«Les cigognes noires arrivent en Érythrée chaque année pour annoncer l’hiver. Ce sont des oiseaux migrateurs et l’Afrique est un lieu sûr pour eux car ils y sont protégés par une convention internationale. Même en Érythrée, où la vie humaine ne vaut rien, les cigognes, elles, peuvent voyager librement.»

Avec ces mots Abdelfetah Mohamed, immigré réfugié politique en Italie, explique le choix du titre de son livre «Le cicogne nere. Hidma. La mia fuga» («Les cigognes noires. Hidma. Ma fuite», livre en italien, «Istos Edizioni»), dans lequel il raconte sa propre «migration» de l’Afrique à l’Italie. Le livre a été présenté mercredi 6 décembre dernier dans le cadre du salon des petites maisons d’éditions «Più libri, più liberi», Rome 6/10 décembre 2017.

Abdelfetah est né d’une famille érythréenne dans un camp pour réfugiés en Soudan. Son exil, «hidma» en tigré, commence en 2002, quand il quitte le Soudan, traverse l’Érythrée et la Libye avant de gagner les côtes siciliennes. «Aucune mère ne mettrait sur un bateau son propre fils pour le confier aux vagues. Mais quand j’étais prisonnier en Libye je voyais le bateau comme un but, comme mon seul salut. Je ne pensais pas que j’aurai pu gagner l’Italie», a raconté Abdelfetah, qui est arrivé en Sicile après trois jours de voyage en mer.

«Tout ce que je suis, c’est moi qui l’ai décidé»


«Quand j’ai débarqué en Italie la première question que les policiers m’ont posée fût quel âge j’avais. Ça me semblait une question très intime, indiscrète. Je ne connais pas ma date de naissance car en Érythrée on ne fête pas les anniversaires. Mais ils insistaient, ils voulaient une date, un chiffre. J’ai ainsi découvert qu’ici c’est très important, alors que pour moi ça n’a rien à voir avec la réalité d’une personne.
 J’ai inventé. Ma mère disait que je suis né quand Reagan était président. Donc j’ai répondu 1981».

En Sicile, Abdelfetah intègre le programme institutionnel pour les migrants et est accueilli dans un centre pour les réfugiés. Mais après quelques mois il décide de le quitter: «Je voulais entrer en contact avec la société qui m’accueillait, avec les personnes et je savais que pour le faire je devais sortir de la protection des autorités. Ça a été difficile, j’ai dormi dans la rue pendant un mois, j’ai mangé à la cantine pour les sans-abris. Mais cela était le seul moyen pour apprendre vraiment l’italien et rencontrer les gens».

Aujourd’hui Abdelfetah vit à Catane, travaille comme médiateur culturel et participe au secours des migrants qui arrivent par mer. Grâce à un programme du Ministère de l’Intérieur italien, qui finance des bourses d’étude pour les titulaires d’une protection internationale, Abdelfetah est inscrit au cours des Sciences du service social à l’Université de Catane. «J’ai beaucoup voyagé et je n’appartiens à aucun lieu spécifique – a expliqué l’écrivain – mais cela ne me dérange pas. Tout ce que je suis c’est moi qui l’ai décidé».

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