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A quand, en Afrique, l’avènement d’une véritable démocratie, apaisée ?

[DEMOCRATIE] Quand des élections se déroulent en Afrique, un mot émerge généralement à l’esprit : chienlit (désordre). Nous y sommes accoutumés. C’est, encore une fois le cas, aujourd’hui, au Mali et au Zimbabwe. On crie à la fraude ; on conteste le résultat dans la rue. Au Zimbabwe, l’armée tire dans la foule. Tuant le peuple pour lequel on se bat pour accéder au pouvoir. Sauf miracle, on assistera au même psychodrame en République Démocratique du Congo, lors des élections prévues en décembre prochain.

Zimbabwe : Thokozani Khupe peut-elle nous emmener à Canaan?

[PORTRAIT DE JOURNALISTE EXILÉ] ] Cette expérience m’a aussi appris que les médias jouent un rôle pertinent dans le processus démocratique d’élection en parlant sincèrement du pouvoir et en couvrant tous les candidats électoraux sans crainte, faveur, ni préjugés. Notre rôle est d’informer les gens sur les candidats afin que les électeurs puissent prendre une décision éclairée le 30 juillet dans le cas du Zimbabwe.

« L’Etat Marocain a considéré mon travail comme une atteinte à la sécurité de l’Etat »

« L’Etat Marocain a considéré mon travail comme une atteinte à la sécurité de l’Etat alors qu’on ne faisait que former des jeunes blogueurs et journalistes sur les techniques d’enquête, de montage, de mixage… »

Le journaliste Samad est né à Ouarzazate (Maroc) en 1984.  Il est diplômé en sociologie des médias et journalisme d’investigation. Membre de l’association Marocaine pour le Journalisme d’Investigation (AMJI), il a également été rédacteur en chef du site Ouarzazate Online. Il n’a pas encore 40 ans et a déjà consacré une bonne partie de sa vie à la défense des droits de l’homme et de la liberté d’expression au Maroc. A la maison des journalistes, sa chambre côtoie celle de son ami Hicham Mansouri, également visé par la justice marocaine. Aujourd’hui poursuivi par les autorités du royaume, Samad risque jusqu’à 5 ans d’emprisonnement.

Déterminé, vif et résilient, Samad semble avoir 25 ans tout au plus, pourtant il est né en 1984. Après avoir travaillé sur la situation politique et économique du Maroc, Samad a collaboré avec des ONG pour y promouvoir le journalisme citoyen et le journalisme d’investigation. Cela lui a valu une défiance de l’Etat Marocain : « L’Etat Marocain a considéré ce travail comme une atteinte à la sécurité de l’Etat. »

De la prison marocaine à la France en passant par la Tunisie

Le journaliste a donc été interdit de quitter le territoire durant 4 mois (période durant laquelle une enquête est menée par la Police Judiciaire).  Après que son affaire ait été portée au tribunal, il s’est retrouvé en liberté provisoire.  « J’en ai profité pour partir en Tunisie à la fin de l’année 2015. Je n’avais aucun bagage, seulement mon ordinateur.  De là-bas, j’ai organisé des activités pour les droits de l’homme avec Reporters sans frontières. »

Cependant, les autorités marocaines et tunisiennes collaborent étroitement, ce qui pousse Samad à s’envoler pour la France. Arrivé à Montpellier en mai 2016, où il vit durant 6 mois, le jeune journaliste apprend l’existence de la Maison des journalistes, qu’il rejoindra plus tard.

Actuellement, Samad poursuit ses études en sociologie à Paris 8 et est également traducteur arabe/français en freeelance. Mais il poursuit aussi d’autres ambitions :

« Désormais, mon projet est de créer une plateforme d’investigations sur les questions culturelles, économiques et sociales au Maroc avec des journalistes locaux (travaillant au Maroc) et des journalistes exilés. Je souhaiterais lancer ce projet avec son ami Hicham Mansouri, lui aussi résident de la MDJ. »

« Un des moments marquant c’est quand je me baladais dans le jardin de mon village Ouarzazate. Quand je vivais encore au Maroc, je n’en profitais pas assez. Pourtant, me promener dans ces jardins qui sont naturels et sauvages, ça me manque. Quand tu es seul dans ce beau paysage, tu as un sentiment de liberté, de calme et d’espoir. Ça représente beaucoup de choses. Et puis je rattache ce souvenir à des moments passés avec ma famille et mes amis. C’est difficile de faire une échelle entre ses souvenirs mais celui-ci me manque vraiment beaucoup. »

Rédigé par Romain Vignaux-Demarquay et Valentine Zeler

Thelma : « Quand je quitte la MDJ, je me demande ce qu’il va m’arriver… »

«Quand je quitte la Maison des journalistes, je me demande ce qu’il va m’arriver, ce que je vais faire. C’est le genre d’angoisse que je n’avais pas au Zimbabwe.»

Comme le dit un journaliste résident de la Maison Des Journalistes : «She is really something». Cette femme de caractère participe avec plaisir aux visites de la MDJ organisées pour faire découvrir le monde des médias aux écoliers. Thelma y raconte son parcours sous le regard fasciné des élèves.

Elle a récemment accordé une interview à un magazine suédois, pays dont elle vante les qualités d’accueil. Elle suit avec attention l’actualité zimbabwéenne et plus généralement celle du continent Africain sur laquelle elle continue de s’exprimer à travers l’œil de la Maison des journalistes.

«Je suis née pour être journaliste et j’exercerai ma passion jusqu’à mon dernier souffle».

Journaliste Zimbabwéenne, elle a commencé sa carrière au début des années 2000. Thelma a rédigé de nombreux articles critiques envers l’ancien président Robert Mugabé. Ses prises de positions lui ont attiré les foudres des autorités. «Dans mon pays, il y a de nombreuses lois qui interdisent la pratique de ce métier. J’ai dû lutter pour continuer à écrire sans être influée et dire la vérité.»

Thelma se souvient que l’un de ses collègues a disparu du jour au lendemain. Personne ne sait ce qui lui est arrivé.

Alors qu’elle se rend à l’aéroport pour partir assister à une conférence en Suède, elle est arrêtée par la Police : « Ils m’ont pris mon téléphone et mon ordinateur portable. De Suède, j’ai appris qu’ils avaient menacé ma famille. Donc j’ai rejoint la France et ne suis plus jamais retournée au Zimbabwe. Plus tard, j’ai su qu’ils étaient rentrés chez moi et qu’ils avaient tout fouillé. Ils recherchaient probablement des informations dont je me servais pour mes articles. »

La journaliste est arrivée à la Maison Des Journalistes en décembre 2017. Avec ce nouveau départ, «le plus difficile,  c’est de perdre le sens de son identité. Cela fait partie du processus de l’exil. On perd confiance en soi, on peut même perdre la tête

Thelma continue de s’exprimer à travers l’œil de la Maison des journalistes et suit de près l’actualité du Zimbabwe. Cependant, sa notoriété acquis au péril de sa vie semble piéger dans le passé. C’est donc une partie de son existence qui est effacée, mise en suspension, pour plusieurs années ou à jamais. Thelma conclut sans ambiguïté et avec un courage exemplaire :

« Je suis née pour être journaliste et j’exercerai ma passion jusqu’à mon dernier souffle. »

« J’ai beaucoup de rêves mais si je ne dois en choisir qu’un, ce serait juste de voir ma famille. J’aimerais voir mon fils. La dernière fois, il n’avait pas commencé ses leçons de conduite et maintenant j’entends des histoires sur comment mon fils conduit ! Mon fils devient un homme et je ne peux m’empêcher de dire « Waouh ». Mais en mon fort intérieur, c’est dur de manquer toutes ces choses. J’aimerais beaucoup être là, en plus il étudie le journalisme. Il a suivi ma voie professionnelle. J’aimerais être là, lui tenir la main, rendre son parcours plus simple que le mien ne l’a été…

Bien sûr, les personnes me manquent mais pas seulement, mon lit me manque énormément aussi ! Parfois je rêve d’être dans Mon lit, si confortable. L’air du Zimbabwe me manque, la chaleur des températures, ma voiture…

Mais au fond, ce qui me préoccupe le plus, c’est de récupérer le contrôle de ma vie. La stabilité de savoir où je vais, d’avoir un sens à sa vie et des objectifs. Ici, j’ai trop d’anxiété. Quand je quitte la Maison des journalistes, je me demande ce qu’il va m’arriver, ce que je vais faire. C’est le genre d’angoisse que je n’avais pas au Zimbabwe et qui me replie sur moi-même au lieu de m’ouvrir à ce nouveau pays, à cette nouvelle vie qui m’attend. »

Rédigé par Romain Vignaux-Demarquay et Valentine Zeler

Les nouvelles technologies : une révolution inégale aux enjeux immenses

43% de la population mondiale possède une connexion et 3,2 milliards de personnes utilisent Internet. Parmi eux, plus de 2 milliards vivent dans des pays en voie de développement. Cependant, c’est près de 60% de la population mondiale qui reste privés d’un accès à Internet et donc à ses avantages. L’enjeu est énorme car la future révolution industrielle sera basée sur les nouvelles technologies.

Quelques chiffres sur l’inégalité des accès et des usages à internet

Selon l’UIT (Union Internationale des Télécommunications), 6 milliards de personnes ne disposent pas d’une connexion Internet à haut débit. Plus proche de chez moi, en Afrique, les 60% les plus riches ont trois fois plus accès à Internet que les 40% les plus pauvres.

En Afrique, les deux tiers de la population n’a toujours pas accès à l’électricité, ce qui constitue un obstacle à l’accès à Internet. Une étude internationale affirme que 70% des emplois d’aujourd’hui deviendront redondants dans la prochaine décennie en raison de la hausse du développement de l’économie numérique.

Ce qui est plus inquiétant, c’est le fait que les femmes, qui constituent près de la moitié de la population mondiale, auraient un usage d’Internet 12% plus bas que celui des hommes.

Compétences pour un monde connecté

Ces quelques faits et chiffres ne sont que quelques-unes des informations dévoilées lors de la Semaine de l’apprentissage mobile, qui vient de se conclure, organisée par l’UNESCO en collaboration avec l’UIT. La conférence s’est tenue au siège de l’UNESCO à Paris du 26 au 30 mars 2018.

Autour du thème « Compétences pour un monde connecté », la conférence a attiré des représentants du monde entier avec pour objectif d’examiner les compétences nécessaires pour une économie numérique et une société centrée sur les compétences numériques. Un atelier a également passé en revue les stratégies et les manières dont ces compétences peuvent être utilisées dans le contexte de l’Objectif de Développement Durable (ODD) défini par l’UNESCO.

Le poid des nouvelles technologies est immense : j’ai été surprise par le fait que 77% des emplois du futur nécessiteront des compétences numériques. Et pourtant, les femmes sont encore à la traîne dans l’acquisition de ces compétences. Les chiffres alarmants sont en flagrante contradiction avec les objectifs 4 et 5 des ODD, qui parlent respectivement d’éducation et d’égalité des genres.

Selon Mike Nxele, responsable de la Construction des Qualités Humaines à l’UIT, environ 4 milliards des personnes qui n’utilisent pas Internet, représentent jusqu’à 50% des personnes les moins susceptibles d’être finalement connectées, à cause du manque de sensibilisation et des problématiques culturelles.

« L’accès est encore un grand défi. En plus des enjeux d’accès, nous sommes toujours confrontés aux défis de financiers qui constituent de véritables barrières à l’inclusion. L’analphabétisme et la méconnaissance de la valeur et des avantages des technologies de l’information et de la communication (TIC) demeurent un sujet de préoccupation. Sans la capacité de construction, il n’y a rien à mettre à profit. Dans la société de l’information, le véritable fossé numérique sera la fracture de la connaissance », a-t-il déclaré.

Ce n’est pas une surprise puisque 13% de la population mondiale vit en-dessous du seuil de pauvreté selon la Banque mondiale et les femmes sont parmi les personnes les plus pauvres.

Un accès à internet qui dépend du genre de l’individu

Un responsable de ce programme de l’UNESCO a déclaré que le découpage qui existe entre les hommes et les femmes dans le secteur des TIC est un phénomène mondial. Une enquête a aussi été menée qui a révélé que les femmes étaient en effet sous-représentées.

« Il y a eu des cas où des filles en compétition contre des garçons ont été plus performantes. L’écart entre les moments où les filles étaient plus performantes que les garçons et l’écart entre les deux sont énormes. Cela signifie bien qu’il n’y a pas d’obstacles intellectuels. Il existe des attitudes conceptuelles qui affectent les attitudes des filles et des garçons », a-t-elle expliqué.

Prenez, par exemple, l’entreprise Airbnb. Elle ne possède aucun hôtel mais gère une affaire florissante dans l’hébergement. Uber en est un autre exemple : elle ne possède pas un seul taxi mais c’est une entreprise de transport de personnes. C’est tout simplement parce que ces entreprises ont su exploiter les opportunités offertes par l’économie numérique. Elles ont simplement une application qui sert à créer un lien entre les clients qui bénéficient de ce service et ainsi rapporte de l’argent.

Les femmes ont donc l’opportunité ici de faire de même avec leurs entreprises, et en particulier celles des services. La célèbre auteure zimbabwéenne, Tsitsi Dangarembwa, dont le travail met au défis la dynamique de genre, a donné une conférence TedTalk où elle a mis au défi les gens de se concentrer sur l’économie créative. Cette discussion m’a vraiment inspirée et m’a fait penser que c’est une affaire dont la seule ressource doit être sa créativité, ce qui sonne très vrai en termes d’économie numérique où le principal capital est la créativité. Voici quelques-unes des idées que je retiens de cette semaine sur l’éducation mobile (MLW).

Quelques pistes d’améliorations

D’un point de vue personnel et professionnel, la conférence m’a ouvert les yeux sur de nouvelles possibilités d’évolution dans ma carrière. Avant cette conférence, j’étais l’une de ces personnes qui craignaient l’influence du monde numérique sur ma profession, le journalisme.

J’étais l’une de ceux qui croyaient vraiment que l’ère numérique était l’ennemi et que les machines venaient détruire tous nos emplois. Qui peut me blâmer étant donné que les médias sociaux sont devenus la principale source d’information ?

On nous a enseigné à l’école de journalisme que les nouvelles sont des informations qui n’ont pas encore été rendues publiques. Mais au cours de la MLW, j’ai découvert que ces soi-disant ennemis étaient des amis déguisés ou des amis-ennemis (« frenemies » en anglais dans le texte) comme certains aimeraient les appeler. Ils peuvent en fait être utiles et complémentaires à nos efforts.

En tant que démocrate, je ne serais pas du genre à dire quoi faire aux autres, mais je pense que tout le monde devrait se débrouiller pour acquérir ces compétences numériques. Non seulement parce que 50% des emplois nécessitent un certain degré de technologie aujourd’hui : la finance, le divertissement, la mode, les services comme la restauration, le nettoyage, mais aussi parce que les entreprises qui ont un encrage numérique font plus de profits. Les politiciens de la vieille école comme le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa ont pris le train en marche, comme tout le monde devrait le faire.

Par exemple, les industries de la restauration et de la mode ont juste besoin de commercialiser leurs produits sur Internet et de les regarder prospérer. Cette croissance dans le e-commerce menace certaines entreprises bien établies avec des chaînes de magasins renommées comme Toys’R’Us qui ferment plusieurs de ses magasins aux États-Unis et Royaume-Uni à cause de la croissance des achats en ligne.

Des noms comme Ruby Lynn, Prisca Maguranyanga, Joyline Munikwa, Jane et Cosmas me viennent à l’esprit. J’ai regardé ces femmes zimbabwéennes développer leurs marques, commercialiser leurs affaires en ligne et en faire un succès alors qu’elles parviennent à attirer des clients du monde entier en quelques secondes.

Certaines des compétences et aptitudes qui seront essentielles à l’avenir seront : la maîtrise de l’intelligence artificielle, la recherche critique, la compréhension émotionnelle, l’attention, la pleine conscience, la réflexion, la gentillesse, la collaboration, le dialogue, la compassion et la perspective.

Le Zimbabwe, quasi absent du débat

J’ai également été surprise par le fait qu’il n’y avait pas de représentants du Zimbabwe à l’exception de Mike Nxele, qui assistait à l’événement au nom de son organisation, l’ITU. Mon cœur aspirait à voir une sorte de représentation, en particulier du Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC) dirigé par Nelson Chamisa. La campagne électorale est basée sur les promesses d’un Zimbabwe inscrit dans le progrès numérique. Mais je suppose que c’était un peu trop espérer.

J’avais aussi le cœur brisé que le Zimbabwe ne puisse pas être représenté à une telle réunion où des idées de personnes ayant des antécédents communs ont été dévoilées. La présentation d’une zone rurale au Paraguay m’a marquée. Cette zone reculée ne dispose ni de l’électricité, ni d’une connexion Internet fiable. Ils ont quand même trouvé les moyens d’appliquer des outils d’apprentissage mobiles avec des étudiants d’une université agricole.

La présentation a mis en lumière le fait que les étudiants étaient plus engagés et comprenaient mieux grâce aux méthodes d’enseignement où au moins 80% des étudiants étaient motivés et où 81% des étudiants enregistraient une amélioration des compétences techniques.

Presque tous les intervenants partagent l’idée que ces plateformes mobiles ne remplaceront en aucun cas le travail que font les enseignants. Au contraire, ils aideront au processus d’enseignement, à capter l’attention et à la participation des étudiants.

On pourrait se demander comment l’apprentissage mobile est possible dans une région comme le Zimbabwe. Même l’approvisionnement en électricité est irrégulier et où l’accès à Internet est quelque peu limité. La réponse est simple : les leçons peuvent être téléchargées sur un lecteur flash et peuvent être utilisées en classe à l’aide d’un ordinateur portable. Les étudiants peuvent également utiliser leurs téléphones portables.

Ce n’est pas un secret que si un choix s’impose, la plupart des étudiants préféreraient sauter un repas pour acheter du crédit pour leurs téléphones portables. À propos des ordinateurs portables, ils peuvent être rechargés en utilisant l’énergie solaire, des générateurs ou même des batteries de voiture.

Il est devenu évident pour moi que nous devons combler ce vide entre nous, les femmes, et la technologie car elle est notre meilleur ami. Il m’est apparu au cours de cette conférence très informative que nous devons nous préparer à des professions qui n’existent pas encore actuellement.

Découvrez toutes les informations et d’autres articles sur le site de notre journaliste Thelma Chikwanha