HAÏTI : La normalisation du kidnapping au sein d’un régime “je m’en foutiste”

Le phénomène de kidnapping ne cesse de gagner du terrain en Haïti, passant par les enlèvements de plusieurs personnalités publiques, comme l’ex-footballeur international haïtien Johnny Descollines ou Magdala Louis, une vendeuse de saucisses qui raconte son enlèvement à travers la presse.

L’enlèvement contre rançon du maestro Dickens Princivil et de Magdala Louis une vendeuse de saucisse que Dickens reconduisait en voiture chez elle en sortant d’une activité le dimanche 6 décembre 2020, montre à quel point Haïti devient un pays dangereux au niveau sécuritaire.

“On m’a brûlé les cheveux, les mains, les pieds avec un briquet”

Magdala Louis raconte comment elle a été torturée, “On m’a brûlé les cheveux, les mains, les pieds avec un briquet”. Les larmes aux yeux, elle affirme ne pas avoir été violée : “J’avais mes menstruations mon sang coulaient beaucoup peut être c’est cela qui les ont empêché de me violer’’. Les ravisseurs ont demandé à la famille de Magdala d’apporter une somme d’environ 700 000 euros pour sa libération.

Le maestro Dickens affirme lui ne pas avoir subi de maltraitance, et que les ravisseurs l’ont bien traité. Sachant tout de même qu’il y avait une demande de rançon d’environ 850 000 euros pour sa libération.

Il y a eu une très grande mobilisation pour la libération de ces deux otages, initiée par quelques journalistes de la radio Télé Caraïbes, mais aussi par plusieurs centaines d’internautes haïtiens sur Facebook, Instagram et d’autres plateformes en ligne.

Le Mardi 8 décembre à 1h du matin les kidnappeurs du gang ‘’400 marozo’’ ont libéré les deux otages après avoir empoché l’argent sollicité auprès des proches de chaque victime.

 

La réaction de l’ambassade américaine par rapport à l’insécurité en Haïti

 

La mise en garde de l’ambassade américaine

L’ambassade américaine en Haïti lance une alerte de sécurité pour sensibiliser ses concitoyens sur la limitation de déplacement en Haïti par rapport au phénomène de kidnapping qui ne cesse d’effrayer la population haïtienne et la communauté internationale.

L’ambassade conseille les ressortissants américains à prendre les actions suivantes :

1- Évitez certaines zones

2- Surveillez les médias locaux pour les mises à jour

3- Faites profil bas

4- Informez vos amis et votre famille de votre sécurité

5- Soyez conscient de votre environnement

6- Soyez vigilant lorsque vous visitez des banques ou des guichets automatiques

7- N’affichez pas de signes de richesse, comme le port de bijoux ou de montres coûteux

8- Soyez prudent lorsque vous marchez ou conduisez la nuit

La position du gouvernement haïtien

Pendant cette crise d’insécurité, le gouvernement ne fait rien pour améliorer cette situation. Il se préoccupe de trouver un moyen pour rester au pouvoir pendant les cinq prochaines années, en commençant par des réformes constitutionnelles, et des nominations à des postes stratégiques sans se soucier des compétences, la publication de décrets en l’absence de la chambre du sénat et des députés, ce qui est formellement interdit par la constitution selon l’ancien sénateur haïtien Steven Benoit.

L’ancien sénateur poursuit en disant que “nous allons vers la dictature, après la publication des nouveaux décrets du gouvernement dans Le Moniteur, le journal officiel de la république d’Haïti. Le président veut créer une milice connu sous l’acronyme ANI (Agence Nationale d’Intelligence) pour déstabiliser plusieurs institutions qui gèrent la sécurité et la bonne marche de l’Etat” .

D’autres articles

HAÏTI – Les actes inhumains sur de très jeunes femmes s’amplifient

20 membres du gang armé connu sous le nom « 400 marozo » ont attrapé le sida après avoir violé une jeune orpheline de 18 ans à tour de rôle. Le groupe dirigé par « Lanmò san jou » opère à Ganthier. Leur mode opératoire est connu : vol, viol, meurtre et kidnapping. Retour sur une histoire sordide qui dévoile laviolence omniprésente sur l’ïle d’Haïti. 

C’est l’histoire d’une jeune fille orpheline de 18 ans, vivant à la capitale Port au Prince. Après s’être disputé avec la dame qui l’hébergeait, elle est jetée à la rue. Le motif de dispute est simple : la jeune femme refusait de continuer la prostitution. Elle voulait s’occuper de la maison.

La prostitution pour survivre quand on nait orpheline sans avoir connu ses parents…

En Haïti, la pauvreté gangrène toute la société, à commencer par les plus faibles. Et tout le monde a besoin d’un toit pour survivre. Or, une dame lui proposa de l’héberger contre des services. Il s’agissait en faite de prostitution pour payer son loyer.

Ainsi, encore mineure, elle fut contrainte de coucher avec des personnes pour participer économiquement à la vie de la maison. Parmi ces personnes, beaucoup refusait de mettre des préservatifs. Peu importe son avis, ils abusaient d’elle sexuellement. C’est selon elle, la façon dont elle a attrapé le sida.

Il faut donc imaginer la détresse de cette jeune femme qui a fêté ses 18 ans, ne voulant plus continuer ce travail. La dame qui l’hébergeait l’ a alors mise à la porte. Seule, sans rien, la jeune orpheline est terrifiée par la nuit qui s’approche. 

Innocence et fragilité dans une ville cruelle

La jeune orpheline rencontre alors un jeune homme qui lui propose de l’héberger chez sa tante pendant quelques jours. Elle accepte en toute innocence et décide de le suivre sans la moindre hésitation.

Le jeune homme l’amène dans un lieu différent de ce qu’elle attendait. Le lieu est rempli de gens armés, des personnes bizarres, leur attitude est orageuse. Elle se rend vite comtpe « qu’ils n’en ont rien à foutre des problèmes des autres ».

En effet, la jeune orpheline se retrouve face aux membres du groupe ‘’400 marozo’’. Ils ont selon l’enquête embauché le jeune homme pour récupérer des personnes. En se servant d’une apparence de bienfaiteur, le jeune homme est rabbatteur pour le gang.

Parmi les personnes présentes, 20 membres décident de violer la jeune orpheline par groupe de 10. Les lignes qui suivent sont insoutenables, mais c’est son histoire.

Elle avoue avoir saigné, tordu de douleur, ses cris se transforment en hurlement, mais rien ne s’arrête.

Finalement, elle est relâchée, à nouveau seule et déboussolée. Elle fait alors le seul acte libre qui lui reste possible : contacter une radio haïtienne pour témoigner et partager sa détresse.

Bouleversé par ses révélations, preuves à l’appui, elle trouve enfin des personnes qui lui propose une aide bienveillante. Elle obtient un suivi médical, un logement provisoire et de l’aide pour ouvrir un petit commerce.

Mais le bilan est lourd. Le kidnapping continue de gagner du terrain comme si c’était devenu une tradition locale d’Haïti, tandis que les actes de violences sexuelles se font sentir quotidiennement dans la société haïtienne. Les plus pauvres sont les premières cibles. La situation se dégrade, les autorités n’agissent pas, la presse libre est muselée. Haîti est un si beau pays qu’on le décrit comme « l’enfer au paradis » à cause de ses très dures conditions de vie. De nombreuses jeunes femmes, qui pour beaucoup sont mineures, se retrouvent ainsi livrer à la violence la plus abjecte, dans un pays où le chaos et l’enfer règnent en maitre pour tout le monde. 

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HAÏTI – Les assassinats continuent alors que le président appelle à fêter Noël

Plus d’une trentaine d’actes d’assassinats, environ une vingtaine d’enlèvement contre rançon ont été recensés depuis le commencement de l’année 2020. Des cas de trafic d’organes ont été egalement constatés. Malgré ce carnage, le président d’Haiti Jovenel Moise invite la diaspora à venir fêter Noël avec leur proche.

L’année 2020 est un moment de deuil qui touche tous les secteurs de la vie nationale.

Le bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, professeur et juriste, Me Monferrier Dorval, a été tué par deux projectiles à la poitrine le vendredi 28 août 2020 dans la rue Pomier, Pèlerin 5, non loin de la résidence privée du président de la République Jovenel Moïse. Cet assassinat interpelle la conscience collective sur le véritable problème d’insécurité en Haïti, sans compter plus d’une dizaine de policiers de différentes unités assassinées. Parmi eux, des commissaires du gouvernement.

Un escadron de la mort qui frappe fortement les écoliers et les universitaires

Evlyne Sincère est une jeune écolière de 22 ans. Elle a été kidnappée au dernier jour des examens de philosophie le jeudi 29 octobre 2020. Les ravisseurs ont exigé une somme de 100.000 dollars haitiens (l’équivalent de 7932 euros) avant d’accepter 15.000 dollars haitiens (soit 220 euros). Mais cela n’a pas empêché les ravisseurs d’assassiner et violer (probablement selon les constats). On a retrouvé son cadavre abandonné dans une décharge.

Il ne faut pas oublier également la mort de Jimmy Telson âgé de 17 ans après une tentative de kidnapping qui a mal tourné le mardi 17 novembre 2020. Il a été assassinée en sortant de l’école.

Grégory Saint-Hilaire, étudiant à l’École Normale Supérieure, a été tué le vendredi 2 octobre 2020 atteint au dos par un projectile d’un des agents de l’Unité de sécurité générale du Palais national. Cet assassinat a eu lieu au moment où un groupe d’étudiants tenaient un mouvement pour réclamer l’application d’un protocole d’accord signé avec le Ministère de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle (MENFP) concernant leur stage et leur nomination dans différents établissements publics. Différentes sources fournies par d’autres étudiants protestataires confirment les faits.

En parrallèle de ces meurtres, les policiers ont incendié la bibliothèque de l’École Normale Supérieure.

Insouciance du chef de l’Etat et trafic d’organes

Pendant que le président continue à faire des promesses anodines et ferme les yeux sur le grave problème d’insécurité qui ravage le pays, le trafic d’organes commence à regagner du terrain.

Rappelons qu’un policier connu sous le nom de Wildophe appartenant à un gang opérant dans le kidnapping et dans le prélèvement d’organes a été arrêté en essayant d’enlever le coeur d’une jeune fille pendant qu’elle est encore vivante. « Si je suis encore vivante c’est parce que le coeur servira à rien si on me tue avant de l’enlever. » Heureusement, ces agresseurs n’ont pas eu le temps de le faire. Le policier a été arrêté et a fourni le nom de ses complices.

Le jeudi 12 novembre 2020, on a retrouvé le corps d’un hougan (prêtre vaudou) dans des toilettes. Son ou ses agresseurs l’avaient dépecé de son coeur, de ses bras, de son foie et d’autres organes. Il ont été retrouvés chez un dénommé Pikan qui semble être l’auteur de cet horrible meurtre.

Ce Noël nous prend tout et ne donne rien. Certe Noël arrive, mais cela ne change rien à la situation politique, économique et sociale du pays. Il y a un cas de kidnapping quasiment toute les douzes heures, ainsi que des assassinats. Le père Noël ferait mieux de passer ailleur s’il tient à sa vie car cette annee les cadeaux prennent la forme de projectiles.

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HAÏTI – La liberté d’informer n’existe pas, jouralistes en danger

En 2019, le sénateur haïtien Jean-Marie Ralph Fethière a tiré plusieurs coups de feu en direction d’un photojournaliste. Loin d’être des coups tirés en l’air, il a touché le photojournaliste au niveau de la mâchoire. Voilà un fait qui résumé la situation actuelle d’Haïti. Pour honorer la mémoire des journalistes assassinés dont les auteurs sont impunis, ainsi que le rôle des politiques, notre journaliste haïtien réfugié à la Maison des journalistes, nous livre cet article passionant.  

La liberté d’informer en Haïti a coûté la vie à plus d’une dizaine de journalistes depuis le début du siècle.

« Le journaliste exerce librement sa profession dans le cadre de la loi » stipule la constitution haitienne de 1989, article 28.1.

Le choix d’informer dans le cadre du métier de journaliste en Haïti a toujours été dangereux. Pourtant il y a eu un espoir après la chute du régime dictatorial des Duvalier (1957-1986) qui a causé la mort de plusieurs journalistes haïtiens et poussé bon nombres d’entre eux à l’exil après avoir été maltraités, emprisonnés et violés par les bras armés du régime qu’on appelait à l’époque “Tonton macoute”.

En effet, la fin de cette dictature en 1986 conjuguée à une nouvelle Constitution, celle de 1989 qui favorise la liberté de presse, donna de l’espoir à toute l’île. Les journalistes avaient alors l’ambition de faire leur travail en toute quiétude sans risquer leur vie et celle de leur proche.

Une période cauchemardesque et angoissante pour la presse haïtienne…

Le 3 avril 2000, Jean Dominique, journaliste, commentateur politique et grand défenseur de la démocratie, est assassiné dans la cour de la station radio Haïti Inter.

Cet assassinat n’est pas anodin car Jean Dominique était l’un des journalistes les plus célèbres du pays. Ce meurtre montre a quel point tous les journalistes sont menacés et à quel point ces crimes restent impunis. Est-ce parce que la démocratie haitienne est une dictature ?

3 décembre 2001 à Petit-Goâve, c’est au tour du journaliste Brignol Lindor de radio Echo 2000 d’être assassiné. Cette fois-ci, c’est à coups de hache et de machettes. Brignol Lindor s’était engagé pour la liberté de la presse au-delà de sa passion pour la culture. 

A qui le tour ? Au journaliste et poète Jacques Roche, le 14 juillet 2005 à Delmas. Après 4 jours de kidnapping, son corps gisait par terre, troué de balles, les bras menottés, en short, torse nu.  Son cadavre portait aussi des traces de coups et de brûlures. 

En 2007 tout s’accélère, trois journalistes sont tués :

  • Le photographe indépendant Jean-Rémy Badiau le 19 janvier à Port-au-Prince
  • Alix Joseph, le 16 mai aux Gonaïves
  • L’animateur de radio François Latour, enlevé et exécuté le 22 mai à Port-au-Prince, après une demande de rançon d’environ 100.000 dollars américains.

Journalistes tués, politiques complices

De 2007 à 2020, plus de 40 journalistes sont victimes de crimes impunis. Parmi eux, il y en a qui ont été assassinés, agressés, battus, dans le cadre de leur métier de journaliste.

En Haîti, c’est finalement rien de nouveau. Cela fait plus d’un demi siècle que les politiques organisent des répressions sur les journalistes et des caballes contre certains médias.

Espoir Emmanuel Cledanor est un ancien présentateur de radio en Haïti. Témoin oculaire du meurtre de son ami Brignol, il a accepté de nous parler de ce qui a précédé le crime. C’est toute une série de menaces auxquelles son ami faisait face et toutes ces menaces venaient du pouvoir en place.

Nulle surprise de savoir que des partisans du président Jean Bertrand Aristide, selon plusieurs sources, avait lors d’une conférence de presse une semaine avant l’assassinat de Brignol, lister les gens qu’ils allaient assassiner, liste dans laquelle le nom de ce dernier s’affichait.

Jean Oriel, ancien chef de sécurité de l’ex président Jean Bertrand Aristide, nous a laissé un témoignage posthume dans lequel il raconte comment le président Aristide a planifié avec ses proches l’assassinat du journaliste Jean Dominique.

Les rapports d’enquete ont poussé la justice a dressé des mandats a l’encontre de plusieurs proches du pouvoir mais sans suite.

Souvent les journalistes haïtiens font face à des menaces réelles qui viennent des politiques. Dès que les journalistes font leur travail d’analyse et d’information, ils sont menacés. Nous n’avons pas cités tous les journalistes tués, comme Rospide Pétion, assassiné le 10 Juin 2019 ou Néhémie Joseph assassiné le 10 octobre 2019, ou encore Vladimir Legagneur disparu le 4 mars 2018…

49ème en 2013, Haïti est tombé à la 62ème place au classement de la liberté de la presse en 2020. Bien que cette place soit relativement haute puisqu’il y a 179 pays dans ce classement, la vie des journalistes haitiens est menacée dès qu’ils enquêtent et qu’ils défendent la liberté d’informer.

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HAÏTI – La corruption dépasse l’entendement dans l’affaire Petrocaribe

Selon le troisième rapport de la Cour supérieure des Comptes sur la gestion du fonds Petrocaribe publié le 12 août 2020, la corruption au sein des administrations publiques est à son plus haut niveau ! Cette fois, la corruption s’est attaché aux programmes d’aides sociales et éducatives ainsi qu’à des travaux d’infrastructure et de réhabilitation. L’argent du fond Petrocaribe, environ 3.8 milliards de dollars américains, a été dilapidé par les dirigeants haïtiens en toute impunité.

La Cour supérieure des Comptes, jusqu’ici très reservé quand il s’agit de condamenr l’Etat, et dont la fonction se limite à être consultative autour des questions relatives à la législation, les finances publiques et sur tous les projets de contrats, d’accords et de conventions à caractère financier ou commercial auxquels l’Etat haïtien s’engage, a sorti un troisième rapport sur la gestion des fonds Petrocaribe dans lequel le pouvoir est lié profondément à la corruption dans plusieurs dossiers.

Selon l’accord qui a été signé entre le gouvernement haïtien et le gouvernement vénézuélien en mai 2006, sous la gouvernance de l’ancien président d’Haïti René Préval de regretté mémoire, ce prêt est estimé à une somme d’environ 3,8 milliards de dollars américains sous forme de baril de pétrole qui était destinée à Haïti.

Ce capital devrait être réinvesti afin de faciliter le développement du pays et à la croissance économique. Puisqu’il s’agit d’un prêt, l’État, bénéficiaire de cet accord, se doit de rembourser au Venezuela ce montant sur 25 ans, avec un taux d’intérêt de 1% et deux ans de sursis avant le premier versement, tout en sachant qu’il y a 18 pays des caraïbes qui font partis de ce programme d’aide.


[Ils – Les plus hauts responsables politiques d’Haïti] ont créé des programmes d’aide à caractère social, éducatif et économique à travers lesquels ils ne font que détourner l’argent du fond Petrocaribe.


Au lieu de mettre cette somme au service du développement et de la croissance économique d’Haïti comme le contrat le mentionnait, les dirigeants sous la gouvernance de l’ex-président Joseph Michel Martelly (2011-2016) et de l’actuel président Jovenel Moïse (au pouvoir depuis le 7 février 2017), deux membres actifs du parti PHTK (Parti haïtien Tèt Kale), ont créé des programmes d’aide à caractère social, éducatif et économique à travers lesquels ils ne font que détourner l’argent du fond Petrocaribe.

La corruption institutionnalisée du programme maternel Ti manman cheri, un exemple parmi d’autres…

Ti manman cheri est un programme d’assistance sociale en faveur de plusieurs milliers de mères à travers tout le pays. Créé par l’ancienne administration Martelly-Lamothe, Kore Pèp, géré par le fond d’assistance économique et sociale (FAES), il fait l’objet d’une grande corruption institutionnalisée.

Selon la ministre des Affaires sociales et du Travail, Élise Gelin, sur les 121.000 mamans inscrites à ce programme, seulement 21.000 sont connues, c’est à dire référencées.

Alors, qui sont les 100.000 autres mères de famille introuvables ?

Le programme ti manman cheri a été mis sur pied en faveur des femmes ayant au moins un enfant inscrit dans une école nationale ou communautaire. La somme allouée à chaque maman dépendait du nombre d’enfants enregistrés dans les écoles affiliées au programme, et non pas du nombre d’enfants au foyer.

Le montant minimum qu’une famille pouvait recevoir par mois est de 400 HTG et le maximum 800 HTG ( soit entre 4€ et 8€ par mois).

En ce qui concerne le programme PSUGO essentiellement éducatif, selon plusieurs médias, l’ancien directeur adjoint du bureau de l’Éducation nationale, M. Ancidonis Henry, a fait passer un groupe d’adolescents pour des «directeurs d’école» afin d’obtenir des chèques de 200.000 HTG (1 500€ ) ou de 300.000 HTG (2300 €).

Le directeur impliqué dans ce scandale a pris la fuite en traversant la frontière haitiano-dominicaine grâce à la complicité d’un ancien sénateur en fonction.

A noter qu’il y a plus d’une vingtaine de programmes qui ont été institués, non dans l’idée d’apporter un peu de changement dans la vie sociale et économique, mais qui ont servi à un espace de détournement de grosses sommes d’argents (caravane, changement, de pep, gouvman an lakay et ebaucoup d’autres).

De nombreuses manifestations ont secoué le pays et des artistes et écrivains ont pris part à ces mobilisations massives (le 6, 7 et 8 juillet 2018 ainsi que le 6 et 7 février 2019) pour demander que le procès soit fait sur le dossier Petrocaribe. Mais aucune poursuite juridique n’a été initiée contre ses dirigeants corrompus.

Doit-on attendre l’arrivée d’un messie à la tête du pouvoir pour qu’un procès puisse voir le jour ?

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ISRAËL – Le logiciel espion de NSO Group traque les journalistes en toute impunité

Des centaines de journalistes à travers le monde surveillés par leurs téléphones, des liens obscurs avec les meurtres des journalistes Jamal Khashoggi et Javier Valdez, des contrats à plusieurs millions de dollars pour équiper les services de renseignement de régimes répressifs… Derrière ces affaires, une société israélienne fournit aux États un logiciel d’espionnage ultraperfectionné: NSO Group.

D’abord cantonné à quelques apparitions dans la presse économique ou informatique, pour vanter les prouesses technologiques d’une petite start-up israélienne, NSO Group fait maintenant les titres de journaux. La cause de la médiatisation grandissante est son produit phare: PEGASUS, un virus espion qui vise des centaines de journalistes, défenseurs des droits humains et dissidents politiques à travers le monde.

NSO Group, un prédateur numérique

Cette année, NSO Group rafle même la première place dans la liste des prédateurs numérique, catégorie espionnage et surveillance, de Reporters sans frontières. Depuis, la société israélienne continue à faire parler d’elle. Fin juin, c’est un journaliste marocain, Omar Radi, qui témoignait dans une enquête de Forbidden Stories et d’Amnisty International, avoir été mis sur écoute grâce à la technologie israélienne. Malgré que ce ne soit pas la première affaire dans le royaume, le gouvernement rejette les accusations en bloc.

Plus récemment encore, NSO Group est au cœur d’une nouvelle polémique dans les relations entre gouvernement espagnol et indépendantistes catalans. Le 13 juillet, c’est une enquête conjointe de El País et The Guardian qui alertait sur l’espionnage grâce à Pegasus de plusieurs personnalités politiques indépendantistes (notamment Roger Torrent, actuel président du Parlement de Catalogne et Anna Gabriel, ancienne parlementaire catalane aujourd’hui exilée en Suisse). Par la suite, les journalistes ont pu confirmer, selon leurs sources, que les services de renseignements espagnols ont bien eu accès depuis 2015 au logiciel espion de NSO Group.


Dès sa création, le virus aurait d’ailleurs été utilisé pour la surveillance et la capture du baron de la drogue El Chapo.


La société voit le jour en 2009 à Herzliya dans la banlieue nord de Tel Aviv, fondée par trois entrepreneurs Niv Carmi, Shalev Hulio et Omri Lavie (Initiales de la firme).

Les deux derniers sont d’anciens agents de l’Unité 8200, services de renseignement informatiques israéliens, considérés parmi les plus technologiquement avancés au monde. Avec cette expérience, la société d’abord financée par un fonds de pension israélien propose dès 2011, une première version de son logiciel espion Pegasus. Les divers produits proposés par NSO Group sont uniquement destinés aux agences de renseignement étatiques et visent à lutter contre «le crime organisé, le terrorisme, les réseaux pédophiles». Dès sa création, le virus aurait d’ailleurs été utilisé pour la surveillance et la capture du baron de la drogue El Chapo.

Après ce premier succès, trois agences se retrouvent équipés de Pegasus courant 2013, et cible bientôt des cibles d’un autre genre.

C’est en août 2016 que le logiciel espion est étudié en détail pour la première fois. Ahmed Mansoor, défenseur des droits humains aux Émirats Arabes Unis, reçoit un message promettant des informations sur des actes de torture se déroulant dans les prisons et incluant un hyperlien suspicieux.


Enfin, il contient un mécanisme d’auto-destruction pour disparaître complètement du téléphone s’il risque de se faire découvrir.


Déjà touché par des cyberattaques de ce type par le passé, il contacte le laboratoire de recherche canadien Citizen Lab, spécialisé dans les domaines de la cybersécurité et des droits humains. Les chercheurs canadiens décident d’ouvrir le lien sur un téléphone de test puis collaborent avec la société de cybersécurité américaine Look Out pour étudier son action.

Les chercheurs découvrent un logiciel espion très perfectionné. Le virus est capable d’extraire les données des messageries, d’appels ainsi que contacts, mails, calendrier ou de paramètres (WIFI, mots de passe divers) de la cible. Son action s’étend également aux applications de réseaux sociaux (Facebook, VK) et de messageries cryptés (Telegram, Viber, WhatsApp, iMessage, Facetime, WeChat) en copiant des données en clair avant que l’application ne les chiffre pour envoi.

En plus de cet accès total, Pegasus est capable de transformer le téléphone en véritable mouchard en activant caméra, microphone et traçage GPS, sans que l’utilisateur ne puisse se douter de quelque chose grâce à un cryptage qui lui permet de passer au-dessus des antivirus traditionnels. Enfin, il contient un mécanisme d’auto-destruction pour disparaître complètement du téléphone s’il risque de se faire découvrir.


«De part sa modularité, la quantité de données utilisateur et de communication qu’il surveille ainsi que ses méthodes adaptatives pour extraire des données selon les applications, Pegasus est, à ce ce jour, le virus (…) le plus sophistiqué que nous ayons pu observer sur un téléphone.»

Citation extraite du dossier d’analyse technique de Pegasus de Look Out


«Aujourd’hui, le vrai problème, c’est le root des téléphones [ou jailbreak pour les smartphones d’Apple]» estime Anis Mazak, fondateur d’une entreprise de développement informatique. «C’est cette opération qui permet un accès système avancé («super utilisateur») et autorise des opérations normalement impossibles sur le téléphone.» Retirer cette sécurité, revient à débrider le téléphone comme on peut le faire pour une voiture ou une moto et d’accéder à des fonctions terminales normalement limitées.

«Cette manipulation permet de déverrouiller des failles et des accès non prévus par le constructeur. Des fonctions qui n’existent normalement pas sur un téléphone peuvent alors être implémentées comme un historique de navigation GPS».


Pour réaliser le jailbreak de l’iPhone de l’activiste émirati Ahmed Mansoor, Pegasus exploitait trois de ces failles.


Pour limiter l’accès root aux pirates, les développeurs cherchent à fermer dans leur logiciel toutes les failles qui permettrait à un virus de le réaliser. En plus d’équipes de spécialistes en sécurité informatique, les constructeurs organisent des «bug bounties» (chasses aux bugs) afin de mobiliser une large communauté de développeurs. Après chaque sortie de nouvelles versions du logiciel iPhone et Mac, Apple propose par exemple, pour toute personne dans le monde qui lui ferait remonter une faille permettant un accès root à un pirate, une récompense pouvant atteindre un million de dollars. 

Si le constructeur n’offre pas assez, ces failles peuvent se monnayer pour plus cher encore sur le Darknet. Pour réaliser le jailbreak de l’iPhone de l’activiste émirati Ahmed Mansoor, Pegasus exploitait trois de ces failles. Les enjeux de sécurité informatique sont également des enjeux économiques majeurs pour les constructeurs.


Son prix d’entrée est de 500.000 dollars pour l’installation du virus sur un téléphone


En septembre, le New York Times révèle le prix demandé par NSO Group aux États pour obtenir le sésame. Son prix d’entrée est de 500.000 dollars pour l’installation du virus sur un téléphone, à laquelle il faut ajouter une somme selon le nombre de terminaux visés. Pour 10 téléphones Android ou iPhone il faut compter 650 000 dollars, le prix est ensuite dégressif selon la quantité de cibles. En plus de cela NSO Group exige 17 % de la somme totale pour les frais de maintenance. Pour cette somme, la firme promet un accès complet et indétectable aux données de la victime.

 

Liste des affaires impliquant Pegasus contre des journalistes, avocats, défenseurs des droits humains ou personnalités politiques

*Le pays titré est suspecté être le pays qui a perpétré l’attaque quand l’affaire ne se déroule pas dans celui-ci


Mexique

À ce jour, 25 personnes ont été la cible de Pegasus au Mexique:

Entre 2011 et 2017, le gouvernement mexicain a passé contrat avec NSO Group pour un total de plus de 80 millions d’euros pour fournir Pegasus à au moins trois agences de renseignement.

Entre 2015 et 2016, sept journalistes qui enquêtait sur la corruption politique et cinq militants des droits humains et anti-corruption sont la cible de Pegasus.

Entre septembre et octobre 2015, deux avocats des familles du massacre de Narvarte en 2015 (cinq personnes assassinés dont un photojournalistes et un activiste) sont la cible de Pegasus.

En mars 2016, un membres du groupe interdisciplinaire d’experts indépendants (GIEI) qui enquêtait sur la disparition des 43 étudiants d’Iguala est la cible de Pegasus.

Entre juin et juillet 2016, trois personnalités politiques du parti d’opposition action nationale sont la cible de Pegasus.

En mai 2017, deux jours après l’assassinat du journaliste Javier Valdez Cárdenas, deux de ses collègues puis sa femme sont la cible de Pegasus.


Espagne

Entre avril et mai 2019, trois personnalités politiques et un militant indépendantiste catalan ont été la cible de Pegasus


Arabie saoudite

Entre mai et juin 2018, un défenseur des droits humains et un membre d’Amnistie Internationale aux sont la cible de Pegasus.

Entre mai et juin 2018, deux dissidents et défenseurs des droits humains exilés en Grande Bretagne sont la cible de Pegasus

Fin juin 2018, un activiste saoudien exilé au Canada est la cible de Pegasus. Proche du journaliste Jamal Khashoggi, la surveillance de leurs communications est suspecté d’avoir mené à l’assassinat de Khashoggi dans l’enceinte du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul en octobre 2018.

Fin juin, un journaliste du New York Times est ciblé par Pegasus


Émirats arabes unis

En août 2013, un contrat de 18 millions de dollars est conclut pour l’utilisation de Pegasus. Un second de 11 millions de dollars aurait été signé via une filière à Chypre deux ans et demi après. Pegasus aurait été utilisé pour cibler de hautes personnalités politiques au Qatar (159 personnes concernées), en Arabie saoudite et au Liban. Un journaliste du quotidien londonien Al-Arab aurait également été la cible de Pegasus.

En août 2016, un défenseur des droits humains est la cible de Pegasus


Maroc

Entre octobre 2017 et juillet 2019, deux défenseurs des droits humains ont été régulièrement la cible de Pegasus.

Entre janvier 2019 et janvier 2020, un journaliste marocain est la cible régulière de Pegasus.


Panama

En juillet 2012, Ricardo Martinelli, président de la république, signe un contrat de 8 millions de dollars avec NSO Group pour obtenir Pegasus. Un mandat d’arrêt international est lancé contre lui en mai 2017 pour la surveillance de 150 personnes, dont des journalistes et personnalités politiques de l’opposition. Ricardo Martinelli est finalement innocenté par la justice panaméenne en août 2019.


Inde

Durant les élections législatives de 2019, qui coïncide avec la faille WhatsApp de avril-mai 2019, plus d’une vingtaine de journalistes, avocats et activistes ont été ciblés par Pegasus

À la suite de la faille WhatsApp de avril-mai 2019, au moins une vingtaines de hauts fonctionnaires ont été la cible de Pegasus.

Citizen Lab a pu identifier en 2018 la présence d’opérateurs de Pegasus dans 45 pays à travers le monde : Algérie, Arabie saoudite, Afrique du Sud, Bahreïn, Bangladesh, Brésil, Canada, Côte d’Ivoire, Égypte, Émirats arabes unis, France, Grèce, Inde, Irak, Israël, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Kirghizistan, Koweït, Lettonie, Liban, Libye, Maroc, Mexique, Oman, Ouganda, Ouzbékistan, Pakistan, Palestine, Pologne, Pays-Bas, Qatar, Rwanda, Singapour, Suisse, Tadjikistan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Royaume-Uni, États-Unis, Yémen et Zambie.

Par ailleurs, six de ces États ont eu recours à des logiciels espions par le passé. (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Kazakhstan, Maroc et Mexique)

Les chercheurs émettent cependant des réserves sur l’interprétation de ces résultats. Tout d’abord la géolocalisation des serveurs DNS peut être trompé par des facteurs autres comme l’utilisation d’un réseau privé virtuel (VPN) ou d’une connexion par satellite. La Chine n’a pas pu être investigué en raison de l’isolement de son réseau Internet.

Carte des 45 pays ou Pegasus opère réalisé par Citizen Lab

Pour l’investisseur londonien, business as usual

Les enjeux économiques considérables pour développer un logiciel pirate de cette envergure nécessite des moyens financiers importants pour concurrencer les sommes offertes par les constructeurs. Derrière NSO Group, plusieurs fonds d’investissement internationaux se sont succédés pour permettre la croissance de la firme israélienne. Le premier, Francisco Partners, gestionnaire d’investissement américain, engage en mars 2014 plus de 120 millions de dollars pour acquérir NSO Group. En février 2019, Novalpina Capital, un fonds de gestion londonien créé deux ans plus tôt, rachète les parts de Francisco Patners pour un milliard de dollars, soit plus de huit fois l’investissement de départ.

« Les seules limites légales sont les embargos internationaux. »


«Il n’existe pas de lois pour réguler les investissements présentant des risques de controverse» reconnaît Hervé Aubert, directeur général adjoint de Swen Capital Partners, fonds d’investissements français. «Les seules limites légales sont les embargos internationaux. Deux vecteurs orientent la décision d’investissement d’un fonds de gestion. En premier lieu, l’image publique et les valeurs internes que l’entreprise véhicule, et ensuite la prise en compte des orientations d’investisseurs institutionnels (mutuelles, assureurs, fonds de pensions) qui souhaiteraient que tels secteurs ne soient pas investis.» Les questions d’éthiques sont pour les investisseurs relégués à de simples politique interne qui peuvent varier selon leurs ambitions et les contextes sociopolitiques. C’est ainsi que certains comme Novalpina Capital se font connaître pour leurs placements dit à risque et n’hésite pas malgré les polémiques à financer des entreprises problématiques comme NSO Group. Deux jours après l’annonce du rachat, Stephen Peel, fondateur de Novalpina Capital, se faisait doucement pousser vers la sortie de l’ONG anti-corruption Global Witness où il était également membre à cause de sa nouvelle acquisition.

NSO s’offre le pantouflage d’anciens diplomates français et américains

Pourtant NSO Group tente de montrer patte blanche devant les ONG de défense des droits humains. Sur son site Internet, la firme israélienne a mis en place un mail spécifique pour les lanceurs d’alertes qui souhaiteraient les avertir d’abus d’États dans l’utilisation de Pegasus. Cité dans les sections «Transparence» et «Droits Humains» NSO Group affirme se référer pour sa politique interne aux principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme.

«Les Principes des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l’homme ne sont pas juridiquement obligatoires, mais seulement recommandés» souligne Hervé Ascensio, professeur à l’école de droit de la Sorbonne et spécialiste de droit international.


À gauche : Gérard Araud confirme sa colaboration avec NSO Group au journaliste Olivier Tesquet. À droite : liste des conseillers recrutés par NSO Group sur leur site
Dans l’optique de rassurer l’opinion sur son soutien financier, Novalpina Capital incite  NSO Group à la création d’un comité de conseil pour se conformer à ce texte. Le 10 septembre 2019, l’annonce du recrutement de l’influent ambassadeur français Gérard Araud comme conseiller principal (mais également de Tom Ridge, ancien secrétaire de la sécurité intérieure des Etats-Unis sous George W. Bush, et de Juliette Kayyem qui se retire finalement en février 2020, ex-secrétaire adjointe aux Affaires intergouvernementales du président Obama au département de la Sécurité intérieure) fait grincer des dents au ministère des Affaires étrangères. Et pour cause… Trois jours après, le piratage du téléphone de Omar Radi, journaliste marocain, vient une fois de plus ternir les engagements auxquels la firme israélienne prétend se plier. «Les Principes des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l’homme ne sont pas juridiquement obligatoires, mais seulement recommandés» souligne Hervé Ascensio, professeur à l’école de droit de la Sorbonne et spécialiste de droit international. «De plus, ils ne comportent aucune procédure de contrôle, même pour les entreprises qui s’y réfèrent dans des chartes ou autres engagements éthique. La seule procédure qui pourrait en découler est une simple médiation entre entreprise et particuliers (ou ONG, syndicat) pour violation de ces principes.»

«C’est tout le problème de l’externalisation des services militaires ou de sécurité: la structure de l’entreprise et le lien seulement contractuel mettent de la distance entre ceux qui fournissent les moyens et ceux qui les utilisent. Juridiquement, cela devient très compliqué de rechercher des responsables» conclut Hervé Ascensio.


La responsabilité finale d’atteinte aux droits humains revient par ailleurs aux États et non à NSO Group comme la firme le rappelle en conclusion de sa politique en matière de droits humains. Cela lui permet de se dédouaner de tout abus dans l’utilisation de Pegasus. Non seulement il est difficile de prouver devant un tribunal une complicité de l’entreprise aux actes d’espionnages perpétrés par les États mais les outils juridiques de droit pénal international manquent. «C’est tout le problème de l’externalisation des services militaires ou de sécurité: la structure de l’entreprise et le lien seulement contractuel mettent de la distance entre ceux qui fournissent les moyens et ceux qui les utilisent. Juridiquement, cela devient très compliqué de rechercher des responsables» conclut Hervé Ascensio.

La justice et NSO Group

À ce jour, la firme israélienne est poursuivie en justice dans deux affaires distinctes.

Proche du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, il avance que la surveillance de leurs conversations par l’État saoudien a un lien avec l’assassinat du journaliste en octobre 2018 dans l’enceinte du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.


La première, intentée par Omar Abdulaziz dissident saoudien exilé au Canada dont le téléphone a été infecté par Pegasus fin juin 2018. Proche du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, il avance que la surveillance de leurs conversations par l’État saoudien a un lien avec l’assassinat du journaliste en octobre 2018 dans l’enceinte du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. L’affaire toujours en cours a été retenu en début d’année par les tribunaux israéliens. Abdulaziz a été rejoint par six journalistes et activistes victimes de Pegasus au Mexique et au Qatar. NSO Group a depuis déclaré geler ses futurs contrats avec Riyad.

La plainte accuse NSO Group d’avoir violé des conditions d’utilisation de l’application [WhatsApp]…


La seconde affaire a lieu devant les juges étasuniens. En octobre 2019, NSO Group est attaqué en justice par WhatsApp. La plainte accuse NSO Group d’avoir violé des conditions d’utilisation de l’application qui exigent de ne pas «(a) réaliser de l’ingénierie inverse, modifier, décompiler nos Services, en créer des œuvres dérivées ou en extraire le code ; (b) envoyer, stocker ou transmettre des virus ou tout autre code informatique dangereux par le biais de nos Services ou sur ces derniers.» La faille exploitée par Pegasus permettait à un pirate d’infecter un téléphone par un simple appel vocal WhatsApp, même dans le cas où l’utilisateur ne décrochait pas.  Contrairement aux précédentes failles exploitées par Pegasus, celle de WhatsApp nécessitait de détourner l’application de son utilisation normal.

Will Cathcart, patron de WhatsApp, déclare que leur enquête interne a permis de déceler 1.400 appareils infectés de cette manière dans différents pays, dont le royaume de Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Mexique.


C’est grâce à une version largement modifiée de l’application qu’il était possible d’infecter le numéro appelé, ce qui permet à la firme de Mark Zuckerberg d’intenter une action juridique contre NSO Group. Will Cathcart, patron de WhatsApp, déclare que leur enquête interne a permis de déceler 1.400 appareils infectés de cette manière dans différents pays, dont le royaume de Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Mexique. Cette plainte repose cependant sur un différend commercial entre deux entreprises, les questions d’atteintes aux droits humains et des victimes d’espionnage («avocats, journalistes, défenseurs des droits humains, dissidents politiques, politiques et hauts fonctionnaires étrangers») restent secondaires dans l’affaire.

Une législation insuffisante pour encadrer le commerce d’outils de surveillance numérique

En Europe également, ce commerce est loin d’être régulé correctement. Malgré une législation interdisant la vente d’outils de surveillance de ce type aux États ne respectant pas les droits de l’homme ou en embargo, plusieurs récentes affaires, en Italie ou même en France, démontrent que ces sociétés privées sont susceptibles de collaborer avec des États répressifs, les premiers intéressés par ces outils de surveillance.

Pour réguler ce commerce, la législation internationale se limite à des textes non contraignants.


«Les conflits ont changé, ils s’orientent de plus en plus sur du contrôle de population» estime Tony Fortin, chargé d’études à l’Observatoire des armements. «L’arme est de plus en plus électronique et on peut avec ces systèmes numériques échapper plus facilement aux législations. Le matériel militaire a évolué, mais la loi, elle, n’a pas suivi.»  Pour réguler ce commerce, la législation internationale se limite à des textes non contraignants. Tout d’abord le Traité sur le commerce des armes, mais surtout l’arrangement de Wassenaar qui régule les exportations de matériels à double usage (ensemble des technologies, comme Pegasus, qui peuvent être utilisé à des fins civiles et militaires). Israël, n’a ratifié aucun des deux textes. Huitième vendeur d’arme mondial, l’État d’Israël est réputé être conciliant avec les États répressifs auxquels les États Unis et l’Europe refuse de vendre des armes. La décision d’autorisation d’export de matériels à double usage revient en Israël au ministère de la Défense. Mais une certaine opacité demeure sur les critères qui justifie qu’une exportation soit octroyée ou non à un État.

Contrairement aux agences de renseignements étatiques, NSO Group est soumise aux lois fondamentales d’Israël (lois constitutionnelles), mais malgré les nombreux scandales, elle bénéficie dans les faits, d’une certaine indulgence de la part de l’État.


«Sous la pression des ONGs, une transparence limitée a été obtenu sur les montants des contrats d’exportation d’armement, mais cela n’existe absolument pas dans le cadre du matériel à double usage ou de maintien de l’ordre» souligne Tony Fortin. Si les contrats de ventes d’armements conventionnels sont bien répertoriés (voir base de donnée du SIPRI), Pegasus n’apparaît sur aucun d’entres eux. Le 13 juillet dernier, alors qu’étaient révélées de nouvelles affaires entre l’Espagne et la Catalogne, le tribunal de district de Tel Aviv rejetait la demande d’annulation d’exportation de Pegasus émise par Amnistie Internationale. Contrairement aux agences de renseignements étatiques, NSO Group est soumise aux lois fondamentales d’Israël (lois constitutionnelles), mais malgré les nombreux scandales, elle bénéficie dans les faits, d’une certaine indulgence de la part de l’État. Le juge estimait que Amnisty International n’avait pas «avancé d’éléments permettant d’affirmer qu’il y aurait eu une tentative d’espionner le téléphone d’un activiste des droits humains [à l’aide de Pegasus]». Enfin le juge a rappelé que le ministère de la Défense israélienne dispose de «suffisamment de précaution pour prendre en compte la protection des droits humains dans la distribution de licence d’exportation d’armes».

Intimidations et menaces

Entre décembre 2018 et janvier 2019, deux chercheurs du laboratoire de recherche canadien Citizen Lab, sont approchés par des agents sous fausses identités. Dans un hôtel de luxe de Toronto, Abdul Razzak pensait évoquer des questions syriennes, mais la conversation rejoint rapidement le sujet NSO Group et ses enquêtes réalisées sur Pegasus. « Est-ce que vous priez ? Pourquoi écrivez-vous seulement à propos de NSO ? Le faites-vous parce que c’est une entreprise israélienne ? Détestez-vous Israël ? » se fait interroger Abdul Razzak.

Un mois après, c’est au tour de John Scott-Railton de se faire interroger. Le chercheur reconnaît l’approche utilisée contre son collègue et contacte des journalistes d’Associated Press pour l’accompagner discrètement lors de la rencontre. La conversation change rapidement de ton, de la même façon que la précédente. Par la suite, une enquête conjointe entre le New York Times et l’émission d’investigation israélienne Uvda identifie la personne comme Aharon Almog-Assouline, agent de la société israélienne de renseignement privé Black Cube.

Mazen Masri, avocat de Omar Abdulaziz dans le procès qui l’oppose à NSO Group a été également visé par ce type d’intimidation. « Quelqu’un semble avoir intérêt à saboter le procès » déclare-t-il au Times of Israel. Pour l’avocat, ces opérations visaient à obtenir « des informations compromettantes sans lien avec l’affaire, sur les personnes impliquées ». Almog-Assouline a refusé de répondre aux questions des journalistes et Black Cube dément qu’il s’agit d’un de leurs agents. Il est enfin impossible de relier ces actions à NSO Group qui dément être un commanditaire « directe ou indirecte » de l’affaire.

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MONDE – Le Glas sonne pour les peuples

La suppression de la Loi Obamacare (Loi sur la Protection des Patients et les Soins Abordables) promulguée par Barack Obama le 23 mars 2010, le retrait des U.S.A. de l’Organisation mondiale de la santé (O.M.S.) suivi par plus d’un Etat (Madagascar, Guinée équatoriale, Burundi, Brésil), interdiction des vols aériens chinois entre la Chine et les U.S.A dès le 16 juin 2020, tweets et déclarations menaçants, discriminatoires, discourtois, mensongers ainsi que des discours contradictoires constatés notamment dans la gestion de la crise de la Covid-19, manipulations, etc.

Donald Trump et de nombreux gouvernants de la planète terre ne cessent d’inquiéter et deviennent très dangereux pour la gestion de la cité. Que doivent faire les populations et les journalistes?

Pour reprendre les propos de David Mongoin, aux U.S.A, la liberté de manifestation est une liberté constitutionnelle dont le fondement juridique est celui de la liberté de «rassemblement pacifique» et dont le régime juridique répond essentiellement à celui de la liberté d’expression.

La garantie constitutionnelle de manifester : une supercherie ? 

La manifestation conçue comme une «expression agissante», est bien une liberté, alors qu’en France et dans plusieurs pays, elle est bien d’avantage un « droit ».

Le premier amendement de la Constitution des U.S.A ratifié en 1791, stipule: « Le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice ; ou pour limiter la liberté d’expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d’adresser au gouvernement des pétitions pour obtenir réparations des torts subis.« 

Fort conscient de cet amendement, bon nombre d’Américains descendent dans les rues depuis l’assassinat de George Floyd qui est une victime de trop de la police.

Depuis douze jours, les Américains manifestent presque dans tous les Etats, contre le racisme et toutes sortes de violences (politique, physique, économique, sociale, spirituelle et psychologique).

Malheureusement, quelques-uns parmi eux confondent liberté au libertinage comme nous l’avions vu il y a quelques mois avec les «gilets jaune» en France, s’en prendre aux symboles, casser et piller plusieurs bâtisses.

A propos, Idris Fassadi, Maitre conférencier à l’université Panthéon – Assas Paris II nous rappelle que si les libertés d’expression et de manifestations sont fondamentales dans une société démocratique, cela ne signifie pas que chacun puisse exprimer ses opinions dans n’importe quel lieu public et à n’importe quel moment.

Les garanties constitutionnelles de la liberté impliquent l’existence d’une société organisée, maintenant l’ordre public sans lequel la liberté elle-même serait perdue dans les excès de l’anarchie.

Conséquences, l’Etat peut imposer des restrictions raisonnables quant aux moments, lieux et modalités de l’expression protégée, dès lors que les restrictions ne portent pas sur le contenu de l’expression sont étroitement circonscrites pour servir un intérêt d’Etat important et qu’elles laissent subsister des canaux alternatifs pour la communication de l’organisation et l’encadrement policier.

C’est ce qui a poussé certainement Donald Trump et bien avant lui d’autres chefs d’Etats à vouloir faire recours à la force publique pour contenir les manifestants.

Dictatures, libertés et libertinages s’entremêlent

Il sied de dire que le comportement de Donald Trump depuis son arrivée à la Maison Blanche a révélé qu’il gère la plus grande nation des libertés comme un commerce privé à l’image de plusieurs dictateurs qui marchent sur les droits fondamentaux des peuples. Nonobstant qu’il soit accro des tweets (4481 messages pour la seule année 2020), le 27 mai 2020, suite aux dénonciations de ses twitters mensongers mis à nu, Donald Trump a menacé le réseau social Twitter et autres: « …en tant que président des U.S.A, je ne les laisserai pas faire.« 

Le 28 mai, il a menacé de réguler sévèrement les médias sociaux (sans distinction) ou de les fermer.

Le 29 mai 2020, il a mis sa menace à exécution en prenant un décret qui restreint la liberté d’expression. Il a limité la protection judiciaire dont bénéficient les réseaux sociaux aux U.S.A.

Bien avant cela, il n’avait cessé de pointer du doigt des journalistes et médias qui ne courbent pas l’échine devant lui.

April Ryan, correspondant de la Maison blanche depuis 1997, Jim Acosta correspondant en chef à la Maison blanche de CNN et une dizaine des médias de renom ont payé un lourd tribu à l’administration Trump.

Retrouvez notre article sur les "Lanceurs d'alerte" aux USA sous l'administration Obama

La somme des attaques frontales contre les médias par Donald Trump se solde par l’arrestation de divers journalistes à la frontière, des saisies et fouilles de matériels y compris des agressions physiques tels que signalés par Tv5, C.P.J, RSF, etc.

La mort de George Floyd le 25 mai 2020 et toutes sortes de violences rendent plus d’une personne allergique.

Quelle attitude adoptée ?

Sur mille Américains tués par la police chaque année, il est établi un taux de 2,5 fois plus élevé de victimes afro-américaines que blanches.

A la place d’apaiser, Donald Trump, par le truchement des mêmes réseaux sociaux qu’il attaque, a qualifié de tous les maux et menacé les manifestants. Il feint que ces derniers réclament une vraie justice devant les chiffres très inquiétants des morts et les inégalités sociales.

Le président américain est parti très loin jusqu’à intimer l’ordre de mater «les hordes de délinquants qui manifestent» et opposer les forces spéciales au peuple comme le font chaque fois des présidents africains (Denis Sassou Nguesso, Paul Biya, Idriss Itno Déby, Alpha Condé, Faure Gnassigbé).

Le Secrétaire d’Etat à la défense Mark Esper et plusieurs officiers supérieurs ont refusé officiellement d’obtempérer à l’ordre de la hiérarchie de mettre l’armée dans la rue pour contenir les manifestants. La plupart des gouverneurs et pasteurs se sont associés aux manifestants.

D’où cette question que certains se posent à savoir: est-ce normal que les « Bergers des fidèles » (Guides du troupeau) entrent en politique et se comportent ainsi ?

Ghy Fortune DOMBE BEMBA

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