Procès contre Trump: la liberté d’expression en danger ?

[LIBERTÉ D’EXPRESSION] PEN America accuse M. Trump de: « diriger ses menaces et ses représailles sur des médias spécifiques dont il considère le contenu et les points de vues, hostiles. En conséquence, les journalistes qui couvrent le président ou son administration croient de manière raisonnable qu’ils font face à une menace crédible de représailles du gouvernement.

Décryptage politique: comprendre la situation brésilienne à la veille du 1er tour

[GEOPOLITIQUE] Aux côtés de l’Argentine, le Brésil fait parti des plus influents pays du Cône Sud (pays marqués par une influence européenne en Amérique latine). Les enjeux des élections présidentielles brésiliennes ne concernent donc pas seulement les locaux mais bien la scène diplomatique internationale. Pays bastion de la corruption politique, la voix du peuple n’y est que peu entendue. Dégoutés des gouvernements successifs, c’est bien la haine de Lula qui dope des candidats « fantoches » comme Jair Bolsonaro et installe un climat de violence au sein même de la campagne présidentielle.

Festival Viva Mexico – Étiqueta NON RIGOUROSA – Coup de cœur Cinéma

Au début du mois d’octobre, le festival « Viva Mexico » a  valorisé les rencontres cinématographiques et lancé sa 5ème édition avec de talentueux invités mexicains de renommée internationale ! La Maison des Journalistes a remis un titre « coup de cœur », le choix fut difficile.

Djibril Diaw : « Au nom des membres du jury, je remercie le festival « Viva Mexico 🇲🇽 » de sa collaboration avec la Maison des Journalistes. L’association permet aux journalistes persécutés et menacés de mort de trouver un refuge. »

 

 Le choix du meilleur film – coup de cœur de la Maison Des Journalistes – fût très difficile. 
Nous, membres du jury, avons eu beaucoup  de difficultés à trancher… 
Mais comme toute compétition il faut un gagnant ! 
Nous nous somme basé sur les sujets des Droits de l’Homme et de la Liberté d’Expression. Et le film qui a retenu l’attention des membres du jury est :

Étiqueta NON RIGOUROSA

C’est un film dont le sujet est toujours d’actualité dans le monde d’aujourd’hui : l’histoire d’un couple d’homosexuels qui se bat pour célébrer son mariage, malgré les blocages administratifs et politiques…

Date de réalisation : 2016 / Studio : La Cleta Films / Réalisé par Cristina Herrera Borquez / Produit par Sabrina Almandoz / Pour accéder au site internet du film, cliquez-ici.

Jury pour le prix Maison des Journalistes
Beraat GÖKKUŞ, réalisateur et journaliste turc, francophone, actuel résident de la MDJ
Djibril DIAW, réalisateur et journaliste mauritanien, francophone, ex résident de la MDJ
Hassanein NEAMAH, réalisateur et journaliste irakien, francophone, ex résident de la MDJ
Béatrice CYUZUZU, journaliste télé rwandaise, francophone, actuelle résidente de la MDJ
Djibril DIALLO, réalisateur mauritanien, francophone, ex résident de la MDJ

Président de l’AKB: « Il ne faut pas trop pousser la comparaison entre la Bretagne et le Kurdistan »

[Par Hicham MANSOURI]

Cet article a été publié en partenariat avec le journal Kezako du Festival de Douarnenez

Déjà présente au festival de Douarnenez en 2003 puis l’an dernier, l’association « Amitiés kurdes de Bretagne » (AKB) est de retour à Douarnenez. Née en 1994, l’association était à la base une délégation créée pour se rendre au Kurdistan turc, dans un contexte de violence, afin d’en rapporter les conditions de vie.

Tony Rublon, président de l’AKB, à gauche.

Partenaire de l’association France Kurdistan, elle ambitionne, selon Tony Rublon, son président, de « créer un lien géographique sans forcément revendiquer l’identité bretonne ». Tony se méfie quand on l’interroge sur les ressemblances entre les peuples kurde et breton. « C’est un peu déplacé de parler de similarités. Peut-être sur le plan culturel. C’est vrai que la langue bretonne a été interdite pendant plusieurs années en Bretagne. Mais il ne faut pas trop pousser la comparaison : la Bretagne est une région délimitée par la mer alors que le Kurdistan est une zone centrale au Moyen Orient, entourée de conflits. »

 

Les missions de l’association

Il y a d’abord la recherche de l’information sur le terrain. Ensuite, le rapport au grand public français, à travers des conférences, films et expositions. Enfin, le « lobbying politique » pour faire remonter l’information aux élus, aux députés et au gouvernement. L’AKB coopère aussi avec le Centre culturel kurde de Rennes (AMARA).

 

Le Festival de Douarnenez

Face à la situation en Turquie, notamment après le putsch raté de juillet 2016, l’accès de l’AKB aux informations est devenu très difficile. L’association est de plus en plus confrontée aux mêmes problématiques que les ONG et les journalistes. « Les bureaux de l’opposition à l’Est sont sur écoute et il y a un risque de mise en danger de nos contacts locaux », se désole Tony. Face à cette situation, l’association perd son accès privilégié au terrain. Son président reste malgré tout optimiste. « Des activités comme ce festival nous permettent d’atteindre un large public, plus qu’on n’aurait pu toucher dans un autre contexte. Cela nous permet d’enrichir notre réseau et de sensibiliser de nouvelles personnes. »

 

 

Le « modèle occidental » s’est-il fissuré pour l’Afrique ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Pour le continent africain, le « modèle occidental » s’est fissuré. A partir de la victoire du Brexit. La sortie de route de la présidentielle aux Etats-Unis et en France, surtout avec l’épisode sur les « affaires » pour cette dernière, ajoute à l’effritement de l’image du parangon. Et à l’interrogation de celui qui l’imitait presque en tout.

Le Brexit interroge la presse africaine
© DR

Il s’agit de l’Occident, ex-colonisateur, et de l’Afrique, ex-colonisée. Ils n’ont pas rompu les liens, après les années des indépendances en 1960. Les rapports de forces restent encore, tels que c’est le plus faible qui se recommande de la bienveillance du plus fort pour apprendre à « vivre moderne ».

De ce fait, l’Occident se devait de lui apporter aide financière, militaire et technique. Et de lui apprendre les règles de la démocratie, selon ses critères, etc. En règle générale, il fut le maître du monde… et, un tant soit peu, le « modèle » que beaucoup de peuples imitèrent. Quant à l’Afrique francophone, elle s’inspirait plus de l’univers sociétal français et belge.

Au point qu’un Malien ou un Sénégalais lambda (ressortissants des ex-colonies françaises) ne pouvaient concevoir l’Europe qu’à travers l’image de la France. Il en était de même pour un Congolais de l’ex-colonie belge, qui ne voyait le Vieux Continent qu’à l’aune de la Belgique. Jusqu’à désigner les Belges du nom affectueux de « banoko » en lingala, traduit « oncles » en français.

Et alors ? Alors, vinrent les temps de déclin gravés dans le destin des empires. Thierry P. Millemann le résume ainsi : « L’Occident a réussi sa stratégie hégémonique, mais il a échoué sur l’harmonisation sociale de la planète » (1). En d’autres termes, c’est la fin de sa suprématie. Thèse longtemps validée par nombre d’observateurs. Or, une fin de règne s’accompagne souvent par des signes de déséquilibre. Certains Africains y décèlent, en l’occurrence, quelques-uns que voici :

Donald Trump
© Politico

– l’élection surprise de Trump, aux Etats-Unis, après le Brexit, a laissé les Africains pantois. Car, le vote – un des pivots de la notion de démocratie libérale -, fait désormais autant partie de l’ordre émotionnel que du choix rationnel. Dans cet Occident dit « cartésien » ! Résultat : l’Amérique est, aujourd’hui, dans l’embarras, secouée par l’amateurisme de son nouveau chef ;

– pendant ce temps, l’Europe occidentale vacille : l’Union européenne (UE) est en butte à l’implosion. En fait, le Brexit a créé un vent d’effet domino subjuguant. Sans emporter la conviction de la majorité, le phénomène, pourtant, a tout d’une épée de Damoclès suspendue sur la tête de l’Union.

En France, en particulier, le jeu de la présidentielle a révélé un visage souvent dissimulé : les « fous du pouvoir ». En l’espèce, incarnés par un François Fillon, pour qui le pouvoir prime sur l’honneur de la parole donnée. Juste, comme c’est le cas en Afrique ! Enfin, l’élection de Macron, à l’instar de celle de Trump, reflète sans conteste la remise en question brutale de l’ancien ordre. En « cassant les codes » ;

Emmanuel Macron
© Eric Dessons/JDD

– l’Occident a peur. Pour preuve : son refuge dans le repli identitaire, par exemple. Partout, on sent de la xénophobie monter d’un cran. Jusqu’à dicter la construction des murs anti-immigrés en Hongrie. Et, probablement, aux Etats-Unis…

Difficile, pour l’Afrique, à débrouiller un tel écheveau ! Néanmoins, une chose est certaine : le « modèle » est écorné.

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(1) Milleman P. Thierry, La face cachée du monde occidental, éd. Osmondes, 2005, 380 p.

 

Ernest Becker : l’asservissement comme parade contre la mort

[Par Johanna GALIS] Le travail de l’anthropologue et sociologue américain Ernest Becker, auteur d’une dyade saluée par la critique : The Denial of Death (1973, prix Pulitzer 1974) et Escape from Evil (1975), n’est pas connu en France ; pour preuve aucun de ses ouvrages n’a été traduit. Ernest Becker cherche dans ces deux livres à révéler de la manière la plus simple l’homme dans sa véritable nature. Dénué de tous ses apparats, il apparaît comme une créature dont la logique mortifère est au cœur d’actions de plus en plus destructrices. 

Autoportrait avec la Mort au violon, Arnold Böcklin, 1872 ©fr.wikipedia.org

L’essai Escape from Evil permet de balayer sur un large spectre historique les dérives de l’être humain, depuis ses débuts primitifs jusqu’à aujourd’hui. Comment, lui pour qui la liberté est une valeur fondamentale, est-il devenu en réalité de plus en plus asservi – aux autres, mais aussi à sa propre nature ? Becker considère ce deuxième essai comme le compagnon de son volet précédent ; il transmet cependant à lui seul l’enseignement d’une pensée essentielle pour comprendre les dysfonctionnements de notre société contemporaine.

Un être qui cherche le contrôle

« Je veux montrer un homme dans toute la vérité de sa nature » écrivait le philosophe Jean-Jacques Rousseau en incipit de son livre autobiographique Les Confessions (1782). Dénuder l’homme pour l’exposer lui et ses vices au grand jour n’est pas sans rappeler l’entreprise de Becker. Cependant, tandis que Rousseau considérait l’homme bon par nature mais corrompu par la société, Becker déclare ici que l’un des moteurs premiers de l’homme est sa soumission à l’autre.

En reprenant les mots de Rousseau dans son Discours de l’Académie de Dijon (1750), l’anthropologue tord le cou à des décennies, voire plusieurs siècles, d’une interprétation erronée sur les origines de l’inégalité parmi les hommes. « La première personne qui, ayant planté une barrière sur un terrain, s’est mis en tête de dire que c’était le sien et a trouvé des gens assez simples et crédules pour le croire, était le véritable créateur de la société civile » L’idéologie marxiste reprendra un siècle plus tard cette citation, à des fins politiques, en soutenant l’idée que la création de l’Etat et la propriété privée sont à l’origine de la corruption de l’homme – les mots de Rousseau ayant été détournés de leur sens premier. Car il y a, selon Becker, une sorte de « maladie psychologique » de l’homme, soutenue par Rousseau lui-même – l’expression étant empruntée à quelqu’un dont il fait maintes fois référence tout au long de ce livre, l’anthropologue américain Norman O.Brown. Cette maladie entraîne la servitude d’un homme à un autre, car il semblerait « assez simple et crédule » pour croire à la prétendue supériorité de l’autre sur lui. Ce sont en effet les qualités personnelles de l’un qui attirent d’abord de la considération : comme sous le charme d’un enchantement, la société des hommes primitifs s’organisait déjà en fonction des capacités plus ou moins grandes de chacun – et la capacité de l’homme à émerveiller les autres en fonction de ses atouts a toujours fait l’effet d’un coup de magie, à l’image d’un « don de Dieu ».

Selon Becker, les tribus se sont dotées au fur et à mesure du temps de chefs qui ont été progressivement apparentés à des Dieux : quid d’une meilleure émulation ! La productivité et la combativité des membres de la tribu s’en est trouvée décuplée, comme sous l’emprise de cette mise-en-scène du pouvoir d’une figure aux atouts majeurs qui veillerait au bien des autres à partir de son rayonnement cosmique. L’asservissement à une figure d’autorité s’est subtilement mise en place au fur et à mesure des siècles, comme si le fonctionnement d’une société ne pouvait pas se faire sans un processus de mystification de l’autre qui aliénerait ses individus.

 La quête d’immortalité d’un organisme conscient de sa propre mort

Rappelons là un paradoxe, clef de voûte de la pensée de Becker : l’homme est un organisme, il recherche donc la survie. Il est cet organisme qui « lève sa tête au-dessus d’un champ de cadavres, sourit au soleil, et déclare que la vie est belle », comme l’écrit l’écrivain allemand Elias Canetti, cité par Becker.

Il se distingue des autres animaux par la conscience de sa propre mortalité, qu’il cherche à transcender par l’élaboration d’une fiction collective, appelée culture. Les coutumes développées dans son rapport à l’autre, ainsi que les élaborations techniques de l’homme visent à le rassurer en marquant de son sceau le plus « éternel » sur présence sur terre.

Tout l’aspect paradoxal de sa condition sur terre repose sur ce raisonnement ; lequel se mord inévitablement la queue : doté de la connaissance de sa propre fin, l’homme va chercher à l’outrepasser coûte que coûte par des inventions  »dysfonctionnantes » – quitte à se détruire lui et son environnement, dans l’optique obsessionnelle de laisser une marque.

Les moyens qu’il érige pour atteindre un certain équilibre et viser l’accomplissement d’une vie la plus confortable possible ont en effet leurs propres limites : plus l’homme va avancer dans l’Histoire, plus ses techniques de gestion de la nature en vue de la création d’une culture d’assurance et d’expansion de soi vont devenir destructrices. En effet, l’émergence de mouvements politiques écologistes atteste de nos jours que la trace de l’homme laissée sur terre est allée au détriment de l’équilibre naturel de celle-ci. Pire que cela, il semble que l’état actuel de la planète est un reflet d’une destruction du bien-être de l’homme en général.

 L’Histoire comme l’expansion d’une maladie du vivre ensemble

L’homme est amoureux de ses propres chaînes : à force de vouloir se comparer aux Dieux en cherchant l’immortalité sur terre, il devient progressivement aliéné à sa propre logique délétère. Car l’investissement symbolique de son monde – Becker développant l’idée que la société est un jeu d’interprétation monumental, un jeu comme étant « le principe même de toute civilisation » – a ses propres limites.

En effet, l’homme va chercher, étant asservi à sa propre nature, à asservir les autres de même. Le moteur de cette soumission ? Une culpabilité existentielle qu’il refuse de voir : elle est cette « tâche informe », ce sentiment difficile à définir qui obstrue et s’étend, et qui vient directement se mettre entre lui et les autres. Nous avons dit que l’homme a besoin d’interpréter symboliquement le monde qui l’entoure pour pouvoir s’assurer de l’illusion d’une contrepartie immortelle de sa présence sur terre. Il refuse de voir, à travers la construction de ses valeurs absolues, tout l’aspect temporaire de sa présence – plus que ça, l’aspect irréalisable de sa quête de perfection. Il refuse de reconnaître « l’ombre », telle que le psychologue Carl Jung la définit, qui plane à côté de lui et qui fait partie intégrante de sa personne. Celle qui lui rappelle qu’il est un corps vivant avant tout, un organisme voué à mourir. L’ombre est cet « ancrage à la terre » : essayer de sauter par-dessus elle, l’ignorer, c’est refuser d’admettre sa propre mortalité – ainsi que les défauts de sa « machinerie interne ».

D’où la recherche constante d’un bouc-émissaire qui représenterait tout ce que l’on considérerait de négatif en soi, dans un monde que l’on souhaite contrôler à tout prix : plus la frustration d’un réel inadéquat, face à des attentes démesurées, est grande ; plus elle est reportée sur l’autre. L’Histoire nous a démontré que l’une des plus grandes maladies du « vivre ensemble », du vivre en société donc, était cette victimisation de soi. Plus l’homme a avancé dans la création d’un monde contrôlé, fait de valeurs absolues – visant, comme nous l’avons dit, à fuir le déclin, l’imperfection, par extension sa propre mort – plus il a dû reporter sa frustration, du fait que les choses ne tournaient pas aussi parfaitement qu’il le souhaitait, sur l’autre. Reprenons-là un exemple de l’un des génocides les plus grands que l’Histoire ait connu : pourquoi le nombre de Juifs exterminés lors de la Seconde Guerre Mondiale s’est-il accru si soudainement quand les Nazis ont senti qu’ils allaient perdre ? Il s’expliquerait par un besoin d’offrir des otages de dernière minute à la mort, les Nazis affirmant d’une manière têtue, aveugle et quasi-viscérale « Je ne mourrai pas, moi, tu vois ? ».

L’homme, selon Becker, ne connaît donc pas, et ce depuis ses tous débuts, ce que pourrait être sa véritable liberté. Sa peur viscérale de la mort l’entraîne vers une quête d’immortalité grâce à un système d’expansion de soi où il devient héros de son propre monde. Il vit dans une illusion néfaste pour les autres et pour lui-même. Becker prône, à la fin de son essai, l’avènement d’une nouvelle science de l’homme, où, en tenant compte de certains principes du fonctionnement de l’être humain, il s’agirait de trouver l’idéologie adéquate qui l’animerait pour qu’il ne soit plus dans une logique de contrôle destructrice envers lui-même et envers ce qui l’entoure.

Trump s’occupera-t-il de l’Afrique ?

[par Jean-Jules LEMA LANDU]

Comme partout ailleurs, l’Afrique a suivi assidûment le déroulement de la présidentielle américaine. Dans l’imaginaire collectif, l’Amérique, parée de sa grandeur économique et militaire, est perçue comme une sorte de puissance tutélaire universelle.

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Donald Trump élu 45ème président des Etats-Unis. (crédits photos: Mary Schwalm / AFP )

La Chine, la Russie, l’Allemagne, la France ou le Royaume-Uni, chacun a eu son mot. L’idée générale qui s’en dégage se résume à l’interrogation, tant Donald Trump, le nouveau locataire de la Maison Blanche, est un inconnu. Considéré, surtout, comme quelqu’un aux sorties à l’emporte-pièce.

Cela prouve que les Etats-Unis tiennent le manche de plusieurs leviers sur la marche du monde.

Quelle est la place du continent africain, en termes de profits économiques, politiques ou géostratégiques, sur cette plate-forme régissant les relations internationales ?

L’Afrique, en réalité, y est absente. Entre les Etats-Unis et l’ensemble des 54 Etats africains, spécifiquement, les échanges y sont exsangues. Entre 2000 et 2010, les exportations non pétrolières de l’Afrique furent chiffrées à 53,8 milliards de dollars contre 20, 3 milliards de dollars, dans le sens inverse, pour les Etats-Unis. La moyenne, de part et d’autre, est insignifiante !

En 2014, à l’instar de la Chine qui, en matière de financement en faveur de l’Afrique, tient le haut du pavé, l’Amérique a initié le sommet « Etats-Unis – Afrique ». Une sorte d’opération de charme, au cours de laquelle le président Obama a engagé son pays à verser 33 milliards de dollars, à titre d’investissements publics et privés. Deux ans après, la corbeille est encore quasi vide.

Libérer la démocratie

Côté politique, les Etats-Unis (comme le reste des autres puissances occidentales) n’ont jamais véritablement soutenu le continent, dans sa quête pour l’émergence de la démocratie. Les souvenirs liés aux années soixante, début des indépendances africaines, sont amers. Pour empêcher le continent de basculer dans l’escarcelle du communisme, Washington a exercé l’effet de criquet au développement de celui-ci, en favorisant des conflits internes.

En dépit de tout, l’Afrique n’avait cessé de regarder à ce « puissant maître », qui a fait de la démocratie le socle de sa vie. De la Maison Blanche – tout comme de l’Elysée ou de 10 Down Street -, on s’attendait de voir venir, un jour, la planche de salut. C’est ainsi qu’à l’élection de Mitterrand, en 1981, ou à celle de Clinton, en 1992 – supposés « progressistes » -, l’Afrique centrale a dansé de joie. Espoir trahi !

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Pierre Nkurunziza, président burundais, sable le champagne pour saluer l’élection du 45e président des Etats-Unis, Donald Trump. ( crédits photos : afrique-sur7.fr)

Désabusée, l’Afrique ne vibre plus pour les présidentielles, en Occident. Désormais, elle les regarde, assise au balcon. D’où l’étonnement de certains analystes, face à la joie qu’ont exprimée les présidents Pierre Nkurunziza du Burundi et Joseph Kabila de la RD Congo. Ils sont allés jusqu’à sabler le champagne, en l’honneur de l’« ami Donald ».

Or, le nouvel élu américain reste encore une énigme pour l’Afrique qu’il ne connaît, probablement, que de manière vague. Que cette hypothèse venait à se vérifier ou non, aurait-il à cœur le sort du continent, lui qui privilégie à outrance la notion de l’ « american way of live » ? Le doute est permis. Tout au moins, s’attèlera-t-il à considérer le continent, comme ses prédécesseurs, sous l’angle des intérêts géostratégiques et commerciaux, à travers l’installation des bases militaires et l’importation de matières premières nécessaires à la croissance américaine ?

Que les dirigeants africains quittent leurs illusions ! Le départ d’Obama, leur contradicteur obstiné, et l’arrivée à la Maison Blanche de Trump n’arrangeront en rien leurs ennuis. Car, c’est avec leurs peuples respectifs qu’ils ont affaire. Et, l’affaire est simple : libérer la démocratie.