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La « dépouille mortuaire-épouvantail » d’Étienne Tshisekedi

Si Etienne Tshisekedi, cet homme de conviction, faisait peur à ses adversaires politiques, de son vivant, il l’a fait autant, sinon plus, à travers sa dépouille mortelle, deux ans après sa mort. Non seulement à la « kabilie » (cf Kabila), mais aussi au camp de son propre fils, Félix, l’actuel chef de l’Etat de la RD Congo. Détail quasiment occulté.


« Charogne de serpent fait toujours peur », dit un adage bantou.


La démonstration de cette thèse n’appelle pas forcément une longue rhétorique, rompue aux règles de la dialectique. Elle est simple.

Tout est lié à la mort du leader, Etienne Tshisekedi, à Bruxelles, le 1er février 2017.

On attendait beaucoup de lui pour le dénouement du dialogue politique, parrainé par l’Eglise catholique. En vérité, dans le camp de Kabila, on ne s’était pas attristé de ce décès.

Dans une guerre, la mort du principal chef militaire induit souvent la débandade de ses troupes. Le constat est amer au niveau de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS). Première force de l’opposition (à l’époque) au régime dictatorial de Kabila, celui-ci s’est mis à la dépecer, jusqu’à « apprivoiser » Félix Tshisekedi.

L’UDPS, qu’on le veuille ou non, est aujourd’hui en lambeaux. L’attitude des militants déboussolés, dans lesquels réside encore le cœur battant du parti, en dit long. Nous aurons l’occasion de le démontrer avec force détails dans notre prochain article: « RD Congo : le ferment d’une révolte populaire ».

Ironie de l’Histoire congolaise

Cette paralysie de toute l’opposition, après ce qu’il est convenu d’appeler l’ « Accord de la St-Sylvestre », est la raison pour laquelle le corps d’Etienne Tshisekedi est « resté orphelin » pendant plus deux ans à la morgue à Bruxelles.

La « kabilie » en avait effroyablement peur. Dans son fantasme de voir des millions des Congolais sortir, à Kinshasa, pour honorer la dépouille mortelle du « Sphinx de Limite », et transformer vite la circonstance en révolte populaire, le pouvoir aujourd’hui « échu » s’était chaque fois arrangé pour repousser le rapatriement du corps aux calendes grecques.

Ironie de l’histoire : depuis janvier, c’est son fils qui est devenu Président de la République. Felix Tshisekedi, fils d’Etienne, obtient donc le pouvoir supreme. Les Congolais se sont mis illico presto à espérer, car pour la plupart d’entre eux, feu Tshisekedi était un véritable combattant de la démocratie, un « bwana mkubwa » (un grand monsieur, en kiswahili), après Lumumba.

Son corps devait vite d’être rapatrié au sol qui l’a vu naître, et y être enterré avec des honneurs dus au rang des « Grands ». En France, il aurait été conduit, sans nuances, au Panthéon.

Qu’a-t-il fait, Félix Tshisekedi, à ce propos ?

Une opération en deux temps, trois mouvements.

Les premiers signes négatifs sont partis d’un document confectionné et signé par son chef de cabinet, Vital Kamehre. Un document vague, qui évoquait surtout des chiffres, astronomiques, sur la dépense liée aux obsèques. Or, la stature du défunt devait appeler, pour ce faire, la décision du Parlement congolais. Un acte qui devait être gravé dans les annales de la République. Pour quelle raison s’était-on précipité à réaliser vaille que vaille ces funérailles, qui devaient recevoir, au préalable, une onction de la Nation? Cherchait-on à engranger simplement des effets d’annonce? Ou avait-on véritablement peur? L’actuel chef de l’Etat et son « emblématique » chef de cabinet ont, en quatre mois de gouvernance, accumulé des erreurs d’amatérisme du genre: « M’as-tu vu? ».

Pour des actes sans importance, au regard des défis à relever que pose le pays. Que penser, par exemple, de l’image médiatisée à outrance de Félix Tshisekedi inaugurant la construction d’un pont vicinal, sinon associer celle-ci à un chef d’Etat protocolaire, assigné uniquement à « inaugurer les chrysanthèmes? ».

Avec cette dépouille mortuaire, tout pouvait arriver

Cette parenthèse fermée, revenons à la dépouille mortuaire qui a fait peur à tout le monde.

Il y a deux ans, à la « kabilie », et hier, au camp de Félix. Que s’était-il passé, à Bruxelles, mardi 28, à propos de l’avion?

A ce jour, l’imbroglio est resté total.

On parle de plusieurs choses, à la fois : c’est un gros appareil qui devait transporter plus de cent personnes (qui s’était volatilisé) ; la facture du propriétaire de cet avion n’aurait pas été honorée ; finalement, c’est un avion plus petit, dont on ne connait pas le propriétaire, qui a solutionné la question. Certaines informations ont cité le Togo ou le Gabon comme pays amis bienfaiteurs.

L’avion a décollé de Bruxelles, jeudi 30 mai à 11h25. Pour atterrir à Kinshasa à la nuit tombante. Interrogés, au sujet du retard, les responsables politiques belges ont décliné toute responsabilité.

Tout compte fait, et avec le recul du temps, il n’est pas vain de voir que quelque chose à cloché sur le rapatriement de la dépouille mortelle de Tshisekedi. Un véritable nœud gordien! Y avait-il intention, pour les autorités en place à Kinshasa, que certaines étapes du programme tracé constituant la haie d’honneur soient « brûlées », puisqu’elles étaient potentiellement périlleuses?

Imaginez une foule de centaines de milliers de gens, agglutinés sous le soleil équatorial, criant et courant tout autour du cortège funèbre! Tout dans pareil cas pouvait arriver. Une déferlante qui aurait l’opportunité de tout emporter sur son passage: la « kabilie » et tous ses alliés, c’est-à-dire Félix Tshisekedi, Kamerhe et consorts.

Une « dépouille mortuaire-épouvantail » qu’on a maîtrisée, à travers mille et un calculs savants, en choisissant notamment son débarquement, de nuit, à Kinshasa-La-Rebelle. Pour faire court, disons qu’il y a eu plus de peur que de mal. Heureusement. Paix éternelle à ce grand combattant de la démocratie. C’était un deuxième Lumumba, à sa manière. Quoi qu’on en dise!

Notre-Dame de Paris sous les flammes : et après ?

Notre-Dame : « Cette cathédrale, nous la rebâtirons » , assure Emmanuel Macron. Le président s’est exprimé lundi soir, alors qu’un incendie ravageait une partie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Des mots graves dans un moment historique.

Alors que les pompiers venaient de sauver l’essentiel de la structure de Notre-Dame de Paris, mais que les flammes n’étaient pas encore éteintes, Emmanuel Macron s’est exprimé sur le parvis de la cathédrale.

« Cette cathédrale, nous la rebâtirons » a déclaré le président de la République accompagné du premier ministre Édouard Philippe et de la maire de Paris Anne Hidalgo, ainsi que des sapeurs-pompiers. Le pire a été évité, « même si la bataille n’es pas encore totalement gagnée », a-t-il expliqué. Le feu a été « maîtrisé » et « partiellement éteint » dans la nuit vers 3h30.

Le Chef de l’État a d’abord adressé « une pensée pour l’ensemble de nos compatriotes« , parce que Notre- Dame de Paris « c’est notre histoire, notre littérature, notre imaginaire, le lieu où nous avons vécu tous nos grands moments ».

Crédit Sophie Chediac

Un mot d’espérance

Puis il voulu avoir « un mot d’espérance » malgré un « terrible drame ».

« Cette espérance, c’est la fierté que nous devons avoir. Fierté de tous ceux qui se sont battues pour que le pire n’advienne pas. Fierté parce que cette cathédrale, il y a plus 800 ans, nous avons su l’édifier et à travers les siècles la faire grandir et l’améliorer », a-t-il lancé.

Emmanuel Macron avait été obligé de reporter, 20 minutes avant, son allocution télévisée en réponse à la crise des gilets jaunes, alors que le feu venait de démarrer au sommet de la cathédrale Notre Dame de Paris. On ne sait pas encore à quel moment aura lieu l’allocution.

Vidéo by Beraat Gokküs

« Notre-Dame de Paris en proie aux flammes. Émotion de toute une nation. Pensée pour tous les catholiques que je suis et pour tous les Français. Comme tous nos compatriotes, je suis triste de voir brûler cette édifice de nous. »

« Notre tristesse est au delà des mots mais nous sommes encore dans le combat. Ce soir les pompiers se battent, héroïques, contre le feu, pour préserver ce qui peut l’être », a réagi de son côté le chef du gouvernement Édouard Philippe.

La classe politique dans son ensemble de même que des représentants du monde entier, a fait part de son « immense tristesse ». La fondation du patrimoine a lancer ce mardi une « collecte nationale » pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris.

Algérie – Soudan : les « Gilets jaunes africains » à la manœuvre

Comparaison n’est pas raison. Mais à regarder de près, le fond qui émeut les Gilets jaunes en France, d’une part, et les protestataires dans les rues d’Alger, en Algérie, ainsi que dans celles de Khartoum, au Soudan, d’autre part, ne manquent pas de similitude entre les deux camps. Ici et là, la levée de boucliers est partie de ce que l’on appelle « portion congrue » ou « part inconvenable », mieux, « partage inégale des richesses nationales »…

Il y a, toute proportion bien gardée, comme une osmose entre la colère de Gilets jaunes, celle, spécifiquement, portée par la jeunesse algérienne, et le ras-le-bol exprimé par des foules soudanaises. Il s’agit, sociologiquement, de la catégorie de « personnes qui subissent la loi du plus fort« , selon la formule de la célèbre journaliste française Françoise Giroud.

En clair, il s’agit de ceux qui dirigent, d’un côté, et de ceux qui sont dirigés, de l’autre. Mais, ceux qui sont dirigés et « mal nourris » par le système de gouvernement. Des laissés-pour-compte.

Ici comme ailleurs, ces Gilets jaune sont « des laissés-pour-compte »

Selon une enquête réalisée le mois de mars par l’institut Elabe (Ouest-France, 23-24 mars, 2019), il ressort globalement que les Gilets jaunes sont, en majorité, des ouvriers.

Leur salaire moyen est de 1.486 euros par mois ; 65 % disent connaître des fins de mois difficiles.

Ceux qui battent le pavé en Algérie et au Soudan relèvent de cette catégorie de citoyens.

Mais, contrairement aux Gilet jaunes, la plupart d’entre eux sont de véritables crève-la-faim.

En France, le 17 novembre, un mouvement social sans leader tousse. Il proteste contre l’augmentation de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques. Cette nouvelle dépense est à associer au budget familial (1.486 euros), qui en prend un coup… supplémentaire. On connaît la suite : le mouvement enfle et englobe l’aspect politique et économique. Le gouvernement est bousculé, prend des mesures qui débouchent sur des milliards à dépenser pour améliorer le sort de « mal nourris ». Sans succès.

Le mouvement signe et persiste… jusqu’à susciter les assises d’un « Débat national », dont on attend l’issue.

Algérie : la chute du système Bouteflika

Le concept fait recette en Algérie et au Soudan, globalement, c’est presque la même antienne.

Dans le premier pays, c’est la décision de rempiler pour un cinquième mandat présidentiel, d’un président affaibli par la maladie, sans prise sur les affaires de la cité, qui déclenche les hostilités. Depuis, le 22 février, les Algériens marchent, pour protester. Comme en France, les décisions s’enchaînent, en guise de coupe-feu. Sans effet.

Le « système » cède, Bouteflika démissionne. Mais l’armée, qui a entraîné cette décision historique, semble ne pas vouloir tout lâcher. On parle maintenant de la mise en place d’un gouvernement, obéissant aux « règles constitutionnelles ». Les Algériens renâclent. Leur slogan reste d’actualité : « Qu’ils partent tous ». D’où un bras de fer entre l’armée et le peuple, à l’issue improbable !

Soudan : la rue veut du pain !

Enfin, depuis jeudi, le Soudan qui était déjà dans la zone de turbulence, a rejoint le cortège des tombeurs algériens. El Béchir, depuis trente ans au pouvoir, a été écarté par un coup d’Etat militaire. Et remplacé par le général Awad Benawf, à la tête du Conseil militaire de transition, lui-même ayant démissionné sous la pression de la rue et remplacé par le général Abdel Fattaf Abderahman.

Comme les Algériens, les Soudanais retoquent la formule. La question, dans ce deuxième pays, a concerné le prix du pain. Le 18 décembre, les Soudanais sont sortis pour y dresser une barrière. Le régime dictatorial charge et tue les manifestants, qui « persistent et signent » pour faire de la rue leur domicile.

En dernier lieu, avant la chute du satrape, ils ont submergé l’Etat-Major de l’armée, auquel ils demandaient le départ de Béchir.

France, Algérie, Soudan : des points communs entre ces Gilets Jaune

Le caractère commun de ces trois situations repose sur trois aspects différents : primo, Français et Africains, à des paliers différents, sont ceux qui non seulement subissent la loi, mais vivent difficilement ; secundo, les trois mouvements ont surgi sans leader ; tertio, tous trois ont levé l’option de résister « aux systèmes ».

Et, le résultat est là : les deux dictateurs sont tombés.

En dehors de Macron, que la France démocratique, à travers les urnes, vomira ou ménagera, selon ses capacités à faire revêtir les Gilets jaunes de la couleur qui leur plaît. Gilets couleur or, par exemple ! Gilets jaunes, en France. Quelque chose qui leur ressemble en Afrique, lequel a porté à conséquence : les fruits pourris sont tombés. D’autres tomberont. A coup sûr.

Les « Gilets jaunes africains » sont déjà à la manœuvre. Le concept fait recette, car les Gilets jaunes ont fait leur apparition en Australie. Là-bas, ils s’appellent « Yellow Vest Australia » et sont devenus un parti politique.

« Ecrire, ce n’est pas un bon boulot » : Moneim Rahma, une plume exilée du Soudan

[Par Lisa Viola ROSSI]

Pour lire la version en arabe traduite par Samih Elsheikh, cliquez ici

« Je me sens très très triste. Ecrire des poèmes, ce n’est pas un bon boulot. Parce que c’est une source de douleur, ça m’affecte et ça me rappelle nos souffrances ». Abdelmoneim Mohamed Ahmed Rahmallah est un poète, écrivain, activiste originaire d’El-Damer, ville de la région du Nile au Soudan du Nord, exilé à Paris depuis mai 2015. Actuel résident de la Maison des journalistes, il se trouvait à La Haye aux Pays-Bas juste une semaine après les attentats à Charlie Hebdo, le 15 janvier 2015, afin de retirer le prix Pen International pour la liberté d’expression. «Tout au long de mes études, mes talents de poète se sont révélés. J’ai gagné, lorsque j’étais lycéen, le prix national de poésie. Pourtant, j’ai dû faire des études de Commerce, parce que ma famille était pauvre et que je ne pouvais pas me dédier aux Arts comme j’aurais voulu».

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Moneim Rahma

Moneim Rahma ne pouvait pas pourtant s’éloigner de sa passion, le journalisme. En 1986, une fois diplômé de l’Université du Caire, branche de Khartoum, d’une Maitrise en Commerce, il trouvait un emploi au journal Al Adwa comme comptable. De là il commençait à écrire des articles et avant d’être enfin reconnu en tant que journaliste. « Au même moment, – se souvient-il – j’entamais des activités de militant, lors de forums, de soirées poétiques et de manifestations culturelles, contre le projet arabo-islamique mené par  le Front National Islamique (FNI)».

Le 30 juin 1989, le FNI s’empare du pouvoir par un coup d’état militaire. Il dissout tous les partis politiques, les organisations de la société civile et les associations culturelles. Il suspend finalement la publication des journaux. « Les ennuis et surveillances de mes activités ont commencé à ce moment-là, m’empêchant de participer aux activités culturelles ». A cette époque, il est témoin de vastes arrestations d’intellectuels, d’écrivains et poètes hostiles aux putschistes.  Et le phénomène des « Maisons fantômes » a vu le jour. En 1991, son domicile est mis sous surveillance rapprochée. Craignant d’être arrêté et transféré dans une maison fantôme, Moneim Rahma s’enfuit à Asmara, avec l’aide d’amis du Front populaire de la libération d’Erythrée.

C’est après trois ans passés en Erythrée qu’il découvre le caractère répressif du régime. « J’ai ainsi commencé à émettre des critiques quant à ces pratiques, ce qui a mis ma vie en danger, en m’obligeant à fuir vers l’Ethiopie voisine ».

A Addis-Abeba, le journaliste-activiste travaille au service presse du Bureau du Golfe. Il y écrivait des articles sur la situation au Soudan, la guerre d’épuration ethnique et les répressions. Il utilisait le pseudonyme d’Amara Mohamed Saleh, en raison d’une forte présence d’agents de la sûreté soudanaise en Ethiopie. Trois ans après, en 1997, il rejoignait le Mouvement Populaire de Libération du Soudan (MPLS). « J’avais refusé tout enrôlement et entraînement militaire. J’ai insisté sur le fait que je tenais à ma liberté en ma qualité d’écrivain et poète » précise-t-il.

En 2001, Moneim Rahma a été transféré à Nairobi, au Kenya, pour travailler à la radio « Soudan Radio Service », spécialisée dans l’éducation. « Cette radio, financée par des institutions américaines, s’intéressait à l’éducation civile. Elle était émise en neuf langues, j’étais le responsable du service arabophone ». Il démissionna en 2005, après la signature de l’accord de paix global (CPA). Il retourna donc à Kurmuk dans la province du Nil Bleu au Soudan après sa libération par l’armée populaire (MPLS/A) pour y travailler comme responsable de la communication dans l’administration civile mise en place par l’armée populaire. Un an après, à Juba, il fondait l’organisation « Soudan de la Culture et des Arts » qui s’intéressait à toutes les cultures soudanaises et œuvrait, grâce à du théâtre itinérant, à la diffusion de la culture de paix entre les différentes ethnies, religions et traditions.

Après le théâtre, Moneim Rahma s’intéressa au cinéma. En 2009, il fondait, avec un groupe de cinéastes, l’association « Groupe du Cinéma Soudanais », et grâce au soutien du ministère de la Santé, il produisit quelques courts-métrages éducatifs sur la santé des enfants.

نهر النيل

Le Nil Bleu

En 2010, l’écrivain décide de participer à la gestion de la campagne électorale du candidat du MPLS, Malik Agar, pour le poste de Gouverneur de la Wilaya du Nil Bleu. « J’étais chargé du volet média de la campagne. Malik Agar a gagné les élections malgré les tentatives de fraudes du parti du Congrès National (NCP). J’ai été nommé Conseiller en information au sein du gouvernement élu ». En février 2011, Moneim Rahma fondait la revue El Zarqaa, la voix du gouvernement de la Wilaya, « une première dans l’histoire de la région », précise-t-il.

Le 1er septembre 2011, un attentat au vice-gouverneur de la région pousse Malik Agar à réunir en urgence le conseil des ministres. Les forces du gouvernement central qui avaient planifié tout cela, ont immédiatement été déployées et l’état d’urgence a été décrété sur ordre personnel du Président El Bashir qui limoge Malik Agar.

Le lendemain, des combats se sont déclenchés dans la ville de Al Damazine, entre l’armée populaire et l’armée régulière. « J’ai essayé de m’enfuir, à pied, en direction de la ville de Al Kurmuk, après avoir laissé ma voiture à Al Damazine. A 15 km au Sud de la ville, j’ai été arrêté par l’armée régulière. A partir de ce moment-là, j’ai été torturé, une partie de ma moustache a été coupé et l’autre partie a été brûlée avec un briquet…. J’ai été jeté dans un véhicule militaire et isolé dans un vieil entrepôt. Ils m’ont battu, les interrogatoires se succédaient. Ils m’ont cassé le genou droit parce que j’avais une rubrique dans la revue d’El Zarqaa, intitulée « Coup de bâton sur le genou ». J’ai perdu 10 dents. Ces tortures se sont poursuivies pendant des semaines et des mois ». Une commission militaire a été créée à l’intérieur de la prison : « J’ai été accusé d’avoir planifié un coup d’état, d’avoir travaillé pour le compte de l’étranger, d’avoir appelé à un état laïc et combattu l’islam et l’arabisme ». La commission a rendu son jugement à la peine capitale, le 23 novembre. Un autre jugement à la peine capitale a été rendu à son encontre et à 17 autres membres du mouvement populaire. Suite à la campagne locale, régionale et internationale en faveur de sa libération, le 18 août 2012 Moneim Rahma est mis en résidence surveillée à l’île de Touti. Il ne peut exercer aucune activité, sous menace de sa sécurité et celle de sa famille. Les jugements à la peine capitale ne sont pas annulés.

C’est à partir de ce moment qu’il  commence à planifier sa fuite vers l’Ethiopie, en mars 2013. « Sous l’égide de l’Union Africaine et sa protection, j’ai pris part auprès de la délégation du mouvement populaire Nord (MPLS/Nord), aux négociations de paix avec le gouvernement soudanais  à Addis-Ababa. Depuis le début de l’année 2014, beaucoup de changements ont vu le jour dans l’attitude des pays de la région. Un front tripartie entre l’Ethiopie, l’Egypte et le Soudant s’est créé autour du barrage de la Renaissance en Ethiopie, accompagné des accords sur la sécurité, ce qui a transformé la capitale éthiopienne en foyer pour les activités de la sûreté soudanaise. Les autorités éthiopiennes ont même commencé à menacer certains membres du mouvement de les remettre aux autorités soudanaises et demandant aux autres de quitter leur territoire. Ce qui m’a poussé à anticiper sur une telle décision le 1er mai 2015 ».

A Paris, Moneim Rahma continue d’écrire, tous les jours, de l’aube au coucher du soleil, dans sa chambre à la Maison des journalistes. « J’écris mon deuxième roman et au même temps je me dédie à la rédaction d’un scénario d’un film», fait-il savoir, et ajoute : « Je suis en train de lutter tenacement pour m’intégrer : je participe au fait à l’organisation de concerts et à la production radio. Si je peux accéder à Internet et à l’écriture, si je peux rester en contact avec d’autres personnes, ça ira très bien. Beaucoup de demandeurs d’asile n’ont même pas un toit ni un adresse avant de commencer leurs démarches… » Toutefois le journaliste n’attend que sa famille, restée au Soudan, puisse le rejoindre. Et les démarches sont chronophages, malgré la bienveillance des dispositifs français. « J’aime le peuple français qui est très accueillant et plein d’humanité. Je respecte son gouvernement qui est le seul qui a accueilli les négociations de paix au Soudan en supportant les partis d’opposition… ». La passion politique lui fait briller les yeux, ses actes sont au fait bien liés à sa pensée : « Aime tes parents et joins l’Humanité » est le slogan de l’écrivain.

 

 

L’Amant et la Vision (ou Mauvaise Prédiction)

[Par Abdelmoneim Mohamed Ahmed RAHMALLAH]

arCi-dessous la poésie interprétée en arabe et ensuite commentée par l’auteur (à partir du minute 18’37 »)dans l’émission Couleurs du monde – Scène ouverte avec Zé Boïadé, le Rudi Flores trio, Puppa Lëk Sèn, Lillabox et Farnaz Modarresifar (Enregistrement le 06 juin 2016 à 20h au Studio 105 de la Maison de la Radio)

Traduction de Perrine Lenaert

1. Un oiseau blanc, la nuit, pur comme un mirage
S’envole au loin, pris dans l’obscurité
Et l’étoile qui me parle, scintille et puis s’éteint
Doucement, vint mourrir en mon sein

Lumières de ville, paupières gonflées
Tours érigées, soleil masqué
Un jardin cimenté
Sans plantes et sans enfants

Toi qui peux améliorer le sort
Toi qui rend les souhaits possibles
Nourris-moi!
Car la douleur habite mon coeur
Car la douleur coule dans mes veines
Elle absorbe toute joie, toute vie
Elle étrangle mon âme et l’abandonne en peine

Grand-Père pourtant nous avait bien appris
A prier pour de paisibles nuits
Le premier soir à chaque croissant de lune
Je fondais mes espoirs, priant la bonne fortune

Seigneur de l’abondance et de l’aridité
Du renouveau, de l’immobilité
Ton amour est la clef
Rend moi plus confiant que je puisse voir plus loin
Je te serais loyal, parcourant mon chemin

Grand-Père était un sage
Et son esprit, serein
Connu dans le village
Pour attirer le bien

Ö toi qui marche seul sur Terre
Toi qui dispense partout ton amour généreux
Restes éveillé et restes ouvert
La vision claire, la lumière dans les yeux

Un jardin cimenté
Sans plantes et sans enfants
Et cette vision
Ne prédit rien de bon

2. Geste spontané, impulsion d’un moment
J’écris sur notre amour
C’est à propos d’un coeur
A propos d’un battement

Pluie apaisant la chaleur de l’été
Ton amour est le bourgeon devenu fruit juteux
Essentiel comme la respiration
Constant comme une inspiration

Tel le fruit qui doucement mûri
Tel le rire et le jeu des enfants
Tel l’ambiance toujours vive des hommes dans le café
Tel la nécessité de partir travailler

Enveloppante fumée
Rituel et tradition
Acacia et hénné
Ont sublimé ta peau

3. Le vide de ton absence
Mes pieds se figent
Quand je veux qu’ils avancent

La femme de coeur
Devenue coeur de pierre
Que la peur et le manque
Ont maintenant recouvert

Les souvenirs de joie commencent à disparaitrent
Et les couleurs présentent dans ces spectres
Se changent en lumière morne
En images vides de sens
Etalant sur toutes choses le vide de ton absence

L’herbe devînt épineuse
Les feux éteints dans les foyers
La rage a vaincu le bon fond
Le coeur ravivé ses démons
La gaine tremble face au couteau
Et la nuit me laisse sans repos

Pas besoin de nier l’évidence
L’amour pourrait encore se transformer
Comme il transforme les crieurs et leurs voix
En un chant de promesses
Comme il transforme la hâche
En une main qui carresse

Il fait danser les blés
Il rassemble les êtres.

 

sunrise-nile