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COP21, interview avec Mariama Diallo : « L’accord est tout sauf contraignant »

Mariama Diallo (photo crédits : Makaila Nguebla)

Mariama Diallo (photo crédits : Makaila Nguebla)

Rencontrée en marge du Sommet de la Cop21, tenue du 29 au 12 décembre 2015, Mariama Diallo, sénégalaise, prépare une thèse de doctorat à l’ Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) sur les politiques de conservation de la biodiversité au Sénégal. Elle a participé aux mobilisations et à la dynamique citoyenne des organisations présentes afin de proposer des alternatives aux questions du dérèglement climatique. Mariama Diallo revient sur le processus de la Cop21 avec un regard beaucoup plus critique que les voix institutionnelles.
Dans cette interview qu’elle nous a accordée, la chercheuse tente d’éclairer l’opinion publique sur l’accord contraignant qui a été adopté le 12 décembre dernier. Mais elle souligne également l’importance de la mobilisation des mouvements écologistes du monde entier rassemblés pour protester contre l’hégémonie des multinationales. Elle appelle la société civile africaine à s’approprier la question du réchauffement climatique.

Propos recueillis par Makaila NGUEBLA

Crédits photo : Makaila Nguebla

Crédits photo : Makaila Nguebla

M. N. :  : vous avez participé du 29 novembre au 12 décembre au sommet de la Cop21, quel est votre sentiment ?
Mariama Diallo : Disons que j’ai plutôt participé aux mobilisations et différentes actions citoyennes qui ont eu lieu en marge de la COP, et dans un contexte assez particulier d’état d’urgence. Il serait difficile de résumer cette participation en un sentiment. Au niveau du Bourget, ce qui est dommage c’est qu’on avait l’impression d’avoir deux COP : celle citoyenne et celle des Etats. D’un côté les négociateurs à huit clos et de l’autre la société civile confinée dans l’espace Génération Climat. On est vraiment resté dans deux logiques cloisonnées qui en réalité doivent être complémentaires. Mais la COP côté citoyen, en mon sens, était géniale; c’était fort de voir tous ces citoyens de divers peuples du monde venir diffuser le message de l’urgence climatique. Les mobilisations citoyennes auxquelles j’ai pris part attestent d’une magnifique dynamique citoyenne en route pour la justice climatique. Le climat n’est plus seulement l’affaire des Etats, des experts ou des grosses organisations environnementales, mais un bien commun qui nous concerne tous. Il n’est plus question d’attendre les décisions politiques, mais c’est à nous citoyens d’impulser et de mettre en œuvre le changement de système qui sauvera le climat et que les gouvernants, pour des intérêts économiques et géopolitiques, refusent d’enclencher. Pendant ces quinze jours, des citoyens du monde entier, d’une part, ont exprimé leur volonté, leur envie et surtout leur capacité à se saisir et à s’approprier la question du dérèglement climatique. Et d’autre part, ils ont montré la myriade de solutions concrètes qui existent et qui sont à portée de main et qui ne demandent qu’à être diffusées, soutenues et renforcées. On n’attendait pas un miracle de la COP, mais on espérait qu’avec les conséquences inquiétantes du dérèglement climatique, les décisions qui allaient être prises seraient à la hauteur des enjeux du changement climatique. C’est un sentiment mitigé de déception vis-à-vis de l’accord de Paris, mais aussi de satisfaction d’avoir participé à cette magnifique dynamique citoyenne.

M.N. : L’accord contraignant impatiemment attendu par tous, a été signé le 12 décembre dernier. Etes-vous satisfaite? Quels sont ses avantages et ses inconvénients ?
M. D.  : Satisfaite non je ne le suis pas, c’est tout le contraire. Je précise d’emblée que l’accord est tout sauf contraignant, on a plutôt une politique volontariste des Etats à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et rien ne nous garantit qu’ils vont s’y tenir, surtout qu’il n’y a aucun engagement chiffré et donc par conséquent aucune sanction ne suivra, aucun mécanisme de redevabilité n’est prévu. Ce que l’on connait bien en revanche, ce sont les engagements qui ont été présentés par les Etats dans les contributions prévues déterminées au niveau national et il est plus que clair qu’elles ne pourront jamais permettre de limiter le réchauffement de la planète à 1.5 °C par rapport aux niveaux préindustriels comme prescrit dans l’accord. Bien au contraire, si l’on ne fait rien, avec ces contributions on franchira le seuil des 3 °C et donc on va au-delà de la limite fixée par les climatologues. Le fait en est que le texte est très flou, rien d’étonnant, il n’est que le reflet de l’obscurantisme des négociations. On est accablé par des expressions qui en réalité ne nous édifient pas sur grand-chose comme « cherchent à parvenir », « les meilleurs délais ». Aujourd’hui plus que jamais au vu des dégâts actuels causés par le réchauffement climatique, on a besoin de mesures concrètes, on ne peut pas se permettre d’être dans l’éventualité. L’objectif affiché de 1.5 °C est, à mon sens, une façon d’instrumentaliser et de manipuler l’opinion publique pour escamoter les nombreux manquements du texte. C’est bien beau de dire que l’on va limiter le réchauffement de la planète à 1.5°C, mais c’est inepte si en revanche on ne nous dit pas comment va-t-on y parvenir. Atteindre cet objectif impliquerait une forte volonté politique des Etats et surtout une refonte des systèmes économiques des pays industrialisés. Si l’on prend le domaine de l’énergie, cela voudrait dire renoncer aux énergies fossiles (pétrole charbon, etc.), alors qu’aujourd’hui en Occident le modèle énergétique repose sur 80% des énergies fossiles. Est-ce que les pays industrialisés sont ils prêts à « décarboniser » leurs économies ? Les multinationales sont elles dans les dispositions pour renoncer à leurs projets « climaticides » ? Non je ne le crois pas.
Beaucoup de points sur lesquels on attendait l’accord de Paris comme la question de l’adaptation, des financements ou encore des « pertes et dommages » ont juste été effleurés. L’accord n’a pas fourni plus d’éléments sur les financements pour l’adaptation ; on n’a aucune visibilité sur les mécanismes de mise en œuvre de ces financements. Le risque de se retrouver dans une situation alambiquée est grande et où les mécanismes des financements pour l’adaptation soient les même que ceux de l’aide publique au développement. Je suis étonnée de voir que certains dirigeants des pays du Sud se réjouir de cet accord qui pourtant les engloutit leurs Etats plus qu’ils ne sont déjà. Mais bon on sait tous qu’ils n’ont pas réussi à maintenir les rapports de force établis au départ de la COP.

Crédits photo : Makaila Nguebla

Crédits photo : Makaila Nguebla

M. N. : Les mouvements écologistes avaient organisé à la clôture du sommet un rassemblement pour la justice climatique, auquel vous avez participé. Pourquoi vous êtes vous mobilisée avec d’autres voix associatives africaines ?
M. D. :
Il était important de dire aux gouvernants que l’on ne se plierait pas à leurs décisions qui risquent de nous conduire vers des catastrophes, que la mobilisation continuait, que Paris était juste une étape de ce processus de lutte pour la justice climatique. Ce signal qui a été envoyé le 12/12 dans tout Paris à travers diverses actions, était très fort, on était prés de 30 000 à dire qu’on en a marre de ce système, qu’on en a marre qu’une poignée de personnes puissent décider du sort de milliards de personnes et que nous allons prendre les choses en mains. Il faut que les choses changent, et ce changement là c’est à nous de le construire et de le porter, d’où tout le sens des mobilisations. Mais ce que je regrette, c’est l’absence des organisations de la société civile (même si je n’aime pas trop utiliser ce terme) ouest africaine dans les mobilisations citoyennes. Il est vraiment essentiel qu’en tant qu’Africain qu’on s’empare davantage de cette problématique car c’est avant tout des enjeux de justice climatique et sociale qui se posent. Il ne faut pas perdre de vue que nous sommes les moins responsables de GES et pourtant, c’est nous qui subissons les impacts du réchauffement climatique, c’est nous qui avons une économie qui dépend entièrement des écosystèmes et des ressources naturelles. Il faut surtout comprendre que le réchauffement climatique va au delà de l’augmentation des températures, de l’avancée de la mer ou de la montée des océans, il contribue, de par les fausses solutions avancées par les instances onusiennes, à redéfinir un nouvel ordre politique mondial dans lequel les pays du Sud seront des « outsiders ». Par exemple on nous parle souvent des transferts de technologies afin d’accroître la résilience aux changements climatiques et à réduire les émissions de gaz à effet de serre avec les biotechnologies, la géo-ingénierie. Mais ces mécanismes là au-delà même de leurs impacts négatifs et des conséquences désastreuses qu’elles peuvent engendrer contribueront à nous enfoncer dans un schéma qui ne fera que renforcer notre dépendance vis-à-vis de l’occident. Le développement des biotechnologies dans le domaine agricole avec les OGM et celui des biocarburants aboutiront sans doute, au-delà des dégâts environnementaux et sanitaires, sur le contrôle des semences et de la sécurité alimentaire, l’accaparement des terres, le renforcement des inégalités socio-économiques, donc c’est bien le contrôle de nos Etats et de nos vies qui sont enjeu ; ce n’est ni plus ni moins que du néocolonialisme. Et c’est justement pour ces raisons qu’il était important de se mobiliser le 12 décembre avec d’autres organisations africaines et de continuer à se mobiliser dans les mois et années à venir pour montrer à la fois notre désaccord par rapport aux décisions prises par la COP, mais aussi pour dire qu’aujourd’hui plus que jamais on maintient nos revendications pour une justice climatique. Il faut que l’on s’approprie de la question du réchauffement climatique comme on l’a fait par exemple pour la démocratie avec les cas sénégalais, burkinabais, ou tunisien, avec de vrais mouvement populaire.

 

 

COP21: une interview en faveur des peuples autochtones

[Par Léon KHAROMON]


Ils ont longtemps été marginalisés dans les  accords qui réglementent la lutte contre le      réchauffement climatique. Mais, ça, c’était hier. A la COP21, ces peuples, tout droit venus des forêts amazoniennes et du bassin du Congo, les deux poumons verts de la planète, dont ils sont à fois les habitants et les gardiens depuis la nuit des temps, entendent désormais faire prévaloir leurs droits et apporter leur savoir dans la préservation et la gestion durable des grandes forets, un des points principaux de l’accord attendu ce samedi à la COP21 Paris-Bourget.

Rencontre avec le Congolais ( RDC) Jean Itongwa Mukuro, Secrétaire général du Réseau des populations autochtones et locales pour la gestion durable des écosystèmes forestiers de l’Afrique centrale. 

Propos recueillis par Léon AWAZI KHAROMON

    

Jean Itongwa Mukuro ©Léon Kharomon

Q: Quel est l’objet de votre mission ici au Bourget en France ?

J.I.M :Je suis venu participer à la 21ème conférence des parties sur le changement climatique. […] pour suivre les actions des négociations, nouer des contacts avec d’autres réseaux des peuples autochtones du monde pour  essayer de mener un plaidoyer en vue de voir réellement si les aspirations et les intérêts des peuples autochtones peuvent être pris en compte dans l’accord que nous attendons tous sur le climat de Paris.

Q : Avant d’en arriver à cet accord, si j’ai bien compris votre présentation, vous avez déjà accompli un travail en amont. Pouvez-vous nous dire en quoi consiste t-il?

J.I.M : Notre réseau travaille depuis très longtemps avec les organisations au niveau du pays. Nous avons préparé une note de position par rapport aux préoccupations des populations autochtones liées aux effets du changement climatique. Les populations autochtones, si nous parlons de l’Afrique Centrale et de la RDC, sont les groupes pygmées, mais aussi les groupes Mbororo. Ils sont très préoccupés par les effets du changement climatique. On s’est rendu compte que ce n’est pas réellement une affaire d’Etats, mais une affaire de communautés, parce que les conséquences et les effets du réchauffement climatique sont plus néfastes aux communautés, qui éprouvent des difficultés pour s’adapter aux effets des changements du climat. Maintenant, la communauté internationale, les Nations-Unies et les différents Etats qui font partie de cette convention sont conscients qu’il faut trouver des solutions et des engagements, qu’ils soient techniques ou financiers, pour qu’ils concernent aussi la protection des communautés. On s’attend aussi à des changements de systèmes de vie pour qu’on trouve réellement des solutions à ce fléau qu’est  la pollution de l’air. Nous avons eu aussi à nous préparer : nous avons eu des réunions au niveau de la RDC et de l’Afrique Centrale. En Afrique Centrale, nous avons tenu une réunion à Douala (Cameroun : Ndlr) fin août. En RDC, c’était en Novembre. Des réunions au cours desquelles nous avons réuni des responsables de différentes communautés qui travaillent directement sur terrain. Pour qu’ils puissent donner leurs opinions sur ce qu’ils attendent de la Cop21. Ils s’attendent à ce que l’accord et tous les engagements de la Cop puissent prendre en compte les droits des communautés : le droit à la participation, à l’information. Ils s’attendent aussi à ce que les programmes qui seront envisagés dans le cadre des solutions aux changements climatiques puissent être des programmes qui respectent les droits humains et les droits des populations autochtones.

Q : Les autorités de la région Afrique centrale (RDC, Cameroun, Gabon, etc), impliquent-elles les autochtones dans l’élaboration des programmes nationaux ?

J.I.M : Au niveau des pays, c’est un défi d’il y a déjà quelques années. Nous n’avons pas croisé les bras face à ce défi. Nous avons développé certaines stratégies. Notamment concernant les Etats d’Afrique centrale, et l’Etat congolais en essayant d’y poser nos préoccupations. Il est connu qu’au niveau des instruments internationaux, les pays se sont engagés à protéger l’environnement, mais aussi les droits de communautés. C’est sur la base de ces engagements internationaux que nous sommes allés vers les Etats pour leur rappeler leurs engagements à prendre en compte les droits de populations autochtones. Nous sommes dans un processus qui doit être matérialisé par des indicateurs, au niveau des pays, sur tous les aspects de la vie des populations autochtones. Il y a des opportunités, il y a déjà un dialogue et de l’espoir. Parce qu’au niveau de l’Afrique centrale, nous avons un Forum international des populations  autochtones d’Afrique centrale. C’est un organe de la CEAC. Chaque trois ans, il y a une session qui se tient au niveau de l’Afrique centrale. La récente édition, la troisième, s’est ténue à Impfondo au Congo Brazza. Cette session a réuni les Etats et les scientifiques pour spécialement traiter des questions sur les connaissances traditionnelles des peuples autochtones. Il y a eu même des recommandations qui ont été adressées à la CEAC. Qui est un organe qui regroupe les Etats. Déjà au niveau de ce plaidoyer, il y a cette prise de conscience. Mais il faut qu’elle soit matérialisée par des mesures et des actions pour que les communautés constatent que réellement l’Etat commence à réaliser quelques actions pour leur protection.  C’est au niveau de la mise en oeuvre que ça pose problème. Au niveau des intentions politiques et des engagements, il y a une perspective d’espoir. En RDC, par exemple, on vient de passer à l’examen périodique universel des droits de l’homme à Genève.  Parmi les recommandations reçues des autres pays du conseil des droits de l’homme, il y a quatre recommandations auxquelles la RDC s’est engagée : L’éducation des populations autochtones, la protection de leurs terres- comment sécuriser les terres des populations autochtones pygmées- ; aussi l’implication des populations autochtones dans la gouvernance forestière avec le projet RED, mais aussi la reconnaissance légale des populations autochtones. Voilà, les quatre recommandations. Ce sont des engagements d’intentions au niveau national mais qui doivent être matérialisées par des actions, des programmes et des mesures légales.

 

Les responsables d’associations d’autochtones africaines en pleine discussion sur les résolutions à soumettre à l’accord global de la COP21 (© Léon Kharomon)

Est-ce que l’Etat comprend ? Oui, il y a ce processus qui commence, mais le défi qui reste c’est la mise en œuvre effective au niveau du pays.

Q : Vous avez dit que les peuples autochtones sont ceux qui sont les plus impactés par le réchauffement climatique. Pourriez-vous nous donner un ou deux exemples concrets ?

JIM : Les peuples autochtones sont réellement liés aux ressources naturelles. Imaginez-vous que ces ressources naturelles se dégradent maintenant. Notamment les forêts. L’affectation des terres,  le changement de la biodiversité, etc…toutes les actions qui vont dans le sens de changer l’origine naturelle de la biodiversité. La sécheresse, avec tous les problèmes de perturbation et des changements climatiques, l’impact sur les plantes, sur les animaux qui constituent le moyen de subsistance des peuples autochtones… Ils n’ont pas d’économie, les pygmées, L’économie, c’est dans la forêt. C’est comme si on détruisait les supermarchés ici…C’est la même chose pour les pygmées avec la forêt… La perte de certaines espèces, la rareté de certaines ressources, notamment liées aux ressources naturelles constitue un danger très grave pour la survie de ceux qui dépendent directement de ces ressources naturelles. Il y a certaines espèces par exemple qui ont disparu à cause d’actions anthropiques, l’exploitation des bois par exemple, qui font fuir les animaux très loin. Et un autochtone pygmée va chercher pendant des jours et des jours à attraper juste un gibier…Même les plantes médicinales, les arbres à chenilles, c’est difficile d’en trouver. Ils sont devenus trop rares. Et d’autres qui n’existent plus à cause de l’exploitation illégale. Cela a des conséquences sur la vie des populations autochtones.

: Le discours global consiste à demander aujourd’hui aux peuples riverains des grandes forêts de ne pas couper les arbres pour les bois de chauffe.. C’est comme si c’était eux qui étaient les premiers responsables de la forêt. Alors qu’à côté on trouve des gros exploitants forestiers…

JIM : En fait, on leur dit de ne pas toucher aux forêts. Le monde est actuellement conscient du dérèglement climatique. Ça nous interpelle tous. La responsabilité, bien sûr, est partagée. On ne peut pas vraiment la lier seulement aux communautés. Les communautés autochtones ont vécu avec ces ressources pendant très longtemps. Ils ne les ont même pas exploitées avec les moyens qui détruisent à grande échelle les ressources naturelles. Ils ont des moyens rudimentaires qu’ils ont maintenus très longtemps. La preuve est que là où il y a des communautés, il y a des ressources naturelles. Ces ressources sont toujours à un état satisfaisant, grâce à la présence des communautés. Il  y a problème quand il y a menace extérieure, car les ressources sont devenues une vocation économique à grande échelle. C’est là que ça détruit tout. Au-delà même des capacités des communautés locales qui n’ont pas tous ces engins pour exploiter les ressources naturelles. L’interpellation serait de demander, d’appuyer et de renforcer les capacités des populations autochtones, de reconnaître leurs rôles, notamment dans ces ressources et les responsabiliser pour qu’elles continuent à gérer ça durablement.

: Oui, mais je pense que ces populations ont aussi droit à une compensation par rapport à la destruction de leur espace vital qu’est la forêt.

JIM : Exactement, c’est ce que nous sommes en train de dire. Quand on parle de droits, ça englobe beaucoup de choses. C’est un terme générique, mais à l’intérieur, il y a beaucoup d’aspects… Prendre en compte tout ce qu’ils ont rendu comme services grâce à leurs pratiques de conservation. On fait même allusion au paiement des services environnementaux.. Il y a tous ces efforts que les communautés ont fait et qui doivent être compensés, si réellement il y a des gens qui bénéficient des retombées de ces ressources naturelles ailleurs. En termes de l’air, en termes de carbones séquestrés dans les territoires, etc… S’il y a des compensations, les communautés doivent en bénéficier pour qu’elles puissent renforcer les moyens qu’ils ont toujours utilisés pour la protection. Ça, c’est un élément très important. Ces communautés ont le droit d’être payées, d’être prises en compte et le droit même d’être consultées pour tous les programmes qui concernent leurs territoires. Le changement climatique, c’est une préoccupation. Il faut arriver à un accord. Qui porterait par exemple sur des efforts qui doivent être récompensés. Les forêts, qui les ont protégées ? Ce sont les communautés ! Et quand on décide cela et qu’il y a la société civile et les organisations des populations autochtones qui parlent et qui ont besoin d’êtres écoutées, il s’agit d’emmener leurs préoccupations et leurs droits dans ces accords. Nos préoccupations concernent tout cela ! Je vois que ces communautés ont fourni des efforts et que c’est très important qu’elles soient pris en compte dans l’accord qui sera pris en termes d’engagements des parties prenantes. Il faut que réellement  l’aspect des droits de populations soit pris en compte.

Q: Gardez-vous espoir qu’un accord global sera trouvé ? Du côté de la société civile, qu’attendez-vous particulièrement de cet accord ?

JIM: Nous avons préparé depuis très longtemps ce processus. Pour le cas des populations autochtones, nous avons nos délégués qui ont participé aux travaux de préparation ; Que ce soit à Bonn ou ailleurs, partout, jusqu’à ce niveau. Nous avons mené un plaidoyer pour que l’accord puisse inclure l’aspect des droits des populations autochtones. Nous sommes à Cinq jours de la fin de la COP21. Le premier document (pré-accord) qui est sorti inclut dans le préambule les droits humains et des populations autochtones. Ça ne suffit pas. Nous on veut plus que ça. Ca c’est au niveau du préambule. On  veut qu’au niveau des articles, c’est-à-dire des dispositions opérationnelles d’engagement, cela puisse ressortir. C’est cela notre espoir. Nous croyons à un accord, mais un accord qui va au-delà des intentions dans le préambule, un accord  qui doit tenir compte des engagements dans la mise en œuvre des dispositions opérationnelles.

: Vous venez de quelle région ?

JIM : Je suis du Kivu, du territoire de Walikale, qui est le premier territoire forestier de la province du Nord-Kivu. Je suis de la communauté autochtone Bambuti-Babuluko. Je suis le responsable du réseau qui regroupe les populations autochtones de la RDC mais aussi de l’Afrique centrale.

 

 

L’Afrique à ses mots à dire

[Par Alareny BAH]

Les pays africains ne sont pas de simples figurants à la 21 ème rencontre mondiale sur le climat qui se tient depuis le 30 novembre à Paris.

Reuters/Thomas Mukoya

Reuters/Thomas Mukoya

Des ministres, ONG et autres acteurs essayent, chacun de leur côté, de dénoncer le mal et d’apporter une solution à cet épineux problème. Le FORIM (Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations) et l’Association des Jeunes Guinéens de France ont organisé une rencontre d’explications et d’échanges liée à la problématique. Les conférenciers venus de plusieurs pays d’Afrique dont la Guinée et le Sénégal ont avancé la thèse selon laquelle si rien n’est fait d’ici 10 ans, près de 135 millions de migrants vont fuir le réchauffement climatique rien qu’en Afrique.

Le représentant de « la muraille verte » s’est dit préoccupé par l’assèchement progressif du lac Tchad et du fleuve Niger et par la dégradation des ressources naturelles au vu et au su des dirigeants.
Pour anéantir ou arrêter la progression de ces risques de dégradation, il propose qu’il y ait plus de politique adéquate à la conservation de la biodiversité et des sols ainsi qu’une bonne gestion des déchets pour une utilisation meilleure dans les sociétés industrielles.

 

Paris, ouverture de la COP21

[Par Alareny BAH]

Au-delà  des menaces terroristes, le monde s’unit pour sauver la planète

cop21

Illustration de la COP21 (source: lemontri.fr)

 

La 21ème Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques appelée « COP21 » a ouvert ses portes ce 30 novembre 2015 au Bourget au nord de Paris. Pendant 11 jours, 150 chefs d’États et de gouvernements vont se pencher sur un accord mondial pour limiter le réchauffement climatique à une moyenne de 2°c.

Le Président français François Hollande a appelé ses pairs à agir maintenant, pour pouvoir mobiliser chaque année la somme de 100 milliards de dollars US d’ici 2020, afin d’aider les pays en développement à faire face aux dérèglements climatiques.

cop21 spectateur

Un militant écologiste (source: rtl.fr)

 

Les États-Unis, la Chine et l’Arabie Saoudite (les plus gros pollueurs de gaz à effet de serre dans le monde) décident aussi de prendre un tournant plus vert.

L’Afrique n’est pas en marge ; par exemple, la délégation guinéenne s’engage en effet à réduire sa consommation énergétique : à l’avenir, 30% de sa consommation seront issus des énergies nouvelles et renouvelables.