membre du parti communiste irlandais qui paraît très remonté contre le « pouvoir très réactionnaire » des deux Irlandes. Pour ce représentant palestinien qui a participé à un meeting de soutien au peuple de Gaza « les forces de l’exil nous les avons transformées en compagnons de liberté avec pour seule perspective une Palestine libre ». Et celui-ci de rendre hommage à Fernand Tuil « qui a compris l’importance de ces camps de réfugiés palestiniens lieux de désespoir, transformés par notre volonté en souffle d’espoir pour l’ensemble de notre peuple, comme il a compris l’importance du combat pour les prisonniers palestiniens qui vont nous mener une fois libre vers la libération ». D’après lui « Mandéla était déjà libre dans sa cellule, il fallait juste un peu de temps pour s’en rendre compte ». Et d’asséner « Merouane al-Berghouti est libre dans sa cellule ». De son côté Jacques Milhas, membre de la rédaction de « Cuba Si FRANCE » dénonce « l’omerta des médias » sur le cas des trois Cubains emprisonnés par les États-Unis. « ce sont des gens (les 3 prisonniers, NDLR) qui n’ont jamais fait du mal à personne puisqu’ils n’ont jamais porté une arme, ni une grenade, ni quoi que ce soit. Ils étaient simplement infiltrés dans les commandos anti-castristes en Floride pour prévenir sur les attentats qui se préparaient contre le peuple cubain » soutient-il. Pour le coprésident du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui était apparu sur une tribune dédiée au pays de Fidel Castro, Cuba  « n’a pour elle que la solidarité de son peuple ». Et d’exprimer « notre profonde estime, amitié et solidarité avec Cuba socialiste ».

Jean-Luc Mélenchon, à la Fête de l'Humanité, le 13 septembre 2014. (AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD)

Jean-Luc Mélenchon, à la Fête de l’Humanité, le 13 septembre 2014. (AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD)

Pour Mélenchon « l’empire a fait de Cuba non seulement la cible d’une règle inexpugnable qui se poursuit avant même que les condamnations de l’ONU se succède l’une derrière l’autre contre l’embargo qui est fait contre ce petit peuple ». Pourfendeur à souhait des Etats-Unis, le dirigeant du Parti de gauche s’en prend non sans ironie au « droit que s’attribuent les Américains face au monde entier afin de punir les autres peuples comme ils punissent leur propres ressortissants qui ne respectent pas l’embargo ». Concentrant ensuite ses attaques contre le pouvoir français, Mélenchon fustige Hollande en l’accusant de s’être soumis au diktat de l’Oncle Sam. « Il est stupéfiant de voir que le président de la république française, ait capitulé aussi vite lorsque la France a été condamnée par les États-Unis d’Amérique parce qu’elle avait fait des échanges en dollars avec Cuba » a-t-il accusé. Mélenchon est ovationné. Le stress convoqué par les discours politiques est vite absorbé par les diverses distractions. C’est l’atout de ce genre de manifestation. Quand on demande notre chemin pour sortir, on nous conseille de « prendre la droite, puis la gauche, encore la droite » mais il nous est rappelé qu’il faut toujours prendre la gauche », du moment que c’est la fête de l’humanité.

Le Front National et le vote immigré

Chronique / L’oeil de l’exilé : Altermondes n° 39 / Septembre 2014

Le Front National et le vote immigré 

Par Larbi GRAINE

La percée du Front National est devenue enfin une réalité palpable et, d’autant plus que, depuis quelques années, des indices annonciateurs d’une recomposition identitaire sont apparus dans ce parti. Cette chapelle politique qu’on avait crue irrémédiablement hermétique à la communauté immigrée d’origine algérienne […]

Pour lire l’article, cliquez sur l’aperçu ci-dessous.
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37e édition du Festival de Cinema de Douarnenez – Le reportage de nos envoyés spéciaux

37e édition du Festival de Cinema de Douarnenez. Peuples de l’Indonésie et sexualité pour interroger l’identité. [ Par Larbi GRAÏNE, publié le 20 août 2014 ]

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Festival de cinéma de Douarnenez : Focus sur les peuples :

1. Hiandjing Pagou Banehote, sculpteur kanak

2. De l’intersexe avec Ins A Kromminga

3. Les Messagers de Hélène Crouzillat et Laetitia Tura

[Par Larbi GRAÏNE (redacteur) et Muzaffar SALMAN (photographe), publié le 25 août 2014]

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Douarnenez, troisième jour : les images de Muzaffar Salman

Crédit photo : Muzaffar Salman

Festival de Cinéma de Douarnenez, ce mardi en photos [Par Muzaffar SALMAN, le 26 août 2014]

Crédit photo : Muzaffar Salman

Muzaffar Salman raconte Dourmanez : le 5ème jour du Festival [le 27 août 2014]

Crédit photo : Muzaffar Salman

Crédit photo : Muzaffar Salman

Douarnenez : Quand la réflexion se conjugue avec l’ambiance festive :

1. Film en langue bretonne

2. Métier Traducteur / LSF, une remarquable percée

3. Les bénévoles à l’affût

[Par Larbi GRAÏNE (redacteur) et Muzaffar SALMAN (photographe), publié le 28 août 2014]

Crédit photo : Muzaffar Salman

Douarnenez, images d’un festival entre terre et mer  [Par Muzaffar SALMAN, le 1er septembre 2014]

 

Si Douarnenez m’était conté [Reportage réalisé par Larbi GRAÏNE, photos de Muzaffar SALMAN, le 12 septembre 2014]

Si Douarnenez m’était conté

Reportage réalisé par Larbi GRAÏNE, photos de Muzaffar SALMAN

Quel lien y a-t-il entre les minorités culturelles au sens de l’ethnie et les minorités sexuelles dont les identités gravitent autour du corps ? Le festival de cinéma de Douarnenez du 22 au 30 août 2014 esquisse à sa manière une réponse en faisant venir sur la terre bretonne, peuples et personnes intersexes de l’Indonésie et d’ailleurs.

De gauche à droite : Vincent Guillot et Mami Yulli

De gauche à droite : Vincent Guillot et Mami Yulli

Les lèvres peintes de rouge fluorescent, une longue chevelure noire de jais qui lui retombe sur le côté droit de son visage, Mami Yulli, 52 ans, forme le V de la victoire. Mami est une waria. En langue indonésienne, ce mot désigne la personne transsexuelle (dit péjorativement travestie). Ce terme de waria, est en fait, un néologisme formé à partir de la contraction de wanita (femme) et de pria (homme).

Pour Mami Yulli, « une waria est une femme dans un corps d’homme». Elle a la conviction de mener une guerre éminemment politique contre l’injustice. Elle voit en le festival de cinéma de Douarnenez une belle tribune pour dénoncer l’exclusive dont sont frappés les warias dans son pays « Oui je crois que l’internationalisation de la question des warias va servir notre cause ». Attablée sous le chapiteau, Mami Yulli tourne vers nous un visage vigoureux aux traits viriles. Mais elle a des gestes graciles et la silhouette languide.
Elle a été contactée par Vincent Guillot, le transsexuel du cru, chargé par la direction du festival de prospecter à travers le monde la planète transgenre. Yulli a passé une jeunesse troublée et malheureuse. Renvoyée par sa famille, elle a dû vivre dans la rue et s’adonner à la prostitution durant 17 ans. Après une longue traversée du désert, elle entame des études en droit à l’université qui lui ont permis de devenir la première waria à être admise comme étudiante en licence puis en master. A l’université, elle va se distinguer par le port d’habits féminins singuliers censés refléter sa véritable personnalité. Devenue un modèle pour les autres warias, elle s’impose comme leur cheffe de file. Aujourd’hui, mère de 3 enfants, Mami Yulli, dirige en Indonésie ( le plus grand pays musulman du monde de par sa population), une association de warias qui revendique 7 millions de transsexuels sur une population de 240 millions de personnes.
Contrairement à ce qu’on peut penser, les warias ne se font pas une haute idée de la civilisation occidentale. « La religion musulmane certes pèse mais l’Indonésie n’est pas un Etat islamique, il y règne une forme de démocratie » fait -elle observer. Et d’analyser « le nombre important de warias, a permis à celles-ci de s’organiser au sein des communautés, et faire ce qu’elles veulent en privé ».
Tout ce que la culture locale a de mauvais en elle dans ses rapports avec les transgenres, Yulli l’impute à « l’influence néfaste » de l’Occident. « Chez nous, les gens sont tolérants et sont capables de pardon » explique-t-elle. Transsexuel venu d’Allemagne, Ins A. Kromminga, 44 ans, a été lui aussi invité par le festival. A travers une exposition de dessins, il dénonce la médecine qu’il présente comme une cure « tendance » bon chic bon genre, une sorte de science normée qui reçoit ses ordres de la société dans laquelle elle s’insère. Il décrit comme d’infamantes mutilations les opérations pratiquées sur les organes génitaux. La cinquantaine bien sonnée, hermaphrodite, les cheveux longs peints en rouge, les ongles en bleu indigo, Vincent Guillot, dont on a déjà parlé plus haut, approuve. Un tantinet porté sur le comique, ce natif de Landeleau en région Bretagne, sait se composer un visage grave et sérieux quand il le faut. Pour lui la langue bretonne est « une langue qui ne veut pas mourir ». A ses dires elle serait la langue vernaculaire dans la foire à chevaux (qui a lieu dans la région) car les paysans en l’utilisant cachent les défauts des bêtes afin de trouver preneurs. Ouvrier agricole, s’il se dit père de 4 enfants, il reconnaît néanmoins ne pas en être le géniteur. « Je ne comprends pas pourquoi on n’admet pas qu’un transsexuel puisse devenir le père d’enfants qu’il n’a pas conçus alors qu’on trouve la chose tout à fait normale quand il s’agit de personnes dont la sexualité est ordinaire ». Ses enfants sont-ils comment sur le plan sexuel ? Pour Vincent, la sexualité n’est pas héréditaire. La médecine, il n’en a cure et son cas est suffisamment éloquent. Vincent parle avec fierté de ses « quatre enfants épanouis qui ont tous fait des études ».Ses enfants sont hétérosexuels et leur personnalité est bien construite. Je pense à une question, et celle-ci est partie trop vite. Trop tard pour faire marche arrière : comment lui, hermaphrodite dominé peut-être par des tendances féminines peut-il incarner une présence masculine dont les enfants ont grandement besoin ? C’est la première fois au cours de cette conversation à bâtons rompus que je vois Vincent s’emporter. Il bondit de sa chaise et part aussitôt dans une diatribe contre la psychanalyse. Ma question l’a d’autant plus heurté qu’il connaissait mon origine nord-africaine. Je devais comprendre que « la culture orientale a été malheureusement pourrie par la psychanalyse, et qu’elle a fini par assimiler le discours colonialiste ». L’islam m’explique-t-il a toujours toléré l’hermaphrodisme alors que l’Occident confond souvent hermaphrodisme et pédérastie. Pour la psychanalyse, fulmine-t-il, nous sommes de la m…(les transsexuels, NDLR)

Une cité hantée par la mer

Julien

Julien

Les cheveux ébouriffés, Julien a l’allure d’un chanteur anglais de rock, pourtant il n’est qu’un marin pour le plaisir. Il a appris sur le tas après un stage de 3 mois auprès d’un ami, à conduire son bateau à moteur qui lui sert également de logis. Nous sommes trois journalistes du kezako, (un bulletin d’information papier sur le festival de cinéma) à s’être embarqués pour une petite incursion maritime dans la baie de Douarnenez. Un vent frais souffle. Toutes voiles déployées, la petite embarcation glisse sur les flots. Quand j’ai revu Julien, la soirée même, je l’ai trouvé au chapiteau dressé sur la place du festival en train de danser sur le rythme endiablé de la fanfare Reuz Bonbon. Julien ne dansait pas, plutôt il tanguait comme tout à l’heure à bord de son yacht. On le voyait comme un beau diable, tantôt rembobiner, tantôt débobiner les cordes, tantôt passer d’un côté à un autre au grès des changements de cap. Les Douarnenistes sont un peu comme Julien. La mer les habite, les imprègne même si elle ne les nourrit plus comme jadis. Douarnenez a, du reste associé son nom à son port de pêche renommé pour ses sardines à tel point que ses habitants sont appelés parfois « Penn sardin », (Tête de sardine) allusion aux ouvrières des conserveries à qui revient, entre autres, la tâche de couper la tête de ces poissons.

Mille et une légendes

La mémoire collective fourmille en outre de mille et une légendes qu’on ne cesse de conter depuis les temps les plus reculés. Quand on ne comprend pas la langue locale, on a tendance à rechercher dans le toponyme incompréhensible qu’est Douarnenez, le segment phonétique qui serait la trace du français. C’est ainsi qu’on repère la déclinaison en « nez », laquelle désignerait l’organe nasal. Or en réalité, il n’en est rien. Douarnenez veut dire en breton la terre de l’île (Douar an enez). Car l’île en question existe bel et bien. Elle s’appelle Tristan, et s’étale sur 6 hectares environ. Située à 50 mètres environ de la berge, on y accède à pied en temps de marée basse. Non seulement il y a l’île mais celle-ci n’est pas n’importe laquelle. Elle a naguère abrité les célèbres amours de Tristan et Iseut, les héros de l’œuvre de Béroul qui fait écho à un mythe breton très ancien. Tristan est appelée parfois localement l’île des brigands, preuve s’il en est, que l’histoire peut voisiner avec la pure légende. Cette île fut en en effet à la fin du XVIe siècle la base arrière du bandit Guy Éder de La Fontenelle dit en breton « Ar Bleiz » (Le Loup). On rapporte encore aujourd’hui sa fin tragique puisqu’il mourut supplicié sur la place de grève à Paris. Difficile de garder son calme à bord du yacht de Julien. Les vagues sont assez fortes pour le faire chavirer. Avant notre montée à bord, on nous a fait le récit de la ville d’Ys, qui aurait été engloutie par l’océan. Encore une légende bien douarneniste puisque la cité disparue avait été édifiée au large de Douarnenez. La ville d’Ys est liée à l’histoire de Dahut, fille du roi Gradlon, qui menant mauvaise vie, a provoqué le châtiment divin qu’elle méritait. Le roi Gradlon réussit seul à s’échapper des flots. Depuis cette époque dit la légende, la ville de Quimper, (distante de 25 km de Douarnenez) devint sa nouvelle capitale.

L’avenir de la pêche en question

Bruno Claquin

Bruno Claquin

La pêche à Douarnenez accuse un recul depuis la fin des années 1980 à cause de l’absence de relève dans une profession qui se transmettait jusque-là de père en fils. Arrivés à la retraite les propriétaires des gros chalutiers ont préféré larguer définitivement les amarres que de perpétuer le métier. Bruno Claquin, 51 ans, est l’exception qui confirme la règle. On n’a pas eu de difficulté à repérer son « Saint-Anne II » qui était amarré en rade. Ce marin-pêcheur qui a débuté sa carrière à 16 ans s’apprête après 23 années de pêche au large à transmettre le témoin à l’un de ses trois enfants qui a suivi un bac professionnel en pêche. Bruno Claquin est très sollicité, il cumule d’ailleurs les fonctions de vice-président du comité départemental des pêches du Finistère et de président de la Société nationale de sauvetage en mer de Douarnenez. « L’Europe a donné à partir des années 80 des subventions pour la construction de bateaux neufs mais personne n’a voulu investir, tous les patrons ont préféré vendre et aucun n’a renouvelé sa flotte» regrette-t-il. Il évoque avec nostalgie « l’époque des 6 hauturiers qui partaient pour 15 jours de mer jusqu’en Mauritanie pour pêcher la langouste ou jusqu’en Irlande et en Islande pour pêcher le lieu-noir ». A présent dans tout Douarnenez il ne reste qu’un seul sardinier immatriculé en ce port. C’est la région voisine, le pays Bigouden ( Ar Vro Vigoudenn, en breton, au sud-ouest de Douarnenez) qui a pris le relais. Les bateaux de gros tonnage appartiennent aux marins pêcheurs de Saint-Guénolé, du Guilvinec ou de Loctudy. Le port de Douarnenez est devenu un port de débarquement puisqu’on y débarque le poisson frais avant son acheminement par voie routière vers les ports de Concarneau ou de Saint-Guénolé. « La raison tient au fait que les ports du pays Bigouden sont des ports à marais qui ne peuvent recevoir de gros bateaux. Le port de Douarnenez offre l’avantage d’être un port à eau profonde, il y a au moins 15 mètres, c’est pourquoi il est devenu un port relais » précise Claquin.
Le port de Douarnenez paraît calme et peu actif. Pour Claquin « ce n’est qu’une impression, en réalité l’activité y est très intense, on ne la remarque pas, car les bateaux aussitôt qu’ils débarquent leur marchandise, repartent en haute mer »

Kezako bretonnant

Des membres de l'équipe du Kezako

Des membres de l’équipe du Kezako

La langue bretonne s’est taillée au festival de Douarnenez une bonne place même si elle n’a pas égalé celle du lion. Elle serait parlée en Bretagne par environ 200 000 personnes croit savoir Joubin Maelan, 30 ans, bretonnant et employé à l’Office public de la langue bretonne. Maelan a assuré les pages en breton du kezako. Il appartient au cercle privilégié des bretonnants en ce sens qu’il a appris le breton auprès de ses parents avant d’en consolider les acquis à l’école. Beaucoup de bretonnants aujourd’hui n’ont pas eu cette chance, ayant appris cette langue uniquement sur les bancs de l’école.On dit bretonnant pour désigner le locuteur du breton. Étrange vocable que ce mot dès lors que tous les locuteurs des autres langues sont déclarés, germanophones, anglophones ou berbérophones, c’est selon. « Bien que le mot existe, on ne dit pas brittophone, parce que le qualificatif de « bretonnant » est consacré par l’usage depuis le moyen-âge, il est d’ailleurs dérivé du verbe « bretonner », qui a préexisté aux vocables ayant le suffixe en -phone et qui, à la base ne sont pas des verbes mais des substantifs » nous explique cette dame cinéaste qui paraît être bien documentée sur la question. Une littérature en breton existe. Dans son magasin de bouquiniste sur le front de mer, impressionnant par sa surface, Jean-Pierre originaire de Paris, y tient un rayon dédié à cette langue. Y figurent entre autres des textes religieux, des poèmes anciens, des romans et des dictionnaires. « Il y a beaucoup de curieux qui viennent fouiller dans ce coin, même des non locuteurs du breton ont acheté des dictionnaires français-breton, ou anglais-breton » soutient-il. Paradoxalement une certaine rupture s’est opérée entre l’ancienne génération des bretonnants et celle qui a bénéficié de l’enseignement. « Les personnes âgées éprouvent un complexe à parler en breton avec les jeunes gens l’ayant appris à l’école, ils se sentent comme pris en défaut de parler une langue fautive, pensant qu’ils ont en face d’eux des locuteurs d’un breton académique» fait observer Patrick, un jeune homme bretonnant rencontré au festival. Cheville ouvrière de la cinémathèque du festival, l’anthropologue Claude Le Gouill, a trouvé aussi le temps pour alimenter de ses écrits les colonnes du kezako. Entre deux présentations de films, le voilà discourant sur les prochaines représentations. Il n’a jamais appris le breton, il se souvient que ses « grands-parents n’en voulaient pas ». Il ne cache pas le fait que cela l’ait amené à s’interroger sur sa propre identité. Un questionnement qui n’est pas du reste étranger aux recherches qu’il mène depuis des années sur les Amérindiens de Bolivie. « On a dit qu’il va disparaître dans les années 90, mais il n’a pas disparu, mais je pense qu’il y a un problème sur le plan numérique, l’avenir du breton est compromis si les choses reste en l’état » pense Jean-Arnault Derens, journaliste, spécialiste des Balkans qui a rempli les fonctions de directeur de la rédaction du kezako. Valérie Caillaud, présidente du festival ne croit pas que le breton puisse devenir vernaculaire dans sa région, même si elle souligne « l’atout que représente le soutien de l’Union européenne aux langues régionales ». D’après elle « le breton en tant que territoire – culturel et historique – et identité peut être renforcé si la Loire-Atlantique est rattachée à la Bretagne ».